Choléra à la prison de Makala : le ministre de la Justice suspend les admissions

KINSHASA – L’épidémie de choléra qui s’est déclarée à la prison centrale de Makala a déjà causé la mort de cinq détenus. Face à l’urgence sanitaire, le ministre d’État en charge de la Justice, Guillaume Ngefa, a pris des mesures radicales pour endiguer la propagation de la maladie au sein de l’établissement surpeuplé.

Une circulaire ministérielle, datée du samedi 14 février et dont une copie est parvenue à Radio Okapi ce dimanche, ordonne l’interdiction temporaire de toute nouvelle admission à la prison de Makala, avec effet immédiat et jusqu’à nouvel ordre.

Un arsenal de mesures sanitaires

Au-delà de la suspension des entrées, le ministre a prescrit un ensemble de dispositions visant à contenir l’épidémie et à protéger la population carcérale :

  • Suspension ou limitation stricte des visites, sous réserve du respect rigoureux des règles d’hygiène et des prescriptions sanitaires

  • Renforcement immédiat des dispositifs sanitaires avec mise à disposition de médicaments essentiels

  • Approvisionnement en produits de prévention et de désinfection

  • Déploiement d’équipements et de matériels médicaux appropriés

La circulaire enjoint les responsables pénitentiaires, les autorités sanitaires et l’ensemble des services concernés à assurer l’exécution stricte de ces mesures et à en garantir le suivi rigoureux.

Une prison exsangue, déjà dénoncée

Cette crise sanitaire survient dans un contexte de surpopulation carcérale chronique dénoncé depuis des mois par les organisations de défense des droits humains. En novembre dernier, la Fondation Bill Clinton pour la Paix (FBCP) avait tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation des conditions de détention à Makala et à la prison de Ndolo.

Son coordonnateur, Emmanuel Cole, avait révélé des chiffres accablants : 11 404 détenus recensés dans ces deux établissements, alors que la seule capacité d’accueil de Makala est de 1 500 personnes. Il avait également signalé des cas de malnutrition, des lenteurs judiciaires maintenant des prévenus en détention provisoire prolongée, et d’autres problèmes graves.

Des recommandations restées lettre morte ?

L’activiste avait formulé plusieurs recommandations à l’État, notamment l’accélération du traitement des dossiers des détenus et la construction de nouveaux bâtiments dans les enceintes carcérales. Des appels qui résonnent avec d’autant plus d’acuité aujourd’hui, alors que l’épidémie de choléra expose l’extrême vulnérabilité d’une population carcérale livrée à elle-même dans des conditions indignes.

Un test pour la volonté de réforme

Cette nouvelle tragédie sanitaire place le ministre Guillaume Ngefa face à un défi majeur, à quelques jours seulement de sa rencontre avec le chargé d’affaires américain pour renforcer la coopération judiciaire. La gestion de cette crise sera un test grandeur nature de la volonté affichée par le gouvernement de réformer le secteur de la justice et d’améliorer les conditions de détention.

Les mesures d’urgence prises sont nécessaires. Reste à savoir si elles s’accompagneront d’une réflexion structurelle sur l’état des prisons congolaises, véritables bombes sanitaires et sociales à retardement.

le ministre congolais des Mines visite un modèle industriel en Afrique du Sud

Il n’a pas voulu se contenter des salons feutrés et des présentations PowerPoint.

Réduire le séjour du ministre congolais des Mines à sa seule participation à la prestigieuse conférence Mining Indaba, en Afrique du Sud, aurait été une erreur. Louis Watum Kabamba avait prévu d’aller plus loin. Beaucoup plus loin.

Ce vendredi, au lendemain des forums officiels, il a pris la route. Direction la province du Northern Cape, territoire aride mais riche de ce sous-sol qui fait rêver les industriels. Là-bas, l’attendait une plongée dans le concret : les installations de Kudumane Manganese Resources.

Des chiffres qui parlent

Sur place, le ministre a arpenté la mine à ciel ouvert. Il a observé les unités de traitement, suivi le cheminement du minerai, de l’extraction à la transformation. Derrière chaque machine, derrière chaque atelier, il y avait des chiffres. Et ces chiffres, impressionnants, racontaient une histoire.

