RDC-M23 : signature à Doha d’un mandat pour surveiller le cessez-le-feu, une mission MONUSCO prévue à Uvira

Doha, Qatar – Le processus de paix pour l’Est de la RDC avance par petites étapes. Lundi 2 février à Doha, le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23 ont validé le mandat de la CIRGL. Cette organisation suivra et vérifiera le cessez-le-feu.

La rencontre s’est tenue sous médiation qatarie. Elle réunissait le mécanisme conjoint de suivi. Cette validation donne un cadre clair aux engagements de désescalade. Les deux parties confirment leur volonté de respecter le cessez-le-feu. Elles réaffirment aussi leur attachement à l’accord-cadre de Doha. Le ministère qatari des Affaires étrangères l’a indiqué dans un communiqué.

Une mission annoncée à Uvira

Les participants ont pris des décisions concrètes. La MONUSCO enverra bientôt une mission de surveillance à Uvira, au Sud-Kivu. L’armée congolaise contrôle de nouveau la ville. Par ailleurs, les parties ont mis en place des canaux de communication. Ces échanges doivent faciliter le suivi sur le terrain.

Plusieurs observateurs ont assisté à la réunion. Les États-Unis et l’Union africaine étaient présents. Le Togo participait comme médiateur désigné par l’UA. La CIRGL a aussi pris part aux discussions.

Des avancées techniques, mais prudentes

Les délégations veulent renforcer le suivi du cessez-le-feu. Elles misent sur la vérification et l’échange d’informations. De plus, elles prévoient des réunions régulières. L’objectif reste un mécanisme plus efficace.

Cette étape relance le dialogue direct entre Kinshasa et le M23. Elle arrive après des mois de blocage. Toutefois, la situation reste fragile. Les combats ont souvent repris malgré des accords signés. Ainsi, seule une application stricte du cessez-le-feu peut ouvrir la voie à une paix durable.

Lubumbashi : 39 criminels présumés arrêtés, dont les tueurs d’un agent de l’ANR

La police du Haut-Katanga a porté un coup sévère à la criminalité organisée à Lubumbashi. Ce lundi 2 février, elle a présenté à la presse 39 présumés criminels. Cette vaste opération a notamment permis d’arrêter les suspects du meurtre d’un agent de l’Agence nationale de renseignements (ANR).

Parmi les personnes interpellées, treize se spécialisent dans les vols à main armée. Selon la Police nationale congolaise (PNC), « le groupe reste hétérogène mais redoutable ». De plus, les forces de l’ordre ont saisi plusieurs pièces à conviction : une kalachnikov AK-47 chargée, des munitions de guerre, des armes blanches ainsi que des dizaines de téléphones volés.

Des opérations dans des quartiers sensibles

Le commissaire divisionnaire provincial Blaise Kilimbalimba attribue ce résultat à la collaboration entre la police et la population. En effet, les équipes ont mené des opérations ciblées dans plusieurs zones sensibles. Elles sont intervenues au marché Mzee, à Sendwe, sur l’avenue des Usines, à Mama Yemo et sur la route de Likasi.

Le commissaire salue d’ailleurs « le courage et la vigilance des citoyens ». Selon lui, leurs signalements facilitent la dénonciation des malfaiteurs et accélèrent les interventions.

Un message clair contre l’insécurité

Pour le gouvernement provincial, cette opération envoie un signal fort à ceux qui défient l’autorité de l’État à Lubumbashi. Par ailleurs, la police compte transférer rapidement les suspects à la justice. Elle réaffirme aussi sa volonté de traquer les auteurs de troubles.

Ainsi, cette démonstration de force veut rassurer la population. Elle cherche également à restaurer la confiance dans les forces de l’ordre, alors que les crimes violents augmentent dans la deuxième ville du pays.

L’expert Zobel Behalal révèle l’empire économique illicite du M23 financé par les minerais

Paris / Goma – Depuis qu’il occupe des zones stratégiques autour de Goma, le mouvement rebelle AFC-M23 ne se bat plus seulement avec des armes, mais avec une machine économique redoutable. Invité sur TV5 Monde, l’expert Zobel Behalal a détaillé comment l’alliance, soutenue par le Rwanda, a fait de l’exploitation minière illicite le moteur financier de sa guerre dans l’Est de la RDC.

« La conquête de zones stratégiques a été à la fois une victoire militaire et économique », a affirmé l’ancien membre du panel d’experts de l’ONU sur la RDC. Une fois installé, le M23 a instauré un système de taxation illicite sur toute l’activité économique et sociale, bien au-delà des simples pillages.

La mine de Rubaya, une vache à lait de 800 000$ par mois

Le véritable trésor de guerre se trouve sous terre. Selon les rapports de l’ONU, la seule mine de coltan et d’or de Rubaya rapporterait au moins 800 000 dollars par mois au groupe rebelle. Les minerais extraits, principalement par des creuseurs artisanaux sous contrôle strict du M23, sont ensuite exportés vers le Rwanda.

« Entre janvier et juin 2025, les exportations rwandaises de coltan ont augmenté de plus de 200 % », a souligné Zobel Behalal, pointant le rôle clé de Kigali dans cette chaîne d’approvisionnement opaque et criminelle.

Un réseau structuré et un Rwanda bénéficiaire

L’expert décrit un système bien rodé : les négociants, souvent basés au Rwanda, achètent la production et paient une taxe au M23. Cette économie de guerre, « illégale et illicite », profite largement au Rwanda qui tire d’importants revenus de son contrôle indirect sur ces territoires occupés.

« D’autres pays, de manière active ou passive, tirent également profit de ce système », a conclu Behalal, soulignant la difficulté à retracer l’intégralité d’un réseau qui a tout intérêt à maintenir l’opacité.

Cette analyse confirme que le conflit dans l’Est congolais est désormais autant alimenté par les convoitises économiques que par les rivalités politiques. Tant que ces financements illicites continueront de couler, la paix restera une illusion lointaine.

Crise à l’Est : Tshisekedi reçoit officiellement les 5 facilitateurs de l’Union africaine

Kinshasa – Pour la première fois depuis le début de son mandat, le président Félix Tshisekedi a reçu jeudi 29 janvier le panel des cinq anciens chefs d’État, désignés par l’Union africaine pour faciliter le processus de paix dans l’Est de la RDC.
Cette rencontre officielle, très attendue, marque une avancée dans la coordination des initiatives diplomatiques à Washington, Doha et Nairobi.

Jusqu’ici, le président rencontrait certains membres du « directoire des sages » uniquement en tête-à-tête.
Par exemple, il a reçu Olusegun Obasanjo, ancien président nigérian chargé des questions militaires, et Uhuru Kenyatta, ancien président kényan responsable du dialogue avec les groupes armés.
De leur côté, Catherine Samba-Panza (Centrafrique) et Sahle-Work Zewde (Éthiopie) avaient déjà été reçues par la Première ministre Judith Suminwa en juillet 2025.

Une médiation soutenue par le Togo

La rencontre s’est tenue à la Cité de l’Union africaine, sous la médiation togolaise représentée par le ministre délégué aux Affaires étrangères, Yackoley Kokou Johnson.
Ensuite, un dîner officiel était prévu avec toute la délégation.

Les facilitateurs ont pour mission de formuler des propositions concrètes à l’Union africaine afin de désamorcer la crise dans l’Est.
Ces propositions seront ensuite présentées au sommet de l’organisation prévu à Addis-Abeba, mi-février.

Un agenda serré pour des actions rapides

Leur emploi du temps est très chargé.
Après la réunion à Kinshasa, la délégation devait prendre un vol spécial pour Kigali, au Rwanda, puis se rendre à Gitega, au Burundi.
Cette tournée souligne l’importance régionale de la crise et la nécessité d’une réponse coordonnée.

Cette première rencontre officielle avec le président Tshisekedi envoie un signal fort de coordination.
Elle survient alors que les processus de paix parallèles peinent à produire des résultats sur le terrain.
Désormais, l’objectif consiste à transformer ces discussions en actions concrètes, capables de freiner la spirale de violence dans les Kivus.

Un an d’occupation du M23 à Goma : le traumatisme et l’appel à la justice

Goma, Nord-Kivu – Cela fait un an jour pour jour que le rugissement des armes a cédé à un silence de plomb. Le 26 janvier 2025, après des combats sanglants et l’assassinat du gouverneur militaire, les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, entraient dans Goma. Aujourd’hui, la capitale du Nord-Kivu vit sous occupation, et le traumatisme de sa chute est une plaie toujours vive.

Le bilan, selon le gouvernement congolais, est effroyable : au moins 10 000 morts, civils et militaires, en un an de conflit. Malgré une résistance acharnée des FARDC et des miliciens Wazalendo pendant trois jours, la ville est tombée. Dans les ruelles de Goma, le souvenir de ces journées hante toujours les esprits.

« J’ai perdu tout espoir de les revoir »

Pour les familles des victimes, l’anniversaire n’est pas une commémoration, mais un rappel douloureux de l’impunité. « Cela fait déjà un an que mes trois fils manquent à l’appel », confie une mère, la voix nouée par un chagrin devenu chronique. « Tant de personnes ont été lâchement abattues. » Comme beaucoup d’autres, elle lance un appel désespéré à une justice qui n’arrive pas : « Si la justice nationale montre ses limites, la justice internationale doit se saisir de ces dossiers. Il s’agit de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. »

Les défenseurs des droits humains abondent dans ce sens, dénonçant un cycle de violence qui n’a pas cessé avec l’occupation. « Un an après, les menaces, les tortures et les disparitions forcées continuent », affirme un activiste local. « Nous exigeons la fin de la guerre et de l’impunité. »

Une ville transformée en symbole de la souffrance

Sous le contrôle du M23, Goma n’est plus la même. La cité dynamique s’est muée en un théâtre de tueries, d’assassinats ciblés, de tortures et de violences sexuelles. Un climat de peur permanente et de profonde désolation y règne, alors que les pourparlers de paix, à Doha ou ailleurs, piétinent.

Un an après, Goma n’est pas libérée. Elle est seulement devenue le symbole le plus criant de l’échec des accords de paix et du coût humain insupportable d’une guerre qui, loin de s’éteindre, a simplement changé de visage. Pour ses habitants, chaque jour est un rappel que l’anniversaire de la chute n’est pas une fin, mais le début interminable d’une longue nuit.

