Assemblée nationale RDC : le rapport sécuritaire sur 7 ministres présenté ce lundi au Palais du peuple

Kinshasa, lundi 27 avril 2026. Le Palais du peuple se prépare à une séance décisive. Les députés nationaux examinent le rapport de la Commission Défense et sécurité. Ce document résulte des auditions de sept membres du gouvernement.

Ces dernières semaines, la commission a interrogé plusieurs ministres. Elle a abordé des sujets sensibles : opérations militaires, situation sur le terrain et réponses face aux menaces dans l’Est.

Dimanche, un communiqué officiel a annoncé la plénière. Le rapporteur Jacques Djoli a confirmé un ordre du jour clair. Les élus doivent examiner puis adopter ce rapport stratégique.

Ainsi, cette séance s’inscrit dans le cadre du contrôle parlementaire. Ce mécanisme permet aux députés d’évaluer concrètement l’action du gouvernement.

Sept ministres auditionnés sur des dossiers sensibles

Pour l’instant, le communiqué ne précise pas les noms des ministres concernés. Toutefois, les auditions ont porté sur des questions majeures.

Les échanges ont concerné la lutte contre les groupes armés. Ensuite, les députés ont évoqué la coordination avec la MONUSCO. Ils ont aussi examiné le cessez-le-feu, la protection des civils et la gestion humanitaire.

En commission, les élus ont adopté une approche rigoureuse. Ils ont posé des questions précises. Ils ont exigé des chiffres et des explications détaillées. En retour, les ministres ont apporté leurs réponses.

Désormais, le débat se poursuit en plénière. Cette étape permettra d’évaluer la solidité des conclusions.

Un test politique et sécuritaire pour les institutions

L’adoption du rapport pourrait entraîner des recommandations fortes. Concrètement, le Parlement peut influencer la politique sécuritaire. Dans certains cas, il peut même durcir le ton à travers des interpellations.

Cependant, l’enjeu dépasse les procédures. Il touche directement à la gouvernance du pays. Dans une démocratie, le Parlement ne se limite pas à voter les lois. Il contrôle aussi l’action publique.

Pendant ce temps, la situation à l’Est reste préoccupante. Les groupes armés continuent d’attaquer. Les civils subissent les violences. Les déplacés vivent dans des conditions critiques.

Dans ce contexte, les attentes sont élevées. L’opinion publique observe attentivement. Les partenaires internationaux suivent également les conclusions.

Par ailleurs, la séance de ce lundi pourrait marquer un tournant. L’opposition devrait dénoncer les insuffisances. De son côté, la majorité défendra le bilan du gouvernement.

Au final, ce rapport représente un véritable test. Il mesure la capacité du Parlement à peser sur les décisions. Il révèle aussi la solidité des institutions face à la crise sécuritaire.

Vaccination à Mbandaka : le PEV abandonne le porte-à-porte pour les écoles

Le Programme Élargi de Vaccination (PEV) change de méthode dans la ville de Mbandaka. L’ancienne stratégie du porte-à-porte est abandonnée. La campagne de vaccination contre la rougeole, la rubéole et la poliomyélite se fait désormais dans les écoles et les centres de santé. Objectif : toucher plus d’enfants en moins de temps.

Le médecin-chef d’antenne du PEV à Mbandaka, le Dr Douglas Nkoy Isanjola l’assume. La cible principale est essentiellement constituée d’enfants en âge scolaire.

« Nous administrons le vaccin rougeole-rubéole aux enfants âgés de 6 mois à 14 ans. Étant donné que de nombreux enfants de 3 à 5 ans fréquentent déjà l’école maternelle, il est plus facile de les atteindre dans leurs établissements. Quant aux plus jeunes, notamment ceux de moins de 3 ans, ils sont pris en charge dans les centres de santé et les sites communautaires », a-t-il déclaré.

Pourquoi le PEV Mbandaka mise sur les écoles en 2026

Selon les données de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), la RDC a enregistré 311 000 cas de rougeole et 6 045 décès en 2023. L’Équateur reste une province à haut risque. La polio dérivée vaccinale circule encore. En 2024, 106 cas de PVDV2 ont été notifiés en RDC.

La stratégie fixe, d’après le PEV à Mbandaka, réduit les coûts logistiques. Elle évite les enfants absents lors du porte-à-porte. Elle touche d’un coup les classes entières. La division provinciale de la santé de l’Équateur a indiqué la formation de 184 équipes pour couvrir 22 aires de santé.

