Nord-Kivu : un militaire FARDC viole et décapite une femme devant ses enfants

L’horreur absolue a frappé Tembe, une bourgade paisible près de Bamulumba. Ce jeudi 5 février, un militaire des FARDC a plongé une famille dans le deuil et la terreur. Selon les autorités locales, le soldat a séquestré une femme. Il l’a violée, puis l’a décapitée à la machette. Le crime s’est déroulé dans une cabane, sous les yeux de ses propres enfants.

Samuel Kakule Kagheni, président de la société civile locale, livre des détails glaçants. Après son forfait, le militaire a enfermé le corps sans vie dans la cabane. Il a ainsi abandonné les enfants traumatisés. « C’est un acte inhumain. Il a bouleversé toute notre communauté », a déclaré Kagheni. Il exige ensuite une justice militaire ferme et exemplaire.

Les autorités promettent une justice rapide

L’administrateur du territoire de Lubero a confirmé les faits. Le colonel Kiwewa Mitela Alain a assuré que les forces de l’ordre avaient immédiatement appréhendé le présumé coupable. « Le militaire est déjà aux arrêts. Nous le détenons à l’auditorat militaire de Mangurejipa », a-t-il précisé. Les autorités attendent maintenant la fixation de son procès. Elles insistent sur leur volonté de ne pas laisser ce crime impuni.

Cette promesse de justice est cruciale. En effet, la population ressent un sentiment croissant d’insécurité. Elle perd confiance en ceux qui doivent la protéger.

Une série noire qui interroge la discipline militaire

Malheureusement, ce drame ne constitue pas un cas isolé. Il s’inscrit dans une série inquiétante de crimes commis par des militaires dans la région depuis 2025. Cette série érode chaque jour un peu plus le lien entre l’armée et la nation.

Par exemple, le 8 septembre 2025, un militaire a abattu sa propre épouse à Kanyatsi. Puis, le 10 septembre, un autre soldat a tué un civil à bout portant dans le village de Lima.

Ces actes répétés posent de graves questions. Ils interrogent la discipline et la moralisation des troupes. De plus, ils mettent en lumière les faiblesses des mécanismes de contrôle au sein de l’armée. Pourtant, celle-ci combat plusieurs groupes armés dans l’Est du pays.

Un contexte sécuritaire déjà explosif

Ce crime odieux survient dans un contexte déjà très tendu. Le territoire de Lubero, comme une grande partie du Nord-Kivu, subit la violence de multiples groupes armés. Les civils sont pris en étau entre ces factions et les forces gouvernementales.

La communauté internationale se focalise souvent sur les tensions géopolitiques. Cependant, cette affaire rappelle une réalité tout aussi brutale. Elle met en lumière les violations des droits humains que commettent parfois les forces régulières contre les populations qu’elles doivent défendre.

Ce drame souligne donc l’urgence d’une réforme en profondeur de l’appareil de sécurité. Une justice transitionnelle efficace est également nécessaire. Le but est de mettre fin à l’impunité et de redonner espoir à des millions de Congolais.

Désormais, tous les regards se tournent vers l’auditorat militaire de Mangurejipa. La population meurtrie scrutera la rapidité et la transparence du procès à venir. Elle n’attend plus de simples promesses. Elle exige des actes de justice qui restaureront sa dignité et sa confiance.

Kinshasa : Les promesses du gouverneur Bumba coulent avec la capitale

Le cauchemar devient une routine saisonnière infernale. Ce mercredi 4 février 2026, une pluie torrentielle de plus de trois heures a encore frappé Kinshasa. Elle a transformé la ville en vaste étendue d’eau. La mégapole s’est retrouvée paralysée. Des scènes de désolation ont suivi.

Des images montrent des voitures emportées par le courant. Plusieurs artères ressemblent à des lacs artificiels. De nombreux piétons avancent avec difficulté dans des eaux stagnantes et polluées.

Les quartiers chics subissent aussi les inondations. Devant le Palais du Peuple, l’eau recouvre le boulevard Triomphal. Ensuite, le même spectacle apparaît près du Lycée français et de l’Hôtel de Ville. L’eau a même envahi le bureau du gouverneur Daniel Bumba. Cette situation illustre une administration dépassée par la crise. De la Lukunga à la Tshangu, toutes les communes subissent les dégâts.

Le gouverneur Bumba sous pression

Daniel Bumba dirige la capitale depuis plus d’un an. Pourtant, les critiques se multiplient. Une partie de la population ne croit plus à ses promesses.

Un habitant de Ngaliema dénonce des discours trop politiques. Selon lui, ils ne rassurent plus les administrés. Il estime aussi que le gouverneur peine à gérer l’urgence permanente de la ville.

De plus, un militant des droits humains se montre sévère. Il craint un bilan pire que celui de Gentiny Ngobila. Pour beaucoup d’habitants, ce dernier symbolise déjà un échec.

Depuis plus de dix ans, les gouverneurs se succèdent. Cependant, les problèmes restent. L’assainissement et le drainage stagnent. Les habitants affrontent donc toujours les mêmes inondations.

Le génie militaire mobilisé pour l’urgence

Face à la situation, le ministre des Infrastructures John Banza réagit. Il mobilise le génie militaire. Les équipes interviennent sur les axes critiques. Elles ciblent notamment le boulevard Triomphal et l’avenue Kasa-Vubu à Bandalungwa.

Selon son cabinet, les travaux poursuivent plusieurs objectifs :

  • stabiliser les sols à risque

  • canaliser et évacuer les eaux de pluie

  • empêcher le retour rapide des inondations

  • réhabiliter la voirie touchée

Ces actions répondent à l’urgence. Toutefois, elles restent ponctuelles. La vraie question demeure. Quand Kinshasa adoptera-t-elle un plan global d’assainissement ?

Sans solution structurelle et financée, la ville revivra ces drames. À chaque saison des pluies, les habitants subiront encore les inondations. Et, peu à peu, la confiance envers les dirigeants continuera de s’éroder.

Le pont Kinshasa-Brazzaville : signature de l’accord le 12 février 2026

Le projet de pont route-rail entre Kinshasa et Brazzaville avance concrètement. Ce mercredi 4 février, le ministre des Infrastructures John Banza Lunda a annoncé une date clé. Les ministres des Finances des deux pays signeront l’accord le 12 février 2026.

Cette annonce fait suite à une réunion de travail avec la Banque africaine de développement (BAD). Le directeur régional pour l’Afrique centrale, Dr Léandre Bassole, a conduit la délégation. Ainsi, les partenaires confirment leur volonté d’accélérer le projet.

Un ouvrage stratégique pour les deux capitales

Le futur pont mesurera 1,575 km. Il reliera directement Kinshasa et Brazzaville, les deux capitales les plus proches au monde.

Actuellement, des experts des deux pays travaillent à l’ACGT. Ils harmonisent les régimes tarifaires, fiscaux et douaniers. De cette manière, ils sécurisent la viabilité économique du pont.

Plusieurs chantiers régionaux sur la table

La réunion a aussi permis d’examiner d’autres projets. D’abord, les équipes étudient le pont sur l’Oubangi entre la RDC et la Centrafrique. Ensuite, elles veulent accélérer le développement urbain de Mbuji-Mayi.

Par ailleurs, la situation de la route Bukavu-Goma (RN2) reste préoccupante. L’insécurité bloque les travaux. Le gouvernement et la BAD analysent donc l’indemnisation des entreprises touchées par des vols de matériel.

La BAD confirme son appui

Le ministre Banza a rassuré les partenaires sur l’engagement du chef de l’État à stabiliser l’Est du pays. De son côté, la BAD maintient son soutien. Elle insiste toutefois sur la qualité des études préparatoires.

Le Dr Bassole l’a rappelé clairement : de bonnes études représentent déjà 30 % du projet.

La signature du 12 février peut changer la donne. Elle rapprochera la concrétisation d’un projet attendu depuis des décennies. À terme, ce pont pourrait fluidifier la mobilité. Surtout, il pourrait stimuler fortement les économies des deux Congo.

Guillaume Ngefa suspend le président du Fonds d’indemnisation des victimes de l’Ouganda

Le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a fait un coup de tonnerre dans le secteur sensible de la réparation des victimes. Ce mercredi 4 février, il a suspendu Kalombola Lisendja Bernard de ses fonctions de président du Conseil d’administration du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO).

Cette décision radicale, motivée par de sérieux soupçons de mé gestion, vise à « garantir une gestion rigoureuse, transparente et conforme à la destination des ressources allouées à l’indemnisation des victimes », selon le communiqué officiel. Le ministre a pris soin de désigner un intérimaire, Kitenge Senga Dismas, pour éviter tout vide de pouvoir.

Une enquête judiciaire ouverte

La suspension n’est qu’un premier acte. Guillaume Ngefa a également saisi le procureur général près la Cour d’appel de la Tshopo pour ouvrir une enquête judiciaire sur les allégations portées contre l’ancien PCA. Cette procédure marque l’entrée du dossier dans une phase plus décisive et potentiellement pénale.

Un message fort sur la gestion des fonds publics

Par ce geste, le garde des Sceaux envoie un message clair de reddition des comptes. Il rappelle que la gestion de fonds publics, surtout ceux destinés à des victimes en attente de réparation après des décennies de conflit, ne tolère « ni opacité ni complaisance ».

Cette suspension place désormais toute la gouvernance du FRIVAO sous surveillance. L’opinion publique, souvent sceptique quant à l’efficacité des mécanismes d’indemnisation, observe de près cette démonstration d’autorité, qui tente de restaurer la crédibilité d’une institution cruciale pour la justice transitionnelle en RDC.

Le gouvernement lance « Loba », l’assistant virtuel qui révolutionne la défense des consommateurs

La protection des droits des consommateurs en République démocratique du Congo entre de plain-pied dans l’ère digitale.
Ce jeudi 29 janvier 2026, le Vice-Premier ministre et ministre de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a présenté officiellement « Loba », une plateforme numérique innovante pensée comme un assistant virtuel au service des citoyens.