Arrestations et pressions sur la famille de Corneille Nangaa

En République démocratique du Congo, la guerre à l’Est dépasse désormais le front militaire. Ses effets atteignent aussi les cercles familiaux. Depuis plusieurs semaines, une vague d’arrestations et de pressions vise les proches de Corneille Nangaa. L’ancien président de la CENI dirige aujourd’hui la rébellion AFC/M23.

Dernier cas signalé : Didier Ilaani Nangaa. Les services de l’Agence nationale des renseignements le détiennent depuis treize jours dans le Haut-Uele, selon plusieurs sources concordantes.

Les enquêteurs l’entendent dans un dossier de contentieux minier. L’affaire porte sur une concession d’exploration d’or. Ce type de dossier revient souvent dans les enquêtes visant l’entourage de Corneille Nangaa.

Selon les mêmes sources, les autorités rattachent cette arrestation à une enquête plus large. Ouverte depuis près de deux ans, elle cible de possibles réseaux de financement du M23. Elle concerne aussi la recherche de caches d’armes dans le territoire de Wamba, fief d’origine de la famille Nangaa.

Arrestations, exils et saisies : une famille sous étau

D’après des sources internes, la pression touche aujourd’hui l’ensemble du clan familial. Plusieurs mesures lourdes se cumulent.

D’abord, la justice militaire a condamné à mort quatre membres de la famille. Parmi eux figure Baseane Nangaa Putters, actuellement détenu à la prison militaire de Ndolo.

Ensuite, plusieurs proches ont quitté le pays. Yvette Lubanda, épouse de Corneille Nangaa, vit en exil. Fabrice Lubala, son beau-frère, a suivi le même chemin. De son côté, Christophe Baseane Nangaa, ancien gouverneur et sénateur, affirme avoir fui une arrestation à Kinshasa. Il s’est réfugié à Dubaï après la saisie de ses biens et le gel de ses comptes bancaires. Malgré cela, il se revendique toujours membre de la majorité présidentielle.

Par ailleurs, les services de sécurité détiendraient au moins une dizaine de neveux et de cousins. Une note interne évoque plusieurs centres de détention. En parallèle, des dizaines d’autres membres de la famille ont quitté la RDC ces deux dernières années.

Au final, ces actions dépassent le cadre d’une enquête classique. Elles dessinent une pression globale sur un cercle familial élargi. Elles interrogent aussi sur les méthodes utilisées par l’État congolais dans sa lutte contre le M23. Dans ce conflit, les lignes de front ne se limitent plus aux provinces de l’Est. Elles traversent désormais les familles et les réseaux de proximité.

Le gouvernement annonce un plan pour restaurer l’autorité de l’État à Uvira

Le gouvernement congolais a annoncé, ce lundi, le lancement d’un plan d’urgence pour restaurer l’autorité de l’État à Uvira, dans le Sud-Kivu. Cette annonce fait suite au retrait des forces rwandaises et du groupe M23 de cette ville stratégique, un départ que Kinshasa qualifie de manœuvre calculée et non d’un geste de paix.

Selon le communiqué officiel, ce retrait a été précédé de pillages systématiques, d’un « désordre prémédité » et de « pratiques de stigmatisation communautaire » ayant profondément déstabilisé la cohésion sociale locale. Pour les autorités congolaises, loin d’être une avancée, cette situation nécessite une intervention immédiate et multidimensionnelle pour panser les plaies laissées par l’occupation.

Un plan en trois axes : sécurité, justice, humanitaire

Le plan gouvernemental combine des mesures de sécurité, de justice et d’aide humanitaire. Les Forces armées de la RDC (FARDC) et la Police nationale (PNC) sont en train de réinvestir la ville « de manière progressive et ordonnée » avec pour mandat de rétablir l’ordre, protéger les civils et sécuriser les biens.

Parallèlement, le gouvernement dénonce une autre conséquence tragique de l’occupation : la déportation de civils, notamment des membres de la communauté banyamulenge. Kinshasa accuse les forces rwandaises et le M23 d’avoir contraint des populations à fuir, dans le but, selon lui, de les « instrumentaliser » comme prétexte pour justifier leur présence sur le sol congolais.

Un retrait « inacceptable » sans évacuation totale

Le ton du gouvernement est sans équivoque : la situation à Uvira ne signifie ni la fin de l’agression, ni une amélioration de la sécurité. Kinshasa réaffirme que la seule issue acceptable est le « retrait total, effectif et sans condition » de toutes les forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’ensemble du territoire national. Cette exigence se base sur la résolution 2773 de l’ONU et les accords de Washington et de Doha.

L’exécutif appelle également la population au calme et à la responsabilité, tout en mettant en garde contre la désinformation et les discours de stigmatisation qui pourraient attiser les tensions communautaires.

Ce plan pour Uvira marque une phase critique : celle de la réparation après la bataille. Il teste la capacité de l’État à revenir, non seulement avec des soldats, mais aussi avec des services, de la justice et une vision pour restaurer la confiance dans une ville qui a payé un lourd tribut à la guerre.

Paix en RDC : l’UA dévoile son équipe de médiation

Lomé – Après deux jours de discussions serrées dans la capitale togolaise, l’Union africaine a dévoilé sa feuille de route la plus structurée à ce jour pour tenter de ramener la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une « architecture de médiation » ambitieuse, présentée lundi 19 janvier, qui ressemble à un gouvernement de l’ombre dédié à la seule résolution du conflit le plus meurtrier du continent.

À sa tête, le président togolais Faure Gnassingbé, officiellement désigné médiateur de l’UA. Mais l’innovation réside dans la distribution des rôles, confiés à un directoire d’anciens présidents, chacun expert d’un domaine crucial. Une division du travail qui vise à éviter le saupoudrage et les doublons, fléaux des processus de paix précédents.

Le directoire des sages : une tâche pour chaque ancien président

L’organigramme, révélé par le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, est précis :

  • Olusegun Obasanjo (Nigeria) : le poids lourd militaire. L’ancien chef d’État et général hérite du dossier le plus sensible : les questions militaires et de sécurité. C’est à lui de désamorcer la bombe des opérations sur le terrain.

  • Uhuru Kenyatta (Kenya) : le négociateur. Il est chargé du dialogue direct avec les groupes armés locaux, dont le M23, une mission périlleuse au cœur de la crise.

  • Sahle-Work Zewde (Éthiopie) : la voix humanitaire. L’ancienne présidente devra gérer l’urgence humanitaire et le sort des millions de déplacés.

  • Mokgweetsi Masisi (Botswana) : l’architecte économique. Il supervisera la coopération économique régionale, clef d’une paix durable au-delà du cessez-le-feu.

  • Catherine Samba-Panza (RCA) : la pilier sociétal. Elle prend en charge la société civile, la réconciliation nationale et l’inclusion des femmes.

Une machine à coordonner les bonnes volontés

Derrière ce directoire politique, une lourde machinerie technique est mise en place. Un Secrétariat conjoint indépendant rassemblera le Togo, la Commission de l’UA, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Son rôle : assurer la coordination sur le terrain et éviter que chaque organisation ne tire dans une direction différente.

Enfin, l’Union africaine se réserve la coordination avec les partenaires internationaux incontournables mais parfois encombrants : les Nations unies, le Qatar, l’Union européenne, les États-Unis et les membres permanents du Conseil de sécurité.

Ce dispositif, né de la réunion des 16 et 17 janvier à Lomé, est une réponse directe au chaos des médiations parallèles (Doha, Washington, Luanda) et à l’échec des initiatives régionales précédentes. Il vise à imposer une cohérence continentale face à un conflit qui a trop souvent servi les intérêts de puissances extérieures.

Reste à savoir si cette belle architecture, dessinée sur le papier à Lomé, résistera aux réalités brutales des collines du Kivu et aux calculs géopolitiques des capitales régionales. Pour l’instant, l’UA vient de jouer sa carte la plus organisée. La partie décisive commence maintenant.

Crise RDC-Rwanda : sommet crucial des médiateurs à Lomé

Ce samedi, la capitale togolaise se transforme en salle de crise continentale. Autour d’une même table, sous l’égide discrète mais déterminée du président Faure Gnassingbé, vont se rencontrer les architectes éparpillés d’une paix qui n’arrive pas à naître. Lomé accueille une réunion de haut niveau sur la crise entre la RDC et le Rwanda, un sommet dans l’ombre qui pourrait être le dernier rempart avant un nouvel embrasement.

Le casting est sans précédent. Cinq anciens chefs d’État africains – Obasanjo, Kenyatta, Masisi, Samba-Panza, Zewde – devront rendre des comptes. Leur mission, confiée en mars dernier, est dans l’impasse. Face à eux, les médiateurs poids lourds du Qatar et des États-Unis, ainsi que les délégations de Kinshasa et Kigali. L’objectif est simple en apparence, immense dans les faits : coordonner enfin des efforts diplomatiques jusqu’ici parallèles, parfois contradictoires, et qui n’ont pas réussi à arrêter les armes.

Le constat d’un échec

Le décor a été planté plus tôt dans la semaine. Le président congolais Félix Tshisekedi était en visite « d’amitié et de travail » à Lomé. Avec son homologue togolais, médiateur désigné par l’Union africaine, il a dressé un constat amer : malgré un an de pourparlers, de rencontres à Washington et à Doha, la désescalade sur le terrain est un mirage. Les violences persistent, les groupes armés progressent, et la confiance entre Kinshasa et Kigali est au plus bas.

« Il faut rendre plus lisibles les différentes pistes diplomatiques », ont insisté les deux présidents. En clair, mettre de l’ordre dans ce qui ressemble à une tour de Babel. Car chaque acteur – Américains, Qataris, Africains de l’Est, Africains du Sud – avance avec son propre script, tandis que la population du Kivu, elle, ne voit arriver que le bruit des combats.

La pression du compte à rebours

Pour Faure Gnassingbé, l’enjeu est aussi personnel. Il doit présenter un rapport au prochain sommet de l’Union africaine. Un rapport qui, pour l’instant, ne pourrait qu’acter l’échec relatif des facilitations. Ce samedi, il attend des anciens présidents des propositions urgentes, concrètes, applicables immédiatement. Des mesures de dernier recours pour désamorcer une bombe à retardement humanitaire et sécuritaire.