Elikya 2 : 727 élèves vaccinés après sensibilisation des parents

L’école primaire Elikya 2 illustre la méthode. 727 élèves sont inscrits. La direction a prévenu les familles un mois avant.

« (…) Nous avons d’abord sensibilisé les parents, qui ont été réceptifs. Ensuite, nous avons informé les élèves sur les risques liés à ces maladies. Pour assurer une bonne participation, nous avons également adressé des messages aux parents via les cahiers de communication », a expliqué la directrice de cet établissement, la religieuse Rachelle Ngoya.

Chaîne du froid solaire : les vaccins gardés entre 2°C et 8°C

Le PEV maintient la qualité des doses. Les équipes utilisent des glacières et des boîtes isothermes. La température reste entre 2°C et 8°C. Un local de stockage solaire sécurise les stocks à Mbandaka. La structure évite toute rupture de chaîne du froid qui pourrait détruire l’efficacité du vaccin rougeole.

Ratissage prévu 27-28 avril 2026 pour les enfants manqués

D’après le programme, une opération de rattrapage a démarré dimanche 27 avril 2026. Elle dure deux jours. Les vaccinateurs retournent dans les écoles et les aires de santé. But : récupérer les absents et les refus temporaires.

Le PEV vise 95% de couverture pour stopper la circulation des virus. Le seuil de l’OMS pour la rougeole est à 95%. La RDC était à 65% en 2023.

Sans forte couverture, les flambées repartent. La rougeole tue 1 enfant sur 100 non vaccinés. La polio paralyse 1 cas sur 200.

Kinshasa : la grève des agents provinciaux levée – les salaires seront payés à partir du 28 avril

Kinshasa, dimanche 26 avril 2026. La ville retient son souffle depuis plusieurs jours. Les bureaux de l’administration provinciale étaient fermés. Les agents, en colère. Les 13 mois d’arriérés de salaire – 15 pour certains – avaient transformé l’espoir en désespoir, puis en révolte. Mais ce dimanche, l’Intersyndicale a annoncé une bonne nouvelle. La menace de grève est levée. Les salaires seront payés à partir du mardi 28 avril. La capitale peut souffler.

L’annonce a été faite par communiqué. L’issue d’une réunion extraordinaire tenue dans le cadre du dialogue permanent entre les autorités provinciales et les représentants syndicaux. Autour de la table : Jésus-Noël Sheke wa Domene, ministre provincial de la Fonction publique ; Magloire Kabemba Okandja, ministre provincial des Finances ; et David Délord Luyeye Ngongite, président de l’Intersyndicale de l’administration urbaine.

Le dialogue a payé. L’Exécutif provincial a accédé aux principales revendications liées au paiement des salaires.

Les fonds sont là, la paie peut commencer

Selon le communiqué, les fonds nécessaires seraient déjà disponibles pour honorer l’échéance du mardi 28 avril. Une réunion tripartite est prévue ce lundi 27 avril entre le gouvernement provincial, l’Intersyndicale et la banque payeuse. Objectif : finaliser les modalités pratiques du lancement effectif de la paie.

Pas de promesses en l’air. Pas de nouvelles échéances floues. Un calendrier précis. Une réunion de réglage. Et des fonds annoncés comme disponibles.

Un comité de suivi pour éviter les retours en arrière

Pour que l’accord ne reste pas lettre morte, un comité de suivi tripartite a été mis en place. Sa mission : veiller au respect du calendrier et des procédures. Son objectif : assurer un paiement rapide de l’ensemble du personnel administratif urbain.

Une manière de rassurer les agents, qui avaient accumulé huit mois d’arriérés en 2025 et un trimestre complet en 2026. Certains personnels politiques totalisaient quinze mois d’impayés. L’inacceptable avait fini par provoquer la paralysie de la ville.

Reprise normale des activités

L’Intersyndicale appelle tous les agents et cadres à reprendre normalement leurs activités. En conséquence, toutes les actions de grève initialement prévues pour ce lundi 27 avril sont suspendues.

Les bureaux vont rouvrir. Les régies financières vont recommencer à collecter les taxes. La ville va retrouver son rythme.

De leur côté, les autorités provinciales réaffirment leur engagement à garantir la régularité de la paie. Une promesse que les agents espèrent voir tenir dans la durée, après des mois de crise.

La fin d’une crise ?

La paralysie de l’administration provinciale de Kinshasa aura duré plusieurs jours. Suffisamment pour alerter sur la fragilité sociale de la capitale. Suffisamment pour que les autorités comprennent que l’impatience des agents avait atteint son paroxysme.

