Crispin Mbindule : Le frondeur aux multiples visages

Kinshasa, le 15 septembre – Son nom circule dans tous les couloirs du Palais du Peuple. Crispin Mbindule, député de Butembo, est devenu en quelques semaines le visage de la fronde contre Vital Kamerhe. Pourtant, cet homme au parcours sinueux fut jadis l’un des plus fidèles lieutenants du président de l’Assemblée nationale. Retour sur un destin politique aussi surprenant qu’imprévisible.

L’ancien fidèle devenu ennemi intime

L’histoire entre les deux hommes relève du paradoxe. Élu pour la première fois en 2011 sous la bannière de l’UNC de Kamerhe, Mbindule semblait incarner la loyauté absolue. Réélu en 2018 sous la même étiquette, il accomplissait un premier revirement spectaculaire lors de la présidentielle de la même année : tout en restant à l’UNC, il campagnait activement pour Martin Fayulu, le principal adversaire de Félix Tshisekedi – pourtant soutenu par Kamerhe himself.

Le climax de cette trahison : son appel à la population de Butembo à « jeter des pierres » sur Tshisekedi si ce dernier venait dans la ville. Une déclaration qui aurait dû sceller son destin politique. Pourtant, en 2023, le voilà qui rejoint l’UDPS, le parti présidentiel, et se représente avec succès sous cette nouvelle couleur.

Le triste héritage de la négation d’Ebola

L’homme qui today se présente en champion de la moralisation de la vie politique porte pourtant un lourd passé. En 2019-2020, alors que l’épidémie d’Ebola ravageait Beni et Butembo, Mbindule choisissait la théorie du complot. « Ebola n’existe pas », affirmait-il, qualifiant la crise sanitaire de « coup monté » des autorités.

Les conséquences furent tragiques : refus du vaccin, attaques contre les équipes médicales, propagation accélérée du virus. Des centaines de vies perdues, en partie à cause de ses déclarations irresponsables. Un passé qui continue de hanter l’image publique du député.

Le stratège de la fronde parlementaire

Aujourd’hui, Mbindule semble avoir trouvé une nouvelle cause : la chute de Vital Kamerhe. Selon plusieurs sources, il aurait déjà convaincu plus de 250 députés de signer sa pétition. Une performance qui révèle son talent de manœuvrier parlementaire, sinon ses convictions politiques.

Ses motivations restent obscures. Règlement de comptes personnel ? Ambition démesurée ? Ou simple opportunisme dans le jeu complexe des alliances kinoises ? Quoi qu’il en soit, Mbindule incarne ces figures politiques congolaises capables des plus surprenantes métamorphoses.

Alors que la crise à l’Assemblée nationale s’intensifie, Crispin Mbindule se retrouve propulsé sur le devant de la scène. Derrière le frondeur apparent se cache un stratège redoutable, dont le passé contrasté interroge sur les véritables motivations de ce nouveau combat. Son histoire rappelle que dans les arènes politiques congolaises, les loyalités sont souvent aussi changeantes que les alliances.

Budget 2026 : Suminwa Tuluka dépose un projet de loi ambitieux de 20,3 milliards USD

Kinshasa, le 15 septembre – Dans un geste protocolaire chargé de symbolisme, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a franchi les portes de l’Assemblée nationale ce lundi. Objectif : déposer le projet de loi de finances 2026, un budget ambitieux de 20,3 milliards USD qui dessine les priorités du gouvernement pour l’année à venir.

Une équipe gouvernementale au complet pour un moment historique

Accompagnée d’un impressionnant cortège ministériel, la cheffe du gouvernement a remis les documents au président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe. À ses côtés, les principaux artisans de ce budget : le Vice-premier ministre Adolph Muzito (Budget), le ministre des Finances Doudou Fwamba, et le ministre des Relations avec le Parlement Guy Loando. Une démonstration de force qui souligne l’importance accordée à ce moment constitutionnel.

Le budget 2026, en hausse de 16,4% par rapport à 2025, s’inscrit dans une vision à moyen terme. « Il s’agit de doubler les recettes courantes d’ici 2028 », explique un conseiller du gouvernement, tandis que le financement de la reconstruction de l’Est du pays reste une priorité absolue.

