la RDC dévoile son plan décennal pour des villes durables et inclusives

Le ministre d’État en charge de l’Urbanisme et de l’Habitat, Alexis Gisaro Muvunyi, participe à la deuxième édition du Forum urbain africain à Nairobi, au Kenya. Ces assises, qui se tiennent du 8 au 10 avril 2026, visent à placer le logement au cœur des priorités du développement en Afrique. Devant ses pairs, Alexis Gisaro a présenté une stratégie ambitieuse pour rompre avec un modèle urbanistique « vicieux » marqué par une croissance non planifiée, des quartiers précaires et un financement chroniquement insuffisant. La RDC veut désormais planifier, anticiper et construire des villes durables, inclusives et économiquement dynamiques.

Le constat est sans appel. Les villes congolaises, Kinshasa en tête, ont connu une croissance démographique explosive, sans planification, sans infrastructures, sans services de base. Les quartiers précaires (bidonvilles) prolifèrent. Les inondations, les glissements de terrain, les maladies hydriques sont monnaie courante. Les déplacements sont un cauchemar.

Face à cette situation, le gouvernement congolais veut changer de braquet. La feuille de route présentée à Nairobi repose sur trois piliers : la planification, le développement de corridors économiques, et des projets emblématiques.

Un plan décennal pour les 26 provinces

Le plan décennal (2026-2035) de la RDC prévoit l’élaboration de modèles d’urbanisme pour les 26 chefs-lieux de province, avant toute expansion majeure.

L’idée est simple : on ne construit pas sans plan. On n’étend pas une ville sans savoir où l’on va, comment on y va, et à quel coût. Les outils modernes (systèmes d’information géographique, jumeaux numériques) permettront d’anticiper les besoins urbains et les risques (inondations, érosion, etc.).

Ces modèles d’urbanisme seront contraignants pour les promoteurs publics et privés. Finies les constructions sauvages, les lotissements sans permis, les empiétements sur les voies publiques.

Le développement de corridors économiques

Deuxième pilier : le développement de corridors économiques structurants, à l’image du Corridor de Lobito (qui relie la RDC à l’Angola et au port de Lobito sur l’océan Atlantique).

Le gouvernement congolais prévoit de structurer une dizaine de villes secondaires le long de ces axes. Chaque ville sera spécialisée dans un secteur d’activité : transformation minière, logistique, agro-industrie, production de matériaux de construction.

L’objectif est de créer des pôles de croissance décentralisés, pour désengorger Kinshasa et les grandes métropoles, et pour développer les provinces. Les emplois, les services, les infrastructures suivront.

Le projet Kinshasa Kia Mona

Troisième pilier, et non des moindres : le projet Kinshasa Kia Mona, une extension planifiée de la capitale sur 43 000 hectares. Un projet titanesque, à la hauteur des défis de la mégapole.

Kinshasa, c’est 15 millions d’habitants, et jusqu’à 25 millions d’ici 2035 si rien n’est fait. La ville étouffe, asphyxiée par le manque d’espaces, d’infrastructures, de logements.

Kinshasa Kia Mona prévoit :

  • La création de 1 200 usines en cinq ans,

  • Jusqu’à 2,25 millions d’emplois directs sur une décennie,

  • Des logements abordables, des écoles, des hôpitaux, des espaces verts, des transports en commun.

Le projet est ambitieux, mais aussi risqué. Il nécessite des investissements colossaux, une volonté politique sans faille, et une lutte déterminée contre la spéculation foncière.

Rompre avec le cercle vicieux

Le discours d’Alexis Gisaro à Nairobi a été remarqué. Le ministre d’État a plaidé pour une rupture avec le « cercle vicieux » de l’urbanisation congolaise : croissance non planifiée, quartiers précaires, infrastructures inexistantes, financements insuffisants.

Il veut instaurer un « cercle vertueux », où la planification attire l’investissement privé, qui crée de la croissance économique, qui génère des ressources pour financer de nouvelles infrastructures, qui améliore la qualité de vie des citoyens.

Un beau théorème, qui reste à démontrer sur le terrain.

Le logement abordable, un défi majeur

Au Forum urbain africain, le logement abordable est au cœur des débats. En RDC, comme dans beaucoup de pays africains, le coût du logement est prohibitif pour les classes moyennes et populaires.

Les promoteurs construisent des logements de luxe pour une élite. Les ONG construisent des logements sociaux pour les plus pauvres. Entre les deux, un vide immense.

La politique urbaine de la RDC devra répondre à cette question : comment loger décemment des millions de citadins qui gagnent moins de 200 dollars par mois ?

La mobilisation des dirigeants africains

Le Forum urbain africain vise à mobiliser les dirigeants du continent et à harmoniser les cadres politiques pour une action collective en faveur d’un logement abordable, inclusif et durable.

Les défis sont communs : urbanisation rapide, bidonvilles, inondations, pollution, mobilité, accès à l’eau et à l’électricité.

Les solutions peuvent être partagées : planification, partenariats public-privé, financements innovants, technologies, participation citoyenne.

Alexis Gisaro a représenté la RDC avec brio. Il a montré que le pays, malgré ses difficultés, a une vision et une stratégie pour ses villes.

Les partenaires internationaux

La Banque mondiale, l’Union européenne, la Banque africaine de développement, l’ONU-Habitat : tous étaient présents à Nairobi. Tous sont prêts à soutenir les pays africains dans leur politique urbaine.

La RDC devra convaincre ces partenaires de la crédibilité de son plan décennal, de la faisabilité de Kinshasa Kia Mona, et de sa capacité à gérer les fonds.

Les besoins sont immenses. Les financements, limités. La concurrence entre pays, féroce.

L’urgence d’agir

L’urbanisation de l’Afrique est une chance, mais aussi un danger. Une chance de créer des emplois, des richesses, des innovations. Un danger de voir proliférer les bidonvilles, les inégalités, les violences.

La RDC, pays continental, est à la croisée des chemins. Ses villes peuvent devenir des moteurs de développement, ou des bombes à retardement.

Le plan décennal, Kinshasa Kia Mona, les corridors économiques : autant d’initiatives qui vont dans le bon sens. Mais la route est longue, et les obstacles nombreux.

La transformation du cercle vicieux en cercle vertueux

Alexis Gisaro a conclu son intervention par un message d’espoir. La RDC, a-t-il dit, est capable de transformer son urbanisation en atout. Elle a les ressources, les talents, la volonté.

Il a appelé les investisseurs privés à rejoindre l’aventure. Il a appelé les partenaires internationaux à soutenir les réformes. Il a appelé les citoyens à s’approprier les projets.

Le « cercle vertueux » n’est pas une fatalité. Il se construit, chaque jour, par des décisions politiques, des investissements, des comportements.

Le Forum urbain africain de Nairobi a été une étape. La prochaine étape, c’est le retour à Kinshasa, avec des engagements concrets, des feuilles de route précises, des moyens financiers.

L’avenir urbain de la RDC se joue maintenant. Alexis Gisaro a montré la voie. Reste à savoir si le gouvernement, le secteur privé, la société civile, et les citoyens suivront.

RDC-Belgique : la ministre belge de l’Asile à Kinshasa pour parler migration

Un sujet sensible, des chiffres en hausse, et une volonté commune de réguler. La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sera à Kinshasa la semaine prochaine pour une visite de travail. L’ambassade de Belgique en RDC justifie ce déplacement par la nécessité de discuter des dossiers bilatéraux liés aux questions migratoires. En toile de fond : l’augmentation constante des demandes d’asile de citoyens congolais en Belgique, malgré un taux de rejet de 85 à 90 %. Une situation que Bruxelles veut endiguer, en renforçant la coopération avec Kinshasa.

Les relations migratoires entre la Belgique et la RDC sont anciennes, complexes, et parfois tendues. L’histoire coloniale, la francophonie, les liens familiaux, les opportunités économiques : autant de facteurs qui poussent des milliers de Congolais à tenter leur chance en Belgique.

