Affaire Vally Amisi : Bénie Mukena Mwepu arrêté à Brazzaville, les formalités de transfert vers Kinshasa en cours

Le ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a annoncé, dimanche 2 août 2026, l’interpellation à Brazzaville de Bénie Mukena Mwepu. Le suspect est recherché par les autorités de la République démocratique du Congo dans le cadre de l’information judiciaire ouverte après le décès de Vally Amisi, survenu à Kinshasa le 9 avril 2026. Les formalités de transfert vers Kinshasa sont en cours.

« Cette arrestation est le fruit de la coopération judiciaire entre le ministère de la Justice de la République démocratique du Congo et le ministère de la Justice de la République du Congo, dans le cadre des mécanismes d’entraide judiciaire existant entre les deux pays », a souligné Guillaume Ngefa dans un communiqué.

Les investigations menées sous l’autorité du parquet compétent ont permis d’orienter les recherches vers la personne interpellée. « Les faits, initialement présentés comme un enlèvement, font l’objet d’une information judiciaire et sont susceptibles de recevoir diverses qualifications juridiques », poursuit le document, tout en précisant que seules les juridictions sont compétentes de les déterminer.

En effet, les formalités judiciaires et administratives requises en vue du transfèrement de l’intéressé vers Kinshasa sont actuellement en cours. Selon la justice congolaise, cela se fait dans le strict respect des lois de la République, des accords de coopération judiciaire applicables, ainsi que des droits et garanties reconnus à toute personne mise en cause.

Toutefois, la justice rappelle que Bénie Mukena Mwepu « bénéficie pleinement de la présomption d’innocence, et que seule une décision définitive de justice est susceptible d’établir sa responsabilité pénale éventuelle ».

Par ailleurs, le Gouvernement de la RDC réaffirme sa détermination à lutter contre l’impunité, « dans le respect des principes de légalité, des droits de la défense et des exigences d’un procès équitable ».

Pour rappel, le meurtre de Vally Amisi, jeune entrepreneur et vice-président du club de football Nouvelle Vie Bomoko FC, a profondément ému Kinshasa après la découverte de son corps sans vie le 10 avril 2026, dans un hôtel abrité dans la commune de la Gombe.

Les vidéos de surveillance ont orienté les recherches vers un proche et collaborateur de la victime, Bénie Mukena Mwepu. Son arrestation à Brazzaville permettra enfin à la justice de Kinshasa d’établir les responsables dans cette affaire qui a provoqué l’indignation dans l’opinion publique.

GENOCOST : de Kinshasa à Kisangani, la RDC s’unit pour honorer la mémoire des victimes et réclamer justice

Kinshasa, 2 août 2026. Le silence des bougies, les témoignages bouleversants des survivants et les appels à la justice ont rythmé la quatrième édition de la Journée nationale du Génocide congolais pour des gains économiques (GENOCOST). Dans plusieurs villes de la République démocratique du Congo, des milliers de Congolais se sont mobilisés pour rendre hommage aux victimes des décennies de violences qui ont endeuillé le pays. Tous ont également réaffirmé leur volonté de voir la vérité, la justice et les réparations triompher de l’oubli.

Placée sous le thème « Maintenant que tu sais, que fais-tu ? », cette journée a pris une dimension particulière. Elle a invité les citoyens, les institutions et la communauté internationale à transformer la mémoire en engagement concret.

De Kisangani à Kinshasa, une même volonté de préserver la mémoire

À Kisangani, ville marquée par la guerre des Six Jours, la journée a débuté au rond-point du Canon. Une marche aux bougies a ensuite conduit les participants jusqu’à l’Esplanade des Martyrs. Autorités provinciales, organisations de jeunesse, mouvements citoyens et habitants se sont réunis pour honorer les millions de Congolais victimes des conflits armés.

Représentant le gouverneur de la Tshopo, le vice-gouverneur Didier Lomoyo a rappelé que cette commémoration dépasse le simple cadre d’une cérémonie officielle.

« Cette commémoration n’est ni une simple évocation historique ni une cérémonie protocolaire. Elle constitue un moment de recueillement, de vérité et de responsabilité », a-t-il déclaré.

Selon lui, la mémoire nationale constitue une exigence de justice envers les victimes et de solidarité envers les survivants. Il a également appelé les Congolais à défendre l’intégrité territoriale du pays. Il les a invités à soutenir les démarches visant à faire reconnaître le GENOCOST sur la scène internationale.

Après un culte œcuménique et les allocutions officielles, les autorités provinciales ont déposé une gerbe de fleurs au mémorial de la guerre des Six Jours. Elles ont ensuite participé à une marche de recueillement jusqu’à l’Esplanade des Martyrs.

Le moment le plus émouvant est venu du témoignage d’Henri Kasongo, survivant de la guerre des Six Jours. Revenant sur les bombardements de juin 2000, vécus alors qu’il était encore élève du primaire, il a rappelé les souffrances des populations civiles. Il a insisté sur la nécessité de transmettre cette mémoire aux générations futures.

La société civile appelle à la reconnaissance internationale

Les acteurs de la société civile ont également porté leur voix. L’activiste Gentil Sefu a plaidé pour la reconnaissance internationale des crimes commis en RDC, la poursuite des auteurs présumés et la réparation des victimes.

De son côté, la présidente du Conseil provincial de la jeunesse de la Tshopo, Me Grâce Komba, a exhorté les jeunes à poursuivre la campagne de signature de la pétition en faveur de cette reconnaissance internationale. Quant au député provincial Senold Tandia, il a invité les Congolais à transformer le souvenir en action afin de combattre durablement l’impunité.

