Enseignement supérieur à Goma et Bukavu : Le Gouvernement refuse la transformation de l’université en butin de guerre (Communiqué)

Face à l’ingérence des rebelles de l’AFC/M23 dans la gestion des universités publiques, le Gouvernement congolais a pris une série de mesures conservatoires, ciblées et temporaires concernant onze (11) établissements identifiés à Goma et Bukavu. C’est ce qu’annonce un communiqué officiel du ministère de la Communication et Médias du mercredi 27 août 2026.

D’après ce document, l’Exécutif national motive ces mesures par sa volonté de protéger les étudiants, préserver la régularité de leurs parcours et la valeur de leurs diplômes, et empêcher que l’enseignement supérieur congolais ne devienne un butin de guerre.

« Prises pendant les vacances académiques, à la charnière entre deux années, ces mesures ne constituent ni une fermeture générale de l’enseignement supérieur au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, ni un abandon des populations vivant dans les zones sous occupation », lit-on dans ce document.

Au contraire, souligne-t-il, « elles visent à organiser, avant le démarrage de l’année académique 2026-2027, l’orientation et la continuité des études des étudiants dans des établissements répondant aux exigences légales de la République ».

Dans la foulée, le Gouvernement rassure que les acquis académiques régulièrement obtenus demeurent protégés et aucun étudiant n’est appelé à recommencer son parcours à zéro. Ces mesures feront l’objet d’un suivi permanent et seront réévaluées en fonction de l’évolution de la situation sécuritaire, du rétablissement de la légalité institutionnelle et des conditions de fonctionnement régulier.

Pourquoi ces mesures ?

Pour le Gouvernement congolais, le fondement de la décision est l’ingérence grave constatée dans le fonctionnement de certaines institutions publiques. Il dénonce notamment l’éviction des comités de gestion régulièrement investis et l’installation irrégulière de membres de l’AFC/M23, supplétifs du Rwanda, dans des responsabilités académiques à Goma et Bukavu.

« Ces mesures conservatoires trouvent leur fondement juridique solide dans les articles 42, 43 et 45 de la Constitution de la RDC, ainsi que dans la Loi-cadre n°14/004 du 11 février 2014 de l’enseignement national », déclare-t-il.

Et de renchérir : « ces mesures s’inscrivent également dans les principes consacrés à l’article 13 du Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, à l’article 17 de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples, aux standards de l’UNESCO relatifs à l’autonomie universitaire et à la protection de l’éducation, ainsi qu’à la Résolution 2601 (2021) du Conseil de sécurité des Nations Unies relative à la protection et à la continuité de l’éducation en période de conflit armé ».

Au regard de ces exigences, précise le Gouvernement, il serait irresponsable de laisser se poursuivre un cursus dont la régularité serait compromise.

Pour Kinshasa, l’occupation d’une partie du territoire national ne confère ni au Rwanda ni à l’AFC/M23 une quelconque compétence administrative ou académique, soulignant que « les Comités de gestion régulièrement investis demeurent les seules autorités habilitées à engager les établissements concernés ».

Le sort des enseignants : pas d’abandon, mais pas de financement de l’agression

Dans son communiqué, le Gouvernement rappelle que l’État n’a jamais abandonné les enseignants qui subissent les conséquences de l’agression. Ceux régulièrement reconnus continuent à percevoir leur rémunération, y compris les enseignants qui sont déplacés, réfugiés ou empêchés d’exercer du fait de l’occupation.

Concernant les cas de collaboration présumée avec l’AFC/M23, il informe que les situations individuelles sont examinées conformément aux procédures en vigueur et dans le respect des droits de la défense.

La République, selon le communiqué, demeure solidaire de ceux qui subissent la guerre et ne saurait, dans le même temps, financer ceux qui ont rejoint un mouvement engagé dans l’agression contre la République.

« L’occupation n’entraîne pas, à elle seule, l’arrêt des services publics. Dans tous les secteurs, il continue à prendre en charge ses agents, à soutenir les structures publiques et à assurer, autant que possible, la continuité des services au bénéfice des populations vivant dans les zones sous occupation », rappelle le Gouvernement.

Par ailleurs, l’État congolais réaffirme sa détermination à protéger les étudiants, la régularité de leurs parcours et la valeur de leurs diplômes.

En outre, le Gouvernement promet de préserver les droits des enseignants régulièrement reconnus, poursuivre en même temps tous les efforts nécessaires pour mettre fin à l’agression, restaurer pleinement l’autorité de l’État dans les territoires occupés et rétablir le fonctionnement régulier des institutions de la République.

RDC : Tshisekedi convoque le dialogue national et verrouille la porte aux armes et à l’AFC/M23

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, a annoncé, jeudi 27 août 2026, l’ouverture du dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de la République Démocratique du Congo.

Lors de son allocution, Félix Tshisekedi a souligné que ce dialogue ne constituera ni une négociation avec l’agresseur ou ses supplétifs ni un moyen détourné de remettre en cause le choix souverain du peuple congolais exprimé par les urnes. Il rappelle en effet que les institutions continueront d’exercer pleinement leurs prérogatives jusqu’au terme constitutionnel de leurs mandats.

Selon le Chef de l’État, cette initiative souveraine, conçue par les congolais et pour les congolais, a été décidée après consultation des institutions de la République, de toutes les couches sociales du pays et de plusieurs pairs de la sous-région. L’objectif, poursuit-il, est de réunir tous les acteurs pour défendre la République, consolider la paix et protéger les intérêts stratégiques.