Mais le cadre légal est strict. L’asile n’est pas une voie d’immigration économique. Il est réservé aux personnes persécutées dans leur pays d’origine. Or, force est de constater que de nombreux demandeurs congolais ne remplissent pas ces critères.

Des chiffres officiels qui interpellent

La RDC occupe la quatrième place des pays sources de demandes d’asile en Belgique. En novembre 2025, l’Office des étrangers belge a dévoilé des chiffres préoccupants : plus de 2 000 dossiers congolais pour les dix premiers mois de l’année 2025.

« De janvier à octobre, on est déjà à 2120 demandes. En novembre, sur douze jours, on a déjà 80 demandes. Donc si ça continue comme ça, on arrivera à 2500 ou un peu plus pour l’année 2025. Ce n’est pas normal », a déploré le directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont.

Des demandes jugées non fondées

Selon les autorités belges, la plupart de ces demandes proviennent de personnes qui n’ont pas de problèmes de persécution au sens de la Convention de Genève de 1951. Elles ne sont pas poursuivies pour des raisons politiques, religieuses, ou d’appartenance à un groupe social.

« Ce sont des gens qui pensent que le processus d’asile est pour rester en Belgique », s’est indigné Freddy Roosemont.

Le constat est le même pour les demandes de protection internationale. Les motifs invoqués (insécurité dans l’Est, tensions politiques) sont rarement reconnus comme valables par l’Office des étrangers.

Détournement de procédure

Le directeur général de l’Office des étrangers dénonce également le détournement de procédure. Certains demandeurs, aidés par des réseaux, fabriquent de fausses déclarations et de faux documents pour tenter d’obtenir un titre de séjour.

Une pratique illégale, qui nuit aux véritables réfugiés, et qui conduit à un taux de rejet très élevé des demandes congolaises : entre 85 et 90 %.

Le visa Schengen, un sésame détourné

Autre problème : l’utilisation détournée du visa Schengen. De nombreux Congolais obtiennent un visa de type C (visite familiale, tourisme, santé) pour entrer en Belgique, puis déposent une demande d’asile une fois sur place.

Or, le visa Schengen sert uniquement à circuler dans l’espace Schengen, pas à s’y établir. La procédure d’asile n’est pas une prolongation du visa touristique.

« La procédure d’asile n’existe en réalité que pour des personnes victimes de persécutions graves et qui craignent pour leur vie ou leur liberté », a rappelé Freddy Roosemont.

La politique migratoire belge se renforce

Face à ces dérives, la Belgique durcit sa politique migratoire. Les demandes d’asile congolaises sont systématiquement examinées avec rigueur. Les rejets sont quasi systématiques.

Mais que deviennent les déboutés ? Certains retournent au pays. D’autres tentent de rester clandestinement, sans papiers, sans aide financière, dans une précarité extrême. Une situation que la Belgique veut éviter, pour des raisons humanitaires et de sécurité.

La visite de la ministre belge

C’est dans ce contexte qu’Anneleen Van Bossuyt se rend à Kinshasa. La ministre belge de l’Asile et de la Migration veut discuter avec les autorités congolaises des moyens de lutter contre le détournement de procédure, et de renforcer la coopération migratoire.

Plusieurs axes sont sur la table :

  • La réduction des délais de traitement des demandes, pour éviter les retards et les incertitudes.

  • L’amélioration des conditions d’accueil des demandeurs, pour garantir leur dignité et leur sécurité.

  • La lutte contre le détournement de procédure, via des campagnes d’information et des contrôles renforcés.

  • Le renforcement de la coopération avec la RDC pour améliorer la situation sécuritaire et économique dans le pays d’origine.

  • La sensibilisation des demandeurs sur les procédures et les critères d’asile.

Solutions à envisager

La Belgique et la RDC sont deux pays frères, liés par l’histoire, la langue, la culture. Le flux migratoire ne cessera pas du jour au lendemain. Mais il peut être mieux géré, plus humain, plus respectueux des règles.

Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Gérer les flux migratoires de manière efficace et humaine, en créant des voies légales d’immigration (étudiants, travailleurs qualifiés, regroupement familial).

  • Protéger les droits humains des demandeurs et des réfugiés, conformément au droit international.

  • Trouver des solutions durables pour les réfugiés (réinstallation, retour volontaire, intégration locale) et pour les pays d’origine (aide au développement, renforcement de l’État de droit).

La RDC, pays d’origine, pays de transit, pays d’accueil

La RDC n’est pas seulement un pays d’origine des migrants. C’est aussi un pays de transit (pour ceux qui se rendent en Afrique du Sud, en Europe) et un pays d’accueil (pour les réfugiés rwandais, burundais, centrafricains, soudanais).

Kinshasa a donc une position complexe sur les questions migratoires. D’un côté, elle doit protéger ses propres citoyens et lutter contre l’émigration illégale. De l’autre, elle doit accueillir les réfugiés des pays voisins.

La coopération avec la Belgique peut l’aider à mieux gérer ces défis.

Un enjeu de coopération bilatérale

La visite de la ministre belge est une opportunité. Celle de renforcer le dialogue, de clarifier les règles, de mettre en place des actions concrètes.

Les deux pays ont intérêt à coopérer. La Belgique veut réduire le flux de demandes d’asile non fondées. La RDC veut protéger ses citoyens contre les réseaux de trafiquants et améliorer son image à l’international.

Un partenariat gagnant-gagnant, en somme.

L’avenir de la migration RDC-Belgique

Le sujet migratoire est sensible, éminemment politique. Il touche à l’identité, à la souveraineté, aux droits humains. Il est souvent instrumentalisé par les extrêmes.

Pourtant, la réalité est plus nuancée. La plupart des Congolais qui émigrent en Belgique ne sont ni des réfugiés politiques, ni des aventuriers. Ils sont des hommes et des femmes qui cherchent une vie meilleure, pour eux et pour leurs enfants.

La Belgique, pays riche et démocratique, a besoin de migrants pour son économie, sa démographie, sa diversité culturelle.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre. Entre accueil et contrôle, entre humanité et fermeté, entre droits et devoirs.

La ministre Anneleen Van Bossuyt et ses homologues congolais ont une occasion unique de poser les bases d’une politique migratoire plus juste, plus efficace, plus respectueuse des droits de chacun.

Rendez-vous à Kinshasa la semaine prochaine. Les discussions s’annoncent serrées, mais l’espoir d’une avancée est réel. Les deux pays, frères, peuvent montrer l’exemple en matière de coopération migratoire. L’Afrique et l’Europe les regardent.

RDC : 25 humanitaires tués en trois ans, l’ONU tire la sonnette d’alarme

Le monde humanitaire traverse une période sombre. La République démocratique du Congo paie un lourd tribut. En trois ans, 25 travailleurs humanitaires ont perdu la vie. Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, a révélé ce chiffre lors d’une séance du Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

À l’échelle mondiale, la situation s’aggrave encore. En 2025, 326 humanitaires ont été tués. Ce chiffre dépasse largement la moyenne habituelle. Ainsi, le système de protection montre aujourd’hui de sérieuses failles.

Lors de son intervention, Tom Fletcher a adopté un ton grave. Il a exprimé de la tristesse, mais aussi de la colère. Surtout, il a dénoncé l’impunité persistante et l’indifférence croissante.

Une explosion des violences contre les humanitaires

Les chiffres confirment l’ampleur de la crise. En effet, au moins 326 humanitaires ont perdu la vie en 2025 dans 21 pays. Sur trois ans, le bilan dépasse désormais les 1 000 morts.

Certaines zones concentrent les violences. Gaza et la Cisjordanie enregistrent plus de 560 décès. Le Soudan en compte 130, suivi du Soudan du Sud avec 60. L’Ukraine et la République démocratique du Congo totalisent chacune 25 morts.