164 millions de dollars injectés dans Kudumane Manganese Resources. Et à côté, 413,3 millions USD investis dans Pertama Ferroalloys. Près de 600 millions de dollars déployés sur un même site, par un même groupe.

Pourquoi cet intérêt soudain pour une mine sud-africaine ? Parce que derrière Kudumane se profile un partenaire stratégique pour la RDC. Ces visites s’inscrivent dans le prolongement des échanges engagés en marge de l’Indaba avec les investisseurs japonais du groupe AML Group. Ceux-là mêmes que Kinshasa aimerait voir poser leurs valises et leurs capitaux sur le sol congolais.

Un modèle à importer ?

Ce qui a frappé Louis Watum, au-delà des performances techniques et financières, c’est la logique d’intégration. Ici, on ne se contente pas d’extraire. On transforme. On crée de la valeur ajoutée sur place, avant d’exporter. Un modèle économique que la RDC tente d’imposer chez elle, avec des résultats encore inégaux.

Mais l’œil du ministre ne s’est pas arrêté aux seules installations industrielles. La délégation congolaise a également porté une attention particulière à l’impact communautaire du projet. Infrastructures sociales, services de santé : tout a été passé en revue. Parce qu’à Kinshasa, on le répète, une mine ne doit pas être un enclave étrangère au milieu d’une population oubliée.

Le manganèse, prochain pari congolais ?

Ce déplacement, aussi technique soit-il, est lourd de sens. Il traduit une stratégie : positionner la RDC comme destination prioritaire pour des investissements structurants dans le manganèse. Un minerai stratégique, essentiel à la sidérurgie et aux nouvelles technologies, dont le sous-sol congolais regorge.

Entre les chiffres vertigineux des investissements sud-africains et le modèle intégré observé sur place, Louis Watum est reparti avec des images plein la tête. Et sans doute, aussi, avec des arguments supplémentaires à faire valoir auprès des opérateurs japonais.

Reste à transformer l’essai. Transformer la visite en contrat, l’intérêt en investissement, le minerai congolais en valeur ajoutée locale.

Le chemin est encore long. Mais ce vendredi, dans la poussière rouge du Northern Cape, une pierre de plus a été posée.

Kinshasa accepte le cessez-le-feu proposé par l’Angola

Vendredi 13 février 2026. Une date qui, dans l’imagerie populaire, porte malheur. Pourtant, à Kinshasa, on a choisi d’y voir une chance.

Ce jour-là, dans la capitale congolaise, une annonce est tombée. Elle n’a pas encore fait de bruit dans les rues. En revanche, dans les chancelleries, dans les états-majors et dans les collines de l’Est où les armes parlent encore, on a immédiatement tendu l’oreille.

La RDC a dit oui.

Oui au cessez-le-feu proposé par le Président angolais João Lourenço. Oui à la suspension des hostilités. Oui à la paix, ou du moins à sa possibilité.

C’est un communiqué officiel, sobre et presque technique, qui a porté la nouvelle. Derrière les mots choisis avec soin se tient pourtant un homme, Félix Tshisekedi, qui vient de prendre une décision lourde de conséquences. « Dans un esprit de responsabilité, d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique », précise le texte.

Traduction : Kinshasa tend la main. Mais elle ne la tend pas les yeux fermés.

Un mécanisme rodé depuis Doha

Ce cessez-le-feu n’est pas un saut dans l’inconnu. Au contraire, il s’inscrit dans un cadre précis, balisé, presque chirurgical : celui du mécanisme de surveillance signé le 14 octobre 2025 à Doha.

Les experts se souviennent de cette signature. Ce jour-là, sous les dorures qataries, on avait posé les bases d’un système structuré pour contrôler les armes. Aujourd’hui, ce système entre enfin en action.

Concrètement, que dit ce mécanisme ? Il ne se contente pas de demander aux belligérants de ranger leurs fusils. Il exige bien plus : un gel strict et immédiat des positions militaires. Pas question d’avancer d’un mètre pendant que l’autre dort. Il impose aussi l’arrêt des renforts, la fin des rotations et des approvisionnements offensifs. Surtout, il réclame l’interdiction de tout appui extérieur aux groupes armés.

