La RDC domine les Bermudes et monte en puissance avant le barrage décisif

Le compte à rebours est lancé. À une semaine du match le plus important de leur histoire récente, les Léopards de la République démocratique du Congo ont livré une copie convaincante. Ce mercredi 25 mars au stade Jalisco de Guadalajara, face aux Bermudes, la sélection de Sébastien Desabre s’est imposée 2-0. Un succès maîtrisé qui permet de peaufiner les réglages avant l’échéance du 31 mars, où un seul match sépare la RDC d’un retour en Coupe du monde, 52 ans après sa dernière participation.

Le score est net. Les Léopards ont fait respecter la logique face à une équipe des Bermudes courageuse mais limitée. Fiston Mayele a ouvert le score juste avant la pause (45e), d’une frappe qui a libéré le banc congolais. Puis Yoane Wissa, l’homme fort de cette sélection, a transformé un penalty en début de seconde période (51e) pour sceller le sort de la rencontre.

Les 90 minutes ont offert aux observateurs une image plutôt rassurante. La RDC a contrôlé le jeu, géré son avance sans trembler, et testé plusieurs combinaisons. L’essentiel était ailleurs : sortir de ce match sans blessure, en confiance, avec des automatismes huilés.

Un test utile avant le grand soir

Cette rencontre amicale n’avait rien d’anodin. Placée dans la fenêtre FIFA, elle était pensée comme une mise en jambes avant le barrage intercontinental. Les Léopards, exemptés du premier tour de cette compétition, attendent désormais de connaître leur adversaire.

Le verdict tombera vendredi 27 mars, lorsque la Jamaïque affrontera la Nouvelle-Calédonie. Le vainqueur de ce duel sera l’obstacle à franchir pour la RDC, le 31 mars, toujours à Guadalajara. Un match sec, sans retour. Une seule victoire pour décrocher le précieux sésame.

Sébastien Desabre, fidèle à sa méthode, a utilisé ce match pour affiner ses choix. Certains cadres ont été préservés, d’autres ont eu du temps de jeu. L’objectif était double : monter en régime physiquement et corriger les quelques failles aperçues lors des derniers rassemblements.

Une confiance qui monte

Ce succès face aux Bermudes vient conforter un parcours déjà exceptionnel. Pour arriver jusqu’à ce barrage intercontinental, les Léopards ont d’abord dompté des adversaires redoutables. Le Cameroun, éliminé en demi-finale des barrages africains. Puis le Nigeria, battu aux tirs au but après un match héroïque où le mental a fait la différence.

Cette génération a prouvé qu’elle savait répondre présent dans les moments décisifs. À Guadalajara, elle sait ce qui l’attend. Le poids de l’histoire, d’abord : la RDC n’a participé qu’à une seule Coupe du monde, en 1974, sous l’appellation Zaïre. C’était il y a 52 ans. Aucun joueur de l’effectif actuel n’était né.

L’attente des Congolais est immense. Des milliers de kilomètres séparent Guadalajara de Kinshasa, mais les cœurs battent à l’unisson. Chaque mouvement des Léopards est scruté, chaque déclaration analysée.

Desabre : « Il reste du travail »

Le sélectionneur français, qui a pris les rênes de la sélection en 2022, ne se laisse pourtant pas gagner par l’euphorie. Il le répète depuis son arrivée au Mexique : le travail n’est pas fini. La victoire face aux Bermudes est une étape, pas une fin en soi.

« Nous avons fait ce qu’il fallait ce soir, a-t-il déclaré après le match. Mais le vrai rendez-vous, c’est le 31 mars. Nous devons rester concentrés, gérer la pression et être prêts physiquement et mentalement. »

Les joueurs, eux, affichent un mélange de sérénité et de détermination. Mayele, auteur du premier but, a souligné « l’importance de ce match pour trouver du rythme ». Wissa, le capitaine, a rappelé l’objectif collectif : « Nous sommes ici pour nous qualifier. Rien d’autre ne compte. »

L’attente avant le dernier combat

D’ici au 31 mars, les Léopards auront quelques jours pour récupérer, analyser le jeu de leur futur adversaire et préparer la dernière bataille. L’adversaire sera connu vendredi. Qu’il s’agisse de la Jamaïque ou de la Nouvelle-Calédonie, la RDC partira favorite. Mais dans un match à élimination directe, les favoris tombent parfois.

Les Bermudes étaient un adversaire à leur mesure pour cette répétition générale. Le vrai test, celui qui fera entrer la RDC dans l’histoire ou la renverra à ses regrets, est programmé pour mardi prochain. D’ici là, Guadalajara attend. Les Léopards aussi. Et avec eux, tout un peuple qui n’a jamais cessé d’y croire.

Tanganyika : 62 000 âmes retrouvent l’eau potable grâce à un projet Rawbank-UNICEF

Dans le territoire de Kalemie, au Tanganyika, un long calvaire touche à sa fin. Depuis une semaine, environ 62 000 habitants des villages de Kasambondo, Kateba, Taba Congo et des localités environnantes ont retrouvé l’accès à l’eau potable. Grâce à un projet d’adduction d’eau financé par Rawbank à hauteur de 108 000 dollars et mis en œuvre par l’UNICEF avec l’appui de l’Office national d’hydraulique rurale (ONHR), 11 forages viennent de sortir de terre. Une infrastructure qui met fin à des années de souffrance et de risques sanitaires.

Le projet, sobre dans son financement mais immense dans son impact, a été conçu avec un objectif précis : la prévention des épidémies, et en particulier du choléra. Dans cette région où les maladies hydriques font des ravages, l’accès à une eau salubre est une question de survie.

