Société




Kasindi : importations et exportations suspendues – les douaniers disent stop au nouveau tarif

Kasindi, vendredi 24 avril 2026. La frontière est coupée. Pas par les armes, ni par les rebelles. Par une grève.…

Kasindi, vendredi 24 avril 2026. La frontière est coupée. Pas par les armes, ni par les rebelles. Par une grève. Les activités d’importation et d’exportation sont suspendues à la douane de Kasindi, dans le territoire de Beni, jusqu’à nouvel ordre. Aucun véhicule ne traverse ce matin. Les camions de marchandises font la queue dans l’immobilité. Les commerçants, impuissants, regardent leurs produits périr sous le soleil. La cause ? Un conflit autour du nouveau tarif appliqué dans le système Sydonia.

La décision a été annoncée à l’issue d’une réunion extraordinaire tenue la veille, jeudi 23 avril, au bureau de l’Association congolaise des commissaires agréés en douane (ACCAD) de Kasindi. Autour de la table : l’ACCAD, la Fédération des entreprises du Congo (FEC), et la société civile forces vives du groupement Basongora.

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Tous unis. Tous en colère.

Sydonia, le système qui bloque tout

Eugène Matembele, président de l’ACCAD au Nord-Kivu, a mis les pieds dans le plat. « Nous sommes ici pour annoncer notre incapacité à déposer les données sur le serveur central du système SYDONIA », a-t-il déclaré.

Traduction : les déclarants en douane ne peuvent plus exercer leur travail. Pourquoi ? Parce que « les taxes imposées dans le système n’ont pas été consommées par le patronat, qui est la FEC ».

Autrement dit, la Direction générale des douanes et accises a fixé un nouveau tarif. Mais les opérateurs économiques refusent de l’appliquer. Et sans accord, le système se bloque. Les déclarations ne peuvent pas être déposées. Les marchandises ne peuvent pas passer.

Profil Kambale Kalengya, vice-président de la FEC-Kasindi, a été encore plus direct : « Nous lançons un message aux importateurs et exportateurs d’observer cette cessation de travail jusqu’à nouvel ordre. »

Une population déjà fragile en première ligne

La société civile forces vives du groupement Basongora soutient le mouvement. Mais son président, Mbema Bwanandeke, a exprimé une crainte légitime : cette mesure risque d’aggraver la situation des populations déjà fragilisées par l’insécurité.

Car Kasindi, c’est la frontière avec l’Ouganda. C’est un point de passage vital pour toute la région du Nord-Kivu et de l’Ituri. C’est par là que transitent les produits de première nécessité : ciment, carburant, farine, huile, médicaments.

Et déjà, les premiers effets se font sentir. Sur le terrain, on observe la hausse des prix de plusieurs produits, dont le ciment et le carburant. Une flambée qui pourrait rapidement s’étendre à tout l’Est du pays si la grève se prolonge.

Un conflit technique aux conséquences humanitaires

Derrière le jargon technique – Sydonia, tarifs, déclarations en douane – se cache une réalité plus simple : à Kasindi, ce matin, aucun véhicule n’a pu traverser la frontière. Les chauffeurs attendent. Les marchands s’impatientent. Les familles, à des centaines de kilomètres de là, verront bientôt les prix s’envoler.

Le blocage est total. Et personne ne sait quand il prendra fin.

Les douaniers disent « stop ». Les opérateurs économiques les soutiennent. La société civile aussi, même si elle craint les conséquences. La Direction générale des douanes et accises, elle, n’a pas encore réagi officiellement.

Kasindi, artère vitale de l’Est

Kasindi n’est pas une frontière ordinaire. C’est l’une des principales portes d’entrée des marchandises vers les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Sans elle, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui s’effondre.

Les camions venus de Mombasa (Kenya) via Kampala (Ouganda) ne peuvent plus entrer. Les produits congolais destinés à l’exportation ne peuvent plus sortir. Et la région, déjà martyrisée par les groupes armés, les déplacements de populations et les épidémies, s’enfonce un peu plus dans la crise.

La suite ? Personne ne sait

Pour l’instant, la grève est illimitée. Les déclarants ne déposeront pas de données tant que le conflit tarifaire ne sera pas résolu. Les opérateurs économiques appellent les importateurs et exportateurs à observer cette cessation de travail.

Reste à savoir si Kinshasa réagira. Si la Direction générale des douanes et accises accepte de renégocier. Et si les camions, un jour, pourront repartir.

En attendant, à Kasindi, les portes de la douane sont closes. Et le silence, à la frontière, est assourdissant.

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