Ce compromis évite le pire. Mais il ne règle pas tout. Les agents attendent désormais de voir l’argent arriver sur leurs comptes. Et ils resteront vigilants. Le comité de suivi tripartite est là pour ça.

Prochaine échéance : mardi 28 avril. Jour de paie annoncé. Jour de vérité.

RDC : 27,7 millions de congolais en crise alimentaire aiguë, 2e pire bilan mondial en 2025

La République Démocratique du Congo traverse l’une des pires crises alimentaires du globe. 27,7 millions de congolais souffrent d’insécurité alimentaire aiguë en 2025. Le pays se classe 2e au monde. Seul le Nigeria fait pire avec 30,6 millions. Le Soudan suit le rythme avec 24,6 millions. Le Rapport mondial sur les crises alimentaires, Global Report on Food Crises (GRFC) 2026 l’a confirmé vendredi 24 avril 2026.

Le choc est global. 266 millions de personnes subissent la faim aiguë dans 47 pays en 2025. Le chiffre a doublé depuis 2016. Un tiers des victimes se concentre dans 3 États africains : le Nigeria, la RDC et le Soudan. Les deux tiers vivent dans 10 pays seulement.

La RDC enregistre l’un des pires reculs mondiaux en 2025

Le GRFC 2026 pointe des améliorations au Niger et dans certaines zones du Nigeria et du Soudan. Mais la RDC annule ces progrès. Le pays subit l’une des détériorations les plus fortes entre 2024 et 2025. L’Afghanistan, le Myanmar et le Zimbabwe sont dans le même cas.

La guerre dans l’Est du pays explique le désastre. L’ONU a alerté le 22 avril 2026, à propos de l’aggravation depuis un an, de « la crise humanitaire liée aux combats » dans cette contrée. La province du Nord-Kivu est placée au premier plan. La RDC compte 6,47 millions de déplacés internes. C’est le 5e chiffre mondial. Le M23 contrôle des zones agricoles clés du Masisi et Rusthuru depuis 2022. Les paysans ne cultivent plus. Les marchés sont coupés.

Nord-Kivu et Ituri : le grenier devenu zone de famine

Les conflits chassent les agriculteurs. Au Nord-Kivu, 2,8 millions de personnes ont fui leur champ. L’Ituri compte 1,6 million de déplacés. Ces deux provinces produisaient 40% du maïs et du haricot du pays, selon le ministère de l’Agriculture en 2023.

Sans récolte, les prix flambent. Le sac de farine de maïs coûte 120 000 FC à Goma en avril 2026 contre 45 000 FC en 2022. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) distribue des rations à 3,6 millions de congolais. Mais l’agence couvre moins de 15% des besoins, faute de fonds.

Conflits, climat et baisse des fonds : le trio mortel

Le GRFC 2026 désigne 3 causes mondiales. Les conflits armés restent le moteur primitif. Les chocs climatiques aggravent tout. Les crises économiques font le reste. La RDC cumule les trois.

Le financement humanitaire chute aussi. Les dons pour l’alimentation baissent alors que les besoins explosent. Le Plan de réponse humanitaire de la RDC 2026 n’est financé qu’à 22% en avril. L’ONU réclamait 2,6 milliards USD, mais n’a reçu que 572 millions USD.

La famine frappe déjà ailleurs. Elle est déclarée à Gaza et au Soudan en 2026. La RDC n’a pas atteint ce stade. Mais 3,2 millions de congolais sont en IPC phase 4 « urgence ». Sans aide, ils basculent en famine.

Pourquoi la RDC s’enfonce malgré ses terres

La RDC possède 80 millions d’hectares arables. Seuls 10% sont cultivés, selon l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture, « Food and Agriculture Organization » (FAO) 2024. La guerre bloque l’Est. Les routes coupées isolent les excédents du Kasaï ou du Kwilu. Le dollar fort renchérit les importations de riz et de blé.

Le PAM alerte sur les enfants. 4,3 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë en RDC. Le taux dépasse 15% au Tanganyika et au Kasaï-Central. L’OMS parle d’urgence dès 10%.

Sans paix au Nord-Kivu et en Ituri, l’aide ne suffira pas. La production locale doit reprendre. Les bailleurs doivent financer. Sinon 2026 sera pire que 2025.

Kinshasa : casque obligatoire, mineurs interdits, amendes prévues par l’édit taxi-moto

L’Assemblée provinciale de Kinshasa a adopté la proposition d’édit sur la réglementation du transport par taxi-moto. Le texte impose le casque au chauffeur et au client. Il interdit la conduite aux mineurs, policiers, militaires, fonctionnaires et étrangers. L’excès de vitesse et l’ivresse sont prohibés. Les contrevenants paieront des amendes.