Doha reste le seul cadre pour l’AFC/M23

Félix Tshisekedi a verrouillé le périmètre politique de ce dialogue. Le processus de Doha, a-t-il précisé, « demeure le cadre approprié pour traiter avec l’AFC/M23 des questions relatives à la cessation des hostilités, au désengagement, au cantonnement et au désarmement ».

Pour le Président congolais, l’ambition est de ne plus seulement répondre aux crises, mais d’en « traiter enfin les ressorts profonds ». Cela implique de cesser d’envisager l’avenir du pays à travers le seul prisme des appartenances politiques et des sensibilités communautaires.

Dans la foulée, Félix Tshisekedi a défini la cohésion nationale non comme l’effacement des divergences, mais comme le respect des différences et la liberté du débat.

Un dialogue qui ne commencera pas à Kinshasa

La grande innovation est son ancrage territorial. D’après l’annonce du Chef de l’État, le dialogue ne commencera pas à Kinshasa, mais dans les 26 provinces de la République Démocratique du Congo.

En effet, une vaste consultation politique et technique sera organisée en prélude de ces assises nationales. Des forums préliminaires réuniront au chef-lieu les populations, les autorités locales, les députés nationaux et sénateurs de la province, les entités territoriales décentralisées, les partis de la majorité et de l’opposition, la société civile, les autorités coutumières, les confessions religieuses et les milieux professionnels et scientifiques.

« Chaque province devra établir en toute franchise, son propre diagnostic : insécurité, conflits fonciers et coutumiers, tensions communautaires, inégalités, blocages administratifs et réformes nécessaires », a-t-il déclaré.

Bien plus, la consultation sera élargie aux institutions publiques, aux organisations des femmes, des jeunes, des travailleurs, des personnes vivant avec handicap, ainsi qu’aux entrepreneurs, agriculteurs, enseignants, chercheurs, artistes, professionnels de santé, acteurs de l’informel et à la diaspora congolaise.

Toutes ces contributions seront consolidées dans un document de synthèse nationale qui servira de socle aux travaux. Une façon, pour la République, de garantir que « les assises de Kinshasa ne seront pas le point de départ du Dialogue, mais l’aboutissement d’une parole recueillie à travers tout le pays ».

Nul ne sera exclu, mais les armes ne donnent aucun droit

Le Chef de l’État promet une parole « libre, contradictoire et responsable », où « nul ne sera exclu en raison de ses opinions, de ses critiques, de son appartenance politique ou de son ethnie ».

En revanche, il rappelle que « nul ne peut prétendre s’asseoir à la table de la Nation tout en prenant les armes contre elle ».

« Aucune arme ne conférera à son porteur un droit supérieur à celui que le suffrage reconnaît au citoyen. Aucune conquête militaire ne pourra être convertie en légitimité politique », a-t-il martelé.

Dialogue entre Congolais : Félix Tshisekedi s’adresse à la Nation ce jeudi soir

À l’heure où la République démocratique du Congo traverse une période marquée par de multiples défis politiques, sécuritaires et sociaux, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo prendra la parole ce jeudi 27 août dans la soirée pour s’adresser directement aux Congolais.

Placée sous le thème du « Dialogue entre Congolais », cette adresse à la Nation est attendue comme un moment important de la séquence politique actuelle, alors que plusieurs dossiers majeurs continuent d’alimenter le débat public.

Une prise de parole attendue sur les grands enjeux du moment

Cette intervention intervient dans un contexte où les attentes restent fortes aussi bien au sein de la classe politique que de la société civile et de l’opinion publique.

Le chef de l’État devrait revenir sur les principales préoccupations qui traversent le pays et préciser les orientations qu’il entend donner à l’action publique dans les prochains mois.

Sans que le contenu officiel de l’allocution n’ait été dévoilé, cette prise de parole pourrait permettre d’éclairer les prochaines étapes de la démarche de concertation engagée autour du dialogue national.

Le dialogue au cœur du message présidentiel

En choisissant le thème du « Dialogue entre Congolais », Félix Tshisekedi place la question de la cohésion nationale au centre de son intervention.

Cette adresse pourrait être l’occasion de rappeler le rôle du dialogue dans la consolidation de la paix, de la stabilité institutionnelle et du vivre-ensemble, alors que le pays fait face à des défis persistants sur plusieurs fronts.

Le président devrait ainsi s’adresser directement aux différentes composantes de la société congolaise, dans un contexte où les mécanismes de concertation sont régulièrement présentés comme un levier pour préserver l’unité nationale.

Une allocution suivie de près

L’intervention présidentielle sera suivie avec attention par les acteurs politiques, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires de la RDC, qui attendent des précisions sur les prochaines orientations du pays.

À quelques heures de cette allocution, une certitude s’impose : le discours de Félix Tshisekedi s’annonce comme l’un des rendez-vous politiques les plus attendus de cette fin de mois d’août, dans un contexte où les appels au dialogue occupent une place croissante dans le débat national.

Tshisekedi lance une campagne permanente de solidarité nationale : « Un véritable sursaut républicain »

En donnant le coup d’envoi, ce jeudi 27 août, à une campagne de solidarité nationale appelée à s’inscrire dans la durée, le président Félix-Antoine Tshisekedi a voulu dépasser le symbole d’une simple opération de collecte de dons. Pour le chef de l’État, cette initiative doit ouvrir une nouvelle séquence où la solidarité devient un réflexe collectif et un pilier de la cohésion nationale.