Concrètement, l’outil, dont le lancement officiel est prévu fin février 2026, ambitionne de transformer la relation entre consommateurs, entreprises et régulateurs.
Il rendra ainsi le dépôt de plainte plus simple, plus transparent et surtout plus efficace.

Une plateforme unique pour des secteurs clés

Dans les faits, « Loba » fonctionne comme un chatbot, capable de permettre aux Congolais de signaler des abus, de déposer des plaintes et de suivre, étape par étape, le traitement de leurs dossiers.
La plateforme couvrira un large pan de l’économie, en ciblant prioritairement les secteurs les plus sensibles :

  • Services financiers : banques et assurances ;

  • Télécommunications ;

  • Transport aérien ;

  • Santé et produits pharmaceutiques ;

  • Produits alimentaires ;

  • Électricité.

Pour Daniel Mukoko Samba, « Loba » dépasse largement le rôle d’une simple boîte à plaintes digitale.
Selon lui, cet outil vise avant tout à rapprocher les citoyens des régulateurs et à améliorer la transparence entre consommateurs et opérateurs économiques.
Il contribuera également à réduire les lourdeurs administratives, souvent dénoncées par les usagers.

Un outil stratégique pour une régulation plus intelligente

Au-delà du traitement des plaintes individuelles, « Loba » revêt une dimension stratégique.
En centralisant les données, la plateforme permettra notamment aux autorités de :

  • identifier rapidement les abus récurrents ;

  • analyser les tendances du marché ;

  • cibler avec précision les actions correctives ;

  • ajuster, en amont, les politiques de régulation.

« Loba démocratise l’accès à la défense des droits des consommateurs », a insisté le ministre.
Il a notamment évoqué la lutte contre la vente de produits non conformes et les abus de position dominante.
Dans ce cadre, les dossiers liés aux pratiques anticoncurrentielles seront automatiquement transmis à la Commission de la Concurrence (COMCO).

Une coordination renforcée entre les régulateurs

Pour garantir l’efficacité du dispositif, les autorités misent sur une coordination étroite entre les régulateurs sectoriels.
Un projet de protocole d’accord sera donc soumis à plusieurs institutions clés, dont :

  • la Banque Centrale du Congo (BCC) ;

  • l’Autorité de Régulation de l’Électricité (ARE) ;

  • l’ARTPC pour les télécommunications ;

  • l’Autorité de l’Aviation Civile (AAC) ;

  • l’ARC-CSU pour les soins de santé ;

  • l’ACOREP pour les pharmacies.

Ainsi, le lancement de « Loba » fin février 2026 marquera un tournant important dans la modernisation de l’État congolais.
Il placera, de manière concrète, la défense du consommateur au cœur d’une stratégie de transparence et de bonne gouvernance économique.

Décès de Roland Lumumba, fils de Patrice Lumumba et gardien de sa mémoire

La famille Lumumba est à nouveau en deuil. Roland-Gilbert Okito Lumumba, fils cadet du héros de l’indépendance Patrice Emery Lumumba, s’est éteint ce mercredi à Kinshasa à l’âge de 67 ans, des suites d’une maladie, ont confirmé des sources familiales.

Né en 1958, cet architecte de formation avait choisi un engagement plus discret que tumultueux, mais n’en avait pas moins marqué la vie politique en siégeant comme député national pendant une décennie. Pourtant, son rôle le plus marquant restera celui de gardien de la mémoire et de pourfendeur de l’impunité.

Un combat pour la vérité, « non par vengeance, mais par soif de savoir »

Roland Lumumba s’était investi corps et âme dans les procédures judiciaires visant à élucider l’assassinat de son père en 1961. Il s’était rendu à de multiples reprises en Belgique, suivant assidûment les audiences, affirmant que sa quête relevait d’une « soif de savoir » et non d’une volonté de vengeance.

Son action a été décisive dans le processus aboutissant au rapatriement de la relique de Patrice Lumumba – une dent – conservée en Belgique comme macabre trophée, et officiellement restituée à la RDC en juin 2022. Un geste symbolique fort pour la famille et la nation.

« Je préfère que l’on dise que c’est Lumumba »

Homme humble, il refusait pourtant de se cacher derrière l’ombre immense de son père. Dans ses interventions publiques, il inversait la perspective : « Au lieu de dire que c’est le papa de Roland, je préfère que l’on dise que c’est Lumumba », insistait-il, rappelant que Patrice Lumumba était avant tout le « père de l’indépendance », une figure fondatrice pour tout un continent.

Sa disparition intervient alors que les procédures judiciaires sur l’assassinat se poursuivent encore en Belgique, laissant inachevé le combat pour la vérité qu’il aura mené une grande partie de sa vie. Les messages de condoléances affluent déjà, saluant la mémoire de cet homme discret qui aura porté, avec dignité et ténacité, le poids d’un nom et le flambeau d’une histoire qui dépasse la seule famille Lumumba.

Nord-Kivu : répression meurtrière d’une marche de femmes à Lubero

Une manifestation pacifique de femmes a tourné au drame, mardi 27 janvier, dans la localité de Manguredjipa, au Nord-Kivu. Ce rassemblement devait alerter sur l’insécurité et les attaques répétées des rebelles ADF. Cependant, les forces de l’ordre l’ont violemment réprimé, causant la mort de deux personnes, dont une femme et son bébé de six mois, et plusieurs blessés par balles.

Selon Samuel Kagheni, président de la société civile locale, les services de sécurité ont dispersé les manifestantes à coups de tirs réels. Cette répression brutale a déclenché une colère incontrôlable parmi la population. En représailles, des manifestants ont incendié plusieurs motos et la résidence privée du chef de secteur de Bapere. Ainsi, la cité a plongé dans un chaos total pendant plusieurs heures.

Un deuil national et un appel à la grève générale

Profondément indignée, la société civile dénonce une « répression disproportionnée » et exige l’ouverture immédiate d’une enquête indépendante avant même l’inhumation des victimes. En signe de deuil et de protestation, elle appelle tous les opérateurs économiques de Manguredjipa à observer une grève générale à partir de ce mercredi 28 janvier, et ce, jusqu’à nouvel ordre.

« Il y a eu une manifestation des femmes à la suite des tueries perpétrées par les ADF. Malheureusement, un incident grave s’est produit, que nous, société civile, fustigeons et condamnons », a déclaré Samuel Kagheni.

Un silence inquiétant des autorités

Au moment où les faits sont rapportés, la situation sur place reste extrêmement tendue. Les autorités provinciales du Nord-Kivu ne se sont toujours pas exprimées sur cet incident. Ce silence, face à la tragédie, illustre une fois de plus la volatilité et la souffrance endémique des populations civiles, prises en étau entre les groupes armés et les forces de l’ordre souvent accusées de brutalité.

Ce drame soulève des questions cruciales sur le droit à la manifestation et la protection des civils. En effet, dans une région où la peur et la violence rythment le quotidien, la sécurité des populations demeure une urgence humanitaire.

De plus, les observateurs locaux et internationaux appellent à une médiation rapide pour éviter une escalade de la violence et pour protéger les droits fondamentaux des habitants de Manguredjipa.

Journée de mémoire pour l’Est : Suminwa dénonce la guerre du Rwanda et exige justice

Kinshasa – Sous les voûtes de l’Académie des Beaux-Arts, ce mardi 27 janvier, le poids du deuil et la détermination face à la guerre se sont mêlés. La Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé la Journée de mémoire de Bunagana à Uvira, un événement solennel dédié aux victimes de l’agression à l’Est et placé sous le thème « Résistance, Résilience et Unité du peuple congolais ».

Face à une assistance composée de membres du gouvernement, de diplomates et d’acteurs de la société civile, la cheffe du gouvernement a tracé une ligne claire. « Cette guerre vise le sol et le sous-sol de la République, mais elle vise surtout les vies humaines, les foyers, l’avenir même de notre Nation », a-t-elle déclaré, pointant directement du doigt le Rwanda et ses supplétifs. Elle a réaffirmé la « détermination à rester debout » pour défendre la souveraineté nationale, un engagement impulsé, selon elle, par le président Tshisekedi.

Justice, condition sine qua non de la paix

Plus tôt dans la journée, des panels thématiques ont décortiqué les multiples facettes de la crise : drame humanitaire, enjeux économiques, quête de justice et restauration de l’intégrité territoriale. Le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a insisté sur un pilier fondamental : l’exigence de justice. « Il ne peut y avoir de paix durable fondée sur le silence, l’oubli ou la négation des souffrances », a-t-il martelé, appelant à la reconnaissance des préjudices et à l’établissement des responsabilités.

Plusieurs ministres, dont Daniel Mukoko Samba (Économie) et Guillaume Ngefa (Justice), ont pris part aux débats, illustrant la volonté affichée du gouvernement d’apporter une réponse globale à une guerre aux « ramifications multiples ».

Devoir de mémoire et exposition des souffrances

La journée s’est articulée autour d’une exposition photographique retraçant les atrocités subies par les populations, de discussions techniques et d’un moment de recueillement. En mêlant hommage et analyse, les autorités ont voulu transformer la mémoire douloureuse en un levier pour « poser les bases d’une paix fondée sur la vérité, la justice et la dignité humaine ».

Dans un contexte où les processus de paix diplomatiques piétinent, cette cérémonie à Kinshasa visait à rappeler que, derrière les négociations, il y a un peuple qui résiste, qui pleure ses morts, et un État qui promet de les défendre – ou du moins, de ne pas les oublier.

Crise des transports à Kinshasa après de nouvelles taxes automobiles paralysantes

Kinshasa – Ce lundi 26 janvier, les Kinois ont connu un réveil brutal. La ville de plus de 15 millions d’habitants est quasi paralysée. Ses artères, habituellement saturées, apparaissent étrangement fluides. Mais cette apparente tranquillité cache une réalité inquiétante : les transports en commun ont déserté massivement les rues. La cause : une nouvelle série de mesures fiscales qui étouffe conducteurs et usagers.

