Air Congo déploie ses ailes : un nouvel ATR 72-600 atterrit à Kinshasa et ouvre le ciel Congolais

Kinshasa, aéroport international de N’djili – 21 mai 2026 – Dans un ronronnement puissant mais maîtrisé, l’ATR 72-600 a fendu le ciel de Kinshasa pour se poser sous les yeux d’une poignée d’officiels et de techniciens émus. Ce nouvel aéronef, flambant neuf, 70 places exactement, n’est pas un avion comme les autres. C’est le deuxième du genre pour Air Congo. Et il pourrait bien changer la vie de millions de Congolais.

La cérémonie était présidée par le vice-Premier ministre des Transports, Jean-Pierre Bemba, entouré des responsables de la compagnie nationale. Sous le soleil de l’après-midi, tous affichaient le même sentiment : celui d’un décollage historique pour la desserte intérieure du pays.

« Avec ce deuxième ATR, nous concrétisons notre ambition : reconnecter les provinces entre elles, offrir une alternative fiable à des routes souvent impraticables »
— a souligné un responsable d’Air Congo, sous les flashs des photographes.

Cinq avions en un an et demi : la flotte congolaise prend son envol

Cette nouvelle acquisition ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans une montée en puissance fulgurante. En moins de dix-huit mois, Air Congo est passée de trois à cinq appareils. Deux ATR 72-600, spécialement dédiés aux liaisons domestiques, viennent ainsi grossir les rangs d’une flotte qui se veut moderne, robuste et adaptée aux pistes exigeantes du territoire.

Fin avril 2026, le ministère des Transports avait déjà annoncé l’arrivée progressive de deux nouveaux avions pour renforcer les vols intérieurs. Promesse tenue. Désormais, les passagers pourront rejoindre des villes longtemps délaissées par le transport aérien : Bunia, Beni, Isiro, Gbadolite, Kalemie.

« Chaque nouvel appareil, c’est un pont jeté par-dessus l’enclavement. C’est un accès aux soins, aux marchés, à l’éducation »
— souffle un agent de la compagnie, les yeux rivés sur le fuselage encore immaculé.

Un partenariat gagnant-gagnant avec Ethiopian Airlines

Derrière cette renaissance, un mariage stratégique : l’État congolais, actionnaire majoritaire avec 51 % des parts, et Ethiopian Airlines, partenaire technique et financier, qui détient 49 %. Une coentreprise qui porte ses fruits. La compagnie éthiopienne, l’une des plus réputées d’Afrique, apporte son expertise en maintenance, formation et gestion des opérations.

Concrètement, cela signifie des appareils mieux entretenus, des équipages formés aux standards internationaux, et une ponctualité retrouvée. Pour le passager de Kinshasa, Goma ou Lubumbashi, c’est la promesse d’un voyage moins aléatoire. Pour les provinces reculées, c’est une bouée logistique.

Vers un maillage aérien inédit en RDC

Avec ce second ATR 72-600, Air Congo ne se contente pas d’ajouter un avion à sa flotte. Elle tisse une toile. Un maillage aérien qui, pour la première fois depuis des décennies, couvre les grands trous noirs de la carte nationale : le nord-est, le Grand Nord, les savanes isolées du Katanga.

Le pari est clair : faire du ciel congolais une autoroute accessible, sécurisée et régulière. Et faire souffler un vent nouveau sur des provinces entières, jusqu’ici dépendantes de pistes en terre battue et de convois semés d’embûches.

Alors que les moteurs de l’ATR s’éteignent doucement sur le tarmac de N’djili, une certitude plane : Air Congo a pris de l’altitude. Et avec elle, tout un pays.

Ébola en RDC : la logistique de la dernière chance pour sauver l’Ituri

Kinshasa, le 21 mai – Il est 14 heures sur le parking de Médecins sans frontières (MSF) Belgique, dans la chaleur moite de la capitale congolaise. Les moteurs des semi-remorques grondent. Dans quelques heures, huit tonnes de matériel médical et logistique prendront la direction de l’aéroport, avant un décollage matinal vers Bunia, épicentre de la nouvelle épidémie d’Ébola.

Une semaine seulement après l’annonce du premier cas positif en RDC, l’heure n’est plus aux chiffres, mais aux tonnes. À l’appel, des organisations entières : OMS, PAM, Unicef, MSF. Sur le terrain, en Ituri, province la plus touchée avec Bunia pour capitale, on manque de tout. Surtout, on manque de temps.

« L’enjeu, c’est d’arriver le plus rapidement possible sur site avec du personnel et du matériel, de se coordonner avec tous les acteurs présents et de comprendre les défis sécuritaires pour travailler avec un maximum de sécurité »
— Clément Chauvel, coordonnateur logisticien MSF Belgique à Kinshasa

Des tentes lavables aux ambulances pick-up : les armes contre le virus

Dans l’entrepôt, l’effervescence est méthodique. Des palettes soigneusement préparées attendent leur fret. Ce jeudi, deux nouveaux semi-remorques sont chargés. Direction : Bunia, livraison prévue vendredi 22 mai.

Que contient cette artillerie humanitaire ?
D’abord, des médicaments. Ensuite, des milliers d’équipements de protection individuelle (PPE) – ces combinaisons, masques et visières qui font barrage entre le soignant et la mort. Mais aussi des infrastructures de fortune, conçues pour l’urgence épidémique.