Cette dernière ligne, à Kinshasa, on l’a lue et relue. Parce qu’elle touche au cœur du problème : ces armes qui continuent de circuler, ces soutiens venus d’ailleurs qui entretiennent le feu. Si le cessez-le-feu tient et si le mécanisme fonctionne, alors peut-être que l’Est pourra enfin respirer.

Une mise en garde explicite

Le communiqué ne s’arrête pas là. Il prévient aussi, il met en garde. « Toute consolidation unilatérale des positions militaires ou toute action visant à altérer l’équilibre des forces durant la période de cessez-le-feu compromettrait gravement la crédibilité du processus », peut-on lire.

En clair : si l’un des camps profite de la trêve pour se renforcer ou pour préparer la suite, alors tout s’effondrera. Dans ce cas, la responsabilité de cet effondrement pèsera sur celui qui aura trahi.

Les autorités congolaises le savent bien : dans ce jeu diplomatique, la confiance est une denrée rare. C’est pourquoi elles posent des garde-fous, rappellent les règles et exigent déjà la protection effective des populations civiles ainsi que le respect du droit international humanitaire.

L’autre camp répondra-t-il ?

Reste une question, immense, suspendue au-dessus de cette annonce : que fera l’autre camp ?

Le M23, ses alliés, ceux qui tiennent encore des collines et des villages, répondront-ils à cet appel ? Accepteront-ils de poser les armes en même temps que l’armée congolaise ? Ou verront-ils dans cette main tendue une faiblesse à exploiter ?

Pour l’instant, c’est le silence. Un silence lourd, chargé de tous les doutes accumulés en trois décennies de guerre.

Pendant que les diplomaties s’activent et que les communiqués circulent, l’Est, lui, attend. Les déplacés dans leurs camps de fortune, les mères qui ont perdu leurs enfants, les soldats fatigués de se battre pour des causes qu’ils ne comprennent plus. Tous attendent de voir si ce vendredi 13 février restera dans l’histoire comme un jour de chance ou comme une énième promesse emportée par le vent.

Kinshasa a fait un pas. Luanda a tendu la perche. Doha a fourni le cadre.

Restent les armes. Et ceux qui les tiennent.

RDC et Angola scellent un pacte de sécurité face aux menaces régionales

Pendant des années, entre la République Démocratique du Congo et l’Angola, on s’observait. On se parlait, parfois. Mais on ne construisait pas ensemble. Pourtant, il y a eu l’Est qui brûle, les armes qui circulent, les menaces qui ignorent les lignes tracées sur les cartes. Alors, les deux capitales ont compris que la sécurité de l’une ne pouvait plus être indifférente à l’insécurité de l’autre.

Ce jeudi 12 février 2026, dans un palais de Luanda, cette prise de conscience est devenue un acte.

Une signature qui change la donne

Autour d’une table, deux hommes. Le Congolais Jacquemain Shabani Lukoo Bihango, Vice-Premier Ministre chargé de l’Intérieur. L’Angolais Manuel Gomes, son homologue. Devant eux, un document préparé pendant deux jours par les experts des deux pays. Un texte technique, administratif, mais dont chaque mot pèse son poids de poudre et d’espoir.

Ils ont signé.

D’un trait de plume, la Commission Permanente Mixte Défense et Sécurité est née. Derrière ce nom un peu long se cache une promesse simple : celle de ne plus jamais laisser la frontière commune devenir un territoire sans loi.

La frontière au cœur des préoccupations

Car la frontière, justement, a été au cœur des discussions. Ainsi, les deux délégations ont passé au crible ce ruban de terre qui sépare et relie leurs nations. Elles ont parlé de ce qui s’y passe la nuit, de ces trafics qui ignorent les postes de contrôle, de ces menaces qui glissent d’un pays à l’autre comme l’eau entre les doigts.

Le constat ? Il faut plus que des patrouilles. Il faut des informations qui circulent, des commandements qui se parlent, des officiers qui se connaissent. Concrètement, la commission mixte devra organiser tout cela : des échanges permanents de renseignements, des rencontres régulières entre militaires et policiers des deux bords.

L’ombre persistante de l’Est congolais

Mais il y avait aussi, dans la salle, une autre présence. Invisible, mais obsédante. Celle de l’Est congolais, cette plaie qui ne cicatrise pas. Dans ce contexte, les ministres ont pris une position claire, presque solennelle : ils ont condamné, sans ambiguïté, le recours à la force pour accéder au pouvoir.