Pour circuler, les automobilistes doivent désormais payer 564 dollars au total : vignette (70$), permis de conduire (120$), contrôle technique (80$) et assurance plafonnée à 294$. Un montant exorbitant dans une économie où la majorité des habitants gagne moins d’un dollar par jour.

Les taxis et bus déclenchent une grève de fait

Face à ce mur financier, les conducteurs de taxis, bus et minibus ont choisi de ne pas rouler. Beaucoup ont laissé leurs véhicules au garage, incapables ou réticents à assumer ces coûts. Le résultat a été immédiat : une pénurie sévère de transport. Des milliers de travailleurs, enseignants et élèves ont dû marcher des dizaines de kilomètres sous un soleil de plomb.

Pour ceux qui ont osé prendre la route, les prix ont flambé. Un trajet, coûtant 1000 francs congolais le matin, pouvait atteindre près de 5000 francs le soir, presque le double du revenu journalier moyen. Une situation intenable pour une population déjà fragilisée.

Une mesure anti-embouteillage qui asphyxie les habitants

Les autorités présentent ces contrôles renforcés comme nécessaires pour désengorger la capitale et assurer un parc automobile en règle. Mais dans les faits, l’effet est inverse. En ciblant les véhicules de transport public – essentiels pour des millions de Congolais – la mesure a provoqué une crise sociale avant même de réduire les embouteillages.

Cette première journée de mise en application brutale soulève des questions sur l’équité et la viabilité de la réforme. Comment imposer une telle facture à des conducteurs aux revenus précaires, sans offrir d’alternative aux habitants ? Pour l’instant, Kinshasa respire mieux. Mais cette « respiration » se paie au prix d’une paralysie qui frappe les plus vulnérables. La colère, silencieuse aujourd’hui, pourrait bien s’exprimer si la crise des transports perdure.

Inauguration d’une nouvelle voie ferrée à Fungurume

Lualaba – Le train du développement a pris un nouveau virage, littéralement, dans la province du Lualaba. Ce mardi 20 janvier, le vice-Premier ministre en charge des Transports, Jean-Pierre Bemba, a inauguré en grande pompe la nouvelle voie ferrée reliant les gares de Fungurume à Kitwebela, au cœur de la concession de la société minière Tenke Fungurume Mining (TFM).

Ce tronçon de 3,740 kilomètres, bien que relativement court, représente un maillon stratégique et un investissement colossal. Construite par la société Gazebo pour le compte de TFM, cette infrastructure a nécessité un investissement de 37 millions de dollars américains et le déplacement de plus de 2,7 millions de mètres cubes de terre et de roche. Selon Constant Omari, président du comité de pilotage, la voie a été réalisée « selon les normes internationales », constituant un « projet à forte valeur démonstrative » pour la région.

L’inauguration, marquée par la coupe traditionnelle du ruban par Jean-Pierre Bemba, a également été l’occasion pour TFM de rappeler sa contribution économique. La compagnie a indiqué avoir versé 955 millions de dollars au premier trimestre de l’année et un total de 7 milliards de dollars depuis 2026 au Trésor public, soulignant son « engagement à contribuer à l’émergence de la RDC ».

Un partenariat public-privé sur les rails

Le modèle de propriété clarifie les rôles de chacun : l’État congolais reste le propriétaire de l’infrastructure, tandis que la Société Nationale des Chemins de fer du Congo (SNCC) en est le concessionnaire. Gazebo a officiellement remis les travaux terminés à la SNCC, qui en assurera la gestion et l’exploitation.

Cette nouvelle voie vise avant tout à accroître les capacités logistiques et opérationnelles du projet minier de TFM, en fluidifiant le transport du minerai. Elle illustre la dynamique des investissements privés dans les infrastructures critiques, dans un secteur minier où le transport ferroviaire reste un enjeu majeur de compétitivité.

Pour le gouvernement, représenté par Jean-Pierre Bemba, cette inauguration symbolise plus qu’un simple tronçon : c’est une preuve concrète de la modernisation des infrastructures de transport et du partenariat entre l’État et les investisseurs miniers pour désenclaver les régions productrices et dynamiser l’économie nationale.

La statue vivante : comment un supporter a ressuscité Lumumba

 Dans la foule vibrante d’un stade marocain, un homme est immobile. Depuis les premiers matches de la CAN 2025, il ne bouge plus. Le bras droit tendu vers le ciel, la paume ouverte, le regard perçant un horizon que lui seul voit. Michel Kuka Mboladinga, supporter congolais, n’est plus un simple fan. Il est devenu, match après match, le symbole inattendu et puissant de tout un tournoi, en incarnant la statue de Patrice Lumumba, le héros martyr de l’indépendance congolaise.

Sa performance silencieuse, inspirée du mausolée de Lumumba à Kinshasa, a d’abord hypnotisé les tribunes. Puis, elle a traversé les écrans pour conquérir le monde. Jusqu’à ce qu’un geste de dérision, après l’élimination des Léopards face à l’Algérie, ne transforme ce symbole en étendard. L’attaquant algérien Mohamed Amoura l’a imité avant de s’effondrer sur la pelouse, semblant lui dire de « se reposer ». La polémique a enflammé les réseaux sociaux, obligeant le joueur et toute sa sélection à présenter des excuses.

Mais l’histoire ne s’est pas arrêtée là. C’est là qu’elle a véritablement commencé.

De la polémique à l’hommage universel

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En guise de réponse, le football a offert une réparation plus belle que toute polémique. En quart de finale, le Nigérian Akor Adams a marqué contre… l’Algérie. Sa célébration ? Une immobilisation parfaite, le bras levé, fixant le ciel. Le message était clair : le geste n’était plus une moquerie, mais un hommage. Le lendemain, en Coupe de France, l’ailier marocain Sofiane Diop a reproduit la même pose après un but. Dans les tribunes de la CAN, des supporters marocains l’ont imité à leur tour.

La « statue vivante » avait transcendé les rivalités sportives. Elle n’appartenait plus au seul Congo, mais à tous ceux qui y voyaient une forme de résistance, de mémoire et de fierté.

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Du stade à la toile : l’icône devient manifeste

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Le phénomène a débordé des terrains pour investir le champ de l’art. Le peintre marocain Mohamed Lachhab, suivi par près de 600 000 personnes, a réalisé une toile vibrante de Patrice Lumumba. En quelques semaines, la silhouette figée de Michel Kuka a ravivé la mémoire d’un discours historique – celui du 30 juin 1960, où Lumumba tonnait contre le racisme des colons – et d’un destin tragique : renversé après 75 jours de pouvoir, assassiné en 1961, son corps dissous dans l’acide.

Une dent, conservée en Belgique comme macabre trophée, est tout ce qui reste de lui. En se faisant statue, Michel Kuka Mboladinga a rendu un corps à ce héros sans sépulture. Il a rappelé que certaines mémoires refusent de se dissoudre.

Aujourd’hui, son geste n’est plus une simple célébration sportive. C’est un manifeste silencieux. Il dit que l’histoire coloniale ne s’efface pas, que les héros panafricains vivent dans les consciences, et que, parfois, il suffit d’un homme immobile dans une foule en délire pour remuer un continent tout entier.

La CAN 2025 aura eu ses buts, ses larmes, son champion. Mais son héritage le plus durable sera peut-être cette image : un homme, le bras tendu, qui a fait de sa passion un acte de mémoire et de son corps un monument pour Patrice Lumumba.

Patrick Muyaya explique les accords de paix de Doha et Washington à la jeunesse congolaise

Dans la salle Brel du Centre Wallonie-Bruxelles, l’air était tendu. Presque électrique. Face à une jeunesse congolaise en quête de réponses, le ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya Katembwe, a choisi ses mots avec gravité. Il est venu expliquer l’inexplicable : trente ans de guerre à l’Est, et une paix qui semble toujours se dérober.

« Cette guerre d’agression ne vise pas le Président de la République. Elle vise l’ensemble du peuple congolais. »

La phrase a figé la salle. Prononcée au cœur du deuxième panel du dialogue intergénérationnel, elle a imposé le silence. Pour Muyaya, le temps de la pédagogie a sonné. En cinq minutes, il a tenté d’éclairer les processus complexes de Doha et de Washington, deux tables de négociation où se joue peut-être l’avenir du Kivu.

Diplomatie, lignes rouges et pédagogie politique

D’abord, le ministre a rappelé le choix stratégique du président Félix Tshisekedi : la diplomatie. Il a cité l’adhésion à la Communauté de l’Afrique de l’Est, les discussions sous l’égide du Qatar et les pourparlers facilités par les États-Unis.

Ensuite, il a tenu à lever toute ambiguïté. « Nous n’avons aucun problème avec le peuple rwandais. Notre différend concerne le régime rwandais, incarné par le président Kagame », a-t-il insisté. Ainsi, il a tracé une ligne nette entre les peuples et leurs dirigeants.

Puis, Muyaya est revenu sur les racines du conflit. Il a replongé l’assistance dans l’histoire tragique ouverte par le génocide rwandais de 1994. « Trente ans plus tard, nous n’en sommes pas sortis », a-t-il reconnu. Selon lui, la crise reste systémique. Elle s’alimente, dit-il, d’un voisin qui utilise la guerre comme modèle économique.

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Cependant, le ministre a voulu rassurer. Les accords en discussion respectent les lignes rouges de la RDC. « Aucun centimètre carré de notre territoire ne sera cédé. » Il a détaillé les avancées du processus de Doha : une déclaration de principes, huit problématiques identifiées, des progrès sur le cessez-le-feu et sur les échanges de prisonniers. « Ces textes sont publics. Aucun accord n’est secret », a-t-il martelé.

Un appel direct à la jeunesse congolaise

Mais au-delà de la géopolitique, le cœur du message s’adressait à la jeunesse. Patrick Muyaya a lancé un appel clair : ne pas rester spectatrice.

« On ne fait jamais carrière dans la jeunesse. Les responsabilités s’assument dans le temps, à travers des institutions organisées. »

Par cette phrase, il a plaidé pour la patience institutionnelle. Toutefois, il a aussi insisté sur l’engagement citoyen. Selon lui, les ressources englouties par la guerre manquent cruellement aux hôpitaux et aux écoles. Or, seule la paix permettra de les réorienter vers le développement. Mais cette paix exige une mobilisation collective, durable et consciente.