« Nous envoyons des tentes lavables, avec des partitions intérieures qui permettent au personnel de circuler et de suivre les patients sans enfiler systématiquement les PPE »
— précise Clément Chauvel.

Sur le parking, une flotte de six pick-up ambulances attend son tour. Elles partiront ce week-end. Leur mission : sillonner les routes ravinées de l’Ituri pour aller chercher les malades là où ils se cachent, parfois à l’ombre du conflit.

Double front : soigner Ébola sans abandonner le reste du pays

Mais l’urgence ne doit pas faire oublier le reste. L’ONG Solidarité internationale, présente sur place, le rappelle avec force. Sa directrice pays, Federica Badocco, résume l’équation impossible de l’humanitaire en zone de guerre :

« Avant de redéployer les équipes sur le terrain, nous devons absolument associer toutes les mesures barrières, la protection, l’engagement et la sensibilisation communautaire. Pour continuer à mener nos activités vitales. »

Car l’Ituri n’est pas seulement une terre d’épidémie : c’est une région en conflit chronique. Ebola y arrive comme un second ennemi, invisible, mais tout aussi meurtrier. Sur place, chaque tente médicale devra aussi être un poste avancé de paix.

Dans les airs et sur la route : la course contre la montre continue

Depuis l’annonce du premier cas, plusieurs cargaisons ont déjà rejoint Bunia. MSF agit en flux tendu. Ce jeudi encore, toute l’équipe logistique était mobilisée pour le « picking » : récupérer, trier, palettiser.

« La plupart de ces équipements sont déjà préparés en kit. Tout partira à l’aéroport cet après-midi pour un envoi demain matin sur Bunia »
— ajoute le coordonnateur.

Huit tonnes. Six ambulances. Des tentes lavables. Des combinaisons. Et des hommes, des femmes, prêts à risquer leur vie pour en sauver d’autres.

À Kinshasa, le dernier camion vient de fermer ses portes. Dans la nuit, le fret s’envolera. À Bunia, on attend les renforts comme on attendrait une armée. Parce qu’ici, contre Ébola, chaque tonne compte. Chaque heure aussi.

Ebola en Ituri : le patron de l’Africa CDC débarque à Bunia avec une promesse forte

Un visage attendu, un message d’urgence. Ce jeudi 21 mai 2026, le docteur Jean Kaseya, directeur général d’Africa Centres for Disease Control and Prevention (Africa CDC), a foulé le sol de Bunia, chef-lieu de l’Ituri. Objectif : évaluer sur place la riposte contre la nouvelle épidémie d’Ebola qui secoue l’est de la République démocratique du Congo.

À sa descente d’avion, le patron de l’institution sanitaire de l’Union africaine n’a pas mâché ses mots : « Je suis venu à Bunia pour témoigner de la solidarité de l’Union africaine à la population de cette partie de la RDC qui est en train de faire face à l’épidémie d’Ebola. » Une déclaration forte, immédiatement relayée par la presse locale.

Évitez l’automédication, allez à l’hôpital

Sur place, Jean Kaseya a tenu à rassurer tout en mettant en garde. Il a salué les efforts déjà déployés par le gouvernement congolais – à travers le ministère de la Santé – et les partenaires internationaux engagés dans la gestion de la crise. Mais son message principal s’adressait avant tout aux populations : « Les conseils que je vous donne : allez à l’hôpital, nous recherchons activement les cas. Le nombre de cas peut augmenter parce que la surveillance devient de plus en plus forte. »

L’automédication, en situation épidémique, peut s’avérer dramatique. Le Dr Kaseya insiste : en cas de symptômes suspects, la consultation rapide des structures sanitaires est la seule arme efficace.

Kampala, prochaine étape pour une riposte régionale

L’épidémie ne connaît pas les frontières. C’est pourquoi une réunion stratégique est déjà programmée ce samedi à Kampala, en Ouganda, réunissant les autorités sanitaires de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud. Objectif : élaborer un plan régional de riposte, harmoniser la surveillance sanitaire et renforcer la prévention dans les zones frontalières, où les mouvements de population sont constants.

Côté recherche, Jean Kaseya se veut optimiste sans cacher les délais. Plusieurs essais cliniques sont en cours avec des partenaires internationaux pour accélérer la disponibilité de vaccins et de traitements. « Nous sommes en train de faire un grand programme de recherche vaccinale. J’espère que très prochainement nous aurons des nouvelles sur le vaccin et sur le médicament », a-t-il confié.

Depuis l’annonce officielle de l’épidémie le 15 mai dernier, la phase active se poursuit. Les équipes médicales intensifient les investigations et la surveillance épidémiologique pour traquer les cas suspects et freiner la propagation. L’heure n’est plus à l’attente, mais à l’action. L’Afrique, par la voix de son patron de la santé publique, vient de le rappeler à Bunia.

Mongbwalu submergé par Ebola : les capacités d’accueil saturées en Ituri

À Mongbwalu, le manque de lits et de matériel freine la riposte contre Ebola. Les centres de prise en charge débordent, et plusieurs malades restent confinés à domicile, augmentant le risque de contamination dans leur entourage.