La réunion de Lomé n’est donc pas une énième causerie diplomatique. C’est une tentative d’ultime cohérence. Une course contre la montre pour éviter que les processus de paix ne meurent d’avoir été trop nombreux, et pour empêcher que la région des Grands Lacs ne sombre un peu plus dans le chaos.

L’espoir, ténu, repose sur cette rare confluence de volontés autour d’une même table à Lomé. Mais l’histoire récente enseigne une dure leçon : dans l’Est congolais, les routes de la paix sont souvent des chemins qui ne mènent nulle part. Samedi, à Lomé, on tentera d’en tracer une nouvelle, avant qu’il ne soit trop tard.

RDC-Zambie : La 14e Commission Défense-Sécurité s’ouvre à Lubumbashi

Dans une salle de conférence aux rideaux tirés, à quelques centaines de kilomètres des foyers de tension de l’Est du pays, un dialogue crucial s’est ouvert ce mardi 13 janvier. Des hommes en uniforme et en costume ont lancé la 14e session de la Commission permanente mixte Défense et Sécurité entre la RDC et la Zambie, à Lubumbashi.

Cette rencontre porte le poids d’un contexte régional lourd et urgent. En effet, la stabilité de la frontière commune est mise à rude épreuve par des menaces persistantes. Dans ce cadre, l’enjeu dépasse la simple coopération protocolaire.

Une frontière commune sous pression sécuritaire

Pendant quatre jours, du 13 au 16 janvier 2026, experts et ministres des deux pays voisins vont tenter de renforcer un filet sécuritaire fragile. Leur objectif est clair : sécuriser une frontière longue et stratégique. Celle-ci n’est pas qu’une ligne sur une carte. Elle est aussi un corridor vital. Toutefois, elle demeure une zone de vulnérabilité.

Dès l’ouverture, le ton a été donné par le général Jean Baelongandi Iteku, chef de la délégation congolaise. Face à ses homologues zambiens, il n’a pas esquivé la réalité. Selon lui, la session se tient dans un « contexte sécuritaire préoccupant ». Il a également évoqué « l’agression » que subit la RDC dans sa partie orientale.

Ainsi, l’objectif affiché est sans ambiguïté : transformer une frontière partagée en un rempart commun.

Une coopération structurée entre experts et ministres

La mécanique de cette commission est bien huilée. D’abord, les travaux techniques sont menés par des experts. Ceux-ci sont co-pilotés par le général Iteku pour la RDC et Makambo Haamaundu, secrétaire permanent à la Défense pour la Zambie. Leur mission consiste à analyser les menaces, identifier les failles et proposer des réponses concrètes.

Ensuite, jeudi 15 janvier, le relais sera pris au niveau ministériel. Autour de la table siégeront le Vice-Premier ministre congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, Shabani Lukoo Bihango Jacquemain, ainsi que le ministre zambien de la Défense, Ambrose Lwijii Lufuma. Leur rôle sera décisif. Ils devront traduire les recommandations techniques en engagements politiques forts.

À l’issue des travaux, un communiqué conjoint viendra sceller ces engagements.

Trois piliers pour une sécurité partagée

Les discussions s’articulent autour de trois sous-commissions clés. D’abord, la Sécurité publique, pilier de la lutte contre la criminalité transfrontalière. Ensuite, la Défense, garante de la souveraineté et de la réponse aux agressions. Enfin, la Sécurité de l’État, rempart contre les menaces visant les institutions.

Par ailleurs, dans les couloirs, plusieurs pistes sont évoquées. Il s’agit notamment du renforcement des patrouilles mixtes, de l’échange de renseignements en temps réel et de mécanismes de réponse coordonnée. Car dans cette région, les crises ignorent les frontières administratives.

Pendant que la diplomatie s’active à Lomé et à Abu Dhabi sur les dossiers climatiques et régionaux, la rencontre de Lubumbashi agit dans l’ombre. Pourtant, son impact est immédiat. C’est ici, dans le concret des protocoles et des résolutions, que se joue la stabilité quotidienne.

Reste une question centrale : cette 14e session restera-t-elle un simple exercice technique ? Ou marquera-t-elle le tournant décisif vers une alliance sécuritaire plus solide ? La réponse dépendra, avant tout, de la fermeté des résolutions adoptées et de la volonté de les appliquer sur le terrain.

Gladis Kingombe interpelle l’AFC/M23 et appelle à la paix

Gladis Kingombe Matabishi, leader du MCD, exprime sa profonde désolation face à la rébellion de l’AFC/M23. Dans une lettre ouverte à Corneille Nangaa, il déplore la chute de Goma, Bukavu et des zones voisines dans les provinces du Nord et Sud-Kivu.

L’entrepreneur et réformiste explique qu’il a quitté Goma. Il refuse la lutte armée et prône une approche pacifique. De plus, il témoigne des pertes subies : son entreprise est passée de 57 à 13 employés et ses revenus ont fortement diminué.

Condamnation des abus et des manipulations

Dans sa lettre, Gladis Kingombe dénonce plusieurs pratiques des rebelles :

  • Ils réservent les bénéfices économiques aux seuls collaborateurs de l’AFC/M23.

  • Ils recrutent de force des jeunes dans l’armée rebelle.

  • Ils commettent des tueries et sabotages visant des civils innocents.

En outre, il met en garde Corneille Nangaa contre l’influence rwandaise et rappelle que ceux qui s’opposent à cette direction prennent des risques importants.

Appel au dialogue national et au fédéralisme pacifique

Gladis Kingombe invite l’AFC/M23 à déposer les armes et à rejoindre le dialogue national. Cela permettrait de libérer les territoires congolais et de construire une solution inclusive.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/afc-m23-mediation-de-luanda-la-paix-se-perd-elle-dans-trop-de-processus/

De plus, il insiste : le fédéralisme et la reconnaissance des Rwandophones et Tutsis congolais ne doivent pas servir la violence. Selon lui, seule la paix et le dialogue garantissent la stabilité et la justice pour tous.

Conclusion : la voix de la raison au cœur du conflit

Alors que la rébellion continue de semer la désolation dans l’Est de la RDC, la lettre de Gladis Kingombe envoie un message clair : la violence ne doit pas servir la domination ni l’influence étrangère. Le chemin vers la paix passe par le dialogue et le respect des droits de tous les citoyens.

Kinshasa prépare la paix… mais n’exclut plus la dissuasion

La déclaration d’Adolphe Muzito résonne comme un avertissement stratégique au régime rwandais dans un contexte régional déjà explosif. Le vice-Premier ministre du Budget a clairement indiqué que la RDC, tout en privilégiant la voie diplomatique, ne restera pas passive face aux violences persistantes dans l’Est du pays. « Nous ne sommes pas naïfs », a-t-il affirmé, rappelant que Kinshasa a choisi la paix, mais que cette patience a des limites.

Pour Muzito, les engagements non respectés par Kigali pourraient pousser la RDC à activer ses leviers financiers et militaires. « Si les Rwandais ne veulent pas comprendre, nous nous préparons véritablement », a-t-il averti, avec un ton inhabituellement ferme pour un membre du gouvernement.

Une dissuasion budgétaire assumée

L’originalité de sa posture réside dans l’argument budgétaire. Le pays disposerait d’un budget national de plus de 22 milliards de dollars, permettant de consacrer une enveloppe de 5 milliards pour soutenir un effort militaire sur plusieurs années, sans compromettre le fonctionnement de l’État. Cette capacité transforme l’arsenal économique en instrument de dissuasion politique, signalant à Kigali que la RDC peut concrétiser ses menaces si la paix reste un mirage.

« Nous ne dépendons plus exclusivement de l’aide extérieure », insiste Muzito, soulignant la maturité économique du pays, avec un PIB avoisinant les 110 milliards de dollars et une pression fiscale en progression.

Paix conditionnelle et souveraineté

Cependant, la préparation à la guerre ne signifie pas un rejet de la diplomatie. Muzito rappelle que la RDC reste ouverte à une coopération régionale, y compris avec le Rwanda, à condition que la souveraineté nationale soit respectée. « Nous sommes ouverts à l’exploitation des richesses du Congo par le Rwanda, mais d’une manière légale », précise-t-il.

Le vice-Premier ministre établit également un lien direct entre l’instabilité et la prédation économique, soulignant que mettre fin à la guerre ou s’y préparer sérieusement permettrait à Kinshasa de reprendre le contrôle sur ses ressources stratégiques, notamment les minéraux.

Avec cette déclaration, Kinshasa envoie un double message : la RDC reste engagée sur la voie de la paix, mais elle n’hésitera pas à transformer la patience en puissance, si ses voisins persistent à ignorer ses appels à la stabilité et au respect de la légalité régionale.

Félix Tshisekedi soutient l’initiative de l’UA et exige un cessez-le-feu immédiat à l’Est

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a réaffirmé son soutien total à l’initiative de médiation du président angolais João Lourenço. Ce dernier assure également la présidence en exercice de l’Union africaine.

Face à la recrudescence des violences dans l’est du pays, le chef de l’État congolais exige un « cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ». Il a réitéré cette position à l’issue d’un échange direct avec son homologue angolais.

Félix Tshisekedi a salué l’implication « constante » de João Lourenço dans la recherche de la paix. Il a assuré que Kinshasa était prête à s’engager sans délai en faveur d’un arrêt des combats.

Une médiation inscrite dans les cadres existants

Le président congolais a tenu à lever toute ambiguïté. Selon lui, cette initiative ne crée aucun nouveau cadre de négociation. Elle s’inscrit dans la continuité des efforts déjà engagés.

Il a cité notamment les accords de Luanda et le processus de Washington. « Il n’est absolument pas question d’un nouveau processus », a-t-il insisté. Il a, en outre, dénoncé des interprétations qu’il juge « malveillantes ».

Pour Félix Tshisekedi, João Lourenço agit sans agenda caché. Il œuvre uniquement pour la paix et la stabilité régionale.

Kinshasa dans l’attente des conclusions de la médiation

Le soutien de la RDC reste désormais suspendu aux conclusions officielles des consultations en cours. Kinshasa attend un retour formel de la médiation angolaise.

Cette prise de position place la responsabilité sur les groupes armés. Elle vise en particulier le M23 et leurs soutiens présumés. Le message est clair : répondre à l’appel au cessez-le-feu.

Dans un contexte de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques, cette déclaration confirme la ligne de Kinshasa. La RDC privilégie une solution diplomatique, tout en exigeant l’arrêt immédiat des violences contre les civils.