L’initiative est portée par le député provincial Nicolas Wemakoy. Il est président de la Commission Politique, Administrative et Juridique. Sa proposition tient pour le respect du code de la route.

Le président de l’Assemblée provinciale, Lévi Mbuta, a salué le vote. Pour lui, les élus de Kinshasa viennent ainsi de répondre à l’une des « préoccupations majeures des Kinois et Kinoises ».

Transport interdit pour les femmes enceintes et enfants de moins de 12 ans

Lévi Mbuta dénonce les abus. « Les taxi-motos communément appelés Wewa aident des Kinois et Kinoises. Mais nous avons remarqué beaucoup d’anomalies. Des nombreux Kinois meurent par des accidents de motos. Certains sont fracturés et restent avec des défauts », a-t-il déclaré.

L’édit fixe des interdictions claires. Les femmes enceintes proches de l’accouchement ne peuvent plus monter. Les enfants de moins de 12 ans non accompagnés sont interdits. Les personnes en état d’ivresse et les personnes âgées non accompagnées également.

Policiers, militaires et étrangers exclus du métier

Le texte rend le casque obligatoire pour tous. Il interdit l’excès de vitesse. Il punit la conduite en état d’ivresse. Les chauffeurs doivent présenter leurs documents.

L’édit liste les métiers interdits : les mineurs ne peuvent pas conduire, les policiers et militaires non plus, les fonctionnaires de l’État et les étrangers.

Sens unique : amendes prévues contre les Wewa

« Nos frères Wewa adorent le sens unique. Avec cette loi, si vous prenez le sens unique, la loi va vous arrêter », a averti Lévi Mbuta. Les amendes sanctionneront les infractions. Le non-respect du tarif fixé par l’Hôtel de Ville aussi.

Ce vote tente de mettre fin au désordre. Les chauffeurs des taxis-motos roulent sans casque. Ils accèdent au centre-ville malgré l’interdiction. Ils fixent leurs propres prix. Plusieurs campagnes ont échoué par le passé.

Selon l’Assemblée provinciale, une vaste campagne de sensibilisation doit précéder l’application. L’édit attend la signature du Gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba.

Kinshasa et les Wewa : 10 ans de tentatives sans loi

L’Assemblée provinciale n’agit pas dans le vide. Kinshasa tente de réguler les taxis-motos depuis 2014. Les mesures se sont succédées. Aucune n’a tenu.

André Kimbuta, alors Gouverneur en 2014, avait lancé l’opération « casque et gilet ». L’objectif était de réduire les morts. Les chauffeurs ont refusé d’acheter les équipements. La mesure n’a duré 2 mois.

En 2018, l’Hôtel de Ville lance les plaques « TM » pour taxis-motos. Le coût était de 50 USD. Moins de 15% des motos ont été enregistrées, selon la Division urbaine des Transports 2023.

En 2022, l’ex Gouverneur Gentiny Ngobila avait interdit la circulation des motos au centre-ville, de 6h à 18h. Le Gouverneur tenait à fluidifier le trafic. Conséquences : les barrages policiers sont contournés. La mesure tombe en 3 semaines.

La Ville de Kinshasa lance en 2023 l’app « Wewa ID » pour l’identification numérique des motos. Chaque chauffeur reçoit un QR code. La ville luttait contre les braquages. Les chiffres officiels indiquent que seulement 8 000 chauffeurs se sont enregistrés sur les 500 000.

L’édit Wemakoy change la donne

Les experts évoquent l’absence de loi. Toutes les mesures passées étaient des arrêtés du Gouverneur. Aucun édit provincial ne fixait des sanctions claires. Ils accusent les agents de l’ordre de négocier pour des arrangements avec les chauffeurs.

La proposition d’édit du député Nicolas Wemakoy vient réguler le secteur. C’est un édit provincial, pas un simple arrêté. Les amendes sont opposables devant les tribunaux. Les sanctions ciblent le sens unique, l’ivresse, l’absence de casque. L’exclusivité kinoise répond aux braquages.

L’édit attend la signature du Gouverneur Daniel Bumba.

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Kasindi : importations et exportations suspendues – les douaniers disent stop au nouveau tarif

Kasindi, vendredi 24 avril 2026. La frontière est coupée. Pas par les armes, ni par les rebelles. Par une grève. Les activités d’importation et d’exportation sont suspendues à la douane de Kasindi, dans le territoire de Beni, jusqu’à nouvel ordre. Aucun véhicule ne traverse ce matin. Les camions de marchandises font la queue dans l’immobilité. Les commerçants, impuissants, regardent leurs produits périr sous le soleil. La cause ? Un conflit autour du nouveau tarif appliqué dans le système Sydonia.