Par comparaison, les trois années précédentes comptaient 377 décès. La hausse est donc brutale. Pour Tom Fletcher, cette évolution traduit un effondrement du système de protection.

Sur le terrain, la réalité est alarmante. Des frappes touchent des zones humanitaires. Des convois sont attaqués. D’autres équipes tombent dans des embuscades. Ainsi, les humanitaires deviennent des cibles directes.

Face à cela, la résolution 2730 du Conseil de sécurité des Nations unies peine à produire des effets. Dès lors, une question se pose : pourquoi ces engagements restent-ils sans conséquences ?

Une crise aggravée par le manque de moyens

En parallèle, les financements diminuent. Cette baisse fragilise encore davantage les opérations sur le terrain.

Selon Tom Fletcher, cette combinaison est dangereuse. D’un côté, les violences augmentent. De l’autre, les moyens reculent. Le système humanitaire subit donc une pression constante.

La situation est particulièrement critique en République démocratique du Congo. Dans l’Est, les besoins explosent alors que les ressources restent limitées.

Le Plan de réponse humanitaire 2025 s’élève à 2,54 milliards de dollars. Pourtant, seuls 22 % ont été financés, selon Jean-Pierre Lacroix.

Aujourd’hui, plus de 5,3 millions de personnes sont déplacées. En parallèle, 21,2 millions ont besoin d’une aide urgente. La pression ne cesse donc d’augmenter.

Le 11 mars, un drame a marqué les esprits. Karine Buisset, humanitaire de l’UNICEF, a été tuée lors d’une frappe de drone à Goma. À la suite de cette attaque, Emmanuel Macron a condamné les faits et rappelé l’importance du droit humanitaire.

L’urgence d’une réaction internationale

Dans l’Est congolais, plusieurs groupes armés restent actifs. Parmi eux, le M23 est régulièrement cité pour ses exactions. Les humanitaires, pourtant essentiels, deviennent des cibles.

Face à cette situation, l’ONU et les ONG lancent un appel urgent. Elles demandent un accès sécurisé et des mesures concrètes de protection.

Le droit international humanitaire est clair. Les humanitaires sont des civils. Par conséquent, ils ne doivent jamais être visés.

Aujourd’hui, le constat est sans appel. Les attaques se multiplient. Les financements diminuent. Et les règles sont de moins en moins respectées.

Pour Tom Fletcher, le temps des discours est terminé. Les États doivent agir. Ils doivent sanctionner les responsables et garantir la protection des humanitaires.

Derrière les chiffres, il y a des vies. Des hommes et des femmes engagés, morts en aidant les autres.

Une question reste donc posée : la communauté internationale va-t-elle enfin passer à l’action ?

RDC-Tanzanie : Guy Kabombo renforce la coopération militaire pour sécuriser les frontières

La coopération régionale franchit un nouveau cap. En mission officielle en Tanzanie, le vice-Premier ministre congolais chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a rencontré son homologue tanzanien, Rhimo Nyansaho, ce jeudi 9 avril 2026. Les échanges ont porté sur la sécurisation des frontières, notamment lacustres, ainsi que sur l’harmonisation des politiques de défense dans la région. Ensuite, une réunion élargie aux experts des deux pays a permis d’orienter ces discussions vers des actions concrètes.

Dans la continuité, cette mission s’inscrit dans la stratégie du président Félix Tshisekedi, qui vise à renforcer des alliances militaires solides afin de stabiliser l’Est du pays et moderniser les FARDC.

Sécurisation du lac Tanganyika et coopération renforcée

La RDC et la Tanzanie partagent une frontière stratégique, notamment sur le lac Tanganyika. Cette zone joue un rôle clé dans les échanges commerciaux et les activités de pêche. Toutefois, elle sert aussi de couloir à des trafics illicites.

Face à cette réalité, les deux pays veulent agir ensemble. Des groupes armés et des réseaux criminels exploitent ces voies lacustres. Par conséquent, une coordination renforcée devient indispensable. Les discussions ont donc mis l’accent sur la surveillance conjointe, le partage de renseignements et la lutte contre la criminalité transfrontalière.

Dans cet élan, Guy Kabombo Muadiamvita a plaidé pour un partenariat plus opérationnel. De son côté, Rhimo Nyansaho a salué les efforts de Kinshasa et confirmé la disponibilité de son pays à accompagner cette dynamique.

Concrètement, les deux parties ont envisagé plusieurs actions. D’abord, elles veulent intensifier les programmes de formation à travers des échanges d’officiers. Ensuite, elles comptent renforcer les capacités opérationnelles, notamment en matière de logistique. Enfin, elles prévoient de coordonner davantage leurs initiatives sécuritaires, avec des patrouilles conjointes et des opérations combinées.

Modernisation des FARDC et dynamique régionale

Au-delà des frontières, cette coopération s’inscrit dans une logique régionale plus large. En effet, la RDC et la Tanzanie collaborent déjà au sein de Communauté de développement de l’Afrique australe et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

Dans ce cadre, la Tanzanie a participé aux opérations militaires déployées dans l’Est de la RDC. Aujourd’hui, Kinshasa cherche à aller plus loin. L’objectif consiste à rendre cette coopération plus structurée et surtout plus efficace sur le terrain.

Parallèlement, la modernisation des FARDC reste une priorité. Après des années de fragilité, l’armée congolaise entame une transformation progressive. Ainsi, le gouvernement mise sur la formation, l’équipement et l’amélioration des conditions de vie des soldats.

Dans cette perspective, l’expertise tanzanienne apparaît précieuse. Des échanges techniques, un appui logistique et des programmes conjoints pourraient accélérer cette réforme. D’ailleurs, Guy Kabombo Muadiamvita défend une armée plus professionnelle, mieux encadrée et respectueuse des droits humains.

Un partenariat stratégique pour la stabilité des Grands Lacs

Cette visite envoie un signal clair. Malgré les défis internes, la RDC entend jouer un rôle actif dans la stabilisation régionale. Cependant, elle ne peut avancer seule. Elle mise donc sur des partenaires fiables comme la Tanzanie.

Les intérêts communs sont évidents. D’un côté, il s’agit de lutter contre les groupes armés. De l’autre, il faut sécuriser les frontières et favoriser le développement économique. Grâce à cette convergence, la coopération bilatérale gagne en importance.

Dans les prochains mois, les experts des deux pays devront traduire ces engagements en actions concrètes. Des calendriers précis, des budgets et des responsabilités seront définis. Ensuite, des initiatives comme des patrouilles sur le lac Tanganyika ou des formations conjointes pourraient rapidement voir le jour.

À plus long terme, ce partenariat pourrait contribuer à stabiliser l’ensemble de la région des Grands Lacs. Certes, les défis restent nombreux. Néanmoins, chaque avancée compte. Cette dynamique de coopération marque donc une étape importante vers plus de sécurité et de confiance entre États voisins.

RDC : Les directeurs provinciaux de l’éducation prêts à relever les défis de la réforme

La formation est achevée, place à l’action. Ce jeudi 9 avril 2026, à Kinshasa, la ministre d’État, ministre de l’Éducation Nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu, a présidé la cérémonie de clôture de l’atelier de renforcement des capacités des 60 directeurs provinciaux de l’éducation nationale (PROVED). Pendant trois jours, ces responsables ont planché sur la modernisation de la gouvernance administrative, l’utilisation des outils numériques, et la mise en œuvre du Plan quinquennal 2024-2029. Désormais, ils repartent dans leurs provinces avec une feuille de route claire : améliorer la qualité de l’éducation, partout sur le territoire.

La cérémonie s’est déroulée dans une salle comble, en présence des cadres de l’administration centrale. L’ambiance était à la fois solennelle et résolument tournée vers l’avenir.