Une phrase qui, aujourd’hui, résonne comme un avertissement. Comme un rappel que les armes ne doivent jamais dicter la loi, ni à Kinshasa, ni à Luanda, ni nulle part ailleurs.

Une volonté politique au sommet

Au moment de se séparer, les regards se sont tournés vers les deux présidents. Félix Tshisekedi et João Lourenço. Sans eux, rien n’aurait été possible. Leur volonté politique commune a transformé une intention en accord, une coopération en partenariat stratégique.

Désormais, la commission mixte existe. Reste à la faire vivre. Reste à transformer les signatures en patrouilles, les déclarations en arrestations, les bonnes intentions en nuits plus calmes le long de la frontière.

Enfin, ce jeudi 12 février, à Luanda, deux pays ont posé une pierre. Ensemble, ils devront maintenant construire le mur qui protégera leurs peuples.

Dialogue national en RDC : le bras de fer s’intensifie entre le pouvoir et les Églises

Ils veulent tous la paix. Pourtant, chacun rejette celle de l’autre. Voilà toute la tragédie congolaise.

Autour de la table du dialogue, le décor existe. Mais la table, elle, reste bancale. Le mot « dialogue » circule partout. Il rassure les chancelleries et inspire les Églises. Toutefois, derrière ce consensus apparent, les fractures s’élargissent.

D’un côté, le président Félix Tshisekedi affiche une main tendue, mais impose ses règles. En face, les Églises prônent l’ouverture, puis butent sur la raison d’État. Entre les deux, une jeunesse impatiente refuse de servir de figurante.

Cette « nouvelle génération » ne veut plus attendre son tour. Elle réclame sa place.

Dans un communiqué ferme, des représentants des jeunes aux assises nationales rejettent tout rôle décoratif. Leur message est clair : ils ne cautionneront plus les arrangements politiques. Ces jeunes revendiquent un rôle d’acteurs. Ils promettent une contribution « patriotique et technique ».

Selon eux, les dialogues passés ont surtout enrichi les acteurs traditionnels. Les jeunes, eux, n’ont reçu que des promesses. Désormais, ils disent stop. Finie l’instrumentalisation. Ils appellent la jeunesse de RDC et de la diaspora à défendre l’intégrité territoriale et à parler d’une seule voix.

Une question demeure : dans un paysage saturé d’ego, cette voix percera-t-elle ?

Kinshasa fixe ses lignes rouges

À Kinshasa, le pouvoir observe cette agitation avec prudence. Le dialogue ne pose pas problème en soi. Le cadre, en revanche, reste non négociable.

D’abord, les discussions doivent se tenir sur le sol national. Ensuite, seules les institutions issues des urnes peuvent les conduire. Enfin, certaines limites ne bougent pas : pas de groupes armés autour de la table.

Donc, pas de M23. Ni de Corneille Nangaa. Ni de Bertrand Bisimwa. L’ombre de Joseph Kabila plane aussi sur ces exclusions.

Pour le pouvoir, dialoguer avec des rebelles revient à récompenser la violence. Cela fragilise l’État. Dans un contexte de guerre persistante, céder semble impensable.

Les Églises plaident pour l’inclusivité

Les responsables religieux adoptent une autre lecture. Mardi 10 février, sur Actualité.cd, Mgr Donatien Nshole de la CENCO a livré un constat simple : tout le monde vise la souveraineté et l’unité. Le désaccord porte sur la méthode.

Pour lui, aucune réunification ne tient sans dialogue inclusif. Exclure certains acteurs risque d’ancrer durablement les conflits. Plus le temps passe, plus les positions se durcissent.

Même son de cloche du côté de la Église du Christ au Congo. Son porte-parole, le pasteur Éric Senga, nuance toutefois : le dialogue n’est qu’une étape. Sans justice ni réconciliation, les accords resteront creux.

Deux légitimités face à face

Le dilemme reste entier. Le pouvoir défend la légitimité des urnes. Les Églises invoquent leur autorité morale. Aucune ne surclasse l’autre. Les deux s’imposent dans le débat national.

Dans ce contexte, Angola tente une médiation. Depuis Luanda, le président João Lourenço multiplie les consultations. Sa mission consiste à rapprocher des positions presque inconciliables.