Devant les participants réunis à Kinshasa, le président a présenté cette campagne comme le point de départ d’un engagement citoyen permanent en faveur des Congolais confrontés aux situations de détresse.

« Le lancement de la campagne de solidarité nationale à caractère permanent ne consiste pas seulement à mettre en place un mécanisme de collecte de dons ; il marque le commencement d’un véritable sursaut républicain », a déclaré Félix-Antoine Tshisekedi.

Une campagne pour inscrire la solidarité dans la durée

Portée par le ministère des Affaires sociales, de l’Action humanitaire et de la Solidarité, cette initiative cible en priorité les populations les plus vulnérables.

Elle concerne notamment les déplacés internes touchés par les violences dans l’Est de la République démocratique du Congo, les victimes de catastrophes naturelles ainsi que d’autres personnes confrontées à des situations de précarité.

Pour le chef de l’État, la solidarité doit désormais s’installer durablement dans les institutions, les comportements et les valeurs qui fondent la vie collective.

Il a ainsi appelé les Congolais à réveiller « cette force généreuse » qui, selon lui, caractérise le peuple congolais lorsqu’il refuse d’abandonner ses compatriotes dans l’épreuve.

Ève Bazaiba appelle à une mobilisation de tous les Congolais

Chargée de conduire cette campagne, la ministre des Affaires sociales, Ève Bazaiba, a lancé un appel à l’ensemble des composantes de la société.

Les opérateurs économiques, les fonctionnaires, les artisans, les membres de la diaspora ainsi que les citoyens sont invités à participer à cet élan de solidarité.

« Chaque geste compte, chaque don sauve une vie », a déclaré la ministre, plaidant pour que l’entraide devienne un engagement permanent plutôt qu’une réaction ponctuelle aux crises.

Faire de l’entraide un pilier de la cohésion nationale

À travers cette campagne, le gouvernement entend redonner une place centrale aux valeurs d’entraide, de patriotisme et d’amour du prochain.

L’ambition affichée est de bâtir un mécanisme durable capable d’apporter un soutien continu aux Congolais les plus exposés aux crises humanitaires et sociales.

Pour Félix Tshisekedi, le véritable défi ne réside pas seulement dans la collecte des contributions, mais dans la capacité à transformer cette mobilisation en un réflexe collectif, capable de renforcer durablement la responsabilité citoyenne et la cohésion nationale.

Ituri : malgré Ebola, la rentrée scolaire du 1er septembre est maintenue, les écoles passent en mode prévention

Bunia. Les salles de classe ouvriront bien leurs portes. Malgré les inquiétudes grandissantes liées à l’épidémie de maladie à virus Ebola, les autorités éducatives de l’Ituri ont confirmé que la rentrée scolaire 2026-2027 se tiendra comme prévu le mardi 1er septembre. Face aux appels au report formulés par plusieurs organisations d’enseignants et de jeunes, elles misent sur une autre stratégie : transformer les écoles en première ligne de la prévention.

Cette décision a été réaffirmée jeudi 27 août à Bunia, à l’issue d’un atelier consacré au renforcement des capacités des inspecteurs et acteurs du secteur éducatif sur les mesures de protection contre Ebola.

Former les écoles avant l’arrivée des élèves

Pendant deux jours, 50 inspecteurs, cadres éducatifs et représentants des écoles privées et des parents ont été formés aux techniques de prévention contre Ebola.

Avec les sessions organisées dans les divisions Ituri 2 et Ituri 3, ce sont désormais 150 formateurs qui sont prêts à être déployés à travers la province.

Leur mission est claire : former les chefs d’établissement, les enseignants et les comités de parents afin que les messages de prévention atteignent ensuite les élèves et leurs familles.

Pour Ngona Kivi Jean-Baptiste, chef de service général assurant l’intérim du Directeur provincial de l’EDU-NC Ituri 1, cette approche doit faire de chaque école un relais de la riposte sanitaire.

« Nous avons formé des inspecteurs, des cadres de la direction provinciale ainsi que des membres de l’ANAPECO et de l’ASONEPA. Ils seront déployés dans les sous-divisions pour transmettre ces connaissances aux directeurs d’école et aux enseignants. Nous avons foi que cette sensibilisation, relayée jusqu’aux élèves puis à leurs familles, contribuera à faire disparaître la maladie de notre province », a-t-il déclaré.

Les formations portent notamment sur l’identification des comportements à risque, l’application des mesures barrières et les méthodes de sensibilisation en milieu scolaire.

Les autorités refusent de repousser la rentrée

Le maintien du calendrier scolaire intervient après plusieurs appels au report.

L’Intersyndicale de l’Ituri 1 avait estimé que la poursuite de l’épidémie exposait enseignants et élèves à des risques importants. De son côté, le Parlement des jeunes de l’Ituri plaidait également pour un délai supplémentaire afin d’évaluer l’évolution de la situation sanitaire.

Les autorités provinciales ont toutefois choisi de maintenir la reprise des cours.

Le PROVED intérimaire a confirmé que les établissements ouvriront bien le 1er septembre, avec un dispositif sanitaire renforcé dans toutes les écoles.

« La rentrée scolaire est fixée au mardi 1er septembre 2026. Il y aura effectivement rentrée. Nous sommes dans la philosophie de Son Excellence Monsieur le Gouverneur de province, qui veut que tous les élèves aillent à l’école. Tous les dispositifs de lavage des mains et de protection contre la maladie seront installés dans les écoles », a-t-il assuré.