À travers le pays, des hommages et des appels à la justice

À Kinshasa, devant le couple présidentiel, plusieurs survivants ont livré des témoignages bouleversants. Leurs récits ont illustré l’ampleur des atrocités commises dans l’Est du pays.

Le directeur général du Fonds national des réparations des victimes des violences sexuelles liées aux conflits et des victimes des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), Patrick Fata, a annoncé que plus de 1,2 million de victimes potentielles avaient été recensées à travers le pays. Parmi elles, 4 000 ont déjà été homologuées par la justice et intégrées sur la liste des bénéficiaires des réparations administratives.

À Limete, des centaines de bougies ont illuminé la Place de la 4ᵉ Rue en hommage aux victimes. Plusieurs organisations de défense des droits humains ont insisté sur la nécessité d’une véritable justice transitionnelle.

Pour Crispin Kobolongo, président national de l’ONG Action contre les violations des droits des personnes vulnérables (ACVDP), la mémoire ne saurait suffire sans réparation.

Il a plaidé pour une justice réparatrice garantissant aux victimes leur droit à la vérité, à la reconnaissance officielle des préjudices subis, à des réparations adaptées ainsi qu’à des garanties de non-répétition.

Une mobilisation nationale pour que le souvenir devienne un engagement

L’appel lancé à Kisangani a trouvé un écho dans plusieurs provinces.

À Matadi, le gouverneur Grâce Bilolo a exhorté les Congolais à promouvoir la justice, la paix et la réconciliation. Son objectif : que les auteurs des atrocités répondent enfin de leurs actes.

À Bunia, le coordonnateur provincial du FONAREV, Xavier Macky, a rappelé que les crimes commis en RDC ne peuvent être ni ignorés ni relégués dans l’oubli. Il a souligné que la mémoire collective demeure le socle de la quête de vérité, de justice et de réparation.

À Kenge, la cérémonie organisée sous l’impulsion du gouverneur Willy Bitwisila s’est déroulée autour d’un culte de recueillement consacré au thème national. À Uvira, les témoignages des survivants de la récente occupation de la ville par la coalition RDF/AFC-M23 ont profondément marqué les participants. Plusieurs victimes ont relaté des exécutions de civils, des disparitions et d’autres graves violations des droits humains.

Des cérémonies similaires se sont également déroulées à Lubumbashi, Mbandaka, Kindu et dans plusieurs autres villes du pays. Elles témoignent d’une mobilisation nationale autour du devoir de mémoire.

Au-delà des discours officiels et des hommages, cette quatrième édition du GENOCOST a rappelé qu’en République démocratique du Congo, la mémoire ne se limite plus au souvenir des victimes. Elle devient progressivement un levier pour porter les revendications de vérité, de justice et de réparation. L’ambition demeure la même : faire reconnaître sur la scène internationale les souffrances endurées par des millions de Congolais et empêcher que de telles tragédies ne se reproduisent.

RDC : Tshisekedi ordonne le lancement du Musée national du GENOCOST à Kinshasa

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, s’est recueilli, dimanche 2 août 2026, au Mémorial du GENOCOST à Kinshasa. En présence des rescapés, il a réaffirmé le devoir de mémoire et annoncé plusieurs mesures concrètes, notamment le lancement du Musée national du GENOCOST et la budgétisation des indemnisations.

Face aux témoignages des survivants, le Chef de l’État a déclaré que cette journée n’est « ni un appel à la haine ni une invitation à la vengeance ».

« La République se tient debout, dans le silence, le recueillement et la dignité pour honorer la mémoire des victimes », a-t-il affirmé. Il a également insisté sur la nécessité de faire de la mémoire un « rempart contre le retour des atrocités ».

« La mémoire ne saurait être un simple regard porté sur le passé. Elle est une exigence du présent et une responsabilité envers l’avenir », a-t-il insisté.

Dénonciation de l’agression dans l’Est et appel à la justice

Au cours de son discours, le Président Tshisekedi a de nouveau condamné l’agression rwandaise menée par ses supplétifs, à savoir les rebelles de l’AFC/M23 dans l’Est de la RDC.

« Cette entreprise meurtrière, fondée sur une logique de conquête et de prédation, viole notre souveraineté, menace notre intégrité territoriale et bafoue le droit du peuple congolais à vivre libre et en paix sur la terre de ses ancêtres », a-t-il dénoncé, s’opposant fermement au régime de Kigali, avant de rejeter toute hiérarchisation des drames.

« La justice ne peut se prétendre universelle si elle tolère une hiérarchie entre les victimes, les mémoires ou les souffrances », a-t-il souligné.

Musée national et réparations : des décisions concrètes

Le Chef de l’État a expliqué le passage à la phase opérationnelle du Musée national du GENOCOST pour pérenniser le travail de mémoire face aux préjudices causés. Ce complexe scientifique mondial aura pour mission de centraliser les archives et de transmettre cette histoire à la jeunesse.

Entre-temps, le plan de budgétisation, annoncé dès le prochain exercice financier, permettra au Gouvernement d’élaborer une Stratégie nationale d’appropriation afin de verser les indemnisations aux survivants. Les réparations, à en croire Félix Tshisekedi, ne sont ni une faveur ni un acte de charité publique. Elles constituent une obligation de justice.

Enfin, pour lutter contre l’indifférence de la communauté internationale, de nouvelles directives ont été données aux missions diplomatiques et consulaires de la République démocratique du Congo. Elles sont désormais chargées de porter une « diplomatie de la mémoire, de la vérité et de la justice ».