RDC-USA : le grand séduction économique à Washington

Washington accueille mardi l’ouverture du Forum économique et des investissements entre la République démocratique du Congo (RDC) et les États-Unis. La cérémonie a réuni plusieurs personnalités politiques et économiques des deux pays, dont la Première ministre congolaise Judith Suminwa, qui représente le président Félix Tshisekedi, accompagnée de huit ministres.

Jonathan Pratt, sous-secrétaire d’État américain par intérim aux Affaires africaines, était également présent avec une importante délégation d’officiels et d’investisseurs américains. Ce forum de deux jours vise à explorer les opportunités d’investissement en RDC et à soutenir la diversification de son économie.

Pour Joe Dumbi Kabangu, conseiller spécial du président Tshisekedi, la RDC est “de retour” sur la scène économique internationale. Julien Paluku, ministre du Commerce extérieur, a décrit le pays comme une “République des affaires, République des opportunités, République des milliards cachés”, soulignant les efforts menés dans le cadre du Code des investissements pour améliorer le climat des affaires. L’Agence nationale des investissements (Anapi) facilite désormais la création d’entreprises en moins de 24 heures, ouvrant la porte aux investisseurs internationaux.

Le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, a lancé un vibrant appel aux investisseurs : “Avoir vos investissements en RDC, c’est être connecté à toute l’Afrique centrale, orientale et australe. La RDC est la destination du XXIe siècle pour ceux qui veulent croître et prospérer.”

La Première ministre Judith Suminwa a rappelé les réformes profondes engagées pour créer un cadre économique transparent, compétitif et propice à l’investissement, favorisant la création d’emplois et consolidant la confiance entre l’État et les acteurs économiques.

Jonathan Pratt a également souligné l’importance stratégique de la RDC pour les États-Unis, en particulier la sécurisation de la chaîne d’approvisionnement en minerais critiques. Il a évoqué des partenariats bilatéraux bénéfiques, notamment autour du corridor de Lobito, pour soutenir le développement économique régional

M23 Doha : Un mécanisme conjoint pour surveiller le cessez-le-feu entre Kinshasa et les rebelles

Sous les lustres du palais diplomatique de Doha, une poignée de main symbolique a marqué, mardi, une nouvelle étape du processus de paix entre Kinshasa et le M23. Le gouvernement congolais et le groupe politico-militaire Alliance Fleuve Congo/M23 ont paraphé un mécanisme conjoint de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, sous la médiation du Qatar et avec l’appui des États-Unis et de l’Union africaine.

Dans un communiqué empreint de solennité, le ministère qatari des Affaires étrangères a salué une “étape essentielle pour renforcer la confiance mutuelle et progresser vers un accord de paix global”. Doha précise que le Qatar, les États-Unis et l’Union africaine y participeront comme observateurs, un gage de transparence et de crédibilité pour un processus souvent miné par la méfiance.

Des attentes et des doutes autour du mécanisme de Doha

Pour le M23, tout repose désormais sur la bonne foi de Kinshasa.
« Si le gouvernement congolais respecte pleinement ses engagements, ce mécanisme créera un climat de sérénité et de sécurité, propice à la discussion sur les causes profondes du conflit », a déclaré le mouvement rebelle dans un communiqué.

Côté congolais, le ton se veut résolument optimiste. Le gouvernement assure que cette signature traduit « la volonté de parvenir à une cessation effective des hostilités, de garantir la sécurité des populations et de préparer les conditions d’un accord de paix durable, dans le cadre du processus de Doha soutenu par la communauté internationale ».

Mais tous ne partagent pas cet enthousiasme. Juvénal Munubo, ancien député et observateur attentif des questions sécuritaires, s’interroge :
« Pourquoi avoir attendu près de trois mois après la Déclaration de principes du 19 juillet pour signer ce mécanisme ? Et surtout, quand viendront les mesures concrètes sur le terrain ? »

Entre espoirs et réalités du terrain

La création du mécanisme de vérification M23 Doha symbolise un tournant, mais la route reste longue. Alors que le front de l’Est congolais demeure instable, les populations civiles attendent des actes tangibles plutôt que de nouvelles signatures.

