Le Président Congolais, Félix Tshisekedi, durcit le ton contre Joseph Kabila. Mercredi 6 mai, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le Chef de l’État a dénoncé l’attitude de son prédécesseur. Il l’accuse, en effet, d’avoir trahi l’alternance historique de 2019 en basculant dans la rébellion.
« Un vrai gâchis » pour l’alternance de 2019
Le Président de la République dit d’abord regretter la voie choisie par Joseph Kabila. Il rappelle ensuite que les deux hommes avaient réussi la première passation pacifique du pouvoir en RDC après près de 60 ans. Pour Félix Tshisekedi, cet héritage politique ne devait donc pas être détruit.
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Il estime, par ailleurs, que l’histoire retiendra désormais un double rôle de Kabila. D’abord celui d’artisan de l’alternance démocratique. Puis celui qui a sapé cette avancée.
Il déplore, dans la foulée, que Kabila ait « pris des armes contre son propre pays » en entrant dans la clandestinité.
Tshisekedi justifie les sanctions américaines
Félix Tshisekedi soutient, en outre, les sanctions financières imposées par Washington contre l’ancien Président de la RDC. Le Trésor américain vise Joseph Kabila pour son appui présumé aux rebelles du M23.
« Les Américains ont vu ce que je voyais depuis plusieurs années », a affirmé Tshisekedi. Il assure, de plus, détenir des preuves depuis fin 2023.
Selon lui, le refus du Front Commun pour le Congo (FCC) de participer aux élections de 2023 cachait déjà un plan de déstabilisation. Le but, poursuit-il, était d’empêcher le scrutin et de forcer un dialogue politique.
« Je n’irai pas prendre les armes contre mon successeur »
Sans citer Kabila, Tshisekedi a, cependant, lancé une pique claire. Il promet de se mettre à la disposition de son successeur après son mandat. Il exclut, du reste, formellement de recourir aux armes contre lui.
Plusieurs analystes voient, aussi, dans cette sortie une réponse directe à Joseph Kabila.
L’ex-président est, en effet, accusé par Kinshasa de soutenir l’AFC/M23. Ce groupe armé occupe Goma et Bukavu depuis plusieurs mois. Kabila a, d’ailleurs, été condamné à mort par la justice congolaise.
Investiture manquée et rupture de confiance
Félix Tshisekedi a révélé, par la suite, avoir invité Kabila à son investiture pour son second mandat. L’ancien Président ne s’est pas présenté. Il aurait, selon lui, quitté le pays en secret. Tshisekedi souligne, en plus, que les deux hommes avaient pour habitude de se prévenir de leurs déplacements. Or, cette pratique a été rompue.
Contexte : guerre dans l’Est et pression sur le mandat
Cette conférence intervient, toutefois, dans un climat tendu. L’Est de la RDC reste en guerre.
Parallèlement, Tshisekedi est soupçonné par l’opposition de préparer un troisième mandat. L’article 220 de la Constitution de 2006 interdit, pourtant, plus de deux quinquennats.
De son côté, Tshisekedi a, néanmoins, laissé entrevoir le 6 mai une possible révision constitutionnelle.
Le paysage politique congolais s’annonce pas très bien. D’après le programme, les élections sont prévues en 2028. Plus que deux ans séparent le pays de ces échéances qui font déjà couler beaucoup d’encre et de salive.
Guillaume MAVUDILA