« Les soldats qui tombent au front sont vos frères, vos cousins », a-t-il rappelé.

Face à lui, le Vice-Premier ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, et le président du Conseil national de la jeunesse, Claude Mbuyi, écoutaient attentivement. Pendant plus de trois heures, les membres du gouvernement Suminwa II ont échangé, argumenté et répondu. Une disponibilité saluée, même si elle n’a pas dissipé toutes les inquiétudes.

Lorsque Patrick Muyaya a quitté l’estrade, une question est restée suspendue dans l’air chaud de Kinshasa : les mots suffiront-ils à transformer l’espoir en paix réelle sur les collines du Kivu ? La réponse, elle, se joue bien au-delà des murs du Centre Wallonie-Bruxelles.

Ndolo, 1996 : quand un Antonov s’écrasait sur le marché de Kinshasa

Il était à peine midi, le lundi 8 janvier 1996, quand un grondement anormal a déchiré le ciel de Kinshasa. Soudain, un Antonov An-32B de la compagnie privée Scibe-Zaïre Air Lift, lourdement chargé, a raté son décollage à l’aérodrome de Ndolo. Le nez ne s’est jamais levé. Au contraire, l’appareil a poursuivi sa course folle. Puis, il a traversé la rue séparant la piste du marché populaire de Simbazikita — aujourd’hui Tipe K Bomoko — avant de s’écraser en pleine zone commerciale.

Le chaos au cœur du marché

« Ça a vraiment fait boum ! » se souvient Didier Lumbu Sangwa, âgé de 15 ans à l’époque. Ce jour-là, toute sa famille se trouvait sur les lieux. En quelques secondes, l’avion-cargo a labouré le marché sur près de cent mètres. Ainsi, il a emporté des centaines de vies.

Le chaos était total. D’abord, des corps sans vie jonchaient le sol. Ensuite, des blessés hurlaient. Enfin, les étals se sont réduits en poussière. Ismaël, alors âgé de 12 ans et aujourd’hui chargé de la sécurité du marché, témoigne : « J’ai vu les mamans, les papas qu’on voyait tout le temps… ils étaient morts. »

Un bilan lourd et une enquête accablante

Le bilan a vite glacé le pays. Officiellement, les autorités ont recensé 237 morts. Pourtant, les témoins et les ONG évoquent au moins 250 victimes, sans compter les disparus. Très vite, l’hôpital Mama Yemo, le plus grand de la capitale, a lancé un appel urgent aux dons de sang. Cependant, faute de matériel et de médicaments, il a dû refuser des blessés.

Pendant ce temps, la foule en colère a tenté de s’en prendre à l’équipage. Quatre membres russes, légèrement blessés, ont échappé de justesse à un lynchage. À la radio, le ministre des Transports de l’époque, Bernardin Munguldeaka, a révélé un élément clé : l’Antonov transportait une surcharge de 600 kilos. Par la suite, l’enquête a mis en cause la vétusté des appareils. Elle a aussi dénoncé les pratiques opaques de certaines compagnies privées. À l’époque, dans un Zaïre enclavé, l’avion restait souvent le seul moyen de transport fiable. Trop souvent, les normes de sécurité passaient au second plan.

Trente ans après, la vie continue sans l’oubli

Trente ans plus tard, la vie a repris ses droits. Aujourd’hui, le marché Tipe K Bomoko vibre à nouveau. Les étals débordent de fruits et de légumes. La musique résonne, les clients négocient. Pourtant, la mémoire demeure intacte. « Chaque 8 janvier, les pasteurs et les prêtres venaient prier pour les victimes », rappelle Didier, devenu président du marché.

Kalala, 28 ans, vend des tomates exactement à l’endroit où sa grand-mère a perdu la vie. Il n’était pas né à l’époque. Pourtant, le récit familial a transmis le traumatisme. Comme beaucoup d’autres familles, la sienne n’a jamais reçu d’indemnisation.

Une piste toujours là, comme un rappel

Depuis, par précaution, les avions qui décollent de Ndolo évitent le marché. Désormais, ils prennent la direction du fleuve Congo. Toutefois, la piste reste là, toute proche. Elle rappelle sans cesse ce jour de janvier 1996 où, brutalement, le ciel est tombé sur Kinshasa.

Les jeunes de Goma préparent une marche contre l’occupation

Goma, RDC — La colère se structure et prend date. Des jeunes issus de mouvements citoyens et de groupes de pression ont officiellement annoncé l’organisation d’une manifestation pacifique le vendredi 2 janvier 2026 à Goma. Leur objectif est clair : exiger le retrait immédiat des troupes rwandaises et des rebelles de l’AFC-M23 des zones qu’ils occupent dans l’Est de la RDC.

Dans une lettre officielle adressée au maire de Goma, les organisateurs, regroupés sous la bannière du collectif Génération Z RDC, inscrivent leur action dans le cadre de la Constitution. Ils dénoncent avec force « la violation de l’intégrité territoriale de la RDC par l’armée rwandaise » et les « graves atteintes aux droits humains et à la dignité des populations civiles ».

Une marche pour la justice et la souveraineté

Au-delà de la dénonciation, la marche porte une exigence de justice. Les jeunes manifestants réclament que les auteurs présumés de crimes contre l’humanité soient traduits devant les juridictions internationales, notamment la Cour pénale internationale (CPI). Ils entendent ainsi rompre le cycle de l’impunité qui entoure les violences dans la région.

L’itinéraire prévu est symbolique : il partira du rond-point Kihisi pour traverser les artères de Birere et Signers, avant de rejoindre le Boulevard du 30 Juin (BDGL). Le point final sera le quartier général de la MONUSCO à Goma, un choix qui interpelle directement la mission de l’ONU sur son rôle de protection des civils.

Les organisateurs ont sollicité l’encadrement des forces de sécurité congolaises pour garantir le caractère strictement pacifique de l’événement.

Une date au fort symbolisme historique

Le choix du 2 janvier n’est pas anodin. Cette date marque l’anniversaire de l’assassinat du colonel Mamadou Ndala Moustapha, héros militaire qui avait joué un rôle décisif dans la défaite du M23 en 2013. Son meurtre, survenu alors qu’il préparait des opérations contre les ADF, reste une plaie ouverte dans la mémoire collective du Nord-Kivu. En marchant ce jour-là, la jeunesse de Goma entend honorer sa mémoire et rappeler que la lutte pour la souveraineté du territoire est un combat inachevé.

Cette mobilisation intervient dans un contexte de tension extrême, où la rébellion a récemment autorisé des rassemblements pro-M23 dans les zones qu’elle contrôle. La marche du 2 janvier se veut la réponse citoyenne et pacifique d’une population excédée par l’occupation et déterminée à faire entendre sa voix pour la paix et la justice.

Denis Mukwege : le « réparateur des femmes » entre à l’Académie

Sous la majestueuse Coupole de l’Institut de France, à Paris, une page d’histoire s’est écrite ce lundi 1er décembre. Le Dr Denis Mukwege, gynécologue congolais et prix Nobel de la paix 2018, a été officiellement installé comme membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. Une distinction intellectuelle parmi les plus prestigieuses en France, qui consacre l’œuvre mondiale du « réparateur des femmes ».

Une cérémonie sous le signe du protocole et de l’émotion

La séance d’installation a respecté le rituel séculaire des académies de l’Institut de France. Jean-Robert Pitte, président de l’Académie des sciences morales et politiques, a ouvert la cérémonie par une allocution introductive. Puis Louis Vogel, académicien et sénateur, a prononcé le discours d’accueil retraçant le parcours exceptionnel du médecin congolais.

Dans son intervention, Denis Mukwege a choisi de rendre hommage à une figure majeure de la diplomatie internationale en donnant lecture de la notice dédiée à Javier Pérez de Cuéllar, ancien secrétaire général des Nations unies. Un geste symbolique qui relie son combat pour la paix aux grandes traditions du multilatéralisme.

Une des distinctions intellectuelles les plus élevées de France

Fondée en 1795, l’Académie des sciences morales et politiques est l’une des cinq académies de l’Institut de France. Elle rassemble des penseurs, juristes, diplomates, chercheurs et dirigeants dont les travaux influencent la réflexion nationale et internationale. L’élection comme membre associé étranger est un honneur réservé à un nombre très restreint de personnalités dont l’œuvre transcende les frontières de leur pays.

En accueillant le médecin congolais, l’Académie reconnaît non seulement un spécialiste mondialement salué pour son travail auprès des femmes victimes de violences sexuelles en zones de conflit, mais également une voix morale incontournable dans les débats sur la paix, les droits humains et la justice internationale.

Le combat de Panzi honoré sous la Coupole

Sur ses canaux officiels, le fondateur de la Fondation Panzi a exprimé son émotion : « Profondément honoré par cette installation en tant que membre associé étranger de l’Académie des sciences morales et politiques. » Cette distinction vient couronner près de trois décennies d’engagement au service des victimes de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, particulièrement dans l’est de la République démocratique du Congo.

Lors de son discours, Mukwege, dont la voix porte désormais bien au-delà des murs de l’hôpital de Panzi à Bukavu, a plaidé avec une conviction intacte pour « une justice internationale plus ferme face aux crimes contre l’humanité perpétrés dans l’Indifférence et le silence ». Ses mots résonnaient avec une force particulière sous cette coupole habituée aux débats sur l’éthique et la morale publique.

Une tribune élargie pour ses combats

Cette admission consacre plus qu’une carrière médicale exceptionnelle. Elle offre au Dr Mukwege une tribune institutionnelle d’une portée unique pour porter ses combats : la lutte contre l’impunité des crimes sexuels en temps de guerre, la promotion d’une justice réparatrice, et la défense inlassable de la dignité humaine face à la barbarie.