Goma, la mise en scène de trop : quand la propagande du M23 se heurte à la mémoire des morts

Ce jeudi 8 janvier 2026, Goma a été le théâtre d’une scène qui a glacé plus d’un Congolais. Sous couvert d’un hommage aux civils tués lors de bombardements, l’AFC/M23 a tenté d’imposer un récit : celui d’un mouvement protecteur des populations, face à un État congolais présenté comme bourreau. Une mise en scène de plus dans une guerre où les armes parlent, mais où les mots tentent désormais de laver le sang.

Car derrière les discours solennels, les bougies et les déclarations de compassion, une question demeure : peut-on pleurer des victimes quand on est accusé d’avoir contribué à leur mort ?

La mémoire contre la propagande

Les chiffres ne sont pas abstraits. Près de 10 000 morts à Goma en quelques jours. Plus de 300 civils hutu massacrés à Rutshuru en juillet dernier. Plus de 1 500 victimes recensées entre Kamanyola et Uvira. Des fosses communes, des corps abandonnés sur les routes, des villages vidés de leurs habitants. Ce ne sont pas des slogans, ce sont des réalités documentées, visibles, connues.

Aucune cérémonie, aussi soigneusement scénarisée soit-elle, ne peut effacer ces traces. Aucune déclaration ne peut transformer les charniers en erreurs de communication. La douleur des survivants ne se réécrit pas.

Une guerre des récits, mais une réalité têtue

Dans son communiqué, l’AFC/M23 a affirmé vouloir défendre le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité. Une rhétorique qui contraste violemment avec les accusations répétées de soutien militaire rwandais, de massacres ciblés et de violations massives des droits humains.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a dénoncé une tentative grossière de diversion, rappelant que ces crimes ne sont ni accidentels ni isolés, mais s’inscrivent dans une logique planifiée. Pour Kinshasa, la responsabilité est claire : le Rwanda et le M23, décrits comme « père et fils », auraient conçu, ordonné et exécuté ces violences.

La justice comme horizon, malgré tout

Ce qui se joue à Goma dépasse une simple bataille de communication. Il s’agit d’une lutte pour la mémoire, pour la vérité, pour la reconnaissance des victimes. Documenter, nommer, conserver les preuves devient un acte de résistance face à l’effacement.

La promesse de justice reste lointaine, incertaine, mais elle demeure l’unique réponse crédible face à l’horreur. Les morts ne parlent plus. Les vivants, eux, refusent d’oublier.

Et dans cette guerre des récits, une certitude persiste : on peut manipuler les images, mais pas les tombes.

Le capitaine Anthony Mualushayi porte-parole de l’armée rappelé après ses révélations sur le conflit dans le Grand Bandundu

Il y a une semaine, le capitaine Anthony Mualushayi s’est exprimé devant les médias. Sa voix est restée calme. En revanche, ses mots ont pesé lourd. Porte-parole des opérations Ngemba dans le Grand Bandundu, il a dénoncé un fait grave. Selon lui, des acteurs politiques soutiennent la milice Mobondo de manière structurée.

Il a décrit une emprise territoriale inquiétante. À Kwamouth, certains villages ont même changé de nom. Peu après cette sortie, l’armée congolaise a franchi un cap. Elle a officiellement requalifié le mouvement Mobondo en groupe rebelle.

Aujourd’hui, le capitaine Mualushayi se trouve à Kinshasa. Sa hiérarchie l’a rappelé, selon nos informations. Officiellement, rien d’anormal. Toutefois, sur le terrain, le doute domine. Dans la communauté meurtrie du plateau de Bateke, personne n’y croit vraiment. Beaucoup parlent d’une tentative de silence.

Un rappel à Kinshasa qui dérange sur le terrain

Pour les victimes et les leaders locaux, ce retour n’a rien d’anodin. Ils y voient une pression. Certains évoquent même une volonté d’étouffer une vérité gênante. Le malaise grandit. La méfiance aussi.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Elle est venue du cœur de la zone en crise.

« Ce sont les commanditaires qu’il faut interpeller »

Le chef coutumier de Kwamouth, Stany Libie, a pris la parole. Son message est direct. « Ce sont les commanditaires des Mobondo qu’il faut interpeller, pas celui qui les dénonce », a-t-il déclaré. Sa colère reflète celle d’une population épuisée.

Il met aussi en garde. Toute tentative d’arrestation du porte-parole militaire pourrait aggraver la situation. Selon lui, les FARDC mènent de réels efforts pour mettre fin à cette rébellion. Il parle d’un mouvement « monté de toutes pièces par des politiciens ». Dans ce contexte, le rappel de Mualushayi ressemble à un coup dur.

Ce déplacement précipité relance donc un débat sensible. D’un côté, la transparence de la communication militaire. De l’autre, les pressions politiques invisibles qui pèsent sur les opérations.

Une question s’impose désormais. Qui cherche-t-on à protéger en éloignant l’officier qui a parlé ? Le silence calmera-t-il les tensions ? Ou confirmera-t-il les soupçons d’une population déjà sceptique ?

À Kwamouth comme à Kinshasa, une certitude demeure. L’histoire racontée par le capitaine Mualushayi ne fait que commencer. Elle vient de prendre un tournant décisif. Et peut-être dangereux.

La RDC fait son grand retour au Conseil de sécurité de l’ONU

C’est un retour historique. Ce jeudi 1  janvier 2026, la République démocratique du Congo a officiellement entamé son mandat de membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies. Une cérémonie solennelle de levée du drapeau congolais au siège de l’ONU à New York a marqué ce nouveau chapitre, plus de trente ans après la dernière présence du pays à ce poste stratégique.

La RDC rejoint ainsi le cercle restreint des dix membres non permanents aux côtés de Bahreïn, la Colombie, la Lettonie et le Libéria pour le mandat 2026-2027. Elle intègre notamment le groupe A3, qui réunit les trois États africains siégeant simultanément, avec pour mission de porter les positions de l’Union africaine sur les grands dossiers de paix et de sécurité du continent.

Une voix pour l’Afrique et l’expérience des conflits

S’exprimant à cette occasion, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a souligné la lourde responsabilité et l’honneur que représentait ce mandat. Elle a affirmé que la RDC se positionnerait comme « une voix constructive », fondée sur la justice et le droit international.

Le pays entend mettre à profit sa propre expérience, marquée par des décennies de conflits dans la région des Grands Lacs, pour influencer l’agenda international. Ses priorités annoncées sont claires : la prévention et la résolution des conflits, la réforme des opérations de maintien de la paix, la promotion de la justice transitionnelle et une meilleure gouvernance des ressources naturelles.

Un siège au cœur des enjeux mondiaux

Bien que dépourvue du droit de veto réservé aux cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni), la RDC disposera d’une tribune et d’un pouvoir d’influence uniques. En participant activement aux délibérations, négociations et votes, Kinshasa pourra peser sur des décisions cruciales concernant les sanctions internationales, les mandats des missions de paix ou les réponses aux crises mondiales.

Ce siège offre au pays une occasion sans précédent de défendre sa souveraineté et son intégrité territoriale face aux menaces qui l’affectent directement, tout en portant la voix des peuples africains touchés par les conflits. C’est la troisième fois que la RDC accède à ce poste, après les mandats de 1982-1983 et 1990-1991.

L’entrée en fonction des Léopards dans l’arène diplomatique la plus fermée du monde marque un tournant. Elle place la RDC, malgré ses défis internes, en acteur incontournable des efforts mondiaux pour la paix. Les prochains mois révéleront sa capacité à transformer cette position en actions concrètes pour la stabilité de l’Afrique et au-delà.

Aux portes de Kinshasa, le spectre d’une nouvelle rébellion

Kinshasa, RDC — L’armée congolaise a changé de vocabulaire. Elle ne parle plus de « milice », mais de « rébellion ». Ce glissement sémantique, lourd de sens, fait suite à de nouveaux combats meurtriers. Ce week-end, à Bolingo, une localité située aux portes mêmes de Kinshasa, l’armée a engagé une opération d’envergure contre les combattants Mobondo. Le bilan est lourd : 15 miliciens et 5 soldats tués.

Cette confrontation illustre la dangereuse métamorphose d’un conflit qui semblait pourtant local. À l’origine, un différend foncier dans le territoire de Kwamouth, dans la province du Mai-Ndombe, opposant les communautés Teke et Yaka. Mais la violence a essaimé, grignotant du terrain mois après mois, pour se rapprocher inexorablement de la capitale politique du pays.

L’accusation qui trouble : des soutiens « proches du pouvoir »

La nouveauté réside moins dans les affrontements que dans l’explication avancée publiquement par l’armée. Devant la presse à Kikwit ce 28 décembre, le porte-parole des opérations « Ngemba » dans l’Ouest, le capitaine Anthony Mwalushay, a lancé une accusation qui fait l’effet d’une bombe.

Il a déclaré que le mouvement Mobondo bénéficierait de soutiens influents, « souvent derrière le président de la République ». « La journée, ils sont comme des agneaux et la nuit, ce sont eux qui commandent les Mobondo », a-t-il affirmé, dépeignant une collusion troublante entre certains cercles politiques et la rébellion armée.

Le capitaine Mwalushay a précisé que des combattants capturés avaient « cité certains noms » lors des interrogatoires. « Nos services sont en train de mener des enquêtes avant de mettre les informations sur la place publique », a-t-il ajouté, laissant planer la menace de révélations à venir.

Un ultimatum militaire et un front qui s’élargit

Face à cette situation, l’armée affiche une détermination sans faille. Le message du porte-parole est un ultimatum clair, tant pour les rebelles que pour leurs éventuels protecteurs : « Si Kinshasa donne raison à ces beaux parleurs… nous, les militaires, nous allons faire notre travail avec des armes. »

Il a assuré que l’armée « va traquer jusqu’au dernier Mobondo », soulignant que la menace n’est plus cantonnée à l’Est du pays, théâtre des conflits contre le M23, mais est désormais palpable à l’Ouest, au cœur du pouvoir. Malgré cette fermeté, un appel à la reddition a été lancé aux combattants Mobondo.

Cette déclaration publique d’un officier supérieur ouvre une crise inédite. Elle place l’armée en position de dénonciateur d’une possible cinquième colonne au sein de l’État même, et pose une question brûlante : qui, à Kinshasa, pourrait avoir intérêt à alimenter une rébellion aux portes de la capitale ? La réponse pourrait bien définir la nouvelle ligne de front, non plus seulement militaire, mais politique, en République démocratique du Congo.