Pour l’heure, le Qatar et les États-Unis, désormais observateurs officiels, misent sur la diplomatie pour transformer la promesse de paix en réalité. Dans les coulisses, un défi s’impose : faire du cessez-le-feu M23 Doha non pas une simple clause diplomatique, mais un véritable instrument de réconciliation durable.

Nairobi, nouveau QG de l’opposition Congolaise

NAIROBI – Ils se sont donné rendez-vous dans la discrétion des hôtels kényans. Ce mardi 14 octobre, l’ancien président Joseph Kabila a ouvert un conclave de deux jours réunissant une frange de l’opposition congolaise. Une rencontre qui tient du défi : son initiateur a été condamné à mort par contumace il y a quelques semaines par la justice militaire congolaise pour « trahison, apologie du terrorisme et participation à un mouvement insurrectionnel ».

Le retour des fidèles

Autour de l’ancien chef de l’État, on trouve les fidèles du Front commun pour le Congo (FCC). La liste des présents ressemble à un who’s who de l’ancien régime : José Makila, Raymond Tshibanda, Moïse Nyarugabo, et jusqu’à l’ancien premier ministre Matata Ponyo, condamné à dix ans de prison puis disparu de la circulation. Tous ont répondu présent à l’appel de leur leader, en terre kényane.

Pourtant, cette réunion de « famille » masque mal les fractures de l’opposition congolaise. Absents de marque : Moise Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga ou Jean Marc Kabund. Leur boycott dessine les limites de l’influence de Kabila, qui ne parvient à rassembler qu’une partie de la mouvance anti-Tshisekedi.

Un dialogue sous tension

Officiellement, l’objectif affiché est noble : « écouter tout le monde et proposer des idées pour la sortie de crise actuelle ». Mais dans le contexte brûlant de l’est de la RDC, où la rébellion AFC/M23 – que Kinshasa accuse Kabila de soutenir – affronte l’armée congolaise, chaque mot pèse son poids de suspicions.

Le choix de Nairobi comme terre d’accueil n’est pas innocent. Il s’inscrit dans une longue série de tensions diplomatiques entre la RDC et le Kenya. Depuis les propos insultants de William Ruto en 2022 – qualifiant les Congolais de « chanteurs » sans « une seule vache » –, les relations n’ont cessé de se dégrader.

Les conséquences diplomatiques

Kinshasa accuse Nairobi de complaisance envers les rebelles. Le refus du Kenya d’arrêter Corneille Nangaa lors de l’annonce de la création de l’AFC/M23 en décembre 2023, puis la nomination contestée d’un consul à Goma en août 2025, ont achevé de tendre les rapports entre les deux capitales.

Pour Kabila, ce rassemblement est un double pari. D’abord, redonner une visibilité à une opposition en exil, à quelques mois de la fin du mandat de Tshisekedi. Ensuite, tester la solidité des alliances régionales dans un contexte où la crise sécuritaire à l’est mobilise toutes les attentions.

Mais la manœuvre est périlleuse. En s’affichant à Nairobi, Kabila risque de conforter les accusations de collusion avec des puissances étrangères hostiles à Kinshasa. Sa condamnation à mort plane comme une ombre sur les discussions, rappelant que le dialogue se noue désormais sous la menace du peloton d’exécution.

Alors que les délégués planchent sur « des idées pour la sortie de crise », une question demeure : ce conclave kényan est-il le prélude à une réunification de l’opposition ou le chant du cygne d’un homme politique acculé ? La réponse se joue peut-être moins dans les salles climatisées de Nairobi que sur les collines du Nord-Kivu, où le sort de la RDC se décide dans le bruit des armes.