L’infrastructure déployée est impressionnante pour un projet de cette envergure locale. Un réseau de 7 kilomètres de canalisations alimente un réservoir de stockage de 40 mètres cubes, construit en béton armé. L’eau, pompée à partir d’un centre de captage, est ensuite distribuée à travers une dizaine de bornes-fontaines implantées stratégiquement dans les villages desservis.

Un hôpital et un couvent aussi desservis

L’initiative ne bénéficie pas seulement aux communautés locales. L’hôpital public de la zone et un couvent de sœurs catholiques situé à proximité sont également raccordés au réseau. Une attention particulière qui montre la volonté de couvrir les infrastructures essentielles à la santé et à la vie sociale.

Pour les habitants de Kasambondo, ce retour de l’eau potable est une libération. Ruth Bahati, ménagère dans le village, résume le soulagement général : « Nous remercions l’UNICEF et Rawbank de nous avoir facilité l’accès à l’eau potable. L’eau qu’on buvait et qu’on se lavait nous faisait des démangeaisons sur le corps. Avec cette eau, nous étions exposés à diverses maladies hydriques voire la typhoïde. »

Son témoignage dit l’essentiel : avant ce projet, l’eau consommée n’était pas seulement de mauvaise qualité, elle était dangereuse. Démangeaisons, typhoïde, choléra : tout un cortège de souffrances évitables que cette infrastructure vient chasser.

La leçon d’un échec précédent

Ce projet n’est pas le premier du genre dans la région. Un réseau d’adduction d’eau avait déjà été construit en 2020 par l’USAID. Mais il était tombé en panne seulement deux ans après son lancement. Les populations, privées à nouveau d’eau potable, avaient replongé dans les maladies hydriques.

L’ONHR, qui appuie le projet, a bien conscience de cet enjeu de durabilité. Freddy Kenge, responsable provincial de l’Office, a lancé un appel aux bénéficiaires : « Nous demandons aux bénéficiaires de gérer ce réseau d’eau potable comme leur propre bien. »

Un message qui résume le défi à venir. Construire des forages est une chose. Former les communautés à les entretenir, organiser une gestion locale responsable, prévoir les pièces de rechange : c’est à ce prix que l’infrastructure durera au-delà des quelques années de garantie.

Un modèle de partenariat

Ce projet illustre ce que peut produire une synergie entre financement privé, expertise technique internationale et ancrage local. Rawbank, banque congolaise engagée dans le développement, a apporté les fonds. L’UNICEF, avec sa maîtrise des programmes d’eau et d’assainissement, a assuré la mise en œuvre. L’ONHR, en tant qu’acteur public, garantit l’ancrage institutionnel et le suivi.

Pour les 62 000 bénéficiaires, les considérations institutionnelles importent peu. Ce qui compte, c’est que désormais, à quelques pas de chez eux, une borne-fontaine délivre une eau claire, saine, qui ne fait plus peur. C’est que les enfants peuvent boire sans risque. C’est que l’hôpital peut fonctionner sans craindre la contamination.

Ruth Bahati a dit merci. Les communautés de Kasambondo, Kateba et Taba Congo aussi. Reste à faire en sorte que ce « merci » ne soit pas oublié dans quelques années, quand viendra le temps de l’entretien. Car après des années de pénurie, ces 62 000 âmes savent mieux que personne la valeur de l’eau qui coule au robinet. Et le prix de sa disparition.

les FARDC reprennent Muchacha, un site minier stratégique, aux rebelles ADF

Un coup de tonnerre dans la forêt de l’Ituri. Ce mardi 24 mars 2026, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé la reprise de Muchacha, une localité stratégique du territoire de Mambasa. Ce site minier, longtemps aux mains des rebelles ADF, était devenu un foyer majeur d’atrocités, notamment le massacre d’une trentaine de civils. La reconquête a été menée conjointement avec l’armée ougandaise (UPDF) dans le cadre d’une offensive plus large contre le groupe armé.

Muchacha n’est pas une localité comme les autres. Située dans une zone riche en minerais, elle représentait pour les ADF une source de financement essentielle. Le groupe rebelle d’origine ougandaise y avait imposé sa loi, exploitant illégalement le site minier et multipliant les violences contre les populations locales.

La reprise de ce bastion est un coup dur pour le mouvement rebelle. Il perd l’un de ses points d’appui les plus importants dans le territoire de Mambasa, un sanctuaire où il avait su se rendre quasiment inexpugnable ces dernières années.

Une coalition FARDC-UPDF en action

Cette opération ne s’est pas déroulée isolément. La reconquête de Muchacha s’inscrit dans une série d’offensives menées vendredi et samedi derniers par la coalition FARDC-UPDF sur plusieurs fronts.

Dans le secteur des Bapere, au Nord-Kivu (territoire de Lubero), les forces régulières ont également frappé fort. Cinq combattants ADF ont été tués, dont un de leurs leaders, de nationalité ougandaise. Un symbole fort pour un groupe qui recrute et structure ses cadres au-delà des frontières.

Le lieutenant Marc Elongo, porte-parole du secteur opérationnel Sokola 1 Grand Nord, a détaillé les résultats de ces opérations : quatre armes AK-47 récupérées, et surtout, trois otages libérés des mains des ADF.

Un sanctuaire qui s’effrite

L’enchaînement de ces succès militaires sur deux fronts distincts – Ituri et Nord-Kivu – est significatif. Il montre une coordination accrue entre les armées congolaise et ougandaise, et une capacité à frapper simultanément sur plusieurs axes.

Pour les ADF, qui avaient fait de la forêt de l’Ituri et des collines du Nord-Kivu leurs sanctuaires, la donne est en train de changer. La perte de Muchacha, avec ses retombées financières, prive le groupe d’une ressource vitale. La mort de l’un de leurs cadres ougandais au Nord-Kivu désorganise en outre leur chaîne de commandement.