Une rentrée sous haute vigilance sanitaire

La prochaine étape consiste désormais à déployer rapidement les formateurs dans les différentes sous-divisions afin que chaque établissement soit préparé avant l’arrivée des élèves.

L’opération bénéficie de l’appui financier et logistique de l’Incident Management de la riposte contre Ebola, avec le soutien du programme STAR-RDC.

Dans une province où l’épidémie continue d’alimenter les inquiétudes, les autorités cherchent ainsi à concilier deux impératifs : garantir la continuité de l’éducation et renforcer la prévention sanitaire.

La rentrée du 1er septembre s’annonce donc particulière. Plus qu’un simple retour en classe, elle constituera un test grandeur nature pour la capacité des écoles de l’Ituri à faire respecter les mesures de prévention tout en maintenant la confiance des élèves, des enseignants et des parents.

L’abrutissement numérique des deux Congo : « Quand TikTok devient un champ de bataille identitaire » (Evrard NANGHO)

Dans une réflexion percutante intitulée « l’abrutissement numérique des deux Congo », Evrard NANGHO alerte sur la dérive de TikTok entre Kinshasa et Brazzaville. Pensée comme un outil de créativité, la plateforme est devenue, selon lui, un champ de bataille identitaire où l’algorithme prime la provocation à la nuance, transformant des querelles dérisoires autour du nom Congo ou des symboles nationaux en haine, insultes et déshumanisation. Pour l’auteur, deux capitales séparées par un fleuve devraient être une richesse et non une source d’affrontement.

Ci-dessous, l’intégralité de son analyse :

L’essor de TikTok constitue l’un des phénomènes majeurs de la révolution numérique contemporaine. Développée par le groupe chinois ByteDance, cette plateforme a profondément bouleversé l’univers des réseaux sociaux, longtemps dominé par les géants technologiques américains. Elle devait être, à l’origine, un formidable outil de créativité, de divertissement, d’expression et de rapprochement entre les peuples.

Pourtant, dans l’espace des deux Congo, TikTok semble progressivement prendre une tout autre tournure. Au lieu d’être un espace de découverte, de dialogue et de valorisation culturelle, la plateforme tend parfois à se transformer en tribunal populaire, en arène politique et en champ de bataille numérique où s’affrontent identités nationales, susceptibilités collectives, influenceurs et communautés virtuelles.

Quand le numérique devient un instrument de division

Depuis quelque temps, les débats entre internautes de la République du Congo et de la République Démocratique du Congo se multiplient autour de sujets souvent dérisoires : l’appellation « Congo », les symboles nationaux, les artistes, les personnalités publiques, les capitales ou encore des querelles historiques et culturelles.

Le problème n’est évidemment pas l’existence du débat. Une société démocratique a besoin de contradiction, de confrontation d’idées et de liberté d’expression. Le véritable problème apparaît lorsque le débat se transforme en humiliation, en haine, en diffamation, en calomnie et en déshumanisation de l’autre.

Aujourd’hui, une partie des échanges numériques franchit malheureusement une ligne rouge : les insultes visant publiquement les autorités, les artistes, les intellectuels et, plus largement, les citoyens des deux pays deviennent monnaie courante.

La liberté d’expression ne signifie pourtant pas l’abolition de toute responsabilité. La liberté de parole n’est pas un permis d’insulter ; l’anonymat numérique n’est pas une immunité juridique. La diffamation, les menaces, le harcèlement et l’incitation à la haine peuvent avoir des conséquences humaines, sociales et, selon les législations applicables, judiciaires.

Deux peuples, deux États, une histoire entremêlée

Brazzaville et Kinshasa constituent une configuration géographique et humaine exceptionnelle : deux capitales séparées par un fleuve, mais reliées par une proximité culturelle, linguistique, historique et humaine extraordinaire.

Cette proximité devrait être considérée comme une richesse stratégique plutôt que comme une source permanente de confrontation.

Les deux États sont issus d’une histoire coloniale distincte et de processus historiques différents, mais leurs frontières contemporaines ont été profondément façonnées par la période coloniale européenne. Cette histoire ne devrait cependant pas être utilisée pour alimenter artificiellement une rivalité permanente entre deux peuples dont les liens humains, culturels et familiaux sont antérieurs aux frontières politiques actuelles.

La France et la Belgique ont été des puissances coloniales déterminantes dans la formation des territoires correspondant aujourd’hui aux deux États. Mais l’héritage colonial ne doit pas devenir un prétexte pour reproduire, entre Africains, des divisions que l’histoire a déjà suffisamment exploitées.

Nous sommes deux États souverains, mais nous ne sommes pas deux peuples condamnés à se détester.

La géopolitique de la provocation numérique

Il faut également comprendre que les réseaux sociaux ne sont jamais totalement neutres dans leurs effets sociaux et politiques.

Les algorithmes privilégient souvent les contenus qui suscitent de fortes réactions : colère, indignation, controverse, humiliation ou confrontation. Dans cet environnement, le contenu intelligent et nuancé peut paradoxalement être moins visible que la provocation.

C’est ainsi que certains influenceurs, artistes ou créateurs de contenu peuvent être tentés de transformer la polémique en modèle économique : plus de provocation, plus de vues ; plus de vues, plus d’audience ; plus d’audience, plus de revenus et d’influence.

Le risque est alors de transformer une jeunesse entière en spectatrice permanente d’un conflit virtuel sans véritable enjeu pour son avenir.

À quoi sert de savoir qui a insulté qui sur TikTok si, parallèlement, nos jeunes manquent d’opportunités économiques, d’emplois, de formations, d’infrastructures et de perspectives ?