Le médecin chef de zone de Mongbwalu, Dr Dhedja Dhenyo Ruben, alerte sur la situation. Chaque jour, les équipes reçoivent de nouveaux cas suspects, mais les capacités d’isolement sont saturées.

« Nous recevons plusieurs cas suspects chaque jour, mais les capacités d’accueil sont limitées. Certains malades restent chez eux faute de place », a-t-il déclaré. Résultat : les chaînes de transmission se maintiennent dans les foyers, faute d’équipement de protection et de suivi médical adapté.

Le Centre de Traitement Ebola promis pour renforcer la riposte n’a toujours pas ouvert ses portes. En attendant, les petites structures de santé locales, déjà affaiblies par des années de conflit, sont débordées face à l’arrivée continue de nouveaux cas.

Le manque de lits d’isolement freine la riposte

Kinshasa prévoit l’ouverture de trois nouveaux centres à Rampara, Mongbwalu et Bunia pour augmenter les capacités d’accueil. Mais sur le terrain, le délai entre l’annonce et la mise en service reste un problème critique.

Le ministère de la Santé en RDC appelle la population à collaborer et insiste sur l’importance de la détection précoce. Tant que les capacités d’isolement resteront insuffisantes, la riposte restera en retard. Tant que Mongbwalu et les zones voisines manqueront d’équipement, le risque de rebond national et régional persistera.

Financement de 13 millions USD des États-Unis

Le Département d’État américain a annoncé le 18 mai 2026 le déblocage de 13 millions USD pour soutenir la riposte contre l’épidémie d’Ebola en RDC et en Ouganda. Ces fonds doivent renforcer la surveillance épidémiologique, les capacités des laboratoires, la communication sur les risques, les inhumations sécurisées et la prise en charge clinique.

Au 19 mai 2026, le ministre congolais de la Santé publique, Dr Samuel Roger Kamba, a recensé 513 cas suspects d’Ebola en Ituri et 131 décès probables.

Un risque de propagation nationale et régionale

L’épidémie est causée par le virus Bundibugyo. Aucun vaccin ni traitement n’est approuvé à ce jour, mais la maladie a déjà franchi les frontières. Des cas importés sont signalés à Kinshasa et à Kampala en Ouganda.

Le 17 mai 2026, l’Organisation Mondiale de la Santé a déclaré l’épidémie « urgence de santé publique de portée internationale ». Pour Africa CDC, l’insécurité et la mobilité des populations minières risquent de faire de l’Ituri le point de départ d’une épidémie régionale.

Kinshasa et neuf villes congolaises à l’heure européenne pour la 10ᵉ édition d’un festival pas comme les autres

Kinshasa, Lubumbashi, Kalemie, Kisangani, Kolwezi, Uvira, Beni, Matadi, Mbanza-Ngungu, Muanda. Pendant quinze jours – du 23 mai au 6 juin 2026 – ces dix cités résonneront au même rythme, celui de la 10ᵉ édition du Festival du film européen en République Démocratique du Congo. Organisé conjointement par l’Institut français de Kinshasa et la Délégation de l’Union européenne, l’événement quitte pour la première fois le seul cadre de la capitale pour essaimer ses écrans aux quatre coins du pays.

L’affiche est à la hauteur de l’anniversaire : festive, inclusive et résolument tournée vers la transmission. En une décennie, ce rendez-vous s’est imposé comme une passerelle unique entre créateurs africains et européens, là où les écritures contemporaines se croisent, se répondent et se réinventent.

23 films, 100 projections gratuites et cinq coups de cœur à dévorer

Que voir ? Du rire aux larmes, du documentaire à l’animation, la programmation joue la carte de la générosité. Dans la catégorie comédie, on retient déjà la présence de Un ours dans le JuraLes TucheYannick ou Les Belles Années. Côté « Regard sur l’Afrique », place à la diversité des réalités sociales et identitaires avec Le village de BamboulaBatwingAfrotopiaKin ma belle ou Nous les griots.

Les récits féminins ne sont pas en reste. La section Voix de femme met en lumière La CasaImpureRosalieGloria ! et 7 jours. Les plus jeunes (et les moins jeunes) se presseront devant l’animation, où figurent Allah n’est pas obligéSlocum et moiLes belles cicatrices et Des mondes lointains. Enfin, la catégorie « Coup de cœur » offrira Sirãt et la fresque intemporelle La guerre des boutonsTotal : 23 films, plus d’une centaine de projections gratuites. De quoi remplir ses carnets de notes.

Invités de marque, masterclasses et concours : le festival se vit aussi en coulisses

Le public ne viendra pas seulement pour voir, mais aussi pour échanger. Onze invités – six internationaux, cinq nationaux – feront le déplacement, parmi lesquels David Mboussou, Yoann Demontgrand, Levy Ekofo, le célèbre cinéaste d’animation Jean-Michel Kibushi, Thomas Letellier, Zaven Najjar, François Tchernia, Akitowa Mirhego ou encore Amason Gaïus.

Leur mission ? Animer des ateliers pointus : scénario documentaire, régie générale, lumière, initiation au stop-motion, design et storyboard, sans oublier une masterclass inédite sur la fabrication d’un film indépendant en contexte africain par David Mboussou. Pendant ce temps, le Concours du Film de Poche – thème 2026 : « Révolution » – défie les cinéastes amateurs de réaliser un court-métrage avec un simple smartphone. Des jeux-concours sur les réseaux sociaux viendront rythmer les deux semaines.