Faux retrait à Uvira : Tshisekedi hausse le ton contre Kigali

Dimanche 21 décembre 2025, l’écran s’est allumé sur un sommet pas comme les autres. Derrière la froideur de la visioconférence du mécanisme régional de suivi de l’Accord-cadre de la CIRGL, la tension était palpable. Depuis Kinshasa, Félix Tshisekedi n’est pas venu arrondir les angles. Il est venu dire non. Non aux annonces qu’il juge trompeuses. Non aux demi-mesures. Et surtout, non à ce qu’il appelle un « faux retrait ».

Face aux chefs d’État de la région et aux partenaires internationaux — Union africaine, Union européenne, Nations unies et États-Unis — le président congolais a balayé l’annonce du retrait de l’AFC/M23 de la ville d’Uvira, dans le Sud-Kivu. À ses yeux, les faits sur le terrain racontent une tout autre histoire.

« Un retrait qui ne se voit pas n’existe pas »

« Le prétendu retrait de l’AFC/M23 d’Uvira ne correspond ni aux faits ni aux observations recueillies sur le terrain », a-t-il lancé, sans détour. Selon les autorités congolaises, des éléments armés restent présents dans la ville et ses environs. Des positions stratégiques demeureraient occupées. Pendant ce temps, les habitants continuent de vivre sous la menace des exactions.

Dans ce climat d’insécurité persistante, Tshisekedi a posé une ligne rouge claire. Pour lui, un retrait ne se proclame pas, il se constate. « Un retrait annoncé mais non suivi d’actions concrètes ne saurait être considéré comme réel », a-t-il martelé. Il a rappelé que la crédibilité de tout processus de paix repose sur des actes vérifiables, et non sur des déclarations de circonstance.

Message direct à Kigali

Puis le ton est monté d’un cran. Profitant de cette tribune régionale, le chef de l’État congolais a ciblé l’implication étrangère dans le conflit à l’est de la RDC. Son message à Kigali se voulait limpide, presque chirurgical.

« Ce que nous attendons, ce n’est ni un redéploiement ni un déplacement tactique, mais le retrait effectif, complet et sans équivoque des troupes rwandaises de l’ensemble du territoire de la République démocratique du Congo », a-t-il déclaré.

Dans une région meurtrie par des années de violences, chaque annonce de paix est désormais scrutée avec méfiance par des populations épuisées. Félix Tshisekedi a voulu rappeler une vérité simple : la paix ne se décrète pas depuis les tribunes diplomatiques. Elle se construit sur le terrain, par des gestes clairs, mesurables et irréversibles.

À Uvira comme ailleurs dans l’est de la RDC, le temps des annonces symboliques semble révolu. Place, désormais, à l’épreuve des faits.

Uvira peut-elle croire au retrait du M23 ?

La nuit tombe sur Uvira quand l’annonce tombe. Mercredi soir, le groupe armé AFC/M23 affirme que ses combattants sont en train de quitter la ville. Un retrait « en cours », promet-il, qui devrait être achevé « d’ici demain ». Dans une région habituée aux communiqués de guerre, la déclaration intrigue autant qu’elle inquiète.

À la tête du mouvement, Bertrand Bisimwa appelle à la vigilance. Il exhorte « la médiation et les partenaires » à garantir que la ville ne bascule pas dans un cycle de représailles ou de violences post-retrait. Mais surtout, il prévient : une réoccupation immédiate par les FARDC ou les groupes Wazalendo ne sera « pas tolérée ». Une phrase lourde de menaces, qui rappelle que la guerre n’est jamais loin.

Pour l’instant, l’annonce ne concerne qu’Uvira. Silence total sur les autres zones conquises depuis le 10 décembre. Un détail qui alimente le doute.

Kinshasa refuse de se fier aux mots

À Kinshasa, la réaction ne se fait pas attendre. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, exprime publiquement sa méfiance. Sur le réseau X, il aligne les questions, sans détour :
« Qui peut le vérifier ? Où partent-ils ? Combien étaient-ils ? Que laissent-ils dans la ville ? »

Le gouvernement craint des manœuvres de camouflage, évoquant le risque de combattants se fondant dans la population civile. Pour les autorités congolaises, cette annonce reste unilatérale et ne saurait suffire. Kinshasa maintient sa position : ce qu’elle attend, c’est « le retrait effectif des troupes rwandaises de toutes les zones occupées ».

En clair, pas de triomphalisme. Seulement de la vigilance.

Washington entre en scène

Pendant que les regards restent braqués sur Uvira, la diplomatie s’active à des milliers de kilomètres. À Washington, le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau a rencontré la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, pour discuter de la flambée des violences dans l’est de la RDC.

Les États-Unis affirment suivre la situation « au plus haut niveau ». L’ambassadrice américaine à Kinshasa, Lucy Tamlyn, assure que Washington poursuivra le dialogue avec toutes les parties et continuera de pousser pour un retour au cadre des négociations.

Une ville entre attente et incertitude

À Uvira, pourtant, la réalité reste la même : une ville suspendue à des promesses, coincée entre un retrait annoncé et un avenir incertain. Si les armes se taisent un instant, la confiance, elle, tarde à revenir.

Dans l’est de la RDC, les mots ont souvent précédé d’autres combats. Cette fois encore, seule la réalité du terrain dira si Uvira connaîtra enfin une accalmie… ou simplement une pause avant la prochaine tempête.

Uvira, le retrait qui pèse sur la paix

Il y a des annonces qui résonnent comme des tests de sincérité.

Ce mardi, dans l’est tourmenté de la République démocratique du Congo, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a déclaré vouloir retirer unilatéralement ses forces de la ville d’Uvira, une décision présentée comme un geste de confiance destiné à donner une chance réelle au processus de paix de Doha.

Dans un communiqué soigneusement formulé, le mouvement rebelle affirme vouloir créer les conditions d’un apaisement durable, malgré ce qu’il décrit comme des « provocations et abus persistants » de la part des FARDC et de leurs alliés.

« À la lumière de ces avancées, l’AFC/M23 a décidé d’initier une mesure unilatérale de confiance afin de donner au processus de paix de Doha toutes les chances de réussir », indique le texte.

Un retrait sous conditions

Le mouvement précise toutefois que ce retrait d’Uvira n’est pas un abandon sans garanties.

Il affirme répondre à une demande de la médiation des États-Unis, mais exige en retour un cadre sécuritaire strict.

Selon l’AFC/M23, les garants du processus devront assurer :

  • la démilitarisation effective de la ville,
  • la protection des civils et des infrastructures,
  • et le contrôle du cessez-le-feu, notamment par le déploiement d’une force neutre.

Sans ces garanties, prévient le mouvement, le geste pourrait être vidé de son sens.

Mise en garde contre toute récupération militaire

Dans son communiqué, l’AFC/M23 lance également un avertissement clair.

Toute tentative des FARDC, des groupes Wazalendo ou de leurs alliés de profiter du retrait pour reprendre des territoires ou cibler des populations perçues comme favorables au mouvement serait considérée comme une violation grave de l’esprit du processus de paix.

Le groupe affirme par ailleurs qu’il ne tolérera pas l’utilisation des zones qu’il dit avoir « libérées » comme bases arrière par des groupes armés hostiles au Burundi ou à la RDC, estimant que cela compromettrait les relations de bon voisinage dans la région.

La pression américaine s’intensifie

Cette annonce intervient dans un contexte diplomatique particulièrement tendu.

À Washington, le ton s’est durci ces derniers jours à l’égard de Kigali, accusé de soutenir militairement le M23.

Le vice-secrétaire d’État américain Christopher Landau a qualifié l’offensive récente sur Uvira de « grave erreur », avertissant que ce scénario ne pouvait plus se répéter si le Rwanda continuait, selon ses mots, à « jouer les mêmes vieux jeux avec le M23 ».

De son côté, le secrétaire d’État Marco Rubio a été encore plus explicite, estimant que les actions rwandaises dans l’est de la RDC constituaient une violation claire des accords de Washington, signés début décembre entre Kinshasa et Kigali.

Uvira, un symbole sous surveillance

Washington accuse ouvertement Kigali de compromettre les engagements pris dans ces accords de paix, censés ouvrir une nouvelle ère de stabilité dans la région des Grands Lacs.

Dans ce contexte, le retrait annoncé de l’AFC/M23 d’Uvira apparaît comme un moment charnière :

un test pour la crédibilité du processus de Doha,

un signal adressé aux médiateurs internationaux,

et une épreuve de vérité pour les parties en conflit.

Reste désormais à savoir si ce geste unilatéral ouvrira réellement la voie à une désescalade durable… ou s’il ne sera qu’un épisode de plus dans une crise qui, depuis trop longtemps, refuse de s’éteindre.

Washington: « Le Rwanda mène la région vers la guerre »

Nations Unies, New York — Les mots ont claqué dans le silence feutré du Conseil de sécurité, vendredi, avec une netteté inhabituelle. L’ambassadeur américain Mike Waltz a exprimé la « profonde préoccupation » et « l’extrême déception » des États-Unis face à la reprise des combats dans l’Est de la RDC. Et Washington a désigné un responsable sans ambages : le Rwanda.

Le diplomate a dressé un réquisitoire précis, accusant Kigali de ne pas honorer ses engagements pris à peine une semaine plus tôt. Le 4 décembre, les présidents Félix Tshisekedi (RDC) et Paul Kagame (Rwanda) étaient pourtant à Washington, serrant la main de Donald Trump pour signer un accord de paix et un cadre d’intégration économique.

L’accusation : une guerre « contrôlée » depuis Kigali

« Depuis 2021, le Rwanda contrôle, par son intermédiaire, le M23 et son aile politique, l’AFC, afin d’atteindre ses objectifs géopolitiques », a déclaré Mike Waltz. Il est allé plus loin, affirmant que le président Kagame a « participé intimement à la planification et à l’exécution de la guerre », fournissant des instructions militaires et politiques « depuis des années ».

L’ambassadeur a détaillé un soutien militaire « direct et sophistiqué » :

  • Envoi de « 5 000 à 7 000 soldats » rwandais en RDC.

  • Fourniture au M23 de logistique, de matériel et de formation.