Pendant ce temps, l’Est souffre

Alors que les élites débattent, l’Est brûle toujours. Les déplacés s’entassent. Les écoles ferment. Les violences sexuelles augmentent. Le quotidien, lui, ne connaît pas de pause diplomatique.

Plusieurs inconnues subsistent :
Le dialogue verra-t-il le jour ?
Sera-t-il inclusif ?
Les jeunes y participeront-ils vraiment ?

Une chose reste sûre : le temps file. Lorsque les positions se figent, un vide apparaît. Et trop souvent, ce vide se remplit par les armes.

Tony Yoka : « Bakole ne m’a pas frappé, il m’a gagné »

Il y a des blessures qui ne se voient pas sur un visage tuméfié. Celle de l’orgueil, peut-être, est la plus lente à cicatriser.

Ce jeudi 12 février, sur le plateau de Bosolo na Politik, Tony Yoka est venu parler boxe. Il est reparti en ayant rallumé un brasier qui couvait depuis des mois. Face à lui, pas d’adversaire. Juste des micros, des caméras, et le souvenir cuisant d’une nuit où il a perdu plus qu’un combat.

C’est peut-être la phrase la plus honnête qu’il ait prononcée. Tony Yoka, champion olympique 2016, ancien espoir du poids lourd français, a regardé la vérité en face : Martin Bakole était le meilleur, ce soir-là.

« Il ne m’avait pas frappé, mais il m’avait gagné. Nous sommes allés jusqu’au 12e round. » Un aveu rare chez un boxeur. Une reconnaissance de la supériorité de l’autre, presque élégante.

Mais l’élégance, chez Yoka, a toujours des limites. Et elles n’ont pas tardé à apparaître.

« Ce n’est pas un grand boxeur »

Car après avoir concédé la défaite, le Français a tenu à redessiner la hiérarchie. Selon lui, Bakole est « un bon boxeur ». Rien de plus. « Les grands, c’est Joshua, Fury, Wilder… Bakole ne connaît pas les techniques de la boxe. »

Un tacle appuyé. Presque un uppercut verbal.

Difficile, pourtant, d’ignorer le parcours du Congolais. Bakole n’a peut-être pas les ceintures des géants anglo-saxons, mais il traîne derrière lui une réputation de puncheur redoutable, celui qui fait plier les corps et douter les esprits. Yoka le sait. Il l’a éprouvé.

Le nez, le divorce, et les excuses

Alors pourquoi cette défaite ? Le Français avance deux explications. D’abord, une blessure au nez, survenue quelques jours avant le combat. Ensuite, un contexte personnel difficile, lié à son divorce. Deux éléments qui, selon lui, ont pesé dans la balance.

Traduction : ce n’était pas le vrai Tony Yoka que Bakole a affronté.

Le problème, dans la boxe comme dans la vie, c’est que les circonstances n’effacent jamais les résultats. Et que les excuses, aussi légitimes soient-elles, sonnent parfois comme des tentatives de réécrire une histoire déjà écrite.

« Je le bats avant la limite. Même à Kinshasa. »

Vient alors la promesse. Celle qui engage, celle qu’on ne peut plus rattraper.

Tony Yoka assure qu’il accordera une revanche à Martin Bakole. Et il pose ses conditions : il gagnera avant la limite. Peu importe le lieu. Même à Kinshasa. Même devant 80 000 Congolais debout, hurlant le nom de leur champion.

C’est un pari risqué. C’est aussi une déclaration d’intention. Yoka ne veut pas seulement effacer sa défaite. Il veut l’anéantir dans l’esprit des gens.

L’autre guerre : celle des maillots

Mais le ring n’est pas le seul terrain de leur affrontement. Il y a aussi les coulisses, les petits gestes, les absences qui interrogent.

Pourquoi Martin Bakole n’a-t-il pas posé avec les nouveaux maillots des Léopards, l’équipe nationale de RDC, quand Tony Yoka, lui, s’y est prêté volontiers ?

La réponse du Français tombe, cinglante : « Tout simplement parce que Martin Bakole a demandé à être rémunéré pour le faire. De mon côté, je le fais gratuitement. Il s’agit avant tout de la promotion de notre équipe nationale. »

Accusation grave. Ou vérité maladroite. Entre les deux, difficile de trancher. Ce qui est sûr, c’est que le mal est fait. Bakole, silencieux pour l’instant, devra répondre. Sur les réseaux, dans la presse, ou peut-être un jour, sur un ring.

