Rubaya, l’eldorado du tantale que la RDC propose aux Américains… mais qui dort sous la botte du M23

Quelque part dans les collines verdoyantes du Nord-Kivu, là où la terre est rouge et les sous-sols d’une richesse inouïe, se cache un nom qui fait rêver les industriels du monde entier : Rubaya. Ce gisement de coltan, l’un des plus riches de la planète en tantale, vient de faire son entrée dans la cour des grands. Le gouvernement congolais l’a officiellement proposé aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat stratégique sur les minéraux.

L’information, révélée par l’agence Reuters ce mercredi 18 février, a la précision d’un coup de canon dans le ciel calme de la diplomatie internationale. Un haut responsable congolais et un diplomate américain l’ont confirmé : Rubaya figure sur la liste restreinte des actifs stratégiques présentée lors d’une réunion RDC–États-Unis à Washington, le 5 février dernier.

Le tantale, ce métal qui fait tourner le monde moderne

Pour comprendre l’enjeu, il faut plonger dans les entrailles de la chimie industrielle. Le tantale, extrait du coltan, est un métal rare aux propriétés presque magiques. Résistant à la chaleur, inaltérable, il est indispensable à la fabrication des semi-conducteurs qui équipent nos smartphones, nos ordinateurs, mais aussi l’aéronautique de pointe et les turbines à gaz.

Sans tantale, pas de high-tech. Sans tantale, l’industrie de défense américaine tousse.

Et Rubaya, dans la province du Nord-Kivu, concentrerait à lui seul environ 15 % de la production mondiale. Une manne. Une mine d’or grise. Avec des teneurs en tantale oscillant entre 20 et 40 %, le gisement fait figure de Saint-Graal pour les géants de la technologie.

50 à 150 millions de dollars pour relancer la machine

Les experts congolais ont fait leurs calculs. Relancer l’exploitation industrielle de Rubaya nécessiterait un investissement compris entre 50 et 150 millions de dollars. Une broutille au regard des profits escomptés. Le retour sur investissement, promet-on à Kinshasa, serait rapide. La demande mondiale de tantale ne faiblit pas, et les industries américaines cherchent désespérément à sécuriser leurs chaînes d’approvisionnement.

Pour les États-Unis, c’est aussi une question de rivalité géopolitique. La Chine, déjà premier partenaire commercial de l’Afrique, verrouille progressivement l’accès aux ressources critiques. En s’implantant à Rubaya, Washington grignoterait un peu de cette emprise.

Le cauchemar de Rubaya : des collines sous contrôle rebelle

Mais il y a un os. Un os grand comme une guérilla. Rubaya et ses environs ne sont pas sous contrôle de Kinshasa. Depuis des mois, la zone est tenue par les rebelles de l’AFC/M23. Ces collines où dorment des milliers de tonnes de coltan sont devenues un territoire insurgé, une enclave où l’État congolais n’a plus voix au chapitre.

Les Nations Unies, dans un rapport accablant publié l’année dernière, ont documenté l’ampleur du désastre. L’occupation rebelle a favorisé l’émergence de réseaux de contrebande parfaitement organisés, qui acheminent le minerai vers le Rwanda voisin. Les trafiquants se frottent les mains.

L’ONU estime que les rebelles tirent au moins 800 000 dollars par mois des taxes prélevées sur la production et le commerce du coltan de Rubaya. Près d’un million de dollars chaque mois qui alimentent la machine de guerre, achètent des armes, paient des combattants, et prolongent le calvaire des populations locales.

Le paradoxe congolais : proposer ce qu’on ne contrôle pas

La proposition faite aux Américains a donc un goût amer. Kinshasa met sur la table un joyau qu’il ne tient pas. Un trésor dont l’accès est verrouillé par une rébellion armée, adossée à des trafics transfrontaliers.

Pour les États-Unis, le calcul est complexe. Investir dans une zone de guerre ? Financer indirectement, via des taxes ou des achats, des groupes armés que la diplomatie américaine est censée combattre ? Ou au contraire, voir dans cet investissement un levier pour sécuriser la zone et en chasser les rebelles ?

La réunion du 5 février à Washington n’a sans doute pas tranché cette quadrature du cercle. Mais elle a posé une bombe à retardement diplomatique.

Le peuple oublié de Rubaya

Pendant que les grandes puissances se disputent le tantale, les vrais propriétaires de la terre, eux, continuent de creuser à mains nues. Des milliers de creuseurs artisanaux, des hommes, des femmes, parfois des enfants, descendent chaque jour dans des galeries de fortune pour extraire ce minerai qui fera tourner les usines à l’autre bout du monde. Leurs revenus ? Dérisoires. Leur sécurité ? Aucune. Leur avenir ? Hypothéqué par des décennies de conflits.

Rubaya, c’est le miroir grossissant de tous les paradoxes congolais. Une richesse inouïe enfouie sous une terre meurtrie. Des promesses d’investissements colossaux qui butent sur l’insécurité chronique. Un État qui propose son patrimoine aux grandes puissances, mais ne parvient pas à le protéger des prédateurs.

L’avenir en suspens

Reste à savoir si les Américains mordront à l’hameçon. Si le Département d’État et les investisseurs privés jugeront le risque acceptable. Si une fenêtre s’ouvrira pour, enfin, faire de Rubaya un levier de développement plutôt qu’une pompe à fric pour les groupes armés.

En attendant, les collines du Nord-Kivu continuent de saigner. Et le tantale, ce métal précieux qui fait tourner le monde, continue de s’écouler en contrebande vers les frontières de l’Est. L’histoire de Rubaya est loin d’avoir livré tous ses secrets

Tony Yoka choisit le cœur : le champion olympique portera désormais les couleurs de la RDC et rêve d’or pour sa terre natale

Kinshasa, Cité de l’Union africaine, ce jeudi 19 février 2026. Le soleil décline doucement sur la colline de la Gombe, mais à l’intérieur du palais présidentiel, l’atmosphère électrique annonce un moment d’histoire. Un géant de 33 ans, silhouette d’athlète et regard déterminé, franchit les portes de la résidence de Félix-Antoine Tshisekedi. Il s’appelle Tony Yoka. Il est champion olympique 2016, poids lourd au destin planétaire, et ce soir, il vient officialiser ce qui n’était qu’un rêve pour des millions de Congolais : il portera désormais les couleurs de la RDC.

Accompagné du ministre des Sports et Loisirs, Me Didier Budimbu, le boxeur français d’origine congolaise n’est pas venu les mains vides. Dans ses bagages, une médaille d’or, celle de Rio, conquise le 21 août 2016 dans la catégorie des super-lourds. Il la pose devant le chef de l’État, comme un symbole, comme une promesse. Celle-ci : faire mieux, ensemble.

« Je veux ma licence Congolaise »

Devant le premier sportif de la nation, Tony Yoka ne perd pas de temps. Il annonce solennellement son souhait d’intégrer la Fédération Congolaise de Boxe. Pas question d’un simple rapprochement de cœur, d’une visite de courtoisie. Le champion veut du concret. Il demande sa licence congolaise.

