James Swan à Goma : le chef de la MONUSCO pose ses conditions pour le cessez-le-feu

Goma, vendredi 24 avril 2026. L’avion du chef de la MONUSCO a traversé le ciel du Nord-Kivu et s’est posé sur la piste de l’aéroport international. Celle-là même qui est fermée depuis des mois. Celle-là même dont les rebelles et Kinshasa se renvoient la responsabilité. James Swan, Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, est arrivé. Il vient de Beni, d’Eringeti, de Bunia, de Fataki. Il a arpenté les territoires martyrisés de l’Est. Mais cette étape à Goma, sous contrôle de l’AFC/M23, est la plus délicate. La plus symbolique aussi.

À peine descendu de l’appareil, le diplomate onusien a fixé le cap. Pas de discours creux. Pas de formules convenues. Il est venu pour une seule chose : faire appliquer le cessez-le-feu.

« Ma présence ici vise d’abord à rencontrer nos équipes, à écouter leurs analyses, à échanger avec les autorités de facto », a-t-il déclaré.

Autorités de facto. L’expression est choisie. Elle désigne sans les nommer les hommes de l’AFC/M23 qui tiennent Goma et une large portion du Nord-Kivu. Swan ne vient pas leur faire la leçon. Il vient négocier les conditions d’une paix possible.

Quatre conditions, quatre lignes rouges

Le message de James Swan a été aussi clair qu’un ultimatum. Pour que le cessez-le-feu tienne, pour que le mécanisme conjoint élargi de vérification (EJVM+) puisse opérer, quatre conditions indispensables doivent être réunies :

  1. La cessation de l’usage de drones offensifs – ces oiseaux de mort qui frappent sans prévenir, comme celui qui a tué l’humanitaire française Karine Buisset le 11 mars à Goma.

  2. La fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS – ce spoofing qui perturbe les vols humanitaires et militaires, transformant le ciel en piège.

  3. La pleine liberté de mouvement pour le personnel et les moyens de la MONUSCO – plus de 37 incidents d’entrave enregistrés au Nord-Kivu entre janvier et mars 2026.

  4. L’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien – à commencer par celui de Goma, fermé, miné, pillé, mais indispensable pour les évacuations et l’aide humanitaire.

« Nous comptons sur la coopération de tous les belligérants pour avancer », a prévenu Swan.

Une visite qui suit Montreux

Cette descente à Goma n’est pas un coup de tête. Elle survient une semaine après les pourparlers de Montreux, où Kinshasa et l’AFC/M23 ont discuté pendant neuf rounds. Des avancées ont été enregistrées sur l’accès humanitaire et la libération des prisonniers. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste bloqué.

Swan a salué ces « avancées » et encouragé les parties à maintenir leur engagement. Mais il sait que les mots des diplomates ne pèsent pas lourd face aux balles des combattants.

C’est pourquoi il a tenu à venir sur place. Voir. Écouter. Évaluer.

Goma, ville otage

Goma est une ville étranglée. Privée de son aéroport, elle vit au ralenti. Les humanitaires peinent à acheminer leurs vivres. Les malades ne peuvent pas être évacués. Les commerçants voient leurs marchandises pourrir dans les entrepôts de Kampala.

Et au-dessus du volcan Nyiragongo, le ciel est vide. Pas un avion. Pas un espoir.

Swan le sait. C’est pourquoi il a insisté sur l’utilisation sûre des aéroports. Pas seulement pour les Casques bleus. Pour les civils. Pour les enfants qui meurent de choléra faute de soins. Pour les familles déplacées qui attendent une aide qui n’arrive pas.

Un mandat renforcé, des moyens colossaux

James Swan n’est pas un chef de mission ordinaire. Il prend les rênes de la MONUSCO à un moment charnière. Contrairement aux mandats précédents, la résolution 2808 du Conseil de sécurité marque une pause dans le désengagement progressif de la mission.

Pourquoi ? Parce que la situation sécuritaire s’est dégradée. En Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu. Partout.

Les chiffres donnent le vertige : 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers, 1 270 membres d’unités de police constituées. Une armée bleue déployée pour protéger les civils, surveiller le cessez-le-feu, et soutenir les processus de paix.

La résolution 2808 intègre également les cadres diplomatiques récents : l’Accord de paix de Washington (juin 2025 entre la RDC et le Rwanda) et l’Accord de paix de Doha (novembre 2025). La MONUSCO est appelée à jouer un rôle accru dans le suivi et la vérification du cessez-le-feu.

Mais pour cela, il faut que les conditions sur le terrain le permettent.

Une condamnation sans équivoque

La résolution 2808 ne fait pas dans la dentelle. Elle condamne fermement l’offensive du M23 au Sud-Kivu, avec le soutien de la Force de défense rwandaise, en particulier la prise d’Uvira. Elle exige que le M23 cesse son offensive et fasse marche arrière. Elle exige que le Rwanda retire ses troupes du territoire congolais.

Parallèlement, elle exige que les FARDC cessent leur soutien aux FDLR et poursuivent la neutralisation de ces groupes.

Un équilibre délicat. Une injonction à double tranchant.

Swan, l’homme de la dernière chance ?

À Goma, ce vendredi, James Swan a rencontré les équipes de la MONUSCO. Il a écouté leurs analyses. Il s’est entretenu avec les autorités de facto. Il a examiné les conditions concrètes dans lesquelles la mission peut poursuivre son mandat.

Il repartira avec un diagnostic. Et, espère-t-il, des engagements.

« À travers cette visite, nous espérons renforcer la dynamique en faveur de la désescalade, redonner espoir aux habitants de la région et appuyer la mise en œuvre du cessez-le-feu pour une paix durable dans l’Est de la RDC », a-t-il conclu.

Redonner espoir. L’ambition est immense. Car à Goma, l’espoir est une denrée rare, plus précieuse que l’or, plus rare que l’eau potable.

Accord RDC-Rwanda : 5e réunion à Washington, les partenaires réaffirment leur soutien

Washington, jeudi 23 avril 2026. Dans les salons feutrés de la diplomatie américaine, une réunion discrète mais cruciale s’est tenue. La 5e réunion du comité conjoint de surveillance de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda. Autour de la table : Kinshasa, Kigali, et leurs principaux partenaires internationaux. Objectif : vérifier que l’engagement solennel pris le 27 juin 2025 tient encore ses promesses.

L’accord de paix signé il y a près d’un an – sous l’égide des États-Unis – avait été salué comme une avancée historique. Deux voisins ennemis, déchirés par des décennies de conflits, d’accusations mutuelles et d’ingérences, acceptaient enfin de dialoguer. Mais sur le terrain, les tensions n’ont jamais vraiment disparu. Et l’Est de la RDC continue de brûler.

Cette 5e réunion du comité conjoint de surveillance était donc attendue comme un test de vérité.

État des lieux : des progrès, mais des défis persistants

Selon le communiqué final, les deux délégations ont fait le point sur leurs efforts respectifs pour réduire les tensions et améliorer la situation sécuritaire, « particulièrement dans l’est de la RDC ». Une formulation diplomatique pour désigner une réalité sanglante : les groupes armés, les déplacés, les massacres de civils.

Les partenaires internationaux – États-Unis en tête, mais aussi le Togo (médiateur de l’Union africaine) et la Commission de l’Union africaine – ont réaffirmé leur soutien. Avec un message implicite : nous vous surveillons, nous vous aidons, mais nous n’accepterons pas l’immobilisme.

Doha dans toutes les têtes

Le comité a également suivi les évolutions du processus de Doha. Ces négociations entre Kinshasa et l’AFC/M23, menées sous médiation qatarie, sont devenues l’autre volet indispensable de la paix. Car on ne peut pas stabiliser l’Est sans inclure ceux qui tiennent une partie du terrain.

Le Qatar, présent à Washington, a présenté l’état des pourparlers. Le bilan, sans être triomphaliste, a été « salué » par les participants. Les discussions de Montreux – le neuvième round – ont permis des avancées sur l’accès humanitaire et le mécanisme de surveillance du cessez-le-feu. Mais l’aéroport de Goma, lui, reste toujours fermé.

Un soutien renouvelé, des attentes élevées

Les partenaires ont « réaffirmé leur soutien au processus de paix ». Mais cette formule diplomatique cache des attentes précises : que Rwanda et RDC cessent leurs soutiens respectifs aux groupes armés (FDLR d’un côté, M23 de l’autre). Que le cessez-le-feu soit respecté sur le terrain. Que les populations civiles soient protégées.

Le communiqué final se veut optimiste. Il parle d’« engagement renouvelé à poursuivre la mise en œuvre de l’accord et à consolider la stabilité dans la région des Grands Lacs ». Une déclaration de bonnes intentions.

Mais à Goma, à Bunagana, à Rutshuru, les habitants savent que les accords de paix s’écrivent avec des stylos, mais se brisent avec des balles.

Washington, plaque tournante de la diplomatie régionale

Le choix de Washington comme lieu de rencontre n’est pas anodin. Les États-Unis sont le principal garant de l’accord RDC-Rwanda. Ils ont investi une immense crédibilité diplomatique dans ce processus. Et ils n’ont aucune envie de voir cet échafaudage s’effondrer.

Mais les marges de manœuvre américaines sont limitées. L’administration Trump, focalisée sur ses priorités intérieures et ses défis extérieurs, ne peut pas consacrer une énergie illimitée aux Grands Lacs. Les partenaires africains – Togo, Union africaine, Qatar – sont donc appelés à prendre le relais.

Une paix à réinventer chaque jour

La 5e réunion du comité conjoint de surveillance s’est achevée sans fracas. Ni annonce choc, ni rupture, ni avancée spectaculaire. Une réunion de suivi, technique, presque routinière.

Mais dans la région des Grands Lacs, la paix ne se gagne jamais définitivement. Elle se reconquiert chaque jour. Ce comité existe précisément pour cela : éviter que les engagements pris ne tombent aux oubliettes, que les tensions ne remontent, que la guerre ne reparte de plus belle.

Prochaine étape : la 6e réunion, dans quelques mois. D’ici là, les diplomates retourneront dans leurs capitales. Les soldats, dans leurs tranchées. Et les civils, dans leurs peurs.

Opération Ndobo : trois présumés braqueurs devant la justice, Shabani assiste à l’audience

Ce jeudi 23 avril 2026, la maison communale de Barumbu a changé de visage. Plus de mariages, plus de déclarations de naissance. À la place : des militaires en treillis, des magistrats en toge, et trois hommes menottés. L’opération « Ndobo » – « l’hameçon » en lingala – continue de débusquer les criminels des bas-fonds de Kinshasa. Trois présumés braqueurs, arrêtés le 9 avril dernier, ont comparu devant le tribunal militaire de Kinshasa/Gombe, siégeant en audience foraine. Dans la salle, un invité de marque : le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.

L’affaire a débuté il y a deux semaines. Le 9 avril, à la faveur d’une opération coup de poing, la Police nationale congolaise (PNC) interpellait trois individus soupçonnés d’appartenir à un réseau de braquage actif dans la capitale. Des armes de guerre, selon les premiers éléments de l’enquête, auraient été saisies.

Aujourd’hui, le tribunal militaire leur ouvre ses portes. Les poursuites sont lourdes : association de malfaiteurs, détention illégale d’armes de guerre, vol à main armée. Trois chefs d’accusation qui, en RDC, peuvent conduire loin.

Shabani en première ligne

La présence du VPM Jacquemain Shabani à cette audience n’est pas un hasard. Depuis sa prise de fonctions, le ministre de l’Intérieur a fait de la lutte contre la criminalité urbaine une priorité absolue. L’opération « Ndobo » est son bébé. Un hameçon lancé dans les eaux troubles de Kinshasa pour en remonter les poissons les plus dangereux.

En assistant à cette audience foraine, Shabani envoie un triple message.

Aux criminels : la traque continue et la justice passera.
À la police : le politique soutient vos actions.
À la population : regardez, nous agissons.

L’audience d’instruction se poursuivra ce vendredi 24 avril. Le temps de confronter les témoignages, d’examiner les preuves, de décider d’un éventuel renvoi devant le tribunal de grande instance.

L’opération Ndobo, une réponse à l’insécurité chronique

Kinshasa, ville de près de 20 millions d’habitants, est aussi une capitale de la débrouille, de l’économie informelle, et parfois de la violence. Les braquages à mains armées, les gangs qui sèment la terreur dans les quartiers populaires, les règlements de comptes : autant de fléaux que l’opération Ndobo entend réduire.

Lancée il y a plusieurs semaines, elle a déjà permis de nombreuses interpellations. Mais les critiques aussi se font entendre : certains dénoncent des bavures, des arrestations arbitraires, une justice expéditive. Le gouvernement répond en montrant des prévenus, des armes saisies, des procès en bonne et due forme.

Un test pour la justice militaire

La tenue d’une audience foraine à Barumbu – en plein cœur d’un quartier populaire – n’est pas anodine. Elle permet à la justice de se déplacer vers les justiciables, de rendre le processus plus visible, plus pédagogique. Mais elle souligne aussi l’engorgement des juridictions ordinaires, contraintes de céder la place aux tribunaux militaires pour des affaires qui, en théorie, relèvent du droit commun.

Les prévenus, eux, ont droit à une défense. Le procès ne fait que commencer. Mais le symbole, lui, est déjà là : à Kinshasa, les braqueurs ne dormiront plus tranquilles.

Aéroport de Goma : l’AFC/M23 accuse Kinshasa de bloquer sa réouverture

Goma, mercredi 22 avril 2026. La délégation de l’AFC/M23 rentre de Montreux. Les discussions avec Kinshasa s’enchaînent. Pourtant, un point bloque encore : l’aéroport international de Goma reste fermé. Face à la presse, Benjamin Mbonimpa accuse directement Kinshasa. Selon lui, le pouvoir central maintient la fermeture, alors que l’infrastructure est aujourd’hui inutilisable.

D’emblée, le ton est donné. « Tout dépend de Kinshasa », insiste-t-il. En parallèle, il souligne un problème technique majeur : la piste est détruite et minée. Autrement dit, même une réouverture rapide paraît difficile.

Un blocage à la fois politique et technique

D’un côté, Kinshasa contrôle toujours l’espace aérien. De l’autre, l’AFC/M23 affirme ne pas s’opposer à une réouverture. Cependant, la confiance manque. Et sans garanties, rien n’avance.

Selon Mbonimpa, les FARDC auraient laissé un site inutilisable. Il évoque une piste endommagée, des équipements détruits et une tour de contrôle hors service. En clair, tout est à reconstruire.

Trois obstacles freinent donc toute décision. D’abord, la technique : il faut réparer et déminer. Ensuite, la sécurité : chaque camp craint une utilisation militaire. Enfin, l’administration : personne ne s’accorde sur le contrôle du site.

Montreux : des avancées, mais un dossier bloqué

Les pourparlers organisés à Montreux, sous médiation qatarie, devaient débloquer la situation. Sur certains points, les discussions progressent. Par exemple, les parties s’entendent sur l’accès humanitaire. Elles avancent aussi sur la libération des prisonniers.

En revanche, l’aéroport reste un sujet sensible. À la dernière minute, Kinshasa aurait repoussé le dossier. Officiellement, les autorités veulent d’abord rétablir leur contrôle sur la zone. Pour l’AFC/M23, cette position bloque tout.

Malgré cela, Mbonimpa insiste : son mouvement veut discuter. Toutefois, il exige des garanties claires. Il craint que l’aéroport serve à des opérations militaires contre ses positions.

Une promesse internationale toujours en attente

Le dossier dépasse désormais les acteurs locaux. Le 30 octobre 2025, Emmanuel Macron annonçait à Paris une réouverture humanitaire de l’aéroport. L’objectif était simple : faciliter l’aide et les évacuations médicales.

Depuis, rien n’a changé. Sur le terrain, les humanitaires s’impatientent. Les marchandises restent bloquées. Les patients attendent des évacuations qui n’arrivent pas.

Pendant ce temps, les populations subissent. Elles vivent sans accès rapide à l’aide. Et surtout, elles restent prises entre deux logiques opposées.

Un test majeur pour le processus de paix

Aujourd’hui, l’aéroport de Goma symbolise plus qu’une infrastructure. Il incarne la capacité des acteurs à coopérer. Sans accord, aucune reprise durable n’est possible.

L’AFC/M23 se dit prête à avancer. Kinshasa temporise. Entre les deux, les médiateurs multiplient les pressions. Mais sur le terrain, rien ne bouge encore.

