Nord-Ubangi : 3 000 éleveurs semaient la terreur, l’armée déployée d’urgence

Dans les collines verdoyantes du Nord-Ubangi, la colère gronde plus fort que les troupeaux. Depuis des semaines, une ombre plane sur les villages. Celle de plus de 3 000 éleveurs Mbororo et de leurs 30 000 têtes de bétail qui, selon les habitants, se comportent moins en voisins qu’en conquérants.

Une crise qui remonte jusqu’à Kinshasa

Ce mercredi 5 mars, l’écho de cette crise est parvenu jusqu’au cabinet du vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita. Devant lui, le gouverneur du Nord-Ubangi a déroulé la litanie des exactions.

D’abord, des champs piétinés et transformés en désert de boue du jour au lendemain. Ensuite, des terres agricoles accaparées sans autre forme de procès. Enfin, une violence qui, désormais, n’épargne plus personne.

Le drame de trop s’est noué il y a quelques jours dans un champ, pour une dispute qui aurait dû être banale. Une altercation. Puis un coup de couteau. Et la vie d’un jeune homme de 23 ans qui s’est éteinte, fauchée par un éleveur.

Depuis, dans les agglomérations du Nord-Ubangi, l’inquiétude des populations a changé de visage. Déjà éprouvées par la crise économique, elles vivent désormais avec une peur viscérale, mêlée d’une rage sourde.

L’État promet de rétablir l’ordre

Face à cette situation, le vice-Premier ministre n’a pas hésité. Aussitôt informé, il a tranché : la sécurité ne se négocie pas.

Des mesures immédiates ont été ordonnées. Dans les prochaines heures, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) seront redéployées sur place. L’objectif est clair : restaurer l’ordre, protéger les civils et mettre un terme à ce que certains qualifient déjà d’« occupation silencieuse ».

Mais Guy Kabombo le sait : le problème dépasse un simple différend de voisinage. En effet, la cohabitation entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades constitue une poudrière dans plusieurs régions d’Afrique.

Ici, au Nord-Ubangi, elle a déjà explosé.

Le ministre a donc décidé d’élever le débat au plus haut niveau de l’État. Le dossier sera porté directement à la connaissance du Président de la République, Félix Tshisekedi.

Une situation jugée explosive

La veille, à Kinshasa, une réunion d’urgence avait déjà réuni les cadres du gouvernement central et ceux de l’exécutif provincial.

Autour de la table, le constat était unanime : la situation est explosive. Avec près de 30 000 têtes de bétail déambulant sur des terres non destinées au pastoralisme, les tensions communautaires ont atteint un point critique.

Désormais, tous les regards se tournent vers l’armée.

Dans les villages, entre la peur d’une nouvelle flambée de violence et l’espoir que l’État de droit reprenne ses droits, les habitants retiennent leur souffle. La restauration de l’ordre est en marche.

Reste à savoir si elle suffira à panser les plaies d’une cohabitation devenue impossible.

Kamina, nouvelle école de la guerre : la Chine envoie ses instructeurs pour forger l’armée congolaise

Kinshasa, 2 mars 2026 – Dans le cabinet feutré du Vice-Premier Ministre de la Défense, l’air était à la fois solennel et résolu. Ce lundi, SE Me Guy Kabombo Muadiamvita a reçu un invité de poids : l’ambassadeur de la République Populaire de Chine en RDC, SE Zhao Bin, accompagné de l’Attaché de Défense.

Au centre des discussions : un seul objectif, clair et pressant. Comment rendre les Forces armées de la RDC (FARDC) plus efficaces, mieux formées et véritablement professionnelles ?

Une coopération militaire renforcée

La coopération entre Kinshasa et Pékin n’est pas nouvelle. Cependant, ce rendez-vous marque un palier supplémentaire. Les échanges ont porté sur le renforcement des capacités militaires, selon un double axe stratégique : la formation des soldats congolais en Chine et la montée en puissance du Centre de formation de Kamina.

Ce complexe du Haut-Lomami doit devenir une véritable pépinière de soldats d’élite. Les deux parties se sont félicitées de la « qualité du partenariat existant ». Derrière cette formule diplomatique se cache une réalité concrète : la Chine est désormais un fournisseur majeur d’équipements et de savoir-faire militaire pour la RDC.

L’arrivée d’instructeurs chinois

L’annonce la plus marquante concerne l’arrivée prochaine d’une nouvelle équipe d’instructeurs chinois. Ces experts formeront les troupes sur le terrain et insuffleront une dynamique nouvelle aux programmes en cours. L’objectif est clair : adapter la coopération aux réalités opérationnelles et aux besoins spécifiques de la RDC.

Ainsi, la Chine ne se limite pas à exporter son modèle militaire. Elle ajuste ses méthodes pour répondre aux menaces qui pèsent sur le sol congolais, notamment dans l’Est en proie à l’agression rwandaise.

Une coopération diversifiée et stratégique

Le numéro un de la défense congolaise a salué « l’appui constant » de Pékin. Mais Me Guy Kabombo a rappelé une évidence politique : la RDC privilégie une coopération militaire diversifiée, avec l’ensemble de ses partenaires stratégiques.

Les États-Unis, la Belgique, la France et la Chine participent ainsi à la construction d’une armée capable de relever tous les défis.

Ce lundi, à Kinshasa, un jalon important a été posé dans l’alliance sino-congolaise. Tandis que les instructeurs chinois préparent leurs valises, les premiers soldats congolais se tiennent prêts à apprendre. À Kamina, bientôt, les ordres seront donnés en mandarin. Mais sur le terrain, le combat restera 100 % congolais.

Mikenge arrachée aux griffes de l’ombre : l’armée congolaise et les Wazalendo brisent l’étau des groupes armés

Sud-Kivu, 2 mars 2026 – Le silence est retombé sur Mikenge, mais c’est un silence lourd, poudreux, celui qui suit la tempête. Ce lundi, après plusieurs jours d’affrontements d’une rare intensité, la localité, située dans le territoire de Mwenga, est officiellement revenue sous contrôle des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Une victoire arrachée dans la douleur, main dans la main avec les combattants Wazalendo, ces patriotes qui ont fait de la résistance leur étendard.

Tôt ce matin, le bruit des armes lourdes et légères a déchiré le calme précaire de la région. Des heures durant, les détonations ont roulé sur les collines, semant une terreur familière chez les habitants. Puis, soudain, un autre bruit : celui des bottes des soldats loyalistes entrant dans la localité. Les groupes armés, ceux qui faisaient la loi dans ces contrées reculées, ont plié bagage, se fondant dans la jungle des collines environnantes.

« Ce matin, nous avons vu les militaires entrer dans Mikenge. Les groupes armés se sont retirés vers les collines », souffle un notable de la région, la voix encore tremblante. Une phrase simple, mais qui dit toute l’horreur vécue et l’espoir fragile d’un retour à la normale.

Mikenge n’est pas un point sur la carte comme les autres. Perché dans le territoire de Mwenga, ce carrefour stratégique commande les axes ruraux qui irriguent tout le Sud-Kivu. Reprendre Mikenge, c’est verrouiller des voies d’approvisionnement vitales. C’est planter le drapeau de l’État là où l’ombre des groupes armés s’étendait depuis trop longtemps.

Mais la victoire a un goût amer. Comme toujours dans ces guerres sans fin, ce sont les civils qui paient le prix fort. Des organisations locales, témoins impuissants du drame, tirent la sonnette d’alarme. Des familles entières ont fui, abandonnant leurs maigres biens, se réfugiant dans des villages voisins ou se cachant dans la brousse, hantées par la peur des représailles.

Pour l’instant, les autorités militaires restent muettes. Aucun bilan officiel, aucun communiqué détaillant les pertes ou la situation sécuritaire post-reconquête. Ce silence laisse planer un doute, une inquiétude. Les leaders communautaires, eux, tentent d’éteindre les braises. Ils appellent au calme, à la retenue, et supplient les autorités de consolider les positions. Il ne faudrait pas que cette victoire ne soit qu’un feu de paille, que les groupes armés, tapis dans l’ombre, tentent de revenir.

Cette reprise de Mikenge est-elle un tournant ? Les opérations de sécurisation dans le territoire de Mwenga pourraient-elles enfin porter leurs fruits ? L’avenir le dira. Mais pour l’instant, sur les routes poussiéreuses du Sud-Kivu, des milliers de déplacés marchent, le regard vide, vers un lendemain qui ne chante pas encore.

La guerre a changé de camp, mais la paix, elle, n’est pas encore au rendez-vous.

Guerre secrète dans l’Est : les États-Unis offrent leurs yeux et leurs oreilles aux FARDC

Kinshasa, 26 février 2026 – Dans le silence feutré de l’Hôtel de la Défense, une alliance se resserre. Ce jeudi, le Vice-Premier Ministre de la Défense nationale, Me Guy Kabombo Muadiamvita, a ouvert les portes de son cabinet à une délégation américaine emmenée par Ian McCary, chargé d’Affaires des États-Unis en RDC. À leurs côtés, le colonel Chad Brinton, attaché de Défense, apportait la technicité militaire nécessaire à des discussions qui sentent la poudre et la stratégie.

Derrière le décorum protocolaire, l’ordre du jour était clair : comment faire des FARDC une armée plus redoutable, mieux informée, mieux préparée. Les États-Unis, présentés comme « un partenaire privilégié de longue date », n’ont pas fait le voyage pour des politesses. Ils sont venus avec des propositions concrètes.

Ian McCary, au sortir de l’audience, s’est félicité d’un « dialogue constructif ». Mais derrière cette formule diplomatique, se cache un programme dense et ambitieux. Washington propose d’intensifier la coopération militaire sur trois fronts décisifs.

D’abord, le partage de renseignements. Dans une guerre asymétrique où l’ennemi se fond dans la population et les collines, l’information est une arme plus précieuse que le blindage. Offrir aux généraux congolais les yeux et les oreilles de la technologie américaine, c’est leur donner une longueur d’avance sur des adversaires insaisissables.

Ensuite, les programmes de formation. Forger le soldat congolais, l’aguerrir, le professionnaliser. Non pas pour en faire un simple combattant, mais un élément discipliné d’une armée moderne, respectueuse des droits humains et efficace sur le terrain.

Enfin, la participation à des exercices militaires conjoints. Des manœuvres communes, dans les prochains mois, qui permettront aux troupes congolaises de se frotter à l’un des meilleurs arsenaux du monde, d’apprendre les techniques de combat, la logistique, la coordination.