À travers cette reconnaissance, la France salue officiellement le parcours d’un militant infatigable dont l’action a déjà été honorée par le prix Nobel, mais dont l’influence intellectuelle et morale méritait cette consécration académique. Sous la Coupole, parmi les « Immortels », la voix du chirurgien de Bukavu trouvera désormais un écho institutionnel pour continuer à dénoncer les atrocités et à plaider pour la paix dans son pays et au-delà.

Cette intronisation marque un tournant : Denis Mukwege n’est plus seulement le médecin héroïque de l’est du Congo, ni uniquement le prix Nobel de la paix. Il est désormais reconnu comme un penseur de stature internationale, dont la réflexion sur la justice, la réparation et la dignité humaine trouve sa place dans l’une des institutions intellectuelles les plus prestigieuses au monde.

Lutte contre les Mobondo : le gouvernement congolais lance l’opération de désarmement

Ce mardi 2 décembre 2025, dans le quartier Mbankana de la commune de Maluku, le gouvernement congolais a franchi une étape décisive dans la pacification de l’ouest du pays. Le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, SHABANI LUKOO BIHANGO Jacquemain, a lancé l’opération pilote de désarmement et de démobilisation des ex-combattants Mobondo.
La cérémonie s’est tenue sur les hauteurs du plateau des Batékés, en territoire Teke. Elle marque le début concret du Programme de Désarmement, Démobilisation, Relèvement communautaire et Stabilisation (P-DDRCS). Selon les autorités, cette initiative traduit la volonté du président Félix Antoine Tshisekedi de ramener une paix durable dans une région meurtrie par un long conflit intercommunautaire.

Une milice née d’un conflit entre Teke et Yaka

La milice Mobondo s’est formée à la suite d’un affrontement profond entre les communautés Teke et Yaka. Ce conflit, enraciné dans des tensions foncières, politiques et identitaires, a ensanglanté le Grand Bandundu et l’ouest de Kinshasa. Il a provoqué des centaines de morts et des déplacements massifs. Il a aussi aggravé la situation humanitaire.
Dans ces zones reculées, l’État était souvent absent. Son autorité a été contestée par la montée des groupes armés.

Les premières armes rendues, symbole d’un nouvel espoir

Lors de la cérémonie, plusieurs ex-combattants ont remis volontairement leurs armes au Vice-Premier ministre. Ce geste marque leur désengagement d’un mouvement qui a endeuillé de nombreuses familles. Ces armes, jadis sources de mort, seront transformées dans le cadre du programme pour devenir des « instruments de paix ».

Un processus structuré qui dépasse la simple collecte

Le Vice-Premier ministre SHABANI a insisté sur la portée réelle de l’initiative. Selon lui, l’opération n’est que le début d’un processus structuré. L’objectif est clair : transformer les armes en outils de paix, convertir les ex-combattants en acteurs du développement et stabiliser les zones touchées.
Le P-DDRCS ne se limite donc pas au désarmement. Il prévoit aussi la réinsertion socio-économique des anciens miliciens. De plus, il inclut un volet consacré au relèvement communautaire pour réparer le tissu social brisé et encourager une coexistence pacifique.

Un signal fort du retour de l’État

Au-delà des premières armes collectées, l’opération pilote de Maluku envoie un message politique fort. Elle montre que l’État est présent, mobilisé et déterminé à rétablir son autorité. Elle rappelle aussi sa volonté d’accompagner les populations vers un avenir plus stable.
Ce premier pas reste crucial pour le retour de la paix dans l’ouest du pays et pour la réconciliation entre Teke et Yaka. Le succès de cette phase pilote conditionnera son extension à d’autres zones. Il dépendra de la présence continue de l’État, de la sécurité des ex-combattants et du respect des engagements de réinsertion.
Pour les habitants du plateau des Batékés, le 2 décembre 2025 pourrait ainsi marquer la fin progressive d’un long cauchemar.

Kalemie : la SNEL annonce le noir total dès le 5 décembre

La ville de Kalemie, chef-lieu de la province du Tanganyika dans l’est de la République démocratique du Congo, s’apprête à affronter une période difficile. La Société nationale d’électricité (SNEL) a annoncé, ce lundi 1er décembre, une coupure totale d’électricité programmée à compter du vendredi 5 décembre 2025. Motif officiel : des travaux de maintenance indispensables sur le groupe principal n°2 de la centrale hydroélectrique de Bendera, principale source d’alimentation électrique de la région.

Une maintenance programmée mais au calendrier incertain

Dans son communiqué, la SNEL justifie cette intervention technique par la nécessité d’effectuer une maintenance périodique après environ 2 000 heures de fonctionnement continu de l’équipement. Une opération présentée comme essentielle à la pérennité des installations.

Pourtant, l’annonce suscite une vive inquiétude : aucune durée précise n’est communiquée pour ces travaux. La SNEL laisse ainsi planer un flou total sur la date du retour de l’électricité, plongeant les habitants et les entreprises dans l’incertitude.

Sagali Kaite, Chef de Division Production et Transport à Bendera, a tenté d’apaiser les craintes : « Les équipes techniques sont mobilisées afin de réaliser les opérations dans les meilleurs délais. » Il a appelé la population à la patience et à prendre « les précautions nécessaires » en prévision de cette période sans courant.

Des conséquences redoutées sur des secteurs essentiels

Cette coupure programmée, bien que techniquement justifiée, n’en reste pas moins préoccupante pour une ville déjà éprouvée par des défaillances électriques récurrentes. Kalemie, plaque tournante économique sur les rives du lac Tanganyika, risque de voir plusieurs secteurs clés gravement affectés :

  • Le secteur de la santé : hôpitaux et centres de santé, dont certains dépendent de l’électricité pour le fonctionnement des appareils médicaux et la conservation des médicaments.

  • La chaîne du froid : mise en péril, avec des risques pour la conservation des denrées alimentaires et des produits pharmaceutiques.

  • L’économie locale : entreprises, commerces et services publics pourraient subir des perturbations majeures, dans une région où l’activité est déjà fragile.

Un test de gestion de crise pour les autorités

Cette annonce place la SNEL et les autorités locales face à un défi de communication et de gestion anticipée. La société publique, régulièrement critiquée pour la vétusté de son réseau, devra faire preuve d’une transparence absolue sur l’avancement des travaux et d’une efficacité exemplaire pour minimiser la durée de la coupure.

Pour les autorités provinciales, l’enjeu sera d’organiser la résilience et de mettre en place des mesures de soutien pour les secteurs les plus critiques, notamment en fournissant des groupes électrogènes d’urgence aux structures de santé.

En attendant le vendredi 5 décembre, Kalemie se prépare. Entre la nécessité technique d’entretenir des infrastructures vieillissantes et le droit fondamental des citoyens à un service essentiel, la manière dont cette coupure sera gérée sera un indicateur crucial de la capacité des institutions à protéger la population en période de crise.

Désengorgement des prisons en RDC : 114 libérations

Un vent d’espoir a soufflé ce lundi 1er décembre sur la Prison Centrale de Makala à Kinshasa. Sous l’œil vigilant du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngéfa Atondoko Andali, 114 détenus, dont 61 du Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa (CPRK), ont retrouvé la liberté conditionnelle. Parmi eux, deux femmes et un cas emblématique : Selema Thomas, 72 ans, qui affirme avoir été incarcéré arbitrairement pour lui voler sa terre.

À 8h45 précises, le ministre est arrivé pour superviser personnellement cette opération de grande ampleur. Ce geste lance sa politique de désengorgement carcéral et envoie un message clair : la page des pratiques arbitraires est tournée.

« Ce qui s’est passé avant ne peut plus se répéter »

Face à l’administration pénitentiaire, le ton était ferme mais serein. Le ministre a exhorté le directeur de la prison à la rigueur et à la prudence, rappelant le « contexte géopolitique sensible ». Il a déclaré : « Ce qui s’est passé avant ne peut plus se répéter. » Ainsi, il a dénoncé les libérations laxistes d’antan et annoncé une nouvelle ère.

Le directeur de Makala, André Kanza, a conduit la procédure avec minutie. Après l’appel nominal, le ministre a remis lui-même à chaque détenu sa fiche de libération, véritable sésame vers la liberté.

Des critères stricts, pas de cadeaux

Ces libérations suivent des critères précis. Elles reposent sur l’analyse des cartes de peine, l’évaluation du comportement exemplaire et le respect des conditions légales d’éligibilité. Selon le directeur Kanza, elles ne sont « pas le fruit du hasard ». Cette méthode redonne de la crédibilité à l’institution et à la liberté conditionnelle, souvent décriée par le passé.

Le symbole Selema Thomas : la lutte contre la spoliation des faibles

Parmi les visages émaciés sortis de prison, celui de Selema Thomas, 72 ans, a marqué les esprits. Le septuagénaire affirme avoir été victime d’une incarcération arbitraire orchestrée par « un homme haut placé » pour le spolier de sa parcelle. Sa libération représente pour lui une première étape. Dès sa sortie, il a lancé un appel au ministre : « Que mon dossier soit réexaminé pour que je récupère mon bien. » Ce cas devient le symbole de la nouvelle bataille du ministre : lutter contre l’impunité des puissants et réparer les injustices passées.

Les bases d’une nouvelle politique carcérale

Au-delà du geste humanitaire, cette opération pose les jalons d’une nouvelle politique pénitentiaire. Le gouvernement souhaite humaniser les conditions de détention, respecter les droits humains et déjudiciariser certains dossiers. L’objectif consiste à concilier sécurité juridique et compassion.

Pour les milliers de détenus encore entassés à Makala, cette opération constitue un signal fort. La liberté conditionnelle redevient un droit encadré et non une faveur. Pour la société civile et les familles des détenus, elle représente l’espoir d’une réforme durable de la justice et des prisons. Le chemin sera long, mais la première pierre est désormais posée.

100 jeunes filles récompensées au concours « Mathématiques au féminin »

Kinshasa – L’ambiance n’était pas celle d’une simple remise de diplômes jeudi dernier. Dans la salle, l’effervescence mêlait fierté et promesse d’avenir. Cent jeunes filles, assises droites, affichaient une détermination éclatante. Leur réussite ? Avoir franchi la première étape face aux préjugés de genre dans les sciences.