Résultat : la piste reste fermée. Et à Goma, les habitants continuent de regarder un ciel vide, en attendant un signal concret de paix.

RDC-Turquie : Kabombo reçu par son homologue Güler à Ankara – les FARDC se dotent de l’expertise militaire turque

Ankara, mardi 21 avril 2026. Les honneurs militaires résonnent sous le ciel turc. Me Guy Kabombo Muadiamvita, vice-Premier ministre et patron de la Défense nationale congolaise, a été reçu avec la pompe due aux grands alliances. Son hôte : Yaşar Güler, son homologue turc, au ministère de la Défense nationale. En toile de fond, une ambition partagée par deux chefs d’État – Recep Tayyip Erdoğan et Félix Antoine Tshisekedi – : faire des FARDC une armée moderne, capable de relever les défis sécuritaires de l’Est congolais.

Ce n’est pas une première rencontre. Les deux hommes se connaissent. Ils ont déjà croisé leurs dossiers, échangé leurs experts, signé des accords. Mais cette visite, inscrite dans le prolongement direct du partenariat stratégique entre Kinshasa et Ankara, a une saveur particulière. Elle intervient à un moment où la RDC cherche désespérément à accélérer la montée en puissance de ses forces armées, confrontées sur le terrain à des groupes armés bien équipés et à une ingérence étrangère persistante.

Un tête-à-tête, puis les experts

Le protocole a été respecté. D’abord, un huis clos entre Kabombo et Güler. Un moment privilégié pour aborder les sujets sensibles, ceux qu’on ne dit pas devant les caméras. Ensuite, les deux hommes ont rejoint leurs équipes d’experts sectoriels. Objectif : passer des paroles aux actes, des accords aux réalisations concrètes.

Le message de Kinshasa est clair : la RDC ne veut plus seulement acheter des armes. Elle veut monter en compétence. Se former. Transférer des technologies. Et, à terme, développer sa propre industrie de défense.

Trois axes stratégiques pour un partenariat d’avenir

Le partenariat entre la RDC et la Turquie repose sur trois piliers. Guy Kabombo les a rappelés avec solennité :

  1. La capacitation militaire opérationnelle : former les soldats congolais, améliorer leur savoir-faire sur le terrain, leur apprendre à utiliser les équipements modernes.

  2. Le transfert des compétences : faire venir des experts turcs, envoyer des officiers congolais se former en Turquie, créer une dynamique d’échange durable.

  3. L’accompagnement progressif du déploiement de l’industrie de défense nationale congolaise : le point le plus ambitieux. Kinshasa ne veut plus dépendre éternellement de l’extérieur. Elle veut, à terme, produire ses propres munitions, entretenir ses propres équipements, voire fabriquer du matériel militaire.

Un contrat AFRIDEX-MKE : le tournant décisif

Kabombo ne cache pas sa satisfaction. Il se félicite particulièrement de la signature du contrat entre AFRIDEX, l’entreprise publique congolaise dédiée à la défense, et MKE (Makine ve Kimya Endüstrisi), l’un des fleurons de l’industrie militaire turque. Un accord qu’il qualifie de « tournant décisif » dans le renforcement des équipements militaires au profit des FARDC.

Mais le VPM congolais ne s’arrête pas là. Il a plaidé pour l’accélération de la mise en œuvre des accords signés en 2022. Ceux-ci portent, d’une part, sur l’industrie de la défense, et d’autre part, sur un protocole d’aide financière. Autrement dit : les textes existent. Il faut maintenant que les moyens suivent.

La Turquie dit oui, mais à quel prix ?

De son côté, Yaşar Güler a exprimé la volonté de la Turquie d’accompagner la RDC dans la modernisation de son appareil de défense. Tout en développant, précise-t-il, des initiatives « mutuellement bénéfiques ». La formule diplomatique cache une réalité : Ankara n’est pas une œuvre de charité. La Turquie vend son expertise, ses drones, ses équipements. Et elle attend, en retour, des contreparties – économiques, diplomatiques, ou stratégiques.

Rien d’anormal dans les relations internationales. Mais Kinshasa devra veiller à ne pas troquer une dépendance contre une autre.

Une visite guidée chez MKE, et un hommage à Atatürk

Après les discours et les poignées de main, place au terrain. Le VPM congolais a effectué une visite guidée de la société MKE, cette entreprise publique turque de défense qui pourrait bien devenir un partenaire clé pour la RDC. Ateliers, chaînes de production, laboratoires… Kabombo a pu voir de ses yeux ce que l’industrie turque sait faire.

Enfin, geste symbolique mais lourd de sens, Me Guy Kabombo s’est incliné devant le mausolée de Mustafa Kemal Atatürk, le fondateur et premier président de la République de Turquie. Un hommage respectueux, presque obligé pour tout visiteur d’État. Mais aussi un message : la RDC reconnaît la puissance et l’histoire de son partenaire. Et elle espère, à son tour, écrire une page de sa propre histoire militaire.

Un partenariat à concrétiser sur le terrain

Les déclarations officielles sont enthousiastes. Les poignées de main, fermes. Les contrats, signés. Mais la vraie bataille se jouera ailleurs. Dans les camps d’entraînement des FARDC, où les instructeurs turcs devront transmettre leur savoir. Sur les lignes de front du Nord-Kivu et de l’Ituri, où les soldats congolais devront utiliser ces nouveaux équipements. Et dans les usines congolaises, où l’industrie de défense nationale devra un jour produire.

La route est longue. Mais Kinshasa a choisi son cap. Et Ankara semble décidée à l’accompagner.

RDC : Bukavu alerte sur l’implantation d’une base militaire rwandaise à Mumosho et réclame un retrait immédiat

À seulement 20 kilomètres au nord de Bukavu, sur la route nationale 2 qui relie la capitale du Sud-Kivu à Goma, un camp sort de terre. Des militaires rwandais, récemment entrés sur le sol congolais, aménagent une base. L’information, étayée par « des témoignages concordants des habitants », a été lâchée comme une bombe par le gouvernement provincial. Didier Lunganywa Bashizi, ministre provincial et porte-parole de l’exécutif, ne mâche pas ses mots : c’est un acte d’« extrême gravité ».

Mumosho, chefferie de Kabare, territoire de Kabare. Un nom qui risque de rester gravé dans les annales de la guerre à l’Est. Car ce n’est pas seulement une base de plus. C’est une implantation en territoire déjà sous occupation de la rébellion AFC-M23, soutenue par Kigali. Pour Bukavu, la boucle est bouclée : l’ennemi extérieur et ses supplétifs locaux creusent désormais leurs tranchées côte à côte, à quelques encablures de la ville.

L’exécutif provincial du gouverneur Jean-Jacques Purusi adopte un ton qui ne souffre aucune ambiguïté. Dans sa communication, il dénonce une « violation flagrante de la souveraineté de la République démocratique du Congo » , une « atteinte grave à l’intégrité territoriale », et une « provocation manifeste envers l’État congolais ».

Mais au-delà des mots, c’est une stratégie que Bukavu dit avoir démasquée : l’installation progressive d’une « administration de fait adossée à une force étrangère » dans la province.

Trois demandes, une seule urgence

Face à ce qu’elle considère comme une escalade inacceptable, la province du Sud-Kivu formule trois exigences, nettes et sans appel :

  1. L’arrêt immédiat des travaux de ce camp militaire.

  2. Le départ sans condition de l’ensemble des forces étrangères présentes sur le sol congolais.

  3. L’adoption par l’exécutif national de mesures urgentes pour rétablir l’autorité de l’État dans cette partie du territoire.

Le message est clair : il ne s’agit pas d’une simple escarmouche diplomatique. C’est un ultimatum adressé à Kinshasa autant qu’à Kigali. La province attend des actes, et vite.

Mumosho, la clé de Bukavu

Pour comprendre la gravité de l’alerte, il faut regarder la carte. Mumosho n’est pas un village perdu. Il se trouve sur la route nationale 2, l’artère vitale entre Bukavu et Goma. Celui qui contrôle Mumosho contrôle les flux entre les deux capitales de l’Est. Celui qui y installe une base militaire peut, à loisir, fermer l’accès nord de Bukavu, étrangler la ville, la préparer à un siège.

La chefferie de Kabare est sous emprise de l’AFC/M23 depuis plusieurs mois. Les rebelles, alliés à d’autres groupes armés comme les Twirwaneho, ont élargi leur influence vers des secteurs riches en ressources minières. Certes, ils ont quitté Uvira en janvier 2026. Mais ils tiennent toujours des positions solides à Mwenga, Kabare, Kalehe, Fizi, Walungu et même Idjwi. L’implantation rwandaise à Mumosho transforme une occupation rebelle en une mainmise étrangère pérenne.

Une provocation au lendemain de Montreux ?

La chronologie est explosive. La semaine dernière, à Montreux, sous médiation qatarie, le gouvernement congolais et l’AFC-M23 paraphaient des engagements communs sur l’aide humanitaire, l’échange de détenus et la protection des civils. La MONUSCO, de son côté, se disait prête à soutenir le mécanisme de vérification du cessez-le-feu.

Et pendant que les diplomates signent, des militaires rwandais creusent des tranchées à Mumosho.

Pour Bukavu, c’est plus qu’une provocation. C’est une preuve que Kigali joue double jeu. D’un côté, des promesses à la table des négociations. De l’autre, une militarisation illégale de zones peuplées, qui expose les civils au danger et prépare le terrain pour une présence étrangère durable.

Le droit international contre la realpolitik

Les résolutions 2773 et 2808 du Conseil de sécurité des Nations unies sont formelles : elles exigent le départ de « toutes les forces étrangères non invitées » du territoire congolais. La MONUSCO, mandatée pour protéger les civils et soutenir la stabilisation, se dit prête à accompagner le suivi du cessez-le-feu.

Mais sur le terrain, les Casques bleus pourront-ils constater ce que les habitants de Mumosho voient déjà ? Et que feront-ils si la réponse est oui ?

Bukavu, elle, ne compte pas attendre. Le gouvernement provincial promet de continuer à « documenter ces violations » et à œuvrer aux côtés du président Félix Tshisekedi pour défendre l’intégrité territoriale. Mais les habitants de Mumosho, eux, veulent savoir : qui protégera leurs enfants quand les premiers tirs retentiront ?

Une paix à reconstruire, une souveraineté à sauver

L’alerte de Bukavu est un signal d’alarme. Elle rappelle que les beaux textes signés en Suisse ne valent que ce que pèsent les baïonnettes sur le terrain. Et qu’à Mumosho, les baïonnettes sont rwandaises.

L’exécutif provincial le dit sans détour : il s’oppose à « toute manœuvre visant à pérenniser une présence étrangère en RDC ». Reste à savoir si Kinshasa, les Nations unies et la communauté internationale entendront cet appel avant qu’il ne soit trop tard.

la MONUSCO pose 4 conditions de fer au cessez-le-feu et tend la main au nouveau mécanisme de paix

Ils ont signé à Montreux. Mais sur le terrain, la poudre n’a pas fini de parler. Alors que Kinshasa et l’AFC-M23 viennent de parapher des textes historiques en Suisse sous l’égide du Qatar, la MONUSCO sort de sa réserve. Dans un communiqué daté du dimanche 19 avril 2026, la mission onusienne ne se contente pas de saluer l’accord. Elle énonce quatre conditions non négociables. Et propose son bras armé pour le suivi.

Derrière les mots policés des diplomaties, il y a la réalité crue de l’Est congolais. Les textes communs paraphés à Montreux ne sont pas anodins : ils couvrent l’aide humanitaire d’urgence, la libération et l’échange de détenus, ainsi que la protection des biens essentiels des populations civiles. Les deux camps ont même promis de transmettre des plans concrets aux facilitateurs qataris pour la suite. Une lueur d’espoir. Mais la MONUSCO sait que les promesses s’effacent vite dans la boue des tranchées.

C’est pourquoi elle pose un préalable : le cessez-le-feu ne sera crédible que si quatre conditions sont réunies.

Les quatre garde-fous de l’ONU

Première exigence : l’arrêt immédiat des drones offensifs. Depuis 2024, les deux camps s’accusent mutuellement d’utiliser ces oiseaux de mort autour de Sake, Kibumba et Goma. L’ONU n’a pas oublié le 11 mars 2026, quand une frappe de drone a pulvérisé la résidence de Karine Buisset, une humanitaire française de l’UNICEF, dans le quartier Himbi à Goma. Elle n’a pas survécu. Ce jour-là, la guerre a pris un visage que les caméras n’ont pas pu filmer.

Deuxième condition : fin du brouillage et de l’usurpation des signaux GPS. Entre janvier et mars 2025, le « spoofing » a transformé le ciel de Goma en piège à avions. Des vols humanitaires et militaires ont été perturbés, désorientés, menacés. Dans une région où chaque cargaison de médicaments ou de farine peut sauver des milliers de vies, brouiller le signal, c’est tuer par proxy.

Troisième point, et non des moindres : la pleine liberté de mouvement pour le personnel et les moyens de la MONUSCO. Chiffres à l’appui : 37 incidents d’entrave à ses patrouilles au Nord-Kivu entre janvier et mars 2026. 37 fois où des Casques bleus ont été bloqués, empêchés de protéger, retardés alors que des villages brûlaient.

Quatrième exigence : l’utilisation sûre des aéroports et de l’espace aérien. L’aéroport de Goma, verrouillé stratégique, est fermé. Il l’a été à plusieurs reprises entre 2024 et 2025. Aujourd’hui, les combats le maintiennent sous cloche. Résultat : pas d’évacuations sanitaires, pas d’aide humanitaire massive, pas de rotation des troupes. La MONUSCO exige un corridor aérien sécurisé. Une question de vie ou de mort.

Le MSVC : la nouvelle cheville ouvrière de la paix

Au-delà des conditions, la MONUSCO fait une offre concrète. Elle se dit prête, en vertu de son mandat (résolutions 2773 et 2808), à soutenir les premières missions du Mécanisme de Supervision et de Vérification du Cessez-le-feu (MSVC/COVM). Logistique, techniques, renseignement : l’ONU va mobiliser ses moyens pour que ce mécanisme, baptisé MCVE+, ne reste pas un énième comité mort-né.

L’objectif est clair : faire baisser les violences, protéger les civils, et « favoriser le rétablissement progressif de l’autorité de l’État dans l’Est de la RDC ». Des mots qui résonnent comme un aveu : l’autorité de l’État, aujourd’hui, ne pèse pas lourd face aux kalachnikovs.

Une médiation qatarie sous haute tension

Rappelons le cadre : ces pourparlers de Montreux sont conduits par le Qatar, qui a repris le flambeau après l’échec des processus régionaux. La Suisse offre son sol neutre et sécurisé. Autour de la table : Kinshasa, l’AFC-M23, les États-Unis, le Togo, l’Union africaine… et la MONUSCO. Tous remercient les facilitateurs. Mais les sourires des photos officielles ne font pas taire les armes.

La MONUSCO conclut son communiqué par un appel solennel : « Maintenez l’élan. Traduisez ces avancées en résultats concrets sur le terrain. » Sous-entendu : les populations civiles n’attendent plus de protocoles. Elles attendent de ne plus avoir peur chez elles.

James Swan, le nouveau chef de la MONUSCO, défie l’enfer des ADF entre Beni et l’Ituri

Beni, terre de tous les dangers. C’est par cette ville meurtrie, capitale provisoire du Nord-Kivu, que James Swan a choisi de débuter son baptême du feu. À peine installé dans son fauteuil de Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU, le nouveau chef de la MONUSCO quitte les palais kinois pour la boue des routes de l’Est. Objectif : voir l’enfer en face.

Lundi 20 avril 2026, l’air lourd de Beni n’a rien de celui des ambassades. Ici, le décor est planté par les cendres encore chaudes des attaques des Forces démocratiques alliées (ADF). Ces rebelles, affiliés à l’État islamique, continuent de labourer la terreur malgré les offensives conjointes avec l’Ouganda. Swan ne vient pas faire un discours. Il vient écouter les autorités provinciales, les acteurs politiques, mais surtout la société civile. Celle qui ramasse chaque matin les corps des civils massacrés.

Mais le nouveau patron de la MONUSCO ne s’arrêtera pas là. L’Ituri l’appelle. Plus précisément le territoire de Mambasa, où les ADF viennent de frapper de nouveau. Bilan : morts, villages vidés, et une marée humaine qui grossit. Selon le gouvernement, des milliers de déplacés internes errent désormais, fuyant vers Kisangani, ville sous pression où les abris de fortune poussent comme des champignons toxiques. L’eau, la faim, les maladies : le cortège habituel du chaos humanitaire.