Madagascar : le coup de force de Rajoelina

ANTANANARIVO – La scène a quelque chose de surréaliste. Un président qui gouverne son pays depuis l’étranger, une Assemblée nationale dissoute par décret, une armée qui se divise entre loyalistes et putschistes. Ce lundi 14 octobre, Madagascar a basculé dans une crise politique d’une ampleur historique, tandis qu’Andry Rajoelina, exfiltré vers La Réunion par les soins de l’armée française, tentait depuis l’étranger de reprendre la main sur un pouvoir qui lui échappe.

Dans la nuit, le président a signé un décret de dissolution de l’Assemblée nationale, invoquant l’article 60 de la Constitution. Une décision radicale, prise à des milliers de kilomètres de la capitale, alors que la Grande Île connaît sa plus grave secousse politique depuis la chute de Marc Ravalomanana.

L’étrange exfiltration

Le récit officiel – une « mission à l’étranger pour assurer sa sécurité » – cache une réalité plus trouble. Selon RFI, l’exfiltration de Rajoelina aurait été orchestrée par la France dans le cadre d’un accord direct avec Emmanuel Macron. Le président malgache aurait transité par La Réunion avant de gagner une destination inconnue.

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Pendant ce temps, à Antananarivo, la situation échappait à tout contrôle. Un groupe de militaires a tenté de prendre le contrôle des médias publics, dans ce que la présidence a qualifié d’« acte grave portant atteinte à l’ordre constitutionnel ». Le chef d’état-major des armées, le général Démosthène Pikulas, a dû intervenir personnellement pour « rétablir la situation ».

Le peuple et l’armée en mouvement

La veille, sur la place du 13 Mai, des milliers de Malgaches s’étaient rassemblés pour réclamer le départ de Rajoelina. Une mobilisation historique, portée par la Génération Z Madagascar et rejointe par d’anciens présidents et des figures de l’opposition. Plus significatif encore : des membres des forces armées avaient fait cause commune avec les manifestants.

Le colonel Mikaël Randrianirina, l’un des officiers impliqués dans la tentative de prise des médias, a nié toute intention putschiste. « L’armée a simplement répondu à l’appel du peuple malgache », a-t-il déclaré à la presse, se présentant comme un simple « officier exécutant ».

Un pouvoir en exil

Depuis son refuge extérieur, Rajoelina a tenté de reprendre l’initiative. Dans une allocution retardée de plus de deux heures, il a catégoriquement rejeté toute idée de démission, tout en reconnaissant avoir quitté le territoire national. « Je n’abandonnerai jamais Madagascar », a-t-il assuré, dénonçant un « complot préparé depuis plusieurs semaines pour attenter à sa vie ».

Sa décision de dissoudre l’Assemblée s’accompagne d’un message adressé à la jeunesse : « Place aux jeunes ». Un slogan qui sonne comme une tentative de récupération, alors que ce sont précisément les jeunes de la Génération Z qui réclament son départ dans la rue.

L’ombre de la France

L’implication française dans cette crise complique encore la donne. L’exfiltration de Rajoelina par Paris place l’ancienne puissance coloniale au cœur d’un conflit politique dont elle se défend pourtant de vouloir être actrice. La France devra maintenant naviguer entre son soutien historique à Rajoelina et la réalité d’un pays où la légitimité du pouvoir en place est ouvertement contestée.

Alors que Madagascar s’enfonce dans l’incertitude, une question demeure : comment un président peut-il gouverner un pays qu’il a fui, face à un peuple descendu dans la rue et une armée qui semble hésiter entre obéissance et rébellion ? La crise malgache vient peut-être de trouver sa réponse : le pouvoir n’est plus à Antananarivo, mais quelque part entre Paris, La Réunion et l’inconnu.