Lancement officiel le 23 mai à Kinshasa avec Un ours dans le JuraClôture en apothéose le 30 mai à l’Institut français, projection de Sirãt puis ambiance musicale signée DJ Queeny D. Et partout, dans les centres culturels, les académies, les espaces indépendants – du Centre Wallonie-Bruxelles à la Fondation Ngonda, en passant par l’Académie des Beaux-Arts et le Zoo – le cinéma redeviendra, pour quinze jours, une fête populaire, gratuite et ouverte à tous.

Ne dites plus que le cinéma européen est loin. Il est chez vous, du 23 mai au 6 juin 2026.

RDC : cinq poids lourds de l’opposition lancent la Coalition article 64

Ce mardi 19 mai, dans une salle de Kinshasa placée sous haute sécurité, les visages se sont succédé à la tribune. Martin Fayulu, l’infatigable opposant. Moïse Katumbi, le poids lourd du Shaba. Delly Sesanga, la plume acérée. Matata Ponyo, l’ancien Premier ministre au verbe précis. Jean-Marc Kabund, l’ex-transfuge de la majorité devenu critique acharné du pouvoir.

Tous ont répondu présents. Derrière eux, une constellation de mouvements citoyens, de figures associatives et de partis d’opposition s’est regroupée sous une même bannière : la Coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, plus connue sous le nom de C64.

Cette fois, les leaders de l’opposition n’étaient pas réunis pour un simple exercice politique. Au contraire, ils ont lancé un avertissement solennel face à ce qu’ils considèrent comme une menace directe contre la Constitution congolaise.

Depuis plusieurs semaines, l’idée d’une révision constitutionnelle alimente les tensions politiques à Kinshasa. Pour la C64, cette perspective cache surtout une volonté d’ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

L’article 64 au cœur du combat politique

Pour comprendre la portée de cette initiative, il faut revenir à l’article 64 de la Constitution congolaise. Ce texte, souvent peu évoqué dans le débat public, constitue pourtant un puissant levier juridique et symbolique.

L’article stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution. Il précise également que toute tentative de renversement du régime constitutionnel représente une infraction imprescriptible contre la nation et l’État.

C’est précisément cet article que la coalition a choisi comme nom et comme étendard politique.

« Toute tentative de changer la Constitution, par quelque mécanisme que ce soit, constitue un renversement de l’ordre constitutionnel », ont martelé les signataires.

Dans la foulée, les opposants ont directement visé le chef de l’État. Selon eux, « en poursuivant cet objectif, M. Félix Tshisekedi viole le devoir de sa charge et se rend coupable du crime imprescriptible de haute trahison conformément à l’article 64 alinéa 2 et 165 ».

Les mots sont lourds. Les accusations aussi. Pourtant, les figures de l’opposition semblent désormais déterminées à hausser le ton face au pouvoir.

« Pas de troisième mandat » : la C64 hausse le ton

La coalition n’a laissé planer aucun doute sur ses intentions. Dans une déclaration lue devant une assistance attentive, les responsables ont affirmé : « Il n’y aura pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi, ni glissement, ni changement de Constitution. »

Ensuite, les opposants ont franchi un nouveau cap en appelant ouvertement à la résistance.

« À l’expiration de son mandat, ou dès l’enclenchement du putsch constitutionnel, Félix Tshisekedi perdra tout droit d’engager la République et sera considéré comme un hors-la-loi », ont-ils déclaré.

Puis, la déclaration s’est durcie davantage : « Une résistance doit immédiatement lui être opposée. »

Enfin, les leaders de la C64 ont conclu avec une formule qui résonne comme un ultimatum politique : « Avec ou sans élections, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir de gré ou de force. »

À Kinshasa, ces propos provoquent déjà de nombreuses réactions. Car depuis plusieurs années, l’opposition congolaise apparaissait fragmentée et affaiblie. Désormais, plusieurs figures majeures semblent avoir trouvé un terrain d’entente autour de la défense de l’ordre constitutionnel.

Un projet de référendum dans le viseur

Selon les membres de la C64, le déclencheur de cette mobilisation reste une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par un député de la majorité présidentielle.

Ce texte prévoit l’organisation d’un référendum. Cependant, l’opposition y voit une tentative de contourner les verrous constitutionnels liés à la limitation des mandats présidentiels.

La coalition réclame donc le retrait immédiat de cette proposition. En parallèle, elle rejette toute interprétation qui présenterait cette initiative comme liée à des engagements diplomatiques récents.

Pour les opposants, il s’agit clairement d’une tentative de « putsch constitutionnel ».

Au-delà du débat sur un éventuel troisième mandat, la C64 critique également la gouvernance actuelle. Elle dénonce notamment la persistance des conflits armés dans l’Est de la RDC, la présence de groupes armés étrangers, la fragilisation des institutions et les restrictions progressives des libertés publiques.

Par ailleurs, certains responsables de la coalition accusent le pouvoir d’utiliser de nouvelles structures sécuritaires comme des instruments de répression politique.

Une union historique de l’opposition… mais jusqu’à quand ?