La décision a été annoncée à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue la veille, jeudi 23 avril, au bureau de l’Association congolaise des commissaires agréés en douane (ACCAD) de Kasindi. Autour de la table : l’ACCAD, la Fédération des entreprises du Congo (FEC), et la société civile forces vives du groupement Basongora.

Tous unis. Tous en colère.

Sydonia, le système qui bloque tout

Eugène Matembele, président de l’ACCAD au Nord-Kivu, a mis les pieds dans le plat. « Nous sommes ici pour annoncer notre incapacité à déposer les données sur le serveur central du système SYDONIA », a-t-il déclaré.

Traduction : les déclarants en douane ne peuvent plus exercer leur travail. Pourquoi ? Parce que « les taxes imposées dans le système n’ont pas été consommées par le patronat, qui est la FEC ».

Autrement dit, la Direction générale des douanes et accises a fixé un nouveau tarif. Mais les opérateurs économiques refusent de l’appliquer. Et sans accord, le système se bloque. Les déclarations ne peuvent pas être déposées. Les marchandises ne peuvent pas passer.

Profil Kambale Kalengya, vice-président de la FEC-Kasindi, a été encore plus direct : « Nous lançons un message aux importateurs et exportateurs d’observer cette cessation de travail jusqu’à nouvel ordre. »

Une population déjà fragile en première ligne

La société civile forces vives du groupement Basongora soutient le mouvement. Mais son président, Mbema Bwanandeke, a exprimé une crainte légitime : cette mesure risque d’aggraver la situation des populations déjà fragilisées par l’insécurité.

Car Kasindi, c’est la frontière avec l’Ouganda. C’est un point de passage vital pour toute la région du Nord-Kivu et de l’Ituri. C’est par là que transitent les produits de première nécessité : ciment, carburant, farine, huile, médicaments.

Et déjà, les premiers effets se font sentir. Sur le terrain, on observe la hausse des prix de plusieurs produits, dont le ciment et le carburant. Une flambée qui pourrait rapidement s’étendre à tout l’Est du pays si la grève se prolonge.

Un conflit technique aux conséquences humanitaires

Derrière le jargon technique – Sydonia, tarifs, déclarations en douane – se cache une réalité plus simple : à Kasindi, ce matin, aucun véhicule n’a pu traverser la frontière. Les chauffeurs attendent. Les marchands s’impatientent. Les familles, à des centaines de kilomètres de là, verront bientôt les prix s’envoler.

Le blocage est total. Et personne ne sait quand il prendra fin.

Les douaniers disent « stop ». Les opérateurs économiques les soutiennent. La société civile aussi, même si elle craint les conséquences. La Direction générale des douanes et accises, elle, n’a pas encore réagi officiellement.

Kasindi, artère vitale de l’Est

Kasindi n’est pas une frontière ordinaire. C’est l’une des principales portes d’entrée des marchandises vers les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Sans elle, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui s’effondre.

Les camions venus de Mombasa (Kenya) via Kampala (Ouganda) ne peuvent plus entrer. Les produits congolais destinés à l’exportation ne peuvent plus sortir. Et la région, déjà martyrisée par les groupes armés, les déplacements de populations et les épidémies, s’enfonce un peu plus dans la crise.

La suite ? Personne ne sait

Pour l’instant, la grève est illimitée. Les déclarants ne déposeront pas de données tant que le conflit tarifaire ne sera pas résolu. Les opérateurs économiques appellent les importateurs et exportateurs à observer cette cessation de travail.

Reste à savoir si Kinshasa réagira. Si la Direction générale des douanes et accises accepte de renégocier. Et si les camions, un jour, pourront repartir.

En attendant, à Kasindi, les portes de la douane sont closes. Et le silence, à la frontière, est assourdissant.

Kinshasa-Brésil : un partenariat pour l’agriculture et la mobilité urbaine

Kinshasa, vendredi 24 avril 2026. Au cabinet du gouverneur, une rencontre qui pourrait changer le visage de la capitale. Daniel Bumba a reçu l’ambassadeur du Brésil en RDC, Roberto Parente. Pas une visite de courtoisie. Pas une poignée de main protocolaire. Une réunion de travail, dense, concrète, tournée vers l’action. Au menu : la mobilité urbaine et l’agriculture. Deux défis immenses pour une ville de près de 20 millions d’habitants.