Quand les cambistes prennent le pas : la BCC sonne l’alarme sur le marché des devises

KINSHASA – Le coup de semonce est tombé. Dans un avis public signé par son Premier Vice-Gouverneur, Dieudonné Fikiri Alimasi, la Banque Centrale du Congo (BCC) déclare la guerre aux pratiques spéculatives qui déstabilisent le marché des changes. Alors que le franc congolais connaît une embellie face au dollar, certains cambistes persistent à afficher des taux « déconnectés de la réalité », creusant un écart abyssal entre le cours officiel et le marché parallèle.

Le constat est sans appel : pendant qu’un dollar s’échange à 2 275 francs congolais selon le taux indicatif de la BCC, le marché parallèle, lui, propose des taux oscillant entre 1 700 et 1 800 FC. Une différence qui permet à certains opérateurs de réaliser des bénéfices jugés « indécents » – jusqu’à 50 000 FC sur un simple billet de 100 dollars.

La BCC passe à l’offensive

Face à ces dérives, la Banque Centrale rappelle l’existence de l’instruction administrative n°007, qui encadre strictement les opérations de change manuel. Ce texte interdit notamment l’affichage des taux à l’extérieur des bureaux de change, une pratique accusée d’alimenter la spéculation « sur la voie publique ».

Mais cette fois, l’avertissement s’accompagne d’une menace concrète : la BCC annonce le « déploiement imminent de ses services de contrôle » et promet des sanctions pouvant aller « jusqu’au retrait de l’agrément » pour les contrevenants. Après la phase de sensibilisation en mai 2024, place désormais à la répression.

La police en première ligne

En appui à cette offensive, la Police nationale congolaise intensifie ses opérations sur le terrain. Objectif : traquer les « cambistes récalcitrants » qui refusent d’appliquer le taux officiel. Le gouvernement envisagerait même de déployer des agents « apparents et non apparents » pour mettre fin à ce qu’il qualifie de « braquage des citoyens ».

Cette mobilisation des forces de l’ordre témoigne de la détermination des autorités à assainir un marché des changes où la confusion règne en maître. Les pratiques spéculatives ne perturbent pas seulement l’économie ; elles entretiennent un climat de défiance préjudiciable à la stabilité monétaire.

Un enjeu de souveraineté économique

Derrière cette bataille technique se cache un enjeu plus fondamental : la capacité de l’État à imposer sa souveraineté monétaire. La BCC l’affirme sans détour : elle veut « garantir la stabilité et la transparence » d’un marché essentiel à l’économie congolaise.

La population est invitée à jouer son rôle en effectuant ses opérations de change uniquement auprès des institutions agréées, dont la liste est disponible sur le site de la Banque Centrale. Un réflexe citoyen qui pourrait contribuer à assécher le marché parallèle.

Alors que le franc congolais montre des signes de fermeté, les autorités entendent bien profiter de cette dynamique pour reprendre le contrôle d’un marché trop longtemps laissé à lui-même. La guerre des changes ne fait que commencer.

RDC-Soudan : l’ultime bataille des Léopards

 KINSHASA-Le stade des Martyrs va trembler. Ce mardi 14 octobre, les Léopards de la RDC livreront leur plus important combat face aux Crocodiles du Nil. Victoire obligatoire, espoir permis : les Congolais peuvent encore rêver du Mondial 2026, soit directement, soit par les barrages. Une équation complexe, mais que le sélectionneur Sébastien Desabre aborde avec une sérénité calculée.

« Bien sûr qu’on y croit, on peut aller à la Coupe du Monde demain soir en tant que premier », a lancé le technicien français lors de la conférence d’avant-match. Les chiffres lui donnent raison : avec 14 buts marqués et seulement 6 encaissés durant ces éliminatoires, les Léopards ont mené une campagne solide. Mais aujourd’hui, les statistiques comptent moins que le mental.

Une double possibilité historique

Le scénario idéal ? Une victoire congolaise couplée à un faux pas du Sénégal face à la Mauritanie. Les Léopards, deuxièmes avec 19 points, reviendraient alors à hauteur des Lions (21 points) et pourraient les devancer grâce à une différence de buts actuellement défavorable (+8 contre +15).

