Washington, jeudi 23 avril 2026. Dans les salons feutrés de la diplomatie américaine, une réunion discrète mais cruciale s’est tenue. La 5e réunion du comité conjoint de surveillance de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Autour de la table : Kinshasa, Kigali, et leurs principaux partenaires internationaux. Objectif : vérifier que l’engagement solennel pris le 27 juin 2025 tient encore ses promesses.
L’accord de paix signé il y a près d’un an – sous l’égide des États-Unis – avait été salué comme une avancée historique. Deux voisins ennemis, déchirés par des décennies de conflits, d’accusations mutuelles et d’ingérences, acceptaient enfin de dialoguer. Mais sur le terrain, les tensions n’ont jamais vraiment disparu. Et l’Est de la RDC continue de brûler.
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Cette 5e réunion du comité conjoint de surveillance était donc attendue comme un test de vérité.
État des lieux : des progrès, mais des défis persistants
Selon le communiqué final, les deux délégations ont fait le point sur leurs efforts respectifs pour réduire les tensions et améliorer la situation sécuritaire, « particulièrement dans l’est de la RDC ». Une formulation diplomatique pour désigner une réalité sanglante : les groupes armés, les déplacés, les massacres de civils.
Les partenaires internationaux – États-Unis en tête, mais aussi le Togo (médiateur de l’Union africaine) et la Commission de l’Union africaine – ont réaffirmé leur soutien. Avec un message implicite : nous vous surveillons, nous vous aidons, mais nous n’accepterons pas l’immobilisme.
Doha dans toutes les têtes
Le comité a également suivi les évolutions du processus de Doha. Ces négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23, menées sous médiation qatarie, sont devenues l’autre volet indispensable de la paix. Car on ne peut pas stabiliser l’Est sans inclure ceux qui tiennent une partie du terrain.
Le Qatar, présent à Washington, a présenté l’état des pourparlers. Le bilan, sans être triomphaliste, a été « salué » par les participants. Les discussions de Montreux – le neuvième round – ont permis des avancées sur l’accès humanitaire et le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste toujours fermé.
Un soutien renouvelé, des attentes élevées
Les partenaires ont « réaffirmé leur soutien au processus de paix ». Mais cette formule diplomatique cache des attentes précises : que Rwanda et RDC cessent leurs soutiens respectifs aux groupes armés (FDLR d’un côté, M23 de l’autre). Que le cessez-le-feu soit respecté sur le terrain. Que les populations civiles soient protégées.
Le communiqué final se veut optimiste. Il parle d’« engagement renouvelé à poursuivre la mise en œuvre de l’accord et à consolider la stabilité dans la région des Grands Lacs ». Une déclaration de bonnes intentions.
Mais à Goma, à Bunagana, à Rutshuru, les habitants savent que les accords de paix s’écrivent avec des stylos, mais se brisent avec des balles.
Washington, plaque tournante de la diplomatie régionale
Le choix de Washington comme lieu de rencontre n’est pas anodin. Les États-Unis sont le principal garant de l’accord RDC-Rwanda. Ils ont investi une immense crédibilité diplomatique dans ce processus. Et ils n’ont aucune envie de voir cet échafaudage s’effondrer.
Mais les marges de manœuvre américaines sont limitées. L’administration Trump, focalisée sur ses priorités intérieures et ses défis extérieurs, ne peut pas consacrer une énergie illimitée aux Grands Lacs. Les partenaires africains – Togo, Union africaine, Qatar – sont donc appelés à prendre le relais.
Une paix à réinventer chaque jour
La 5e réunion du comité conjoint de surveillance s’est achevée sans fracas. Ni annonce choc, ni rupture, ni avancée spectaculaire. Une réunion de suivi, technique, presque routinière.
Mais dans la région des Grands Lacs, la paix ne se gagne jamais définitivement. Elle se reconquiert chaque jour. Ce comité existe précisément pour cela : éviter que les engagements pris ne tombent aux oubliettes, que les tensions ne remontent, que la guerre ne reparte de plus belle.
Prochaine étape : la 6e réunion, dans quelques mois. D’ici là, les diplomates retourneront dans leurs capitales. Les soldats, dans leurs tranchées. Et les civils, dans leurs peurs.