À quoi sert de gagner une guerre de hashtags lorsqu’on perd la bataille du développement ?

TikTok ne doit pas devenir un far west numérique

TikTok ne doit pas devenir un espace de non-droit où chacun peut déverser sa haine, régler ses comptes, humilier son voisin ou mobiliser des milliers de personnes contre un individu ou une communauté.

La technologie doit rester au service de l’être humain.

Dans le contexte des deux Congo, cette plateforme pourrait au contraire devenir un formidable instrument de diplomatie populaire et culturelle : promouvoir nos musiques, nos langues, notre histoire, notre gastronomie, nos entrepreneurs, nos universités, nos artistes, nos écrivains et nos innovations.

Pourquoi ne pas utiliser TikTok pour organiser des débats intellectuels entre Kinshasa et Brazzaville ? Pourquoi ne pas y promouvoir les échanges économiques et culturels ? Pourquoi ne pas créer des ponts entre nos jeunesses au lieu d’entretenir artificiellement des antagonismes ?

Nous avons suffisamment de problèmes réels pour ne pas avoir besoin d’en fabriquer de nouveaux sur Internet.

Aux autorités : il est temps de responsabiliser l’espace numérique

Les autorités des deux rives doivent prendre la mesure de cette dérive.

Il ne s’agit évidemment pas de criminaliser la jeunesse, ni de confondre critique politique et haine, encore moins de porter atteinte à la liberté d’expression.

Il s’agit de rappeler un principe élémentaire de l’État de droit : toute liberté implique une responsabilité.

Les plateformes numériques doivent respecter les législations nationales, coopérer avec les autorités compétentes lorsqu’elles y sont légalement tenues et mettre en place des mécanismes efficaces contre le harcèlement, les menaces et les campagnes coordonnées de diffamation.

Les influenceurs et créateurs de contenu doivent également comprendre que leur responsabilité est proportionnelle à leur capacité d’influence. Celui qui s’adresse à des centaines de milliers de personnes ne peut pas se comporter comme s’il parlait seul dans son salon.

Quant aux artistes et personnalités publiques qui utilisent leurs communautés numériques pour régler des comptes personnels, ils devraient mesurer les conséquences sociales de leurs actes.

L’influence n’est pas un privilège sans responsabilité : c’est un pouvoir social qui doit être exercé avec discernement.

Faut-il aller jusqu’à suspendre TikTok ?

La question mérite d’être posée, même si elle est extrêmement délicate sur le plan juridique et démocratique.

Une suspension temporaire de TikTok dans les deux Congo pourrait, pour certains, apparaître comme une mesure radicale destinée à provoquer un électrochoc et à mettre fin à l’escalade numérique.

Mais une telle décision ne devrait jamais être prise comme une simple mesure de représailles ou de discipline collective. Elle devrait être soumise aux principes de nécessité, de proportionnalité, de légalité et de contrôle juridictionnel, car une fermeture générale d’une plateforme touche également des citoyens, des entreprises, des artistes et des entrepreneurs qui l’utilisent légitimement.

Il existe peut-être des mesures moins brutales : renforcer la lutte contre le cyberharcèlement, poursuivre les auteurs de menaces et de diffamation lorsqu’il y a infraction, responsabiliser les influenceurs, développer l’éducation aux médias et au numérique, sensibiliser les jeunes et imposer davantage de transparence aux plateformes.

L’objectif ne doit donc pas être de faire taire les citoyens, mais de mettre fin à l’impunité numérique.

Nous ne devons pas laisser un algorithme nous diviser

L’histoire nous enseigne que les divisions artificiellement entretenues finissent toujours par produire des conséquences bien réelles.

Aujourd’hui, TikTok peut être une arme de division. Mais il peut tout aussi bien devenir un instrument de rapprochement.

Le choix nous appartient.

Les Congolais des deux rives ont des désaccords, c’est normal. Les États ont des intérêts différents, c’est la réalité de la géopolitique. Les peuples peuvent se critiquer, se confronter et même se disputer.

Mais le désaccord ne doit jamais devenir la haine et la concurrence ne doit jamais devenir la déshumanisation.

Kinshasa et Brazzaville ne sont pas condamnées à devenir deux camps ennemis séparés par un fleuve.

Elles peuvent devenir deux pôles complémentaires d’un même espace culturel, économique et humain.

Il est donc temps de mettre fin à cette forme d’« abrutissement numérique » qui transforme nos différences en hostilités et nos téléphones en armes symboliques.

Nous devons apprendre à utiliser les réseaux sociaux pour construire plutôt que pour détruire, pour instruire plutôt que pour abrutir, pour rapprocher plutôt que pour diviser.

Car au fond, la véritable question n’est pas de savoir quel Congo gagnera la prochaine bataille sur TikTok.

La véritable question est de savoir quel Congo et quelle jeunesse congolaise gagnera la bataille du développement, de l’intelligence, de la dignité et de l’avenir.

Et cette bataille-là mérite infiniment plus de vues, plus de débats et plus d’engagement que toutes les querelles TikTok réunies.

Derrière un écran, les mots semblent légers ; dans la société, leurs conséquences peuvent être lourdes.

« Celui qui transforme sa colère en insulte ne gagne pas un débat : il révèle seulement les limites de son argumentation ».

« La liberté d’expression est un droit ; l’irresponsabilité dans son exercice n’est pas une vertu ».

« Quand l’intelligence quitte le débat, l’insulte prend la parole ; quand la raison disparaît, la haine devient un spectacle ».