Deux hommes, deux fiertés, une seule balle au centre

Ce qui se joue entre Tony Yoka et Martin Bakole dépasse la simple rivalité sportive. C’est une affaire d’ego, d’héritage, de place dans l’histoire.

L’un est Français, né à Paris, auréolé d’un titre olympique. L’autre est Congolais, formé à Kananga, élevé à la dure dans les rings écossais. L’un a connu les projecteurs, les contrats juteux, les Unes des magazines. L’autre a gravi la montagne à coups de poings, sans jamais recevoir de tapis rouge.

Leur combat n’est pas fini. Il commence à peine.

Et cette fois, ce n’est plus seulement pour une ceinture. C’est pour le respect, la réputation, et ce titre si subjectif mais si convoité : celui de « grand boxeur ».

Alors, revanche à Kinshasa ?

Tony Yoka dit oui. Il dit même qu’il gagnera, et vite. Reste à savoir si Martin Bakole, qui n’a jamais fui un défi, acceptera de lui offrir cette chance.

Le ring, lui, attend. Les projecteurs aussi.

Et au Congo, on retient son souffle. Car si le combat a lieu, ce ne sera pas seulement un match de boxe.

Ce sera une guerre de légendes.

Dialogue intercongolais : Kinshasa pose ses conditions, pas d’impunité pour le M23

Depuis la capitale congolaise, une voix s’est élevée pour remettre les pendules à l’heure. Ce n’est pas un refus. Ce n’est pas une fin de non-recevoir. C’est, plus subtilement, une main tendue… mais qui n’acceptera pas n’importe quoi.

Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, s’est confié ce mercredi aux micros de RFI. Et ses mots, choisis avec soin, dessinent une ligne rouge que Kinshasa n’entend pas franchir.

« Le dialogue se tiendra chez nous »

D’abord, clarifions le décor. Luanda sera bien le théâtre des pré-consultations. L’Angola, désigné médiateur principal, s’est vu confier une mission précise : sonder toutes les composantes politiques et sociales congolaises, préparer le terrain, aplanir les aspérités. Une phase préparatoire, en somme.

Mais le dialogue national, lui, le vrai, celui qui devra recoudre une nation déchirée par trois décennies de crises à répétition, se tiendra en RDC. C’est un préalable, presque un symbole. Comme pour rappeler que si la médiation est étrangère, la souveraineté, elle, ne se négocie pas.

« L’impunité, c’est fini »

Puis vint l’autre condition. Celle qui, à Kinshasa, porte un nom qui fâche : le M23.

Patrick Muyaya n’a pas éludé. Il a même appuyé là où ça fait mal. « Ce dialogue ne devra pas consacrer l’impunité pour les acteurs impliqués dans les conflits à l’est du pays. » Phrase pesée, phrase lourde. Traduction : on ne négocie pas avec des bourreaux pour les blanchir ensuite.

Le ministre a rappelé ce que beaucoup, dans les couloirs de la diplomatie, préfèrent parfois oublier : les violences armées se répètent, à l’est, parce que l’impunité, elle, ne meurt jamais. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Kinshasa dit vouloir casser le cycle. Et pour ça, il faudra que la justice passe. Avant, pendant ou après le dialogue. Mais elle passera.

Et Joseph Kabila dans tout ça ?

Forcément, la question est venue. L’ancien président séjourne à Luanda. Il y a rencontré des acteurs politiques congolais. Alors, que fait-il là-bas ? Prépare-t-il un retour ? Négocie-t-il en marge du processus officiel ?

Patrick Muyaya, prudent, a renvoyé la balle au médiateur angolais. C’est à João Lourenço d’en rendre compte. Lui seul sait ce qui s’est dit. Lui seul pourra, dans ses conclusions, éclairer ce que Kinshasa observe, pour l’instant, d’un œil attentif mais silencieux.

Ce n’est ni un désaveu, ni une bénédiction. C’est une posture d’attente, celle d’un gouvernement qui ne veut pas paraître dicter sa loi à la médiation, mais qui, dans l’ombre, garde la main sur son calendrier et sur ses principes.