Face à cette offre, Me Guy Kabombo n’a pas caché sa satisfaction. Le patron de la Défense congolaise s’est « réjoui de cette convergence de vues ». Une expression qui en dit long sur l’état d’esprit qui règne désormais entre Kinshasa et Washington : celui d’une confiance mutuelle, d’une vision partagée des menaces et des solutions.

Le ministre a réaffirmé la disponibilité de son ministère à « consolider une coopération militaire structurée et durable ». Loin des annonces en l’air, il s’agit ici de bâtir sur du solide. De transformer des promesses en programmes, et des programmes en capacités opérationnelles pour les FARDC.

Les deux parties se sont quittées sur un engagement : maintenir un « dialogue franc et étroit ». Un dialogue qui n’a qu’un but : la paix, la stabilité, et le renforcement des capacités d’une armée congolaise en première ligne face à l’agression dans l’Est.

Ce jeudi, à l’Hôtel de la Défense, un nouveau chapitre de la coopération militaro-diplomatique entre la RDC et les États-Unis s’est écrit. Discret, mais lourd de conséquences pour l’avenir de la sécurité dans la région des Grands Lacs.

Beni : Le président de l’Assemblée nationale sur le front de la souffrance, la promesse d’une paix qui se mérite

La poussière rouge des routes du Nord-Kivu s’est à nouveau levée sous les pas d’un homme d’État. Ce jour-là, à Beni, le ciel bas et lourd ne pleure plus, mais la mémoire des fosses communes, elle, ne sèche jamais. C’est dans cette atmosphère de douleur contenue et d’espoir fatigué que le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a posé ses valises, porteur d’un message qui se veut plus fort que les bombes.

Devant une population qui a appris à vivre avec l’horreur, à compter ses morts comme d’autres comptent leurs récoltes, Boji Sangara n’a pas prononcé de grands discours technocratiques. Il a choisi la vérité. Celle d’un combat qui dure depuis trente ans. Trente années de guerres, d’embuscades, de nuits hachées par les balles des rebelles ADF. Trente années à voir les enfants grandir avec le bruit des kalachnikovs en berceuse.

« Le président ne dort pas » : la diplomatie comme arme

Face à cette lassitude qui pourrait devenir résignation, le numéro deux de l’État a voulu incarner une présence. Celle d’un gouvernement qui, malgré la distance géographique de Kinshasa, dit ne pas avoir oublié ses martyrs.

« Le président de la République ne dort pas », a-t-il lancé, comme on jette une bouée à des naufragés de l’espérance.

Il a anticipé les critiques, ces murmures qui montent parfois des ruelles de Beni quand on voit le chef de l’État multiplier les escales à l’étranger. « On l’a accusé de beaucoup voyager, mais ces déplacements à travers le monde ont pour objectif de trouver la paix », a-t-il expliqué, invitant les habitants à regarder au-delà des apparences.

Car la guerre de l’Est, a-t-il suggéré, ne se gagne pas seulement dans la forêt dense où se cachent les ADF. Elle se joue aussi dans les couloirs feutrés des chancelleries, dans les tête-à-tête diplomatiques, dans ces voyages où Félix Tshisekedi tisse une à une les mailles du filet qui, un jour, devrait étouffer la rébellion.

Croire, encore et toujours

Mais le message le plus fort, celui qui a fait osciller la foule entre larmes et applaudissements, c’est l’appel à la foi. Pas la foi religieuse, mais la foi citoyenne. Celle qui pousse à tendre la joue sans baisser les bras. Celle qui exige de croire que l’engagement du chef de l’État n’est pas un vain mot.

« Le président de la République est déterminé à mettre un terme à la souffrance des habitants de la région de Beni », a martelé Aimé Boji Sangara. Une phrase simple, presque nue, mais qui dans ce contexte résonne comme une promesse sur laquelle des milliers de vies ont décidé de miser.

Il a appelé à soutenir les efforts diplomatiques, ces longs travaux d’approche qui ne donnent pas de résultats immédiats, qui ne font pas les gros titres des journaux, mais qui, patiemment, construisent les conditions d’une paix durable.

Sur la route de Butembo, Oicha et Lubero

La mission ne s’arrête pas à Beni. Le président de l’Assemblée nationale poursuivra sa route vers Butembo, Oicha, Lubero. Des noms qui, pour beaucoup de Congolais, sont devenus des synonymes de courage et de résilience. Des territoires où chaque jour, malgré tout, la vie tente de reprendre ses droits.

Dans le regard des habitants croisés sur son passage, Aimé Boji Sangara a sans doute vu ce mélange unique de méfiance et d’attente qui caractérise les peuples trop longtemps éprouvés. Ils ont tout entendu, tout promis, tout espéré. Et pourtant, ils étaient là, à écouter.

Peut-être parce que, au fond, malgré les trente années de guerre, malgré les ADF qui rôdent, malgré les promesses non tenues du passé, ils veulent encore croire que cette fois, c’est différent. Que la diplomatie finira par parler plus fort que les armes. Que Félix Tshisekedi, par ses voyages et ses combats, ramènera enfin ce qu’ils attendent depuis si longtemps : le droit de vivre en paix sur leur propre terre.

La route est longue, semée d’embûches et de mémoire douloureuse. Mais à Beni, ce jour-là, un homme a dit que le président ne dort pas. Et dans ce bout de Congo meurtri, c’est déjà une forme de lumière.

Ituri : la MONUSCO offre un laboratoire de criminalistique numérique à la justice militaire

Le 17 février 2026 restera une date marquante pour la justice militaire en Ituri. Ce jour-là, à Bunia, une salle technique et de formation flambant neuve a été inaugurée. Financée par la MONUSCO, cette infrastructure high-tech doit permettre aux magistrats militaires de mener des investigations numériques. Dans une province meurtrie par les conflits armés, l’arme de la preuve digitale entre en jeu.

Un investissement de 50 000 dollars pour moderniser la justice

Le chiffre est modeste, mais la portée est immense. 49 998 dollars américains, exactement. C’est la somme débloquée par la MONUSCO, dans le cadre de ses Projets à Impact Rapide, pour offrir à l’Auditorat militaire supérieur de l’Ituri un outil à la hauteur des défis actuels.

Derrière ce financement, il y a une volonté claire : appuyer le renforcement de la justice militaire dans la province. Car ici, à Bunia comme dans l’arrière-pays, les crimes de guerre et les violations des droits humains sont monnaie courante. Les juger, les punir, exige des moyens techniques à la pointe.

Le bâtiment inauguré ce lundi ne ressemble à aucun autre. Il abrite une salle de formation entièrement équipée. Un secrétariat sécurisé, aussi. Mais la pièce maîtresse, celle qui fait la différence, c’est la salle technique dédiée aux investigations numériques et à la criminalistique digitale.

Des enquêtes numériques pour traquer l’invisible

Jusqu’à présent, l’Auditorat militaire butait sur un obstacle de taille. Face à des criminels utilisant téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques, les enquêteurs étaient démunis. Comment récupérer des preuves sur un smartphone saisi ? Comment analyser des données pour remonter une filière ?

Autant de questions qui restaient souvent sans réponse. Désormais, la donne change. Le Colonel Joseph Makelele, Auditeur militaire supérieur près la Cour militaire de l’Ituri, mesure pleinement l’avancée que représente cet équipement.

« Cette salle servira à la fois d’espace de formation, mais aussi de laboratoire d’analyse et de criminalistique digitale », explique-t-il. Concrètement, cela signifie que les enquêteurs pourront désormais récupérer et analyser des preuves digitales exploitables devant le juge.

Des experts formés pour être à la hauteur

Un laboratoire, aussi sophistiqué soit-il, ne sert à rien sans compétences pour l’utiliser. Les autorités militaires l’ont bien compris. Avant même l’inauguration de cette salle, un travail de fond a été mené.

« Avant cette inauguration, en termes d’experts, nous n’en avions pas », reconnaît le Colonel Makelele. Pour combler ce vide, trois formations ont été organisées avec l’appui de la MONUSCO. L’une d’elles s’est même tenue à Kinshasa, permettant aux stagiaires d’acquérir les compétences nécessaires.

L’objectif est désormais clair : repérer un criminel de guerre ou un réseau criminel grâce aux traces numériques qu’il laisse. « Si l’on retrouve un criminel avec un appareil électronique, c’est avec ce laboratoire que nous pourrons récolter et analyser les données », ajoute l’Auditeur militaire.

Lutter contre l’impunité par la preuve

Pour le Colonel Makelele, cette salle technique a une vocation première : renforcer la lutte contre l’impunité. En offrant davantage de moyens de preuve, elle permettra aux juges de disposer d’éléments solides pour condamner les coupables.

Mais ce n’est pas tout. Elle permettra aussi une meilleure formation continue des acteurs judiciaires. Car dans un monde où la technologie évolue sans cesse, les enquêteurs doivent constamment mettre à jour leurs compétences.

Une fois le laboratoire pleinement opérationnel, les dossiers criminels pourront s’appuyer sur des preuves digitales irréfutables. Un bond en avant pour une justice qui, trop souvent, manquait de moyens face à des criminels de plus en plus organisés.

Répondre aux nouveaux défis de la criminalité

Aimé Lobi, conseiller du Gouverneur chargé des questions juridiques, replace cette initiative dans un contexte plus large. Selon lui, la justice de l’Ituri accusait certaines insuffisances, non par manque de volonté, mais parce que le monde a évolué.

« Aujourd’hui, nous faisons face à la persistance de groupes armés et à des réseaux criminels opérant parfois à travers des outils numériques », observe-t-il. Sans moyens adéquats pour répondre à ce défi, la justice tournait en rond.

Ce bâtiment, insiste-t-il, aidera les acteurs judiciaires à améliorer leurs mécanismes d’enquête. Car sans dispositif efficace d’investigation, il est impossible de démanteler ces réseaux. Et donc impossible de lutter efficacement contre l’impunité.

Consolider l’État de droit en Ituri

Cette inauguration ne tombe pas du ciel. Elle s’inscrit dans un contexte sécuritaire encore fragile, où la justice militaire joue un rôle déterminant. Dans une province marquée par des conflits armés et des violations graves des droits de l’homme, restaurer l’autorité de l’État passe par des jugements crédibles.

La protection des populations, justement, dépend en grande partie de cette capacité à punir les coupables. Chaque criminel traduit en justice, c’est une communauté qui respire un peu mieux. C’est un peu de confiance qui revient dans les institutions.