Raïssa Malu, visiblement satisfaite du travail accompli, a tenu à rappeler l’importance des enjeux. « Les recommandations issues de ces travaux doivent désormais constituer la feuille de route de l’ensemble des PROVED, en vue d’assurer la modernisation de la gouvernance administrative et l’utilisation accrue des outils numériques », a-t-elle martelé.

Des modules pour une gouvernance moderne

Pendant trois jours, les directeurs provinciaux ont suivi des modules sur les approches modernes de gouvernance, de planification et de gestion des services éducatifs.

Les travaux ont porté sur :

  • Les nouvelles orientations du ministère, alignées sur le Plan quinquennal 2024-2029,

  • La planification et le suivi-évaluation,

  • L’intégration des technologies émergentes,

  • La gestion axée sur la performance.

Autant de thèmes qui touchent au cœur du métier de directeur provincial : organiser, piloter, évaluer, rendre compte.

Les points clés de la ministre

Dans son discours de clôture, Raïssa Malu a insisté sur plusieurs points clés.

1. L’importance de la production et de l’exploitation de données fiables : trop souvent, les décisions éducatives sont prises sur la base d’intuitions ou d’informations partielles. La ministre veut des données précises, actualisées, géolocalisées, pour piloter le système.

2. La distribution régulière des bulletins scolaires : un indicateur simple, mais essentiel. Un élève qui ne reçoit pas son bulletin est un élève dont on ne sait pas s’il a appris. La régularité des évaluations est un marqueur de sérieux.

3. L’intégration des enjeux liés aux crises climatiques et sécuritaires : la RDC est confrontée à des inondations, des glissements de terrain, des conflits armés. L’éducation doit s’adapter, avec des stratégies d’éducation en situation d’urgence (écoles mobiles, radios éducatives, kits scolaires d’urgence).

L’engagement des participants

Au nom de ses pairs, le directeur provincial de l’Éducation du Kwilu 2, Jean-Pierre Yoy, a exprimé la gratitude des PROVED envers la ministre Raïssa Malu pour son leadership éclairé.

« Nous repartons outillés, motivés, et déterminés à mettre en pratique les compétences acquises », a-t-il déclaré. Les directeurs provinciaux s’engagent à appliquer les nouvelles orientations dans leurs régions respectives, et à rendre compte régulièrement des progrès accomplis.

Des recommandations pour améliorer l’efficacité administrative

Les participants ont également formulé des recommandations concrètes à l’intention du gouvernement.

  • Mise à la retraite des agents éligibles : pour rajeunir l’administration, libérer des postes, et permettre l’avancement des plus jeunes.

  • Mécanisation et budgétisation des nouvelles unités et des agents non pris en charge : de nombreux agents enseignent ou travaillent sans être officiellement reconnus, sans salaire régulier. Une situation intenable.

  • Harmonisation des frais de fonctionnement des services provinciaux : pour éviter les disparités criantes entre provinces riches et provinces pauvres.

Ces recommandations, si elles sont suivies d’effets, contribueraient à améliorer l’efficacité et l’équité du système éducatif.

Le renforcement de l’administration, principe clé du Plan quinquennal

L’atelier s’inscrit dans le deuxième principe directeur du Plan quinquennal 2024-2029, axé sur le renforcement de l’administration. Ce principe souligne l’importance d’une administration robuste pour mettre en œuvre efficacement les réformes éducatives.

Le renforcement de l’administration vise à :

  • Accroître la capacité institutionnelle du ministère et de ses structures déconcentrées,

  • Améliorer la coordination, le suivi et l’évaluation des initiatives éducatives,

  • Rationaliser les procédures,

  • Développer les compétences du personnel,

  • Améliorer la gestion des ressources.

Des objectifs ambitieux, mais indispensables pour transformer le système éducatif congolais.

Les réformes du système éducatif en RDC

Sous la conduite de Raïssa Malu, la RDC est en plein processus de réformes. L’objectif est double : améliorer la qualité de l’enseignement et rendre l’administration éducative plus efficace.

Les principaux objectifs de la réforme sont :

  • Optimiser les ressources humaines et financières existantes,

  • Améliorer les conditions socio-professionnelles du personnel enseignant et administratif,

  • Impliquer les communautés dans la gestion des établissements scolaires,

  • Renforcer la gouvernance du système éducatif pour une transparence accrue.

Les actions concrètes déjà entreprises incluent :

  • La mise en place de normes et critères pour la création d’établissements scolaires,

  • La révision des cadres organiques des services administratifs,

  • La formation et le recyclage des enseignants,

  • L’introduction de technologies émergentes dans l’enseignement,

  • La promotion de l’équité et de l’inclusion.

Le soutien des partenaires internationaux

Les partenaires internationaux, tels que l’UNESCO et la Banque mondiale, soutiennent ces réformes. Ils apportent une expertise technique, des financements, et une pression bienveillante pour que les engagements soient tenus.

L’objectif est d’améliorer la qualité de l’éducation et d’atteindre les objectifs de développement durable, en particulier l’ODD4 (éducation de qualité pour tous).

Un système éducatif en transformation

Ces efforts visent à transformer le système éducatif congolais pour offrir une éducation de qualité à tous les enfants du pays. Un défi immense, dans un pays où les salles de classe sont surpeuplées, les manuels rares, les enseignants sous-payés, et les inégalités criantes.

Mais une dynamique est en marche. Celle de la prise de conscience collective. Celle de la volonté politique. Celle de l’espoir, peut-être.

Les directeurs provinciaux, formés lors de cet atelier, sont désormais les fers de lance de cette transformation. Ils repartent dans leurs provinces avec une mission : appliquer les nouvelles orientations, produire des données fiables, intégrer les technologies, gérer avec performance.

La route est longue

Le chemin est long. Les obstacles sont nombreux. Les habitudes sont tenaces. Mais un premier pas a été franchi. Celui de la formation des cadres. Celui de l’alignement sur un plan quinquennal. Celui de l’engagement au plus haut niveau.

Raïssa Malu a lancé le mouvement. Les directeurs provinciaux se sont engagés à le suivre. Reste maintenant à transformer les intentions en actes, les promesses en réalités.

Les enfants congolais, ceux qui remplissent les classes surpeuplées, ceux qui apprennent sur des bancs cassés, ceux qui rêvent d’un avenir meilleur, attendent. Ils attendent que les réformes se concrétisent. Ils attendent que l’éducation, enfin, devienne une priorité nationale.

La formation des directeurs provinciaux est une pierre à l’édifice. D’autres suivront. Et peut-être, un jour, le système éducatif congolais sera à la hauteur des ambitions du pays. Pour le bien-être de ses enfants, et pour le développement de la nation tout entière.

Semaine Française de Kinshasa 2026 : la RDC et la France renforcent leurs liens économiques

Le rendez-vous est devenu incontournable. Du 22 au 24 avril 2026, Kinshasa accueillera la 9e édition de la Semaine Française de Kinshasa (SFK) au Pullman, en plein cœur de la capitale. Organisée autour du thème « RDC-France : Perspectives partagées », cette manifestation vise à favoriser les rencontres entre les communautés d’affaires française et congolaise. Conférences, rendez-vous B2B, sessions de networking : trois jours pour tisser des liens, explorer des opportunités et bâtir des partenariats durables.

La SFK est devenue au fil des ans un événement phare de l’agenda économique congolais. Lancée en 2014 par la Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Congolaise (CCIFC), en partenariat avec l’ambassade de France en RDC, elle a su s’imposer comme un pont entre deux économies complémentaires.

Cette 9e édition s’annonce exceptionnelle, avec un programme riche et des axes stratégiques qui reflètent les atouts et les ambitions communes des deux pays.

Des axes stratégiques pour l’avenir

La Semaine Française de Kinshasa 2026 déclinera son thème principal en plusieurs sous-thèmes, couvrant les secteurs clés du développement.