  • Déploiement de missiles sol-air et d’armes sophistiquées ces derniers mois.

  • Usage accru de drones suicides et d’artillerie, avec des frappes touchant aussi le Burundi.

Pour Washington, la récente offensive sur Uvira a été lancée conjointement par le Rwanda et le M23, avec des forces rwandaises « positionnées sur le front ». Un constat qui invalide l’accord de paix signé à peine six jours plus tôt.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/rdc-rwanda-paix-fragile-et-mines-en-jeu-apres-washington/

Un avertissement sans équivoque aux parties

Le ton s’est fait menaçant. « Au lieu d’avancer vers la paix, le Rwanda mène la région vers une instabilité croissante et vers la guerre », a lancé Mike Waltz. Il a averti que les États-Unis « utiliseront tous les outils à leur disposition » pour tenir les responsables comptables de leurs actes.

L’appel américain est double :

  1. Au Rwanda : « Reconnaître le droit du gouvernement de la RDC à défendre son territoire » et retirer ses troupes.

  2. À toutes les parties : Faire preuve de retenue pour éviter une escalade régionale.

L’avenir de la MONUSCO et la protection des civils

Abordant le mandat de la mission de l’ONU en RDC (MONUSCO), l’ambassadeur a assuré que les États-Unis veilleront à ce qu’elle dispose de « capacités suffisantes » pour soutenir les processus de paix de Doha et de Washington. Il a toutefois rappelé que la responsabilité première de la paix incombe aux parties prenantes.

Il a également mis en garde contre toute « rhétorique hostile aux Tutsis », soulignant un risque d’envenimement ethnique. L’intervention américaine, l’une des plus fermes à ce jour, place désormais Kigali face à ses responsabilités. Elle laisse aussi entrevoir la possibilité de sanctions si les violences se poursuivent, alors que la prise d’Uvira a déjà provoqué une nouvelle crise humanitaire majeure.

RDC-Rwanda : Paix Fragile et Mines en Jeu après Washington

Dans une interview récente, Donald Trump avait déclaré : « J’ai mis fin à la guerre entre le Congo et le Rwanda. Ils m’ont dit : ‘S’il vous plaît, nous aimerions que vous veniez prendre nos minérales.’ Et c’est ce qu’on va faire. » Une déclaration choc, qui mêlait paix, prospérité économique et ambitions stratégiques américaines, et qui relançait le débat sur le véritable moteur de l’accord RDC-Rwanda signé à Washington.

Mais derrière cette communication triomphante se cachait une réalité plus nuancée. Paul Kagame, dans une interview exclusive à Al Jazeera, avait révélé que c’était en réalité la RDC qui avait initié les négociations à Doha et à Washington, et non le Rwanda. Le président rwandais avait émis un scepticisme implicite sur les intentions de Tshisekedi, accusé d’avoir tenté d’orienter le processus à son avantage, tout en soulignant la qualité des ressources minières rwandaises et en rejetant les accusations d’exploitation des minerais congolais.

Ce contraste posait une question centrale : la paix entre Kinshasa et Kigali était-elle un véritable succès diplomatique ou servait-elle surtout des intérêts économiques et géostratégiques ?

Les États-Unis, eux, avaient affiché une stratégie claire : sécuriser l’accès aux minerais stratégiques de la RDC, réorienter les corridors logistiques vers l’Ouest pour contrer l’influence chinoise et inscrire durablement la région dans leurs chaînes d’approvisionnement. Du tungstène rwandais de haute qualité au lithium et cobalt congolais, chaque ressource devenait un levier économique et stratégique, tandis que Kinshasa et Washington bâtissaient une réserve stratégique d’actifs miniers.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/kagame-le-rwanda-nest-pas-le-probleme-il-veut-la-paix/

Derrière les discours sur la paix, c’était un véritable ballet diplomatique et économique qui se jouait, mêlant rivalités sino-américaines, ambitions locales et enjeux régionaux. Tshisekedi, au centre de ce dispositif, devait transformer ce fragile équilibre en levier de développement national, prouvant sa crédibilité et sa capacité à gérer ses ressources.

Une paix déjà ébranlée

À peine cinq jours après la signature de l’accord, la ville stratégique d’Uvira était tombée aux mains du M23, un groupe soutenu par le Rwanda. Le 8 décembre, dans son septième discours sur l’état de la Nation, Félix Tshisekedi avait dénoncé avec vigueur les attaques provenant de Bugarama, qu’il qualifiait de violation flagrante du cessez-le-feu. « Au lendemain même de la signature, des unités des Forces de défense du Rwanda avaient conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde tirées depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant de lourds dégâts humains et matériels », avait-il déclaré, accusant directement Kigali de trahir ses engagements pris à Washington.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/tshisekedi-le-rwanda-attaque-deja-apres-laccord-de-washington/

De son côté, Paul Kagame, face aux nouveaux membres de son gouvernement, avait rejeté fermement ces accusations. Il avait pointé la présence de troupes burundaises en RDC et défendu la légitimité de la défense rwandaise. Selon lui, le Rwanda n’avait fait que répondre à un vide sécuritaire, et ce n’était pas à son pays d’assumer les problèmes régionaux. Cette contre-offensive diplomatique illustrait un double récit : Tshisekedi parlait de trahison, Kagame de légitime défense.

L’accord RDC-Rwanda, présenté comme un cadre de paix et de prospérité, apparaissait donc déjà comme fragile. Entre les ambitions minières, les enjeux stratégiques américains et les tensions sur le terrain, la paix signée à Washington semblait déjà mise à l’épreuve.

La signature à Washington avait marqué un tournant historique, mais la réalité sur le terrain révélait que la paix était, pour l’instant, un échec concret. Entre intérêts économiques, rivalités régionales et violations du cessez-le-feu, la région des Grands Lacs montrait que la diplomatie seule ne suffisait pas à garantir la stabilité.

Sud-Kivu : le bilan monte à 413 morts après l’offensive sur Uvira

Le mercredi 10 décembre 2025 résonne comme un sombre paradoxe. Jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme, il a été marqué par des bombardements et des violences à Uvira. Le lendemain, le 11 décembre, le gouvernement provincial du Sud-Kivu a livré un bilan provisoire glaçant : 413 morts, dont des femmes et des enfants, dans les combats liés à la prise de cette ville stratégique par l’AFC/M23, appuyée selon Kinshasa par l’armée rwandaise.

Une offensive éclair et ses conséquences humaines

Ce chiffre illustre l’ampleur de l’attaque lancée sur Uvira, ville portuaire cruciale du Sud-Kivu. Les autorités congolaises qualifient ces attaques de « tentative d’occupation ». Elles ont transformé la cité en champ de bataille et violé le cessez-le-feu prévu par l’accord de paix signé seulement six jours plus tôt, le 4 décembre.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/uvira-loffensive-qui-a-torpille-laccord-de-washington/

Au-delà des pertes humaines, la crise est humanitaire. Kinshasa avait déjà signalé près de 200 000 déplacés en quelques jours. L’entrée du M23 à Uvira a précipité un exode massif, poussant des milliers de familles vers la frontière burundaise. Les secours tentent de s’organiser dans un climat d’extrême tension, tandis que la situation reste instable.

Pression diplomatique et inquiétude internationale

Face à l’escalade, les réactions officielles se durcissent. Kinshasa exige le retrait immédiat des forces rwandaises et des combattants de l’AFC/M23 autour d’Uvira. Le gouvernement appelle aussi la communauté internationale à exercer une pression diplomatique. Les autorités accusent Kigali d’avoir « violé » l’accord de paix récemment parrainé par l’ancien président américain Donald Trump.

Les Nations unies, via leur coordonnateur humanitaire en RDC, expriment une « vive inquiétude » face à la situation au Sud-Kivu. Elles rappellent les violations documentées, y compris les violences sexuelles, soulignant la dimension systématique et cruelle de l’attaque.

Le bilan d’Uvira reste provisoire. Pourtant, il dessine déjà l’une des pages les plus sombres du conflit cyclique qui frappe l’Est congolais, écrite le jour même où le monde célèbre les droits de l’homme.

L’ancien député Daniel Safu rejoint l’AFC/M23

L’annonce est tombée ce jeudi comme une onde de choc dans le paysage politique déjà fracturé de la République démocratique du Congo. Daniel Safu Butupe, ancien député national de Kinshasa élu sous la bannière d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi, a officialisé son ralliement à l’Alliance Fleuve Congo/M23 (AFC/M23). Cette décision intervient seulement quelques jours après la chute stratégique d’Uvira. Elle semble dessiner une nouvelle carte des allégeances dans un Est en pleine tourmente.

Un ralliement motivé par des enjeux humanitaires et sécuritaires

Lors d’une interview exclusive accordée à un média local, l’ancien élu explique son virage par des raisons humanitaires et sécuritaires. Il affirme vouloir « protéger les populations abandonnées par Kinshasa » et « mettre fin à l’insécurité et aux exactions » dans la région du Kivu. Ces propos frappent directement le gouvernement central, souvent accusé de délaisser l’Est du pays.

Le parcours de Daniel Safu Butupe renforce la portée symbolique de ce ralliement. Proche un temps de la coalition Lamuka, il avait été invalidé par la Cour constitutionnelle avant de retrouver son siège après une longue bataille judiciaire. Cette épreuve avait déjà marqué son divorce avec les institutions. Ensuite, après avoir quitté le parti de Moïse Katumbi, il avait rejoint « Sauvons la RDC » de Joseph Kabila, avant de rejoindre aujourd’hui l’AFC/M23.

Une stratégie politique et militaire coordonnée

Ce ralliement s’inscrit dans la stratégie plus large du mouvement rebelle. L’AFC/M23 cherche à élargir sa base politique et à légitimer son action en attirant des élus et des cadres, tant dans les zones contrôlées que hors de celles-ci. La venue d’une figure politique de Kinshasa constitue un revers psychologique et médiatique pour le pouvoir central. Cette situation survient au moment où les combats s’intensifient et où la communauté internationale s’inquiète.

En pleine offensive militaire dans le Sud-Kivu et au lendemain de la prise d’Uvira, l’AFC/M23 envoie un signal clair. Sa lutte ne se limite pas aux champs de bataille : elle gagne aussi l’arène politique. Ainsi, la question se pose maintenant à Kinshasa : ce ralliement restera-t-il isolé ou déclenchera-t-il d’autres défections ? Le climat reste tendu, et la défiance envers la capacité de l’État à pacifier l’Est grandit.