Le coût humain de l’occupation

Si les opérations militaires se multiplient et semblent porter leurs fruits, elles rappellent aussi le lourd tribut payé par les civils. À Muchacha, les ADF avaient laissé un sillage de terreur. Le massacre d’une trentaine de civils, évoqué par les FARDC, n’est que le dernier épisode en date d’une violence systématique contre les populations locales.

Les otages libérés dans le secteur des Bapere témoignent, eux aussi, de la stratégie d’ensauvagement du groupe, qui n’hésite pas à enlever des civils pour des rançons ou pour renforcer ses rangs.

Une dynamique régionale à conforter

La reprise de Muchacha et les succès enregistrés au Nord-Kivu sont des avancées notables dans la lutte contre les ADF. Mais la bataille est loin d’être terminée. Le groupe, qui a montré par le passé sa capacité à se recomposer après les revers, reste présent dans d’autres zones.

Pour les armées congolaise et ougandaise, l’enjeu est désormais de consolider les acquis. Cela passe par une présence militaire durable sur les zones reprises, pour empêcher tout retour des rebelles. Cela passe aussi par la restauration de l’autorité de l’État, notamment dans les sites miniers, pour éviter que d’autres groupes armés ne viennent remplacer les ADF dans l’exploitation illégale des ressources.

Pour les populations de Mambasa et des Bapere, l’heure est à un soulagement prudent. Après des années de terreur, la perspective d’un retour à la paix se dessine. Mais la route est encore longue, et les défis nombreux, avant que la vie normale ne puisse reprendre ses droits dans ces territoires martyrs.

Une tentative d’intrusion déjouée à l’hôtel de Denise Nyakeru Tshisekedi

Un incident sécuritaire a marqué le séjour de la Première Dame de la République démocratique du Congo aux États-Unis. En effet, ce mardi 24 mars 2026, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a révélé une tentative d’intrusion à l’hôtel où réside Denise Nyakeru Tshisekedi à Washington. L’alerte est partie du Kwilu, où se tient la Conférence des gouverneurs. Depuis, les autorités congolaises collaborent étroitement avec leurs homologues américaines pour éclaircir les faits.

Par ailleurs, Patrick Muyaya a rendu l’information publique en marge de la 13e session de la Conférence des gouverneurs à Bandundu. Face aux journalistes, il a confirmé l’incident survenu dans l’établissement où séjourne la Première Dame, présente à Washington depuis plusieurs jours.

Selon les premiers éléments, des individus non identifiés ont tenté de pénétrer dans l’hôtel. Toutefois, les services de sécurité ont rapidement déjoué cette tentative. Aucun dommage n’a été enregistré. De plus, Denise Nyakeru Tshisekedi n’a pas été menacée et poursuit normalement son programme diplomatique.

Des investigations en cours

Pour l’instant, le gouvernement congolais ne dispose pas de toutes les informations. Ainsi, Patrick Muyaya appelle à la prudence en attendant les conclusions de l’enquête.

« Nous avons appris un incident dans l’hôtel où séjourne la Première Dame (…) des individus en cours d’identification ont essayé de pénétrer dans l’établissement. Le gouvernement congolais reste en contact étroit avec les autorités américaines afin d’obtenir davantage d’éléments. Nous reviendrons sur ce dossier lorsque la situation évoluera », a-t-il déclaré.

Dans ce contexte, les services de sécurité congolais et américains ont lancé une enquête conjointe. Celle-ci vise à identifier les auteurs et à comprendre leurs motivations.

Une possible « corrélation » avec le Rwanda

Cependant, une déclaration a retenu l’attention. Lors de son intervention, le porte-parole a évoqué une possible « corrélation » avec le Rwanda, sans donner plus de détails.

Cette hypothèse intervient dans un climat déjà tendu entre Kinshasa et Kigali. En effet, les relations restent dégradées depuis plusieurs mois. Le conflit dans l’est de la RDC et les accusations mutuelles de déstabilisation alimentent ces tensions.

Si cette piste se confirme, l’incident pourrait prendre une dimension diplomatique majeure. D’autant plus que la RDC et le Rwanda participent actuellement à des pourparlers de paix sous l’égide des États-Unis.

Un sommet des premières dames à Washington

Actuellement, Denise Nyakeru Tshisekedi séjourne dans la capitale américaine pour participer à un sommet d’épouses de chefs d’État. Melania Trump, Première Dame des États-Unis, est à l’origine de cette initiative.

L’événement réunit plusieurs premières dames autour de questions sociales et diplomatiques. D’ailleurs, les deux personnalités se sont déjà rencontrées en septembre 2019, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Par ailleurs, la Première Dame congolaise se rend régulièrement aux États-Unis dans le cadre des activités de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique pour le Développement (OPDAD). Ces rencontres se tiennent souvent en marge des sessions de l’ONU.

Une affaire aux implications diplomatiques

Cet incident survient à un moment particulièrement sensible. En effet, Washington joue actuellement un rôle central dans la médiation entre la RDC et le Rwanda. Cette dynamique s’est renforcée après la signature récente d’accords de paix.

Dans ce contexte, la présence de Denise Nyakeru Tshisekedi à Washington illustre la volonté de Kinshasa de consolider ses relations avec les États-Unis.

Une telle tentative d’intrusion ne peut donc pas être prise à la légère. Désormais, les autorités congolaises attendent des réponses claires. L’enquête devra déterminer s’il s’agit d’un acte isolé, d’une opération organisée ou d’un incident sans lien avec les tensions régionales.

En attendant, Denise Nyakeru Tshisekedi poursuit ses activités diplomatiques. L’incident n’a pas entamé sa détermination. Toutefois, il rappelle la fragilité du contexte sécuritaire actuel. Plus largement, il souligne que la paix dans la région des Grands Lacs reste un équilibre précaire.

