Goma, vendredi 24 avril 2026. L’avion du chef de la MONUSCO a traversé le ciel du Nord-Kivu et s’est posé sur la piste de l’aéroport international. Celle-là même qui est fermée depuis des mois. Celle-là même dont les rebelles et Kinshasa se renvoient la responsabilité. James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, est arrivé. Il vient de Beni, d’Eringeti, de Bunia, de Fataki. Il a arpenté les territoires martyrisés de l’Est. Mais cette étape à Goma, sous contrôle de l’AFC/M23, est la plus délicate. La plus symbolique aussi.
À peine descendu de l’appareil, le diplomate onusien a fixé le cap. Pas de discours creux. Pas de formules convenues. Il est venu pour une seule chose : faire appliquer le cessez-le-feu.
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« Ma présence ici vise d’abord à rencontrer nos équipes, à écouter leurs analyses, à échanger avec les autorités de facto », a-t-il déclaré.
Autorités de facto. L’expression est choisie. Elle désigne sans les nommer les hommes de l’AFC/M23 qui tiennent Goma et une large portion du Nord-Kivu. Swan ne vient pas leur faire la leçon. Il vient négocier les conditions d’une paix possible.
Quatre conditions, quatre lignes rouges
Le message de James Swan a été aussi clair qu’un ultimatum. Pour que le cessez-le-feu tienne, pour que le mécanisme conjoint élargi de vérification (EJVM+) puisse opérer, quatre conditions indispensables doivent être réunies :
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La cessation de l’usage de drones offensifs – ces oiseaux de mort qui frappent sans prévenir, comme celui qui a tué l’humanitaire française Karine Buisset le 11 mars à Goma.
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La fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS – ce spoofing qui perturbe les vols humanitaires et militaires, transformant le ciel en piège.
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La pleine liberté de mouvement pour le personnel et les moyens de la MONUSCO – plus de 37 incidents d’entrave enregistrés au Nord-Kivu entre janvier et mars 2026.
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L’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien – à commencer par celui de Goma, fermé, miné, pillé, mais indispensable pour les évacuations et l’aide humanitaire.
« Nous comptons sur la coopération de tous les belligérants pour avancer », a prévenu Swan.
Une visite qui suit Montreux
Cette descente à Goma n’est pas un coup de tête. Elle survient une semaine après les pourparlers de Montreux, où Kinshasa et l’AFC/M23 ont discuté pendant neuf rounds. Des avancées ont été enregistrées sur l’accès humanitaire et la libération des prisonniers. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste bloqué.
Swan a salué ces « avancées » et encouragé les parties à maintenir leur engagement. Mais il sait que les mots des diplomates ne pèsent pas lourd face aux balles des combattants.
C’est pourquoi il a tenu à venir sur place. Voir. Écouter. Évaluer.
Goma, ville otage
Goma est une ville étranglée. Privée de son aéroport, elle vit au ralenti. Les humanitaires peinent à acheminer leurs vivres. Les malades ne peuvent pas être évacués. Les commerçants voient leurs marchandises pourrir dans les entrepôts de Kampala.
Et au-dessus du volcan Nyiragongo, le ciel est vide. Pas un avion. Pas un espoir.
Swan le sait. C’est pourquoi il a insisté sur l’utilisation sûre des aéroports. Pas seulement pour les Casques bleus. Pour les civils. Pour les enfants qui meurent de choléra faute de soins. Pour les familles déplacées qui attendent une aide qui n’arrive pas.
Un mandat renforcé, des moyens colossaux
James Swan n’est pas un chef de mission ordinaire. Il prend les rênes de la MONUSCO à un moment charnière. Contrairement aux mandats précédents, la résolution 2808 du Conseil de sécurité marque une pause dans le désengagement progressif de la mission.
Pourquoi ? Parce que la situation sécuritaire s’est dégradée. En Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu. Partout.
Les chiffres donnent le vertige : 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers, 1 270 membres d’unités de police constituées. Une armée bleue déployée pour protéger les civils, surveiller le cessez-le-feu, et soutenir les processus de paix.
La résolution 2808 intègre également les cadres diplomatiques récents : l’Accord de paix de Washington (juin 2025 entre la RDC et le Rwanda) et l’Accord de paix de Doha (novembre 2025). La MONUSCO est appelée à jouer un rôle accru dans le suivi et la vérification du cessez-le-feu.
Mais pour cela, il faut que les conditions sur le terrain le permettent.
Une condamnation sans équivoque
La résolution 2808 ne fait pas dans la dentelle. Elle condamne fermement l’offensive du M23 au Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise, en particulier la prise d’Uvira. Elle exige que le M23 cesse son offensive et fasse marche arrière. Elle exige que le Rwanda retire ses troupes du territoire congolais.
Parallèlement, elle exige que les FARDC cessent leur soutien aux FDLR et poursuivent la neutralisation de ces groupes.
Un équilibre délicat. Une injonction à double tranchant.
Swan, l’homme de la dernière chance ?
À Goma, ce vendredi, James Swan a rencontré les équipes de la MONUSCO. Il a écouté leurs analyses. Il s’est entretenu avec les autorités de facto. Il a examiné les conditions concrètes dans lesquelles la mission peut poursuivre son mandat.
Il repartira avec un diagnostic. Et, espère-t-il, des engagements.
« À travers cette visite, nous espérons renforcer la dynamique en faveur de la désescalade, redonner espoir aux habitants de la région et appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu pour une paix durable dans l’Est de la RDC », a-t-il conclu.
Redonner espoir. L’ambition est immense. Car à Goma, l’espoir est une denrée rare, plus précieuse que l’or, plus rare que l’eau potable.