Pendant que des centaines de milliers de civils fuient les combats, le jeu des alliances politiques bascule. Daniel Safu Butupe vient de franchir une ligne. Son choix pourrait résonner bien au-delà des frontières du Kivu.

Uvira : l’offensive qui a torpillé l’accord de Washington

Kinshasa / Uvira — Le calendrier est brutal. Six jours seulement après la signature solennelle de l’accord de paix de Washington, la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, est tombée ce mercredi 10 décembre sous le contrôle de la coalition AFC/M23. Une offensive éclair qui a provoqué un exode massif de plus de 200 000 personnes et plongé la région dans une escalade qualifiée de « dramatique » par Kinshasa.

Dans un communiqué cinglant, le gouvernement congolais a dénoncé une offensive généralisée menée par les Forces de défense du Rwanda (RDF) et le M23 sur l’axe Kamanyola-Uvira. Il accuse l’armée rwandaise d’avoir utilisé des drones kamikazes et d’autres armes « tactiques », causant des pertes civiles considérables et violant ouvertement le cessez-le-feu. Pour Kinshasa, le président rwandais Paul Kagame a « tourné le dos » à l’accord à peine une semaine après l’avoir signé.

Cette prise de contrôle rapide, intervenue après celles de Goma et Bukavu, n’est pas le fruit du hasard. Elle soulève une question stratégique centrale : quelles sont les intentions réelles de l’AFC/M23 en lançant une telle offensive au mépris d’un accord de paix à peine inké ?

Plusieurs lectures émergent des milieux d’experts et d’observateurs du conflit. La première pointe l’absence de confiance et de sincérité entre les signataires dès l’origine. Selon plusieurs sources, la signature à Washington aurait été le résultat d’une forte pression de l’ancien président américain Donald Trump, sans engagement véritable des parties.

La deuxième explication, avancée par l’AFC/M23 elle-même, est d’ordre militaire : il s’agirait de « neutraliser l’équation burundaise ». Le groupe armé considère le Burundi comme une base arrière stratégique des FARDC, fournissant un appui logistique, opérationnel et même aérien. Prendre Uvira, ville frontalière, reviendrait à couper cette ligne de soutien, comme cela a été fait précédemment avec les troupes de la SADC.

La troisième lecture est politique et diplomatique. En démontrant sa puissance militaire, l’AFC/M23 chercherait à forcer la main de Kinshasa dans les négociations en cours, notamment dans le cadre du processus de Doha. L’objectif : obtenir des concessions plus larges et une reconnaissance de son rapport de force sur le terrain.

Face à cette avancée, Kinshasa se retrouve à un carrefour. Va-t-il lancer une contre-offensive militaire risquée, ou accentuer la pression diplomatique sur les garants des processus de Washington et de Doha ? La réponse déterminera non seulement le sort d’Uvira, mais aussi l’équilibre précaire de toute la région des Grands Lacs, déjà secouée par des tirs d’artillerie ayant franchi la frontière burundaise.

Alors que les humanitaires tentent de faire face à un afflux de déplacés dans des conditions précaires, une chose est certaine : la prise d’Uvira n’est pas une fin en soi. C’est un coup stratégique dont les répercussions – militaires, politiques et humaines – sont encore en train d’écrire l’avenir tourmenté de l’Est de la RDC.

Corneille Nangaa défie l’ONU et accuse le Burundi d’alimenter la crise en RDC

Lors d’une conférence de presse tenue mardi après-midi à Goma, le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a vivement contesté les conclusions du groupe d’experts de l’ONU, selon lesquelles les principaux cadres du mouvement seraient de nationalité rwandaise. Pour lui, ces allégations sont infondées et ne reflètent ni la réalité du terrain ni la nature du mouvement.

« C’est une blague », a tranché Nangaa, refusant même d’aborder les chiffres avancés par l’ONU, qui évoque la présence de 6 000 à 7 000 soldats rwandais aux côtés du M23 dans le Nord et le Sud-Kivu.

Face aux accusations d’attaques contre le Burundi, Nangaa se veut catégorique :
« Nous n’avons aucun intérêt à nous attaquer au Burundi. C’est au Burundi d’arrêter de nous attaquer. Notre cause est congolaise. »
Il accuse directement Bujumbura d’avoir pris « la lourde responsabilité » d’un engagement militaire contre les populations du Kivu, se demandant :
« Pourquoi nos frères burundais s’invitent-ils dans un conflit qui ne leur appartient pas ? »

Tout en dénonçant ces ingérences, Corneille Nangaa affirme que l’AFC/M23 reste attachée à la voie politique pour résoudre la crise RDC M23. Selon lui, cette crise est « avant tout interne » et nécessite des solutions profondes aux problèmes structurels du pays, « avec ou sans Félix Tshisekedi » à la tête de l’État.

Sur le plan militaire, Nangaa accuse le gouvernement congolais d’avoir violé le cessez-le-feu en vigueur à 31 reprises entre juillet et novembre 2025. Il parle d’une « guerre brutale » lancée simultanément sur plusieurs fronts, avec la complicité du Burundi, où la province de Cibitoke servirait — selon lui — de base arrière aux opérations d’envergure menées contre l’AFC/M23.

Le coordonnateur dit avoir rendu publics plusieurs incidents pour prouver ces attaques et alerter la communauté internationale.

En conclusion, Nangaa repose la même question :
« Pourquoi le Burundi s’invite-t-il dans une crise interne de la RDC ? »

Uvira tombée, le flot des déplacés submerge le Burundi

Des milliers de personnes ont franchi la frontière ces derniers jours, fuyant l’avancée des combattants de l’AFC/M23 à Uvira, mercredi 10 décembre. Silhouettes courbées sous le poids de ballots précipités, ces civils cherchent un refuge immédiat. La frontière burundaise s’est rapidement transformée en un espace d’accueil, étroit mais vital.

L’urgence humanitaire sur le terrain

Sur place, l’urgence est totale. Les équipes du HCR et de l’Office national burundais de protection des réfugiés (ONPRA) se mobilisent pour organiser les arrivées et protéger les déplacés. À Musenyi, une mission de l’agence européenne ECHO a constaté plus de 10 000 réfugiés dans des abris de fortune. Les conditions y restent « très précaires », surtout pour les personnes handicapées. Les humanitaires insistent : le soutien des donateurs est « vital » pour garantir un minimum de dignité.

Premières relocalisations à Bweru

À Bweru, le gouvernement burundais a ouvert un site pour accueillir les familles. Sur place, la mission conjointe constate que le terrain reste à aménager. Les premières relocalisations volontaires depuis le camp de transit de Ndava ont commencé, avec l’installation des premiers abris d’urgence. Le HCR qualifie ce geste de « pas décisif, humain et nécessaire », tout en rappelant que « les besoins restent immenses ».

Cet afflux s’ajoute à une situation déjà critique. Le Burundi héberge actuellement plus de 100 000 personnes déplacées, dont environ 91 000 réfugiés et demandeurs d’asile, majoritairement congolais. La situation se complique après de nouvelles arrivées début 2025 et des milliers de demandes d’asile l’année précédente.

Fermeture de la frontière et tensions sécuritaires

La prise d’Uvira a provoqué un choc sécuritaire jusqu’à Bujumbura. Selon des sources burundaises, le pays aurait fermé sa frontière avec la RDC après l’avancée du M23, un groupe soutenu, selon l’ONU et plusieurs pays occidentaux, par l’armée rwandaise. Cette mesure vise à protéger le territoire face aux combattants à ses portes.

Cependant, le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a démenti cette fermeture. Sur le terrain, les mouvements de civils semblent désormais canalisés et contrôlés, traduisant une fermeture de facto, officielle ou non.

Alors que le M23 consolide sa prise sur Uvira, la crise humanitaire s’aggrave. Des milliers de vies dépendent désormais de la capacité du Burundi à leur tendre la main. La réponse de la communauté internationale reste cruciale, alors que le monde détourne parfois le regard.

Tshisekedi : « Le Rwanda attaque déjà après l’accord de Washington »

Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a prononcé ce lundi 8 décembre 2025 son septième discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en Congrès. Dans une adresse forte et émotionnelle, il a dénoncé de nouvelles attaques attribuées au Rwanda survenant « au lendemain même » de la signature de l’accord de paix de Washington, et réaffirmé avec fermeté la souveraineté congolaise sur ses minerais stratégiques.

« Au lendemain même de la signature, des attaques depuis Bugarama »

Le chef de l’État a condamné avec une sévérité rare les « nouvelles attaques menées depuis la ville rwandaise de Bugarama contre les populations congolaises de Katogota et des localités environnantes, dans la province du Sud-Kivu ». Il a parlé d’une « violation flagrante du cessez-le-feu », pourtant établi après la signature de l’accord de paix de Washington le 4 décembre.

« Au lendemain même de la signature, des unités des Forces de défense du Rwanda ont conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde tirées depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant de lourds dégâts humains et matériels », a déclaré Tshisekedi, accusant ainsi directement Kigali de trahir ses engagements pris à Washington.

« Une guerre d’agression par procuration » pour les minerais

Le président congolais a livré une analyse sans concession des motivations du conflit : « Qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes ni face à un simple conflit communautaire, ni devant une rébellion interne de plus. Il s’agit d’une guerre d’agression par procuration visant à contester notre souveraineté sur un espace hautement stratégique, riche en minerais critiques ».

Tshisekedi a décrit les actions du M23 soutenu par le Rwanda comme « une entreprise organisée de prédation de nos ressources naturelles et de déstabilisation de nos institutions », accompagnée de « violations graves et systématiques des droits humains : exécutions sommaires des civils innocents, violences sexuelles érigées en méthode de combat et déplacements forcés de communautés entières ».