Angola – Russie : un procès pour ingérence politique à la veille de la présidentielle

Luanda s’apprête à ouvrir un procès qui pourrait révéler les rouages d’une opération d’influence étrangère inédite. Deux ressortissants russes, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov, sont accusés d’avoir mené une campagne clandestine visant à déstabiliser l’Angola avant l’élection présidentielle de 2027. Propagande, financements occultes et liens présumés avec l’héritage du groupe Wagner : le dossier, qui comporte onze chefs d’accusation, promet de faire grand bruit.

Les autorités angolaises ont arrêté les deux hommes en août 2025. L’un travaillait comme consultant politique, l’autre comme traducteur. Aujourd’hui, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov font face à la justice angolaise pour avoir tenté d’infléchir le cours politique du pays avant le scrutin présidentiel prévu l’année prochaine.

L’accusation est lourde. Les Russes doivent répondre de terrorisme, d’espionnage et de trafic d’influence. Leurs avocats contestent ces chefs, dénonçant un dossier « dépourvu de faits concrets et objectifs ».

Les ombres de Wagner et d’Africa Politology

Cette affaire devient particulièrement sensible à cause de l’organisation à laquelle les accusés seraient liés. Selon l’accusation, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov auraient agi pour le compte d’Africa Politology, un réseau né des cendres du groupe Wagner après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023.

L’empire de Prigojine s’était étendu sur plusieurs pays africains à travers des opérations militaires privées et des entreprises d’influence. Jusqu’ici, l’Angola n’avait pas été une cible prioritaire. Le pays, riche en pétrole, entretient des relations historiques avec Moscou. Cependant, Luanda s’est récemment rapprochée des partenaires occidentaux.

Ce changement d’alliance expliquerait, selon les analystes, les inquiétudes russes. Le départ d’entreprises comme Alrosa (diamantaire) et VTB (banque), suite aux sanctions liées à la guerre en Ukraine, a fragilisé la présence économique russe en Angola. Le rapprochement du président João Lourenço avec Washington a, lui, achevé de convaincre Moscou de la nécessité d’agir.

Un réseau de désinformation à 24 000 dollars

L’acte d’accusation détaille le mode opératoire présumé. Tout aurait commencé en 2024, quand un premier groupe d’agents russes est arrivé à Luanda sous une couverture anodine : l’ouverture d’un centre culturel.

Entre 2024 et 2025, les prévenus auraient versé plus de 24 000 dollars à des journalistes et commentateurs angolais pour diffuser de la propagande. Leur objectif : provoquer un changement politique, selon l’accusation.

Deux Angolais sont également poursuivis : Amor Carlos Tomé, journaliste sportif, et Francisco Oliveira, militant politique. Ils auraient servi d’intermédiaires et relayé la propagande, tout en collectant des renseignements politiques.

Fausses pages Facebook et désinformation

Le parquet a identifié plusieurs opérations d’influence. Parmi elles, une page Facebook imitait le site d’information Angola 24 Horas. Sur cette fausse plateforme, des publications alarmistes avertissaient que l’Angola risquait d’être entraîné dans la guerre en Ukraine.

Autre cible : le corridor de Lobito, projet ferroviaire stratégique soutenu par les États-Unis pour acheminer les minerais congolais et zambiens vers l’océan Atlantique. Des articles diffusaient des critiques virulentes. L’un d’eux allait jusqu’à demander si l’Angola n’avait pas « signé un pacte avec le diable » en rejoignant ce projet.

Un procès sous haute tension

L’ouverture du procès, prévue dans les prochains jours, survient dans un contexte politique tendu. À un an de l’élection présidentielle, le gouvernement angolais veut montrer sa fermeté face à toute ingérence étrangère.

Les avocats des Russes plaideront l’absence de preuves. Selon eux, leurs clients n’ont fait que de la simple consultation politique, sans franchir la ligne rouge de l’illégalité.

Pour le gouvernement de Luanda, cette affaire rappelle qu’il ne tolérera aucune ingérence. La présence de deux accusés angolais montre que la justice cible à la fois les agents étrangers et leurs relais locaux.

Une nouvelle forme de guerre d’influence

Au-delà du procès, cette affaire illustre une nouvelle réalité des relations internationales en Afrique. L’influence russe, jusqu’ici exercée par des mercenaires et des contrats militaires, se manifeste désormais par des opérations discrètes. Désinformation, financements clandestins et manipulation des médias deviennent des armes stratégiques.

Le procès de Luanda sera suivi par les capitales africaines, Moscou et Washington. Pour l’Angola, l’enjeu est double : protéger sa souveraineté politique et confirmer son ancrage occidental, sans rompre définitivement avec son partenaire historique russe.

Une chose est sûre : dans les prétoires de Luanda, les prochaines semaines pourraient révéler des pans entiers de cette guerre d’influence jusque-là restés dans l’ombre. Elles pourraient aussi éclairer d’un jour nouveau les relations entre la Russie et ses partenaires africains.

Félix Tshisekedi préside la Conférence des gouverneurs sur l’agriculture

La ville de Bandundu vibre au rythme des tambours et des fanfares. Ce mardi 24 mars 2026, le président Félix Tshisekedi est arrivé dans le chef-lieu de la province du Kwilu pour présider la 13e session de la Conférence des gouverneurs. Sous un soleil de plomb, une foule enthousiaste a accueilli le chef de l’État, venu débattre d’un sujet stratégique : la transformation des secteurs agricole, pastoral et halieutique pour relier les campagnes aux marchés urbains.

L’avion présidentiel s’est posé en début d’après-midi sur le tarmac de l’aéroport de Bandundu. À la descente de la passerelle, Félix Tshisekedi a été accueilli par une impressionnante délégation : la Première ministre, plusieurs membres du gouvernement, le président du Sénat, le premier vice-président de l’Assemblée nationale, ainsi que des autorités militaires, policières, et une myriade d’élus nationaux et provinciaux.