Kimpese vise les 1 000 participants : le PPC Cristal Mount Challenge revient pour une ascension spectaculaire du Mont Cristal

Kimpese s’apprête à vibrer au rythme du trail. Ce samedi 29 août 2026, les sentiers du Mont Cristal, dans la province du Kongo Central, accueilleront la cinquième édition du PPC Cristal Mount Challenge. Au fil des années, cette épreuve est devenue l’un des rendez-vous sportifs les plus attendus de la région.

Après avoir réuni plus de 650 participants lors de la précédente édition, les organisateurs voient plus grand. Cette année, ils veulent franchir le cap symbolique des 1 000 participants. Ils souhaitent aussi transformer cette ascension en une grande fête du sport, du dépassement de soi et de la découverte du patrimoine naturel congolais.

Le départ sera donné à 8 heures.

Dix kilomètres entre défi sportif et découverte du Mont Cristal

Le parcours propose une marche et une course trail de 10 kilomètres. Dans les deux cas, les participants viseront le sommet du Mont Cristal.

L’événement rassemblera des coureurs expérimentés. Il accueillera aussi des marcheurs, des passionnés de sport, des collaborateurs d’entreprise, des partenaires et des habitants de Kimpese. Ainsi, chacun pourra relever un défi accessible au plus grand nombre.

Au-delà de la performance, cette édition mise sur un mode de vie actif. Elle veut également mettre en valeur le potentiel touristique du Kongo Central. Les paysages du Mont Cristal constituent d’ailleurs l’un des principaux atouts du parcours.

Jusqu’à 500 dollars pour les vainqueurs

Les organisateurs veulent renforcer l’esprit de compétition. Ils ont donc prévu plusieurs récompenses financières pour les meilleurs participants.

Le vainqueur de chaque catégorie remportera 500 dollars américains. Ensuite, les deuxièmes recevront 300 dollars. Enfin, les troisièmes repartiront avec 200 dollars.

Les concurrents classés entre la 4ᵉ et la 10ᵉ place recevront également une récompense. Cette formule encourage les performances au-delà du podium. Elle maintient aussi la motivation jusqu’à la ligne d’arrivée.

Une formule spéciale pour attirer les participants de Kinshasa

Les organisateurs souhaitent élargir la mobilisation au-delà de Kimpese. C’est pourquoi ils ont créé une formule spéciale pour les habitants de Kinshasa.

L’inscription coûte 25 dollars. Ce tarif comprend le transport aller-retour entre Kinshasa et Kimpese. En revanche, les personnes qui s’inscrivent directement à Kimpese paieront 15 dollars.

Chaque participant recevra un T-shirt officiel et un dossard. En outre, l’équipe organisatrice pourra accompagner ceux qui souhaitent réserver un hébergement ou organiser leur restauration sur place.

Un rendez-vous qui grandit d’année en année

À quelques jours du départ, la campagne de mobilisation entre dans sa dernière ligne droite. Les organisateurs multiplient les actions sur les réseaux sociaux, dans les médias et sur le terrain.

Cette cinquième édition marque une nouvelle étape dans l’évolution du PPC Cristal Mount Challenge. Désormais, l’événement ambitionne de s’imposer parmi les plus grands rendez-vous de trail en République démocratique du Congo.

Le rendez-vous est fixé au 29 août à Kimpese. Les participants retrouveront une nouvelle fois le Mont Cristal, où le sport, la nature et l’esprit collectif se rencontreront sur un même parcours.

RDC : Félix Tshisekedi annonce 1,258 milliard USD pour 1 004,5 km de rail sur le corridor de Lobito

Le Président de la République, Félix Tshisekedi, a officialisé mercredi 26 août 2026, à Kinshasa, en présence de son homologue angolais, João Lourenço, la mise en concession de la ligne ferroviaire Dilolo-Sakania, un maillon clé du tronçon du corridor de Lobito.

Il s’agit d’un projet d’envergure, avec la réhabilitation et l’exploitation de 1 004,5 kilomètres de chemin de fer reliant Dilolo, à la frontière avec l’Angola, à Sakania, aux portes de la Zambie.

Cet axe traverse également le Grand Katanga, notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, au cœur de l’espace minier, industriel et agricole de la République Démocratique du Congo.

Cette opération mobilisera un investissement indicatif de près de 1,258 milliard de dollars américains. Le contrat, d’une durée de 30 ans, prévoit à son terme la rétrocession complète des infrastructures à l’État congolais.

Un modèle financier sans risque pour le Trésor public

L’architecture du contrat a été pensée pour protéger les finances de l’État. Selon Félix Tshisekedi, le concessionnaire assume seul le financement et le risque trafic.

« Le financement du projet et le risque lié au trafic seront assumés par le concessionnaire, sans garantie souveraine, sans subvention d’exploitation et sans garantie de revenu minimum à la charge de la République », a précisé Félix Tshisekedi, tout en signifiant que l’État bénéficiera, en outre, d’une participation d’au moins 10 % dans la société de projet, d’une représentation au sein de ses organes de gouvernance ainsi que d’une redevance de concession équivalant à 7,5 % du chiffre d’affaires annuel brut.

Outre cela, la RDC s’assure une participation d’au moins 10% dans la future société de projet et une représentation dans sa gouvernance.

La SNCC maintenue, pas de monopole

Pour dissiper toute polémique sur une éventuelle privatisation déguisée, Félix Tshisekedi a tenu à faire le point.