Quelques mois avant cette initiative, la juridiction militaire de l’Ituri avait déjà bénéficié d’un appui majeur. La digitalisation des données judiciaires militaires avait été lancée, renforçant l’efficacité du traitement des preuves et des informations.

Un pas de plus vers une justice moderne

Avec ce nouveau laboratoire, l’Ituri franchit donc une nouvelle étape. De la simple digitalisation des données, on passe à l’analyse active des preuves numériques. De la formation théorique, on passe à la pratique concrète.

Reste à voir comment cet outil sera utilisé dans les mois à venir. Les enquêteurs sauront-ils exploiter pleinement son potentiel ? Les preuves récoltées résisteront-elles à la contestation des avocats ? La justice militaire, enfin équipée, pourra-t-elle vraiment faire la différence ?

Autant de questions qui trouveront leurs réponses sur le terrain. En attendant, ce 17 février 2026 restera comme le jour où l’Auditorat militaire de l’Ituri est entré dans l’ère du numérique. Un petit pas pour la technologie, un grand pas pour la justice.

RDC-Rwanda : Washington menace Kagame de sanctions après l’attaque du M23 sur Uvira

Dans une interview choc accordée à France 24, le conseiller principal des États-Unis pour l’Afrique, Massad Boulos, a directement pointé du doigt le Rwanda. Alors que le M23 a pris brièvement le contrôle d’Uvira, Washington menace désormais d’imposer des sanctions sans précédent contre le président Paul Kagame.

Une déception américaine après la prise d’Uvira

Le ton est grave, la déception, immense. Ce lundi, depuis la prestigieuse Conférence de Munich sur la sécurité, les États-Unis ont choisi de hausser le ton. Leur messager ? Massad Boulos, le conseiller principal du président Donald Trump pour l’Afrique.

Dans un entretien accordé à France 24, M. Boulos n’a pas mâché ses mots. Pour lui, la responsabilité des dernières violences dans l’Est de la RDC est claire. Elle incombe au « M23 et au Rwanda ». Une accusation directe qui fait suite à la prise de contrôle éphémère de la ville stratégique d’Uvira par les rebelles.

Ces actions constituent, selon Washington, une « grave violation » des engagements pris. Notamment ceux de l’accord de Washington, signé à peine un an plus tôt, en 2025. « Les États-Unis sont extrêmement déçus », a-t-il martelé, même si les forces du M23 se sont depuis partiellement retirées de la cité.

La menace de sanctions contre Paul Kagame se précise

Jusqu’ici, la diplomatie américaine maniait la carotte avec prudence. Désormais, le bâton se fait menaçant. Interrogé sur d’éventuelles sanctions contre le président rwandais lui-même, Massad Boulos n’a rien exclu.

Il a laissé planer le doute, un doute lourd de conséquences pour Kigali. Pourtant, il assure qu’il « espère » toujours pouvoir faire confiance au dirigeant rwandais. L’espoir est donc de mise, mais la patience américaine semble avoir des limites.

M. Boulos a tenu à remettre cette crise dans une perspective plus large. L’accord de Washington, a-t-il rappelé, n’est « qu’un point de départ ». Instaurer une paix durable en RDC, prévient-il, « est un processus qui va prendre du temps ». Un message qui sonne comme une mise en garde : le chemin sera long, mais les États-Unis surveillent chaque étape.

Le Sahara occidental : une position américaine inchangée et des pourparlers à Madrid

Parallèlement à la crise congolaise, le conseiller américain a également clarifié la position de Washington sur un autre dossier brûlant du continent : le Sahara occidental. Les États-Unis ont récemment facilité des discussions à Madrid.

Autour de la table, des représentants du Maroc, de la Mauritanie, de l’Algérie et du Front Polisario se sont retrouvés. L’objectif affiché était de relancer le dialogue sur ce territoire contesté.

Sur le fond, Massad Boulos a été très clair. La reconnaissance par les États-Unis du Sahara occidental comme territoire marocain « est très claire », a-t-il affirmé. Cette position, inchangée depuis l’administration Trump, ne fait donc l’objet d’aucune ambiguïté.

Cependant, il a tenu à adopter un ton plus conciliant envers Alger. « L’Algérie est absolument d’une grande aide », a-t-il souligné. Surtout, il a insisté sur la nécessité d’une solution « mutuellement acceptable ». Quel que soit le résultat final, a-t-il précisé, il devra être « accepté par les deux parties ». Une ouverture qui laisse présager de longues négociations.

Kinshasa accepte le cessez-le-feu proposé par l’Angola

Vendredi 13 février 2026. Une date qui, dans l’imagerie populaire, porte malheur. Pourtant, à Kinshasa, on a choisi d’y voir une chance.

Ce jour-là, dans la capitale congolaise, une annonce est tombée. Elle n’a pas encore fait de bruit dans les rues. En revanche, dans les chancelleries, dans les états-majors et dans les collines de l’Est où les armes parlent encore, on a immédiatement tendu l’oreille.

La RDC a dit oui.

Oui au cessez-le-feu proposé par le Président angolais João Lourenço. Oui à la suspension des hostilités. Oui à la paix, ou du moins à sa possibilité.

C’est un communiqué officiel, sobre et presque technique, qui a porté la nouvelle. Derrière les mots choisis avec soin se tient pourtant un homme, Félix Tshisekedi, qui vient de prendre une décision lourde de conséquences. « Dans un esprit de responsabilité, d’apaisement et de recherche d’une solution pacifique », précise le texte.

Traduction : Kinshasa tend la main. Mais elle ne la tend pas les yeux fermés.

Un mécanisme rodé depuis Doha

Ce cessez-le-feu n’est pas un saut dans l’inconnu. Au contraire, il s’inscrit dans un cadre précis, balisé, presque chirurgical : celui du mécanisme de surveillance signé le 14 octobre 2025 à Doha.

Les experts se souviennent de cette signature. Ce jour-là, sous les dorures qataries, on avait posé les bases d’un système structuré pour contrôler les armes. Aujourd’hui, ce système entre enfin en action.

Concrètement, que dit ce mécanisme ? Il ne se contente pas de demander aux belligérants de ranger leurs fusils. Il exige bien plus : un gel strict et immédiat des positions militaires. Pas question d’avancer d’un mètre pendant que l’autre dort. Il impose aussi l’arrêt des renforts, la fin des rotations et des approvisionnements offensifs. Surtout, il réclame l’interdiction de tout appui extérieur aux groupes armés.

Cette dernière ligne, à Kinshasa, on l’a lue et relue. Parce qu’elle touche au cœur du problème : ces armes qui continuent de circuler, ces soutiens venus d’ailleurs qui entretiennent le feu. Si le cessez-le-feu tient et si le mécanisme fonctionne, alors peut-être que l’Est pourra enfin respirer.

Une mise en garde explicite

Le communiqué ne s’arrête pas là. Il prévient aussi, il met en garde. « Toute consolidation unilatérale des positions militaires ou toute action visant à altérer l’équilibre des forces durant la période de cessez-le-feu compromettrait gravement la crédibilité du processus », peut-on lire.

En clair : si l’un des camps profite de la trêve pour se renforcer ou pour préparer la suite, alors tout s’effondrera. Dans ce cas, la responsabilité de cet effondrement pèsera sur celui qui aura trahi.

Les autorités congolaises le savent bien : dans ce jeu diplomatique, la confiance est une denrée rare. C’est pourquoi elles posent des garde-fous, rappellent les règles et exigent déjà la protection effective des populations civiles ainsi que le respect du droit international humanitaire.

L’autre camp répondra-t-il ?

Reste une question, immense, suspendue au-dessus de cette annonce : que fera l’autre camp ?

Le M23, ses alliés, ceux qui tiennent encore des collines et des villages, répondront-ils à cet appel ? Accepteront-ils de poser les armes en même temps que l’armée congolaise ? Ou verront-ils dans cette main tendue une faiblesse à exploiter ?

Pour l’instant, c’est le silence. Un silence lourd, chargé de tous les doutes accumulés en trois décennies de guerre.

Pendant que les diplomaties s’activent et que les communiqués circulent, l’Est, lui, attend. Les déplacés dans leurs camps de fortune, les mères qui ont perdu leurs enfants, les soldats fatigués de se battre pour des causes qu’ils ne comprennent plus. Tous attendent de voir si ce vendredi 13 février restera dans l’histoire comme un jour de chance ou comme une énième promesse emportée par le vent.

Kinshasa a fait un pas. Luanda a tendu la perche. Doha a fourni le cadre.

Restent les armes. Et ceux qui les tiennent.

Cessez-le-feu en RDC : l’Angola fixe une date, le M23 doit répondre

C’est une fenêtre qui s’entrouvre, quelque part entre l’espoir et la méfiance. Depuis Luanda, une voix s’est élevée pour dire : « Ça suffit. » Et cette voix a même osé fixer une date.

Mardi, la présidence angolaise a lâché une information qui a fait le tour des capitales africaines : à compter du 18 février 2026, à midi, les armes pourraient se taire dans l’est de la République démocratique du Congo. Plus de vingt ans que cette terre saigne. Vingt ans que le M23 et l’armée congolaise s’affrontent par intermittence, dans l’indifférence relative du reste du monde.

Mais cette fois, l’initiative est venue d’en bas, du cœur du continent.

La veille, dans un palais de Luanda, ils étaient tous là. Autour du Président João Lourenço, hôte et artisan de cette séquence diplomatique, se sont retrouvés Félix Tshisekedi, le Président congolais, Faure Gnassingbé, le médiateur désigné par l’Union africaine, et un vieux sage de la politique africaine, Olusegun Obasanjo. L’ancien chef d’État nigérian, habitué des dossiers complexes, avait été mandaté par l’UA pour faciliter ce dialogue.

Dans la salle, on ne s’est pas contenté de belles paroles. On a parlé concret. On a parlé d’une trêve, d’abord. Et ensuite, d’un vrai dialogue, cette fois.

Mais voilà. Le communiqué angolais, aussi solennel soit-il, contient une réserve de taille. Le cessez-le-feu ne sera effectif que si les deux parties — Kinshasa et le M23 — l’acceptent publiquement et formellement. Luanda a tendu la perche. Reste à savoir si les belligérants voudront la saisir, ou s’ils préféreront continuer à s’observer en chiens de faïence, doigt sur la gâchette.