Les six piliers de la croissance congolaise

La structure du budget révèle les choix stratégiques de l’exécutif. Six secteurs prioritaires se partagent l’enveloppe :

  • La sécurité, dans un contexte de tensions persistantes

  • L’agriculture, pour assurer l’autosuffisance alimentaire

  • Les infrastructures, colonne vertébrale du développement

  • L’énergie, moteur de l’industrialisation

  • L’éducation, investissement dans le capital humain

  • La fonction publique, garant de l’État providence

« Ce budget est équilibré et réaliste », assure le ministre des Finances, Doudou Fwamba. « Il traduit notre engagement à transformer l’économie congolaise ».

Transparence et redevabilité : la reddition des comptes 2024

Dans le même temps, le gouvernement a présenté la reddition des comptes de l’exercice 2024. Avec un taux de réalisation de 79,97%, ce document témoigne des efforts de transparence revendiqués par l’exécutif. « Nous tenons nos engagements en matière de bonne gouvernance », affirme la Première ministre.

Ce double dépôt – budget futur et comptes passés – illustre la méthode Suminwa : allier ambition économique et rigueur managériale. Une approche qui pourrait rassurer les partenaires techniques et financiers du pays.

Alors que le projet de loi va maintenant être examiné par les députés, le gouvernement espère une adoption rapide. Reste à voir comment l’opposition et la société civile accueilleront ces orientations budgétaires, dans un contexte social encore tendu. Le budget 2026 sera-t-il le levier tant attendu de l’émergence congolaise ?.

« Sans l’armée congolaise, le Rwanda n’existerait pas » : le coup de gueule d’un ministre

Uvira, le 15 septembre – La déclaration a fait l’effet d’une grenade dégoupillée dans le paysage diplomatique déjà tendu de la région. Eliezer Ntambwe, ministre délégué aux Anciens combattants, a affirmé ce lundi que plusieurs pays devaient leur existence même à l’armée congolaise. Un révisionnisme historique qui pourrait bien enflammer les relations entre Kinshasa et ses voisins.

Une leçon d’histoire géopolitique en forme de provocation

Devant la dépouille du colonel Michel Mbavu Dogo, figure de la résistance congolaise, le ministre a livré une version pour le moins personnelle de l’histoire continentale. « Grâce à l’armée congolaise, le Rwanda existe, l’Ouganda existe, la Tanzanie existe et l’Éthiopie existe. Même la Belgique a été sauvée par cette force publique ».

Ces propos, prononcés lors d’une cérémonie d’hommage à Uvira, dans l’est troublé de la RDC, semblent vouloir réécire les livres d’histoire. Le ministre convoque le passé pour mieux légitimer les revendications présentes de son pays.

La quête d’une reconnaissance internationale

Derrière la provocation apparente se cache une demande plus fondamentale : celle de la reconnaissance. « Nous attendons que ces nations nous remercient pour le sacrifice de nos soldats », a insisté Ntambwe. Cette sortie intervient dans un contexte de tensions persistantes entre la RDC et le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir les rebelles du M23.

Le ministre répond ainsi aux perceptions qu’il juge dévalorisantes de l’armée congolaise. « Mettez les Congolais dans de bonnes conditions, ils vous montreront de quoi ils sont capables », lance-t-il, défiant ceux qui doutent des capacités des FARDC.

Entre révisionnisme historique et realpolitik

Si les affirmations du ministre peuvent sembler excessives, elles s’inscrivent dans une tradition congolaise de réclamation d’une dette historique. La RDC, riche en ressources mais minée par les conflits, cherche par tous les moyens à affirmer sa souveraineté et son importance géostratégique.

Cette déclaration pourrait cependant compliquer davantage les relations déjà tendues avec les pays voisins. Le Rwanda, particulièrement visé, n’a pas encore réagi officiellement à ces propos.

Alors que l’est de la RDC reste en proie à la violence, les mots du ministre Ntambwe jettent de l’huile sur le feu des tensions régionales. Entre quête de reconnaissance et realpolitik agressive, Kinshasa semble choisir la confrontation verbale comme instrument de sa diplomatie. Reste à savoir si cette stratégie servira les intérêts congolais ou alimentera les cycles de méfiance qui minent la région depuis des décennies.