« Ce contrat ne privatise pas la Société Nationale des Chemins de fer du Congo. Il ne crée pas davantage un monopole ferroviaire. La ligne restera ouverte aux opérateurs qualifiés dans des conditions transparentes, équitables et non discriminatoires. La SNCC conservera l’exclusivité du transport des voyageurs et continuera d’exercer son droit de transporter des marchandises. Les intérêts de l’État congolais ont donc été préservés », a-t-il affirmé.

Concrètement, la ligne restera ouverte à la concurrence pour le fret, tandis que la SNCC garde l’exclusivité du transport des passagers et son droit historique de transporter des marchandises.

Un pari pour l’industrialisation et l’intégration régionale

Au-delà des rails, l’enjeu est stratégique. Ce tronçon est le chaînon manquant pour connecter la RDC à l’Atlantique via le port angolais de Lobito, une alternative cruciale à la route vers Durban ou Dar-es-Salaam.

Le Chef de l’État voit dans ce projet un levier majeur : « Aujourd’hui, nous avons franchi une étape majeure avec la signature du contrat de concession relatif à la ligne ferroviaire Dilolo–Sakania, composante essentielle du tronçon congolais de ce corridor stratégique ».

Et d’ajouter : « Cette concession prévoit la mobilisation d’un investissement indicatif de près de 1,258 milliard de dollars américains. Ces ressources seront consacrées aux études, à la réhabilitation, à la modernisation, à l’extension, à l’exploitation et à la maintenance de la ligne ».

À en croire le Président congolais, l’objectif est de faire chuter les coûts logistiques, qui représentent jusqu’à 30% du prix final du cuivre et du cobalt congolais, de sécuriser les approvisionnements et de fluidifier la circulation des produits agricoles, des hydrocarbures et des biens de consommation.

Le cahier des charges impose aussi au concessionnaire des retombées locales, notamment la création d’emplois congolais, formation des jeunes, montée en compétences, sous-traitance aux entreprises nationales et transfert effectif de technologies.

L’enjeu pour la RDC est d’abord géopolitique. En se branchant sur le corridor de Lobito, Kinshasa ne réhabilite pas seulement une voie ferrée, elle s’ouvre une troisième porte vers l’océan, après l’Est et le Sud.

Bien plus, ce projet constitue une manière de sortir de la dépendance logistique historique et de peser davantage dans la bataille mondiale pour les minerais de la transition énergétique, où l’Atlantique devient une route aussi stratégique que l’océan Indien.

Sur le plan interne, ce tronçon est surtout un pari d’aménagement du territoire. Une ligne fonctionnelle entre Dilolo et Sakania, c’est la possibilité de faire circuler autre chose que le cuivre, à savoir les maïs du Lualaba, les produits manufacturés de Lubumbashi et les intrants qui coûtent aujourd’hui trop cher à cause de la route.

Cette innovation est appelée à transformer un couloir d’évacuation minière en un véritable corridor de développement pour le sud-est du pays.

João Lourenço à Kinshasa : une signature décisive pour le Corridor de Lobito et les minerais de la RDC

Kinshasa, 26 août 2026. Derrière une visite annoncée comme « courte » se cache un rendez-vous stratégique pour l’avenir économique de la République démocratique du Congo. Le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço est arrivé ce mercredi à Kinshasa pour participer, aux côtés de son homologue Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à une cérémonie de signature appelée à accélérer le développement du Corridor de Lobito, l’un des plus ambitieux projets d’infrastructures en Afrique australe.

Cette nouvelle étape intervient alors que Kinshasa multiplie les réformes pour transformer ce corridor ferroviaire en véritable porte d’accès des minerais congolais aux marchés internationaux via le port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique.

Le Corridor de Lobito, un projet clé pour les minerais de la RDC

Au cœur de cette visite figure la signature d’un contrat destiné à consolider le développement d’un axe ferroviaire considéré comme stratégique pour l’intégration économique régionale.

Le Corridor de Lobito relie les régions minières du Grand Katanga en République démocratique du Congo et du Copperbelt en Zambie au port de Lobito, en Angola, offrant une alternative majeure aux circuits traditionnels d’exportation des minerais.

L’ambition du projet s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années.

Le 4 juillet 2023, à Lobito, João Lourenço, Félix Tshisekedi et le président zambien Hakainde Hichilema avaient déjà scellé un accord destiné à faciliter le transport du cuivre, du cobalt et d’autres minerais stratégiques vers les marchés mondiaux.

La cérémonie prévue à Kinshasa marque ainsi une nouvelle phase de concrétisation de cette coopération trilatérale.

Un chantier ferroviaire de plus d’un milliard de dollars

Cette avancée intervient après plusieurs décisions majeures prises par le gouvernement congolais ces derniers mois.

Lors de sa 94ᵉ réunion, le Conseil des ministres a approuvé un partenariat public-privé avec Mota-Engil S.A. pour réhabiliter la ligne ferroviaire reliant Dilolo, Kolwezi, Lubumbashi et Sakania.

Quelques semaines plus tard, la 95ᵉ réunion du Conseil, organisée à Kaniama Kasese, a validé une convention de collaboration avec Mota-Engil Africa portant sur :

  • le financement du projet ;

  • la réhabilitation des infrastructures existantes ;

  • la modernisation du corridor ferroviaire ;

  • l’exploitation commerciale ;

  • la maintenance durant la période contractuelle ;

  • le transfert des infrastructures à l’État à l’issue de la concession.

Longue de 1 004,5 kilomètres, cette ligne représente l’épine dorsale du corridor côté congolais.