Ce n’est pas tout. L’Angola ne veut pas d’une simple pause militaire. Elle veut un processus politique. Dans les prochains jours, ou les prochaines semaines, Luanda annoncera le lancement de la « phase préparatoire » d’un dialogue intercongolais. Ce ne sera pas une simple empoignade entre le gouvernement et les rebelles. On y invitera aussi des acteurs politiques, des chefs communautaires, des représentants de la société civile.

L’objectif ? Ne plus se contenter de panser les plaies. Creuser jusqu’aux racines du mal : la gouvernance locale défaillante, l’insécurité chronique, l’intégration impossible des combattants dans une vie normale.

Alors, sera-ce la bonne ? Depuis plus de deux décennies, l’est de la RDC est une terre de promesses non tenues. Mais cette fois, le ton a changé. Ce n’est plus une puissance étrangère qui dicte la paix. C’est l’Afrique elle-même, par la voix de ses présidents et de ses sages, qui dit : « Assez. »

Le 18 février approche. Le monde diplomatique retient son souffle. À Goma, à Bunia, dans les collines du Nord-Kivu, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants attendent, eux aussi. Ils attendent de voir si cette date restera gravée comme celle d’un sursis, ou celle d’un nouveau départ.

la cheffe de la MONUSCO à Goma pour activer le mécanisme de vérification du cessez-le-feu

GOMA – La cheffe intérimaire de la MONUSCO, Vivian van de Perre, arrive ce jeudi 12 février à Goma. Elle effectue la première arrivée aérienne dans la ville depuis janvier 2025. En effet, l’accès aérien restait interrompu depuis des mois.

Cette mission suit des consultations avec les autorités congolaises. Elle prépare surtout la mise en œuvre du mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Ce dispositif découle de la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité.

Un appui technique ciblé

Vivian van de Perre concentre sa visite sur un appui technique et logistique. Elle soutient la CIRGL à travers le mécanisme EJVM+. Ainsi, la MONUSCO veut renforcer le suivi du cessez-le-feu.

Elle l’a dit clairement. Elle vient appuyer la préparation du suivi et de la vérification. De plus, elle travaille en coordination avec l’architecture du cessez-le-feu.

Par ailleurs, la MONUSCO insiste sur un point sensible. Elle agit dans le respect de la souveraineté congolaise. Donc, elle évite toute perception d’ingérence.

La responsable onusienne prévoit aussi des rencontres locales. Ces échanges doivent faciliter les aspects pratiques du mécanisme. Ainsi, les acteurs locaux pourront mieux coordonner leurs actions.

Un moment clé pour le processus de paix

Cette visite intervient dans un climat fragile. En effet, plusieurs cessez-le-feu tiennent difficilement sur le terrain. Donc, beaucoup observent cette mission de près.

La MONUSCO et la CIRGL jouent leur crédibilité. Elles doivent déployer rapidement le mécanisme de vérification. Sinon, la confiance risque de s’éroder.

Même technique, cette visite reste politique. Elle doit prouver une chose : les engagements de Washington, Doha et Addis-Abeba peuvent produire des effets concrets. Finalement, tout se jouera sur le terrain.

Kwango : le gouvernement engrange une avancée majeure dans la pacification du Grand Bandundu

MULOSI, Kwango – Ce week-end, le ministre délégué à la Défense, Eliezer Ntambwe Mposhi, a reçu un important lot d’armes. Des miliciens Mobondo les ont remises volontairement à Mulosi. Ainsi, ce geste marque une avancée dans la pacification du Grand Bandundu. La région subit des violences communautaires depuis août 2022.

Sous un soleil de plomb, la population a accueilli le ministre avec ferveur. D’ailleurs, beaucoup y voient un signe d’espoir. Dans cette zone meurtrie par les tensions Teke-Yaka, la visite rassure.

Les FARDC partiront après la paix

Devant habitants et ex-combattants, Eliezer Ntambwe a parlé sans détour. Il a mêlé fermeté et apaisement.

Il a déclaré que les FARDC quitteront la zone dès le retour durable de la paix. Ensuite, la police prendra le relais. Il a aussi demandé la confiance de la population. Donc, le gouvernement trace une sortie de crise claire : désarmement, apaisement, puis relève policière.

Les chefs Mobondo soutiennent le désarmement

Les leaders Mobondo ont, eux aussi, appelé à déposer les armes. Ainsi, ils veulent clore le conflit Teke-Yaka. Ils ont demandé de remettre tout le matériel militaire. De plus, ils ont averti que l’État sanctionnera les récalcitrants.

Par conséquent, ce positionnement montre un soutien croissant au processus de paix. Pourtant, le conflit a déjà causé de lourdes pertes humaines et des milliers de déplacés.

Nouveau geste à Kimbandinga 3

Ensuite, la délégation a rejoint Kimbandinga 3, bastion du leader Mille Esprits. Là encore, des combattants ont remis armes et munitions. En parallèle, le ministre a distribué vivres et biens essentiels. Puis, il a réaffirmé sa volonté de poursuivre la pacification.

Une région profondément marquée

Depuis août 2022, les violences opposent agriculteurs Yaka et éleveurs Teke. Ainsi, attaques et représailles ont rythmé le quotidien. Des villages ont brûlé. De nombreuses familles ont fui. Donc, la cohésion sociale reste fragile.

Cependant, ces remises d’armes changent la dynamique. Beaucoup d’habitants veulent désormais la paix.

Le ministre a annoncé un retour prochain. Il veut consolider les avancées. Désormais, les attentes se concentrent sur la reconstruction, le retour des déplacés et le déploiement de la police.

En somme, le Grand Bandundu entrevoit une accalmie. Toutefois, seule l’application concrète des promesses garantira une paix durable.

Crise des Grands Lacs : Le médiateur de l’UA en consultation cruciale à Luanda

LUANDA – Dans un dernier round diplomatique avant le sommet décisif de l’Union africaine, le médiateur continental pour la crise des Grands Lacs, Faure Essozimna Gnassingbé, a entamé ce lundi 9 février une visite de travail à Luanda. Invité par le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço, qui assure également la présidence en exercice de l’UA, le chef de l’État togolais cherche à finaliser une position africaine commune sur le conflit qui ravage l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Selon la présidence togolaise, l’entretien en tête-à-tête des deux dirigeants portera sur le renforcement du partenariat bilatéral, mais se concentrera surtout sur les « questions d’ordre régional et continental », avec un objectif précis : définir une feuille de route concertée pour « l’instauration d’une paix durable » dans la région des Grands Lacs.

Ultimes consultations avant le Sommet de l’UA

Cette rencontre à haut niveau intervient à la veille du 39ᵉ Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine, prévu les 14 et 15 février à Addis-Abeba. Elle s’annonce comme la dernière pièce d’un puzzle diplomatique complexe que Gnassingbé assemble depuis des semaines.

En effet, le médiateur de l’UA vient d’achever une tournée éclair dans la région, où il s’est successivement entretenu avec les présidents Paul Kagame (Rwanda), Évariste Ndayishimiye (Burundi) et Yoweri Museveni (Ouganda). Cette tournée faisait elle-même suite à une réunion de travail avec le président congolais Félix Tshisekedi à Kinshasa.

Une architecture de médiation réorganisée

Ces déplacements s’inscrivent dans le cadre de la nouvelle architecture de médiation dévoilée par l’UA fin janvier, à l’issue d’une réunion de haut niveau à Lomé. Placée sous l’autorité unique de Faure Gnassingbé, cette structure est appuyée par cinq cofacilitateurs (chargés chacun d’un volet spécifique) et un secrétariat conjoint associant l’UA et plusieurs organisations régionales.

L’objectif affiché est de « renforcer la coordination » entre les multiples initiatives diplomatiques en cours – notamment celles menées par les États-Unis (accords de Washington) et le Qatar (pourparlers de Doha) – et d’éviter la dispersion des efforts.

Le défi de la cohérence face à une crise qui s’aggrave

La mission de Gnassingbé et de Lourenço est donc de taille. Il s’agit de trouver un langage commun et des actions concrètes pour sortir de l’impasse, alors que les combats entre l’armée congolaise, ses alliés et la rébellion du M23 – soutenue selon l’ONU par le Rwanda – se poursuivent sans relâche, malgré les multiples accords de cessez-le-feu.

Les conclusions de cette consultation de Luanda, ainsi que le rapport de la tournée régionale de Gnassingbé, alimenteront directement les discussions des leaders africains à Addis-Abeba dans quelques jours. L’enjeu pour l’Union africaine est de prouver sa capacité à porter une solution endogène, crédible et unie face à l’une des crises les plus explosives du continent, alors que les pressions et menaces de sanctions internationales se multiplient. Le sommet s’annonce comme un test décisif pour la crédibilité de la médiation africaine.

Un haut responsable de l’ONU à Kinshasa pour superviser le cessez-le-feu

KINSHASA – Alors que l’est de la RDC cherche un souffle de stabilité, un émissaire clé de l’ONU arrive ce lundi à Kinshasa. Jean-Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint aux opérations de paix, lance une visite de trois jours. Il veut évaluer le cessez-le-feu et préciser le rôle actuel de la mission onusienne.

Selon l’ONU, son agenda s’annonce dense. D’abord, il rencontre les autorités nationales et provinciales. Ensuite, il échange avec des acteurs politiques, des représentants de la société civile et des responsables religieux. Ces discussions portent sur la sécurité et sur l’évolution de la trêve dans une région marquée par des conflits répétés.

Un mandat recentré sur l’appui au cessez-le-feu

Cette visite s’appuie sur la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité. Ce texte charge la MONUSCO de soutenir un « cessez-le-feu permanent ». Désormais, la mission privilégie un appui technique et logistique. Elle soutient surtout le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus dirigé par la CIRGL.

Concrètement, la MONUSCO enverra un contingent limité et temporaire. Une première équipe se rendra à Uvira. Elle n’y mènera pas un retour durable. Au contraire, elle appuiera uniquement la surveillance de la trêve.

Surveiller la trêve tout en rassurant Kinshasa

Cette approche montre un choix clair. D’un côté, l’ONU accélère son retrait progressif. De l’autre, elle aide à stabiliser la paix. Aujourd’hui, la MONUSCO concentre surtout ses forces en Ituri et au Nord-Kivu, zones très touchées par les violences.

Ainsi, le passage de Casques bleus à Uvira illustre un double impératif. Premièrement, la communauté internationale veut soutenir la paix. Deuxièmement, elle cherche à respecter la souveraineté congolaise et les attentes de Kinshasa.