Mais c’est sur l’avenue de l’Aviation que l’émotion était à son comble. Dès les premières heures de la matinée, les habitants de Bandundu s’étaient massés sur les trottoirs. Enfants, jeunes et adultes, venus parfois de quartiers éloignés, attendaient patiemment le passage du cortège présidentiel.

Une ambiance de fête populaire

Dès que le convoi s’est engagé sur l’avenue, l’ambiance est montée d’un cran. Fanfares municipales, tambourinaires traditionnels et sifflets ont accompagné chaque mètre parcouru par le chef de l’État. Les visages souriaient, les mains saluaient, les voix s’enrouaient à force de scander des chants de bienvenue.

L’espace public s’est paré de couleurs vives. Drapeaux de partis politiques, affiches à l’effigie du président, calicots aux messages d’encouragement : tout a été déployé pour marquer l’importance de cette visite. La foule, dense et compacte, a pris d’assaut les deux côtés de la route, laissant juste le passage au convoi officiel.

Un dispositif sécuritaire renforcé

Cet engouement populaire s’accompagne d’une vigilance accrue des forces de l’ordre. Depuis plusieurs jours, la ville de Bandundu a vu ses effectifs sécuritaires renforcés. Des patrouilles régulières sillonnent les artères principales, et des hélicoptères effectuent des rondes aériennes pour surveiller les abords des lieux stratégiques.

Un dispositif à la mesure de l’événement. La Conférence des gouverneurs est l’un des rendez-vous institutionnels majeurs de l’année, réunissant l’ensemble des autorités provinciales autour du chef de l’État.

L’agriculture au cœur des débats

Le choix de Bandundu pour cette 13e session n’est pas un hasard. Le Kwilu, province agricole par excellence, incarne les enjeux de développement rural que le gouvernement entend promouvoir.

Le thème retenu cette année est ambitieux : « Transformation des secteurs agricole, pastoral et halieutique : développement rural et connexion aux marchés urbains ». Une problématique cruciale pour un pays qui dispose d’un potentiel agricole immense, mais qui importe encore une grande partie de ses denrées alimentaires.

Pendant deux jours, les gouverneurs des 26 provinces échangeront sur les moyens de moderniser l’agriculture, de soutenir les éleveurs et les pêcheurs, et de créer des corridors économiques entre les zones de production et les centres urbains.

L’ouverture officielle des assises était prévue dans l’après-midi, au siège du gouvernement provincial. Félix Tshisekedi doit y prononcer un discours d’orientation, avant de laisser place aux travaux des commissions.

Une visite symbolique pour le Kwilu

Pour les habitants de Bandundu, cette visite présidentielle est bien plus qu’un simple événement protocolaire. C’est une reconnaissance. Longtemps considérée comme une province oubliée, enclavée et dépourvue d’infrastructures, le Kwilu voit dans cette Conférence un signe de l’attention renouvelée de Kinshasa.

Les yeux sont tournés vers les annonces qui seront faites. Routes, électrification, soutien aux coopératives agricoles : les attentes sont nombreuses. La foule massée sur l’avenue de l’Aviation l’a montré : derrière les chants et les drapeaux, c’est un espoir de développement qui s’exprime.

Les assises se poursuivront jusqu’à mercredi. À l’issue des travaux, une déclaration finale devrait fixer les grandes orientations pour l’année à venir. En attendant, Bandundu profite de son heure de gloire, sous les tambours et les fanfares, au rythme de la fierté retrouvée.

l’opposition dénonce une « répression » à Ngaba et réclame la libération de ses militants

Une nouvelle flambée de tension a secoué Kinshasa ce mardi 24 mars 2026. Au rond-point Ngaba, une opération policière a dispersé des militants de la coalition d’opposition Lamuka et du parti AddCongo. Selon ces formations, une vingtaine de jeunes ont été arrêtés et plusieurs blessés alors qu’ils menaient une action de sensibilisation contre un éventuel changement constitutionnel. L’opposition crie à la répression et dénonce un traitement de faveur réservé aux meetings de la majorité.

La scène s’est déroulée en début de matinée. Des militants de Lamuka et d’AddCongo s’étaient rassemblés au rond-point Ngaba pour une campagne de sensibilisation. Leurs thèmes : le dialogue national inclusif et le rejet de toute modification de la Constitution.

Selon la coalition d’opposition, l’information de cette action avait été transmise au gouverneur de Kinshasa depuis une semaine, par l’intermédiaire du parti Ecidé. L’organisation estimait donc avoir rempli toutes les formalités.

Pourtant, vers 10 heures, la police nationale congolaise (PNC) est intervenue. Les premiers récits font état de charges violentes, de tabassages, d’interpellations massives.

Des blessés et des détenus au cachot

Le bilan dressé par l’opposition est alarmant. Prince Epenge, cadre de Lamuka, a détaillé les chiffres devant la presse : « 20 jeunes de Lamuka arrêtés, plus de 7 membres blessés. »

Parmi les interpellés figure Martin Balela, président de la jeunesse d’AddCongo. Selon Lamuka, il se trouve actuellement au cachot de Matete, en compagnie d’une dizaine d’autres militants. Plus grave encore : des blessés seraient également détenus, sans avoir reçu de soins.

« Il est 14 heures passée, la police retient même les blessés ce matin », a dénoncé Prince Epenge, visiblement exaspéré.

Une action autorisée ? Le bras de fer des versions

Lamuka affirme avoir respecté la procédure. Le parti Ecidé, membre de la coalition, aurait transmis la déclaration d’activité aux autorités urbaines. Les militants, selon l’opposition, ne faisaient que « mobiliser la population en faveur du dialogue national, sensibiliser les Congolais pour dire non au troisième mandat de Félix Antoine Tshisekedi et au changement de la Constitution ».