Le Brésil n’est pas un partenaire comme les autres. C’est un géant agricole, un laboratoire de mobilité urbaine, un pays qui a transformé ses mégapoles et ses campagnes. Et c’est cette expertise que Kinshasa veut capter.

« Le Brésil et la RDC présentent des réalités proches, ce qui ouvre la voie à une collaboration fructueuse », a déclaré Roberto Parente.

Des réalités proches, en effet. Des populations nombreuses. Des villes saturées. Des campagnes à valoriser. Une agriculture familiale qui attend son décollage. Un besoin urgent d’infrastructures.

L’agriculture pour nourrir Kinshasa

Premier volet du partenariat : l’agriculture. Kinshasa est une ville qui importe massivement son alimentation. Légumes, viande, poisson, céréales : tout vient de l’intérieur du pays ou de l’étranger, souvent au prix fort. Pendant ce temps, les terres fertiles des provinces alentour restent sous-exploitées.

L’ambassadeur Parente a annoncé le lancement prochain d’une coopération bilatérale destinée à appuyer le gouvernement provincial dans la réalisation de projets de valorisation agricole. Objectif : produire plus, produire mieux, produire local.

Pour les Kinois, cela pourrait signifier des marchés mieux approvisionnés, des prix plus stables, et une sécurité alimentaire renforcée. Pour les agriculteurs des environs, des débouchés sûrs et des revenus améliorés.

La mobilité urbaine pour désengorger Kinshasa

Deuxième priorité : la mobilité urbaine. Kinshasa étouffe. Ses artères sont saturées. Les embouteillages monstres paralysent la vie économique et sociale. Le gouverneur Daniel Bumba en a fait un chantier prioritaire de son mandat.

Le Brésil a des solutions à partager. Ses grandes villes – São Paulo, Rio de Janeiro – ont connu les mêmes maux. Elles ont développé des systèmes de transport en commun, des voies réservées, des technologies de régulation du trafic.

L’ambassadeur a évoqué des projets structurants en matière d’infrastructures. Des pistes concrètes de collaboration ont déjà été identifiées. Elles feront l’objet d’un travail conjoint dans les prochaines semaines.

Une nouvelle dynamique de coopération

Cette audience ouvre une nouvelle page entre Kinshasa et Brasilia. Jusqu’ici, les relations entre la RDC et le Brésil étaient restées discrètes. Mais le géant sud-américain semble décidé à renforcer sa présence en Afrique, et la RDC – par sa taille, son poids démographique, ses ressources – est un partenaire naturel.

Pour Daniel Bumba, c’est aussi une manière de diversifier les alliances de la capitale. Kinshasa travaille déjà avec la Chine, la Turquie, les États-Unis, l’Union européenne. Le Brésil apporte une expertise différente, un regard neuf, des solutions parfois plus adaptées aux réalités du Sud global.

Des projets à fort impact pour les Kinois

L’ambassadeur Parente a parlé de « projets à fort impact pour la population kinoise ». Une formule qui n’est pas anodine. Car à Kinshasa, les grands projets ont trop souvent bénéficié aux opérateurs économiques sans changer concrètement la vie des habitants.

Cette fois, l’accent semble mis sur l’utilité sociale. Mieux circuler. Mieux manger. Deux aspirations simples, mais si difficiles à réaliser dans une mégapole africaine.

Le travail ne fait que commencer. Les prochaines étapes verront les équipes techniques des deux pays se rencontrer, affiner les projets, chercher les financements. Mais l’impulsion est là. La volonté politique, aussi.

James Swan à Goma : le chef de la MONUSCO pose ses conditions pour le cessez-le-feu

Goma, vendredi 24 avril 2026. L’avion du chef de la MONUSCO a traversé le ciel du Nord-Kivu et s’est posé sur la piste de l’aéroport international. Celle-là même qui est fermée depuis des mois. Celle-là même dont les rebelles et Kinshasa se renvoient la responsabilité. James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, est arrivé. Il vient de Beni, d’Eringeti, de Bunia, de Fataki. Il a arpenté les territoires martyrisés de l’Est. Mais cette étape à Goma, sous contrôle de l’AFC/M23, est la plus délicate. La plus symbolique aussi.

À peine descendu de l’appareil, le diplomate onusien a fixé le cap. Pas de discours creux. Pas de formules convenues. Il est venu pour une seule chose : faire appliquer le cessez-le-feu.

« Ma présence ici vise d’abord à rencontrer nos équipes, à écouter leurs analyses, à échanger avec les autorités de facto », a-t-il déclaré.