Une visite dans un climat tendu

La visite de Lacroix intervient à un moment sensible. En effet, Kinshasa et Kigali s’accusent encore de violations. Parallèlement, le M23 poursuit ses opérations. Dans ce contexte, la crédibilité du cessez-le-feu reste fragile.

Au-delà des aspects techniques, Lacroix veut aussi restaurer la confiance. Or, cette confiance manque souvent dans la région. Son défi est donc clair : convaincre chaque partie que ce processus peut produire des résultats concrets.

Le M23 revendique une attaque de drones sur l’aéroport de Kisangani

Kisangani / Goma – Le conflit dans l’Est de la République démocratique du Congo a connu une escalade cette semaine. Le groupe rebelle M23, soutenu par le Rwanda, a mené une attaque de drones sur l’aéroport de Kisangani le 4 février. Celle-ci s’est produite à plus de 800 kilomètres de sa zone d’opérations habituelle, entre le 31 janvier et le 1er février.

Selon le M23, l’opération visait à détruire un centre de commandement de drones militaires situé sur le site. Le groupe a également déclaré : « Le recours aux drones et aux mercenaires n’est ni exclusif ni limité à Kinshasa. »

Une frappe à longue distance inédite

Cette attaque représente une escalade significative. En effet, le M23 avait déjà employé des drones, mais principalement sur le champ de bataille immédiat. Pierre Boisselet, de l’Institut Ebuteli, explique : « Cette capacité de frapper en profondeur est récente. » Ainsi, cette évolution remet en question l’efficacité des processus de paix en cours.

Les autorités provinciales de la Tshopo ont indiqué que huit drones ennemis avaient été neutralisés avant d’atteindre leur cible. Par ailleurs, elles n’ont signalé aucune victime.

Diplomatie et réalités militaires

La revendication de cette frappe intervient peu après l’annonce du Qatar, médiateur du processus de Doha, concernant l’envoi prochain d’une mission de la MONUSCO pour surveiller le cessez-le-feu à Uvira. Par conséquent, cet événement souligne le fossé persistant entre les négociations diplomatiques et la situation sur le terrain.

Aujourd’hui, selon une source sécuritaire, les drones constituent l’arme la plus meurtrière de ce conflit. L’attaque de Kisangani démontre en effet que le M23 a accru sa capacité de projection. Désormais, des infrastructures stratégiques éloignées du front deviennent vulnérables.

En définitive, Kinshasa et la communauté internationale reçoivent un signal clair : les accords de paix de Doha et de Washington peinent encore à produire des effets concrets sur le terrain.

Tshisekedi rencontre Rubio, mais l’Est de la RDC continue de brûler malgré les accords

Dans le cadre de sa visite officielle aux États-Unis, le président congolais Félix Tshisekedi a multiplié les rencontres de haut niveau. Ce mercredi, il s’est entretenu à Washington avec le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, pour relancer le partenariat stratégique entre les deux pays, deux mois après la signature des accords de Washington en présence de l’ancien président Donald Trump.

Selon le communiqué du Département d’État, les discussions ont porté sur les progrès de la mise en œuvre de l’accord de partenariat de décembre 2025 et sur les opportunités d’investissements américains en RDC, un sujet économique crucial pour Kinshasa.

Sécurité à l’Est : Rubio réaffirme l’engagement américain… mais le terrain s’embrase

Cependant, le cœur brûlant des échanges a été la situation sécuritaire catastrophique dans l’Est de la RDC. Marco Rubio a réaffirmé « l’engagement des États-Unis à garantir le plein respect des Accords de Washington » et la mise en œuvre du mémorandum sur un partenariat de sécurité élargi.

Un engagement qui sonne creux face à la réalité sur le terrain. Malgré la signature des accords de Washington et la reprise des négociations de Doha sous médiation qatarie, les combats entre les FARDC et la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda, font rage sur plusieurs fronts au Nord et Sud-Kivu. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de violer les cessez-le-feu.

Des processus de paix au point mort

Les processus diplomatiques sont dans l’impasse. Les mesures convenues, comme le mécanisme de vérification du cessez-le-feu récemment signé à Doha, ne sont pas appliquées. Cette paralysie exacerbe les tensions et la défiance.

Dernier épisode en date : le M23 a revendiqué une attaque contre l’aéroport de Kisangani, visant selon lui l’arsenal aérien militaire congolais. Une affirmation catégoriquement démentie par les autorités congolaises, qui assurent que l’attaque a été déjouée par les FARDC. Cet incident illustre l’extrême volatilité et la propagande de guerre qui entourent le conflit.

La visite de Tshisekedi à Washington cherche donc à relancer à la fois la coopération économique et la pression diplomatique sur Kigali. Mais le fossé reste abyssal entre les déclarations d’intention dans les capitales et l’escalade meurtrière à l’Est. Les États-Unis, garants auto-proclamés des accords, peinent à imposer leur autorité et à traduire leurs engagements en actions concrètes pour stopper la guerre. La crédibilité de leur médiation et de leur partenariat avec Kinshasa est désormais en jeu.

RDC-M23 : signature à Doha d’un mandat pour surveiller le cessez-le-feu, une mission MONUSCO prévue à Uvira

Doha, Qatar – Le processus de paix pour l’Est de la RDC avance par petites étapes. Lundi 2 février à Doha, le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23 ont validé le mandat de la CIRGL. Cette organisation suivra et vérifiera le cessez-le-feu.

La rencontre s’est tenue sous médiation qatarie. Elle réunissait le mécanisme conjoint de suivi. Cette validation donne un cadre clair aux engagements de désescalade. Les deux parties confirment leur volonté de respecter le cessez-le-feu. Elles réaffirment aussi leur attachement à l’accord-cadre de Doha. Le ministère qatari des Affaires étrangères l’a indiqué dans un communiqué.

Une mission annoncée à Uvira

Les participants ont pris des décisions concrètes. La MONUSCO enverra bientôt une mission de surveillance à Uvira, au Sud-Kivu. L’armée congolaise contrôle de nouveau la ville. Par ailleurs, les parties ont mis en place des canaux de communication. Ces échanges doivent faciliter le suivi sur le terrain.

Plusieurs observateurs ont assisté à la réunion. Les États-Unis et l’Union africaine étaient présents. Le Togo participait comme médiateur désigné par l’UA. La CIRGL a aussi pris part aux discussions.

Des avancées techniques, mais prudentes

Les délégations veulent renforcer le suivi du cessez-le-feu. Elles misent sur la vérification et l’échange d’informations. De plus, elles prévoient des réunions régulières. L’objectif reste un mécanisme plus efficace.

Cette étape relance le dialogue direct entre Kinshasa et le M23. Elle arrive après des mois de blocage. Toutefois, la situation reste fragile. Les combats ont souvent repris malgré des accords signés. Ainsi, seule une application stricte du cessez-le-feu peut ouvrir la voie à une paix durable.

Lubumbashi : 39 criminels présumés arrêtés, dont les tueurs d’un agent de l’ANR

La police du Haut-Katanga a porté un coup sévère à la criminalité organisée à Lubumbashi. Ce lundi 2 février, elle a présenté à la presse 39 présumés criminels. Cette vaste opération a notamment permis d’arrêter les suspects du meurtre d’un agent de l’Agence nationale de renseignements (ANR).

Parmi les personnes interpellées, treize se spécialisent dans les vols à main armée. Selon la Police nationale congolaise (PNC), « le groupe reste hétérogène mais redoutable ». De plus, les forces de l’ordre ont saisi plusieurs pièces à conviction : une kalachnikov AK-47 chargée, des munitions de guerre, des armes blanches ainsi que des dizaines de téléphones volés.

Des opérations dans des quartiers sensibles

Le commissaire divisionnaire provincial Blaise Kilimbalimba attribue ce résultat à la collaboration entre la police et la population. En effet, les équipes ont mené des opérations ciblées dans plusieurs zones sensibles. Elles sont intervenues au marché Mzee, à Sendwe, sur l’avenue des Usines, à Mama Yemo et sur la route de Likasi.

Le commissaire salue d’ailleurs « le courage et la vigilance des citoyens ». Selon lui, leurs signalements facilitent la dénonciation des malfaiteurs et accélèrent les interventions.

Un message clair contre l’insécurité

Pour le gouvernement provincial, cette opération envoie un signal fort à ceux qui défient l’autorité de l’État à Lubumbashi. Par ailleurs, la police compte transférer rapidement les suspects à la justice. Elle réaffirme aussi sa volonté de traquer les auteurs de troubles.

Ainsi, cette démonstration de force veut rassurer la population. Elle cherche également à restaurer la confiance dans les forces de l’ordre, alors que les crimes violents augmentent dans la deuxième ville du pays.

L’expert Zobel Behalal révèle l’empire économique illicite du M23 financé par les minerais

Paris / Goma – Depuis qu’il occupe des zones stratégiques autour de Goma, le mouvement rebelle AFC-M23 ne se bat plus seulement avec des armes, mais avec une machine économique redoutable. Invité sur TV5 Monde, l’expert Zobel Behalal a détaillé comment l’alliance, soutenue par le Rwanda, a fait de l’exploitation minière illicite le moteur financier de sa guerre dans l’Est de la RDC.

« La conquête de zones stratégiques a été à la fois une victoire militaire et économique », a affirmé l’ancien membre du panel d’experts de l’ONU sur la RDC. Une fois installé, le M23 a instauré un système de taxation illicite sur toute l’activité économique et sociale, bien au-delà des simples pillages.

La mine de Rubaya, une vache à lait de 800 000$ par mois

Le véritable trésor de guerre se trouve sous terre. Selon les rapports de l’ONU, la seule mine de coltan et d’or de Rubaya rapporterait au moins 800 000 dollars par mois au groupe rebelle. Les minerais extraits, principalement par des creuseurs artisanaux sous contrôle strict du M23, sont ensuite exportés vers le Rwanda.

« Entre janvier et juin 2025, les exportations rwandaises de coltan ont augmenté de plus de 200 % », a souligné Zobel Behalal, pointant le rôle clé de Kigali dans cette chaîne d’approvisionnement opaque et criminelle.

Un réseau structuré et un Rwanda bénéficiaire

L’expert décrit un système bien rodé : les négociants, souvent basés au Rwanda, achètent la production et paient une taxe au M23. Cette économie de guerre, « illégale et illicite », profite largement au Rwanda qui tire d’importants revenus de son contrôle indirect sur ces territoires occupés.