Un mandat revu à la hausse de l’urgence

Pourquoi ce déplacement si tôt ? Parce que James Swan a une feuille de route explosive : la résolution 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU, valable jusqu’au 20 décembre 2026. Contrairement aux années précédentes, le retrait progressif de la MONUSCO est suspendu. La guerre en a décidé autrement. La dégradation sécuritaire en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu est telle que l’ONU a dû faire machine arrière.

Les chiffres donnent le vertige : 11 500 militaires, 600 observateurs, 443 policiers, 1 270 unités de police constituées. Une armée bleue pour protéger les civils, surveiller le cessez-le-feu… et épauler un nouvel échiquier diplomatique né des Accords de Washington (juin 2025) et de Doha (novembre 2025).

Mais la réalité sur le terrain est plus sale que les textes. La résolution 2808 ne mâche pas ses mots : elle condamne l’offensive du M23 au Sud-Kivu, soutenue par la Force de défense rwandaise, avec la prise d’Uvira comme symbole de la honte. Le Conseil exige un retrait immédiat. En même temps, Kinshasa est sommé de cesser tout soutien aux FDLR. Une pression à double tranchant.

Swan, l’homme de la dernière chance ?

À son arrivée à Kinshasa, James Swan avait promis une seule priorité : mettre en œuvre le mandat. Protéger les civils. Désamorcer les conflits. Créer les conditions d’une paix durable. Des mots que les Congolais de Beni et de Mambasa ont trop souvent entendus. Mais cette fois, le temps presse. La résolution 2773 (2025) fixe des objectifs clairs : stabiliser les institutions de l’État. Pas une option. Une urgence.

Alors que la nuit tombe sur Beni, James Swan s’apprête à rencontrer ceux qui ont tout perdu. Les déplacés. Les mères qui ne savent plus où enterrer leurs enfants. Les jeunes qui hésitent entre l’exil et l’enrôlement.

La question n’est plus de savoir si la MONUSCO peut encore sauver l’Est. La question est : le monde laissera-t-il James Swan essayer ?

Motion de défiance contre Shabani : l’insécurité à Kinshasa au cœur de la tourmente

Un vent de fronde souffle sur l’Assemblée nationale. Ce lundi 13 avril 2026, une motion de défiance a été déposée contre le vice-Premier ministre, ministre de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani Lukoo. L’initiative émane du député national Laddy Yangotikala Senga, élu de Kisangani-Ville (Tshopo). Motif : l’insécurité grandissante dans les grandes villes du pays, et en particulier à Kinshasa, où les braquages, les kidnappings et le banditisme urbain sont en hausse, malgré l’opération « Ndobo » censée les éradiquer.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans les couloirs du Palais du peuple. Un député de la majorité, Laddy Yangotikala, membre du groupe parlementaire « Bâtissons le Congo », ose défier un ministre du gouvernement. Le texte de la motion, dont notre rédaction a obtenu copie, est sans appel.

Une insécurité chronique à Kinshasa

Depuis plusieurs mois, Kinshasa, la capitale de plus de 15 millions d’habitants, est en proie à une recrudescence de l’insécurité. Les faits divers s’accumulent : braquages à main armée, kidnappings contre rançon, attaques nocturnes de résidences, meurtres lors de vols de voitures ou de téléphones.

Les quartiers populaires, mais aussi les zones résidentielles, sont touchés. Les Kinois vivent dans la psychose. Les activités économiques et sociales sont perturbées. La confiance dans les institutions est en berne.

L’opération « Ndobo » (Hameçon), lancée il y a plusieurs mois par le ministère de l’Intérieur, devait inverser la tendance. Présentée comme un succès par le gouvernement (arrestations de « kulunas », déferrements devant la justice), elle n’a pourtant pas réussi à endiguer le phénomène. Les annonces d’arrestations se multiplient, mais les actes criminels aussi.

Le cri d’alarme du président Tshisekedi

Lors de la 82e réunion du Conseil des ministres, le président Félix Tshisekedi lui-même avait tiré la sonnette d’alarme. Il a dit avoir été saisi des préoccupations de la population, qui signale une recrudescence inquiétante des enlèvements dans la capitale.

« À ces faits s’ajoutent des attaques nocturnes perpétrées par des bandits armés dans certaines résidences, semant la peur et l’insécurité parmi les citoyens », avait-il déclaré.

Le chef de l’État avait alors ordonné au gouvernement l’intensification de la traque et du démantèlement des réseaux criminels. Un ordre qui, visiblement, n’a pas encore été pleinement exécuté, ou qui n’a pas produit les effets escomptés.

Les griefs du député Yangotikala

Dans sa motion de défiance, le député Laddy Yangotikala énumère les griefs contre le ministre Shabani.

  • Échec de l’opération Ndobo : malgré des moyens importants, l’insécurité n’a pas reculé. Les résultats annoncés sont en décalage avec la réalité vécue par les Kinois.

  • Absence de vision stratégique : le ministre n’aurait pas proposé de plan cohérent pour lutter contre les causes profondes de l’insécurité (pauvreté, chômage des jeunes, trafic d’armes, etc.).

  • Déficit de communication : les annonces gouvernementales sur les arrestations ne sont pas suivies d’effets visibles. Les citoyens se sentent abandonnés.

  • Responsabilité politique : en tant que ministre de l’Intérieur, Shabani est le premier responsable de la sécurité intérieure. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, il doit en assumer les conséquences.

Le député appelle donc ses collègues à voter la motion de défiance, et à demander au président Tshisekedi de limoger le ministre.

Les réactions politiques

La motion de défiance a suscité des réactions contrastées.

La majorité est divisée. Certains députés soutiennent le ministre Shabani, estimant qu’il fait de son mieux avec des moyens limités. D’autres, comme Laddy Yangotikala, jugent que les résultats ne sont pas au rendez-vous et qu’il faut changer de stratégie, voire de ministre.

L’opposition, elle, se frotte les mains. Elle dénonce depuis longtemps l’insécurité à Kinshasa, et voit dans cette motion une occasion de mettre le gouvernement en difficulté. Certains députés d’opposition pourraient voter la motion, même si ce n’est pas leur candidat qui remplacera Shabani.

La société civile est partagée. Certaines organisations soutiennent la motion, estimant que le gouvernement doit rendre des comptes. D’autres appellent à la prudence, craignant que la motion ne déstabilise davantage le pays.

Les Kinois, eux, attendent des actes. Les sondages informels montrent une lassitude générale. Les citoyens en ont assez des discours, des promesses, des opérations coup de poing. Ils veulent des résultats concrets : moins de braquages, moins de kidnappings, moins de peur.

Les enjeux de la motion

La motion de défiance contre Jacquemain Shabani est un test pour la majorité présidentielle. Si elle est votée, ce sera un désaveu cinglant pour le gouvernement, et pour le président Tshisekedi qui a nommé ses ministres.

Si elle est rejetée, le ministre Shabani sera conforté, mais la pression sur lui restera forte. L’insécurité ne disparaîtra pas par magie.

Les enjeux sont aussi politiques. À l’approche des élections de 2028, chaque parti cherche à se positionner. Le député Yangotikala, en déposant cette motion, se pose en homme de terrain, proche des préoccupations des citoyens. Un profil qui pourrait lui servir dans l’avenir.

Le sort de la motion

La motion de défiance doit maintenant être examinée par le bureau de l’Assemblée nationale, puis inscrite à l’ordre du jour d’une séance plénière. Elle devra recueillir la majorité des voix des députés présents pour être adoptée.

Le ministre Shabani aura le droit de se défendre, de répondre aux accusations, de présenter son bilan. Il pourra être soutenu par ses collègues du gouvernement et par les députés de la majorité.

Le vote pourrait avoir lieu dans les prochains jours, ou dans les prochaines semaines, selon l’agenda parlementaire.

Un avertissement pour le gouvernement

Quel que soit l’issue de cette motion, elle constitue un avertissement pour le gouvernement. L’insécurité est devenue un sujet brûlant, qui pourrait coûter cher à la majorité lors des prochaines élections.

Le ministre Shabani est sur la sellette. Il doit montrer des résultats rapides, ou payer le prix politique. Le président Tshisekedi, qui lui a accordé sa confiance, pourrait être amené à le sacrifier si la pression devient trop forte.

L’opération Ndobo doit être renforcée, ou repensée. Les causes profondes de l’insécurité (pauvreté, chômage, justice défaillante) doivent être traitées. La police doit être réformée, mieux équipée, mieux formée.

Les Kinois en ont assez de vivre dans la peur. Ils exigent des actes. La motion de défiance est un signal. Reste à savoir si le gouvernement l’entendra, et s’il agira en conséquence. L’avenir politique de Jacquemain Shabani, et peut-être la stabilité du gouvernement, en dépendent.

Nord-Kivu : accalmie précaire à Kelembe et Kalonge après de violents combats

Le calme est revenu depuis ce lundi 13 avril 2026 à Kelembe et Kalonge, deux localités situées entre Masisi et Walikale, au Nord-Kivu. Pourtant, la nuit de dimanche a été marquée par des affrontements violents. En effet, les combattants Wazalendo ont attaqué les positions de l’AFC/M23. Des échanges de tirs ont aussitôt plongé la population dans la panique.

Selon un bilan provisoire, au moins deux personnes ont perdu la vie, dont un civil et un combattant rebelle. Malgré cette offensive, les Wazalendo n’ont pas réussi à reprendre le contrôle de la zone. Ainsi, l’AFC/M23 reste maître du terrain. La situation demeure donc instable, malgré une accalmie apparente.

Une nuit de peur pour les habitants

Dimanche soir, les habitants ont vécu des heures d’angoisse. Les tirs ont retenti dans plusieurs quartiers, forçant les familles à se confiner chez elles. Par conséquent, la circulation a totalement cessé. La peur a gagné toute la zone.

D’après des sources locales, les affrontements ont également entraîné des pillages. Les populations, déjà fragilisées, ont perdu une partie de leurs biens. En plus des victimes humaines, les dégâts matériels aggravent la crise.

Une guerre sans vainqueur

Sur le plan militaire, les résultats restent limités. Les Wazalendo n’ont pas réussi à déloger les rebelles. En revanche, l’AFC/M23 conserve ses positions. De ce fait, aucun camp ne revendique une victoire claire.

Une fois encore, ce sont les civils qui paient le prix le plus lourd. Ils subissent les combats sans protection réelle. Pendant ce temps, les lignes de front continuent d’évoluer.

Une région toujours sous tension

Globalement, la situation sécuritaire reste très fragile au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Les territoires de Masisi et Walikale connaissent des affrontements réguliers. D’un côté, les groupes armés locaux comme les Wazalendo et Maï-Maï. De l’autre, l’AFC/M23, soutenu selon Kinshasa par le Rwanda.

Progressivement, les combats s’étendent à plusieurs zones. Aucune région ne reste totalement épargnée. Ainsi, les civils vivent dans une insécurité permanente.

Une crise humanitaire qui s’aggrave

Par ailleurs, les conséquences humanitaires deviennent dramatiques. Les marchés ferment, les champs sont abandonnés et les routes deviennent impraticables. En conséquence, la famine et les maladies progressent.

Les déplacements de population se multiplient. De nombreuses familles fuient vers des camps surpeuplés. Là-bas, les conditions de vie restent très précaires : manque d’eau, de nourriture et de soins.

Les organisations humanitaires tirent la sonnette d’alarme :

  • des violences sexuelles sont signalées,
  • l’accès à l’eau potable reste limité,
  • les soins médicaux sont insuffisants,
  • la sécurité alimentaire est critique.

Des chiffres qui inquiètent

Les données récentes confirment l’ampleur de la crise. Depuis le début de l’année 2026 :

  • plus de 740 000 personnes ont été déplacées,
  • environ 6,7 millions de déplacés internes sont recensés,
  • les femmes représentent plus de la moitié des déplacés,
  • la majorité des déplacements est liée aux violences armées.

Derrière ces chiffres, des vies entières sont bouleversées. Des familles sont séparées, des enfants grandissent dans la peur, et des communautés entières sont déracinées.

Un accord de paix en difficulté

Sur le plan politique, l’accord de Doha, signé en juillet 2025, devait stabiliser la région. Il prévoyait notamment un cessez-le-feu, le retrait des rebelles et le retour de l’autorité de l’État.

Cependant, sa mise en œuvre reste très partielle. Sur le terrain, les combats continuent. De plus, la méfiance entre les parties bloque les avancées.

Les médiations internationales peinent à relancer le processus. Ainsi, la paix promise reste fragile et incomplète.

Des blocages multiples

Plusieurs facteurs expliquent cette impasse. D’abord, la méfiance entre Kinshasa et les rebelles reste forte. Ensuite, les enjeux liés aux ressources minières compliquent les négociations. Enfin, la faiblesse des institutions sécuritaires freine la stabilisation.

En outre, les positions divergentes des acteurs internationaux limitent l’efficacité des médiations. Par conséquent, aucun consensus solide ne se dégage.

Une urgence humanitaire persistante

Face à cette situation, les besoins humanitaires explosent. Les ONG demandent :

  • un accès sécurisé aux zones touchées,
  • un financement renforcé de l’aide d’urgence,
  • une meilleure protection des civils,
  • des solutions durables pour les déplacés.

Cependant, les financements internationaux diminuent. D’autres crises mondiales attirent davantage l’attention. Ainsi, la RDC reste en grande partie en marge des priorités globales.

Une paix encore incertaine

Pour l’instant, l’accalmie observée à Kelembe et Kalonge reste fragile. Les habitants vivent dans l’attente d’un éventuel retour des combats. Malgré tout, ils espèrent une stabilisation durable.

En définitive, seule une application réelle des accords de paix et un engagement renforcé des acteurs concernés pourront changer la situation. Sans cela, l’Est de la RDC restera prisonnier d’un cycle de violence.

Paix en RDC : la rébellion AFC/M23 dévoile sa délégation pour les pourparlers en Suisse

Le processus de paix tant attendu entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 reprend cette semaine. Mais les discussions, initialement prévues à Doha, ont été délocalisées en Suisse en raison de la guerre au Moyen-Orient. La rébellion a transmis au ministre d’État qatari des Affaires étrangères, Mohammed Bin Abdel Aziz Al Khulaifi, les noms des 12 membres composant sa délégation. Une surprise de taille : parmi les six experts figure Claude Ibalanky Ekolomba, ancien ambassadeur itinérant de Félix Tshisekedi, qui rejoint officiellement la rébellion pour la première fois.

L’annonce a fait l’effet d’une bombe dans les milieux politiques congolais. Claude Ibalanky, figure connue de la scène politique, ancien proche du pouvoir, a franchi le Rubicon. Fin janvier dernier, il était apparu aux côtés des dirigeants rebelles à Goma, affirmant n’avoir pas « encore rejoint l’AFC/M23 » mais faire une « offre » à Corneille Nangaa, le chef de la rébellion.

Aujourd’hui, les doutes sont levés. Ibalanky est officiellement membre de la délégation rebelle, en tant qu’expert. Un retournement spectaculaire.

Une délégation de 12 membres

La délégation de l’AFC/M23 est composée de six négociateurs et de six experts.

  • Les négociateurs : six membres, dont René Abandi comme négociateur en chef.

  • Les experts : six membres, parmi lesquels Claude Ibalanky Ekolomba.

La liste a été transmise au médiateur qatari, qui tentera de faire avancer les discussions entre les deux parties. Le choix de la Suisse comme lieu de négociation est une première. La Confédération helvétique, neutre et experte en médiation, offre un cadre discret et sécurisé.

Qui est Claude Ibalanky ?

Claude Ibalanky Ekolomba n’est pas un inconnu. Son parcours est celui d’un homme du sérail, passé par des postes clés de l’administration congolaise.

Il a été coordonnateur du Mécanisme national de suivi de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba (MNS) , un dispositif chargé du suivi des engagements régionaux en matière de paix et de sécurité dans l’Est de la RDC. Un poste stratégique, qui lui a permis de côtoyer les acteurs régionaux et internationaux de la paix.

Le 23 mai 2023, il a été nommé ambassadeur itinérant du président de la République par ordonnance présidentielle, une fonction rattachée à la Présidence. Un poste honorifique, mais qui témoignait de sa proximité avec le chef de l’État.

Le 12 juin 2023, il a lancé le regroupement politique Réveil Populaire (REPOP) , créé dans le cadre des élections générales de décembre 2023. REPOP affichait son soutien à un second mandat de Félix Tshisekedi.