1. La ville durable : construire des infrastructures résilientes et inclusives. Kinshasa, mégapole en pleine expansion, a des besoins immenses en logements, transports, assainissement. Les entreprises françaises ont une expertise reconnue dans ce domaine.

2. Le numérique : accélérer la transformation digitale pour le développement. La RDC, comme beaucoup de pays africains, a sauté dans l’ère du numérique avec le mobile money, les applications, les start-ups. Des opportunités de coopération existent.

3. L’énergie : développer des solutions d’énergie renouvelable pour une transition énergétique. La RDC dispose d’un potentiel hydroélectrique immense, mais aussi solaire, éolien, biomasse. La France, avec son parc nucléaire et ses investissements dans les renouvelables, est un partenaire de choix.

4. La logistique : favoriser l’émergence de nouvelles voies de communication pour renforcer la connectivité des territoires. Routes, voies ferrées, ports, aéroports : les besoins sont immenses. Les entreprises françaises (Bolloré, CMA CGM, etc.) sont présentes.

5. Les mines : valoriser les ressources minières de manière durable et équitable. La RDC est le premier producteur mondial de cobalt, un minerai stratégique pour les batteries électriques. La France, engagée dans la transition énergétique, a besoin de ces ressources.

6. L’environnement : promouvoir une économie respectueuse de l’environnement et durable. La RDC abrite le bassin du Congo, deuxième poumon vert de la planète. La protection de l’environnement et la lutte contre le changement climatique sont des priorités partagées.

Un programme riche et varié

Tout au long de la SFK, les participants pourront assister à des conférences animées par des experts français et congolais, participer à des rencontres B2B (business to business) pour identifier des partenaires, et profiter de sessions de networking pour élargir leur carnet d’adresses.

Des décideurs économiques, des entrepreneurs, des investisseurs, des représentants des secteurs public et privé seront présents. La SFK est une occasion unique de rencontrer ceux qui font l’économie de la RDC et de la France.

Les avantages de la SFK

La Semaine Française de Kinshasa offre de nombreux avantages aux participants.

  • Partenariat : établir des collaborations avec des entreprises locales et internationales.

  • Échanges sectoriels ciblés : bénéficier de panels et d’ateliers thématiques sur des secteurs clés.

  • Networking de haut niveau : rencontrer des décideurs, des entrepreneurs et des investisseurs lors des sessions de réseautage.

  • Expérience culturelle immersive : découvrir la culture et les valeurs congolaises à travers des activités et animations sur place.

  • Partage de savoirs et compétences : apprendre des experts et échanger des bonnes pratiques.

La CCIFC, une porte d’entrée sur le marché congolais

La Chambre de Commerce et d’Industrie Franco-Congolaise (CCIFC) est l’organisatrice de l’événement. Cette association sans but lucratif regroupe plus de 250 entreprises membres. Elle organise plus de 100 événements par an et a créé plus de 1000 connexions entre entreprises.

La CCIFC est une véritable chambre bilatérale, une porte d’entrée sur le marché congolais pour les entreprises françaises, et sur le marché français pour les entreprises congolaises.

Son rôle est d’accompagner les entreprises dans leur développement, de faciliter les rencontres, de promouvoir les opportunités d’investissement.

La 8e édition, un succès à réitérer

La 8e édition de la Semaine Française de Kinshasa s’est tenue du 24 au 26 avril 2024. Elle était axée sur les « leviers de la croissance en RDC ». Plusieurs participants ont témoigné avoir bénéficié d’un réseautage solide grâce à cet événement.

Des contrats ont été signés, des partenariats noués, des investissements débloqués. La SFK n’est pas une simple rencontre de convenance. C’est un véritable accélérateur d’affaires.

Kinshasa, carrefour des opportunités

En organisant la SFK, Kinshasa confirme son statut de carrefour économique en Afrique centrale. La ville, souvent décriée pour ses problèmes de circulation, d’insalubrité, d’insécurité, est aussi une place financière dynamique, un marché de plus de 15 millions de consommateurs, une porte d’entrée sur un pays aux ressources immenses.

Les entreprises françaises, présentes en RDC depuis des décennies (TotalEnergies, Orange, CFAO, Bolloré, etc.), le savent bien. Elles continuent d’investir, de se développer, de former des partenariats locaux.

La SFK est l’occasion de renforcer cette présence, d’explorer de nouveaux secteurs, de rencontrer de nouveaux partenaires.

Un pont vers de nouvelles opportunités

La Semaine Française de Kinshasa est bien plus qu’un salon. C’est un pont entre deux pays, deux cultures, deux économies. Un pont qui permet de partager des savoirs, de créer des synergies, de bâtir l’avenir.

La RDC a besoin d’investissements, de technologies, de compétences. La France a besoin de marchés, de matières premières, de relais de croissance. L’Afrique est l’avenir, et la RDC est une porte d’entrée sur cet avenir.

La SFK est une étape. Une étape vers plus de coopération, plus de développement, plus de prospérité partagée.

Rendez-vous du 22 au 24 avril

Le compte à rebours est lancé. Les inscriptions sont ouvertes. Les entreprises françaises et congolaises sont invitées à se joindre à cet événement unique.

Au programme : des conférences inspirantes, des rencontres B2B productives, du networking de qualité, et une immersion dans la culture congolaise.

La 9e Semaine Française de Kinshasa s’annonce comme un moment clé pour les relations économiques entre la France et la RDC. Un moment à ne pas manquer pour tous ceux qui croient en l’avenir de l’Afrique et en la force des partenariats internationaux.

Kinshasa, Pullman, du 22 au 24 avril 2026. Les perspectives sont partagées. Les opportunités, immenses. Rendez-vous pour les concrétiser.

Sud-Kivu : onze combattants de l’AFC/M23 se rendent aux FARDC avec leurs armes

Un vent de reddition souffle sur l’Est de la République démocratique du Congo. Le mercredi 9 avril 2026, onze combattants de la coalition AFC-M23/RDF ont volontairement déposé les armes devant les Forces armées de la RDC (FARDC), sur l’axe Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. Ils ont remis cinq fusils de type AK-47. « Nous sommes ravis de nous mettre à la disposition des forces gouvernementales », ont-ils affirmé. Cette scène intervient quelques jours après une autre reddition : treize éléments du même groupe se sont rendus dimanche à Mikenge, dans le territoire de Mwenga.

Ces gestes successifs envoient un signal encourageant dans une région marquée par des décennies de conflits. En effet, la pression militaire des FARDC, combinée à une politique d’accueil, commence à produire des effets concrets.

Un accueil conforme au droit international

Le colonel Kisembo Isingoma Benjamin, commandant du secteur opérationnel Sukola 2, a supervisé l’opération. À cette occasion, il a lancé un appel direct aux combattants encore actifs.

« Nous invitons ceux qui hésitent encore à se rendre sans crainte. Nos forces respectent le droit international humanitaire », a-t-il déclaré.

Ainsi, les FARDC cherchent à rassurer. Beaucoup de rebelles redoutent encore des représailles. Pourtant, l’armée promet un traitement digne et une réelle chance de réinsertion.

De son côté, le lieutenant Meya Gbe Jérémie, porte-parole du secteur Sukola 2 Nord Sud-Kivu, a confirmé la reddition. Il a également insisté sur l’engagement des FARDC à garantir la sécurité des ex-combattants.

Des mineurs parmi les ralliés

Cependant, la situation reste préoccupante. Parmi les treize combattants rendus à Mikenge, plusieurs sont mineurs. Selon le sous-lieutenant Mbuyi Kalonji, certains ont entre 14 et 16 ans.

Ces adolescents ont été enrôlés de force par la coalition M23-AFC et le groupe Twirwaneho, soutenu par l’armée rwandaise. Leur présence viole clairement le droit international.