« On doit gagner pour sécuriser notre place de second, mais pas oublier que le Sénégal peut faire un faux pas », précise Desabre, conscient que même une deuxième place offrirait encore une chance via les barrages. Le destin des Léopards reste entre leurs mains.

Respecter l’adversaire, trouver des solutions

Face à eux, le Soudan n’est pas un figurant. « C’est une très bonne équipe », insiste Desabre, relevant qu’ils « ont pris simplement cinq buts, un de moins que nous ». Troisièmes du groupe avec 13 points, les Crocodiles du Nil ont perdu seulement deux fois dans ces qualifications, autant que la RDC.

« Ce sera à nous de trouver des solutions et on va essayer de les trouver par le jeu », promet le sélectionneur, qui mise sur une équipe renforcée par le retour de joueurs comme Fiston Mayele et Muleka. « Si ces joueurs sont là, c’est parce que tout le monde peut débuter demain. »

La progression en ligne de mire

Au-delà de l’enjeu immédiat, Desabre rappelle le chemin parcouru : « Passer de la 75e à la 60e place FIFA montre qu’il y a une progression. » Un constat qui vaut aussi pour le football local, dont il veut « relancer la fibre ».

Ce soir, au stade des Martyrs, plus qu’un match se jouera. L’avenir du football congolais, la fierté d’une nation, et peut-être le ticket pour l’Amérique du Nord. Les Léopards n’ont pas le droit à l’erreur. Comme le résume si bien leur coach : « Demain, il va falloir avoir le ballon pour pouvoir gagner. » Le compte à rebours a commencé.

Madagascar : Le président Andry Rajoelina exfiltré vers l’étranger

Le 12 octobre 2025, Madagascar a connu un tournant spectaculaire. Selon RFI, le président Andry Rajoelina a été exfiltré par un avion militaire français, dans le cadre d’un accord avec Emmanuel Macron. Sa destination finale reste incertaine : certaines sources évoquent l’Île Maurice, d’autres Dubaï, après un passage à La Réunion.

La séquence de ce départ illustre l’ampleur de la crise. Un hélicoptère l’a d’abord transporté sur l’Île Sainte-Marie, sur la côte est. Ensuite, il a embarqué sur l’avion militaire français. RFI confirme qu’il n’est plus sur le territoire malgache. Sa famille l’accompagne dans ce périple, renforçant le caractère officiel de l’opération.

France prudente et crise sociale persistante

Paris insiste sur la prudence. Les autorités françaises rappellent que les forces militaires n’interviendront pas directement à Madagascar. Selon elles, l’exfiltration visait uniquement à faciliter une transition pacifique, sans aucune opération offensive. Les troupes stationnées à La Réunion ne franchiront pas la frontière de l’île.

La crise sociale reste vive depuis le 25 septembre 2025. Les manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité se sont rapidement transformées en contestation politique. Les appels à la démission du chef de l’État se multiplient, accentuant la pression sur Andry Rajoelina.

Face à cette situation, la Présidence malgache annonce que le président prononcera un discours à la nation le 13 octobre à 19h (16h TU). L’objectif est de calmer les esprits et de rassurer la population.

La Grande Île reste plongée dans une incertitude politique majeure. Le départ d’Andry Rajoelina marque une étape clé dans une crise dont les prochaines heures pourraient être décisives pour l’avenir du pays.

Nord-Kivu : la révolte des oubliés

BENI/LUBERO – La colère a pris les couleurs de la fumée noire et des flammes. Ce lundi, les jeunes de Beni ont transformé les artères de leur ville en champ de protestation. Pneus brûlants, barricades dressées comme autant de symboles du désespoir : le Nord-Kivu entier semble avoir atteint son point de rupture. La recrudescence des massacres dans la région a poussé la population dans ses derniers retranchements.