Le 19 janvier 2024, ce regroupement a contesté les résultats des élections législatives publiés par la CENI. Une première prise de distance avec le pouvoir.

Une défection qui interroge

Le passage de Claude Ibalanky dans le camp rebelle interroge. Comment un ancien ambassadeur itinérant du président, un ancien coordinateur d’un mécanisme de paix, un homme qui a soutenu la réélection de Tshisekedi, peut-il aujourd’hui rejoindre l’AFC/M23 ?

Plusieurs hypothèses circulent.

  • Ralliement sincère : Ibalanky aurait pris conscience des dérives du pouvoir, de l’impasse sécuritaire, et aurait choisi la rébellion par conviction.

  • Opportunisme : il aurait vu que le vent tournait, que l’AFC/M23 gagnait du terrain, et aurait voulu se positionner pour l’après.

  • Médiation déguisée : certains murmurent qu’il serait en réalité un agent double, chargé par Kinshasa de négocier ou d’espionner.

Aucune de ces hypothèses n’est confirmée. Mais la présence d’Ibalanky dans la délégation rebelle est un coup dur pour le gouvernement. C’est la preuve que la rébellion attire des cadres compétents, rompus aux arcanes du pouvoir.

Les enjeux des pourparlers en Suisse

Les discussions en Suisse interviennent après plusieurs rounds de négociations à Doha, qui n’ont pas abouti à une avancée décisive. Les points de blocage sont nombreux.

  • Cessez-le-feu : l’AFC/M23 exige un cessez-le-feu préalable, tandis que le gouvernement veut d’abord un retrait des troupes rwandaises.

  • Désarmement : le sort des combattants rebelles, leur désarmement, leur démobilisation, leur réinsertion.

  • Justice transitionnelle : les crimes commis par les deux parties doivent être jugés.

  • Retour des déplacés : des millions de personnes ont fui les combats. Leur retour est une priorité humanitaire.

  • Réformes politiques : l’AFC/M23 réclame des réformes profondes, y compris une révision de la Constitution.

Le Qatar, médiateur, pousse les deux parties à la conclusion d’un accord-cadre, qui pourrait être signé d’ici la fin de l’année. La Suisse, pays hôte, offre un cadre neutre et sécurisé.

La position du gouvernement

Le gouvernement congolais, par la voix de son porte-parole, a pris acte de la composition de la délégation rebelle. Il n’a pas commenté la présence de Claude Ibalanky.

Officiellement, Kinshasa est prêt à négocier, mais pas à n’importe quelles conditions. Le gouvernement exige le retrait préalable des troupes rwandaises, la dissolution de l’AFC/M23, et la restauration de son autorité sur les zones occupées.

L’opposition, elle, est divisée. Certains soutiennent la médiation qatarie, d’autres la rejettent, estimant qu’elle légitime la rébellion.

Le rôle du Qatar et de la Suisse

Le Qatar, petit émirat riche en gaz, joue un rôle croissant de médiateur dans les conflits africains. Il a déjà facilité des accords de paix au Soudan, en Somalie, en Libye. Ses moyens financiers, son réseau diplomatique, et sa relative neutralité en font un acteur prisé.

La Suisse, de son côté, offre son expertise en matière de médiation, ses infrastructures, et sa sécurité. Le pays a accueilli de nombreuses négociations de paix, du conflit irlandais aux guerres balkaniques.

La combinaison Qatar-Suisse est un atout. Reste à savoir si les parties sauront saisir cette opportunité.

L’avenir du processus de paix

Les pourparlers en Suisse sont un test. Si les deux parties parviennent à un accord, ce pourrait être une avancée majeure vers la fin de la guerre dans l’Est. Si elles échouent, la région risque de sombrer dans une nouvelle vague de violences.

Les enjeux sont immenses. Des millions de vies sont en jeu. La crédibilité des médiateurs, des gouvernements, des rebelles est engagée.

Claude Ibalanky, par son ralliement à la rébellion, a ajouté une pierre à un édifice déjà complexe. Son parcours, ses compétences, ses réseaux pourraient servir la cause de la paix, ou au contraire la compliquer.

Les prochains jours diront si les négociations en Suisse seront une étape décisive, ou une nouvelle occasion manquée. Les Congolais, surtout ceux de l’Est, attendent avec impatience. Ils aspirent à la paix, à la sécurité, à la justice. Ils ne demandent qu’à croire que ce processus sera le bon. Mais ils ont été trop souvent déçus pour ne pas rester prudents.

L’histoire retiendra. Les médiateurs, les négociateurs, les experts, tous sont désormais sous pression. Il est temps de transformer les intentions en actes, les discours en décisions, les promesses en réalité. La paix en RDC est à ce prix.

RDC : 25 humanitaires tués en trois ans, l’ONU tire la sonnette d’alarme

Le monde humanitaire traverse une période sombre. La République démocratique du Congo paie un lourd tribut. En trois ans, 25 travailleurs humanitaires ont perdu la vie. Tom Fletcher, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU, a révélé ce chiffre lors d’une séance du Conseil de sécurité des Nations unies à New York.

À l’échelle mondiale, la situation s’aggrave encore. En 2025, 326 humanitaires ont été tués. Ce chiffre dépasse largement la moyenne habituelle. Ainsi, le système de protection montre aujourd’hui de sérieuses failles.

Lors de son intervention, Tom Fletcher a adopté un ton grave. Il a exprimé de la tristesse, mais aussi de la colère. Surtout, il a dénoncé l’impunité persistante et l’indifférence croissante.

Une explosion des violences contre les humanitaires

Les chiffres confirment l’ampleur de la crise. En effet, au moins 326 humanitaires ont perdu la vie en 2025 dans 21 pays. Sur trois ans, le bilan dépasse désormais les 1 000 morts.

Certaines zones concentrent les violences. Gaza et la Cisjordanie enregistrent plus de 560 décès. Le Soudan en compte 130, suivi du Soudan du Sud avec 60. L’Ukraine et la République démocratique du Congo totalisent chacune 25 morts.

Par comparaison, les trois années précédentes comptaient 377 décès. La hausse est donc brutale. Pour Tom Fletcher, cette évolution traduit un effondrement du système de protection.

Sur le terrain, la réalité est alarmante. Des frappes touchent des zones humanitaires. Des convois sont attaqués. D’autres équipes tombent dans des embuscades. Ainsi, les humanitaires deviennent des cibles directes.

Face à cela, la résolution 2730 du Conseil de sécurité des Nations unies peine à produire des effets. Dès lors, une question se pose : pourquoi ces engagements restent-ils sans conséquences ?

Une crise aggravée par le manque de moyens

En parallèle, les financements diminuent. Cette baisse fragilise encore davantage les opérations sur le terrain.

Selon Tom Fletcher, cette combinaison est dangereuse. D’un côté, les violences augmentent. De l’autre, les moyens reculent. Le système humanitaire subit donc une pression constante.

La situation est particulièrement critique en République démocratique du Congo. Dans l’Est, les besoins explosent alors que les ressources restent limitées.

Le Plan de réponse humanitaire 2025 s’élève à 2,54 milliards de dollars. Pourtant, seuls 22 % ont été financés, selon Jean-Pierre Lacroix.

Aujourd’hui, plus de 5,3 millions de personnes sont déplacées. En parallèle, 21,2 millions ont besoin d’une aide urgente. La pression ne cesse donc d’augmenter.

Le 11 mars, un drame a marqué les esprits. Karine Buisset, humanitaire de l’UNICEF, a été tuée lors d’une frappe de drone à Goma. À la suite de cette attaque, Emmanuel Macron a condamné les faits et rappelé l’importance du droit humanitaire.

L’urgence d’une réaction internationale

Dans l’Est congolais, plusieurs groupes armés restent actifs. Parmi eux, le M23 est régulièrement cité pour ses exactions. Les humanitaires, pourtant essentiels, deviennent des cibles.

Face à cette situation, l’ONU et les ONG lancent un appel urgent. Elles demandent un accès sécurisé et des mesures concrètes de protection.

Le droit international humanitaire est clair. Les humanitaires sont des civils. Par conséquent, ils ne doivent jamais être visés.

Aujourd’hui, le constat est sans appel. Les attaques se multiplient. Les financements diminuent. Et les règles sont de moins en moins respectées.

Pour Tom Fletcher, le temps des discours est terminé. Les États doivent agir. Ils doivent sanctionner les responsables et garantir la protection des humanitaires.

Derrière les chiffres, il y a des vies. Des hommes et des femmes engagés, morts en aidant les autres.

Une question reste donc posée : la communauté internationale va-t-elle enfin passer à l’action ?

RDC-Tanzanie : Guy Kabombo renforce la coopération militaire pour sécuriser les frontières

La coopération régionale franchit un nouveau cap. En mission officielle en Tanzanie, le vice-Premier ministre congolais chargé de la Défense, Guy Kabombo Muadiamvita, a rencontré son homologue tanzanien, Rhimo Nyansaho, ce jeudi 9 avril 2026. Les échanges ont porté sur la sécurisation des frontières, notamment lacustres, ainsi que sur l’harmonisation des politiques de défense dans la région. Ensuite, une réunion élargie aux experts des deux pays a permis d’orienter ces discussions vers des actions concrètes.

Dans la continuité, cette mission s’inscrit dans la stratégie du président Félix Tshisekedi, qui vise à renforcer des alliances militaires solides afin de stabiliser l’Est du pays et moderniser les FARDC.

Sécurisation du lac Tanganyika et coopération renforcée

La RDC et la Tanzanie partagent une frontière stratégique, notamment sur le lac Tanganyika. Cette zone joue un rôle clé dans les échanges commerciaux et les activités de pêche. Toutefois, elle sert aussi de couloir à des trafics illicites.

Face à cette réalité, les deux pays veulent agir ensemble. Des groupes armés et des réseaux criminels exploitent ces voies lacustres. Par conséquent, une coordination renforcée devient indispensable. Les discussions ont donc mis l’accent sur la surveillance conjointe, le partage de renseignements et la lutte contre la criminalité transfrontalière.

Dans cet élan, Guy Kabombo Muadiamvita a plaidé pour un partenariat plus opérationnel. De son côté, Rhimo Nyansaho a salué les efforts de Kinshasa et confirmé la disponibilité de son pays à accompagner cette dynamique.

Concrètement, les deux parties ont envisagé plusieurs actions. D’abord, elles veulent intensifier les programmes de formation à travers des échanges d’officiers. Ensuite, elles comptent renforcer les capacités opérationnelles, notamment en matière de logistique. Enfin, elles prévoient de coordonner davantage leurs initiatives sécuritaires, avec des patrouilles conjointes et des opérations combinées.

Modernisation des FARDC et dynamique régionale

Au-delà des frontières, cette coopération s’inscrit dans une logique régionale plus large. En effet, la RDC et la Tanzanie collaborent déjà au sein de Communauté de développement de l’Afrique australe et de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.

Dans ce cadre, la Tanzanie a participé aux opérations militaires déployées dans l’Est de la RDC. Aujourd’hui, Kinshasa cherche à aller plus loin. L’objectif consiste à rendre cette coopération plus structurée et surtout plus efficace sur le terrain.

Parallèlement, la modernisation des FARDC reste une priorité. Après des années de fragilité, l’armée congolaise entame une transformation progressive. Ainsi, le gouvernement mise sur la formation, l’équipement et l’amélioration des conditions de vie des soldats.

Dans cette perspective, l’expertise tanzanienne apparaît précieuse. Des échanges techniques, un appui logistique et des programmes conjoints pourraient accélérer cette réforme. D’ailleurs, Guy Kabombo Muadiamvita défend une armée plus professionnelle, mieux encadrée et respectueuse des droits humains.

Un partenariat stratégique pour la stabilité des Grands Lacs

Cette visite envoie un signal clair. Malgré les défis internes, la RDC entend jouer un rôle actif dans la stabilisation régionale. Cependant, elle ne peut avancer seule. Elle mise donc sur des partenaires fiables comme la Tanzanie.

Les intérêts communs sont évidents. D’un côté, il s’agit de lutter contre les groupes armés. De l’autre, il faut sécuriser les frontières et favoriser le développement économique. Grâce à cette convergence, la coopération bilatérale gagne en importance.

Dans les prochains mois, les experts des deux pays devront traduire ces engagements en actions concrètes. Des calendriers précis, des budgets et des responsabilités seront définis. Ensuite, des initiatives comme des patrouilles sur le lac Tanganyika ou des formations conjointes pourraient rapidement voir le jour.

À plus long terme, ce partenariat pourrait contribuer à stabiliser l’ensemble de la région des Grands Lacs. Certes, les défis restent nombreux. Néanmoins, chaque avancée compte. Cette dynamique de coopération marque donc une étape importante vers plus de sécurité et de confiance entre États voisins.

Sud-Kivu : onze combattants de l’AFC/M23 se rendent aux FARDC avec leurs armes

Un vent de reddition souffle sur l’Est de la République démocratique du Congo. Le mercredi 9 avril 2026, onze combattants de la coalition AFC-M23/RDF ont volontairement déposé les armes devant les Forces armées de la RDC (FARDC), sur l’axe Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, au Sud-Kivu. Ils ont remis cinq fusils de type AK-47. « Nous sommes ravis de nous mettre à la disposition des forces gouvernementales », ont-ils affirmé. Cette scène intervient quelques jours après une autre reddition : treize éléments du même groupe se sont rendus dimanche à Mikenge, dans le territoire de Mwenga.

Ces gestes successifs envoient un signal encourageant dans une région marquée par des décennies de conflits. En effet, la pression militaire des FARDC, combinée à une politique d’accueil, commence à produire des effets concrets.

Un accueil conforme au droit international

Le colonel Kisembo Isingoma Benjamin, commandant du secteur opérationnel Sukola 2, a supervisé l’opération. À cette occasion, il a lancé un appel direct aux combattants encore actifs.

« Nous invitons ceux qui hésitent encore à se rendre sans crainte. Nos forces respectent le droit international humanitaire », a-t-il déclaré.

Ainsi, les FARDC cherchent à rassurer. Beaucoup de rebelles redoutent encore des représailles. Pourtant, l’armée promet un traitement digne et une réelle chance de réinsertion.

De son côté, le lieutenant Meya Gbe Jérémie, porte-parole du secteur Sukola 2 Nord Sud-Kivu, a confirmé la reddition. Il a également insisté sur l’engagement des FARDC à garantir la sécurité des ex-combattants.

Des mineurs parmi les ralliés

Cependant, la situation reste préoccupante. Parmi les treize combattants rendus à Mikenge, plusieurs sont mineurs. Selon le sous-lieutenant Mbuyi Kalonji, certains ont entre 14 et 16 ans.

Ces adolescents ont été enrôlés de force par la coalition M23-AFC et le groupe Twirwaneho, soutenu par l’armée rwandaise. Leur présence viole clairement le droit international.

Face à cela, les FARDC ont adapté leur réponse. Elles ont pris en charge ces enfants selon les protocoles de protection. Ensuite, des organisations spécialisées assureront leur suivi. Elles proposeront un accompagnement psychosocial, une réunification familiale et une formation.

Une dynamique liée aux efforts de paix

Par ailleurs, ces redditions s’inscrivent dans une stratégie plus large. Le gouvernement congolais multiplie les initiatives pour stabiliser l’Est du pays.

À Mikenge, les unités du bataillon « Foudre » ont accueilli les combattants. Dans le même temps, les opérations Sukola 2 se poursuivent pour affaiblir les groupes armés. L’objectif reste clair : restaurer l’autorité de l’État.

Le DDR, une porte de sortie

Dans ce contexte, les programmes de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) jouent un rôle clé. Ils offrent une alternative concrète à la guerre.

Ces dispositifs proposent une formation, un accompagnement social et une aide économique. Grâce à eux, certains combattants envisagent un avenir différent. Les cas de Kalehe et Mwenga montrent que ce mécanisme commence à porter ses fruits.

Un appel à suivre cet exemple

Le colonel Kisembo a donc relancé son appel. Il encourage les autres combattants à quitter la brousse.

« Nous avons les moyens de les accueillir et de les aider à se reconstruire », a-t-il insisté.

D’ailleurs, la pression militaire augmente sur les groupes armés. Leurs réseaux logistiques s’affaiblissent. Par conséquent, les défections pourraient se multiplier.

Les défis de la réinsertion

Toutefois, chaque reddition pose un défi. Réinsérer un ex-combattant demande des moyens importants.