Face à cela, les FARDC ont adapté leur réponse. Elles ont pris en charge ces enfants selon les protocoles de protection. Ensuite, des organisations spécialisées assureront leur suivi. Elles proposeront un accompagnement psychosocial, une réunification familiale et une formation.

Une dynamique liée aux efforts de paix

Par ailleurs, ces redditions s’inscrivent dans une stratégie plus large. Le gouvernement congolais multiplie les initiatives pour stabiliser l’Est du pays.

À Mikenge, les unités du bataillon « Foudre » ont accueilli les combattants. Dans le même temps, les opérations Sukola 2 se poursuivent pour affaiblir les groupes armés. L’objectif reste clair : restaurer l’autorité de l’État.

Le DDR, une porte de sortie

Dans ce contexte, les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) jouent un rôle clé. Ils offrent une alternative concrète à la guerre.

Ces dispositifs proposent une formation, un accompagnement social et une aide économique. Grâce à eux, certains combattants envisagent un avenir différent. Les cas de Kalehe et Mwenga montrent que ce mécanisme commence à porter ses fruits.

Un appel à suivre cet exemple

Le colonel Kisembo a donc relancé son appel. Il encourage les autres combattants à quitter la brousse.

« Nous avons les moyens de les accueillir et de les aider à se reconstruire », a-t-il insisté.

D’ailleurs, la pression militaire augmente sur les groupes armés. Leurs réseaux logistiques s’affaiblissent. Par conséquent, les défections pourraient se multiplier.

Les défis de la réinsertion

Toutefois, chaque reddition pose un défi. Réinsérer un ex-combattant demande des moyens importants.

Il faut assurer l’hébergement, l’accompagnement psychologique et la formation. Pour les mineurs, l’enjeu est encore plus sensible. Le gouvernement travaille avec des partenaires comme la MONUSCO, l’UNICEF ou l’OIM. Néanmoins, les besoins restent énormes.

Un signal porteur d’espoir

Malgré ces difficultés, la tendance reste positive. Ces redditions traduisent un changement progressif sur le terrain.

Elles montrent que certains combattants choisissent désormais la paix. Elles confirment aussi que les FARDC peuvent allier efficacité militaire et respect des droits humains.

Ces hommes — parfois très jeunes — ne sont ni des héros ni des monstres. Beaucoup ont pris les armes par contrainte. Aujourd’hui, ils tentent de reprendre leur vie en main.

L’Est à la croisée des chemins

L’Est de la RDC porte encore les cicatrices de décennies de violence. Pourtant, chaque reddition ouvre une brèche.

La paix ne tombera pas du ciel. Elle se construit pas à pas. Elle avance grâce à ces choix individuels.

Ainsi, les événements de Kalehe et Mwenga rappellent une chose essentielle : l’espoir existe encore. Reste à transformer ces gestes isolés en dynamique durable.

Le message est clair : déposer les armes, rejoindre la paix, reconstruire le pays. À ceux qui hésitent encore, le chemin est désormais tracé.

Ituri : la RDC, la Corée du Sud et l’UNICEF s’allient pour protéger les enfants victimes des conflits

Une bouffée d’espoir pour les enfants de l’Ituri. Ce mercredi 9 avril 2026, à l’hôtel du Gouvernement à Kinshasa, le gouvernement congolais, en collaboration avec la République de Corée et l’UNICEF, a officiellement lancé le projet « Resilience for Children ». Doté de 5 millions de dollars financés par Séoul, ce programme vise à apporter une réponse structurelle et humanitaire aux mineurs frappés par la crise dans cette province du Nord-Est. Assistance immédiate, services sociaux durables, éducation d’urgence : les ambitions sont à la hauteur des défis.

La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs personnalités, dont la ministre d’État aux Affaires Sociales, Actions Humanitaires et Solidarité Nationale, Ève Bazaiba, la ministre d’État à l’Éducation Nationale, Raïssa Malu, l’ambassadeur de Corée du Sud, Jeong Hong Geun, et le représentant pays de l’UNICEF, John Agbor.

Une alliance tripartite scellée pour répondre à une urgence humanitaire souvent négligée : celle des enfants de l’Ituri, victimes collatérales de violences intercommunautaires qui n’en finissent pas.

Une stratégie combinée pour des résultats concrets

Le projet « Resilience for Children » se distingue par une approche intégrée, combinant assistance immédiate et actions durables.

L’assistance immédiate vise plus de 30 000 personnes. Elle inclut :

  • Des soins de santé d’urgence,

  • Un soutien nutritionnel (lutte contre la malnutrition aiguë),

  • La distribution de biens essentiels (couvertures, kits d’hygiène, ustensiles de cuisine),

  • Des transferts monétaires pour permettre aux familles de subvenir à leurs besoins.

L’accès durable aux services sociaux de base comprend :

  • Le soutien psychosocial pour les enfants traumatisés par la violence,

  • La construction de points d’eau potable pour prévenir les maladies hydriques,

  • La réhabilitation d’infrastructures communautaires (écoles, centres de santé).

L’objectif est de stabiliser les zones de conflit, de permettre le retour des déplacés, et de créer les conditions d’un développement à long terme.

L’urgence d’agir en Ituri

Dans son discours, le représentant pays de l’UNICEF, John Agbor, a rappelé l’urgence d’agir en Ituri. Les déplacements massifs de populations exacerbent les violations des droits de l’enfant. Les enfants sont exposés à la violence, aux recrutements forcés, aux séparations familiales, aux violences sexuelles.

L’Ituri, déjà meurtrie par des décennies de conflits intercommunautaires (notamment entre les communautés Hema et Lendu), connaît une résurgence des violences depuis plusieurs années. Des centaines de milliers de personnes sont déplacées. Les besoins humanitaires sont immenses.

Le projet « Resilience for Children » vise à apporter une réponse à la hauteur de ces défis.

La Corée du Sud, partenaire engagé

L’ambassadeur de Corée du Sud, Jeong Hong Geun, a réaffirmé la volonté de son pays de contribuer au relèvement durable des communautés affectées. Séoul, qui a connu la guerre et la pauvreté, se sent solidaire des pays en développement.

Les 5 millions de dollars alloués à ce projet témoignent de l’engagement de la Corée du Sud en faveur de la protection des enfants dans les zones de conflit. Un geste salué par les autorités congolaises.

« La Corée du Sud n’oublie pas que son développement a été soutenu par la communauté internationale. Aujourd’hui, c’est à notre tour de donner », a déclaré l’ambassadeur.

L’intégration des stratégies éducatives en situation d’urgence

Présente à la cérémonie, la ministre d’État à l’Éducation Nationale, Raïssa Malu, a insisté sur l’intégration des stratégies éducatives en situation d’urgence. Pour elle, l’éducation ne peut pas attendre la fin des conflits.

Elle a plaidé pour le déploiement de l’enseignement à distance afin de briser le cycle de déscolarisation imposé par les crises. Les radios communautaires, les tablettes, les smartphones, les kits scolaires d’urgence : autant d’outils pour permettre aux enfants déplacés de continuer à apprendre.

« Un enfant qui n’est pas scolarisé est un enfant vulnérable, exposé aux recrutements forcés, aux violences, à l’exploitation », a martelé Raïssa Malu. « L’éducation est une protection. »

Une approche fondée sur les droits de l’enfant

Le projet « Resilience for Children » se distingue également par son approche fondée sur les droits de l’enfant. Les mineurs ne sont pas considérés comme de simples bénéficiaires passifs, mais comme des acteurs de leur propre développement.

Le programme prévoit la participation active des mineurs via des clubs d’enfants et des « gouvernements scolaires ». Ces structures permettent aux enfants d’exprimer leurs besoins, de participer aux décisions qui les concernent, et de développer des compétences civiques.

Une innovation qui pourrait faire école dans d’autres provinces.