La feuille de route, enfin

Au bout du chemin, Kinshasa veut une feuille de route claire. Pas de flou. Pas d’atermoiements. Les consultations de Luanda doivent déboucher sur du concret : qui parlera à qui ? Où ? Quand ? Et surtout, sur quelles bases ?

Le gouvernement congolais sait que le monde le regarde. Que les chancelleries, l’Union africaine, les Nations unies suivent chaque déclaration, chaque communiqué. Mais ce qu’il attend, avant d’applaudir, c’est un engagement tangible du M23.

Accepter le cessez-le-feu, d’abord. Accepter de dialoguer, ensuite. Et accepter, enfin, que les crimes ne s’effacent pas d’un trait de plume diplomatique.

Alors, le 18 février, les armes se tairont-elles ? Peut-être. Mais le vrai test ne sera pas militaire. Il sera politique. Il sera judiciaire. Il sera, pour la RDC, celui de sa capacité à transformer une trêve fragile en paix juste.

Les mots de Patrick Muyaya, en ce sens, ne sont pas une entrave. Ils sont un garde-fou. Une manière de dire à Luanda, à l’UA, au M23 et au reste du monde : la paix, oui. Mais pas à n’importe quel prix.

Cessez-le-feu en RDC : l’Angola fixe une date, le M23 doit répondre

C’est une fenêtre qui s’entrouvre, quelque part entre l’espoir et la méfiance. Depuis Luanda, une voix s’est élevée pour dire : « Ça suffit. » Et cette voix a même osé fixer une date.

Mardi, la présidence angolaise a lâché une information qui a fait le tour des capitales africaines : à compter du 18 février 2026, à midi, les armes pourraient se taire dans l’est de la République démocratique du Congo. Plus de vingt ans que cette terre saigne. Vingt ans que le M23 et l’armée congolaise s’affrontent par intermittence, dans l’indifférence relative du reste du monde.

Mais cette fois, l’initiative est venue d’en bas, du cœur du continent.

La veille, dans un palais de Luanda, ils étaient tous là. Autour du Président João Lourenço, hôte et artisan de cette séquence diplomatique, se sont retrouvés Félix Tshisekedi, le Président congolais, Faure Gnassingbé, le médiateur désigné par l’Union africaine, et un vieux sage de la politique africaine, Olusegun Obasanjo. L’ancien chef d’État nigérian, habitué des dossiers complexes, avait été mandaté par l’UA pour faciliter ce dialogue.

Dans la salle, on ne s’est pas contenté de belles paroles. On a parlé concret. On a parlé d’une trêve, d’abord. Et ensuite, d’un vrai dialogue, cette fois.

Mais voilà. Le communiqué angolais, aussi solennel soit-il, contient une réserve de taille. Le cessez-le-feu ne sera effectif que si les deux parties — Kinshasa et le M23 — l’acceptent publiquement et formellement. Luanda a tendu la perche. Reste à savoir si les belligérants voudront la saisir, ou s’ils préféreront continuer à s’observer en chiens de faïence, doigt sur la gâchette.

Ce n’est pas tout. L’Angola ne veut pas d’une simple pause militaire. Elle veut un processus politique. Dans les prochains jours, ou les prochaines semaines, Luanda annoncera le lancement de la « phase préparatoire » d’un dialogue intercongolais. Ce ne sera pas une simple empoignade entre le gouvernement et les rebelles. On y invitera aussi des acteurs politiques, des chefs communautaires, des représentants de la société civile.

L’objectif ? Ne plus se contenter de panser les plaies. Creuser jusqu’aux racines du mal : la gouvernance locale défaillante, l’insécurité chronique, l’intégration impossible des combattants dans une vie normale.

Alors, sera-ce la bonne ? Depuis plus de deux décennies, l’est de la RDC est une terre de promesses non tenues. Mais cette fois, le ton a changé. Ce n’est plus une puissance étrangère qui dicte la paix. C’est l’Afrique elle-même, par la voix de ses présidents et de ses sages, qui dit : « Assez. »

Le 18 février approche. Le monde diplomatique retient son souffle. À Goma, à Bunia, dans les collines du Nord-Kivu, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants attendent, eux aussi. Ils attendent de voir si cette date restera gravée comme celle d’un sursis, ou celle d’un nouveau départ.

la cheffe de la MONUSCO à Goma pour activer le mécanisme de vérification du cessez-le-feu

GOMA – La cheffe intérimaire de la MONUSCO, Vivian van de Perre, arrive ce jeudi 12 février à Goma. Elle effectue la première arrivée aérienne dans la ville depuis janvier 2025. En effet, l’accès aérien restait interrompu depuis des mois.