Désormais, à chaque combat, sur chaque ring où il posera ses poings, c’est le drapeau bleu, jaune et rouge qui flottera sur ses épaules. Pour la boxe congolaise, c’est un tournant. Une fédération qui peinait à émerger sur la scène internationale s’offre soudain une vitrine planétaire. Tony Yoka, c’est un nom qui pèse dans la cour des grands. Un nom qui attire les projecteurs, les sponsors, les regards.

L’académie du renouveau : détecter les talents pour viser l’or

Mais le boxeur ne s’arrête pas à sa propre carrière. Devant un Félix Tshisekedi attentif, visiblement satisfait, il déploie la feuille de route d’un projet bien plus vaste : la création d’une académie de boxe en RDC.

Les objectifs ? Trois, simples et ambitieux. D’abord, détecter et former les jeunes talents locaux, ces gamins des rues de Kinshasa, de Lubumbashi ou de Goma qui n’ont parfois qu’un sac de sable pour apprendre à boxer. Ensuite, utiliser le noble art comme levier social, comme outil de réinsertion et d’espoir pour une jeunesse souvent livrée à elle-même.

Enfin, et c’est le plus brûlant : préparer les boxeurs congolais aux prochaines échéances olympiques. L’objectif est clair, et Tony Yoka le martèle : offrir à la RDC sa toute première médaille d’or olympique. Un Graal que le pays poursuit depuis des décennies sans jamais l’atteindre.

« RDC, cœur de l’Afrique » : le poing comme ambassadeur

Le champion olympique a aussi une vision plus large. À travers ses futurs combats et le développement de son académie, il entend promouvoir le slogan « RDC, cœur de l’Afrique », ce branding national arboré depuis 2025 par quelques grands clubs européens. Tony Yoka veut que chaque coup de poing porté sur le ring soit aussi un coup de projecteur sur son pays d’origine.

C’est ce qu’on appelle le « nation branding » par le sport. Une façon de redorer l’image d’un pays trop souvent réduit à ses crises, pour le présenter au monde sous un jour nouveau : celui d’une nation de champions, de combattants, de gagnants.

Le combat qui fait déjà vibrer : Yoka contre Bakole

Et puis, il y a l’autre raison de ce séjour à Kinshasa. Tony Yoka est en RDC pour préparer l’organisation d’un combat décisif, celui qui l’opposera à Martin Bakole, l’autre figure majeure de la boxe mondiale d’origine congolaise. Un affrontement qui fait déjà saliver les amateurs de boxe.

Les deux géants, tous deux Congolais de cœur et de sang, vont en découdre. Mais au-delà de l’affrontement, c’est toute la boxe congolaise qui sort grandi. Qu’importe le vainqueur, c’est la RDC qui gagne. Une exposition médiatique sans précédent, un duel fraternel au sommet, et la certitude que le pays pèse désormais dans la cour des grands du noble art.

Tshisekedi : « La renaissance de notre boxe »

À l’issue de l’entretien, le président de la République ne cache pas sa satisfaction. Félix Tshisekedi salue avec chaleur le patriotisme de Tony Yoka. Il voit dans cette rencontre bien plus qu’une simple formalité administrative : c’est un symbole, celui de la renaissance de la boxe congolaise.

« Nous venons de franchir un nouveau tour avec un allié de taille », glisse le chef de l’État à ses proches. Un allié qui ne boxe pas seulement pour lui-même, mais pour tout un peuple. Un allié qui, à 33 ans, au sommet de son art, a choisi de retourner à ses racines pour y semer les graines du futur.

Ce jeudi 19 février 2026, dans le salon feutré de la Cité de l’Union africaine, un champion a rendu hommage à ses origines. Et un pays tout entier s’est pris à rêver d’or, de gloire et de poings levés vers le ciel.

La Chine ouvre grand son marché à l’Afrique : la RDC dans le cercle des 53 élus

L’information est tombée de l’agence Xinhua, officielle et précise comme une estampe chinoise. Ce jour-là, à Pékin, les diplomates ont dû se frotter les yeux : la Chine venait d’élargir son régime de « tarif zéro » à 53 pays africains, contre 33 auparavant. Un bond spectaculaire, un geste d’une ampleur rare, et une nouvelle qui va faire le tour du continent.

Pour la République démocratique du Congo, partenaire historique et privilégié de l’empire du Milieu, cette annonce a la douceur d’une confirmation. Kinshasa reste dans le cercle très fermé des nations qui peuvent exporter vers la Chine sans se heurter aux droits de douane. Une aubaine pour un pays dont les sous-sols regorgent de ce dont Pékin a soif : cobalt, cuivre, lithium, or.

Un seul exclu : le prix du choix diplomatique

Mais toute médaille a son revers. Dans ce tableau presque parfait de la coopération sino-africaine, un nom brille par son absence : Eswatini. L’ancien Swaziland, petit royaume d’Afrique australe, paie là le prix d’un choix diplomatique que Pékin n’a jamais pardonné. Seul pays africain à encore reconnaître Taïwan comme une nation souveraine, il se retrouve aujourd’hui sur le quai, regardant le train du « tarif zéro » s’éloigner sans lui.

La leçon est claire : pour Pékin, la diplomatie et le commerce ne font qu’un. Reconnaître Taïwan, c’est s’exclure soi-même des largesses économiques de la Chine continentale. Un avertissement silencieux mais terriblement efficace adressé aux rares récalcitrants de la planète.

Le contexte Trump et la recomposition mondiale

Cette générosité calculée de Pékin n’émerge pas dans un vide géopolitique. Elle intervient alors que les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont érigé des murs tarifaires un peu partout dans le monde. Les droits de douane américains, élevés et punitifs, ont poussé de nombreuses nations africaines à chercher ailleurs des débouchés pour leurs produits.

La Chine, elle, a ouvert ses bras. Stratégie gagnante.

Déjà premier partenaire commercial du continent africain, Pékin consolide sa mainmise économique avec la constance d’un joueur d’échecs qui voit plusieurs coups à l’avance. Les Nouvelles Routes de la Soie, cette toile d’infrastructures gigantesques que la Chine tisse à travers le monde, trouvent dans cette mesure un prolongement naturel : après avoir construit les ports et les routes, il faut désormais faire circuler les marchandises.

Ce que cela change pour la RDC

Pour la RDC, les implications sont immédiates et concrètes. Les relations entre Kinshasa et Pékin sont déjà parmi les plus denses du continent. Le secteur minier, poumon de l’économie congolaise, est largement orienté vers la Chine. Les géants chinois extraient le cobalt et le cuivre dans le Katanga, tandis que les entreprises de construction venues de l’empire du Milieu bitument les routes et érigent les bâtiments administratifs.

Avec le « tarif zéro » élargi, les produits congolais – minerais bien sûr, mais peut-être demain produits agricoles, bois, ou artisanat – pourront pénétrer le marché chinois sans la barrière des taxes. Une opportunité de diversification pour une économie encore trop dépendante des matières premières.

Une danse à plusieurs

Cette annonce de Xinhua ne marque pas une rupture, mais une accélération. La Chine et l’Afrique dansent ensemble depuis des décennies, et le rythme s’intensifie. Pour la RDC, pays-continent aux ressources infinies, cette mesure est à la fois une reconnaissance et une promesse.

