Politique




« Coup d’État constitutionnel » : Martin Fayulu sonne l’alarme et promet une désobéissance populaire en 2028

Kinshasa, vendredi 8 mai 2026. Devant une presse nombreuse, Martin Fayulu n’a pas mâché ses mots. Dans une salle attentive,…

Kinshasa, vendredi 8 mai 2026. Devant une presse nombreuse, Martin Fayulu n’a pas mâché ses mots. Dans une salle attentive, le président de l’ECiDé a dénoncé ce qu’il qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Selon lui, le président Félix Tshisekedi chercherait à modifier les règles du jeu politique à travers un projet de réforme constitutionnelle et un référendum controversé.

« Chers amis de la presse, je vous ai invités pour dénoncer le coup d’État que Félix Tshisekedi est en train d’orchestrer à travers sa tentative de changement de la Constitution et de référendum », a lancé l’opposant.

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Sans décor officiel ni mise en scène particulière, Fayulu a livré un discours offensif. Il affirme vouloir empêcher le pays de basculer dans une crise institutionnelle majeure.

Une proposition de loi au cœur de la polémique

La principale cible de Martin Fayulu reste une proposition de loi référendaire portée par le député Paul Gaspard Ngondankoy.

Pour certains observateurs, le texte paraît purement technique. Pourtant, l’opposant y voit un véritable « cheval de Troie juridique ».

Son argument repose sur une contradiction qu’il juge dangereuse. D’un côté, l’article 6 réaffirme l’intangibilité des articles 218 à 220 de la Constitution. Ces dispositions verrouillent notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels.

Mais de l’autre, les articles 87 à 90 introduisent un mécanisme lié à un éventuel « dysfonctionnement majeur ». Selon Fayulu, cette formule pourrait permettre de contourner les limites constitutionnelles actuelles.

Une « porte dérobée » vers un troisième mandat ?

Pour le président de l’ECiDé, ces dispositions ouvrent une « porte dérobée » vers un maintien prolongé au pouvoir.

« On ne change pas les règles du jeu en plein match. Nous ne défendons pas seulement un texte, nous défendons la liberté d’expression, nous défendons le Congo et nous empêchons la balkanisation du pays », a-t-il insisté.

L’opposant estime qu’aucun consensus politique, aucune majorité parlementaire et même aucun référendum populaire ne pourraient justifier une remise en cause des articles protégés de la Constitution.

Fayulu accuse Tshisekedi d’utiliser la guerre

Martin Fayulu a également évoqué la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Depuis plusieurs mois, les violences armées plongent la région des Grands Lacs dans une situation explosive.

Cependant, l’opposant va plus loin. Selon lui, le pouvoir instrumentaliserait cette guerre pour préparer un glissement politique.

« Félix Tshisekedi est en train d’utiliser la guerre pour se pérenniser au pouvoir », a-t-il affirmé devant les journalistes.

Puis, il a posé une question lourde de sous-entendus : « À qui profite cette guerre ? »

À travers cette interrogation, Fayulu laisse entendre que le conflit pourrait servir de justification à un éventuel report des élections générales prévues en 2028.

Le souvenir brûlant de janvier 2015

Pour renforcer son message, Martin Fayulu a rappelé un épisode marquant de l’histoire politique congolaise : les manifestations de janvier 2015.

À l’époque, la rue s’était mobilisée contre une réforme de la loi électorale perçue comme favorable à Joseph Kabila. Finalement, sous la pression populaire, le Sénat avait reculé.

Aujourd’hui, l’opposant espère voir le même scénario se reproduire. Il demande aux députés de supprimer « purement et simplement » les articles 87 à 90 du texte contesté.

En outre, Fayulu estime que les promoteurs de cette proposition de loi devraient répondre de leurs actes devant la justice.

Un message clair pour l’élection de 2028

À la fin de sa conférence de presse, Martin Fayulu a fixé un horizon politique clair : l’élection présidentielle de 2028.

Dans un mélange de français et de kikongo, il a adressé un avertissement direct au chef de l’État : « Le peuple m’a donné une mission claire : « alinga alinga te, ako kende en 2028 » », autrement dit : « qu’il le veuille ou non, il devra partir en 2028 ».

Cette déclaration donne désormais une dimension nationale au débat. Derrière les discussions juridiques et les articles de loi, beaucoup voient une bataille décisive pour l’avenir de la démocratie congolaise.

Entre les partisans d’une réforme institutionnelle et les défenseurs de l’ordre constitutionnel actuel, le bras de fer politique ne fait donc que commencer.

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