Tempête sous le perchoir : le pari de l’apaisement de Vital Kamerhe

Kinshasa, le 15 septembre – L’atmosphère était électrique dans l’hémicycle du Palais du Peuple. Alors que s’ouvrait la session parlementaire de septembre, tous les regards se braquaient sur lui. Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale congolaise, faisait face à la tempête. Visé par une pétition réclamant son départ, l’homme a choisi l’arme de la conciliation.

Le spectre de 2007 et la défense d’un patriote

D’entrée, le ton est donné. Kamerhe puise dans son histoire personnelle pour étayer sa défense. Évoquant son départ forcé de la présidence en 2007, en pleine crise des opérations militaires conjointes avec le Rwanda, il se présente en patriote inflexible. « Ma loyauté envers la nation n’a jamais faibli », affirme-t-il, voix chargée d’émotion.

Le message est subtil : l’homme qui avait préféré démissionner plutôt que trahir ses convictions serait aujourd’hui la cible d’attaques tout aussi injustes. Un parallèle historique qui n’est pas sans rappeler les fractures toujours vives de la politique congolaise.

La stratégie de l’apaisement : pardon et promesses

La surprise vient ensuite. Dans un mouvement rare dans l’arène politique congolaise, Kamerhe tend la main à ses détracteurs. « S’il y en a parmi vous qui se sont sentis froissés […] j’implore leur pardon ». Le « pacificateur », comme il se nomme lui-même, joue sa carte maîtresse : celle de la réconciliation.

Mais au-delà des mots, des actes. Annonce concrète : la création d’une académie de formation en partenariat avec l’ENA, répondant directement aux doléances des jeunes députés. Une manière habile de désamorcer une partie de la critique tout en modernisant l’institution.

La contre-offensive des pétitionnaires

Pendant ce temps, les initiateurs de la pétition ne désarment pas. Leur stratégie : obtenir le soutien de l’UDPS, pilier de la majorité présidentielle. La rencontre avec Augustin Kabuya, secrétaire général du parti présidentiel, marque une escalade dans le conflit. La balle est désormais dans le camp de Félix Tshisekedi.

Le président de la République se trouve face à un dilemme delicate : soutenir son allié Kamerhe au risque de diviser sa majorité, ou accompagner un mouvement de renouvellement qui pourrait fragiliser un pilier de son régime.

Alors que la session parlementaire s’annonce mouvementée, le sort de Vital Kamerhe dépasse la simple question personnelle. Il engage l’équilibre entier de la majorité présidentielle et pourrait redéfinir les rapports de force au sein des institutions congolaises. Le « pacificateur » parviendra-t-il à éteindre l’incendie qu’il affirme vouloir apaiser ? 

La révolution des cantines scolaires nourrit l’avenir

 Une annonce qui sent bon la promesse et la farine chaude. Ce lundi, le gouvernement de la République Démocratique du Congo a dévoilé un projet qui pourrait transformer le quotidien de milliers d’écoliers. Dès la rentrée prochaine, des cantines scolaires seront progressivement déployées dans une centaine d’établissements publics à travers le pays. Une initiative concrète qui place l’assiette au cœur de la stratégie éducative.

Un partenariat stratégique pour nourrir l’esprit

Le ministère de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté ne cache pas son ambition. En partenariat avec le Programme Alimentaire Mondial (PAM), près de 200 000 élèves et 2 000 enseignants bénéficieront de repas scolaires chauds. Les chiffres, impressionnants, racontent une volonté politique : faire de l’alimentation scolaire un levier de développement.

« L’alimentation scolaire, un pilier de la réussite éducative en RDC », affirme le communiqué ministériel. Derrière cette formule se cache une réalité simple : un enfant qui mange apprend mieux. Le gouvernement mise sur cette évidence pour réduire l’absentéisme et améliorer les conditions d’apprentissage.

De la nourriture pour la pensée

L’initiative dépasse le simple geste humanitaire. Il s’agit d’investir dans le capital humain de la nation. Chaque repas servi représente un pas vers une éducation plus inclusive et équitable. Les cantines scolaires deviennent ainsi des laboratoires de la nouvelle citoyenneté chère aux autorités.