Reste à savoir, désormais, si les exportateurs congolais sauront saisir cette chance. Si les producteurs locaux pourront répondre aux standards et aux exigences du marché chinois. Et si, dans ce grand rééquilibrage des échanges mondiaux, la RDC trouvera sa place non plus seulement comme fournisseur de matières premières, mais comme partenaire à part entière.

Le 53 pays africains concernés viennent de recevoir un cadeau diplomatique et commercial de Pékin. À eux d’en faire bon usage. Et à Eswatini, peut-être, de réfléchir à ses alliances.

Beni : Le président de l’Assemblée nationale sur le front de la souffrance, la promesse d’une paix qui se mérite

La poussière rouge des routes du Nord-Kivu s’est à nouveau levée sous les pas d’un homme d’État. Ce jour-là, à Beni, le ciel bas et lourd ne pleure plus, mais la mémoire des fosses communes, elle, ne sèche jamais. C’est dans cette atmosphère de douleur contenue et d’espoir fatigué que le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a posé ses valises, porteur d’un message qui se veut plus fort que les bombes.

Devant une population qui a appris à vivre avec l’horreur, à compter ses morts comme d’autres comptent leurs récoltes, Boji Sangara n’a pas prononcé de grands discours technocratiques. Il a choisi la vérité. Celle d’un combat qui dure depuis trente ans. Trente années de guerres, d’embuscades, de nuits hachées par les balles des rebelles ADF. Trente années à voir les enfants grandir avec le bruit des kalachnikovs en berceuse.

« Le président ne dort pas » : la diplomatie comme arme

Face à cette lassitude qui pourrait devenir résignation, le numéro deux de l’État a voulu incarner une présence. Celle d’un gouvernement qui, malgré la distance géographique de Kinshasa, dit ne pas avoir oublié ses martyrs.

« Le président de la République ne dort pas », a-t-il lancé, comme on jette une bouée à des naufragés de l’espérance.

Il a anticipé les critiques, ces murmures qui montent parfois des ruelles de Beni quand on voit le chef de l’État multiplier les escales à l’étranger. « On l’a accusé de beaucoup voyager, mais ces déplacements à travers le monde ont pour objectif de trouver la paix », a-t-il expliqué, invitant les habitants à regarder au-delà des apparences.

Car la guerre de l’Est, a-t-il suggéré, ne se gagne pas seulement dans la forêt dense où se cachent les ADF. Elle se joue aussi dans les couloirs feutrés des chancelleries, dans les tête-à-tête diplomatiques, dans ces voyages où Félix Tshisekedi tisse une à une les mailles du filet qui, un jour, devrait étouffer la rébellion.

Croire, encore et toujours

Mais le message le plus fort, celui qui a fait osciller la foule entre larmes et applaudissements, c’est l’appel à la foi. Pas la foi religieuse, mais la foi citoyenne. Celle qui pousse à tendre la joue sans baisser les bras. Celle qui exige de croire que l’engagement du chef de l’État n’est pas un vain mot.

« Le président de la République est déterminé à mettre un terme à la souffrance des habitants de la région de Beni », a martelé Aimé Boji Sangara. Une phrase simple, presque nue, mais qui dans ce contexte résonne comme une promesse sur laquelle des milliers de vies ont décidé de miser.

Il a appelé à soutenir les efforts diplomatiques, ces longs travaux d’approche qui ne donnent pas de résultats immédiats, qui ne font pas les gros titres des journaux, mais qui, patiemment, construisent les conditions d’une paix durable.

Sur la route de Butembo, Oicha et Lubero

La mission ne s’arrête pas à Beni. Le président de l’Assemblée nationale poursuivra sa route vers Butembo, Oicha, Lubero. Des noms qui, pour beaucoup de Congolais, sont devenus des synonymes de courage et de résilience. Des territoires où chaque jour, malgré tout, la vie tente de reprendre ses droits.

Dans le regard des habitants croisés sur son passage, Aimé Boji Sangara a sans doute vu ce mélange unique de méfiance et d’attente qui caractérise les peuples trop longtemps éprouvés. Ils ont tout entendu, tout promis, tout espéré. Et pourtant, ils étaient là, à écouter.

Peut-être parce que, au fond, malgré les trente années de guerre, malgré les ADF qui rôdent, malgré les promesses non tenues du passé, ils veulent encore croire que cette fois, c’est différent. Que la diplomatie finira par parler plus fort que les armes. Que Félix Tshisekedi, par ses voyages et ses combats, ramènera enfin ce qu’ils attendent depuis si longtemps : le droit de vivre en paix sur leur propre terre.

La route est longue, semée d’embûches et de mémoire douloureuse. Mais à Beni, ce jour-là, un homme a dit que le président ne dort pas. Et dans ce bout de Congo meurtri, c’est déjà une forme de lumière.

Muhindo Nzangi sur le front agricole, la « revanche du sol » a commencé

La Jeep du ministre soulève un nuage de poussière ocre sur les pistes du Kongo Central. Nous sommes à Seke Banza, puis à Luozi, plus tard à Kimpese. Partout, Muhindo Nzangi Butondo, ministre d’État en charge de l’Agriculture et de la Sécurité alimentaire, plante le même décor : il scrute, interroge, caresse du regard les épis de maïs qui se balancent sous le soleil généreux de la province.

Ce n’est pas une simple tournée de courtoisie. C’est un pèlerinage au cœur du vivant. Il y a quelques mois, à Menkao, le président Félix Tshisekedi lançait officiellement la campagne agricole 2025-2026. Aujourd’hui, son ministre est venu vérifier si la promesse a germé. Et visiblement, elle pousse bien.

Bakagol et les merveilles de l’INERA/Ngimbi

Première halte : l’agrégateur Bakagol, niché dans les installations de l’INERA à Ngimbi. Ici, le maïs s’étend à perte de vue. Les plants sont droits, vigoureux. Le ministre marche entre les rangées, s’imprègne. Autour de lui, les « agrégés » — ces petits producteurs encadrés — le regardent faire, fiers du travail accompli. La satisfaction du ministre est sincère.

« C’est exactement ce que nous voulons voir », glisse-t-il à son cabinet. Une mécanique bien huilée : des intrants, un encadrement technique, et une promesse d’écoulement. Le tout porté par des hommes et des femmes qui, hier encore, cultivaient pour survivre, et qui aujourd’hui cultivent pour bâtir.

Plus loin, à Nkundi, dans le territoire de Luozi, même tableau. Un autre agrégateur, soutenu par le ministère, dévoile ses champs. La croissance du maïs y est qualifiée de « satisfaisante ». Mais ce qui frappe le plus, c’est l’impact humain. « Une large frange de la population locale bénéficie d’un encadrement structuré », constate-t-on dans la délégation. Ici, l’agriculture n’est plus une activité solitaire ; elle devient un projet collectif, un liant social.