Il faut assurer l’hébergement, l’accompagnement psychologique et la formation. Pour les mineurs, l’enjeu est encore plus sensible. Le gouvernement travaille avec des partenaires comme la MONUSCO, l’UNICEF ou l’OIM. Néanmoins, les besoins restent énormes.

Un signal porteur d’espoir

Malgré ces difficultés, la tendance reste positive. Ces redditions traduisent un changement progressif sur le terrain.

Elles montrent que certains combattants choisissent désormais la paix. Elles confirment aussi que les FARDC peuvent allier efficacité militaire et respect des droits humains.

Ces hommes — parfois très jeunes — ne sont ni des héros ni des monstres. Beaucoup ont pris les armes par contrainte. Aujourd’hui, ils tentent de reprendre leur vie en main.

L’Est à la croisée des chemins

L’Est de la RDC porte encore les cicatrices de décennies de violence. Pourtant, chaque reddition ouvre une brèche.

La paix ne tombera pas du ciel. Elle se construit pas à pas. Elle avance grâce à ces choix individuels.

Ainsi, les événements de Kalehe et Mwenga rappellent une chose essentielle : l’espoir existe encore. Reste à transformer ces gestes isolés en dynamique durable.

Le message est clair : déposer les armes, rejoindre la paix, reconstruire le pays. À ceux qui hésitent encore, le chemin est désormais tracé.

James Swan, nouveau patron de la MONUSCO : « Il n’y a pas de solution exclusivement militaire »

Un nouveau visage, une même mission, mais peut-être une approche renouvelée. Ce mardi 7 avril 2026 à Kinshasa, James Swan, le nouveau Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies et chef de la MONUSCO, a accordé sa première interview à la presse congolaise. Le diplomate américain, qui connaît bien la RDC pour y avoir été ambassadeur des États-Unis, a appelé les Congolais à la solidarité. Alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est demeure « profondément préoccupante », il a martelé un message : la protection des civils est et restera la priorité absolue.

James Swan n’a pas mâché ses mots. Arrivé à Kinshasa avec humilité et détermination, il a immédiatement placé son mandat sous le signe de la solidarité avec le peuple congolais.

« J’arrive avec un message de solidarité à l’endroit du peuple congolais, alors que la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC demeure profondément préoccupante et que les civils continuent de payer le plus lourd tribut », a-t-il déclaré.

Une déclaration qui n’a rien d’anodin. Dans un contexte où les violences se multiplient au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où des milliers de civils fuient leurs maisons, où les groupes armés se disputent le contrôle des territoires, l’ONU se doit d’être présente, mais aussi d’être efficace.

Protection des civils, désescalade, paix durable

Le nouveau chef de la MONUSCO a affirmé placer sa priorité sur la mise en œuvre du mandat de la mission onusienne. Ce mandat, défini par la résolution 2808 du Conseil de sécurité (adoptée en décembre 2025), repose sur trois piliers :

  • La protection des civils : face aux violences des groupes armés, face aux exactions, face aux crimes contre l’humanité, la MONUSCO doit agir pour sauver des vies.

  • L’appui à la désescalade : il s’agit de créer les conditions d’un arrêt des combats, d’un retour au calme, d’une cessation des hostilités.

  • La création de conditions propices à une paix durable : au-delà de l’urgence, c’est tout l’édifice de la paix qu’il faut reconstruire, avec les autorités, les communautés, la société civile.

James Swan a insisté : il n’existe pas de solution exclusivement militaire à la crise persistante dans l’Est. « Les progrès nécessiteront le dialogue, l’engagement régional et la mise en œuvre des engagements déjà pris », a-t-il martelé.

Un message à double détente : adressé aux groupes armés, qui croient pouvoir imposer leur loi par la force, mais aussi au gouvernement congolais, qui a parfois tendance à privilégier l’option sécuritaire au détriment du dialogue.

Un diplomate chevronné, une connaissance intime de la RDC

James Swan n’est pas un débutant. Avec plus de 32 ans de carrière au sein du gouvernement américain, une expertise approfondie des contextes politiques et sécuritaires africains, il est un diplomate chevronné.

Mais surtout, James Swan connaît bien la RDC. Il y a occupé plusieurs fonctions diplomatiques de haut niveau :

  • Ambassadeur des États-Unis en RDC de 2013 à 2016,

  • Chef de mission adjoint entre 2001 et 2004,

  • Chargé de mission dès 1996.

Ces affectations lui ont permis d’acquérir une solide connaissance du paysage politique congolais et de ses défis. Il connaît les acteurs, les enjeux, les sensibilités. Un atout précieux pour mener à bien sa mission.

Un parcours onusien marqué par la Somalie

Avant sa nomination à Kinshasa, James Swan était Représentant spécial du Secrétaire général pour la Somalie depuis mars 2025. Il avait auparavant dirigé la Mission des Nations unies en Somalie (UNSOM) entre 2019 et 2022.

Son passage à Mogadiscio, dans un contexte d’insurrection djihadiste (Shebab) et de tensions politiques chroniques, constitue l’une des expériences les plus marquantes de son parcours onusien.

La Somalie, pays ravagé par la guerre civile, l’instabilité, la famine, est un terreau d’apprentissage intense pour tout diplomate. James Swan en est sorti aguerri, mais aussi, sans doute, un peu désabusé sur les capacités de la communauté internationale à résoudre les crises africaines.

Une carrière bilatérale riche

Dans sa carrière bilatérale, James Swan a également servi comme ambassadeur à Djibouti (2008-2011), secrétaire d’État adjoint aux Affaires africaines (2006-2008), et directeur de l’analyse africaine au Département d’État américain (2005-2006).

Il a été déployé dans divers pays : Cameroun, Somalie, Nicaragua, Haïti. Autant de contextes variés, de crises différentes, d’approches diplomatiques à adapter.

Cette richesse d’expérience est aujourd’hui mise au service de la RDC. Un pays que James Swan connaît, qu’il aime peut-être, et pour lequel il souhaite sincèrement contribuer à la paix.

Un mandat renouvelé mais recentré

La résolution 2808, adoptée en décembre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies, a renouvelé le mandat de la MONUSCO jusqu’au 20 décembre 2026.

Mais elle en a aussi redéfini les priorités, en fonction de l’évolution de la situation sur le terrain. La mission onusienne, présente en RDC depuis plus de vingt ans, doit s’adapter. Elle doit se concentrer sur l’essentiel : la protection des civils, l’appui aux processus de paix, la stabilisation des zones les plus touchées par les conflits.

James Swan aura la lourde tâche de mettre en œuvre ce mandat, avec des moyens limités, dans un contexte régional explosif, et avec une coordination parfois complexe avec les autorités congolaises.

Un appel à la solidarité des Congolais

Au-delà de ses fonctions, James Swan a lancé un appel aux Congolais eux-mêmes. La solidarité, a-t-il dit, est la clé.

Solidarité entre communautés, pour éviter que les conflits ne prennent une dimension ethnique ou régionale. Solidarité entre la population et les forces de sécurité, pour que la confiance se reconstruise. Solidarité entre la société civile et les institutions, pour que la démocratie s’enracine.

L’ONU ne fera pas la paix à la place des Congolais. Elle peut les aider, les soutenir, les protéger. Mais c’est à eux, d’abord, de choisir la paix.

Un engagement renouvelé

James Swan a conclu sa prise de parole en affirmant arriver à Kinshasa avec humilité et détermination. Humilité face à l’ampleur des défis. Détermination à soutenir les Congolais et à faire avancer les efforts nécessaires en faveur de la désescalade et d’une paix durable.

Les prochains mois diront si cette nouvelle direction de la MONUSCO apportera des résultats tangibles. La population de l’Est, elle, attend. Elle attend que les armes se taisent. Que les déplacés puissent rentrer chez eux. Que les enfants retournent à l’école. Que la vie, simplement, reprenne ses droits.

James Swan, diplomate chevronné, connaît bien la RDC. Il sait que la paix ne se décrète pas. Elle se construit, jour après jour, effort après effort, compromis après compromis.

Son appel à la solidarité est un premier pas. Il en faudra beaucoup d’autres. Et la communauté internationale, les Nations unies, la MONUSCO, seront là pour les accompagner.

Reste à savoir si, cette fois, la dynamique sera la bonne. Si les Congolais saisiront cette main tendue. Si la paix, enfin, pourra germer sur cette terre meurtrie. James Swan, en tout cas, y croit. Et il est prêt à se battre pour y parvenir.

Nord-Kivu : Lukweti sous tension, la population vit dans l’angoisse après les combats

Un calme fragile règne à nouveau sur Lukweti. Cette localité, située à une dizaine de kilomètres à l’est de Nyabiondo, a retrouvé une accalmie depuis le lundi 6 avril 2026. Pourtant, la situation reste tendue.

Les jours précédents, de violents combats ont opposé les rebelles de l’AFC/M23 aux groupes dits Wazalendo. Pris au piège, les civils ont fui massivement. Aujourd’hui encore, la crise humanitaire inquiète. De plus, une reprise des affrontements reste possible.

Le dimanche 5 avril, les rebelles ont lancé une offensive depuis Nyabiondo. Rapidement, des tirs d’armes lourdes ont retenti en pleine journée. La panique s’est installée.

Face au danger, les habitants ont abandonné leurs maisons. Ils se sont dirigés vers Bulewa, Misheeshe et Manyema, près de Mutongo. Sur place, les témoignages décrivent des scènes chaotiques. Des familles fuient à pied. Des enfants se perdent. Des personnes âgées restent en arrière.

Une accalmie précaire sous tension

Malgré l’attaque, les rebelles n’ont pas pris le contrôle de Lukweti. En effet, les Wazalendo tiennent toujours leurs positions. Ils continuent de résister et repoussent les assauts.

Cependant, la situation reste instable. À tout moment, les combats peuvent reprendre. Les lignes bougent vite dans cette zone.

Pour l’instant, aucun bilan officiel n’existe. Ni pour les civils, ni pour les combattants. L’incertitude domine. Des blessés restent sans soins. D’autres personnes sont portées disparues.

Une urgence humanitaire qui s’aggrave

Dans ce contexte, les humanitaires tirent la sonnette d’alarme. Ils décrivent une situation alarmante. D’abord, les déplacements restent limités par l’insécurité. Ensuite, l’économie locale est à l’arrêt. Les marchés ferment. Les commerces disparaissent.

Les risques sont nombreux.

D’une part, les villages voisins accueillent des déplacés sans moyens suffisants. D’autre part, l’accès à l’eau, aux soins et à la nourriture devient difficile. Enfin, les conditions sanitaires se dégradent, ce qui augmente les risques d’épidémies.

Ainsi, les organisations humanitaires appellent à une aide urgente. Toutefois, l’insécurité complique l’accès à la zone.

Nord-Kivu : une crise qui s’étend

La situation de Lukweti s’inscrit dans une crise plus large au Nord-Kivu. Depuis plusieurs mois, les combats se multiplient. En parallèle, les déplacements augmentent fortement.

Les chiffres donnent le vertige.

Plus de 1,86 million de personnes sont déplacées. En outre, 2,17 millions sont retournées dans des conditions précaires. Enfin, 3,90 millions souffrent d’insécurité alimentaire.

Derrière ces données, il y a des vies brisées. Des familles ont tout perdu. Des enfants souffrent de malnutrition. Des femmes subissent des violences.

Par ailleurs, d’autres zones restent touchées. À Rutshuru, des milliers de personnes ont fui Bukombo. À Masisi, plusieurs localités se vident. À Lubero, des attaques ont forcé la population à partir.

Chaque jour, de nouveaux déplacés apparaissent. Le conflit s’enlise et s’intensifie.

Le calme observé à Lukweti reste donc fragile. Il peut annoncer une trêve… ou précéder une nouvelle flambée de violence.

En attendant, les populations vivent dans la peur. Les humanitaires poursuivent leurs efforts malgré les risques.

Une chose est certaine : l’urgence est là. Et cette fois, les actes sont attendus.

Nord-Kivu : la société civile locale appelle à une assistance humanitaire urgente à Mpety

La situation sécuritaire reste alarmante à Banakindi, précisément à Mpety, une localité située dans le groupement Kisimba, en territoire de Walikale au Nord-Kivu. Cette contrée de la République Démocratique du Congo reste marquée par de fortes violences qui continuent d’affecter la population.

C’est le constat amer fait après une mission de la délégation du noyau de la société civile locale en date du 30 mars dernier, laquelle a tablé sur des faits douloureux vis-à-vis des autochtones déjà en situation de vie précaire. Il s’agit principalement du manque d’accès aux soins médicaux après la démolition du centre de santé et la réduction en cendres d’une grande partie du village.

Toutefois, ladite structure indique que le pont de Minjenje reste praticable tant pour les piétons que pour les véhicules. C’est une « lueur d’espoir », note la société civile, évoquant pour la circonstance la nécessité pour les services habilités d’intervenir le plus tôt possible pour une prise en charge humanitaire adéquate, l’assistance alimentaire, l’accès aux soins de santé, l’approvisionnement en eau potable et le soutien psychosocial à l’égard des populations touchées par la guerre au Nord-Kivu.

Retour progressif des populations

La mission souligne le retour progressif des populations déplacées depuis vendredi dernier. Elle explique cette situation par le retrait des rebelles de l’AFC/M23 dans cette entité qui était autrefois le principal bastion des activités de guerre. Mais l’accompagnement adapté s’avère important pour le retour progressif des habitants à Walikale, cela pour éviter tout incident durant le processus.

Bannir les discours de la haine

La délégation du noyau de la société civile locale de Banakindi appelle les populations à bannir tout discours de haine en cette période. Celle-ci considère cet appel comme une alternative pour assurer la cohésion sociale entre les citoyens. En outre, elle encourage la promotion de l’acceptation mutuelle pour reconstruire le tissu social.

La guerre imposée au Congo par les forces obscures de l’AFC/M23 et le Rwanda ne cesse de produire des résultats néfastes à Mpety et dans multiples autres coins du Nord-Kivu. Celle-ci marque son empreinte par des pertes en vies humaines, déplacements massifs des populations, violations des femmes et jeunes filles et bien d’autres crimes.

Non respect des accords internationaux par le Rwanda

Les différents rapports des organisations internationales à l’exemple des Nations-Unies ont déjà tablé sur la responsabilité du Rwanda à travers ses supplétifs de l’AFC-M23. Mais la cessation des hostilités peine à se faire remarquer, ce malgré l’accord de paix signé entre le Gouvernement de la RDC et du Rwanda, à Washington DC, sous la médiation du Président américain Donald Trump.

L’accord prévoyait :

– Désengagement et Sécurité : retrait des troupes rwandaises de la RDC et démantèlement des groupes armés, notamment le FDLR et le M23,
– Mécanisme de Suivi : création d’un comité conjoint de coordination de la sécurité, impliquant la médiation togolaise et la communauté internationale,
– Soutien International : l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) soutient activement cet accord, favorisant la coopération régionale,
– Intégration Économique : le renforcement de la coopération économique dans la région des Grands Lacs.

L’AFC/M23 amorce un repli stratégique, la diplomatie gagne du terrain

Un vent nouveau semble souffler sur l’Est de la République démocratique du Congo. Depuis plusieurs jours, les combattants de l’AFC/M23 ont entamé un retrait visible dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce samedi 28 mars 2026, ils ont quitté les localités de Pitakongo et Bunyatenge, après s’être déjà retirés, jeudi et vendredi, d’au moins douze localités du territoire de Lubero, ainsi que de la cité stratégique de Minova. Un mouvement qui couvre près de 30 kilomètres par rapport à leurs positions initiales. Loin d’une déroute militaire, ce repli semble obéir à une logique diplomatique, alors que les pourparlers de paix s’intensifient.

L’information, relayée notamment par TV5Monde et confirmée par plusieurs sources locales, ne passe pas inaperçue. Après des mois d’affrontements et de conquêtes territoriales, les rebelles de l’AFC/M23 battent en retraite. Mais il ne s’agit pas d’une fuite, tient à préciser le maire rebelle de Goma. Ces mouvements sont présentés comme des « repositionnements tactiques », destinés à instaurer un climat de confiance avant les prochaines négociations.

Le centre de gravité des négociations se déplace

Ce retrait intervient dans un contexte diplomatique particulièrement actif. Après les discussions amorcées à Doha, puis à Washington, le centre de gravité des pourparlers pourrait désormais se déplacer vers la Suisse. La confédération helvétique est pressentie pour accueillir les prochaines rencontres entre les parties.