Le porte-parole de Lamuka insiste sur le caractère pacifique de l’action : « Ils n’ont rien fait de mal. »

Face à ces accusations, aucune réaction officielle des autorités n’avait été rendue publique en fin de journée.

Le « deux poids deux mesures » dénoncé

Ce qui exaspère l’opposition, c’est ce qu’elle perçoit comme une inégalité de traitement. Car, soulignent les cadres de Lamuka, les manifestations de la majorité ne subissent pas le même sort.

« Chaque semaine à Kinshasa, le parti au pouvoir, l’UDPS, organise des meetings pour le changement de la Constitution. Plusieurs cadres de l’Union sacrée dont Didier Budimbu à Matete et Peter Kazadi à Tshangu », a rappelé Prince Epenge.

Et d’ajouter, amer : « Quand l’opposition organise même toute petite activité pour dire non au changement de la Constitution et au troisième mandat de Félix Antoine Tshisekedi, on envoie la police pour réprimer. Nous condamnons ce deux poids deux mesures. »

Un contexte politique sous tension

Cet incident ne surgit pas de nulle part. Il intervient dans un climat politique déjà très chargé. La question d’une éventuelle révision constitutionnelle divise profondément la scène politique congolaise.

L’opposition, regroupée au sein de Lamuka et d’autres formations, craint que ce chantier ne cache un projet de modification de la limitation des mandats présidentiels, permettant à Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. La majorité, elle, assure vouloir simplement « moderniser » une Constitution vieille de vingt ans.

Les dernières semaines ont vu se multiplier les déclarations, les prises de position, et désormais, les actions de rue. Dans ce contexte, le rond-point Ngaba n’est pas un lieu anodin. Symbole de la mobilisation citoyenne à Kinshasa, il est régulièrement investi par les mouvements politiques et sociaux.

Lamuka promet de continuer

Malgré la répression dénoncée, Lamuka affirme ne pas vouloir baisser le ton. La coalition maintient sa campagne : « Oui au dialogue, non au changement de la Constitution. »

Pour l’opposition, la priorité n’est pas là. « Il faut mettre fin à l’insécurité au Bandundu, à l’Ituri et au Kivu, payer les fonctionnaires, arrêter les braquages », énumère Prince Epenge. Sa conclusion est un slogan qui résume leur position : « Les hommes doivent changer, et non la Constitution. »

L’incident de Ngaba pourrait marquer un tournant dans la mobilisation de l’opposition. La libération immédiate des détenus est exigée. En attendant, les blessés sont toujours au cachot, et les familles des interpellés attendent, inquiètes, des nouvelles.

Dans les heures qui viennent, le gouvernement devra répondre de cette opération. La suite dira si l’opposition obtiendra gain de cause, ou si ce mardi 24 mars restera comme une nouvelle date dans la chronique des tensions entre pouvoir et opposition à Kinshasa.

Basketball fauteuil : les Léopards dames reçues par Tshisekedi après un sacre arraché dans la douleur

Elles sont arrivées au Chapiteau de la Cité de l’Union africaine avec le sourire et le trophée continental sous le bras. Ce lundi 23 mars 2026, les Léopards dames U-25 de basketball sur fauteuil roulant ont été reçues en audience par le président Félix Tshisekedi. Une reconnaissance méritée pour ces athlètes. Quelques jours plus tôt, elles ont offert à la RDC un titre de championnes d’Afrique. Elles ont aussi décroché un billet historique pour la Coupe du monde 2027 au Brésil.

L’image est belle. Devant le chef de l’État, les joueuses alignent leurs fauteuils. Le trophée de la troisième édition de la Coupe d’Afrique des Nations trône fièrement au premier rang. Félix Tshisekedi, visiblement ému, salue une performance qui dépasse le cadre du sport.

« Grand merci pour ce que vous faites. Cela démontre qu’on n’a pas besoin forcément d’avoir toutes les capacités physiques pour briller. Vous en êtes la parfaite illustration. Grâce à vous, on va encore parler de la RDC sous une belle image », a déclaré le président. Ensuite, il a reçu le trophée continental des mains des championnes.

Un exploit né de l’adversité

Ce sacre est encore plus exceptionnel au regard du contexte. En effet, le parcours a été semé d’embûches. À quelques jours de la compétition, les joueuses ont tiré la sonnette d’alarme. Les frais de participation, estimés à 73 000 dollars américains, restaient impayés. Par conséquent, la participation de la RDC à cette CAN organisée à domicile était sérieusement menacée.

Justine Salima, l’une des joueuses, a alors exprimé avec émotion le désarroi du groupe : « Nous avons gagné tous nos matchs, mais nous avons un grand problème. Aucun frais de participation n’a été payé. Nous sommes délaissées, abandonnées. »

Malgré l’indifférence générale, ces athlètes n’ont pas baissé les bras. Au contraire, elles ont choisi de se battre. Sur le terrain, mais aussi en dehors.

La résilience en héritage

Contre toute attente, les Léopards dames ont disputé la compétition. Mieux encore, elles l’ont dominée. Jusqu’à cette finale face au Kenya, qu’elles ont remportée devant un public congolais. Ce dernier a découvert, peut-être pour la première fois, l’intensité de ce sport.

Ainsi, la qualification pour la Coupe du monde 2027 au Brésil devient une première historique pour le basketball sur fauteuil roulant congolais. Cette consécration place désormais la RDC sur la carte mondiale du handisport.

Pour ces joueuses, souvent invisibles et oubliées des circuits de financement, ce succès a une saveur particulière. C’est une revanche. Celle de la persévérance face à l’indifférence. Celle du talent face à l’abandon.