Son coût est estimé à 1,258 milliard de dollars américains.

À terme, le gouvernement prévoit de porter progressivement la capacité de transport ferroviaire à 13,7 millions de tonnes par an, renforçant ainsi la compétitivité du secteur minier, principal moteur de l’économie congolaise.

Kinshasa et Luanda renforcent leur coopération

En marge de la cérémonie, une rencontre bilatérale est également prévue entre João Lourenço et Félix Tshisekedi.

Les deux chefs d’État doivent examiner plusieurs dossiers d’intérêt commun ainsi que les perspectives d’approfondissement de la coopération entre l’Angola et la RDC.

Au-delà des infrastructures, cette visite s’inscrit dans une recomposition plus large des partenariats économiques de Kinshasa.

Le Corridor de Lobito figure désormais parmi les priorités soutenues par plusieurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, qui ont intégré la modernisation de l’axe Sakania-Lobito dans le partenariat stratégique conclu avec la RDC.

Un corridor au cœur de la compétition mondiale pour les minerais critiques

La visite de João Lourenço intervient dans un contexte mondial marqué par une compétition croissante autour des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

Les accords conclus entre Kinshasa et Washington en décembre 2025 ont placé le Corridor de Lobito au centre de cette nouvelle architecture économique.

Le partenariat prévoit notamment :

  • la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en cobalt, cuivre et germanium ;

  • la création d’une Strategic Minerals Reserve (SMR) ;

  • le soutien à l’industrialisation locale des minerais ;

  • la modernisation des infrastructures d’exportation ;

  • le renforcement de la transparence dans la gestion du secteur minier.

Dans cette perspective, la signature attendue à Kinshasa dépasse le seul cadre des relations entre la RDC et l’Angola.

Elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à repositionner le pays comme un acteur incontournable des minerais stratégiques tout en accélérant son intégration aux grands corridors logistiques du continent.

Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de transformer ces engagements diplomatiques et financiers en infrastructures opérationnelles capables de réduire les coûts de transport, de stimuler la transformation locale des ressources et de renforcer la compétitivité de l’économie congolaise sur les marchés internationaux.

ESU-RSI: Kinshasa suspend les salaires de 48 enseignants accusés d’avoir rejoint l’AFC/M23

Le gouvernement de la République démocratique du Congo durcit sa riposte administrative contre les personnes soupçonnées d’avoir collaboré avec l’administration mise en place par l’Alliance Fleuve Congo/M23 dans les zones sous son contrôle. La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, de la Recherche scientifique et des Innovations (ESU-RSI), Marie-Thérèse Sombo, a ordonné la suspension immédiate des rémunérations de 48 enseignants et agents accusés d’avoir prêté allégeance au mouvement ou accepté d’y exercer des fonctions.

Cette décision, officialisée dans une lettre datée du 21 août 2026, marque une nouvelle étape dans la stratégie de Kinshasa pour contester les nominations effectuées par les autorités de facto de l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu.

Une suspension immédiate en attendant leur révocation

Adressée aux secrétaires généraux de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, la correspondance ministérielle s’appuie sur les conclusions d’une commission mixte chargée d’examiner la situation des agents concernés.

En attendant l’issue de la procédure de révocation engagée contre eux, la ministre ordonne aux services compétents de :

  • suspendre immédiatement leur rémunération ;

  • les retirer des listings de paie ;

  • appliquer ces mesures sans délai.

La liste annexée à la décision recense 48 personnes, dont 28 professeurs, 12 chefs de travaux, 3 assistants ainsi que plusieurs docteurs et agents administratifs.

À travers cette mesure, le gouvernement cible individuellement les membres du personnel accusés d’avoir accepté des responsabilités au sein de l’administration installée par l’AFC/M23 dans les territoires qu’il contrôle.

Des nominations contestées à Goma et Bukavu

Cette décision intervient dans le prolongement des nominations annoncées le 7 août 2026 par les autorités de facto de l’AFC/M23 dans plusieurs établissements publics d’enseignement supérieur du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

Parmi les institutions concernées figurent notamment :

  • l’Université Officielle de Bukavu (UOB) ;

  • l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) ;

  • l’Institut Supérieur de Commerce (ISC) ;

  • l’Institut Supérieur des Techniques Médicales (ISTM) ;

  • l’Institut Supérieur de Développement Rural (ISDR).

Dès l’annonce de ces désignations, le ministère de l’ESU les avait déclarées nulles et sans effet juridique, estimant qu’un mouvement armé ne dispose d’aucune compétence pour nommer les responsables d’institutions publiques congolaises.

Une pression accrue sur le secteur universitaire

Au-delà des nominations contestées, cette nouvelle décision s’inscrit dans une série de mesures prises par Kinshasa pour reprendre le contrôle du secteur universitaire dans les zones affectées par le conflit.

Le gouvernement a également décidé de suspendre jusqu’à nouvel ordre les activités académiques dans plusieurs établissements publics de Goma et Bukavu, invoquant le contexte sécuritaire et institutionnel.

Cette suspension des rémunérations illustre ainsi le durcissement de la position des autorités congolaises face aux structures administratives mises en place dans les territoires contrôlés par l’AFC/M23.

En attendant l’issue des procédures engagées contre les 48 agents concernés, cette décision ouvre une nouvelle séquence dans le bras de fer qui oppose Kinshasa aux autorités de facto installées dans une partie de l’Est du pays, avec des répercussions désormais directes sur le fonctionnement de l’enseignement supérieur public.