Washington : « Aucun partage de notre souveraineté »

Face aux interrogations sur la portée des accords de Washington, le président a tenu à rassurer : « Permettez-moi d’être parfaitement clair : ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté. Ils ne valident ni les prétentions territoriales de qui que ce soit, ni le bradage de nos ressources. »

Il a ajouté avec fermeté : « Ils ne sauraient non plus être interprétés comme une amnistie déguisée des crimes perpétrés contre notre peuple. La justice suivra son cours, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance. »

Quatre priorités pour la paix

Le chef de l’État a énoncé quatre priorités pour sortir de la crise :

  1. « Obtenir le retrait total et vérifiable de toute force armée étrangère opérant sur notre territoire »

  2. « Couper les circuits financiers et logistiques de la violence » en éradiquant l’exploitation illicite des ressources

  3. « Assurer la protection effective des civils », particulièrement femmes et enfants

  4. « Ancrer la paix dans la durée » par une combinaison de fermeté sécuritaire et de développement local

Hommage aux victimes et appel à l’unité

Dans un moment d’émotion, Tshisekedi s’est incliné « devant la mémoire de toutes les victimes des conflits et des violences qui ont, encore cette année, endeuillé nos familles, particulièrement à l’Est de la République ». Aux déplacés et blessés, il a assuré : « Votre souffrance ne nous est ni étrangère ni indifférente ; l’État est, et restera à vos côtés. »

Il a conclu par un appel à l’unité nationale : « Notre histoire nous a appris deux choses simples : nous ne sommes jamais condamnés et nous ne sommes grands que rassemblés. […] Choisissons un Congo qui n’attend plus, mais qui avance — en paix, en justice et en solidarité. »

Ce discours intervient dans un contexte de tension extrême entre Kinshasa et Kigali, malgré la signature récente de l’accord de Washington. Les accusations directes de Tshisekedi contre le Rwanda, ainsi que sa ferme défense de la souveraineté congolaise sur les minerais, montrent que la route vers la paix reste semée d’obstacles, malgré les efforts diplomatiques internationaux.

Washington éclaboussé : l’ONU accuse le Rwanda et le M23 d’exactions en RDC

Alors que l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé jeudi 4 décembre à Washington, est encore frais dans les mémoires, un rapport explosif des Nations unies vient jeter une lumière crue sur la réalité du terrain. Consulté par l’AFP et révélé ce lundi 8 décembre, ce document d’experts onusiens affirme que le M23 et l’armée rwandaise (RDF) ont commis des exécutions sommaires, des destructions de villages et provoqué des déplacements massifs dans l’Est de la RDC – des conclusions qui contredisent brutalement l’esprit de l’accord de paix.

Des accusations graves qui fragilisent l’accord de Washington

Le rapport semestriel du groupe d’experts de l’ONU dresse un tableau accablant de la situation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon ses conclusions, les Forces armées rwandaises (RDF) ont directement participé aux opérations du M23, officiellement menées contre les FDLR. Les experts affirment que soldats rwandais et combattants du M23 ont « systématiquement détruit et incendié » des habitations civiles, ciblant notamment des civils hutu jugés proches des FDLR.

Ces révélations interviennent à un moment particulièrement sensible : quatre jours seulement après la signature solennelle à Washington d’un accord présenté comme « un pas décisif vers la résolution du conflit ». Le contraste entre les engagements de paix et les pratiques décrites par l’ONU est saisissant.

6 000 à 7 000 soldats rwandais toujours en RDC selon l’ONU

L’un des éléments les plus accablants du rapport concerne l’estimation de la présence militaire rwandaise en RDC. Les experts onusiens affirment qu’entre 6 000 et 7 000 militaires rwandais – soit au moins deux brigades et deux bataillons de forces spéciales – sont toujours présents dans les deux provinces congolaises. Cette estimation contredit directement les dénégations répétées de Kigali, qui nie toute présence officielle de ses troupes en RDC.

Cette présence massive, si elle est confirmée, remet en question la sincérité des engagements rwandais dans l’accord de Washington, qui prévoit précisément le retrait des forces étrangères du territoire congolais.

Le M23, « principal auteur » des violations des droits humains

Le rapport confirme et précise les précédentes accusations contre le M23. Début août, les Nations unies avaient déjà accusé le groupe d’avoir tué 319 civils dans le Nord-Kivu. Le nouveau document établit que, entre avril et octobre 2025, le M23 est considéré comme le « principal auteur » des violations des droits humains en RDC, responsable notamment de 45 % des exécutions sommaires recensées.

Les experts dénoncent également une campagne de « recrutement forcé systématique » menée par le groupe dans toutes les zones qu’il contrôle. Ces pratiques violent clairement les principes de protection des civils que l’accord de Washington est censé renforcer.

Kinshasa également épinglé pour sa coopération avec les FDLR

Le gouvernement congolais n’échappe pas aux critiques des experts onusiens. Malgré ses engagements pris dans l’accord de Washington, Kinshasa « a continué à coopérer avec le FDLR », assurent les auteurs du rapport. Cette accusation complique la position diplomatique de la RDC, qui exige du Rwanda qu’il cesse son soutien au M23 tout en maintenant elle-même des relations avec un groupe que Kigali considère comme une menace existentielle.

Un accord de Washington déjà mis à l’épreuve

Ces révélations plongent l’accord de Washington dans une crise de crédibilité précoce. Comment croire à un processus de paix alors que, selon l’ONU, l’une des parties signataires (le Rwanda) maintient des milliers de soldats sur le territoire de l’autre et participe directement à des exactions contre les civils ?

La publication de ce rapport risque de raviver les tensions diplomatiques à un moment où les mécanismes de mise en œuvre de l’accord de Washington commencent à peine à se mettre en place. Elle pose également la question de l’efficacité des processus de paix conclus loin du terrain, sans prise en compte réelle des dynamiques locales.

L’Est de la RDC, entre espoirs de paix et réalité de la guerre

Alors que le M23 contrôle désormais de vastes territoires et la ville stratégique de Goma, l’Est de la RDC reste au cœur d’un conflit régional aux ramifications profondes et persistantes. Les conclusions du rapport de l’ONU rappellent cruellement que, malgré les signatures protocolaires, la guerre continue de faire des victimes et que les mécanismes de violence restent profondément ancrés.

La balle est désormais dans le camp des signataires de l’accord de Washington et de la communauté internationale : ignorer ces révélations ou en tenir compte pour exiger des changements concrets sur le terrain ? La réponse à cette question déterminera si l’accord de Washington restera une feuille de papier ou deviendra véritablement un instrument de paix.

Burundi : le M23 accusé d’avoir bombardé le territoire burundais

Les violents combats qui ensanglantent depuis cinq jours la plaine de la Ruzizi, dans l’est de la République démocratique du Congo, ont franchi une dangereuse étape : l’internationalisation du conflit. Ce vendredi, le Burundi a formellement dénoncé un bombardement de l’AFC/M23 sur son territoire, tandis que la rébellion accuse réciproquement Bujumbura de frappes en RDC.

Le Burundi victime d’un « acte inacceptable »

Le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a lancé une accusation grave : « Les terroristes de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda ont largué une bombe sur le territoire burundais ce 4/12/2025 ». Une déclaration qui intervient alors que les combats font rage à la frontière entre les deux pays.

Selon des sources locales, des bombes tirées à partir de la RDC ont effectivement touché la province burundaise de Cibitoke, frontalière avec le Sud-Kivu congolais. Face à cette escalade, le chef de la diplomatie burundaise a averti : « Une telle provocation est inacceptable et des actions appropriées seront prises pour protéger la population burundaise ».

Contexte : l’engagement militaire burundais en RDC

Cette accusation survient alors que l’armée burundaise prend part aux combats sur le sol congolais aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des miliciens Wazalendo. Cet engagement s’inscrit dans le cadre d’un accord bilatéral de défense signé entre Kinshasa et Bujumbura, qui autorise la présence de troupes burundaises en RDC pour lutter contre les groupes armés.

Le Burundi, qui partage avec la RDC une frontière longue et poreuse dans la région des Grands Lacs, considère la stabilité de l’est du Congo comme cruciale pour sa propre sécurité. La province frontalière de Cibitoke a déjà été le théâtre d’incursions de groupes armés opérant depuis la RDC par le passé.

Le M23 contre-accuse le Burundi

Dans un rebondissement typique des conflits complexes de la région, la rébellion de l’AFC/M23 a immédiatement répliqué aux accusations burundaises. Ce vendredi, elle a dénoncé des « bombardements en RDC, coordonnés et menés à partir du territoire burundais ».

Selon le M23, ces frappes seraient « à l’origine des déplacements massifs des populations civiles fuyant pour se réfugier à Bukavu et au Rwanda ». La rébellion, qui contrôle actuellement plusieurs zones du Sud-Kivu, présente ainsi le Burundi comme l’agresseur, inversant les rôles décrits par Bujumbura.

Une escalade dangereuse dans un contexte diplomatique fragile

Cette double accusation croisée intervient à un moment particulièrement sensible sur le plan diplomatique. Elle survient en effet quelques heures seulement après la signature solennelle à Washington de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, censé apaiser les tensions régionales.

Le fait que des bombardements traversent la frontière RDC-Burundi montre à quel point la dynamique militaire sur le terrain échappe au contrôle des processus diplomatiques. Alors que Washington célèbre un accord de paix, les armes continuent de parler dans la plaine de la Ruzizi, avec désormais un risque avéré de régionalisation du conflit.

Les conséquences humanitaires : un nouvel exode de populations

Les combats intenses de ces cinq derniers jours ont déjà provoqué des déplacements massifs de populations. Des milliers de civis fuient les zones de combat, cherchant refuge soit à Bukavu, capitale du Sud-Kivu, soit au Rwanda voisin, soit au Burundi lui-même.

Cette situation crée une crise humanitaire complexe dans une région déjà éprouvée par des décennies de conflits cycliques. Les organisations humanitaires peinent à atteindre les populations affectées, les lignes de front étant mouvantes et les conditions de sécurité extrêmement précaires.

Perspectives inquiétantes

L’extension des combats au territoire burundais marque un tournant dangereux dans ce conflit. Elle risque de déclencher une spirale de représailles entre le Burundi et le M23 (et potentiellement son soutien rwandais présumé), menaçant de déstabiliser toute la sous-région.

La réaction de Bujumbura – qui promet des « actions appropriées » – laisse craindre une escalade militaire supplémentaire. Dans le même temps, la contre-accusation du M23 contre le Burundi complique encore la recherche d’une solution diplomatique.

Cette nouvelle crise frontalière montre une fois encore que, malgré les signatures d’accords dans les capitales étrangères, la paix dans l’est de la RDC reste un objectif lointain. Les combats dans la plaine de la Ruzizi, avec leurs retombées transfrontalières, rappellent cruellement que la guerre a sa propre logique, souvent imperméable aux efforts de diplomatie internationale.