L’enchaînement des événements est parlant : à mesure que les discussions avancent, les positions rebelles reculent. Une corrélation que Kinshasa observe avec attention, y voyant la validation de sa stratégie de fermeté sur la scène internationale.

Un test politique majeur pour Félix Tshisekedi

Pour le président Félix Tshisekedi, cette évolution constitue un test politique de premier ordre. Jamais depuis l’offensive du M23 débutée fin 2021, les rebelles n’avaient consenti à des replis d’une telle ampleur sans être contraints militairement.

Si Kinshasa parvient à obtenir la restitution des zones occupées depuis plus d’un an par la seule pression diplomatique, ce serait une victoire stratégique majeure. Elle conforterait la ligne du gouvernement congolais, qui a misé sur la mobilisation de la communauté internationale et les sanctions contre le Rwanda pour faire plier les rebelles.

Le message est clair : la fermeté paie. Mais la partie est loin d’être gagnée.

Des zones d’ombre persistantes

Ce repli, aussi significatif soit-il, laisse subsister d’importantes zones d’ombre. La destination des troupes en mouvement reste incertaine. Où se redéploient les combattants de l’AFC/M23 ? Se préparent-ils à une nouvelle offensive, ou ces retraits annoncent-ils un véritable désengagement ?

Surtout, Goma, le chef-lieu du Nord-Kivu, demeure sous l’influence du mouvement rebelle. La ville, carrefour économique et humanitaire stratégique, reste aux mains des hommes du M23. Tant que cette situation perdurera, toute idée de victoire définitive sera prématurée.

Le maire rebelle de Goma a d’ailleurs tenu à rappeler que ces repositionnements n’étaient pas un abandon, mais un geste destiné à faciliter le dialogue. Une nuance qui laisse entendre que la main tendue pourrait se refermer si les pourparlers n’aboutissent pas.

Une victoire diplomatique en vue ?

La question qui agite désormais les observateurs est simple : Félix Tshisekedi est-il en passe de remporter une victoire stratégique sans recourir à des affrontements directs de grande envergure ?

Les éléments plaident en ce sens. La pression internationale, les sanctions américaines contre l’armée rwandaise, les pourparlers engagés sous l’égide de puissances occidentales : tout semble converger vers un affaiblissement de la position rebelle. Le repli observé ces derniers jours pourrait être le premier signe tangible de cette dynamique.

Mais l’histoire de l’Est congolais est jalonnée d’accords signés puis violés, de trêves suivies d’offensives encore plus meurtrières. La prudence reste donc de mise.

La guerre se déplace sur le terrain diplomatique

Si les armes semblent momentanément se taire, le conflit a changé de nature. Il se déplace désormais sur le terrain diplomatique. Les prochaines semaines diront si ce retrait marque le début d’un processus de paix durable ou s’il ne constitue qu’une simple accalmie avant une nouvelle phase des hostilités.

Pour Kinshasa, l’enjeu est considérable. Une paix négociée, obtenue par la pression internationale, serait une victoire politique immense pour Félix Tshisekedi. Elle conforterait sa légitimité sur la scène nationale et internationale. À l’inverse, une reprise des combats après des gestes unilatéraux de retrait pourrait être perçue comme un aveu de faiblesse.

Pour les populations de l’Est, habituées aux espoirs déçus, le temps est à la prudence. Elles ont vu trop de trêves s’effondrer pour croire au miracle du jour au lendemain. Mais pour la première fois depuis longtemps, un retrait rebelle d’ampleur intervient sans qu’une offensive militaire ne l’ait provoqué. C’est peut-être cela, le vrai signe : la guerre n’est plus seulement une affaire de fusils et de tranchées. Elle se joue aussi, désormais, dans les salons feutrés des chancelleries.

Et dans cette partie-là, Félix Tshisekedi semble avoir pris l’avantage. Reste à transformer l’essai.

Kikwit : Félix Tshisekedi inaugure le nouveau QG de la 11e région militaire

Sous une pluie persistante, la ville de Kikwit a vécu un moment historique. En effet, ce jeudi 26 mars 2026, le président Félix Tshisekedi a inauguré le quartier général de la 11e région militaire. Cette cérémonie s’inscrit dans une dynamique de modernisation des FARDC. Elle reflète aussi la vision d’une armée « républicaine, professionnelle, moderne et dissuasive ».

L’avion présidentiel a traversé les nuages avant d’atterrir à Kikwit. Malgré la pluie, les autorités locales et les officiers ont répondu présents. De plus, une foule nombreuse attendait le chef de l’État. À sa descente, Félix Tshisekedi a salué les officiels. Ensuite, Guy Kabombo Muadiamvita l’a accueilli aux côtés des autorités provinciales.

Le cortège s’est dirigé vers le site du nouveau quartier général. Sur place, la cérémonie s’est tenue dans une atmosphère solennelle.

Quatre infrastructures en 19 mois

Cette inauguration ne constitue pas un acte isolé. Au contraire, elle s’inscrit dans un programme plus large. En effet, en 19 mois, le ministère de la Défense a lancé ou achevé quatre infrastructures militaires.

Ce rythme soutenu traduit une volonté politique claire. L’objectif reste de renforcer les capacités de l’armée face aux défis sécuritaires.

Cette stratégie repose sur un principe simple : le trinôme FEC. Il s’agit de la Formation, de l’Équipement et du Casernement. Ainsi, le gouvernement considère ces trois axes comme indissociables. On ne forme pas efficacement sans conditions de vie décentes. De même, l’équipement reste inutile sans un cadre adapté.

« Un révélateur des efforts du gouvernement »

Dans son discours, Guy Kabombo Muadiamvita a salué cette avancée. Selon lui, cette réalisation reflète les efforts constants du gouvernement.

Il a également rappelé la vision du président. Félix Tshisekedi veut placer la modernisation militaire au cœur de son action. « Aujourd’hui, à Kikwit, nous posons une nouvelle pierre », a-t-il affirmé.

Une armée républicaine et dissuasive

Ensuite, le ministre a détaillé ses priorités. D’abord, il insiste sur la réorganisation des unités des FARDC. L’objectif consiste à renforcer leur présence sur tout le territoire. Ainsi, il veut mettre fin aux replis stratégiques du passé.

Par ailleurs, il ambitionne de bâtir une armée moderne et disciplinée. Cette armée doit servir la nation et respecter les lois. Elle doit aussi être capable de dissuader toute menace.

Une réponse aux besoins du terrain

Cette infrastructure répond à des besoins concrets. En effet, lors d’une mission en juillet 2024, les militaires avaient alerté sur leurs conditions de vie. Ils évoquaient des difficultés qui affectaient leur moral.

Aujourd’hui, le gouvernement apporte une réponse directe. De plus, le ministre promet d’étendre cette politique à d’autres régions. L’accent portera aussi sur la santé des militaires et de leurs familles.

Appel à la responsabilité

Le ministre s’est ensuite adressé aux officiers de Kikwit. Il leur demande de bien gérer ces infrastructures. En effet, un bâtiment ne vaut que par son entretien et son utilisation.

Par ailleurs, il insiste sur la relation avec la population. Une armée républicaine doit rester proche des citoyens. Elle doit aussi écouter et protéger.

Une vision qui prend forme

Au-delà de l’inauguration, une vision se concrétise. Celle d’une armée modernisée et plus professionnelle.

Cependant, les défis restent nombreux. Le conflit dans l’est et les tensions régionales persistent. Malgré cela, le message est clair. L’État investit dans son armée, non seulement en équipements, mais aussi en infrastructures.

Pour les militaires de la 11e région, ce bâtiment a une forte valeur symbolique. Il représente une reconnaissance. Il incarne aussi une promesse d’amélioration des conditions de vie.

Ainsi, sous la pluie de Kikwit, Félix Tshisekedi a lancé un signal fort. De son côté, Guy Kabombo Muadiamvita promet de poursuivre cette dynamique. Pour les FARDC, une nouvelle étape commence.

les FARDC reprennent Muchacha, un site minier stratégique, aux rebelles ADF

Un coup de tonnerre dans la forêt de l’Ituri. Ce mardi 24 mars 2026, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont annoncé la reprise de Muchacha, une localité stratégique du territoire de Mambasa. Ce site minier, longtemps aux mains des rebelles ADF, était devenu un foyer majeur d’atrocités, notamment le massacre d’une trentaine de civils. La reconquête a été menée conjointement avec l’armée ougandaise (UPDF) dans le cadre d’une offensive plus large contre le groupe armé.

Muchacha n’est pas une localité comme les autres. Située dans une zone riche en minerais, elle représentait pour les ADF une source de financement essentielle. Le groupe rebelle d’origine ougandaise y avait imposé sa loi, exploitant illégalement le site minier et multipliant les violences contre les populations locales.

La reprise de ce bastion est un coup dur pour le mouvement rebelle. Il perd l’un de ses points d’appui les plus importants dans le territoire de Mambasa, un sanctuaire où il avait su se rendre quasiment inexpugnable ces dernières années.

Une coalition FARDC-UPDF en action

Cette opération ne s’est pas déroulée isolément. La reconquête de Muchacha s’inscrit dans une série d’offensives menées vendredi et samedi derniers par la coalition FARDC-UPDF sur plusieurs fronts.

Dans le secteur des Bapere, au Nord-Kivu (territoire de Lubero), les forces régulières ont également frappé fort. Cinq combattants ADF ont été tués, dont un de leurs leaders, de nationalité ougandaise. Un symbole fort pour un groupe qui recrute et structure ses cadres au-delà des frontières.

Le lieutenant Marc Elongo, porte-parole du secteur opérationnel Sokola 1 Grand Nord, a détaillé les résultats de ces opérations : quatre armes AK-47 récupérées, et surtout, trois otages libérés des mains des ADF.

Un sanctuaire qui s’effrite

L’enchaînement de ces succès militaires sur deux fronts distincts – Ituri et Nord-Kivu – est significatif. Il montre une coordination accrue entre les armées congolaise et ougandaise, et une capacité à frapper simultanément sur plusieurs axes.

Pour les ADF, qui avaient fait de la forêt de l’Ituri et des collines du Nord-Kivu leurs sanctuaires, la donne est en train de changer. La perte de Muchacha, avec ses retombées financières, prive le groupe d’une ressource vitale. La mort de l’un de leurs cadres ougandais au Nord-Kivu désorganise en outre leur chaîne de commandement.

Le coût humain de l’occupation

Si les opérations militaires se multiplient et semblent porter leurs fruits, elles rappellent aussi le lourd tribut payé par les civils. À Muchacha, les ADF avaient laissé un sillage de terreur. Le massacre d’une trentaine de civils, évoqué par les FARDC, n’est que le dernier épisode en date d’une violence systématique contre les populations locales.

Les otages libérés dans le secteur des Bapere témoignent, eux aussi, de la stratégie d’ensauvagement du groupe, qui n’hésite pas à enlever des civils pour des rançons ou pour renforcer ses rangs.

Une dynamique régionale à conforter

La reprise de Muchacha et les succès enregistrés au Nord-Kivu sont des avancées notables dans la lutte contre les ADF. Mais la bataille est loin d’être terminée. Le groupe, qui a montré par le passé sa capacité à se recomposer après les revers, reste présent dans d’autres zones.

Pour les armées congolaise et ougandaise, l’enjeu est désormais de consolider les acquis. Cela passe par une présence militaire durable sur les zones reprises, pour empêcher tout retour des rebelles. Cela passe aussi par la restauration de l’autorité de l’État, notamment dans les sites miniers, pour éviter que d’autres groupes armés ne viennent remplacer les ADF dans l’exploitation illégale des ressources.

Pour les populations de Mambasa et des Bapere, l’heure est à un soulagement prudent. Après des années de terreur, la perspective d’un retour à la paix se dessine. Mais la route est encore longue, et les défis nombreux, avant que la vie normale ne puisse reprendre ses droits dans ces territoires martyrs.

Une tentative d’intrusion déjouée à l’hôtel de Denise Nyakeru Tshisekedi

Un incident sécuritaire a marqué le séjour de la Première Dame de la République démocratique du Congo aux États-Unis. En effet, ce mardi 24 mars 2026, le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a révélé une tentative d’intrusion à l’hôtel où réside Denise Nyakeru Tshisekedi à Washington. L’alerte est partie du Kwilu, où se tient la Conférence des gouverneurs. Depuis, les autorités congolaises collaborent étroitement avec leurs homologues américaines pour éclaircir les faits.

Par ailleurs, Patrick Muyaya a rendu l’information publique en marge de la 13e session de la Conférence des gouverneurs à Bandundu. Face aux journalistes, il a confirmé l’incident survenu dans l’établissement où séjourne la Première Dame, présente à Washington depuis plusieurs jours.

Selon les premiers éléments, des individus non identifiés ont tenté de pénétrer dans l’hôtel. Toutefois, les services de sécurité ont rapidement déjoué cette tentative. Aucun dommage n’a été enregistré. De plus, Denise Nyakeru Tshisekedi n’a pas été menacée et poursuit normalement son programme diplomatique.

Des investigations en cours

Pour l’instant, le gouvernement congolais ne dispose pas de toutes les informations. Ainsi, Patrick Muyaya appelle à la prudence en attendant les conclusions de l’enquête.

« Nous avons appris un incident dans l’hôtel où séjourne la Première Dame (…) des individus en cours d’identification ont essayé de pénétrer dans l’établissement. Le gouvernement congolais reste en contact étroit avec les autorités américaines afin d’obtenir davantage d’éléments. Nous reviendrons sur ce dossier lorsque la situation évoluera », a-t-il déclaré.

Dans ce contexte, les services de sécurité congolais et américains ont lancé une enquête conjointe. Celle-ci vise à identifier les auteurs et à comprendre leurs motivations.

Une possible « corrélation » avec le Rwanda

Cependant, une déclaration a retenu l’attention. Lors de son intervention, le porte-parole a évoqué une possible « corrélation » avec le Rwanda, sans donner plus de détails.

Cette hypothèse intervient dans un climat déjà tendu entre Kinshasa et Kigali. En effet, les relations restent dégradées depuis plusieurs mois. Le conflit dans l’est de la RDC et les accusations mutuelles de déstabilisation alimentent ces tensions.

Si cette piste se confirme, l’incident pourrait prendre une dimension diplomatique majeure. D’autant plus que la RDC et le Rwanda participent actuellement à des pourparlers de paix sous l’égide des États-Unis.

Un sommet des premières dames à Washington

Actuellement, Denise Nyakeru Tshisekedi séjourne dans la capitale américaine pour participer à un sommet d’épouses de chefs d’État. Melania Trump, Première Dame des États-Unis, est à l’origine de cette initiative.

L’événement réunit plusieurs premières dames autour de questions sociales et diplomatiques. D’ailleurs, les deux personnalités se sont déjà rencontrées en septembre 2019, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies.

Par ailleurs, la Première Dame congolaise se rend régulièrement aux États-Unis dans le cadre des activités de l’Organisation des Premières Dames d’Afrique pour le Développement (OPDAD). Ces rencontres se tiennent souvent en marge des sessions de l’ONU.

Une affaire aux implications diplomatiques

Cet incident survient à un moment particulièrement sensible. En effet, Washington joue actuellement un rôle central dans la médiation entre la RDC et le Rwanda. Cette dynamique s’est renforcée après la signature récente d’accords de paix.

Dans ce contexte, la présence de Denise Nyakeru Tshisekedi à Washington illustre la volonté de Kinshasa de consolider ses relations avec les États-Unis.

Une telle tentative d’intrusion ne peut donc pas être prise à la légère. Désormais, les autorités congolaises attendent des réponses claires. L’enquête devra déterminer s’il s’agit d’un acte isolé, d’une opération organisée ou d’un incident sans lien avec les tensions régionales.

En attendant, Denise Nyakeru Tshisekedi poursuit ses activités diplomatiques. L’incident n’a pas entamé sa détermination. Toutefois, il rappelle la fragilité du contexte sécuritaire actuel. Plus largement, il souligne que la paix dans la région des Grands Lacs reste un équilibre précaire.

Goma : l’ONU supplie pour la réouverture de l’aéroport, « verrou » de l’aide humanitaire au Nord-Kivu

C’est un cri d’alarme lancé depuis Goma. Bruno Lemarquis, coordonnateur résident et humanitaire des Nations unies en RDC, a plaidé ce mercredi 18 mars 2026 pour une réouverture, même partielle, de l’aéroport international de la ville. Fermé depuis janvier 2025 en raison de la guerre, cet accès stratégique est devenu le principal obstacle à l’acheminement de l’aide d’urgence vers des millions de sinistrés.