La naissance de la Coalition article 64 marque un tournant politique majeur en RDC. Pour la première fois depuis longtemps, plusieurs grandes figures de l’opposition affichent publiquement un front commun contre toute modification de la Constitution.

Cependant, cette unité reste fragile.

Martin Fayulu continue de se considérer comme le vainqueur de l’élection présidentielle de 2018. De son côté, Moïse Katumbi conserve ses propres réseaux politiques et ses ambitions nationales.

Quant à Delly Sesanga, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, chacun possède sa base politique, son parcours et ses calculs.

Malgré ces différences, les leaders de la coalition misent actuellement sur la convergence. Tous affirment vouloir défendre la Constitution et empêcher toute prolongation du mandat présidentiel au-delà de 2028.

Les prochains mois seront donc décisifs. Ils permettront de savoir si cet appel à la résistance restera symbolique ou s’il se transformera en véritable force politique capable d’influencer l’avenir de la RDC.

En attendant, Kinshasa observe cette nouvelle alliance avec attention. Car lorsque l’opposition congolaise parle d’une même voix, l’écho dépasse souvent les rives du fleuve Congo.

« Robot Kinshasa » : quand la créativité Congolaise donne vie à des automates qui dansent la rumba

C’est une histoire qui commence sous le ciel gris de Servion, petit village suisse perché sur les hauteurs du canton de Vaud. Et qui s’achèvera – ou plutôt s’illuminera – sous les projecteurs du Théâtre Barnabé, les 29 et 30 mai prochains. Ce soir-là, une création unique au monde prendra vie : « Robot Kinshasa ». Un spectacle né de la rencontre improbable entre la précision helvétique et l’effervescence créative de la capitale congolaise.

L’œuvre originale, « Les Robots », avait été imaginée en 2009 par le metteur en scène suisse Christian Denisart. Quinze ans plus tard, le projet a traversé l’Atlantique pour se faire réinventer. Adapté au contexte kinois, nourri des rythmes et des gestes de la rue congolaise, « Robot Kinshasa » n’est pas une simple reprise. C’est une greffe artistique, un métissage scénique. Comme le dit l’équipe avec une savoureuse modestie, ils ont ajouté « une sauce qui manquait à la première version ». Et cette sauce, c’est le génie congolais.

Le récit d’un solitaire peuplé de machines

Sur scène, point de décors clinquants. Juste un homme. Un inventeur. Un de ces génies solitaires que Kinshasa connaît bien, ceux qui passent leur vie derrière des murs de parpaings, à bricoler, à imaginer, à réparer l’irréparable. Déçu par la société, coupé du monde, il a choisi de s’enfermer dans sa parcelle. Pour tromper la solitude, il construit des automates. Des robots. Des êtres de métal et de récup’ qui peuplent son quotidien et exécutent ses ordres.

Mais sa routine vole en éclats le jour où une femme annonce sa visite. Cette femme, présentée comme le dernier lien qui rattache encore l’inventeur à son humanité, va bouleverser l’ordre fragile de cet univers mécanique. Ce qui s’ensuit est une danse silencieuse entre l’homme et ses créatures, entre le désir de connexion et la peur de l’autre, entre la chair et l’acier.

Des corps qui parlent quand les mots se taisent

La première surprise, en poussant la porte du Théâtre Barnabé, sera le silence. « Robot Kinshasa » est entièrement sans parole. Pas un dialogue, pas une réplique, pas un murmure. Le récit repose exclusivement sur le langage corporel. Les déplacements scéniques, les regards, les tensions musculaires, les postures : tout passe par le corps.

C’est un choix audacieux, qui renvoie au théâtre muet des origines, mais avec une singularité toute contemporaine. Les émotions, les conflits, les élans de tendresse ou les sursauts de rage sont racontés par des gestes. Et ces gestes, ils sont lourds de sens. Car ils puisent leur vocabulaire dans les danses traditionnelles congolaises – le luba, le mongo – mais aussi dans les danses urbaines qui font vibrer Kinshasa : le ndombolo, la rumba, l’afro.

Dolsée Ngombo, la chorégraphe du spectacle, résume cette alchimie en une image : « Les danseurs et comédiens imitent les mouvements saccadés et mécaniques des automates, en utilisant une approche artisanale et ingénieuse propre à la récupération kinoise. » On danse le robot, mais on danse aussi la vie.

Une équipe aux deux visages

Derrière « Robot Kinshasa », il y a une équipe à double tête, comme le spectacle lui-même. Côté suisse, Christian Denisart signe la mise en scène, fidèle à son inspiration originelle. Côté congolais, Dolsée Ngombo Way Way assure la direction chorégraphique, aidé de Patrick Yenga à l’assistanat. La co-mise en scène est portée par Tshoper Kabambi et Nzey Van, deux artistes qui connaissent Kinshasa comme leur poche.

Cette répartition n’est pas un partage des tâches. C’est une véritable fusion. Chaque geste, chaque déplacement, chaque silence a été travaillé dans l’allers-retours entre les deux rives. Et le résultat, à en croire les premières répétitions, est d’une intensité rare. On y sent la rigueur helvétique et la chaleur kinoise, la précision technique et l’improvisation joyeuse. Un équilibre fragile, mais magnifique.