La deuxième édition du concours « Mathématiques au féminin », tenue le 20 novembre, a récompensé ces 100 lauréates avec des bourses universitaires en sciences et technologies. Cette initiative illustre l’ambition d’une jeunesse féminine déterminée à conquérir les filières STEM (Sciences, Technologie, Ingénierie et Mathématiques). Elle montre aussi que l’avenir scientifique n’a pas de genre.

La cérémonie, présidée par Théodore Kazadi, vice-ministre de l’Éducation nationale et représentant la ministre Raïssa Malu, a symbolisé un feu vert officiel pour ces futures ingénieures et mathématiciennes. Organisée par la Ligue de la Zone Afrique pour la Défense des Droits des Enfants et Élèves (LIZADEEL) et soutenue par les ministères de l’Éducation et du Genre, l’UNESCO, ONU Femmes et Airtel RDC, la compétition dépasse le cadre d’un simple concours. C’est un véritable mouvement pour encourager les filles dans les sciences.

Des modèles pour toute une génération

Dans son discours, le vice-ministre Kazadi a rappelé l’engagement du gouvernement et la vision du président Félix Tshisekedi. Il a souligné que la place d’une fille doit être aussi naturelle dans un amphithéâtre de physique que dans une salle de classe. Il a aussi salué l’implication des partenaires techniques et financiers, essentiels à cette initiative.

Au-delà des discours, l’histoire de la soirée se lisait dans le regard des jeunes filles. Issues des cinq provinces éducatives de Kinshasa et de divers réseaux scolaires, elles partagent désormais un même statut : celui de modèles.

Leur réussite n’est pas une fin. Ces bourses leur permettront de poursuivre leurs études et de montrer à d’autres filles que l’intelligence n’a pas de genre.

Ce jeudi 20 novembre, à Kinshasa, on n’a pas seulement couronné des lauréates. On a planté les graines d’une révolution silencieuse, celle d’une jeunesse féminine prête à transformer le paysage scientifique de la RDC.

Butembo en deuil : une marche pour Rosette, tuée par un milicien

Ils marchaient pour une vie fauchée à 18 ans. Ce vendredi 14 novembre, Butembo a vu défiler un cortège de douleur et de colère. Étudiants et habitants se sont rassemblés pour honorer Kavira Vyaghula Rosette, tuée deux jours plus tôt par un milicien Wazalendo alors qu’elle rentrait de l’Institut supérieur des techniques médicales. Leur deuil s’est très vite transformé en un message clair : « Plus jamais ça. »

Le rassemblement a commencé au rond-point Njiapanda. Puis la foule a avancé en silence sur les boulevards Monseigneur Kataliko et Joseph Kabila. Leur destination était la mairie de Butembo. Leur objectif : obtenir justice et exiger le retrait des groupes armés qui rôdent autour des universités.

Un mémorandum pour transformer la douleur en action

En chemin, les manifestants ont scandé des chants hostiles aux miliciens. La triste réalité a rapidement laissé place à une colère maîtrisée. Devant le maire, la Représentation des Étudiants du Congo (REC) de Butembo-Lubero a remis un mémorandum, présenté comme un ultime hommage à la jeune sage-femme en devenir.

Le président de la REC, Seth Isingoma Bahemukade, a dénoncé un « acte ignoble » qui « porte un coup fatal à la communauté académique ». Il a réclamé une enquête judiciaire, l’arrestation du milicien Nzingene — identifié comme auteur du tir — et surtout le déguerpissement immédiat des Wazalendo stationnés près des sites universitaires.

L’insécurité chronique qui étouffe le Kivu

Le meurtre de Rosette ne constitue malheureusement pas un cas isolé. Il s’ajoute à une longue série d’exactions attribuées aux miliciens Wazalendo, pourtant alliés officiels de l’armée dans la lutte contre le M23. Ces combattants, souvent incontrôlés, multiplient les abus contre les populations qu’ils prétendent protéger.

La veille, la colère des étudiants avait déjà conduit à la suspension des cours dans toute la ville et dans le territoire de Lubero. Une décision symbolique, destinée à marquer le deuil et la protestation.

Rosette, originaire de Kasugho, devait être inhumée ce vendredi à Kagheri. Son corps a été ramené à plus de 100 kilomètres de la ville où elle étudiait… et où elle a perdu la vie. Son histoire incarne désormais l’insécurité qui ronge le Kivu et l’impunité qui l’accompagne trop souvent.

La marche n’était pas qu’un adieu. C’était un serment. Celui d’une jeunesse qui refuse de voir son avenir dérobé dans l’indifférence générale.

Denise Nyakeru plaide pour les femmes violées de Makala

KINSHASA. – Le cabinet du ministre de la Justice a accueilli une visite aussi rare que symbolique, ce jeudi 13 novembre. Denise Nyakeru Tshisekedi, Première Dame de la République, s’y est rendue, entourée des membres de sa fondation, pour interpeller l’État sur le sort des femmes victimes de violences sexuelles lors de la tentative d’évasion à la prison centrale de Makala, dans la nuit du 1er au 2 septembre 2024. Face à elle, le ministre d’État Guillaume Ngefa a salué une démarche « porteuse d’espoir » pour toutes les détenues congolaises.

Les deux personnalités ont d’abord rendu hommage à la justice militaire, qui a condamné à vingt ans de prison les cinquante-huit détenus reconnus coupables de viols lors de ces événements. « Un signal fort contre l’impunité des violences sexuelles », ont-elles unanimement souligné. Mais au-delà du verdict, restait la question, plus épineuse, de l’accompagnement des survivantes et de l’amélioration des conditions de détention des femmes et des enfants.

Vers un partenariat stratégique

Au cœur des discussions : la mise en place d’un partenariat entre le ministère de la Justice et la Fondation Denise Nyakeru Tshisekedi (FDNT). L’objectif est double : assurer une prise en charge holistique des victimes de violences sexuelles en milieu carcéral et apporter un soutien institutionnel aux centres de détention. La Première Dame a insisté sur la nécessité d’une « synergie » entre les ministères de la Justice, des Affaires sociales et des Droits humains, afin de garantir la libération effective et la réinsertion sociale des femmes concernées.

« L’engagement de la Première Dame est un signal fort pour l’amélioration des conditions de détention des femmes et des enfants dans nos prisons », a déclaré le ministre Ngefa, réaffirmant sa volonté de « faire respecter les droits de chaque citoyen, y compris en prison », et de poursuivre la lutte contre la corruption au sein du système pénitentiaire.

Un plaidoyer qui fait écho

La visite de Denise Nyakeru Tshisekedi s’inscrit dans la continuité de son action en faveur des plus vulnérables. En venant au Palais de la Justice, elle a offert une caisse de résonance à un drame souvent tus : celui des violences sexuelles derrière les barreaux, où les victimes, déjà privées de liberté, voient leur dignité bafouée.

Alors que les échanges se sont conclus par une photo de famille, symbole d’une collaboration désormais officialisée, une certitude s’impose : la libération des corps ne suffit plus. Il faudra aussi reconstruire des vies brisées. Le plaidoyer de la Première Dame ouvre une voie – celle d’une justice qui, sans renoncer à punir, se souvient qu’elle doit aussi protéger.

Mémoire de Cendres, Mémoire d’Avenir : Le Récit des Oubliés

PARIS. Le vent froid de novembre balaie les Champs-Élysées, courbant les flammes tremblantes du souvenir. Ce mardi 11 novembre 2025, la pierre blanche de l’Arc de Triomphe se dresse, silencieuse sentinelle d’une mémoire centenaire. Parmi les chefs d’État et les uniformes chamarrés, un homme incarne un hommage plus vaste, plus lointain. Éliezer Ntambwe, ministre congolais des Anciens combattants, représente une nation dont les soldats, un jour, sont venus mourir pour une liberté qui n’était pas encore la leur.

Sous le regard de pierre de la France éternelle, le président Emmanuel Macron prononce des mots qui réveillent une douleur ancienne. Il évoque le sort des « Malgré-Nous », ces 130 000 Alsaciens et Mosellans arrachés à leur terre, contraints de revêtir l’uniforme de l’oppresseur. Environ 40 000 d’entre eux ne sont jamais revenus. Leur histoire est une cicatrice à vif sur le corps de l’Europe, un rappel glaçant de la manière dont la guerre déchire les identités et force les frères à s’entretuer.

L’Écho Lointain d’un Sacrifice Commun

Mais dans cette cérémonie du recueillement, une autre mémoire, plus lointaine, se superpose au récit européen. Celle que porte, dans le silence de sa délégation, Éliezer Ntambwe. Elle parle de tirailleurs venus d’Afrique, engagés dans une guerre qui n’était pas la leur, et dont le sang a pourtant abreuvé les champs de bataille pour la liberté de tous. Leur sacrifice, souvent relégué aux marges des livres d’histoire, résonne étrangement avec celui des « Malgré-Nous » : deux facettes d’une même tragédie humaine, celle des hommes broyés par la grande machine de l’Histoire.

La présence du ministre à Paris n’est pas qu’un acte protocolaire. C’est un symbole fort, une main tendue entre les mémoires. Elle dit ceci : la paix mondiale n’a pas de frontières. Elle s’enracine dans la reconnaissance de toutes les souffrances, de tous les héroïsmes, qu’ils viennent des bords de la Moselle ou des forêts du Congo.

Du Devoir de Mémoire à l’Action Réformatrice

Ce pèlerinage mémoriel trouve un écho direct dans l’action que mène Éliezer Ntambwe sur son propre sol. Alors qu’il honore les morts à Paris, son ministère orchestre en République Démocratique du Congo une série de réformes ambitieuses, un vaste chantier de reconnaissance et de réparation. Au programme : l’identification nationale des anciens combattants, la réhabilitation de leur patrimoine spolié, une revalorisation salariale et sociale, et la mise en place d’une couverture médicale digne de ce nom.