Kimpese, Mbanza-Ngungu : Le grenier de l’ouest se réveille

La caravane ministérielle reprend la route, direction Kimpese. Une grande usine de riz y est inspectée. Les machines, le silence de l’attente, les entrepôts prêts à engloutir la production. L’industrialisation agricole n’est plus un vœu pieux : elle se dresse en béton et en acier.

Puis vient Mbanza-Ngungu, ce territoire que l’on surnomme le « grenier agricole » de l’ouest du pays. Là, autour d’une table, les échanges s’intensifient. Les techniciens, les producteurs, les responsables locaux listent les urgences : il faut des semences améliorées, il faut des crédits agricoles, il faut accélérer les projets structurants. Le ministre écoute, note, tranche.

C’est dans ce cadre qu’il lâche une annonce qui va faire son chemin dans les villages : la distribution des semences commence dès la semaine prochaine. Mais attention, prévient-il, le gouvernement ne distribuera pas à des individus isolés. Un mot d’ordre tombe, clair comme du cristal de roche :

« Tous ceux qui souhaitent bénéficier de l’appui du gouvernement doivent rejoindre des coopératives et se rapprocher des inspecteurs provinciaux. »

Fini l’éparpillement des moyens. Place à l’organisation paysanne. La professionnalisation du secteur passe par là.

Le café, le palmier et la promesse des générations futures

À Mbanza-Ngungu, une autre nouvelle fait vibrer les amoureux de la terre : une pépinière de 200 000 plantules de café et 50 000 plantules de palmier à huile va voir le jour. Ce sont les cultures pérennes qui reprennent leurs droits. Le ministre insiste : chaque ménage doit planter près de sa maison. Pas seulement pour nourrir la famille, mais pour garantir des revenus durables. Le café d’hier, qui faisait la fierté du Congo, pourrait retrouver ses lettres de noblesse.

« L’ère de la revanche du sol a sonné »

Avant de remonter dans son véhicule, Muhindo Nzangi se retourne une dernière fois vers les champs. Le soleil décline, mais ses mots, eux, restent suspendus dans l’air chaud du Kongo Central :

« L’ère de la revanche du sol a sonné. Nous allons y parvenir. »

Une formule qui sonne comme un manifeste. Celle d’un Congo qui ne veut plus seulement extraire les richesses de son sous-sol, mais qui décide, enfin, de faire confiance à la générosité de sa terre. Et de ceux qui la cultivent.

Le message est lancé. Reste à savoir si, dans les mois à venir, la moisson sera à la hauteur des semailles. Mais pour l’instant, sur les routes poussiéreuses du Kongo Central, l’espoir, lui, a déjà pris racine.

20 ans de la Constitution : le peuple congolais au cœur du débat, les experts appellent à une révision

Kinshasa, le 18 février 2026. Ce jour-là, le Palais du Peuple ne résonne pas des débats houleux des parlementaires, mais du murmure grave et studieux des universitaires. Un quart de siècle après le soleil de 2006, la Loi fondamentale de la RDC souffle ses vingt bougies. Mais dans cette enceinte, ce n’est pas un anniversaire que l’on célèbre ; c’est un bilan que l’on dresse, et peut-être, un adieu que l’on prépare.

L’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique (IDGPA), en complicité avec la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, a choisi ce symbole pour lancer un pavé dans la mare politique. Alors que les réseaux sociaux bouillonnent de postures et d’invectives, l’académie a voulu reprendre le flambeau du débat. Avec une question qui taraude la nation : cette Constitution, vingt ans après, est-elle à l’aube d’une mort programmée ou au commencement d’une nouvelle vie ?

Le professeur André Mbata, directeur exécutif de l’IDGPA, ouvre le bal avec une communication dont le titre, à lui seul, est une ode à la réflexion : « Le peuple et la Constitution du 18 février 2006 : eschatologie ; fin ou migration du pèlerinage constitutionnel en République démocratique du Congo ? »

Devant un parterre d’éminences grises, sa voix porte. Il appelle à « dédramatiser ». Le constat est simple, presque philosophique : « Si les hommes, qui sont la base des Constitutions, sont imparfaits et mortels, comment une Constitution pourrait-elle être parfaite et immortelle ? »

Mais le professeur Mbata ne s’arrête pas là. Il tisse un lien direct, presque sacré, entre le texte et le citoyen. Non, martèle-t-il, ce n’est ni aux états-majors des partis, ni aux influenceurs, ni même aux chefs spirituels autoproclamés constitutionnalistes de trancher. La réponse au grand « pèlerinage constitutionnel » ne peut venir que d’un seul acteur : le peuple congolais, souverain.

Lui qui avait jadis qualifié cette Constitution de « meilleure », il prend soin de dissiper tout malentendu. « Meilleure », oui, mais pas « intouchable ». Meilleure que la Loi fondamentale provisoire, meilleure que celle de 1964 balayée par le vent de l’histoire, meilleure que celle de 1967. Une supériorité relative, jamais absolue. Pour preuve, il sort des archives une pépite historique qui fait mouche : dès le 14 mars 2006, deux semaines après la promulgation, la CENCO, s’inspirant du prophète Néhémie, écrivait déjà « Levons-nous et bâtissons », appelant à une révision.

La salle murmure. L’histoire est têtue. Il rappelle aussi que l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir, a longtemps critiqué ce texte, et que le président Félix Tshisekedi lui-même s’y est attaqué durant sa campagne. Sa réélection massive, selon Mbata, pourrait être interprétée comme un assentiment populaire implicite à ces critiques.

Puis, c’est au tour d’autres sommités de prendre le relais. Par visioconférence, depuis l’étranger, le professeur Evariste Boshab pose la question cruciale : « Faut-il modifier ou changer la Constitution ? ». Le professeur Jacques Djoli, lui, ausculte l’architecture politico-administrative, diagnostiquant une « hybridation institutionnelle » qui, en vingt ans, n’a jamais vraiment fonctionné.

Les analyses se croisent et s’enrichissent. Paul-Gaspard Ngondankoy appelle de ses vœux une loi pour encadrer un futur référendum. Le sociologue Emile Bongeli, avec la verve qu’on lui connaît, dresse un portrait sans complaisance de la RDC en « État sorcier », où la population a dû développer des « stratégies de survie ». Enfin, le politologue Eugène Banyaku rappelle, par la mémoire des faits, les faiblesses récurrentes du leadership congolais.

À l’issue de cette journée d’intenses échanges, le professeur Mandefu, dans son rapport général, capte l’esprit des travaux. La tendance est claire : la perspective d’un changement constitutionnel n’est pas perçue comme une menace, mais comme une opportunité.

Une opportunité, pour la première fois peut-être, de ne pas subir l’histoire, mais de l’écrire. De sortir des sentiers battus des compromis de chapelle pour forger, ensemble, un texte qui soit le reflet fidèle des aspirations profondes du peuple, de sa réalité sociologique et de sa culture politique. Le débat est désormais lancé, et il a quitté les amphithéâtres pour s’inviter dans l’esprit de chaque Congolais. La balle est désormais dans le camp du souverain primaire.