« D’autres pays, de manière active ou passive, tirent également profit de ce système », a conclu Behalal, soulignant la difficulté à retracer l’intégralité d’un réseau qui a tout intérêt à maintenir l’opacité.

Cette analyse confirme que le conflit dans l’Est congolais est désormais autant alimenté par les convoitises économiques que par les rivalités politiques. Tant que ces financements illicites continueront de couler, la paix restera une illusion lointaine.

Crise à l’Est : Tshisekedi reçoit officiellement les 5 facilitateurs de l’Union africaine

Kinshasa – Pour la première fois depuis le début de son mandat, le président Félix Tshisekedi a reçu jeudi 29 janvier le panel des cinq anciens chefs d’État, désignés par l’Union africaine pour faciliter le processus de paix dans l’Est de la RDC.
Cette rencontre officielle, très attendue, marque une avancée dans la coordination des initiatives diplomatiques à Washington, Doha et Nairobi.

Jusqu’ici, le président rencontrait certains membres du « directoire des sages » uniquement en tête-à-tête.
Par exemple, il a reçu Olusegun Obasanjo, ancien président nigérian chargé des questions militaires, et Uhuru Kenyatta, ancien président kényan responsable du dialogue avec les groupes armés.
De leur côté, Catherine Samba-Panza (Centrafrique) et Sahle-Work Zewde (Éthiopie) avaient déjà été reçues par la Première ministre Judith Suminwa en juillet 2025.

Une médiation soutenue par le Togo

La rencontre s’est tenue à la Cité de l’Union africaine, sous la médiation togolaise représentée par le ministre délégué aux Affaires étrangères, Yackoley Kokou Johnson.
Ensuite, un dîner officiel était prévu avec toute la délégation.

Les facilitateurs ont pour mission de formuler des propositions concrètes à l’Union africaine afin de désamorcer la crise dans l’Est.
Ces propositions seront ensuite présentées au sommet de l’organisation prévu à Addis-Abeba, mi-février.

Un agenda serré pour des actions rapides

Leur emploi du temps est très chargé.
Après la réunion à Kinshasa, la délégation devait prendre un vol spécial pour Kigali, au Rwanda, puis se rendre à Gitega, au Burundi.
Cette tournée souligne l’importance régionale de la crise et la nécessité d’une réponse coordonnée.

Cette première rencontre officielle avec le président Tshisekedi envoie un signal fort de coordination.
Elle survient alors que les processus de paix parallèles peinent à produire des résultats sur le terrain.
Désormais, l’objectif consiste à transformer ces discussions en actions concrètes, capables de freiner la spirale de violence dans les Kivus.

Un an d’occupation du M23 à Goma : le traumatisme et l’appel à la justice

Goma, Nord-Kivu – Cela fait un an jour pour jour que le rugissement des armes a cédé à un silence de plomb. Le 26 janvier 2025, après des combats sanglants et l’assassinat du gouverneur militaire, les rebelles du M23, soutenus par l’armée rwandaise, entraient dans Goma. Aujourd’hui, la capitale du Nord-Kivu vit sous occupation, et le traumatisme de sa chute est une plaie toujours vive.

Le bilan, selon le gouvernement congolais, est effroyable : au moins 10 000 morts, civils et militaires, en un an de conflit. Malgré une résistance acharnée des FARDC et des miliciens Wazalendo pendant trois jours, la ville est tombée. Dans les ruelles de Goma, le souvenir de ces journées hante toujours les esprits.

« J’ai perdu tout espoir de les revoir »

Pour les familles des victimes, l’anniversaire n’est pas une commémoration, mais un rappel douloureux de l’impunité. « Cela fait déjà un an que mes trois fils manquent à l’appel », confie une mère, la voix nouée par un chagrin devenu chronique. « Tant de personnes ont été lâchement abattues. » Comme beaucoup d’autres, elle lance un appel désespéré à une justice qui n’arrive pas : « Si la justice nationale montre ses limites, la justice internationale doit se saisir de ces dossiers. Il s’agit de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité. »

Les défenseurs des droits humains abondent dans ce sens, dénonçant un cycle de violence qui n’a pas cessé avec l’occupation. « Un an après, les menaces, les tortures et les disparitions forcées continuent », affirme un activiste local. « Nous exigeons la fin de la guerre et de l’impunité. »

Une ville transformée en symbole de la souffrance

Sous le contrôle du M23, Goma n’est plus la même. La cité dynamique s’est muée en un théâtre de tueries, d’assassinats ciblés, de tortures et de violences sexuelles. Un climat de peur permanente et de profonde désolation y règne, alors que les pourparlers de paix, à Doha ou ailleurs, piétinent.

Un an après, Goma n’est pas libérée. Elle est seulement devenue le symbole le plus criant de l’échec des accords de paix et du coût humain insupportable d’une guerre qui, loin de s’éteindre, a simplement changé de visage. Pour ses habitants, chaque jour est un rappel que l’anniversaire de la chute n’est pas une fin, mais le début interminable d’une longue nuit.

Arrestations et pressions sur la famille de Corneille Nangaa

En République démocratique du Congo, la guerre à l’Est dépasse désormais le front militaire. Ses effets atteignent aussi les cercles familiaux. Depuis plusieurs semaines, une vague d’arrestations et de pressions vise les proches de Corneille Nangaa. L’ancien président de la CENI dirige aujourd’hui la rébellion AFC/M23.

Dernier cas signalé : Didier Ilaani Nangaa. Les services de l’Agence nationale des renseignements le détiennent depuis treize jours dans le Haut-Uele, selon plusieurs sources concordantes.

Les enquêteurs l’entendent dans un dossier de contentieux minier. L’affaire porte sur une concession d’exploration d’or. Ce type de dossier revient souvent dans les enquêtes visant l’entourage de Corneille Nangaa.

Selon les mêmes sources, les autorités rattachent cette arrestation à une enquête plus large. Ouverte depuis près de deux ans, elle cible de possibles réseaux de financement du M23. Elle concerne aussi la recherche de caches d’armes dans le territoire de Wamba, fief d’origine de la famille Nangaa.

Arrestations, exils et saisies : une famille sous étau

D’après des sources internes, la pression touche aujourd’hui l’ensemble du clan familial. Plusieurs mesures lourdes se cumulent.

D’abord, la justice militaire a condamné à mort quatre membres de la famille. Parmi eux figure Baseane Nangaa Putters, actuellement détenu à la prison militaire de Ndolo.

Ensuite, plusieurs proches ont quitté le pays. Yvette Lubanda, épouse de Corneille Nangaa, vit en exil. Fabrice Lubala, son beau-frère, a suivi le même chemin. De son côté, Christophe Baseane Nangaa, ancien gouverneur et sénateur, affirme avoir fui une arrestation à Kinshasa. Il s’est réfugié à Dubaï après la saisie de ses biens et le gel de ses comptes bancaires. Malgré cela, il se revendique toujours membre de la majorité présidentielle.

Par ailleurs, les services de sécurité détiendraient au moins une dizaine de neveux et de cousins. Une note interne évoque plusieurs centres de détention. En parallèle, des dizaines d’autres membres de la famille ont quitté la RDC ces deux dernières années.

Au final, ces actions dépassent le cadre d’une enquête classique. Elles dessinent une pression globale sur un cercle familial élargi. Elles interrogent aussi sur les méthodes utilisées par l’État congolais dans sa lutte contre le M23. Dans ce conflit, les lignes de front ne se limitent plus aux provinces de l’Est. Elles traversent désormais les familles et les réseaux de proximité.

Le gouvernement annonce un plan pour restaurer l’autorité de l’État à Uvira

Le gouvernement congolais a annoncé, ce lundi, le lancement d’un plan d’urgence pour restaurer l’autorité de l’État à Uvira, dans le Sud-Kivu. Cette annonce fait suite au retrait des forces rwandaises et du groupe M23 de cette ville stratégique, un départ que Kinshasa qualifie de manœuvre calculée et non d’un geste de paix.

Selon le communiqué officiel, ce retrait a été précédé de pillages systématiques, d’un « désordre prémédité » et de « pratiques de stigmatisation communautaire » ayant profondément déstabilisé la cohésion sociale locale. Pour les autorités congolaises, loin d’être une avancée, cette situation nécessite une intervention immédiate et multidimensionnelle pour panser les plaies laissées par l’occupation.

Un plan en trois axes : sécurité, justice, humanitaire

Le plan gouvernemental combine des mesures de sécurité, de justice et d’aide humanitaire. Les Forces armées de la RDC (FARDC) et la Police nationale (PNC) sont en train de réinvestir la ville « de manière progressive et ordonnée » avec pour mandat de rétablir l’ordre, protéger les civils et sécuriser les biens.

Parallèlement, le gouvernement dénonce une autre conséquence tragique de l’occupation : la déportation de civils, notamment des membres de la communauté banyamulenge. Kinshasa accuse les forces rwandaises et le M23 d’avoir contraint des populations à fuir, dans le but, selon lui, de les « instrumentaliser » comme prétexte pour justifier leur présence sur le sol congolais.

Un retrait « inacceptable » sans évacuation totale

Le ton du gouvernement est sans équivoque : la situation à Uvira ne signifie ni la fin de l’agression, ni une amélioration de la sécurité. Kinshasa réaffirme que la seule issue acceptable est le « retrait total, effectif et sans condition » de toutes les forces rwandaises et de leurs supplétifs de l’ensemble du territoire national. Cette exigence se base sur la résolution 2773 de l’ONU et les accords de Washington et de Doha.

L’exécutif appelle également la population au calme et à la responsabilité, tout en mettant en garde contre la désinformation et les discours de stigmatisation qui pourraient attiser les tensions communautaires.

Ce plan pour Uvira marque une phase critique : celle de la réparation après la bataille. Il teste la capacité de l’État à revenir, non seulement avec des soldats, mais aussi avec des services, de la justice et une vision pour restaurer la confiance dans une ville qui a payé un lourd tribut à la guerre.

Paix en RDC : l’UA dévoile son équipe de médiation

Lomé – Après deux jours de discussions serrées dans la capitale togolaise, l’Union africaine a dévoilé sa feuille de route la plus structurée à ce jour pour tenter de ramener la paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une « architecture de médiation » ambitieuse, présentée lundi 19 janvier, qui ressemble à un gouvernement de l’ombre dédié à la seule résolution du conflit le plus meurtrier du continent.