L’extension progressive du modèle

Pour Kinshasa, l’ambition dépasse les frontières de l’Ituri. L’approche fondée sur des résultats mesurables et la participation communautaire pourrait être étendue à d’autres provinces touchées par les épidémies (choléra, Ebola, Covid-19) et les aléas climatiques (inondations, glissements de terrain).

Le suivi rigoureux du projet, avec des indicateurs précis et des évaluations régulières, devrait permettre de transformer ce projet pilote en une réussite pérenne, capable d’attirer de nouveaux financements internationaux.

« Nous voulons prouver que cela marche, pour ensuite convaincre d’autres partenaires de nous rejoindre », a expliqué une source proche du gouvernement.

Un avenir plus stable pour les enfants du Nord-Est

Avec ce projet, la RDC et ses partenaires espèrent non seulement panser les plaies immédiates, mais surtout offrir un avenir plus stable aux enfants du Nord-Est du pays.

L’Ituri, terre de violence et de déplacements, pourrait devenir un laboratoire d’innovation sociale. Les enfants, premières victimes des conflits, pourraient devenir les premiers bénéficiaires d’une politique de protection renforcée.

Le chemin est long. Les défis sont immenses. Mais un premier pas a été franchi. Celui de la mobilisation internationale. Celui de l’engagement politique. Celui de l’espoir, peut-être.

Une réponse structurelle à une crise chronique

Le projet « Resilience for Children » se veut une réponse structurelle, et non pas seulement une énième opération humanitaire d’urgence. Il s’agit de reconstruire les systèmes de protection de l’enfance, de renforcer les capacités des acteurs locaux, de créer les conditions d’un développement durable.

L’UNICEF apporte son expertise technique. La Corée du Sud apporte les financements. Le gouvernement congolais apporte la volonté politique. Une combinaison gagnante, en théorie.

Reste à savoir si cette belle mécanique fonctionnera sur le terrain. Si les 5 millions de dollars seront utilisés à bon escient. Si les enfants de l’Ituri sentiront vraiment la différence.

L’enjeu : passer de l’intention à l’action

La cérémonie de lancement s’est achevée dans une atmosphère d’optimisme prudent. Les discours ont été beaux, les engagements solennels. Mais l’enjeu est désormais de passer de l’intention à l’action.

Les prochains mois diront si « Resilience for Children » tient ses promesses. Si les 30 000 personnes assistées reçoivent effectivement l’aide annoncée. Si les points d’eau sont construits. Si les enfants retournent à l’école.

L’Ituri, province martyre, mérite mieux que des promesses. Ses enfants méritent un avenir. Un avenir sans violence, sans peur, sans déplacement. Un avenir où ils pourront grandir, apprendre, rêver.

Le projet « Resilience for Children » est une pièce du puzzle. Il reste à assembler les autres. Avec la volonté politique, la mobilisation internationale, et l’engagement des communautés, l’Ituri pourrait bien, un jour, sortir de l’ornière.

En attendant, les enfants de l’Ituri attendent. Ils attendent que les 5 millions de dollars se transforment en écoles, en centres de santé, en eau potable. Ils attendent que les discours deviennent réalité. Ils attendent que l’espoir, enfin, l’emporte sur la désolation.

RDC:61 victimes de violences sexuelles liées aux conflits en janvier 2026

Le 6 avril 2026, le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits humains (BCNUDH) a publié son rapport sur les violences sexuelles liées aux conflits (VSLC) en RDC pour le mois de janvier 2026. Au moins 46 cas ont été recensés, touchant 61 victimes : 39 femmes, 21 filles et un homme. Ce chiffre représente une baisse de 59 % par rapport au mois précédent (147 victimes). Cependant, l’ONU précise que cette diminution reflète surtout la sous-documentation causée par l’insécurité et les difficultés d’accès aux victimes. Sur le terrain, la situation demeure bien plus grave.

Le document expose un constat accablant : les violences sexuelles continuent d’être utilisées comme arme de guerre, et l’impunité reste la règle. Les auteurs sont multiples et souvent difficiles à identifier.

Qui sont les auteurs ?

Le BCNUDH distingue deux catégories principales : les groupes armés et les agents étatiques.

  • Les groupes armés représentent 52 % des cas, soit 32 victimes. En tête, le M23 (21 victimes : 13 femmes et 8 filles), suivi des Nyatura (4 victimes), des Raïa Mutomboki (3 victimes) et des ADF (2 femmes).
  • Les agents étatiques comptent pour 46 % des cas, soit 28 victimes. Les FARDC sont responsables de 25 cas (15 femmes, 9 filles et 1 homme), la PNC de 2 cas (deux femmes), et un responsable de l’État chargé des mines et de l’énergie d’un cas (une fille).

Ainsi, ces violences ne se limitent pas aux groupes rebelles. Les forces de l’ordre, censées protéger les civils, participent également aux abus, un constat particulièrement inquiétant pour l’État congolais.

Une escalade du conflit

L’intensification des combats dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, provoquée par l’AFC-M23 soutenue par le Rwanda, a engendré un désastre humanitaire. Depuis janvier 2026, des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.

Dans ce contexte, les violences sexuelles se multiplient. Les femmes et les filles deviennent des cibles faciles. Toutefois, les hommes ne sont pas épargnés, comme le montre le cas d’une victime masculine.

Pourquoi les chiffres baissent-ils ?

Selon le BCNUDH, la baisse apparente de 59 % des cas documentés en janvier s’explique par un manque de documentation. Beaucoup de victimes n’ont pas accès aux services d’enregistrement, et les humanitaires ne peuvent pas atteindre certaines zones.

De plus, l’insécurité, les routes coupées et la présence de groupes armés freinent la collecte d’informations. Par conséquent, la réalité reste bien plus sombre que les chiffres ne le laissent paraître.

Répartition géographique des violences

  • Nord-Kivu : 54 % des cas (22 femmes, 11 filles). Les combats intenses entre FARDC et M23 causent de lourdes souffrances pour les civils.
  • Sud-Kivu : 36 % des cas (13 femmes, 9 filles). L’insécurité et les déplacements massifs affectent fortement la population.
  • Ituri : 10 % des cas (4 femmes, 1 fille, 1 homme). Après des années de conflits intercommunautaires, la région connaît une résurgence des violences.

Violences sexuelles : un outil de représailles

Le BCNUDH souligne que ces violences servent souvent de représailles entre les parties au conflit. Le 21 janvier, à Loda/Sanduku (territoire de Djugu, Ituri), quatre militaires des FARDC ont violé une fillette de 9 ans en la menaçant de mort.

Une enfant violée par ceux censés la protéger : ce crime illustre la barbarie persistante du conflit.

Des soins encore insuffisants

Malgré la gravité de la situation, 30 victimes sur 46 ont reçu des soins médicaux appropriés. Ce progrès reste toutefois limité. Dans les zones reculées, l’accès aux soins demeure restreint, la prise en charge psychologique reste quasi inexistante, et l’accès à la justice se transforme en véritable parcours du combattant.

Le rapport appelle donc à renforcer les efforts pour garantir soins et justice à toutes les victimes.

Des conséquences dramatiques

Les violences sexuelles provoquent des impacts dévastateurs : traumatismes durables, grossesses non désirées, maladies sexuellement transmissibles, stigmatisation sociale et décès.

De plus, l’insécurité et l’inaccessibilité des routes compliquent l’aide humanitaire. Les besoins sont immenses, alors que les ressources restent limitées.

Appel à un accès humanitaire sécurisé

Les acteurs humanitaires continuent de fournir soins d’urgence, aide alimentaire et assistance vitale. Cependant, leurs interventions se heurtent à l’insécurité et au manque d’accès. L’ONU insiste : il faut garantir un accès humanitaire rapide et sécurisé, sans obstacles ni menaces. Jusqu’à présent, cet appel reste largement ignoré.