Éducation nationale : 650 millions déjà décaissés, la RDC accélère la transformation de l’école

Ce mercredi 18 février 2026, dans une salle de réunion du ministère de l’Éducation nationale, l’ambiance était à la fois studieuse et déterminée. Autour de la table, la ministre d’État Raïssa Malu, entourée de ses homologues du Budget et du vice-ministre des Finances, a présidé la deuxième réunion du Comité de pilotage des projets structurants. Au menu : accélérer la transformation du système éducatif congolais. Et les chiffres présentés donnent le tournis.

Une réunion au sommet pour des décisions cruciales

Il était un peu plus de 10 heures lorsque la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a ouvert la séance. Face à elle, Aimé Boji, ministre d’État en charge du Budget, et Gracia Yamba Kazadi, vice-ministre des Finances. Un triangle de pilotage stratégique pour un secteur qui concentre tous les espoirs du pays.

L’ordre du jour était clair : examiner et approuver les Plans de Travail Budgétaires Annuels (PTBA) pour l’année 2026. Trois projets majeurs étaient dans la ligne de mire. Le PERSE, d’abord. Le PAAF, ensuite. Le PEQIP, enfin. Trois acronymes qui cachent des réformes profondes, des investissements massifs, des ambitions démesurées pour l’école congolaise.

PERSE : 650 millions déjà décaissés pour la gratuité

Le Programme d’Éducation, de Renforcement et de Sauvegarde du Système Éducatif (PERSE) est sans doute le plus emblématique. Pourquoi ? Parce qu’il porte la gratuité de l’enseignement, cette réforme promise par le chef de l’État et qui a changé le quotidien de millions de familles.

Les chiffres présentés par la ministre sont éloquents : 650 millions de dollars américains ont déjà été décaissés. Cette manne financière ne tombe pas dans un trou noir. Elle soutient concrètement six réformes majeures qui touchent à la fois l’accès à l’école, la qualité de l’enseignement et la formation des enseignants.

Pour 2026, l’objectif est clair : accélérer encore. Lever les obstacles administratifs qui freinent parfois l’exécution. Maximiser l’impact de chaque dollar investi. Parce que derrière les chiffres, il y a des enfants. Des salles de classe. Des familles qui respirent mieux depuis qu’elles n’ont plus à payer pour que leurs fils et leurs filles apprennent à lire et à compter.

PAAF : 260 écoles, 4 millions de manuels, 195 000 bourses

Le Programme d’Apprentissage et d’Amélioration de la Formation (PAAF) n’est pas en reste. Là encore, les réalisations impressionnent.

Premier chiffre : 260 écoles sont désormais bénéficiaires du programme. Deux cent soixante établissements où les conditions d’apprentissage s’améliorent, où les enseignants sont mieux formés, où les élèves trouvent un cadre plus propice à leur épanouissement.

Deuxième chiffre, peut-être le plus parlant : plus de 4 millions de manuels scolaires ont été distribués. Quatre millions. Derrière ce nombre, il y a des milliers de gestes : un enfant qui ouvre pour la première fois un livre de maths, une fillette qui découvre la lecture, un enseignant qui peut enfin s’appuyer sur des supports de qualité.

Troisième chiffre, et non des moindres : l’extension des bourses scolaires. Aujourd’hui, près de 195 000 filles bénéficient de ce dispositif. Une avancée majeure pour l’éducation des jeunes Congolaises, pour leur autonomisation, pour l’égalité des chances. Parce qu’envoyer une fille à l’école, c’est investir dans toute une communauté.

PEQIP : la qualité au cœur des préoccupations

Le Programme d’Éducation de Qualité et d’Innovation Pédagogique (PEQIP) complète ce triptyque. Lui, il ne parle pas seulement de chiffres, mais de contenu. De méthodes. De formation.

Son objectif est simple en apparence, complexe dans sa mise en œuvre : renforcer la qualité de l’enseignement et la formation des enseignants. Parce qu’à quoi bon avoir des écoles si les maîtres ne sont pas préparés ? À quoi bon des manuels si les méthodes pédagogiques restent archaïques ?

Le PEQIP travaille sur le fond. Sur ce qui fait la différence entre une école qui forme et une école qui trie. Sur ce qui permettra aux enfants congolais d’acquérir non seulement des connaissances, mais aussi des compétences. De quoi affronter le monde de demain, de quoi construire leur pays.

2026 : l’année de l’accélération

La réunion de ce 18 février n’avait pas pour seul objet de faire un bilan. Elle devait surtout préparer l’avenir. L’année 2026, justement, est présentée comme un tournant.

L’objectif affiché par la ministre d’État est triple. D’abord, accélérer l’exécution des projets. Les rythmes administratifs, les lenteurs budgétaires, les procédures complexes : tout cela doit être fluidifié. Ensuite, lever les obstacles. Ceux qui freinent, qui retardent, qui découragent. Enfin, maximiser l’impact des investissements. Chaque franc congolais, chaque dollar décaissé doit produire un effet visible sur le terrain.

Raïssa Malu l’a rappelé avec force : il ne s’agit pas seulement de dépenser de l’argent. Il s’agit de transformer le système éducatif. De le rendre plus performant. Plus équitable. Plus moderne.

Une synergie interministérielle exemplaire

Autre enseignement de cette réunion : la collaboration entre les différents départements ministériels fonctionne. Aimé Boji, à la tête du Budget, et Gracia Yamba Kazadi, aux Finances, n’étaient pas là pour faire de la figuration.

Leur présence montre que le gouvernement aborde la question éducative de manière globale. Pas question de décider des dépenses sans s’assurer qu’elles sont budgétisées. Pas question de lancer des réformes sans vérifier que les financements suivent.

Cette synergie, les participants l’ont soulignée, est une condition essentielle de la réussite. Dans un pays où les besoins sont immenses et les ressources limitées, chaque dollar doit être optimisé. Chaque projet doit être coordonné avec les autres.

Des défis qui restent immenses

Pour autant, personne ne crie victoire trop tôt. Les défis qui attendent le système éducatif congolais restent immenses. Des millions d’enfants sont encore hors de l’école. La qualité de l’enseignement, malgré les progrès, reste inégale. Les infrastructures, dans de nombreuses régions, sont délabrées.

Les 650 millions du PERSE, les 260 écoles du PAAF, les 4 millions de manuels distribués : tout cela est considérable. Mais comparé à l’ampleur des besoins, c’est encore insuffisant.

La ministre d’État en est consciente. Ses partenaires aussi. C’est pourquoi cette réunion de pilotage n’est pas un aboutissement, mais une étape. Une étape essentielle, certes, mais une étape seulement.

Le cap est fixé

Au sortir de cette réunion, les participants se sont quittés avec un sentiment partagé. De la satisfaction, pour le travail accompli. De l’ambition, pour celui qui reste à faire.

Les PTBA 2026 sont approuvés. Les objectifs sont fixés. Les équipes sont mobilisées. Reste à exécuter, à suivre, à évaluer. Reste à transformer ces plans en réalité concrète dans les salles de classe.