Ces initiatives ne sont pas de simples mesures administratives. Elles sont les piliers d’une « diplomatie mémorielle » naissante, où honorer ses propres héros, c’est aussi prendre sa place dans le concert des nations qui assument leur histoire.

Entre mémoire et avenir, le message du ministre est un pont jeté entre les douleurs et les espoirs. « Honorer les anciens, affirme-t-il, c’est bâtir une mémoire partagée pour prévenir les conflits de demain. » Une phrase simple, qui résonne comme un credo. Dans le froid de ce 11 novembre, tandis que les hommages se figent dans le marbre et les traditions, une autre idée de la mémoire, vivante, inclusive et réparatrice, s’esquisse. Celle qui, en se souvenant de tous les oubliés, espère enfin construire un avenir où plus personne ne le sera.

Braquage RawBank : la justice ordonne une reconstitution sur les lieux du crime

Le tribunal militaire de Kinshasa/Gombe a décidé de revivre le braquage. Ce jeudi, les juges ont ordonné une descente directement dans l’agence RawBank de la place Victoire, épicentre du casse survenu le 16 octobre dernier. Une décision rare qui marque un tournant dans cette affaire aux multiples zones d’ombre.

Le major Freddy Ewume, président de la juridiction, a fixé la reconstitution au mardi 4 novembre. Objectif : dénouer le jeu des versions contradictoires en replaçant chacun dans le décor exact du braquage. « Cette descente permettra au Tribunal de mieux comprendre le déroulement des faits », a-t-il justifié, conscient que la matérialité des lieux pourrait trancher là où les témoignages divergent.

La défense joue la carte de l’irresponsabilité psychiatrique

L’audience a également vu la défense d’Honorine Porsche déployer une nouvelle stratégie. Ses avocats ont exigé la comparution des psychiatres ayant diagnostiqué chez leur cliente des « troubles mentaux notoires », dont une dépression sévère. Pour eux, ce rapport médical constitue une cause de non-imputabilité qui devrait laver l’accusée de toute responsabilité pénale.

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La juridiction militaire, prudente, a pris acte de cette requête sans s’engager immédiatement. Elle se réserve quelques jours pour statuer sur l’opportunité de faire comparaître ces experts dont le témoignage pourrait bouleverser toute la procédure.

Le témoignage poignant de la caissière

La guichetière Bénédicte Tshiyoba Kabangu a livré un témoignage glaçant. Face aux juges, elle a décrit les minutes terrifiantes du braquage. « C’est par peur que je lui ai remis l’argent, j’avais vu la mort devant moi », a-t-elle confié, la voix empreinte d’émotion. Elle se souvient parfaitement de la menace : « Tu veux mourir ? Sinon donne l’argent ».

Dans un récit précis, elle a détaillé le contenu du sac : 10 500 dollars américains et 28 millions de francs congolais en petites coupures. Un butin substantiel prélevé sous la menace d’une arme factice, selon l’accusée. « C’était la première fois que je voyais cette dame », a-t-elle insisté, précisant que l’agresseuse portait une cagoule durant l’incident.

Ce procès aux multiples rebondissements captive l’opinion publique congolaise. Entre la reconstitution in situ et la possible irresponsabilité pénale, la justice militaire explore toutes les pistes. L’affaire RawBank, déjà marquée par le profil atypique de l’accusée principale, s’annonce plus complexe que jamais. Rendez-vous est pris mardi prochain dans l’agence bancaire, où juges, accusés et témoins rejoueront le drame minute par minute.

Kibati sous le feu : nouvelle attaque et psychose au Nord‑Kivu

WALIKALE – Aux premières lueurs de l’aube, les détonations ont brisé le silence. Ce mardi 28 octobre, vers 4 heures du matin, la localité de Kibati, dans le groupement Luberike, est redevenue un enfer. Pour la cinquième fois depuis avril, les wazalendo – combattants d’autodéfense – ont lancé une offensive d’envergure pour déloger les rebelles de l’AFC/M23 de leurs positions.

Une bataille qui s’enlise

Le scénario est devenu tragiquement familier pour les habitants de cette zone du territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Le crépitement des armes légères et le tonnerre des armes lourdes ont plongé Kibati et ses environs dans la psychose. Les familles se terrent, coincées entre les lignes de front.

Les wazalendo, venus de l’axe Miba-Mungazi, ont mené des attaques simultanées pour reprendre le contrôle de cette localité stratégique, occupée par les rebelles depuis six mois. Une bataille d’usure qui semble ne jamais finir.

Récemment, les miliciens pro-gouvernementaux avaient repris brièvement une partie de Kibati avant de devoir se retirer. La localité est donc retombée aux mains des insurgés. Mais cet échec n’a pas découragé les wazalendo, déterminés à chasser l’AFC/M23 de ses bastions.

Deux récits, une guerre

Dans cette guerre où les communiqués accompagnent les combats, la version des rebelles diffère. L’AFC/M23 dénonce une « offensive généralisée » lancée dès 3 heures par « la coalition criminelle de Kinshasa », avec artillerie lourde et drones visant délibérément des zones densément peuplées.

Le mouvement affirme exercer son « droit de légitime défense » face à ce qu’il appelle une « violation terroriste du cessez-le-feu ». Ces accusations contrastent avec le récit des sources locales, qui présentent les wazalendo comme des acteurs d’une simple opération de reconquête.

Alors que la communauté internationale appelle au dialogue, Kibati continue de brûler. Chaque tentative de reprise s’accompagne de victimes civiles et de déplacés, dans un conflit où la propagande devient une arme aussi redoutable que les kalachnikovs.

Bukavu, la nuit où Funu s’est embrasé

BUKAVU, SUD-KIVU – La nuit de dimanche à lundi n’aura pas offert de répit aux habitants du quartier Funu. Elle fut un brasier. Un silence de plomb, déchiré par le crépitement des flammes, a plongé la commune de Kadutu dans l’effroi. Encore une fois, Funu s’est consumé. Un nouvel incendie à Bukavu, le troisième en quelques mois, est venu rappeler à la ville sa malédiction de feu. Treize vies, cette fois, se sont envolées dans la fumée.

Le drame a éclaté vers minuit, alors que la cité dormait. Un réveil brutal. Sous le regard impuissant des survivants, les flammes ont avalé huit maisons, réduisant des années de labeur en un amas de tôles tordues et de cendres. Les biens d’une vie entière ont disparu dans la chaleur du désastre.

« L’origine du feu demeure inconnue. De nombreux habitants étaient endormis », confie Wilfried Habamungu, porte-parole provincial de la Nouvelle Dynamique de la Société Civile.
Une phrase simple, presque froide, qui résonne comme une fatalité.

Le chef du quartier Funu, Mosala Patrick Lubala, dresse un bilan sans appel : « Treize corps ont été retirés. Huit maisons sont totalement calcinées, quatre autres endommagées. » Deux familles entières ont été décimées.

Funu, le quartier qui brûle sans fin

À Funu, la tragédie n’est plus une exception. Le quartier vit sous le joug du feu. Les murs noircis témoignent d’une douleur ancienne. Le 6 août dernier, 50 maisons partaient déjà en fumée. Le 28 août, 400 autres s’effondraient dans les flammes à Funu et Cimpunda, causant deux morts supplémentaires.

Chaque incendie efface un pan de vie, et la ville pleure sans qu’aucune leçon ne soit tirée. Les appels de la société civile se multiplient : il faut prévenir, équiper, anticiper. Mais les promesses s’éteignent comme les braises après l’orage.

Bukavu, la perle du Kivu, devient peu à peu la cité des cendres. Et tandis que la fumée de Funu s’élève encore au-dessus du lac, une question, lourde et brûlante, s’impose : quelle nuit, la prochaine, se réveillera-t-elle en enfer ?

Procès Honorine Porsche : le tribunal militaire reporte son verdict

Le verdict attendu dans l’affaire du braquage de la Rawbank à la Place Victoire devra encore patienter. Ce vendredi, le tribunal militaire de garnison de Gombe a reporté l’audience au mardi 28 octobre, répondant ainsi à une requête commune de la partie civile et des avocats de la défense. Dans l’enceinte du Camp Lufungula, le major magistrat Freddy Eume Ampia a acté ce délai supplémentaire, prolongeant le suspense judiciaire.

Autour de la prévenue principale, Honorine Porsche Massamba, six autres accusés comparaissent pour leur implication présumée dans ce coup d’éclat qui avait défrayé la chronique. Le tribunal militaire, dans sa solennité habituelle, a rappelé la gravité des charges : terrorisme, vol à main armée et association de malfaiteurs forment le triptyque d’accusations qui pèse sur les épaules de la jeune femme.

Terrorisme, vol à main armée et association de malfaiteurs

La lecture du libellé des charges par le président du tribunal a dressé un tableau sans appel. « La prévenue principale, Honorine Porsche, est jugée pour trois chefs d’infractions », a déclaré le major magistrat Freddy Eume Ampia, précisant que ses six coaccusés devront répondre, eux, des seuls chefs d’association de malfaiteurs et de vol à main armée.

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Cette distinction dans les charges témoigne de la complexité du dossier. L’accusation de terrorisme, particulièrement lourde, reflète la volonté des autorités congolaises de durcir leur réponse judiciaire face aux braquages de grande ampleur, de plus en plus fréquents à Kinshasa.

Rawbank et la défense obtiennent un délai supplémentaire

Le report du procès, sollicité conjointement par la Rawbank – partie civile dans cette affaire – et les avocats de la défense, suggère que des négociations ou des préparatifs supplémentaires sont en cours. Cette rare convergence d’intérêts entre l’accusation et la défense laisse entrevoir les subtilités procédurales qui entourent ce dossier sensible.

Dans les couloirs du tribunal militaire, l’atmosphère reste tendue. Les avocats de la défense, qui avaient vivement contesté la compétence de la justice militaire pour juger cette affaire, semblent désormais jouer la carte du temps. De son côté, la Rawbank, dont l’agence de la Place Victoire avait été le théâtre du braquage, entend visiblement peaufiner sa stratégie.