Les initiatives de paix stagnent

Le processus de Washington et l’implication du Qatar n’ont pas amélioré la situation. Le gouvernement congolais, le Rwanda et l’AFC/M23 continuent de s’accuser mutuellement.

Malgré les engagements pris, le conflit dicte encore la vie dans l’Est. Les organisations internationales exhortent toutes les parties à mettre fin aux armes et à protéger les populations.

Un combat loin d’être terminé

Le BCNUDH tire une nouvelle sonnette d’alarme : les violences sexuelles liées aux conflits persistent. Les victimes sont souvent très jeunes et les auteurs nombreux, y compris au sein des forces de l’ordre. L’impunité demeure la norme.

La baisse des cas documentés ne reflète qu’une partie de la réalité. Elle masque de nombreuses victimes invisibles et des crimes non rapportés.

Pour y remédier, le combat exige une volonté politique forte, des ressources financières et une mobilisation internationale. En attendant, les 61 victimes de janvier 2026 – ainsi que toutes celles des mois précédents – attendent justice et reconnaissance.

Leur seul crime : être nées dans une région en guerre. Leur seule faute : être vulnérables. Leur seul espoir : que l’ONU et la communauté internationale entendent enfin leur voix.

Maniema : Kindu accueille une conférence historique sur l’agriculture, l’environnement et le tourisme

Le Maniema sort de l’ombre. Ce mercredi 8 avril 2026, la ville de Kindu, chef-lieu de la province, a ouvert ses portes à sa toute première conférence sur l’agriculture, l’environnement, le tourisme et l’eau. Pendant trois jours, du 8 au 10 avril, plus de 500 participants nationaux et internationaux vont plancher sur les moyens de valoriser les richesses de cette région encore méconnue. L’objectif est clair : attirer des investissements étrangers, créer des emplois et faire du Maniema un pôle de développement durable.

L’amphithéâtre de l’Université de Kindu, situé à Lwama, a servi de cadre à cet événement inédit. C’est la ministre nationale de l’Environnement, Marie Nyange Ndambo, qui a donné le coup d’envoi des travaux, en présence des autorités politico-administratives, d’experts, d’acteurs de la société civile et de partenaires techniques et financiers venus de plusieurs provinces.

Placée sous le haut patronage du président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, cette conférence marque un tournant pour la province du Maniema, longtemps restée à l’écart des grands rendez-vous du développement.

Un diagnostic sans complaisance

Dans son allocution d’ouverture, le gouverneur Mussa Kabwankubi Moïse a donné le ton. L’heure n’est pas aux discours convenus, mais à l’action.

« Nous voulons établir un diagnostic sans complaisance des secteurs clés : agriculture, environnement, tourisme et eau. C’est à partir de cette analyse que nous identifierons les problèmes majeurs et les solutions adaptées », a-t-il déclaré.

Le gouverneur a insisté sur les immenses potentialités du Maniema. Une province riche en ressources naturelles, en terres agricoles fertiles, en eau abondante, en biodiversité exceptionnelle. Pourtant, elle reste enclavée, sous-équipée, et sa population vit souvent dans la précarité.

« Le Maniema a un rôle à jouer dans la stabilité climatique de notre pays et du monde », a ajouté l’autorité provinciale, appelant à une mobilisation collective pour sortir la province de son isolement.

Une « grande première » saluée par la ministre

Pour la ministre Marie Nyange Ndambo, cette conférence est une « grande première ». Une occasion unique de mettre en lumière une province qu’elle décrit comme une « terre d’opportunités ».

La ministre, qui a parcouru le pays pour promouvoir la protection de l’environnement, a salué l’initiative du gouverneur et des autorités locales. Elle a rappelé que le développement durable passe par la valorisation des ressources locales, l’implication des communautés, et la coopération entre les secteurs public et privé.

« Le Maniema a tout pour réussir, a-t-elle déclaré. Il suffit de croire en ses potentialités et de travailler ensemble pour les concrétiser. »

Quatre secteurs, un même combat

Pendant trois jours, experts, autorités, opérateurs économiques et acteurs de la société civile vont réfléchir sur des pistes concrètes pour un développement durable et inclusif du Maniema.

Quatre secteurs sont à l’honneur.

1. L’agriculture : le Maniema dispose de terres fertiles et d’un climat favorable. Pourtant, l’agriculture reste traditionnelle, peu mécanisée, peu productive. L’enjeu est d’attirer des investissements pour moderniser les exploitations, former les agriculteurs, développer les filières (maïs, riz, manioc, café, cacao, etc.) et connecter les producteurs aux marchés.

2. L’environnement : le Maniema abrite des forêts denses, des réserves naturelles, une biodiversité unique. La pression démographique et l’exploitation illégale des ressources menacent cet équilibre fragile. L’objectif est de promouvoir une gestion durable des forêts, de lutter contre la déforestation, de développer des projets de conservation et de valoriser les écosystèmes.

3. Le tourisme : le Maniema possède un potentiel touristique immense : chutes, grottes, paysages, culture locale. Mais l’absence d’infrastructures, l’enclavement et l’insécurité freinent le développement de ce secteur. La conférence vise à identifier les sites à promouvoir, à encourager l’investissement hôtelier, et à former les acteurs locaux.

4. L’eau : le Maniema est traversé par de nombreux fleuves et rivières, dont le célèbre Congo. L’eau est une ressource abondante, mais mal exploitée. L’enjeu est de développer l’hydroélectricité, d’améliorer l’accès à l’eau potable, et de promouvoir une gestion intégrée des ressources en eau.

Attirer les investisseurs

L’objectif ultime de cette conférence est d’attirer des investisseurs étrangers. Le Maniema a besoin de capitaux pour moderniser ses infrastructures, développer ses filières, créer des emplois.

Les autorités provinciales ont préparé des dossiers de projets bancables, dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, du tourisme, de l’environnement. Ils seront présentés aux investisseurs potentiels, nationaux et internationaux.

Le gouverneur Mussa Kabwankubi a promis un environnement des affaires sécurisé, des facilités administratives, et un accompagnement personnalisé aux investisseurs sérieux. Un message destiné à rassurer les capitaux étrangers, souvent frileux face aux risques perçus en RDC.

Un rôle dans la stabilité climatique

Le gouverneur a également évoqué un enjeu planétaire : le climat. Le Maniema, avec ses forêts, ses tourbières, ses écosystèmes, joue un rôle crucial dans la régulation du climat régional et mondial.

La déforestation et la dégradation des sols libèrent du carbone et contribuent au réchauffement. À l’inverse, la protection des forêts et la gestion durable des terres permettent de stocker le carbone et de lutter contre le changement climatique.

Le Maniema peut donc prétendre à des financements internationants au titre de la REDD+ (Réduction des émissions liées à la déforestation et à la dégradation des forêts). Un levier supplémentaire pour attirer des investissements et développer des projets verts.

Une dynamique à confirmer

Cette première conférence est un signal fort. Elle montre que le Maniema, souvent oublié, entend prendre son destin en main. Elle témoigne de la volonté des autorités locales de sortir de l’ornière, de valoriser les potentialités de la province, et de créer les conditions d’un développement durable.

Reste à savoir si les recommandations issues de ces trois jours de travaux seront suivies d’effets. Si les investisseurs seront au rendez-vous. Si les projets sortiront de terre. Si les emplois seront créés. Si la pauvreté reculera.

Le chemin est long. Les défis sont immenses. Mais un premier pas a été franchi. Celui de la prise de conscience collective. Celui de la mobilisation des acteurs. Celui de l’espoir, peut-être.

Kindu, pour quelques jours, est devenue la capitale de l’agriculture, de l’environnement, du tourisme et de l’eau en RDC. Et si cette dynamique se poursuivait, le Maniema pourrait bien devenir un modèle pour d’autres provinces.

L’avenir le dira. En attendant, les 500 participants planchent, échangent, se projettent. Et le Maniema, lentement, sort de l’ombre.