Santé




Ebola Bundibugyo : le gouvernement congolais dresse un bilan de 131 décès

Il était une heure du matin, ce mardi 19 mai, lorsque la voix du ministre de la Communication, Patrick Muyaya,…

Il était une heure du matin, ce mardi 19 mai, lorsque la voix du ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a interrompu les programmes de la RTNC pour une communication exceptionnelle. À ses côtés, le ministre de la Santé publique, de l’Hygiène et de la Prévoyance Sociale, le Dr Samuel Roger Kamba, visiblement marqué par son déplacement sur le terrain, effectué le dimanche 17 mai en province de l’Ituri.

L’objectif était clair : donner à la population congolaise des nouvelles certifiées, sans rumeurs, sans approximations. Car l’heure n’est plus aux doutes. L’épidémie de maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo, officiellement déclarée le 15 mai, est la 17ème que connaît la République démocratique du Congo. Un triste record qui place le pays en état d’alerte sanitaire renforcée.

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513 cas suspects, 131 décès : un bilan provisoire mais préoccupant

Le ministre Kamba a livré des chiffres précis, tout en prenant soin de les contextualiser. « 513 cas suspects et 131 décès ont été enregistrés dans les zones affectées », a-t-il annoncé. Mais il a immédiatement ajouté une précision méthodologique essentielle : « Tous ces décès ne sont pas nécessairement imputables à Ebola. Il s’agit de décès suspects, et des investigations sont en cours pour déterminer lesquels sont effectivement liés à la maladie. »

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Une prudence de rigueur, qui n’enlève rien à la gravité de la situation. Car l’épidémie s’étend désormais sur six zones sanitaires : Mongbwalu et Rwampara, qui constituent les épicentres en Ituri, mais aussi Bunia et Nyankunde dans la même province, ainsi que Butembo-Katwa et Goma au Nord-Kivu. La menace s’installe en zone urbaine, là où les populations sont denses et les déplacements fréquents.

Le ministre a toutefois tenu à rassurer sur un point : la souche Bundibugyo est, selon les données disponibles, « moins mortelle que le Ebola Zaïre ». Une nuance importante, même si elle ne saurait justifier la moindre relâche. La RDC, rappelle-t-il, dispose d’une longue expérience dans la gestion des résurgences d’Ebola, avec plus de 15 épisodes maîtrisés par le passé. Mais chaque épidémie est unique, et celle-ci réserve son lot de surprises.

Le frein des croyances : quand la maladie mystique l’emporte sur la raison

Le moment le plus frappant de l’intervention du ministre Kamba fut sans doute celui où il a évoqué les freins culturels à la riposte. « L’alerte a traîné dans la communauté parce qu’il y a une pensée que c’était une maladie mystique, et cela a occasionné l’expansion de la maladie », a-t-il déploré.

Une phrase qui en dit long sur les défis auxquels se heurtent les équipes sanitaires sur le terrain. Pendant que le virus se propageait silencieusement, une partie de la population l’interprétait comme un sort jeté, une punition des ancêtres ou un mauvais œil. Résultat : des malades non signalés, des morts enterrés par leurs proches sans protection, des contacts non tracés. Le terreau idéal pour une flambée.

C’est précisément pour cette raison que les autorités sanitaires, appuyées par l’OMS, misent désormais sur la mobilisation communautaire. L’engagement des agents de santé locaux, déjà décisif lors des épidémies récentes, est présenté comme un levier essentiel pour améliorer la détection précoce, la surveillance et la communication sur les risques. Il faut convaincre, expliquer, rassurer. Et surtout, dissocier le virus de l’occulte.

Une variante inédite issue d’un réservoir animal : l’éclairage de l’INRB

Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) et figure historique de la lutte contre Ebola, a apporté un éclairage scientifique décisif. Selon lui, la souche actuelle n’est pas une simple réapparition des variants Bundibugyo observés en 2007 et 2012. Non. Il s’agit d’une variante génétiquement distincte, issue directement d’un réservoir animal.

Cette découverte est capitale. Elle signifie que le virus a franchi une nouvelle fois la barrière des espèces, récemment, à partir d’un animal encore non identifié. Elle implique également que d’autres foyers pourraient émerger n’importe où dans les zones forestières. Et surtout, elle rappelle une vérité dérangeante : face à ce variant inédit, il n’existe à ce jour aucun vaccin ni traitement spécifiquement homologué.

D’où l’importance des gestes barrières, martelés par le ministre et l’OMS. Le lavage régulier des mains à l’eau et au savon. L’utilisation de solution hydroalcoolique. L’évitement strict de tout contact avec les liquides biologiques d’une personne malade ou décédée. L’isolement rapide des cas suspects. Et pour les soignants et les proches aidants : le port systématique d’équipements de protection (gants, masques, lunettes, vêtements dédiés).

Sur un point, le ministre Kamba a été particulièrement ferme : les funérailles doivent être organisées par des équipes spécialisées. Les corps des défunts, ultra-contaminants, ne doivent en aucun cas être touchés à mains nues par la famille. Une consigne difficile à faire accepter dans une culture où le dernier adieu est sacré, mais une consigne vitale.

La RDC a déjà vaincu Ebola par le passé. Elle dispose d’un savoir-faire unique au monde. Mais cette 17ème épidémie, portée par une variante inédite et freinée par les croyances, lui impose un dénouement qu’elle n’avait jamais connu. L’heure n’est plus à la peur, mais à la méthode. Et à la confiance.

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