Au-delà du spectacle : une réflexion sur notre humanité

Car « Robot Kinshasa » n’est pas qu’un divertissement. Derrière ses automates qui dansent la rumba et ses corps qui s’entrechoquent, le spectacle pose une question essentielle : qu’est-ce qui fait de nous des humains ? L’inventeur de l’histoire a choisi les machines pour conjurer la solitude. Mais la visite de cette femme – ce lien ultime avec le monde – lui rappelle que l’humanité ne se décrète pas. Elle se vit. Dans le contact, dans le risque, dans la vulnérabilité.

Dans une époque où les écrans remplacent les regards et où l’intelligence artificielle brouille les frontières du vivant, cette fable muette résonne comme un avertissement poétique. Et si nos robots devenaient trop humains ? Et si nous devenions trop robots ? Le spectacle ne donne pas de réponse. Il invite, par la grâce des corps, à se poser la question.

Les 29 et 30 mai prochains, le Théâtre Barnabé de Servion sera donc bien plus qu’une salle. Ce sera un laboratoire d’émotions brutes, un pont entre deux continents, et une célébration de ce que l’art a de meilleur à offrir : la capacité de dire l’indicible, sans un mot.

Ebola Bundibugyo : les États-Unis débloquent 13 millions de dollars

Le 18 mai 2026, dans les couloirs feutrés du Département d’État à Washington, une alarme silencieuse s’est déclenchée. La confirmation des premiers cas d’Ebola Bundibugyo en Ouganda, après la flambée déjà explosive de l’Ituri congolais, a transformé une veille sanitaire ordinaire en état d’urgence diplomatique. En moins de deux jours, les rouages de l’administration américaine se sont mis en branle.

Ce mardi 19 mai, c’est par un message sobre sur le réseau social X que Massad Boulos, conseiller américain, a officialisé la nouvelle : « Le Département d’État coordonne une réponse globale à l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo et en Ouganda. En moins de 48 heures, il a activé un plan d’intervention et mobilisé une première enveloppe de 13 millions de dollars d’aide étrangère pour les efforts d’urgence. »

Treize millions. Un premier coup de piston. Mais dans les milieux humanitaires, on sait déjà que ce chiffre n’est qu’une avance. Washington prévient : d’autres financements bilatéraux viendront compléter l’enveloppe, à mesure que l’ampleur réelle de l’épidémie se dessinera. Car pour l’instant, personne ne connaît le véritable visage du monstre.

Une machine de guerre sanitaire en marche

Derrière l’annonce publique se cache une mécanique impressionnante. Le Département d’État a activé une cellule de coordination interministérielle et un système de gestion des incidents à Washington. Les ambassades américaines en RDC, en Ouganda, mais aussi au Rwanda et au Soudan du Sud ont été immédiatement intégrées au dispositif. Leur mission : suivre l’évolution de la situation sur le terrain, et surtout, communiquer avec les ressortissants américains présents dans la région. Des milliers de citoyens américains vivent ou travaillent dans cette zone des Grands Lacs, et leur sécurité est devenue la priorité numéro un.

Les 13 millions de dollars annoncés ne sont pas une manne jetée en pâture. Ils sont fléchés avec une précision chirurgicale vers huit domaines clés : surveillance épidémiologique, analyses en laboratoire, contrôle sanitaire aux frontières, communication des risques, prise en charge clinique des patients, inhumations sécurisées. Chaque dollar doit répondre à une urgence identifiée sur le terrain.

Washington précise également qu’il s’appuie sur ce qu’il appelle un « investissement historique » dans les fonds communs d’OCHA – le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies – pour la RDC et l’Ouganda. Une manière de dire que les États-Unis ne découvrent pas l’Afrique centrale. Ils y ont déjà des antennes, des partenariats, des protocoles d’accord sanitaires bilatéraux signés dans le cadre de la stratégie de santé mondiale « L’Amérique d’abord ».

La porte américaine se ferme : le décret du Titre 42

Mais l’annonce la plus lourde de conséquences ne concerne pas l’aide humanitaire. Elle touche au droit des frontières. Le même 18 mai, les États-Unis ont publié un décret relevant du Titre 42 – ce fameux dispositif qui permet de restreindre l’entrée sur le territoire américain pour des raisons sanitaires. Ce décret interdit désormais l’entrée aux États-Unis à tout ressortissant étranger ayant séjourné en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud au cours des 21 derniers jours.

Une mesure radicale, qui rappelle les heures les plus sombres de la pandémie de Covid-19. Officiellement, elle vise à protéger le territoire américain. Officieusement, elle révèle l’inquiétude réelle des autorités sanitaires américaines face à une souche d’Ebola pour laquelle, rappelons-le, il n’existe aucun vaccin ni traitement homologué.

Le Département d’État précise travailler main dans la main avec les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) et le Département de la Sécurité intérieure (DHS) pour appliquer ce décret. Mieux encore, Washington prépare l’éventualité d’un rapatriement de citoyens américains exposés au virus. Le CDC et l’armée américaine sont déjà en alerte pour organiser ces retours, en fonction de l’évaluation des risques et des besoins de santé.

Une coordination internationale sous pavillon américain

Les États-Unis ne font pas cavalier seul. Massad Boulos l’a martelé : Washington pilote les efforts de coordination des donateurs dans les capitales régionales. En lien étroit avec les Nations Unies, l’Union européenne et le Royaume-Uni, l’administration américaine cherche à éviter la cacophonie qui a parfois entravé les ripostes précédentes. Une réunion quotidienne de haut niveau a été instaurée pour que la réponse à cette crise reste « une priorité absolue ».