Un symbole pour toute une nation

Au-delà du sport, ces athlètes envoient un message puissant. Dans un pays où les personnes handicapées restent trop souvent marginalisées, les Léopards dames prouvent que le dépassement de soi n’a pas de limites.

D’ailleurs, Félix Tshisekedi l’a souligné : elles incarnent l’excellence et la résilience. Des valeurs dont la RDC a besoin, bien au-delà des terrains.

Désormais, un nouveau défi se profile. Il faut préparer l’échéance de 2027. Le Mondial brésilien arrive dans deux ans. Avec un soutien à la hauteur de leur exploit, ces Léopards pourraient écrire un nouveau chapitre de l’histoire sportive congolaise.

Elles l’ont déjà prouvé : même quand tout semble contre elles, elles savent rugir.

Joseph Kabila met en garde contre une « soudanisation » de la crise en RDC

L’ancien président de la République démocratique du Congo sort de son silence. Dans un entretien accordé à un média belge, Joseph Kabila a livré sa lecture sans concession de la crise sécuritaire qui ravage l’est du pays. À 25 ans de l’accord de Sun City qui avait mis fin à la dernière grande guerre africaine, l’ancien chef de l’État dénonce une « dictature qui s’installe » et des « va-t-en-guerre au pouvoir ». Il met en garde : si la voie du dialogue n’est pas prise, la RDC risque de connaître le même sort que le Soudan.

Vingt-cinq ans après avoir hérité d’un pays en morceaux, Joseph Kabila regarde avec inquiétude la trajectoire empruntée par son successeur. Dans une interview accordée à un média belge, le président honoraire livre une analyse à la fois historique et prophétique de la situation actuelle.

Pour lui, la crise dans l’est de la RDC n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, et les mêmes options se posent aujourd’hui qu’en 2001, lorsqu’il est arrivé au pouvoir dans un pays envahi par plusieurs armées étrangères et déchiré par des rébellions.

« En 2001, on était plus sages »

L’ancien chef de l’État convoque la mémoire de ses débuts à la tête du pays. Il avait 30 ans lorsqu’il a succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné. Le Congo était alors le théâtre de ce qu’on appelait la « guerre africaine », la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale.

« On s’était dit qu’il n’y avait pas dix mille pistes de solution. Soit on continuait la guerre, soit on faisait la paix », raconte-t-il. « On était peut-être très jeunes mais je pense qu’on était plus sages que la plupart des vieux d’aujourd’hui. »

Face à ses alliés angolais, zimbabwéen et namibien, le jeune président avait tenu tête. À Luanda, puis à Harare, il avait martelé une seule idée : les Congolais doivent s’approprier leur destin, tous les pays étrangers doivent partir, et un dialogue inclusif avec tous les acteurs du conflit est la seule issue.

Un an plus tard, l’accord de Sun City était signé. Quelques mois après, un gouvernement de transition était mis en place. Le pays, unifié, entamait une décennie de reconstruction.

« Des va-t-en-guerre au pouvoir »

Aujourd’hui, le constat de Joseph Kabila est amer. La sagesse d’alors a cédé la place à une logique de confrontation.

« Aujourd’hui, je dois constater qu’il n’y a plus la même sagesse. On a plutôt des va-t-en-guerre au pouvoir », déplore-t-il.

L’ancien président affirme avoir conseillé, dès le début de la crise actuelle, l’option de la négociation. En vain. « La réponse a toujours été « on va faire la guerre ». Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », lance-t-il, laissant percer une frustration longtemps contenue.

Cette prise de position intervient alors que le gouvernement congolais est engagé sur deux fronts diplomatiques : des négociations avec le mouvement AFC-M23 à Doha, et des discussions bilatérales avec le Rwanda à Washington. Des accords ont été signés, mais la situation sécuritaire sur le terrain reste désastreuse.

Le spectre de la « soudanisation »

L’avertissement de Joseph Kabila est d’une gravité rare. Il ne parle pas de balkanisation, terme souvent utilisé par les autorités congolaises pour dénoncer les projets de partition du pays. Il emploie un mot plus lourd encore : « soudanisation ».

« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », prévient-il.

Une référence glaçante au conflit qui a déchiré le Soudan à partir de 2023, opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), faisant des centaines de milliers de morts et provoquant la plus grande crise de déplacement au monde.

« Je ne pense pas que cela arrivera, mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. Et si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables », insiste l’ancien président.

Un diagnostic qui divise

Si les propos de Joseph Kabila trouvent un écho dans une partie de l’opinion congolaise, lasse d’une guerre qui n’en finit pas, ils sont loin de faire l’unanimité. Ses détracteurs lui rappellent qu’il a dirigé le pays pendant près de deux décennies sans parvenir à éradiquer les foyers de tension dans l’est.

D’autres voient dans cette sortie médiatique une tentative de repositionnement politique, à quelques mois d’échéances électorales cruciales.

Mais au-delà des calculs partisans, le diagnostic de l’ancien président pose une question fondamentale : la paix peut-elle se construire sans dialogue avec ceux qui portent les armes ? L’expérience de Sun City répondait par l’affirmative. L’actuelle stratégie militaire de Kinshasa, soutenue par une partie de l’opinion, mise sur la force.

Le poids des mots

Ce qui frappe dans l’intervention de Joseph Kabila, c’est la précision des termes. Il ne parle pas de « dialogue » comme d’un vœu pieux, mais comme d’une méthode éprouvée. Il ne critique pas seulement la gestion de la crise, mais ce qu’il perçoit comme un changement de régime : « tribalisme, népotisme, vraie dictature qui vient de s’installer ».

Des accusations qui risquent d’envenimer encore un peu plus les relations entre les deux hommes qui se partagent, de loin, la scène politique congolaise.

Pendant ce temps, dans les territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les civils continuent de payer le prix d’une guerre dont personne ne semble maîtriser l’issue. Les accords se succèdent, les déclarations s’enchaînent, les armes ne se taisent pas.