Cette mission suit des consultations avec les autorités congolaises. Elle prépare surtout la mise en œuvre du mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Ce dispositif découle de la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité.

Un appui technique ciblé

Vivian van de Perre concentre sa visite sur un appui technique et logistique. Elle soutient la CIRGL à travers le mécanisme EJVM+. Ainsi, la MONUSCO veut renforcer le suivi du cessez-le-feu.

Elle l’a dit clairement. Elle vient appuyer la préparation du suivi et de la vérification. De plus, elle travaille en coordination avec l’architecture du cessez-le-feu.

Par ailleurs, la MONUSCO insiste sur un point sensible. Elle agit dans le respect de la souveraineté congolaise. Donc, elle évite toute perception d’ingérence.

La responsable onusienne prévoit aussi des rencontres locales. Ces échanges doivent faciliter les aspects pratiques du mécanisme. Ainsi, les acteurs locaux pourront mieux coordonner leurs actions.

Un moment clé pour le processus de paix

Cette visite intervient dans un climat fragile. En effet, plusieurs cessez-le-feu tiennent difficilement sur le terrain. Donc, beaucoup observent cette mission de près.

La MONUSCO et la CIRGL jouent leur crédibilité. Elles doivent déployer rapidement le mécanisme de vérification. Sinon, la confiance risque de s’éroder.

Même technique, cette visite reste politique. Elle doit prouver une chose : les engagements de Washington, Doha et Addis-Abeba peuvent produire des effets concrets. Finalement, tout se jouera sur le terrain.

Lutte anticorruption : les États-Unis renforcent leur partenariat avec la RDC

KINSHASA – La lutte contre la corruption franchit un cap diplomatique. Le nouveau chargé d’affaires des États-Unis en RDC, Ian J. McCary, a été reçu ce mercredi 11 février par le garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, pour sceller une volonté commune d’intensifier la coopération judiciaire entre Kinshasa et Washington.

Au cœur des échanges : le soutien américain aux réformes engagées par le ministère de la Justice pour assainir et moderniser le système judiciaire congolais.

Un partenariat technique et stratégique

La rencontre a permis de définir plusieurs axes de collaboration concrète :

  • Appui technique et partage d’expertise pour renforcer les capacités institutionnelles

  • Consolidation des mécanismes de lutte anticorruption

  • Modernisation de l’administration pénitentiaire

Ian J. McCary a exprimé « la disponibilité de son pays à accompagner les efforts entrepris par le ministre Ngefa » , témoignant de l’engagement renouvelé de Washington aux côtés de Kinshasa.

L’État de droit, levier de développement économique

Guillaume Ngefa a réaffirmé la détermination du gouvernement congolais à promouvoir « l’État de droit et la bonne gouvernance, nécessaires pour favoriser un meilleur climat des affaires » . Une déclaration qui s’inscrit dans la stratégie plus large de l’exécutif : rassurer les partenaires internationaux et attirer les investissements par des institutions plus transparentes et crédibles.

Un signal fort avant le sommet de l’UA

Cette rencontre intervient à un moment stratégique, alors que la RDC vient d’être réélue au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine et multiplie les offensives diplomatiques. Elle traduit une convergence de vues entre Kinshasa et Washington sur la nécessité de lutter contre la prédation des ressources publiques, condition sine qua non d’une gouvernance légitime et d’un développement durable.

Des réformes sous haute surveillance

Si ce partenariat renforcé constitue une marque de confiance, il place également la RDC sous le regard attentif de ses partenaires. Les annonces devront désormais se traduire par des actes concrets : poursuites judiciaires contre les grands corrupteurs, récupération des avoirs détournés, et amélioration tangible de l’indépendance et de l’efficacité de la justice.

Le gouvernement congolais dispose désormais d’un allié de poids dans sa croisade anticorruption. Reste à transformer cette ambition affichée en résultats mesurables sur le terrain judiciaire.