Sur le terrain, les autorités congolaises et ougandaises poursuivent les opérations de surveillance et de traçage des contacts. L’INRB – l’Institut national de recherche biomédicale de RDC – et l’OMS sont en première ligne. Mais l’épidémie survient dans une zone déjà meurtrie par les violences des rebelles des ADF, des milices CODECO, du groupe Zaïre et d’autres factions locales. Des déplacements massifs de population compliquent encore la tâche des équipes sanitaires.

Une urgence sanitaire, économique et sécuritaire

Au-delà des vies humaines, c’est tout l’équilibre fragile de la région des Grands Lacs qui menace de basculer. Les perturbations des activités transfrontalières, le ralentissement du commerce local, la pression sur des systèmes de santé déjà exsangues : les conséquences économiques de cette flambée pourraient être désastreuses. Les partenaires internationaux le savent. Leur priorité est double : endiguer le virus, et maintenir la continuité des activités économiques essentielles.

Pour l’instant, Washington affiche sa détermination. « Le leadership américain demeure indispensable face aux menaces sanitaires mondiales », a martelé Massad Boulos. Une phrase qui sonne comme un engagement, mais aussi comme un avertissement. Car si l’Amérique a ouvert son portefeuille et fermé ses frontières, elle attend désormais que le reste du monde emboîte le pas. L’épidémie de Bundibugyo est devenue une affaire planétaire. Et chaque jour qui passe sans riposte coordonnée est un jour que le virus gagne.

Éliminatoires CAN 2027 : La RDC servie dans le groupe E avec la Guinée équatoriale, la Sierra Leone et le Zimbabwe

Le tirage au sort des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN 2027) a eu lieu ce mardi 19 mai 2026 au Caire, au siège de la Fédération égyptienne de football. La CAF a réparti 48 sélections africaines en 12 groupes de 4 équipes pour lancer la course vers la phase finale prévue du 19 juin au 17 juillet 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.

La République Démocratique du Congo a été logée dans le groupe E aux côtés de la Guinée équatoriale, de la Sierra Leone et du Zimbabwe. Un tirage qui laisse des raisons d’y croire pour les Léopards. La Guinée équatoriale reste l’adversaire le plus structuré, mais la RDC part avec l’avantage de l’expérience et d’un effectif plus dense.

Le calendrier fixe les premières rencontres en septembre et octobre 2026. Les hommes de Sébastien Desabre devront vite prendre des points pour éviter les calculs en fin de parcours.

Des chocs attendus dans les autres groupes

La cérémonie a livré des affiches relevées dans plusieurs poules. Le Maroc affrontera le Gabon, le Niger et le Lesotho dans le groupe A. La Côte d’Ivoire et le Ghana se retrouvent dans le groupe C, accompagnés de la Gambie et de la Somalie.

L’Égypte, septuple championne, hérite du groupe B avec l’Angola, le Malawi et le Soudan du Sud. Chaque groupe devra désigner ses qualifiés d’ici mars 2027.

Un format de qualification inchangé

Le format reste identique aux éditions précédentes. Les deux premiers de chaque groupe se qualifient directement.

Dans les groupes où figure un pays hôte, une troisième équipe obtient également son billet. Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda participent aux éliminatoires pour garder le rythme, bien qu’étant pays organisateurs.

La RDC face à la douleur de la dernière CAN

Pour la RDC, l’enjeu est aussi psychologique. À la récente CAN, les Léopards avaient montré du caractère avant de s’incliner douloureusement contre l’Algérie dans les dernières minutes de la prolongation, en quart de finale.

Chancel Mbemba et ses coéquipiers avaient encore leurs armes en main avant de tomber. L’élimination a laissé un goût d’inachevé. Cette campagne qualificative est l’occasion de tourner la page et de prouver que l’équipe a appris de cette désillusion.

Sous la conduite de Sébastien Desabre, la RDC aborde ces éliminatoires avec un cadre technique stable et une connaissance précise du groupe. Si les Léopards imposent leur rythme dès septembre, la qualification ne devrait pas échapper au pays.

Ci-dessous, l’intégralité des groupes des éliminatoires CAN 2027 :

Groupe A : Maroc, Gabon, Niger, Lesotho. Groupe B : Égypte, Angola, Malawi, Soudan du Sud. Groupe C : Côte d’Ivoire, Ghana, Gambie, Somalie. Groupe D : Afrique du Sud, Guinée, Kenya, Érythrée. Groupe E : RDC, Guinée équatoriale, Sierra Leone, Zimbabwe. Groupe F : Burkina Faso, Bénin, Mauritanie, Centrafrique. Groupe G : Cameroun, Comores, Namibie, Congo. Groupe H : Tunisie, Ouganda, Libye, Botswana. Groupe I : Algérie, Zambie, Togo, Burundi. Groupe J : Sénégal, Mozambique, Soudan, Éthiopie. Groupe K : Mali, Cap-Vert, Rwanda, Libéria. Groupe L : Nigeria, Madagascar, Tanzanie, Guinée-Bissau.