Autorités de facto. L’expression est choisie. Elle désigne sans les nommer les hommes de l’AFC/M23 qui tiennent Goma et une large portion du Nord-Kivu. Swan ne vient pas leur faire la leçon. Il vient négocier les conditions d’une paix possible.

Quatre conditions, quatre lignes rouges

Le message de James Swan a été aussi clair qu’un ultimatum. Pour que le cessez-le-feu tienne, pour que le mécanisme conjoint élargi de vérification (EJVM+) puisse opérer, quatre conditions indispensables doivent être réunies :

  1. La cessation de l’usage de drones offensifs – ces oiseaux de mort qui frappent sans prévenir, comme celui qui a tué l’humanitaire française Karine Buisset le 11 mars à Goma.

  2. La fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS – ce spoofing qui perturbe les vols humanitaires et militaires, transformant le ciel en piège.

  3. La pleine liberté de mouvement pour le personnel et les moyens de la MONUSCO – plus de 37 incidents d’entrave enregistrés au Nord-Kivu entre janvier et mars 2026.

  4. L’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien – à commencer par celui de Goma, fermé, miné, pillé, mais indispensable pour les évacuations et l’aide humanitaire.

« Nous comptons sur la coopération de tous les belligérants pour avancer », a prévenu Swan.

Une visite qui suit Montreux

Cette descente à Goma n’est pas un coup de tête. Elle survient une semaine après les pourparlers de Montreux, où Kinshasa et l’AFC/M23 ont discuté pendant neuf rounds. Des avancées ont été enregistrées sur l’accès humanitaire et la libération des prisonniers. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste bloqué.

Swan a salué ces « avancées » et encouragé les parties à maintenir leur engagement. Mais il sait que les mots des diplomates ne pèsent pas lourd face aux balles des combattants.

C’est pourquoi il a tenu à venir sur place. Voir. Écouter. Évaluer.

Goma, ville otage

Goma est une ville étranglée. Privée de son aéroport, elle vit au ralenti. Les humanitaires peinent à acheminer leurs vivres. Les malades ne peuvent pas être évacués. Les commerçants voient leurs marchandises pourrir dans les entrepôts de Kampala.

Et au-dessus du volcan Nyiragongo, le ciel est vide. Pas un avion. Pas un espoir.

Swan le sait. C’est pourquoi il a insisté sur l’utilisation sûre des aéroports. Pas seulement pour les Casques bleus. Pour les civils. Pour les enfants qui meurent de choléra faute de soins. Pour les familles déplacées qui attendent une aide qui n’arrive pas.

Un mandat renforcé, des moyens colossaux

James Swan n’est pas un chef de mission ordinaire. Il prend les rênes de la MONUSCO à un moment charnière. Contrairement aux mandats précédents, la résolution 2808 du Conseil de sécurité marque une pause dans le désengagement progressif de la mission.

Pourquoi ? Parce que la situation sécuritaire s’est dégradée. En Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu. Partout.

Les chiffres donnent le vertige : 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers, 1 270 membres d’unités de police constituées. Une armée bleue déployée pour protéger les civils, surveiller le cessez-le-feu, et soutenir les processus de paix.

La résolution 2808 intègre également les cadres diplomatiques récents : l’Accord de paix de Washington (juin 2025 entre la RDC et le Rwanda) et l’Accord de paix de Doha (novembre 2025). La MONUSCO est appelée à jouer un rôle accru dans le suivi et la vérification du cessez-le-feu.

Mais pour cela, il faut que les conditions sur le terrain le permettent.

Une condamnation sans équivoque

La résolution 2808 ne fait pas dans la dentelle. Elle condamne fermement l’offensive du M23 au Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise, en particulier la prise d’Uvira. Elle exige que le M23 cesse son offensive et fasse marche arrière. Elle exige que le Rwanda retire ses troupes du territoire congolais.

Parallèlement, elle exige que les FARDC cessent leur soutien aux FDLR et poursuivent la neutralisation de ces groupes.

Un équilibre délicat. Une injonction à double tranchant.

Swan, l’homme de la dernière chance ?

À Goma, ce vendredi, James Swan a rencontré les équipes de la MONUSCO. Il a écouté leurs analyses. Il s’est entretenu avec les autorités de facto. Il a examiné les conditions concrètes dans lesquelles la mission peut poursuivre son mandat.

Il repartira avec un diagnostic. Et, espère-t-il, des engagements.

« À travers cette visite, nous espérons renforcer la dynamique en faveur de la désescalade, redonner espoir aux habitants de la région et appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu pour une paix durable dans l’Est de la RDC », a-t-il conclu.