À sa tête, le président togolais Faure Gnassingbé, officiellement désigné médiateur de l’UA. Mais l’innovation réside dans la distribution des rôles, confiés à un directoire d’anciens présidents, chacun expert d’un domaine crucial. Une division du travail qui vise à éviter le saupoudrage et les doublons, fléaux des processus de paix précédents.

Le directoire des sages : une tâche pour chaque ancien président

L’organigramme, révélé par le ministre togolais des Affaires étrangères Robert Dussey, est précis :

  • Olusegun Obasanjo (Nigeria) : le poids lourd militaire. L’ancien chef d’État et général hérite du dossier le plus sensible : les questions militaires et de sécurité. C’est à lui de désamorcer la bombe des opérations sur le terrain.

  • Uhuru Kenyatta (Kenya) : le négociateur. Il est chargé du dialogue direct avec les groupes armés locaux, dont le M23, une mission périlleuse au cœur de la crise.

  • Sahle-Work Zewde (Éthiopie) : la voix humanitaire. L’ancienne présidente devra gérer l’urgence humanitaire et le sort des millions de déplacés.

  • Mokgweetsi Masisi (Botswana) : l’architecte économique. Il supervisera la coopération économique régionale, clef d’une paix durable au-delà du cessez-le-feu.

  • Catherine Samba-Panza (RCA) : la pilier sociétal. Elle prend en charge la société civile, la réconciliation nationale et l’inclusion des femmes.

Une machine à coordonner les bonnes volontés

Derrière ce directoire politique, une lourde machinerie technique est mise en place. Un Secrétariat conjoint indépendant rassemblera le Togo, la Commission de l’UA, la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL). Son rôle : assurer la coordination sur le terrain et éviter que chaque organisation ne tire dans une direction différente.

Enfin, l’Union africaine se réserve la coordination avec les partenaires internationaux incontournables mais parfois encombrants : les Nations unies, le Qatar, l’Union européenne, les États-Unis et les membres permanents du Conseil de sécurité.

Ce dispositif, né de la réunion des 16 et 17 janvier à Lomé, est une réponse directe au chaos des médiations parallèles (Doha, Washington, Luanda) et à l’échec des initiatives régionales précédentes. Il vise à imposer une cohérence continentale face à un conflit qui a trop souvent servi les intérêts de puissances extérieures.

Reste à savoir si cette belle architecture, dessinée sur le papier à Lomé, résistera aux réalités brutales des collines du Kivu et aux calculs géopolitiques des capitales régionales. Pour l’instant, l’UA vient de jouer sa carte la plus organisée. La partie décisive commence maintenant.

Crise RDC-Rwanda : sommet crucial des médiateurs à Lomé

Ce samedi, la capitale togolaise se transforme en salle de crise continentale. Autour d’une même table, sous l’égide discrète mais déterminée du président Faure Gnassingbé, vont se rencontrer les architectes éparpillés d’une paix qui n’arrive pas à naître. Lomé accueille une réunion de haut niveau sur la crise entre la RDC et le Rwanda, un sommet dans l’ombre qui pourrait être le dernier rempart avant un nouvel embrasement.

Le casting est sans précédent. Cinq anciens chefs d’État africains – Obasanjo, Kenyatta, Masisi, Samba-Panza, Zewde – devront rendre des comptes. Leur mission, confiée en mars dernier, est dans l’impasse. Face à eux, les médiateurs poids lourds du Qatar et des États-Unis, ainsi que les délégations de Kinshasa et Kigali. L’objectif est simple en apparence, immense dans les faits : coordonner enfin des efforts diplomatiques jusqu’ici parallèles, parfois contradictoires, et qui n’ont pas réussi à arrêter les armes.

Le constat d’un échec

Le décor a été planté plus tôt dans la semaine. Le président congolais Félix Tshisekedi était en visite « d’amitié et de travail » à Lomé. Avec son homologue togolais, médiateur désigné par l’Union africaine, il a dressé un constat amer : malgré un an de pourparlers, de rencontres à Washington et à Doha, la désescalade sur le terrain est un mirage. Les violences persistent, les groupes armés progressent, et la confiance entre Kinshasa et Kigali est au plus bas.

« Il faut rendre plus lisibles les différentes pistes diplomatiques », ont insisté les deux présidents. En clair, mettre de l’ordre dans ce qui ressemble à une tour de Babel. Car chaque acteur – Américains, Qataris, Africains de l’Est, Africains du Sud – avance avec son propre script, tandis que la population du Kivu, elle, ne voit arriver que le bruit des combats.

La pression du compte à rebours

Pour Faure Gnassingbé, l’enjeu est aussi personnel. Il doit présenter un rapport au prochain sommet de l’Union africaine. Un rapport qui, pour l’instant, ne pourrait qu’acter l’échec relatif des facilitations. Ce samedi, il attend des anciens présidents des propositions urgentes, concrètes, applicables immédiatement. Des mesures de dernier recours pour désamorcer une bombe à retardement humanitaire et sécuritaire.

La réunion de Lomé n’est donc pas une énième causerie diplomatique. C’est une tentative d’ultime cohérence. Une course contre la montre pour éviter que les processus de paix ne meurent d’avoir été trop nombreux, et pour empêcher que la région des Grands Lacs ne sombre un peu plus dans le chaos.

L’espoir, ténu, repose sur cette rare confluence de volontés autour d’une même table à Lomé. Mais l’histoire récente enseigne une dure leçon : dans l’Est congolais, les routes de la paix sont souvent des chemins qui ne mènent nulle part. Samedi, à Lomé, on tentera d’en tracer une nouvelle, avant qu’il ne soit trop tard.

RDC-Zambie : La 14e Commission Défense-Sécurité s’ouvre à Lubumbashi

Dans une salle de conférence aux rideaux tirés, à quelques centaines de kilomètres des foyers de tension de l’Est du pays, un dialogue crucial s’est ouvert ce mardi 13 janvier. Des hommes en uniforme et en costume ont lancé la 14e session de la Commission permanente mixte Défense et Sécurité entre la RDC et la Zambie, à Lubumbashi.

Cette rencontre porte le poids d’un contexte régional lourd et urgent. En effet, la stabilité de la frontière commune est mise à rude épreuve par des menaces persistantes. Dans ce cadre, l’enjeu dépasse la simple coopération protocolaire.

Une frontière commune sous pression sécuritaire

Pendant quatre jours, du 13 au 16 janvier 2026, experts et ministres des deux pays voisins vont tenter de renforcer un filet sécuritaire fragile. Leur objectif est clair : sécuriser une frontière longue et stratégique. Celle-ci n’est pas qu’une ligne sur une carte. Elle est aussi un corridor vital. Toutefois, elle demeure une zone de vulnérabilité.

Dès l’ouverture, le ton a été donné par le général Jean Baelongandi Iteku, chef de la délégation congolaise. Face à ses homologues zambiens, il n’a pas esquivé la réalité. Selon lui, la session se tient dans un « contexte sécuritaire préoccupant ». Il a également évoqué « l’agression » que subit la RDC dans sa partie orientale.

Ainsi, l’objectif affiché est sans ambiguïté : transformer une frontière partagée en un rempart commun.

Une coopération structurée entre experts et ministres

La mécanique de cette commission est bien huilée. D’abord, les travaux techniques sont menés par des experts. Ceux-ci sont co-pilotés par le général Iteku pour la RDC et Makambo Haamaundu, secrétaire permanent à la Défense pour la Zambie. Leur mission consiste à analyser les menaces, identifier les failles et proposer des réponses concrètes.

Ensuite, jeudi 15 janvier, le relais sera pris au niveau ministériel. Autour de la table siégeront le Vice-Premier ministre congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, Shabani Lukoo Bihango Jacquemain, ainsi que le ministre zambien de la Défense, Ambrose Lwijii Lufuma. Leur rôle sera décisif. Ils devront traduire les recommandations techniques en engagements politiques forts.

À l’issue des travaux, un communiqué conjoint viendra sceller ces engagements.

Trois piliers pour une sécurité partagée

Les discussions s’articulent autour de trois sous-commissions clés. D’abord, la Sécurité publique, pilier de la lutte contre la criminalité transfrontalière. Ensuite, la Défense, garante de la souveraineté et de la réponse aux agressions. Enfin, la Sécurité de l’État, rempart contre les menaces visant les institutions.

Par ailleurs, dans les couloirs, plusieurs pistes sont évoquées. Il s’agit notamment du renforcement des patrouilles mixtes, de l’échange de renseignements en temps réel et de mécanismes de réponse coordonnée. Car dans cette région, les crises ignorent les frontières administratives.

Pendant que la diplomatie s’active à Lomé et à Abu Dhabi sur les dossiers climatiques et régionaux, la rencontre de Lubumbashi agit dans l’ombre. Pourtant, son impact est immédiat. C’est ici, dans le concret des protocoles et des résolutions, que se joue la stabilité quotidienne.

Reste une question centrale : cette 14e session restera-t-elle un simple exercice technique ? Ou marquera-t-elle le tournant décisif vers une alliance sécuritaire plus solide ? La réponse dépendra, avant tout, de la fermeté des résolutions adoptées et de la volonté de les appliquer sur le terrain.

Gladis Kingombe interpelle l’AFC/M23 et appelle à la paix

Gladis Kingombe Matabishi, leader du MCD, exprime sa profonde désolation face à la rébellion de l’AFC/M23. Dans une lettre ouverte à Corneille Nangaa, il déplore la chute de Goma, Bukavu et des zones voisines dans les provinces du Nord et Sud-Kivu.

L’entrepreneur et réformiste explique qu’il a quitté Goma. Il refuse la lutte armée et prône une approche pacifique. De plus, il témoigne des pertes subies : son entreprise est passée de 57 à 13 employés et ses revenus ont fortement diminué.

Condamnation des abus et des manipulations

Dans sa lettre, Gladis Kingombe dénonce plusieurs pratiques des rebelles :

  • Ils réservent les bénéfices économiques aux seuls collaborateurs de l’AFC/M23.

  • Ils recrutent de force des jeunes dans l’armée rebelle.

  • Ils commettent des tueries et sabotages visant des civils innocents.

En outre, il met en garde Corneille Nangaa contre l’influence rwandaise et rappelle que ceux qui s’opposent à cette direction prennent des risques importants.