Pour les familles congolaises, souvent confrontées à la précarité alimentaire, cette annonce représente un soulagement concret. La garantie d’un repas nutritif et équilibré à l’école allège le fardeau domestique tout en assurant que les enfants étudient le ventre plein.

Les défis d’une mise en œuvre à grande échelle

Le succès de ce programme repose sur sa pérennité. Le déploiement « progressif » mentionné par le gouvernement suggère une approche méthodique. Le partenariat avec le PAM apporte une expertise cruciale en matière logistique et nutritionnelle.

Reste à transformer l’essai. La RDC, avec son territoire immense et ses défis infrastructurels, devra faire preuve de persévérance pour que ces cantines deviennent une réalité durable. La rentrée 2025-2026 marquera le début d’une aventure qui pourrait redéfinir le visage de l’école congolaise.

Le procès Kabila reporté, l’État prépare son offensive juridique

Dans les couloirs sombres de la Haute Cour militaire de Kinshasa, un ajournement qui en dit long. Le procès historique opposant la République démocratique du Congo à son ancien président, Joseph Kabila, vient de connaître un rebondissement stratégique. Reportée au 19 septembre prochain, l’affaire prend une nouvelle dimension alors que l’État peaufine une accusation d’une ampleur inédite.

Un report chargé de sens

Le renvoi de l’audience n’est pas un simple délai procédural. Il révèle la complexité d’un dossier où s’empilent les chefs d’accusation : financement du terrorisme, crimes contre l’humanité, trahison. Derrière ce report se cache une préparation minutieuse. La partie civile, menée par Maître Richard Bondo, entend dévoiler des éléments nouveaux sur la « véritable identification » de l’accusé, selon une formule qui laisse présager des révélations substantielles.

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Dans l’atmosphère feutrée du palais de justice, les avocats de l’État affûtent leurs arguments. Leurs requêtes dessinent les contours d’une offensive juridique sans précédent : production de preuves inédites, réévaluation du préjudice, et cette demande vertigineuse de réparations portée à 30 milliards USD. Une somme qui dépasse l’entendement et qui symbolise l’ampleur des souffrances infligées à la nation.

L’architecture d’une accusation historique

Les charges retenues composent une litanie des violences congolaises. Participation à un mouvement insurrectionnel, homicide intentionnel, occupation de Goma – chaque accusation renvoie à des pages sombres de l’histoire récente du pays. L’ajout du financement du terrorisme ouvre une dimension nouvelle, potentially reliée aux conflits qui ensanglantent l’Est de la RDC.

Maître Jean-Marc Kabengela Ilunga, autre figure de proue de l’accusation, précise la stratégie : « Il s’agit de présenter des informations permettant une réévaluation complète du préjudice ». Les avocats sollicitent également « une remise en question pour exploiter pleinement les données chiffrées » en leur possession. Autant d’indices qui laissent entrevoir une documentation substantielle.

Les enjeux d’un procès fondateur

Ce report stratégique intervient à un moment clé de la transition justice congolaise. Le procès Kabila dépasse la personne de l’ancien président pour incarner les aspirations judiciaires de toute une nation. Entre les murs de la Haute Cour militaire se joue une partie dont les implications politiques et historiques échappent au seul cadre juridique.

Le 19 septembre prochain, lorsque la justice militaire reprendra le fil de cette affaire exceptionnelle, c’est peut-être une nouvelle page de l’histoire congolaise qui s’écrira. Dans l’intervalle, le suspens reste entier sur la nature des preuves que l’État s’apprête à produire, et sur la capacité de la justice à rendre une décision à la hauteur des attentes d’un peuple meurtri.

Procès Joseph Kabila : la partie civile exige la réouverture des débats et 30 milliards USD de réparations

Alors que le verdict du procès Joseph Kabila était attendu ce vendredi 12 septembre 2025, un nouveau rebondissement a marqué l’audience à la Haute Cour militaire de Kinshasa. Les avocats de la partie civile, représentant la République Démocratique du Congo, ont introduit une requête visant la réouverture des débats.