Tandis que Beni brûlait de rage, le territoire voisin de Lubero, lui, saignait dans le silence. Dans la nuit de dimanche à lundi, les rebelles ADF ont frappé le village de Mukondo. Le bilan est lourd : dix-sept civils tués, huit blessés, un hameau réduit en cendres. La société civile locale égrène les chiffres avec une lassitude macabre, comme on lit un bulletin de décès devenu trop familier.

La rue comme ultime recours

À Beni, ce n’est plus une manifestation, c’est un cri. Un cri qui dit l’échec de toutes les promesses, l’impuissance de toutes les forces déployées. « On ne peut plus continuer à enterrer nos parents chaque semaine », lance un jeune manifestant, le visage masqué par la fumée. Les barricades ne visent plus seulement à bloquer la ville, mais à rendre visible une souffrance que Kinshasa semble ignorer.

La région vit un paradoxe tragique : plus les forces se déploient – armée congolaise, contingents régionaux –, plus l’insécurité s’enracine. Les ADF, ces fantômes qui hantent la forêt équatoriale, frappent avec une régularité de métronome, comme s’ils narguaient l’État censé les combattre.

Mukondo, dernier chapitre d’une longue tragédie

À Mukondo, les cendres sont encore chaudes. Quatre motos calcinées, une dizaine de maisons réduites en miettes. Les survivants racontent une attaque d’une violence inouïe, menée par des hommes déterminés. « Ils sont venus vers 22 heures, armés de machettes et de fusils. Ils frappaient partout, sans distinction », témoigne un rescapé, encore sous le choc.

Le territoire de Lubero, pourtant voisin de Beni où sont basées les forces de l’ordre, semble livré à lui-même. Les attaques se succèdent, les bilans s’alourdissent, et la colère gronde. « Nous sommes fatigués d’entendre les mêmes condoléances après chaque massacre », déplore un leader communautaire.

L’heure des comptes

Sur les barricades de Beni, un mot d’ordre circule : assez de discours, des actes. La population n’attend plus les traditionnelles promesses gouvernementales, mais des résultats concrets. Près de dix ans après le début de la campagne militaire contre les ADF, le calvaire des civils continue, s’amplifie même.

Le Nord-Kivu, riche de ses terres et de ses minerais, est devenu le théâtre d’une guerre sans fin. Aujourd’hui, ses habitants rappellent au pouvoir central qu’on ne gouverne pas un peuple qui n’a plus peur. Que la colère, parfois, est le dernier rempart contre l’oubli. La question qui brûle toutes les lèvres désormais : jusqu’où faudra-t-il descendre dans l’horreur pour que cesse l’indifférence ?

Côte d’Ivoire : Tensions à Abidjan après l’attaque du domicile de Noël Akossi Bendjo

ABIDJAN – La nuit a été longue, trop longue, dans le camp de l’opposition ivoirienne. Entre samedi et dimanche, tandis qu’Abidjan dormait à moitié, deux de ses figures majeures ont été la cible d’opérations d’intimidation d’une rare violence.
Le domicile de Noël Akossi Bendjo, numéro deux du PDCI, a été pris d’assaut comme en terrain conquis. Dans le même temps, la résidence d’Affi N’Guessan, leader du FPI, a été encerclée par des hommes armés. À moins de deux semaines du scrutin présidentiel, cette escalade sonne comme un avertissement sans équivoque.

Le Parti des peuples africains (PPA-CI) de Laurent Gbagbo a été le premier à réagir. Dans un communiqué, il exprime une profonde indignation face à ce qu’il qualifie de « véritable raid militaire ».
Selon le récit du parti, des individus encagoulés et lourdement armés ont défoncé le portail de M. Bendjo avant d’investir les lieux. Le ton est grave et l’émotion palpable.