Pour Raïssa Malu, pour Aimé Boji, pour Gracia Yamba Kazadi et pour tous ceux qui œuvrent à l’éducation nationale, le message est clair : il faut accélérer. Parce que chaque jour qui passe, des enfants attendent. Chaque jour qui passe, des enseignants se démènent avec des moyens limités. Chaque jour qui passe, l’avenir du pays se joue sur les bancs de l’école.

Le 18 février 2026 restera comme le jour où le cap a été fixé. Reste maintenant à tenir le gouvernail, coûte que coûte.

4,8 millions d’euros, des maillots et des soupçons : l’affaire AS Monaco-RDC atterrit à Monaco

L’onde de choc partie de Paris a traversé la Méditerranée. Depuis le 17 février 2026, le dossier épineux du contrat de sponsoring liant la République démocratique du Congo à l’AS Monaco est officiellement entre les mains de la justice monégasque. Après plusieurs mois d’analyse, le Parquet national financier (PNF) s’est déclaré incompétent géographiquement et a transmis la plainte à la Principauté. Une décision qui rebat les cartes dans cette affaire aux ramifications multiples.

Une plainte qui remonte à septembre 2025

Tout commence le 4 septembre 2025. Ce jour-là, Me Hervé Diakiese, avocat au barreau de Paris, dépose une plainte qui va faire trembler les sphères du football et de la diplomatie sportive. Les chefs d’accusation sont lourds : « blanchiment de capitaux », « détournement de fonds publics » et « corruption » .

Derrière cette procédure, deux citoyens congolais résidant en France. Ils ont choisi l’anonymat, par « craintes de représailles », précise leur conseil. Leur cible ? Un contrat signé fin juin 2025 entre l’AS Monaco et la République démocratique du Congo. Montant du partenariat : 4,8 millions d’euros sur trois ans, soit 1,6 million par saison .

Le ministre congolais des Sports et Loisirs, Didier Budimbu, est directement visé. C’est lui qui a localement assuré la promotion de ce « partenariat premium RD Congo, Cœur de l’Afrique ». Un accord qui devait, selon les termes officiels, « contribuer au développement du football congolais et amplifier le rayonnement international de la RDC » .

Le PNF se dessaisit, Monaco prend le relais

Pendant plusieurs mois, le Parquet national financier analyse le dossier. Les experts parisiens épluchent les contrats, tentent de déterminer leur compétence. Finalement, leur conclusion tombe, implacable : ils ne peuvent pas traiter cette affaire.

« Ce dossier a fait l’objet d’une dénonciation officielle auprès des autorités monégasques », explique sobrement le PNF. La raison invoquée est simple : absence de « compétence géographique » . Le contrat lie un club monégasque à un État étranger. Même si l’AS Monaco évolue dans le Championnat de France, son siège social, ses comptes, sa juridiction de rattachement sont à Monaco.

Désormais, le parquet de la Principauté est saisi. Sollicité par les médias, il n’a pas donné suite aux demandes d’information. Silence radio, pour l’instant.

Un contrat qui interroge dès sa signature

Dès l’annonce de ce partenariat, les critiques avaient fusé. Comment un pays comme la RDC, avec des millions de déplacés, un championnat national à l’agonie et des infrastructures délabrées, pouvait-il investir près de 5 millions d’euros dans un club européen ?

Les associations de la société civile congolaise s’étaient immédiatement émues. « Le championnat national est à l’agonie, le pays n’a pas d’infrastructures dignes de ce nom », dénonçaient-elles dès juin 2025 . René Mukalay, journaliste sportif congolais, n’avait pas mâché ses mots : « Le football congolais est mort. Il y a un vrai problème d’organisation, d’infrastructures, de formation et d’argent. Et un ministre a convaincu le gouvernement qu’il fallait mettre plusieurs millions d’euros pour mettre le nom de la RDC sur la vareuse de l’AS Monaco. C’est une blague » .

Un tik-tokeur avait même pointé du doigt l’état de délabrement des toilettes du Stade des martyrs de Kinshasa, symbole criant des priorités inversées .

L’AS Monaco se défend, le contexte sécuritaire interroge

Contacté précédemment par L’Équipe, l’AS Monaco avait tenu à se défendre. Le club assure avoir « pris toutes les précautions d’usage avant la conclusion de cet accord ». Plusieurs échanges et rencontres se sont tenus, et les représentants du partenaire ont fait part d’un « fort intérêt quant à la visibilité qu’un club comme le nôtre permet d’acquérir » .

Pourtant, le contexte sécuritaire en RDC jette une ombre sur ces arguments touristiques. Le ministère français des Affaires étrangères indique sur son site que « les voyages sont déconseillés sur l’ensemble du territoire » de la RDC pour les touristes, et que « les conditions de sécurité ne sont pas réunies » . Difficile, dans ces conditions, de vendre du rêve balnéaire ou des safaris photo.

D’autres contrats, d’autres polémiques

L’accord avec l’AS Monaco n’est pas un cas isolé. La RDC a également conclu des partenariats avec deux autres géants européens : l’AC Milan et le FC Barcelone . Pour le club catalan, les montants évoqués donnent le vertige : plus de 40 millions d’euros sur quatre ans .

L’ONG Amnesty International s’était émue, évoquant l’utilisation du football comme plateforme pour « blanchir les violations des droits humains » en RDC . Olivier Kamitatu, opposant politique, avait qualifié ces dépenses de « probablement l’une des décisions les plus scandaleuses que les autorités de la RDC n’aient jamais prises », rappelant que près de 28 millions de Congolais souffrent de la faim .

Un modèle rwandais qui fait débat

Cette stratégie de nation-branding par le football s’inspire ouvertement du modèle rwandais. Depuis 2018, « Visit Rwanda » est affiché sur les maillots du PSG, d’Arsenal et de l’Atlético Madrid. Une stratégie payante sur le plan touristique : deux ans après son lancement, les revenus liés au tourisme avaient bondi de 42% au Rwanda .

Mais Jean-Baptiste Guegan, géopolitologue du sport, nuance : « Il est évident que la symétrie entre la stratégie de la RDC et la stratégie rwandaise est manifeste. La vraie question est : est-ce que cela peut fonctionner ? Cela a fonctionné avec le Rwanda. La RDC veut changer l’image du pays associée à la guerre. Mais le risque est que les Congolais commencent à questionner l’utilité de cet argent alors qu’il pourrait être investi dans des hôpitaux et des écoles » .

Me Diakiese : « Si le parquet ne poursuit pas, nous saisirons un juge »

Du côté des plaignants, la transmission du dossier à Monaco n’est pas forcément une mauvaise nouvelle. Me Diakiese qualifie cette étape de « positive », même s’il rappelle que « l’AS Monaco joue dans le Championnat de France », une allusion discrète à ce qu’il considère peut-être comme un abandon de compétence trop rapide.

Surtout, l’avocat prépare déjà la suite. « Si le parquet ne poursuit pas, nous avons suffisamment d’arguments pour entamer une autre étape et saisir un juge d’instruction », prévient-il . Une menace claire : si la voie pénale monégasque ne donne pas satisfaction, une plainte avec constitution de partie civile pourrait être déposée, forçant la désignation d’un magistrat instructeur.

Un contrat suspendu ?