Selon Maître Richard Bondo, président du collectif, de nouveaux éléments justifient cette démarche, notamment la volonté de faire entendre d’autres témoins et de démontrer, preuves à l’appui, les canaux financiers par lesquels Joseph Kabila aurait financé le mouvement terroriste AFC/M23. La partie civile souhaite également faire passer le montant des dommages et intérêts réclamés de 24 milliards à 30 milliards de dollars.

De son côté, Maître Jean-Marc Kabengela Ilunga a insisté sur la nécessité de requalifier l’infraction de trahison en espionnage, arguant que l’ancien président aurait utilisé une fausse identité pendant 18 ans.

L’Auditeur général des Forces armées de la RDC n’a pas émis d’objection à cette réouverture des débats, considérant l’existence de nouveaux éléments. La Haute Cour militaire a donc suspendu l’audience et se prononcera ultérieurement sur cette requête.

Depuis l’ouverture du procès, Joseph Kabila n’a jamais comparu, son défaut ayant été acté. L’ancien chef de l’État est poursuivi pour des accusations lourdes : participation à un mouvement insurrectionnel, complot, apologie du terrorisme, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, homicide volontaire, viol, torture, déportation et occupation forcée de Goma.

Pour ses partisans, dont le PPRD de Ramazani Shadary, il ne s’agit que d’une « mise en scène » politique visant à neutraliser un opposant influent. Mais pour d’autres, cette procédure marque un tournant dans la lutte contre l’impunité en RDC.

Les Wazalendo lancent un ultimatum aux Banyamulenge – « Dix jours pour quitter Uvira »

La menace est tombée comme un couperet. Ce vendredi 12 septembre, les forces supplétives wazalendo ont adressé un ultimatum cinglant aux Banyamulenge d’Uvira : quitter la province du Sud-Kivu dans un délai de dix jours. Un message en swahili, relayé par un chef de troupes anonyme, annonce une campagne baptisée « Retour au Rwanda pour tous les Tutsis » et prévient : « Au-delà de ces dix jours, vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus ».

Cette sommation survient alors que les autorités venaient de transférer, dans la nuit du 9 septembre, le général Olivier Gasita – figure tutsi controversée – d’Uvira vers Bujumbura puis Kinshasa. Une manœuvre destinée à apaiser les tensions, mais visiblement insuffisante aux yeux des wazalendo. « Il reste encore beaucoup de Gasita à Uvira. La vraie solution, c’est qu’il n’y ait plus de Tutsi ici », assène le même chef, dans une rhétorique qui rappelle sinistrement les heures précédant le génocide rwandais.

Une région au bord de l’embrasement

L’ultimatum ravive les peurs dans une zone où l’activité économique commençait à renaître timidement. Seulement 128 foyers banyamulenge resteraient encore dans la ville, la majorité ayant déjà fui vers des camps de réfugiés au Burundi. Mais derrière ce chiffre, c’est tout un mécanisme de haine qui se met en place.

Des témoignages alarmants font état d’actions parallèles des imbonerakure, milices du parti au pouvoir burundais, qui identifieraient les foyers tutsi à Bujumbura. « Ce recensement vise à pouvoir éliminer physiquement les Tutsi si Uvira devait tomber aux mains des rebelles congolais », s’alarme un avocat burundais sous couvert d’anonymat.

Les craintes d’une déstabilisation régionale

Le gouvernement burundais, inquiet, redoute que des groupes hostiles ne profitent du chaos pour tenter de renverser le président Évariste Ndayishimiye. Bujumbura sollicite désormais l’appui des capitales occidentales pour éviter l’embrasement.

Sur les rives du lac Tanganyika, le spectre des violences ethniques plane à nouveau. Les mots utilisés – « chasse aux Tutsi » – font froid dans le dos et rappellent les discours qui ont conduit aux pires tragédies de la région.

Alors que le compte à rebours est lancé, la communauté internationale reste silencieuse. Uvira retient son souffle, consciente que les dix prochains jours pourraient basculer dans l’irréparable.

