C’est un chiffre qui donne le vertige : 195 millions de dollars américains promis aux victimes, mais seulement 28 millions réellement distribués. Le reste ? Évanoui dans les méandres d’une gestion qualifiée de « systémique » et opaque. Mardi 5 mai 2026, devant le Sénat congolais, le ministre de la Justice a tiré la sonnette d’alarme sur le FRIVAO, ce fonds censé panser les plaies des exactions commises par l’Ouganda dans l’Est de la République démocratique du Congo.
L’institution, créée après la condamnation historique de Kampala par la Cour internationale de Justice (CIJ) – 325 millions de dollars à verser en cinq annuités de 65 millions –, devait incarner la réparation. Elle est devenue, selon les propres mots du ministre, « un nid de dysfonctionnements, de rétro-commissions et de détournements ».
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« Vraies, fausses et fictives » : le grand bazar des victimes
Devant les sénateurs, le ton est monté. « Sur 195 millions disponibles, seuls 28 millions ont effectivement atteint les vraies, les fausses et les victimes fictives », a-t-il lâché, ajoutant une expression qui en dit long : « sans compter les opérations retours » – un euphémisme pour désigner des fonds reversés en sous-main à des réseaux occultes.
Preuve la plus accablante : la flambée du nombre de bénéficiaires. Pour la seule ville de Kisangani, épicentre des réparations, le fichier est passé de 3 000 victimes certifiées à plus de 14 000, voire 16 000 selon certaines sources. Une « inflation artificielle et incontrôlée », dénonce le ministre, qui évoque désormais des « victimes fictives » introduites dans la base de données par des fraudeurs bien organisés.
Redressement sous haute tension : audit, suspensions et procès
Face à l’hémorragie, le gouvernement sort la sulfateuse. Un plan de redressement d’urgence a été présenté :
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Audit indépendant du fichier des bénéficiaires, pour séparer le vrai du faux.
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Suspension immédiate des responsables actuels de la gestion du fonds.
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Réorganisation complète des organes dirigeants du FRIVAO.
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Poursuites judiciaires contre les réseaux présumés de détournement et d’extorsion.
Les paiements ne reprendront que par étapes : d’abord des indemnisations collectives, puis individuelles, après vérification minutieuse de chaque dossier. Parallèlement, l’État cherche à mobiliser des ressources complémentaires pour ne pas laisser les victimes légitimes sur le carreau.
Une vérité qui dérange : 154 millions encaissés, 106 victimes payées
Un document confidentiel consulté en janvier 2026 par ACTUALITE.CD bouscule encore davantage la narration. Selon la coordination intérimaire du FRIVAO, l’État congolais aurait déjà reversé au mécanisme 154,7 millions de dollars après retenues. Mais à l’arrivée du comité intérimaire en août 2024, seules 106 victimes avaient été indemnisées… tandis que le fonds avait déjà perçu plus de 105 millions.
Autrement dit, l’argent est entré. Mais il ne sortait pas. Ou alors, il sortait par la petite porte.
Entre impunité et espoir : que reste-t-il des victimes ?
Alors que le gouvernement promet une « reprise progressive et contrôlée » des indemnisations, une question brûle les lèvres des milliers de rescapés du conflit : où sont passés les 167 millions de dollars manquants ? La réponse, désormais, est entre les mains des juges et des auditeurs. Mais pour beaucoup, le FRIVAO est déjà devenu le symbole d’une réparation confisquée.
En attendant, les vraies victimes, elles, n’ont toujours pas vu la couleur de leur dû.