Selon certaines sources, le contrat de naming aurait été suspendu le temps de l’enquête. AfricaSoccer.com évoque une « mise en attente » de l’accord, Monaco ne devant pas afficher le branding congolais sur ses maillots tant que l’enquête n’est pas conclue . Une information qui, si elle était confirmée, montrerait que le club prend ses distances le temps que la justice fasse son œuvre.

L’ombre du Rwanda et du M23

Il est impossible d’évoquer ces contrats sans les replacer dans le contexte géopolitique régional. Les tensions entre la RDC et le Rwanda, ravivées par le soutien de Kigali au M23, donnent une dimension supplémentaire à cette affaire.

Mercredi, le Conseil rwandais du développement a officialisé la rupture du partenariat liant Arsenal au programme « Visit Rwanda ». En toile de fond, les accusations de prédation autour des minerais de sang et les violences dans l’est de la RDC . Difficile, pour les clubs européens, de naviguer sans dommages dans ces eaux troubles.

Ironie du sort, la RDC, en voulant singer son voisin rwandais, se retrouve aujourd’hui confrontée aux mêmes écueils. La même stratégie, les mêmes critiques, les mêmes risques judiciaires.

Conclusion : une affaire à suivre

Le ballon est désormais dans le camp monégasque. La justice de la Principauté va devoir se saisir de ce dossier explosif. Elle examinera l’origine des fonds, leur traçabilité, la réalité des contreparties offertes par le contrat. Elle entendra peut-être les témoins, les experts, les parties civiles potentielles.

Pendant ce temps, en RDC, le championnat national reste à l’agonie. Les infrastructures sportives vieillissent. Et des millions de Congolais continuent de se demander si leur argent, celui de l’État, est bien utilisé.

L’affaire AS Monaco-RDC n’est pas qu’une histoire de football. C’est l’histoire d’un pays qui cherche sa place dans le monde, qui veut soigner son image, mais qui doit d’abord guérir ses plaies intérieures. La justice, désormais, dira si les moyens employés pour ce rayonnement étaient légitimes.

Ituri : la MONUSCO offre un laboratoire de criminalistique numérique à la justice militaire

Le 17 février 2026 restera une date marquante pour la justice militaire en Ituri. Ce jour-là, à Bunia, une salle technique et de formation flambant neuve a été inaugurée. Financée par la MONUSCO, cette infrastructure high-tech doit permettre aux magistrats militaires de mener des investigations numériques. Dans une province meurtrie par les conflits armés, l’arme de la preuve digitale entre en jeu.

Un investissement de 50 000 dollars pour moderniser la justice

Le chiffre est modeste, mais la portée est immense. 49 998 dollars américains, exactement. C’est la somme débloquée par la MONUSCO, dans le cadre de ses Projets à Impact Rapide, pour offrir à l’Auditorat militaire supérieur de l’Ituri un outil à la hauteur des défis actuels.

Derrière ce financement, il y a une volonté claire : appuyer le renforcement de la justice militaire dans la province. Car ici, à Bunia comme dans l’arrière-pays, les crimes de guerre et les violations des droits humains sont monnaie courante. Les juger, les punir, exige des moyens techniques à la pointe.

Le bâtiment inauguré ce lundi ne ressemble à aucun autre. Il abrite une salle de formation entièrement équipée. Un secrétariat sécurisé, aussi. Mais la pièce maîtresse, celle qui fait la différence, c’est la salle technique dédiée aux investigations numériques et à la criminalistique digitale.

Des enquêtes numériques pour traquer l’invisible

Jusqu’à présent, l’Auditorat militaire butait sur un obstacle de taille. Face à des criminels utilisant téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques, les enquêteurs étaient démunis. Comment récupérer des preuves sur un smartphone saisi ? Comment analyser des données pour remonter une filière ?

Autant de questions qui restaient souvent sans réponse. Désormais, la donne change. Le Colonel Joseph Makelele, Auditeur militaire supérieur près la Cour militaire de l’Ituri, mesure pleinement l’avancée que représente cet équipement.

« Cette salle servira à la fois d’espace de formation, mais aussi de laboratoire d’analyse et de criminalistique digitale », explique-t-il. Concrètement, cela signifie que les enquêteurs pourront désormais récupérer et analyser des preuves digitales exploitables devant le juge.

Des experts formés pour être à la hauteur

Un laboratoire, aussi sophistiqué soit-il, ne sert à rien sans compétences pour l’utiliser. Les autorités militaires l’ont bien compris. Avant même l’inauguration de cette salle, un travail de fond a été mené.

« Avant cette inauguration, en termes d’experts, nous n’en avions pas », reconnaît le Colonel Makelele. Pour combler ce vide, trois formations ont été organisées avec l’appui de la MONUSCO. L’une d’elles s’est même tenue à Kinshasa, permettant aux stagiaires d’acquérir les compétences nécessaires.

L’objectif est désormais clair : repérer un criminel de guerre ou un réseau criminel grâce aux traces numériques qu’il laisse. « Si l’on retrouve un criminel avec un appareil électronique, c’est avec ce laboratoire que nous pourrons récolter et analyser les données », ajoute l’Auditeur militaire.

Lutter contre l’impunité par la preuve

Pour le Colonel Makelele, cette salle technique a une vocation première : renforcer la lutte contre l’impunité. En offrant davantage de moyens de preuve, elle permettra aux juges de disposer d’éléments solides pour condamner les coupables.

Mais ce n’est pas tout. Elle permettra aussi une meilleure formation continue des acteurs judiciaires. Car dans un monde où la technologie évolue sans cesse, les enquêteurs doivent constamment mettre à jour leurs compétences.

Une fois le laboratoire pleinement opérationnel, les dossiers criminels pourront s’appuyer sur des preuves digitales irréfutables. Un bond en avant pour une justice qui, trop souvent, manquait de moyens face à des criminels de plus en plus organisés.

Répondre aux nouveaux défis de la criminalité

Aimé Lobi, conseiller du Gouverneur chargé des questions juridiques, replace cette initiative dans un contexte plus large. Selon lui, la justice de l’Ituri accusait certaines insuffisances, non par manque de volonté, mais parce que le monde a évolué.

« Aujourd’hui, nous faisons face à la persistance de groupes armés et à des réseaux criminels opérant parfois à travers des outils numériques », observe-t-il. Sans moyens adéquats pour répondre à ce défi, la justice tournait en rond.

Ce bâtiment, insiste-t-il, aidera les acteurs judiciaires à améliorer leurs mécanismes d’enquête. Car sans dispositif efficace d’investigation, il est impossible de démanteler ces réseaux. Et donc impossible de lutter efficacement contre l’impunité.

Consolider l’État de droit en Ituri

Cette inauguration ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un contexte sécuritaire encore fragile, où la justice militaire joue un rôle déterminant. Dans une province marquée par des conflits armés et des violations graves des droits de l’homme, restaurer l’autorité de l’État passe par des jugements crédibles.

La protection des populations, justement, dépend en grande partie de cette capacité à punir les coupables. Chaque criminel traduit en justice, c’est une communauté qui respire un peu mieux. C’est un peu de confiance qui revient dans les institutions.

