Santé




Ebola en RDC : L’OMS tire la sonnette d’alarme – « Le vrai bilan est deux à quatre fois plus élevé »

C'est un chiffre qui glace le sang et qui a secoué la conférence de presse de l'Organisation mondiale de la…

C’est un chiffre qui glace le sang et qui a secoué la conférence de presse de l’Organisation mondiale de la santé, ce mardi 14 juillet. Alors que le bilan officiel fait état de 1 926 infections et 702 décès en République démocratique du Congo, l’OMS estime que la réalité du terrain est bien plus sombre. Selon ses projections, le nombre réel de cas serait au moins le double, voire plus de quatre fois supérieur aux données officielles. Une annonce qui transforme une épidémie déjà critique en une catastrophe sanitaire aux contours encore flous.

C’est un cri d’alarme lancé depuis Genève, mais dont l’écho résonne jusqu’aux confins de la forêt congolaise. Ce mardi, Chikwe Ihekweazu, le patron du programme de gestion des situations d’urgence sanitaire à l’OMS, a brisé le silence sur une vérité que beaucoup soupçonnaient : les chiffres officiels ne reflètent qu’une partie de l’iceberg. « D’après nos projections, l’ampleur de l’épidémie représente au moins deux à quatre fois le nombre de cas recensés », a-t-il déclaré, le visage grave.

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Une déclaration qui prend tout son sens alors que l’épidémie, décrétée il y a deux mois en Ituri, a désormais essaimé dans quatre autres provinces : le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, la Tshopo et le Haut-Uélé. Vingt cas ont également été répertoriés en Ouganda voisin, transformant une crise locale en menace régionale.

Une progression fulgurante qui défie la riposte

Face aux journalistes, Chikwe Ihekweazu, tout juste de retour d’une mission dans l’est de la RDC, n’a pas mâché ses mots. « Il s’agit désormais de la troisième plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée, et celle qui connaît la progression la plus rapide en un seul mois de toutes les épidémies que nous avons gérées. » Un constat alarmant qui souligne un écart cruel : malgré les efforts, l’épidémie continue de « devancer » les autorités nationales et les partenaires internationaux.

Le responsable onusien a pointé du doigt le symptôme le plus inquiétant de cette défaillance : de nombreux nouveaux cas sont en réalité des personnes décédées au sein de leur communauté, sans jamais avoir pu approcher un centre de santé. Un échec de détection précoce qui alimente la propagation silencieuse du virus.

Des progrès encourageants mais insuffisants

Pourtant, tout n’est pas noir dans ce tableau apocalyptique. L’OMS veut croire à une lueur d’espoir. Le taux de suivi des cas contacts a grimpé à près de 80 %, signe que la traque du virus s’organise. 700 lits sont désormais disponibles pour traiter les malades, et le nombre de laboratoires capables de diagnostiquer Ebola est passé de un à quatorze.

Sur le plan thérapeutique, la science avance. Deux traitements sont actuellement testés sur le terrain. Et une annonce majeure se prépare : l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) de Kinshasa, en partenariat avec l’agence française ANRS MIE et l’ONG Alima, doit bientôt lancer un essai clinique de prophylaxie post-exposition (PPE) utilisant l’antiviral obeldesivir. Un espoir pour les personnes en contact avec des cas confirmés, qui pourraient bénéficier d’un rempart avant même d’être malades.

La course contre la montre continue

Mais le message de Chikwe Ihekweazu reste sans équivoque : « Nous devons détecter les cas plus tôt. Nous devons renforcer et accélérer la recherche des contacts. Nous devons veiller à ce que les établissements de santé soient accessibles, sûrs et dignes de la confiance des communautés. » Un plaidoyer qui résonne comme un ultimatum.

Alors que l’Ituri concentre encore plus de 90 % des cas, la menace grandit à l’horizon. La RDC, déjà éprouvée par des décennies de conflits et de crises, se retrouve une fois de plus en première ligne. Et cette fois, le virus pourrait bien avoir pris une longueur d’avance. La prochaine bataille se jouera dans les villages reculés, là où les malades meurent sans être comptés, et où la confiance est un médicament aussi rare que les lits d’hôpital.

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