Politique




Dialogue, rue et justice : Martin Fayulu ouvre un nouveau front contre le pouvoir de Tshisekedi

Vingt-quatre heures après les violences qui ont interrompu la marche de la Coalition Article 64 (C64) à Kinshasa, Martin Fayulu…

Vingt-quatre heures après les violences qui ont interrompu la marche de la Coalition Article 64 (C64) à Kinshasa, Martin Fayulu refuse de refermer la séquence. Pour le président de l’ECiDé, la bataille ne se jouera plus uniquement dans la rue : elle se poursuivra aussi autour d’un dialogue national, devant la justice et sur le terrain politique.

Mercredi 16 septembre, l’opposant a multiplié les prises de parole, d’abord lors de la Journée nationale Justice et Paix organisée par la CENCO, puis au cours d’un Space animé par le journaliste Stanislas Bujakera. Au fil de ces interventions, il a dessiné une stratégie qui mêle contestation institutionnelle, mobilisation citoyenne et propositions sécuritaires, tout en formulant de nouvelles accusations contre le pouvoir.

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Fayulu défend un dialogue incluant les acteurs armés

À Genève, le chef de l’État Félix Tshisekedi a récemment affiché sa volonté d’ouvrir un dialogue national. Mais à Kinshasa, le débat porte désormais sur une question plus sensible : qui devra y participer ?

Invité à intervenir devant la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Martin Fayulu a plaidé pour un dialogue qu’il qualifie de véritablement inclusif, estimant que l’ensemble des parties prenantes à la crise congolaise devrait y être associé, y compris les acteurs armés impliqués dans le conflit.

Selon lui, exclure les Congolais qui contrôlent aujourd’hui des portions du territoire risquerait d’aggraver la fragmentation du pays.

« Le Congo a des problèmes. Et pour résoudre ces problèmes, il faut un dialogue national inclusif. Même ceux qui font la guerre au Congo aujourd’hui. Si vous ne les associez pas à ce dialogue, c’est-à-dire que vous balkanisez le pays », a déclaré le président de l’ECiDé.

Pour appuyer son raisonnement, il affirme que l’option militaire n’a pas permis, selon lui, de reprendre les territoires contrôlés par l’AFC/M23 et estime qu’il faut désormais aborder les causes internes et externes de la crise dans un cadre politique élargi.

Doha, Washington : Fayulu veut un cadre unique de négociation

L’opposant a également évoqué les discussions en cours à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Selon lui, les protocoles déjà négociés devraient être intégrés dans un processus national afin d’éviter que des accords conclus séparément ne soient ensuite contestés par d’autres composantes de la société congolaise.

Cette proposition intervient alors que Kinshasa continue de privilégier une architecture diplomatique articulée autour des discussions de Washington avec Kigali et des pourparlers de Doha avec l’AFC/M23, tout en défendant parallèlement un dialogue national destiné à renforcer la cohésion interne.

Une partie de l’opposition estime toutefois que ce processus gagnerait en légitimité s’il associait davantage d’acteurs politiques et sociaux.

Après les violences de Kinshasa, Fayulu promet une riposte sur tous les fronts

Au lendemain des affrontements du 15 septembre sur le boulevard Lumumba, Martin Fayulu a annoncé une nouvelle phase de mobilisation.

Lors du Space organisé par Stanislas Bujakera, il a assuré que la C64 utiliserait « tous les mécanismes » à sa disposition : manifestations, médias, travail de proximité dans les quartiers et actions judiciaires.

L’opposant soutient que les manifestants, auxquels la coalition avait donné des consignes de non-violence, auraient été attaqués après avoir été initialement encadrés par la police.

Il affirme avoir vu des individus munis, selon son récit, de cocktails Molotov, de machettes, de barres de fer et de bêches avant d’évoquer l’intervention d’éléments armés des forces de sécurité.

Ces accusations demeurent, à ce stade, les déclarations de Martin Fayulu et nécessitent des vérifications indépendantes pour établir les responsabilités des violences.

Il est allé plus loin en évoquant la présence d’éléments de la Garde républicaine qu’il dit avoir identifiés comme affectés à la sécurité de Marthe Kasalu, mère du chef de l’État.

« C’est extrêmement grave de voir un État sous-traiter la violence », a-t-il dénoncé.

Sur le plan judiciaire, il annonce vouloir engager des démarches contre les responsables qu’il estime impliqués, y compris devant des instances qu’il ne limite pas aux seules juridictions nationales.

De son côté, le gouvernement rappelle que le droit de manifester doit s’exercer dans le respect du cadre légal.

L’Est de la RDC au cœur de son projet politique

Au-delà de la contestation immédiate, Martin Fayulu a également détaillé plusieurs propositions pour répondre à la crise sécuritaire dans l’Est.

Il préconise notamment le transfert du camp militaire Kokolo vers Beni afin d’y former une armée d’élite, la création d’une force spéciale d’intervention au sein des FARDC et le déploiement renforcé de dispositifs de surveillance le long des frontières orientales.

« Avec ces trois mesures, j’ai assuré l’intégrité territoriale de notre pays à partir de l’Est », a-t-il affirmé.

L’opposant a également évoqué l’existence possible d’un « accord secret » entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame visant, selon lui, à céder une partie du territoire congolais.

Aucun document n’a toutefois été présenté durant cet échange pour étayer cette affirmation, qui demeure une allégation de Martin Fayulu.

Une stratégie politique qui dépasse la rue

Sur le terrain politique, Fayulu a également écarté l’hypothèse d’un rapprochement entre la C64 et la plateforme « Sauvons la RDC », associée à l’ancien président Joseph Kabila.

S’il rappelle avoir cosigné en 2025 un communiqué commun avec Joseph Kabila, Delly Sesanga et Moïse Katumbi, il estime que cette convergence ponctuelle ne justifie pas une fusion des deux dynamiques.

À ses yeux, la C64 ne constitue pas une plateforme électorale mais une coalition politique dont la vocation est la défense de l’ordre constitutionnel et de l’intégrité territoriale.

À travers ses interventions du 16 septembre, Martin Fayulu cherche ainsi à déplacer la confrontation sur plusieurs terrains simultanément : la rue pour maintenir la pression, les quartiers pour structurer la mobilisation, les médias pour imposer son récit et la justice pour rechercher des responsabilités.

Reste désormais à savoir si cet appel à un dialogue plus inclusif trouvera un écho auprès des autres acteurs politiques, alors que le format, les participants et la médiation d’un éventuel dialogue national demeurent l’un des principaux sujets de fracture de la scène politique congolaise.

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