Ebola Bundibugyo : le gouvernement congolais dresse un bilan de 131 décès

Il était une heure du matin, ce mardi 19 mai, lorsque la voix du ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a interrompu les programmes de la RTNC pour une communication exceptionnelle. À ses côtés, le ministre de la Santé publique, de l’Hygiène et de la Prévoyance Sociale, le Dr Samuel Roger Kamba, visiblement marqué par son déplacement sur le terrain, effectué le dimanche 17 mai en province de l’Ituri.

L’objectif était clair : donner à la population congolaise des nouvelles certifiées, sans rumeurs, sans approximations. Car l’heure n’est plus aux doutes. L’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, officiellement déclarée le 15 mai, est la 17ème que connaît la République démocratique du Congo. Un triste record qui place le pays en état d’alerte sanitaire renforcée.

513 cas suspects, 131 décès : un bilan provisoire mais préoccupant

Le ministre Kamba a livré des chiffres précis, tout en prenant soin de les contextualiser. « 513 cas suspects et 131 décès ont été enregistrés dans les zones affectées », a-t-il annoncé. Mais il a immédiatement ajouté une précision méthodologique essentielle : « Tous ces décès ne sont pas nécessairement imputables à Ebola. Il s’agit de décès suspects, et des investigations sont en cours pour déterminer lesquels sont effectivement liés à la maladie. »

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Une prudence de rigueur, qui n’enlève rien à la gravité de la situation. Car l’épidémie s’étend désormais sur six zones sanitaires : Mongbwalu et Rwampara, qui constituent les épicentres en Ituri, mais aussi Bunia et Nyankunde dans la même province, ainsi que Butembo-Katwa et Goma au Nord-Kivu. La menace s’installe en zone urbaine, là où les populations sont denses et les déplacements fréquents.

Le ministre a toutefois tenu à rassurer sur un point : la souche Bundibugyo est, selon les données disponibles, « moins mortelle que le Ebola Zaïre ». Une nuance importante, même si elle ne saurait justifier la moindre relâche. La RDC, rappelle-t-il, dispose d’une longue expérience dans la gestion des résurgences d’Ebola, avec plus de 15 épisodes maîtrisés par le passé. Mais chaque épidémie est unique, et celle-ci réserve son lot de surprises.

Le frein des croyances : quand la maladie mystique l’emporte sur la raison

Le moment le plus frappant de l’intervention du ministre Kamba fut sans doute celui où il a évoqué les freins culturels à la riposte. « L’alerte a traîné dans la communauté parce qu’il y a une pensée que c’était une maladie mystique, et cela a occasionné l’expansion de la maladie », a-t-il déploré.

Une phrase qui en dit long sur les défis auxquels se heurtent les équipes sanitaires sur le terrain. Pendant que le virus se propageait silencieusement, une partie de la population l’interprétait comme un sort jeté, une punition des ancêtres ou un mauvais œil. Résultat : des malades non signalés, des morts enterrés par leurs proches sans protection, des contacts non tracés. Le terreau idéal pour une flambée.

C’est précisément pour cette raison que les autorités sanitaires, appuyées par l’OMS, misent désormais sur la mobilisation communautaire. L’engagement des agents de santé locaux, déjà décisif lors des épidémies récentes, est présenté comme un levier essentiel pour améliorer la détection précoce, la surveillance et la communication sur les risques. Il faut convaincre, expliquer, rassurer. Et surtout, dissocier le virus de l’occulte.

Une variante inédite issue d’un réservoir animal : l’éclairage de l’INRB

Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et figure historique de la lutte contre Ebola, a apporté un éclairage scientifique décisif. Selon lui, la souche actuelle n’est pas une simple réapparition des variants Bundibugyo observés en 2007 et 2012. Non. Il s’agit d’une variante génétiquement distincte, issue directement d’un réservoir animal.

Cette découverte est capitale. Elle signifie que le virus a franchi une nouvelle fois la barrière des espèces, récemment, à partir d’un animal encore non identifié. Elle implique également que d’autres foyers pourraient émerger n’importe où dans les zones forestières. Et surtout, elle rappelle une vérité dérangeante : face à ce variant inédit, il n’existe à ce jour aucun vaccin ni traitement spécifiquement homologué.

D’où l’importance des gestes barrières, martelés par le ministre et l’OMS. Le lavage régulier des mains à l’eau et au savon. L’utilisation de solution hydroalcoolique. L’évitement strict de tout contact avec les liquides biologiques d’une personne malade ou décédée. L’isolement rapide des cas suspects. Et pour les soignants et les proches aidants : le port systématique d’équipements de protection (gants, masques, lunettes, vêtements dédiés).

Sur un point, le ministre Kamba a été particulièrement ferme : les funérailles doivent être organisées par des équipes spécialisées. Les corps des défunts, ultra-contaminants, ne doivent en aucun cas être touchés à mains nues par la famille. Une consigne difficile à faire accepter dans une culture où le dernier adieu est sacré, mais une consigne vitale.

La RDC a déjà vaincu Ebola par le passé. Elle dispose d’un savoir-faire unique au monde. Mais cette 17ème épidémie, portée par une variante inédite et freinée par les croyances, lui impose un dénouement qu’elle n’avait jamais connu. L’heure n’est plus à la peur, mais à la méthode. Et à la confiance.