La « sagesse » de 2001 a sauvé le Congo de l’implosion. Vingt-cinq ans plus tard, l’appel de Kabila résonne comme un avertissement. Reste à savoir s’il sera entendu, ou si le pays, comme il le craint, s’engagera un peu plus chaque jour sur la pente glissante qui mène à l’inconnu.

RDC – Mondial 2026 : 52 ans d’attente, 90 minutes pour l’histoire à Guadalajara

C’est un rendez-vous gravé dans le marbre. Le mardi 31 mars 2026, à Guadalajara, les Léopards de la République démocratique du Congo joueront le match le plus important de leur existence. Face au vainqueur de la confrontation entre la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie, la sélection de Sébastien Desabre disputera la finale des barrages intercontinentaux. Une victoire, et la RDC retrouvera la Coupe du monde 52 ans après son unique participation, en 1974.

Le compte à rebours a commencé. Depuis la nuit de dimanche, les premiers joueurs congolais ont foulé le sol mexicain, marqué par un décalage horaire important avec Kinshasa. Dans la tanière de Guadalajara, l’effectif se compose progressivement.

Brian Bayeye, appelé pour remplacer Jérémy Ngakia, a déjà rejoint le groupe. Axel Tuanzebe et Edo Kayembe sont également arrivés. Le dernier des 26 convoqués devrait être Brian Cipenga, qui joue ce lundi 23 mars avec son club de Castellon, en deuxième division espagnole. Le staff technique n’a pour l’instant procédé qu’à un seul changement dans la liste initiale, malgré les rumeurs persistantes sur d’éventuelles blessures.

Le staff médical fera le point complet dès que tous les joueurs seront réunis.

Une préparation express avant le grand soir

Pour affiner les réglages, les Léopards disputeront un match de fixation ce mercredi 25 mars. L’adversaire : la sélection nationale des Bermudes. Une opposition choisie pour jauger le niveau de l’effectif, tester les automatismes et gérer la montée en puissance avant l’échéance décisive.

L’enjeu dépasse le simple cadre sportif. Le peuple congolais attend ce retour sur la scène mondiale depuis plus d’un demi-siècle. Une génération entière n’a jamais connu son pays au Mondial. Les joueurs le savent. Ils mesurent le poids de l’histoire.

Le parcours d’exploits qui a mené au Mexique

Pour arriver jusqu’à ce barrage intercontinental, les Léopards ont d’abord dû dompter des adversaires redoutables. Ils ont terminé deuxièmes de leur groupe derrière le Sénégal, puis ont entamé un parcours éliminatoire en novembre 2025 qui restera dans les mémoires.

En demi-finale des barrages africains, la RDC a sorti le Cameroun sur le score de 1-0. Puis, en finale, face au Nigeria, les hommes de Sébastien Desabre ont livré une bataille héroïque. Après un match nul 1-1 à l’issue des prolongations, ils ont arraché leur qualification aux tirs au but (4-3). Une victoire au mental qui a envoyé les Fauves Congolais représenter le continent africain au Mexique.

Classée 48e mondiale et 9e africaine – son meilleur classement historique – la RDC a été directement versée en finale de sa voie dans ce tournoi intercontinental.

Jamaïque ou Nouvelle-Calédonie : deux adversaires à la portée ?

Le 26 mars, trois jours avant la finale des Léopards, la Jamaïque et la Nouvelle-Calédonie s’affronteront pour déterminer l’adversaire de la RDC.

La Jamaïque, connue sous le nom des Reggae Boyz, n’a participé qu’à une seule Coupe du monde, en France 1998. Depuis, elle navigue entre la MLS et les championnats nord-américains sans retrouver ce niveau. La Nouvelle-Calédonie, elle, n’a jamais approché un Mondial.

Sur le papier, aucun de ces deux adversaires n’a la densité collective du Cameroun ou du Nigeria que les Léopards ont éliminés. Les cotes des bookmakers reflètent cette réalité : la RDC part largement favorite.

Mais le football à élimination directe ne demande pas l’avis des statistiques. Un match, une finale, et tout peut basculer.

Ce que Desabre a bâti en trois ans

Nommé sélectionneur en 2022 après l’échec de la qualification pour le Qatar, Sébastien Desabre a patiemment construit une équipe compétitive. Son bilan est éloquent : une vingtaine de victoires en 38 matchs, une progression constante au classement FIFA, et cette capacité à sortir les cadres du football africain quand l’enjeu est maximal.

La RDC a également disputé la CAN 2025 au Maroc, s’inclinant en huitièmes de finale contre l’Algérie (0-1) le 6 janvier dernier. Un résultat en demi-teinte, mais qui a peut-être eu un mérite inattendu : préserver la fraîcheur physique des joueurs pour cette échéance planétaire.

52 ans d’attente

Il ne faut pas alourdir ce rendez-vous de trop de mots. Depuis Zaïre 1974 – trois matchs, zéro but marqué, quatorze encaissés face à l’Écosse, la Yougoslavie et le Brésil – la RDC produit du talent, exporte ses joueurs vers l’Europe, et regarde les Coupes du monde à la télévision.

Shabani Nonda n’a pas eu cette chance. Lomana LuaLua non plus. Pas plus que tant d’autres qui ont porté haut les couleurs congolaises sans jamais toucher ce Graal.

Le 31 mars à Guadalajara, cette génération-là l’a. Un match. Pas deux. Pas une phase de groupes. Pas de repêchage. Un match. 90 minutes, prolongations éventuelles, tirs au but. Un match pour effacer 52 ans d’attente et écrire le premier chapitre d’une nouvelle histoire.

Le peuple congolais retient son souffle. Les Léopards sont prêts à rugir.