Des pratiques dénoncées comme “d’un autre âge”

L’alliance PPA-CI/PDCI n’a pas tardé à dénoncer ces actes, les qualifiant de « pratiques d’un autre âge » révélatrices « d’un régime autoritaire et liberticide ». La cible est clairement désignée : le pouvoir d’Alassane Ouattara, accusé d’utiliser la force pour museler l’opposition.
Dans la même nuit, le FPI a signalé l’encerclement du domicile de son président, Pascal Affi N’Guessan. Ce double incident laisse entrevoir une stratégie coordonnée de pression sur les derniers leaders encore en liberté.

Une tension croissante à l’approche du vote

Ces événements surviennent dans un climat politique déjà explosif. La présidentielle du 25 octobre se prépare sans Laurent Gbagbo ni Tidjane Thiam, tous deux exclus de la course. Le pouvoir semble décidé à verrouiller le jeu électoral, quitte à user de la contrainte.
Malgré l’interdiction de leur marche du 11 octobre, les militants du Front commun PPA-CI/PDCI ont bravé l’ordre, entraînant 237 interpellations. Le ministre de l’Intérieur, le général Vagondo Diomandé, a qualifié ces jeunes manifestants de « totalement irresponsables », preuve du fossé qui s’est creusé entre les camps.

Face à la répression, l’opposition prône désormais une résistance pacifique, en arborant la couleur orange. Ce symbole, simple mais puissant, pourrait bien devenir celui du défi dans les rues d’Abidjan. À l’aube d’une élection décisive, la Côte d’Ivoire oscille entre peur et colère.

RDC – Togo : Les Léopards s’en sortent in extremis

LOMÉ – Ils l’ont cherchée, cette victoire, au forceps. Dans un stade de Kégué hostile, sous un vent contraire et sur un terrain capricieux, les Léopards de la RDC se sont accrochés à leur but précoce comme à une bouée de sauvetage. 1-0. Un score minimaliste qui masque une bataille, une victoire laborieuse mais ô combien précieuse pour garder intact le rêve nord-américain.

Dès la 7e minute, l’éclair. Sur un ballon offert par le milieu togolais, Fiston Mayele alerte Cédric Bakambu dans la profondeur. Le buteur, intraitable, perce la défense et trompe le gardien d’une frappe sèche. Les Léopards mènent, et tout laisse présager un festival.

Las. La promesse offensive s’évapore aussi vite qu’elle était apparue. Le vent, le terrain boueux, et la vaillance des Éperviers togolais transforment le match en un chemin de croix. Les Congolais, dominateurs en début de rencontre, se retrouvent acculés, contraints à une résistance acharnée.

Une défense héroïque, un milieu en panne

Si l’attaque a buté, la défense, elle, a tenu bon. Menée par un Chancel Mbemba impressionnant de autorité, la ligne arrière congolaise a résisté aux assauts togolais. Le capitaine a organisé le bloc, verrouillant l’accès à sa surface comme une forteresse.

Le milieu de terrain, en revanche, a montré des signes de fébrilité. Trop de ballons perdus, de transmissions approximatives. Les Léopards ont paru subir, attendant la tempête plutôt que de la provoquer.

Le compte est bon, mais le chemin se rétrécit

Au coup de sifflet final, le soulagement l’emporte sur l’euphorie. Les trois points sont dans la poche, la deuxième place conservée. Mais au classement, l’horizon s’est précisé, et il est étroit.

Avec 19 points, la RDC reste dans le sillage du Sénégal (21 points). La différence de buts, elle, parle d’elle-même : +15 pour les Lions, +8 pour les Léopards. Un fossé qui ressemble à une montagne à gravir.

Mardi, à Kinshasa, contre le Soudan, il ne s’agira plus seulement de gagner. Il faudra une victoire large, très large, tout en espérant un faux pas sénégalais face à la Mauritanie. Les Léopards ont évité le piège togolais, mais le dernier obstacle sera le plus haut. Le Mondial est proche, mais il faudra se battre jusqu’au bout pour le saisir.