Redonner espoir. L’ambition est immense. Car à Goma, l’espoir est une denrée rare, plus précieuse que l’or, plus rare que l’eau potable.

Accord RDC-Rwanda : 5e réunion à Washington, les partenaires réaffirment leur soutien

Washington, jeudi 23 avril 2026. Dans les salons feutrés de la diplomatie américaine, une réunion discrète mais cruciale s’est tenue. La 5e réunion du comité conjoint de surveillance de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Autour de la table : Kinshasa, Kigali, et leurs principaux partenaires internationaux. Objectif : vérifier que l’engagement solennel pris le 27 juin 2025 tient encore ses promesses.

L’accord de paix signé il y a près d’un an – sous l’égide des États-Unis – avait été salué comme une avancée historique. Deux voisins ennemis, déchirés par des décennies de conflits, d’accusations mutuelles et d’ingérences, acceptaient enfin de dialoguer. Mais sur le terrain, les tensions n’ont jamais vraiment disparu. Et l’Est de la RDC continue de brûler.

Cette 5e réunion du comité conjoint de surveillance était donc attendue comme un test de vérité.

État des lieux : des progrès, mais des défis persistants

Selon le communiqué final, les deux délégations ont fait le point sur leurs efforts respectifs pour réduire les tensions et améliorer la situation sécuritaire, « particulièrement dans l’est de la RDC ». Une formulation diplomatique pour désigner une réalité sanglante : les groupes armés, les déplacés, les massacres de civils.

Les partenaires internationaux – États-Unis en tête, mais aussi le Togo (médiateur de l’Union africaine) et la Commission de l’Union africaine – ont réaffirmé leur soutien. Avec un message implicite : nous vous surveillons, nous vous aidons, mais nous n’accepterons pas l’immobilisme.

Doha dans toutes les têtes

Le comité a également suivi les évolutions du processus de Doha. Ces négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23, menées sous médiation qatarie, sont devenues l’autre volet indispensable de la paix. Car on ne peut pas stabiliser l’Est sans inclure ceux qui tiennent une partie du terrain.

Le Qatar, présent à Washington, a présenté l’état des pourparlers. Le bilan, sans être triomphaliste, a été « salué » par les participants. Les discussions de Montreux – le neuvième round – ont permis des avancées sur l’accès humanitaire et le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste toujours fermé.

Un soutien renouvelé, des attentes élevées

Les partenaires ont « réaffirmé leur soutien au processus de paix ». Mais cette formule diplomatique cache des attentes précises : que Rwanda et RDC cessent leurs soutiens respectifs aux groupes armés (FDLR d’un côté, M23 de l’autre). Que le cessez-le-feu soit respecté sur le terrain. Que les populations civiles soient protégées.

Le communiqué final se veut optimiste. Il parle d’« engagement renouvelé à poursuivre la mise en œuvre de l’accord et à consolider la stabilité dans la région des Grands Lacs ». Une déclaration de bonnes intentions.

Mais à Goma, à Bunagana, à Rutshuru, les habitants savent que les accords de paix s’écrivent avec des stylos, mais se brisent avec des balles.

Washington, plaque tournante de la diplomatie régionale

Le choix de Washington comme lieu de rencontre n’est pas anodin. Les États-Unis sont le principal garant de l’accord RDC-Rwanda. Ils ont investi une immense crédibilité diplomatique dans ce processus. Et ils n’ont aucune envie de voir cet échafaudage s’effondrer.

Mais les marges de manœuvre américaines sont limitées. L’administration Trump, focalisée sur ses priorités intérieures et ses défis extérieurs, ne peut pas consacrer une énergie illimitée aux Grands Lacs. Les partenaires africains – Togo, Union africaine, Qatar – sont donc appelés à prendre le relais.

Une paix à réinventer chaque jour

La 5e réunion du comité conjoint de surveillance s’est achevée sans fracas. Ni annonce choc, ni rupture, ni avancée spectaculaire. Une réunion de suivi, technique, presque routinière.

Mais dans la région des Grands Lacs, la paix ne se gagne jamais définitivement. Elle se reconquiert chaque jour. Ce comité existe précisément pour cela : éviter que les engagements pris ne tombent aux oubliettes, que les tensions ne remontent, que la guerre ne reparte de plus belle.

Prochaine étape : la 6e réunion, dans quelques mois. D’ici là, les diplomates retourneront dans leurs capitales. Les soldats, dans leurs tranchées. Et les civils, dans leurs peurs.