Dans un entretien accordé à Radio Okapi depuis Goma, le haut fonctionnaire onusien n’a pas mâché ses mots. La situation est simple : sans aéroport, l’aide humanitaire est au point mort. Et chaque jour qui passe, des vies sont en jeu.

« La réouverture de l’aéroport international de Goma, même limitée aux vols humanitaires, faciliterait grandement l’intervention au Nord-Kivu », a-t-il insisté.

Un détour par l’étranger pour sauver des vies

Le constat est absurde et tragique à la fois. Pour venir en aide aux populations de l’est de la RDC, les humanitaires doivent aujourd’hui emprunter des chemins de traverse. Ils transitent par les pays voisins, multipliant les distances, les délais et les coûts.

« Il est devenu extrêmement difficile pour les acteurs humanitaires d’atteindre la ville, car ils sont désormais obligés de transiter par des pays voisins », explique Bruno Lemarquis.

Cette situation a des conséquences concrètes sur l’aide elle-même. Ce ne sont pas seulement des personnes qui peinent à arriver, mais aussi des marchandises vitales.

« On sait, ça coûte beaucoup d’argent aussi pour se déplacer, parce qu’il faut passer par d’autres pays pour arriver à Goma. Donc ça faciliterait vraiment la vie des collègues, et puis éventuellement aussi du petit fret. Certains médicaments, des vaccins, etc., ça serait quand même beaucoup plus pratique et rapide s’il pouvait y avoir une reprise de petits vols humanitaires », a détaillé le coordonnateur.

Derrière ces mots techniques se cache une réalité brutale : des vaccins qui arrivent périmés, des médicaments qui manquent, des populations qui attendent, désespérément.

La politique, premier obstacle à la réouverture

Mais rouvrir un aéroport en pleine zone de conflit ne se décrète pas. Bruno Lemarquis le sait mieux que personne. Les conditions sont strictes et dépassent largement le cadre technique.

« Pour qu’il y ait réouverture de l’aéroport ou bien reprise de quelques vols, il faudra vraiment des garanties sécuritaires. Ça, c’est un point. Ensuite, il y a des aspects techniques. Ensuite, il y a des aspects plus administratifs, notamment la gestion de l’espace aérien souverain et puis la gestion de l’aéroport », a-t-il énuméré.

Autrement dit, tant que les belligérants ne s’entendront pas pour garantir la sécurité des vols, l’aéroport restera clos. C’est pourquoi le coordonnateur humanitaire appelle à inscrire ce dossier à l’ordre du jour des discussions politiques, notamment celles qui se tiennent à Doha entre les parties prenantes au conflit.

Un symbole d’espoir déjà posé en février

Pourtant, une lueur d’espoir existe. En février dernier, un hélicoptère de la MONUSCO a réussi à se poser à Goma. Une première depuis un an.

À son bord se trouvait Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la mission onusienne, venue en appui au processus de paix engagé entre le gouvernement congolais et la rébellion AFC/M23.

À sa descente d’appareil, elle avait pris soin de souligner le symbole : « Il y a plus d’un an, le 26 janvier 2025, j’étais dans le dernier avion à atterrir à l’aéroport de Goma. Aujourd’hui, je suis dans le premier hélicoptère à y atterrir à nouveau et j’espère que c’est le début de la réouverture progressive de cet aéroport au bénéfice de la population. »

Cet atterrissage isolé n’a pas ouvert les vannes du trafic humanitaire. Mais il a prouvé une chose : techniquement, c’est possible. Politiquement, c’est une autre histoire.

L’urgence d’une décision

Pour Bruno Lemarquis, le temps presse. Chaque jour de fermeture supplémentaire aggrave une situation humanitaire déjà catastrophique dans l’est du pays. Les déplacés s’entassent dans des camps insalubres, les épidémies menacent, et la population civile paie le prix fort d’une guerre qui n’en finit pas.

La réouverture de l’aéroport de Goma ne réglera pas tout. Mais elle lèvera un verrou majeur. Elle permettra à l’aide d’affluer, aux équipes de tourner, aux vaccins d’arriver à temps.

Une question de volonté politique, disait Lemarquis. Et peut-être, tout simplement, d’humanité.

Échange de prisonniers : le CICR au cœur des négociations entre Kinshasa et la rébellion du M23

Un vent de tension et d’espoir mêlé souffle sur le processus de paix dans l’Est de la République démocratique du Congo. Ce jeudi 12 mars, dans le silence feutré d’un cabinet ministériel à Kinshasa, une rencontre discrète mais lourde de sens s’est tenue. Le Vice-Premier ministre de la Défense, Guy Kabombo, a reçu François Moreillon, le chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) en RDC. Au centre des discussions, une question brûlante : la libération des détenus de guerre, un enjeu humanitaire devenu le symbole des blocages persistants entre le gouvernement et la rébellion de l’AFC/M23.

Depuis plusieurs semaines, les lignes semblent vouloir bouger, mais avec la lenteur des glaciers et la fragilité du verre. La rencontre de Kinshasa fait écho à une annonce fracassante venue du Nord-Kivu. La semaine passée, depuis leur bastion de Rumangabo, dans le territoire de Rutshuru, les rebelles de l’AFC/M23 ont proclamé une « libération » massive : plus de cinq mille éléments des Forces armées de la RDC (FARDC), capturés sur les différents fronts, seraient prêts à être « rapatriés » vers la capitale.

Dans leur communiqué, l’Alliance Fleuve Congo affirme avoir déjà remis ces prisonniers au CICR, l’organisation neutre par excellence. « Ceux-ci seront rapatriés vers Kinshasa sous la supervision du CICR », ont-ils déclaré, fixant au 2 mars 2026 la cérémonie officielle de cette remise. Un chiffre, 5000, qui, s’il se confirme, marquerait l’un des plus importants transferts de prisonniers depuis le début de l’escalade militaire.

Le CICR, Fil Tendu entre les Belligérants

Face à ces déclarations, François Moreillon a tenu un discours mesuré, propre à son rôle d’intermédiaire. Il confirme avoir pris connaissance du communiqué de l’AFC/M23 et réaffirme la position constante de son institution : « En tant qu’intermédiaire neutre, le CICR se tient prêt à accompagner une telle opération avec l’accord de toutes les parties. » Un prérequis essentiel qui souligne la complexité de la situation. Une opération humanitaire de cette envergure ne peut se faire sans le feu vert explicite du gouvernement congolais.

C’est précisément pour poser les bases de cet accord que la réunion du 12 mars était cruciale. Selon le cabinet du ministre, Guy Kabombo a tenu à saluer l’engagement du CICR et à réaffirmer son soutien aux efforts de l’organisation pour protéger la vie et la dignité des victimes. De son côté, M. Moreillon a rappelé l’ancrage historique de la Croix-Rouge en RDC, présente depuis plus de 40 ans, et la nature de ses relations avec le ministère de la Défense, qui couvrent aussi bien la formation au droit international humanitaire que ce rôle d’intermédiaire neutre dans le « processus de Doha ».

L’Ombre de Doha et l’Amertume des Rebelles

Cet échange s’inscrit dans le cadre fragile des accords de Doha. En mai 2025, une première opération avait déjà permis au CICR de transférer plus de 1300 militaires désarmés de Goma à Kinshasa. Un précédent qui laissait entrevoir une possible détente.

Mais aujourd’hui, la musique a changé. Sous les annonces de libération, la mélodie de la défiance persiste. L’AFC/M23, soutenue par Kigali, ne cache pas son amertume. Dans leurs récentes déclarations, les rebelles dénoncent ce qu’ils considèrent comme un blocage majeur : le refus obstiné de Kinshasa de libérer leurs propres camarades détenus. Ils évoquent des arrestations qu’ils jugent arbitraires, visant leurs combattants mais aussi des civils « en raison de leur simple faciès ».

Plus grave encore, ils accusent le gouvernement de violer continuellement le cessez-le-feu et d’avoir imposé une « guerre généralisée » qui prend pour cible, selon eux, les populations civiles et leurs biens. Ces accusations croisées jettent une ombre immense sur le processus humanitaire.

Alors que le CICR tente de tisser patiemment la corde diplomatique qui permettra de rapatrier ces 5000 soldats, la question reste entière : cette opération, si elle aboutit, sera-t-elle un pas vers la paix ou simplement un répit dans une guerre qui n’a pas dit son nom ? La réponse se trouve dans l’équilibre précaire que tentent de maintenir, à Kinshasa comme à Goma, les hommes de l’ombre et les diplomates.

Libération des détenus de guerre : le gouvernement congolais et le CICR main dans la main

Kinshasa, 12 mars 2026 – Dans le ballet feutré des cabinets ministériels, certaines rencontres disent beaucoup de l’état d’un pays. Ce jeudi, dans son bureau de travail, le Vice-Premier Ministre, Ministre de la Défense Nationale et des Anciens Combattants, S.E. Me Guy Kabombo Muadiamvita, a reçu M. Morillon, chef de la délégation du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Au menu des échanges : le sort des détenus de guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, une question aussi sensible qu’urgente.

Cette audience s’inscrit dans la continuité d’une coopération vieille de plus de quarante ans entre Kinshasa et l’organisation humanitaire genevoise. Un partenariat discret mais essentiel, qui tisse sa toile dans l’ombre des conflits pour tenter d’en atténuer les souffrances.

Le CICR, un intermédiaire neutre au cœur de la tourmente

À l’issue de l’entretien, M. Morillon a rappelé la nature profonde du travail de son institution en RDC. Le CICR n’est pas un simple prestataire d’aide humanitaire. Il est aussi, et surtout, un acteur engagé dans la promotion du droit international humanitaire et un intermédiaire neutre lorsque les armes parlent.

« Nous entretenons des relations constantes avec plusieurs ministères, notamment celui de la Défense nationale », a souligné le chef de délégation, évoquant les activités menées conjointement avec les Forces armées de la République démocratique du Congo. Parmi celles-ci, la formation des militaires congolais aux règles du droit international humanitaire occupe une place centrale. Former ceux qui portent l’uniforme aux limites à ne pas franchir, même en temps de guerre, c’est l’un des combats silencieux mais permanents du CICR.

Des détenus de guerre au cœur des préoccupations

Mais le sujet principal de cette rencontre était ailleurs. Il concernait directement la situation des personnes capturées lors des affrontements qui embrasent l’Est du pays. Prisonniers de guerre, détenus liés au conflit : leur sort est une équation complexe, mêlant impératifs sécuritaires, obligations légales et impératifs humanitaires.

Le CICR, fort de son rôle de neutralité, plaide pour un accès régulier à ces détenus, pour le suivi de leurs conditions de détention et, in fine, pour les modalités d’une éventuelle libération. Des sujets sensibles, qui touchent à la souveraineté de l’État et à la gestion des prisonniers par les autorités militaires. Que les deux parties aient accepté d’en discuter directement témoigne d’une volonté commune de ne pas laisser cette question en suspens.

Kabombo salue l’engagement humanitaire et appelle à plus de collaboration

Très réceptif aux arguments de son interlocuteur, Me Guy Kabombo Muadiamvita a tenu à saluer publiquement l’engagement du CICR sur le terrain congolais. Le ministre de la Défense a exprimé son soutien aux efforts déployés par l’organisation pour la protection de la vie et de la dignité des victimes des conflits armés, une préoccupation que le gouvernement dit partager.

Mais au-delà des paroles de circonstance, le Vice-Premier Ministre a formulé un vœu précis : voir cette collaboration humanitaire se renforcer davantage. Un signal adressé à la fois au CICR et à la communauté internationale, suggérant que Kinshasa est prêt à approfondir son partenariat avec les acteurs humanitaires, pour autant que ceux-ci respectent le cadre souverain de l’État congolais.

Ce jeudi 12 mars 2026, dans la quiétude d’un cabinet ministériel, ce sont donc les fantômes de l’Est qui ont été convoqués. Ceux des combattants capturés, des civils pris entre deux feux, et d’une guerre qui n’en finit pas de dicter sa loi. Entre le gouvernement et le CICR, le dialogue se poursuit, fragile mais nécessaire, pour qu’au milieu du chaos, un peu d’humanité trouve encore sa place.

Goma : l’Union africaine condamne et réclame une enquête impartial

Kinshasa, 12 mars 2026 – La communauté internationale retient son souffle, et l’Union africaine sort du silence.

Ce jeudi, le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a publié un communiqué cinglant après la frappe de drone signalée à Goma, dans la province du Nord-Kivu. Une attaque qui a coûté la vie à des civils, dont une travailleuse humanitaire de l’UNICEF, et causé d’importants dégâts dans des zones résidentielles.

« Une violation du droit international humanitaire »

Dans son message, Mahmoud Ali Youssouf ne mâche pas ses mots. Il condamne fermement « toute attaque mettant en danger la vie des civils et du personnel humanitaire », rappelant que ces actes constituent une violation flagrante du droit international humanitaire.

Le président de la Commission de l’UA rejoint ainsi les nombreuses voix qui, depuis plusieurs jours, s’élèvent sur la scène internationale – États européens, États-Unis, organisations onusiennes – pour dénoncer l’escalade de violence dans l’Est congolais.

Appel à la retenue et aux enquêtes

Face à ce drame, l’Union africaine martèle un message clair : « toutes les parties doivent faire preuve de la plus grande retenue » et « éviter toute action susceptible d’aggraver les tensions ».

Mais au-delà des appels à la paix, l’UA insiste sur un point crucial : la nécessité d’une enquête impartiale pour faire la lumière sur les circonstances exactes de cette frappe. Qui a tiré ? Dans quelles conditions ? Pourquoi des civils et une employée de l’UNICEF ont-ils été touchés ?

Autant de questions auxquelles les autorités congolaises, après une longue période de silence, affirment désormais vouloir répondre. Le gouvernement a indiqué que des enquêtes étaient en cours pour déterminer les circonstances exactes des explosions survenues à l’aube dans la ville.

Un contexte de cessez-le-feu bafoués

Cette attaque intervient dans un climat régional explosif. Depuis des mois, les violations des cessez-le-feu se multiplient dans l’Est de la RDC, malgré les accords de Washington (décembre 2025) et l’engagement de Doha (juillet 2025) censés garantir un arrêt permanent des hostilités.

Le 5 mars, une déclaration conjointe de dix pays occidentaux – Belgique, Danemark, France, Allemagne, Pays-Bas, Suède, Suisse, Royaume-Uni, États-Unis, ainsi que l’Union européenne – avait déjà tiré la sonnette d’alarme. Ces États dénonçaient « l’utilisation de drones lors d’attaques militaires » et appelaient à une reprise urgente des négociations, rappelant qu' »il ne peut y avoir de solution militaire à ce conflit ».

Les humanitaires, cibles malgré elles

Cette frappe relance également le débat sur la sécurité des travailleurs humanitaires. Selon l’OCHA, 37 incidents affectant les acteurs humanitaires avaient été recensés en janvier 2026 dans l’Est – une baisse par rapport à décembre 2025, mais un chiffre qui reste alarmant.

La mort de cette employée de l’UNICEF, venue porter assistance aux populations déplacées, rappelle tragiquement que dans les conflits oubliés, ceux qui viennent aider sont trop souvent ceux qui paient le prix fort.

L’UA veut jouer son rôle

Dans son communiqué, Mahmoud Ali Youssouf réaffirme l’engagement de l’Union africaine à « travailler avec le gouvernement de la RDC, les partenaires régionaux et la communauté internationale pour faire progresser une solution politique durable ».

Un engagement qui reste à concrétiser sur le terrain. Car sur le papier, les initiatives diplomatiques se multiplient. Mais dans les collines du Nord-Kivu, les armes continuent de parler, et les civils continuent de mourir.

L’enquête réclamée par l’UA permettra-t-elle d’identifier les responsabilités et de relancer un processus de paix enlisé ? Rien n’est moins sûr. Mais une chose est certaine : chaque jour qui passe sans réponse claire enterre un peu plus les espoirs de paix des populations de l’Est.

La communauté internationale regarde. Les civils, eux, continuent de tomber.

Nangaa sort de l’ombre et prévient : « Kinshasa veut nous décapiter, nous répondrons »

Goma, 11 mars 2026 – Le visage grave, la voix posée mais le ton menaçant. Au lendemain des frappes de drones qui ont secoué la ville de Goma et coûté la vie à trois personnes, dont une humanitaire française, Corneille Nangaa est sorti du silence. Le coordonnateur politique de l’AFC/M23 a convoqué la presse pour livrer sa vérité, et surtout, pour adresser un avertissement sans équivoque au régime de Kinshasa.