Quelques mois avant cette initiative, la juridiction militaire de l’Ituri avait déjà bénéficié d’un appui majeur. La digitalisation des données judiciaires militaires avait été lancée, renforçant l’efficacité du traitement des preuves et des informations.

Un pas de plus vers une justice moderne

Avec ce nouveau laboratoire, l’Ituri franchit donc une nouvelle étape. De la simple digitalisation des données, on passe à l’analyse active des preuves numériques. De la formation théorique, on passe à la pratique concrète.

Reste à voir comment cet outil sera utilisé dans les mois à venir. Les enquêteurs sauront-ils exploiter pleinement son potentiel ? Les preuves récoltées résisteront-elles à la contestation des avocats ? La justice militaire, enfin équipée, pourra-t-elle vraiment faire la différence ?

Autant de questions qui trouveront leurs réponses sur le terrain. En attendant, ce 17 février 2026 restera comme le jour où l’Auditorat militaire de l’Ituri est entré dans l’ère du numérique. Un petit pas pour la technologie, un grand pas pour la justice.

Mike Tyson vs Floyd Mayweather : le combat de légendes aura lieu à Kinshasa

L’annonce avait fait l’effet d’une bombe en septembre 2025. Aujourd’hui, elle se précise. Mike Tyson et Floyd Mayweather, deux des plus grandes légendes de l’histoire de la boxe, vont croiser le fer lors d’un combat d’exhibition. La date est fixée au 25 avril 2026. Le lieu ? Kinshasa, en République démocratique du Congo. Un clin d’œil évident au légendaire « Rumble in the Jungle » de 1974.

Un rendez-vous avec l’histoire

Cinquante-deux ans après le choc entre Mohamed Ali et George Foreman, la capitale congolaise s’apprête à revivre une nuit de boxe exceptionnelle. Selon les informations de Ring Magazine, reprises par de nombreux médias internationaux, le duel entre « Iron Mike » et « Money » Mayweather devrait officiellement se tenir le 25 avril prochain.

Le choix du lieu n’a rien d’anodin. En octobre 1974, Kinshasa (alors appelée Zaïre) avait été le théâtre de l’un des combats les plus célèbres de tous les temps. Ali, donné perdant, y avait terrassé Foreman au huitième round. Une légende était née .

Aujourd’hui, la même ville s’apprête à écrire une nouvelle page. Non pas pour un titre mondial, cette fois, mais pour le spectacle et la nostalgie.

Tyson-Mayweather : pourquoi ce combat fait rêver

D’un côté, Mike Tyson, 59 ans. Surnommé « Iron Mike », il fut le plus jeune champion du monde des poids lourds de l’histoire. Son bilan parle de lui-même : 50 victoires, dont 44 avant la limite, et 7 défaites . Sa dernière sortie remonte à novembre 2024, face au YouTubeur Jake Paul. Ce jour-là, il s’était incliné aux points à Arlington, au Texas.

De l’autre côté du ring, Floyd Mayweather, 48 ans. Invaincu en 50 combats professionnels, il a été titré dans cinq catégories différentes. Sa retraite officielle date de 2017, après sa victoire contre Conor McGregor. Depuis, il enchaîne les exhibitions. La dernière remontait à août 2024 face à John Gotti III .

Deux générations. Deux styles. Deux légendes.

Ce qu’ils ont dit

Lorsqu’il avait évoqué ce combat pour la première fois, Mike Tyson n’en revenait pas lui-même. « Lorsque CSI (le promoteur) m’a proposé Floyd, je n’y ai pas cru », avait-il confié dans un communiqué en septembre. Sa mise en garde était claire : « Cela va nuire à sa santé, mais il veut le faire. »

De son côté, Mayweather affichait sa confiance légendaire. Interrogé par ESPN, il avait justifié ce nouveau défi : « Aucun boxeur n’a réussi à ternir mon héritage. Ce combat donnera aux fans ce qu’ils veulent. »

Plus récemment, Tyson a remis une pièce dans la machine. Invité à l’événement « An Experience with Mike Tyson », il avait lâché une information qui avait fait vibrer les amateurs. « Ce sera en mars. Et ce sera en Afrique. » Le calendrier a légèrement glissé, mais la promesse, elle, tient toujours.

Le poids des mots, le choc des styles

Une question taraude les puristes : à quel poids se battront-ils ? La réponse n’a pas encore filtré. Pourtant, l’enjeu est de taille. Tyson s’est illustré en tant que champion poids lourds. Mayweather, lui, a régné des super-plumes jusqu’aux super-welters. Cinq catégories, cinq titres, mais jamais au-delà .

Trouver un terrain d’entente physique relève du défi. Mais dans le monde des exhibitions, tout devient possible.

« Ce sera incroyable. Nous allons battre tous les records », s’est enthousiasmé Tyson, qui voit plus grand que jamais. « Ce sera l’un des plus grands événements de l’histoire de ce sport. »

Kinshasa, terre de boxe

Pour la RDC, cet événement dépasse largement le cadre sportif. Il s’inscrit dans une tradition. Cinquante ans après Ali-Foreman, le pays veut montrer au monde qu’il reste une terre de boxe. Les infrastructures, l’organisation, l’accueil : tout sera passé au crible.

Car derrière la nostalgie, il y a un enjeu d’image. Le Congo, meurtri par des décennies de crises, entend prouver sa capacité à organiser un spectacle planétaire. Les regards seront braqués sur Kinshasa. Les caméras du monde entier, aussi.

Exhibition ou combat ? La frontière est mince

Précisons-le : il s’agit bien d’un combat d’exhibition. Pas d’un championnat du monde. Pas d’un enjeu de titre. Pourtant, quand deux monstres sacrés montent sur le ring, la frontière s’estompe.

Mayweather, depuis sa retraite, est devenu un habitué de ces shows lucratifs. Logan Paul, John Gotti III, Tenshin Nasukawa : il les a tous affrontés. Récemment, un duel contre son ancien rival Manny Pacquiao avait même été évoqué. Rien n’en est sorti, mais l’idée flottait .

Tyson, lui, revient de loin. Son combat contre Jake Paul avait montré un homme diminué, ralenti par l’âge. Pourtant, son nom suffit à remplir les stades. Son aura, elle, demeure intacte.

Le compte à rebours est lancé

Nous sommes à deux mois de l’échéance. Les promoteurs s’activent. Les contrats se finalisent. Les rumeurs circulent. Une certitude : le 25 avril 2026, Kinshasa retiendra son souffle.

Deux hommes entreront dans un ring. L’un avec la puissance du marteau. L’autre avec la précision du scalpel. L’un pour la gloire d’antan. L’autre pour l’argent d’aujourd’hui.

Et au milieu, il y aura le public. Celui de Kinshasa, bouillant, passionné, fidèle à sa réputation. Celui du monde entier, connecté via les écrans géants et les plateformes de streaming.

Car dans cette histoire, Mayweather et Tyson ne sont que les acteurs. Le véritable héros, c’est le souvenir. Celui d’une époque où la boxe faisait rêver des continents entiers. Et si, pour une nuit, ce rêve revenait ?