Le 28 octobre prochain, le tribunal militaire de Gombe devra donc reprendre l’examen de cette affaire qui dépasse le simple fait divers. À travers le procès d’Honorine Porsche, c’est toute la réponse judiciaire à l’insécurité grandissante à Kinshasa qui se joue.

RDC et Afrique de l’Est : le PAM réduit son aide face à une famine imminente

GENÈVE – Le silence, après le départ des humanitaires, est le plus lourd à porter. Ce mercredi 15 octobre, le Programme alimentaire mondial (PAM) a publié un communiqué qui ressemble à un constat d’échec planétaire. Face à un effondrement historique des financements, l’agence onusienne lance un avertissement glaçant : l’assistance vitale pour des millions d’êtres humains est sur le point de s’éteindre.

En République démocratique du Congo, en Somalie et au Soudan du Sud, la ligne d’urgence se dérobe. Six opérations cruciales risquent l’interruption pure et simple d’ici la fin de l’année. Une décision déchirante, un retrait forcé qui laisse des communautés entières au bord du précipice.

La RDC : L’Aide en Lambeaux

En RDC, les chiffres donnent le vertige. Le PAM doit réduire son aide de 2,3 millions à seulement 600 000 bénéficiaires. Un goulot d’étranglement humanitaire dans un pays où 28 millions de personnes luttent quotidiennement contre la faim aiguë. La région instable de l’Est, avec ses 10,3 millions d’âmes en détresse, est la première sacrifiée sur l’autel des déficits budgétaires. Le constat de l’agence est d’une simplicité cruelle : « Chaque réduction de ration signifie un enfant qui se couche le ventre vide, une mère qui saute un repas. » Une litanie de privations qui se compte en vies suspendues.

Somalie et Soudan du Sud : L’Hémorragie Silencieuse

Le scénario se répète, implacable, ailleurs sur le continent. En Somalie, l’effondrement est spectaculaire : de 2,2 millions de personnes secourues, le nombre de bénéficiaires est tombé à 350 000 en l’espace d’une seule année. Une hémorragie silencieuse.

Au Soudan du Sud, les rations, déjà squelettiques, ne couvrent plus que 50% à 70% des besoins essentiels. Dans les entrepôts, les réserves de céréales, de légumineuses et d’huile – ces denrées de base qui tiennent la mort à distance – sont au plus bas.

« Plus de Filet de Sécurité »

Ross Smith, directeur de la réponse d’urgence du PAM, pose des mots sur le drame. Sa voix porte l’écho d’une amertume professionnelle. Il déplore « la suppression totale de l’aide, la réduction des rations et la durée d’assistance ». Puis, il lâche une phrase qui résonne comme un glas : « Nombre de personnes se retrouvent sans filet de sécurité ni aire d’atterrissage. » Abandonnées en plein vol.

L’alerte est maximale. L’agence onusienne alerte sur une « marée montante de faim aiguë » et presse donateurs et gouvernements d’agir. La directrice exécutive Cindy McCain lance un ultimatum chiffré : sans nouveaux fonds, « 13,7 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la faim urgente sous peu. »

Dans les couloirs de la Genève humanitaire, le compte à rebours a commencé. La question n’est plus de savoir qui aura faim, mais combien seront laissés-pour-compte.

Nord-Kivu : la révolte des oubliés

BENI/LUBERO – La colère a pris les couleurs de la fumée noire et des flammes. Ce lundi, les jeunes de Beni ont transformé les artères de leur ville en champ de protestation. Pneus brûlants, barricades dressées comme autant de symboles du désespoir : le Nord-Kivu entier semble avoir atteint son point de rupture. La recrudescence des massacres dans la région a poussé la population dans ses derniers retranchements.

Tandis que Beni brûlait de rage, le territoire voisin de Lubero, lui, saignait dans le silence. Dans la nuit de dimanche à lundi, les rebelles ADF ont frappé le village de Mukondo. Le bilan est lourd : dix-sept civils tués, huit blessés, un hameau réduit en cendres. La société civile locale égrène les chiffres avec une lassitude macabre, comme on lit un bulletin de décès devenu trop familier.

La rue comme ultime recours

À Beni, ce n’est plus une manifestation, c’est un cri. Un cri qui dit l’échec de toutes les promesses, l’impuissance de toutes les forces déployées. « On ne peut plus continuer à enterrer nos parents chaque semaine », lance un jeune manifestant, le visage masqué par la fumée. Les barricades ne visent plus seulement à bloquer la ville, mais à rendre visible une souffrance que Kinshasa semble ignorer.

La région vit un paradoxe tragique : plus les forces se déploient – armée congolaise, contingents régionaux –, plus l’insécurité s’enracine. Les ADF, ces fantômes qui hantent la forêt équatoriale, frappent avec une régularité de métronome, comme s’ils narguaient l’État censé les combattre.

Mukondo, dernier chapitre d’une longue tragédie

À Mukondo, les cendres sont encore chaudes. Quatre motos calcinées, une dizaine de maisons réduites en miettes. Les survivants racontent une attaque d’une violence inouïe, menée par des hommes déterminés. « Ils sont venus vers 22 heures, armés de machettes et de fusils. Ils frappaient partout, sans distinction », témoigne un rescapé, encore sous le choc.

Le territoire de Lubero, pourtant voisin de Beni où sont basées les forces de l’ordre, semble livré à lui-même. Les attaques se succèdent, les bilans s’alourdissent, et la colère gronde. « Nous sommes fatigués d’entendre les mêmes condoléances après chaque massacre », déplore un leader communautaire.

L’heure des comptes

Sur les barricades de Beni, un mot d’ordre circule : assez de discours, des actes. La population n’attend plus les traditionnelles promesses gouvernementales, mais des résultats concrets. Près de dix ans après le début de la campagne militaire contre les ADF, le calvaire des civils continue, s’amplifie même.

Le Nord-Kivu, riche de ses terres et de ses minerais, est devenu le théâtre d’une guerre sans fin. Aujourd’hui, ses habitants rappellent au pouvoir central qu’on ne gouverne pas un peuple qui n’a plus peur. Que la colère, parfois, est le dernier rempart contre l’oubli. La question qui brûle toutes les lèvres désormais : jusqu’où faudra-t-il descendre dans l’horreur pour que cesse l’indifférence ?

Lubumbashi se pare pour Tshisekedi

LUBUMBASHI – La capitale du cuivre se prépare à vivre une semaine historique. Le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo sera à Lubumbashi la semaine prochaine pour un double événement d’envergure : le lancement de la Semaine Congolaise du Tourisme et une cérémonie officielle à l’Université de Lubumbashi où il recevra les insignes de grand chancelier des universités congolaises.

L’annonce a été faite par le gouverneur intérimaire Martin Kazembe Shula, lors d’une réunion élargie du Conseil provincial de sécurité. Les autorités provinciales sont passées en mode opérationnel pour garantir le succès de ces deux rendez-vous majeurs.

Visite d’inspection sur le site universitaire

Immédiatement après la réunion, le gouverneur et sa délégation – comprenant les généraux de la Police, des FARDC, et le maire de la ville – se sont rendus sur le site du building administratif de l’Université de Lubumbashi, épicentre de la cérémonie présidentielle. Sur place, ils ont inspecté les installations et échangé avec les équipes techniques chargées des derniers préparatifs.

Sous la conduite du recteur Gilbert Kishiba Fitula, la délégation a parcouru les lieux stratégiques : le parking, l’amphithéâtre Kalaba Mutabusha, la salle Tharcisse Tshibangu et la salle Royale Belge. Le gouverneur a donné des orientations précises pour assurer la qualité et la rapidité des travaux d’aménagement et d’assainissement.

Un double enjeu pour le Haut-Katanga

Ces préparatifs intensifs témoignent de l’importance que les autorités accordent à ces événements. Du 13 au 17 octobre, Lubumbashi vivra au rythme de la Semaine Congolaise du Tourisme, vitrine du potentiel touristique national. En parallèle, l’UNILU s’apprête à accueillir le chef de l’État pour une cérémonie solennelle qui marquera l’histoire universitaire du pays.

La ville semble déjà en ordre de bataille. Entre promotion touristique et reconnaissance académique, Lubumbashi se positionne plus que jamais comme un pôle incontournable de la République Démocratique du Congo.

Le gouvernement intensifie la lutte contre la fraude minière et la contrebande

Kinshasa – La République démocratique du Congo passe à l’action pour mettre fin à la fraude minière et à la contrebande, des fléaux qui continuent de miner les ressources stratégiques du pays. Ce jeudi 9 octobre 2025, le Vice-Premier Ministre, Ministre de l’Intérieur et Sécurité, Shabani Lukoo, a présidé une réunion décisive dans son cabinet, rassemblant les principaux acteurs concernés par la régulation du secteur minier.

La séance, qui a réuni les ministères et services clés — dont le Ministère des Mines (en visioconférence), le Conseiller du Président, l’Inspecteur général des Mines, le CEEC, la Commission nationale de lutte contre la fraude minière et la Police nationale congolaise — a mis en lumière plusieurs problématiques urgentes. Parmi elles : la présence d’hommes armés sur certains sites, l’intrusion d’exploitants illégaux et la nécessité de sécuriser les zones minières stratégiques.

Les discussions ont porté sur la mise en œuvre des recommandations du Président de la République, notamment l’évaluation de la levée des mesures de suspension de l’exploitation du cobalt, tout en renforçant l’accompagnement sécuritaire de l’ARECOMS, l’Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques.

À l’issue de la rencontre, plusieurs décisions immédiates ont été adoptées :

  • La démilitarisation et la sécurisation des sites miniers vulnérables ;

  • La mise en place d’un plan d’accompagnement pour l’ARECOMS afin de gérer la levée des suspensions d’exploitation du cobalt ;

  • L’élaboration d’une feuille de route stratégique pour mieux contrôler les ressources naturelles et optimiser les recettes de l’État.

Ces mesures s’inscrivent dans la volonté du gouvernement de renforcer la transparence et la gouvernance du secteur minier, pivot de l’économie congolaise, et d’assurer une exploitation responsable et sécurisée des richesses nationales.