Devant les caméras, Nangaa n’a pas mâché ses mots. Selon lui, les attaques répétées de ces derniers mois ne doivent rien au hasard. Elles obéissent à un plan précis, méthodique et sanglant. « Il est indéniable que la plupart des attaques successives perpétrées par le régime de Kinshasa ces derniers mois visent particulièrement les hautes personnalités politiques et militaires qui forment le leadership de l’Alliance Fleuve Congo-Mouvement du 23 mars », a-t-il asséné, désignant nommément les cibles de ce qu’il présente comme une entreprise de décapitation.

« Ils voulaient nous tuer tous »

Dans le détail, le chef rebelle a révélé que les frappes de ce mercredi 11 mars avaient délibérément visé le cœur du commandement de la rébellion. « Elles ont visé notamment le coordonnateur politique de l’AFC-M23, Corneille Nangaa Yobeluo, le coordonnateur militaire, le général Sultani Makenga, ainsi que les deux coordonnateurs adjoints, Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki », a-t-il énuméré, comme pour signifier que le régime de Félix Tshisekedi cherche à porter un coup fatal à l’état-major de l’insurrection.

Une accusation grave, qui place la rébellion en position de victime, mais aussi en situation de légitime défense. Car pour Nangaa, l’objectif de Kinshasa ne se limite pas à l’élimination des seuls rebelles. « L’objectif de Kinshasa est bien entendu de décapiter d’une part la révolution et d’autre part l’opposition politique au régime, d’affaiblir ses principaux piliers politiques et sécuritaires et de forcer l’intensification d’une guerre régionale généralisée », a-t-il développé, élargissant le spectre à toutes les voix dissidentes réfugiées dans les zones sous contrôle du M23.

La menace d’une escalade assumée

Face à ce qu’il qualifie d’« agressions répétitives et orgueilleuses », Corneille Nangaa a brandi la menace d’une riposte. Une menace qui pourrait faire basculer une région déjà meurtrie dans un chaos encore plus grand. « L’Armée Révolutionnaire Congolaise assumera son devoir de protéger les populations civiles sous sa protection. Toute escalade qui en résultera relèvera de la responsabilité exclusive du régime de Kinshasa », a-t-il prévenu, rejetant d’avance la faute sur son adversaire tout en promettant de défendre coûte que coûte les territoires conquis.

Une déclaration qui intervient dans un contexte où les appels à la retenue se multiplient sur la scène diplomatique. Quelques jours avant ces frappes, une coalition de pays occidentaux – Belgique, Danemark, France, Allemagne, États-Unis, entre autres – avait exprimé sa « profonde inquiétude » face aux violations des cessez-le-feu garantis par les Accords de Washington et l’engagement de Doha. Ces mêmes pays avaient dénoncé l’utilisation de drones lors d’attaques militaires, mettant en danger les populations civiles.

Humanitaires pris pour cible, la communauté internationale sous le choc

Justement, parmi les civils, il y a ceux qui paient le prix le plus lourd. L’attaque de ce mercredi a ravivé le douloureux débat sur la sécurité des travailleurs humanitaires dans l’est de la RDC. Alors que l’OCHA avait récemment noté une baisse des incidents les affectant – 37 en janvier 2026 contre 48 en décembre 2025 –, la mort d’une employée de l’Unicef dans une frappe de drone a glacé le sang de la communauté internationale.

Les processus diplomatiques, portés par l’Union africaine et le Groupe de contact international, progressent sur le papier. Mais sur le terrain, les armes continuent de parler. Et ce mercredi 11 mars 2026, à Goma, ce ne sont pas des discussions qui sont tombées du ciel, mais des drones. Avec leur lot de morts, de menaces et de promesses de vengeance.

Reste une question, suspendue comme un nuage de fumée au-dessus du lac Kivu : jusqu’où ira cette escalade ?

Nuit de feu sur Goma : une frappe de drone tue une humanitaire Française

Goma, 11 mars 2026 – La nuit devait être calme, bercée par les clapotis du lac Kivu. Elle a été déchirée par le rugissement des drones et le souffle des explosions. Dans l’obscurité, entre mardi et mercredi, la ville de Goma, sous contrôle du M23, a vécu une nouvelle nuit de terreur.

Deux détonations. Deux impacts. Le premier drone, selon des sources concordantes, aurait terminé sa course dans les eaux sombres du lac, avalé par les profondeurs. Le second, lui, a trouvé sa cible. Il s’est écrasé sur une habitation du quartier de Katindo, un secteur résidentiel central où le pouvoir et l’argent ont tissé leurs toiles.

Quand les secours ont pu approcher les décombres fumants, ils ont découvert l’horreur. Trois corps sans vie. Et parmi eux, le visage d’une tragédie internationale : une humanitaire française, employée par l’Unicef, tuée dans ce qui devait être son refuge.

L’émoi jusqu’à Paris et Bruxelles

Aux premières lueurs de l’aube, l’information a fait l’effet d’une bombe diplomatique. Depuis Paris, le président Emmanuel Macron a brisé le silence avec une solennité funèbre. Dans un message diffusé sur le réseau social X, il a adressé à la famille de la victime « le soutien et l’émotion de la Nation ». Avant d’ajouter, comme un avertissement : il est impératif de respecter le droit humanitaire et de protéger ceux qui, au péril de leur vie, viennent en aide aux populations.

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Même ton, même gravité, depuis Bruxelles. Hadja Lahbib, la commissaire européenne chargée de l’aide humanitaire, a condamné sans détour cette frappe. « Une frappe de drone a touché un immeuble résidentiel à Goma, en RDC, où vivent des travailleurs humanitaires et du personnel de l’Union européenne », a-t-elle déclaré. Son message, cinglant, résonne comme un rappel à l’ordre : « Les travailleurs humanitaires ne doivent jamais être pris pour cibles. Le droit international humanitaire doit être respecté, toujours. »

Un quartier sous haute tension

Sur place, à Goma, le spectacle est saisissant. Vers 9 heures locales, une équipe du mécanisme conjoint de vérification de la CIRGL (Conférence internationale sur la région des Grands Lacs) ainsi que des casques bleus de la Monusco arpentent les lieux. De la résidence pulvérisée, une fumée âcre s’élève encore, mêlée à l’odeur de la mort et du béton calciné.

Le choix du quartier interroge. Katindo n’est pas un lieu anonyme. Il abrite plusieurs officiels et anciens dignitaires. Le complexe visé se trouve à une centaine de mètres à peine de la demeure d’Olive Kabila, l’épouse de l’ancien président Joseph Kabila. Ce dernier, récemment condamné à mort par la justice congolaise pour ses liens présumés avec la rébellion, n’était pas présent sur les lieux cette nuit. Mais la proximité est troublante.

La guerre des accusations

Dans ce climat surchauffé, chaque camp avance ses pions. L’AFC/M23, qui contrôle Goma, n’a pas attendu pour désigner un coupable. Le groupe rebelle accuse directement Kinshasa d’être le commanditaire de cette frappe. Une accusation grave, qui transforme cet événement en un casus belli potentiel.

Pour l’heure, les autorités de Kinshasa n’ont pas réagi officiellement. Mais dans l’est de la RDC, une certitude s’impose : la guerre a changé de dimension. Les drones, ces engins silencieux qui survolent désormais les villes, ne font plus la différence entre un poste militaire et un quartier résidentiel. Entre un combattant et une humanitaire endormie.

 alors que les drapeaux Français et Européens pourraient bientôt flotter en berne, Goma pleure ses morts et regarde, impuissante, un conflit qui s’invite jusque dans ses chambres à coucher. La communauté internationale, cette fois, est touchée au cœur. Reste à savoir quelle sera sa réponse.

Goma sous les bombes : des explosions secouent le quartier Himbi, la peur s’empare de la population

Goma, 11 mars 2026 – La matinée était calme, presque banale, dans cette ville du Nord-Kivu habituée pourtant aux soubresauts de la guerre. Puis, vers 9 heures, le silence a volé en éclats. Des détonations, puissantes, rapprochées, ont déchiré l’air. Leur origine ? Le quartier Himbi, l’un des plus huppés de Goma, niché entre les rives du lac Kivu et les collines verdoyantes. En quelques secondes, la panique a saisi la population.

« Nous avons entendu plusieurs explosions ce matin. Les habitants ont eu très peur, mais pour l’instant nous ne connaissons pas l’origine exacte de ces drones », témoigne un acteur de la société civile joint par nos confrères  d’Actu30.cd, sous couvert d’anonymat. Le mot est lâché : drones. Une arme devenue tristement familière dans cette région où les frappes ciblées se multiplient.

Un quartier de puissants

Himbi n’est pas un quartier comme les autres. Ses villas cossues, ses rues bitumées, ses jardins fleuris abritent des personnalités influentes de la région et du pays. Des hommes d’affaires, des politiciens, des chefs de guerre. Selon des sources locales, des figures de proue de la rébellion AFC-M23, comme Corneille Nangaa ou Bertrand Bisimwa, y posséderaient des résidences ou y séjourneraient épisodiquement.

Autre présence de poids, et non des moindres : l’ancien président Joseph Kabila aurait également une propriété dans le secteur. Une information jamais officiellement confirmée, mais qui alimente les spéculations les plus folles.

Qui visait-on ?

Dans ce contexte, la question qui brûle toutes les lèvres est évidemment : qui était la cible de ces frappes ? Des responsables rebelles ? D’anciens dignitaires ? Des civils ? Pour l’heure, aucun bilan officiel n’a été communiqué. Ni les autorités militaires, ni le gouvernement provincial n’ont pris la parole. Le flou le plus complet règne sur les dégâts humains et matériels.

Ce silence alimente les rumeurs. Sur les réseaux sociaux, les hypothèses les plus folles circulent. Certains parlent d’une tentative d’assassinat, d’autres d’une frappe préventive de l’armée congolaise, d’autres encore d’un règlement de comptes entre groupes armés.

Goma, ville sous tension

Goma n’est pas une ville comme les autres. C’est une cité blessée, meurtrie par des années de guerre, de déplacements massifs, de violences. Chaque explosion, chaque coup de feu ravive les traumatismes. Les habitants vivent dans l’attente permanente du prochain drame.

Ce mercredi 11 mars, le drame a frappé Himbi. Mais pour l’instant, on ne sait pas encore qui est mort, qui est vivant, qui était visé. La ville retient son souffle, en attendant que les autorités daignent parler.

P-DDRCS : 5 000 ex-combattants déjà désarmés et réinsérés, le pari de la paix en chiffres

Kinshasa, 9 mars 2026 – Ils étaient venus armés, ils reviennent outillés. Ce lundi 9 mars, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, et le coordonnateur national du Programme de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion communautaire et Stabilisation (P-DDRCS), Jean de Dieu Désiré Ntanga Ntita, ont présenté le bilan d’un programme lancé par le président Félix Tshisekedi en juillet 2021.

Le chiffre clé : 5 000 anciens combattants ont été désarmés, démobilisés et réintégrés dans leurs communautés. Cinq mille vies transformées, cinq mille armes rendues silencieuses, cinq mille raisons d’espérer dans des régions marquées par des décennies de conflits.

Des opérations étendues sur plusieurs fronts

Le P-DDRCS ne se limite pas aux bureaux. Ses équipes interviennent directement dans les provinces les plus touchées par l’insécurité : Ituri, Nord-Kivu, Sud-Kivu, Maniema et Tanganyika. Récemment, certaines activités ont même été étendues à Kinshasa, dans la commune de Maluku, ainsi qu’au Maï-Ndombe.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes :

  • 1 546 ex-combattants désarmés en Ituri

  • 838 dans le Nord-Kivu

  • 653 dans le Tanganyika

Soit 875 éléments issus de différents groupes armés, sans compter les autres provinces. Parallèlement, le programme a récupéré près de 5 000 munitions, une quarantaine d’explosifs et plusieurs équipements militaires.

La réinsertion passe par le travail

Désarmer, c’est une étape. Réinsérer, c’est la suivante. Le programme ne se contente pas de collecter les armes. Après identification et enregistrement biométrique dans une base unique, les anciens combattants suivent des formations professionnelles et participent à des activités génératrices de revenus.

« L’objectif est d’offrir des alternatives durables afin que ces hommes et femmes puissent produire des biens et services tout en contribuant au développement local », expliquent les responsables.

Aujourd’hui, forgerons, agriculteurs, artisans et commerçants remplacent la lutte armée. Ils deviennent des acteurs du développement communautaire.

Une approche inclusive pour renforcer la paix

Le succès du P-DDRCS repose sur la mobilisation de la communauté. Leaders locaux, autorités traditionnelles, responsables religieux, femmes et jeunes participent à la sensibilisation. Ensemble, ils convainquent les membres des groupes armés d’abandonner la lutte et de rejoindre le programme.

Cette chaîne de confiance fait toute la différence sur le terrain.

Le cadre démocratique en arrière-plan

Lors du briefing, Patrick Muyaya a rappelé la position du gouvernement sur le débat constitutionnel :
« Le débat sur la révision ou le changement de la Constitution est démocratique. Chacun a le droit de donner son point de vue. »

Ainsi, la consolidation de la paix s’accompagne d’un espace de dialogue ouvert.

Une vision présidentielle pour la RDC

Le P-DDRCS illustre la vision du président Félix Tshisekedi : renforcer la cohésion nationale et soutenir la reconstruction socio-économique.

Cinq mille anciens combattants réintégrés, c’est une étape majeure. Cependant, le chemin reste long : d’autres armes attendent d’être récupérées, et d’autres vies, reconstruites.

Nord-Ubangi : 3 000 éleveurs semaient la terreur, l’armée déployée d’urgence

Dans les collines verdoyantes du Nord-Ubangi, la colère gronde plus fort que les troupeaux. Depuis des semaines, une ombre plane sur les villages. Celle de plus de 3 000 éleveurs Mbororo et de leurs 30 000 têtes de bétail qui, selon les habitants, se comportent moins en voisins qu’en conquérants.

Une crise qui remonte jusqu’à Kinshasa

Ce mercredi 5 mars, l’écho de cette crise est parvenu jusqu’au cabinet du vice-Premier ministre en charge de la Défense nationale, Guy Kabombo Muadiamvita. Devant lui, le gouverneur du Nord-Ubangi a déroulé la litanie des exactions.

D’abord, des champs piétinés et transformés en désert de boue du jour au lendemain. Ensuite, des terres agricoles accaparées sans autre forme de procès. Enfin, une violence qui, désormais, n’épargne plus personne.

Le drame de trop s’est noué il y a quelques jours dans un champ, pour une dispute qui aurait dû être banale. Une altercation. Puis un coup de couteau. Et la vie d’un jeune homme de 23 ans qui s’est éteinte, fauchée par un éleveur.

Depuis, dans les agglomérations du Nord-Ubangi, l’inquiétude des populations a changé de visage. Déjà éprouvées par la crise économique, elles vivent désormais avec une peur viscérale, mêlée d’une rage sourde.

L’État promet de rétablir l’ordre

Face à cette situation, le vice-Premier ministre n’a pas hésité. Aussitôt informé, il a tranché : la sécurité ne se négocie pas.

Des mesures immédiates ont été ordonnées. Dans les prochaines heures, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) seront redéployées sur place. L’objectif est clair : restaurer l’ordre, protéger les civils et mettre un terme à ce que certains qualifient déjà d’« occupation silencieuse ».

Mais Guy Kabombo le sait : le problème dépasse un simple différend de voisinage. En effet, la cohabitation entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades constitue une poudrière dans plusieurs régions d’Afrique.

Ici, au Nord-Ubangi, elle a déjà explosé.

Le ministre a donc décidé d’élever le débat au plus haut niveau de l’État. Le dossier sera porté directement à la connaissance du Président de la République, Félix Tshisekedi.

Une situation jugée explosive

La veille, à Kinshasa, une réunion d’urgence avait déjà réuni les cadres du gouvernement central et ceux de l’exécutif provincial.

Autour de la table, le constat était unanime : la situation est explosive. Avec près de 30 000 têtes de bétail déambulant sur des terres non destinées au pastoralisme, les tensions communautaires ont atteint un point critique.

Désormais, tous les regards se tournent vers l’armée.

Dans les villages, entre la peur d’une nouvelle flambée de violence et l’espoir que l’État de droit reprenne ses droits, les habitants retiennent leur souffle. La restauration de l’ordre est en marche.

Reste à savoir si elle suffira à panser les plaies d’une cohabitation devenue impossible.