Appel au dialogue national et au fédéralisme pacifique

Gladis Kingombe invite l’AFC/M23 à déposer les armes et à rejoindre le dialogue national. Cela permettrait de libérer les territoires congolais et de construire une solution inclusive.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/afc-m23-mediation-de-luanda-la-paix-se-perd-elle-dans-trop-de-processus/

De plus, il insiste : le fédéralisme et la reconnaissance des Rwandophones et Tutsis congolais ne doivent pas servir la violence. Selon lui, seule la paix et le dialogue garantissent la stabilité et la justice pour tous.

Conclusion : la voix de la raison au cœur du conflit

Alors que la rébellion continue de semer la désolation dans l’Est de la RDC, la lettre de Gladis Kingombe envoie un message clair : la violence ne doit pas servir la domination ni l’influence étrangère. Le chemin vers la paix passe par le dialogue et le respect des droits de tous les citoyens.

Kinshasa prépare la paix… mais n’exclut plus la dissuasion

La déclaration d’Adolphe Muzito résonne comme un avertissement stratégique au régime rwandais dans un contexte régional déjà explosif. Le vice-Premier ministre du Budget a clairement indiqué que la RDC, tout en privilégiant la voie diplomatique, ne restera pas passive face aux violences persistantes dans l’Est du pays. « Nous ne sommes pas naïfs », a-t-il affirmé, rappelant que Kinshasa a choisi la paix, mais que cette patience a des limites.

Pour Muzito, les engagements non respectés par Kigali pourraient pousser la RDC à activer ses leviers financiers et militaires. « Si les Rwandais ne veulent pas comprendre, nous nous préparons véritablement », a-t-il averti, avec un ton inhabituellement ferme pour un membre du gouvernement.

Une dissuasion budgétaire assumée

L’originalité de sa posture réside dans l’argument budgétaire. Le pays disposerait d’un budget national de plus de 22 milliards de dollars, permettant de consacrer une enveloppe de 5 milliards pour soutenir un effort militaire sur plusieurs années, sans compromettre le fonctionnement de l’État. Cette capacité transforme l’arsenal économique en instrument de dissuasion politique, signalant à Kigali que la RDC peut concrétiser ses menaces si la paix reste un mirage.

« Nous ne dépendons plus exclusivement de l’aide extérieure », insiste Muzito, soulignant la maturité économique du pays, avec un PIB avoisinant les 110 milliards de dollars et une pression fiscale en progression.

Paix conditionnelle et souveraineté

Cependant, la préparation à la guerre ne signifie pas un rejet de la diplomatie. Muzito rappelle que la RDC reste ouverte à une coopération régionale, y compris avec le Rwanda, à condition que la souveraineté nationale soit respectée. « Nous sommes ouverts à l’exploitation des richesses du Congo par le Rwanda, mais d’une manière légale », précise-t-il.

Le vice-Premier ministre établit également un lien direct entre l’instabilité et la prédation économique, soulignant que mettre fin à la guerre ou s’y préparer sérieusement permettrait à Kinshasa de reprendre le contrôle sur ses ressources stratégiques, notamment les minéraux.

Avec cette déclaration, Kinshasa envoie un double message : la RDC reste engagée sur la voie de la paix, mais elle n’hésitera pas à transformer la patience en puissance, si ses voisins persistent à ignorer ses appels à la stabilité et au respect de la légalité régionale.

Félix Tshisekedi soutient l’initiative de l’UA et exige un cessez-le-feu immédiat à l’Est

Le président de la République démocratique du Congo, Félix Tshisekedi, a réaffirmé son soutien total à l’initiative de médiation du président angolais João Lourenço. Ce dernier assure également la présidence en exercice de l’Union africaine.

Face à la recrudescence des violences dans l’est du pays, le chef de l’État congolais exige un « cessez-le-feu immédiat et inconditionnel ». Il a réitéré cette position à l’issue d’un échange direct avec son homologue angolais.

Félix Tshisekedi a salué l’implication « constante » de João Lourenço dans la recherche de la paix. Il a assuré que Kinshasa était prête à s’engager sans délai en faveur d’un arrêt des combats.

Une médiation inscrite dans les cadres existants

Le président congolais a tenu à lever toute ambiguïté. Selon lui, cette initiative ne crée aucun nouveau cadre de négociation. Elle s’inscrit dans la continuité des efforts déjà engagés.

Il a cité notamment les accords de Luanda et le processus de Washington. « Il n’est absolument pas question d’un nouveau processus », a-t-il insisté. Il a, en outre, dénoncé des interprétations qu’il juge « malveillantes ».

Pour Félix Tshisekedi, João Lourenço agit sans agenda caché. Il œuvre uniquement pour la paix et la stabilité régionale.

Kinshasa dans l’attente des conclusions de la médiation

Le soutien de la RDC reste désormais suspendu aux conclusions officielles des consultations en cours. Kinshasa attend un retour formel de la médiation angolaise.

Cette prise de position place la responsabilité sur les groupes armés. Elle vise en particulier le M23 et leurs soutiens présumés. Le message est clair : répondre à l’appel au cessez-le-feu.

Dans un contexte de fortes tensions sécuritaires et diplomatiques, cette déclaration confirme la ligne de Kinshasa. La RDC privilégie une solution diplomatique, tout en exigeant l’arrêt immédiat des violences contre les civils.

Goma, la mise en scène de trop : quand la propagande du M23 se heurte à la mémoire des morts

Ce jeudi 8 janvier 2026, Goma a été le théâtre d’une scène qui a glacé plus d’un Congolais. Sous couvert d’un hommage aux civils tués lors de bombardements, l’AFC/M23 a tenté d’imposer un récit : celui d’un mouvement protecteur des populations, face à un État congolais présenté comme bourreau. Une mise en scène de plus dans une guerre où les armes parlent, mais où les mots tentent désormais de laver le sang.

Car derrière les discours solennels, les bougies et les déclarations de compassion, une question demeure : peut-on pleurer des victimes quand on est accusé d’avoir contribué à leur mort ?

La mémoire contre la propagande

Les chiffres ne sont pas abstraits. Près de 10 000 morts à Goma en quelques jours. Plus de 300 civils hutu massacrés à Rutshuru en juillet dernier. Plus de 1 500 victimes recensées entre Kamanyola et Uvira. Des fosses communes, des corps abandonnés sur les routes, des villages vidés de leurs habitants. Ce ne sont pas des slogans, ce sont des réalités documentées, visibles, connues.

Aucune cérémonie, aussi soigneusement scénarisée soit-elle, ne peut effacer ces traces. Aucune déclaration ne peut transformer les charniers en erreurs de communication. La douleur des survivants ne se réécrit pas.

Une guerre des récits, mais une réalité têtue

Dans son communiqué, l’AFC/M23 a affirmé vouloir défendre le droit à la vie, à la sécurité et à la dignité. Une rhétorique qui contraste violemment avec les accusations répétées de soutien militaire rwandais, de massacres ciblés et de violations massives des droits humains.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a dénoncé une tentative grossière de diversion, rappelant que ces crimes ne sont ni accidentels ni isolés, mais s’inscrivent dans une logique planifiée. Pour Kinshasa, la responsabilité est claire : le Rwanda et le M23, décrits comme « père et fils », auraient conçu, ordonné et exécuté ces violences.

La justice comme horizon, malgré tout

Ce qui se joue à Goma dépasse une simple bataille de communication. Il s’agit d’une lutte pour la mémoire, pour la vérité, pour la reconnaissance des victimes. Documenter, nommer, conserver les preuves devient un acte de résistance face à l’effacement.

La promesse de justice reste lointaine, incertaine, mais elle demeure l’unique réponse crédible face à l’horreur. Les morts ne parlent plus. Les vivants, eux, refusent d’oublier.

Et dans cette guerre des récits, une certitude persiste : on peut manipuler les images, mais pas les tombes.

Le capitaine Anthony Mualushayi porte-parole de l’armée rappelé après ses révélations sur le conflit dans le Grand Bandundu

Il y a une semaine, le capitaine Anthony Mualushayi s’est exprimé devant les médias. Sa voix est restée calme. En revanche, ses mots ont pesé lourd. Porte-parole des opérations Ngemba dans le Grand Bandundu, il a dénoncé un fait grave. Selon lui, des acteurs politiques soutiennent la milice Mobondo de manière structurée.

Il a décrit une emprise territoriale inquiétante. À Kwamouth, certains villages ont même changé de nom. Peu après cette sortie, l’armée congolaise a franchi un cap. Elle a officiellement requalifié le mouvement Mobondo en groupe rebelle.

Aujourd’hui, le capitaine Mualushayi se trouve à Kinshasa. Sa hiérarchie l’a rappelé, selon nos informations. Officiellement, rien d’anormal. Toutefois, sur le terrain, le doute domine. Dans la communauté meurtrie du plateau de Bateke, personne n’y croit vraiment. Beaucoup parlent d’une tentative de silence.

Un rappel à Kinshasa qui dérange sur le terrain

Pour les victimes et les leaders locaux, ce retour n’a rien d’anodin. Ils y voient une pression. Certains évoquent même une volonté d’étouffer une vérité gênante. Le malaise grandit. La méfiance aussi.

La réaction ne s’est pas fait attendre. Elle est venue du cœur de la zone en crise.

« Ce sont les commanditaires qu’il faut interpeller »

Le chef coutumier de Kwamouth, Stany Libie, a pris la parole. Son message est direct. « Ce sont les commanditaires des Mobondo qu’il faut interpeller, pas celui qui les dénonce », a-t-il déclaré. Sa colère reflète celle d’une population épuisée.

Il met aussi en garde. Toute tentative d’arrestation du porte-parole militaire pourrait aggraver la situation. Selon lui, les FARDC mènent de réels efforts pour mettre fin à cette rébellion. Il parle d’un mouvement « monté de toutes pièces par des politiciens ». Dans ce contexte, le rappel de Mualushayi ressemble à un coup dur.

Ce déplacement précipité relance donc un débat sensible. D’un côté, la transparence de la communication militaire. De l’autre, les pressions politiques invisibles qui pèsent sur les opérations.

Une question s’impose désormais. Qui cherche-t-on à protéger en éloignant l’officier qui a parlé ? Le silence calmera-t-il les tensions ? Ou confirmera-t-il les soupçons d’une population déjà sceptique ?

À Kwamouth comme à Kinshasa, une certitude demeure. L’histoire racontée par le capitaine Mualushayi ne fait que commencer. Elle vient de prendre un tournant décisif. Et peut-être dangereux.