Rawbank transfère 20 millions USD au ministère de la Justice : l’affaire Constant Mutamba relancée

L’instruction devient réalité. Dans un courrier officiel daté du 5 septembre et reçu ce lundi 9 septembre, la banque commerciale Rawbank a confirmé avoir exécuté l’extourne de 19,9 millions de dollars américains vers un compte du ministère de la Justice. Une opération financière d’envergure, réalisée sur réquisition du Parquet général près la Cour de cassation, qui marque un tournant concret dans l’épineuse affaire de détournement ayant impliqué l’ancien ministre Constant Mutamba.

Le mécanisme, décrit avec une précision comptable, est sans équivoque : la somme a été débitée du compte de la société Zion Construction (N° 01145175001-47/USD) pour être créditée sur le compte intitulé « Ministère de la Justice V/C FRIVAO » (N° 05101-01024845401-28/USD). Les responsables de Rawbank, Gracia Subila et Sandrine Dia, ont joint la pièce comptable en bonne et due forme, garantissant ainsi la pleine traçabilité de l’opération.

Une réquisition judiciaire exécutée sans délai

Cette manœuvre s’inscrit dans le strict cadre de la réquisition N°3080/RMP V/0221/PGCCAS/WB/VON/KAL/2025, émise par le parquet dirigé par le procureur général Firmin Mvonde Mambu. Elle démontre la détermination des autorités judiciaires à suivre et sécuriser les mouvements financiers sensibles, notamment ceux liés à des fonds publics préalablement détournés.

L’ombre de l’affaire Mutamba et de la prison fantôme de Kisangani

Ce rapatriement massif de fonds n’est pas anodin. Il intervient moins d’une semaine après la condamnation définitive de l’ex-ministre de la Justice Constant Mutamba à trois ans de travaux forcés pour le détournement de cette même somme — initialement allouée à la construction d’une prison à Kisangani.

Si le procureur général avait requis dix ans de travaux forcés, la Cour a retenu que Mutamba avait agi « avec l’intention d’enrichir frauduleusement la société Zion Construction », sans preuve formelle d’un enrichissement personnel direct. Un verdict qui avait suscité des tensions et des accusations de partialité, jusqu’à perturber le déroulement des audiences.

Rawbank, acteur d’une transparence forcée

Par cette confirmation écrite, Rawbank, établissement agréé depuis l’an 2000, réaffirme sa collaboration avec la justice congolaise et son rôle dans l’assainissement financier du pays. Elle valide une procédure qui dépasse la simple exécution bancaire pour incarner un signal fort dans la lutte contre la corruption.

La boucle est donc bouclée, du moins sur le plan financier : les 19,9 millions de dollars sont officiellement revenus dans les caisses de l’État. Reste à savoir si ce retour marquera un vrai tournant dans la gestion des deniers publics ou s’il ne sera qu’un épisode isolé dans le long combat pour la transparence en RDC.

86 morts dans les eaux sombres de l’Équateur, le deuil d’une génération

La rivière Nsolo a englouti les rêves d’une génération. Dans la nuit noire du mercredi 10 septembre, le bateau Bokenda a disparu sous les eaux, emportant avec lui 86 âmes dont plus de 60 élèves. Un drame absurde qui jette une lumière crue sur l’impunité maritime qui règne dans les provinces reculées de la République démocratique du Congo.

Il était 22 heures quand le drame s’est produit au confluent des eaux sombres de la Nsolo et de la grande rivière Baringa. Le Bokenda, littéralement chargé à craquer, venait de quitter le secteur de Waka pour rejoindre le centre de Basankusu. À bord, des dizaines de jeunes vies, parties étudier, rêver, vivre.

Un sauvetage désespéré

« Le bilan provisoire fait état de 86 victimes, dont une majorité d’élèves. Seules huit personnes ont pu être secourues grâce à l’intervention rapide des riverains », témoigne d’une voix brisée Jérémie Degba, journaliste d’une radio locale. Dans l’obscurité, les habitants des berges ont plongé, crié, tenté l’impossible pour arracher des vies aux courants voraces.

Mais face à la surcharge du bateau et à l’absence totale de gilets de sauvetage, leurs efforts ont souvent tourné au cauchemar. Les recherches se poursuivent encore, mais l’espoir s’amenuise à chaque heure qui passe.

Les causes connues et ignorées

Les premiers éléments pointent deux causes récurrentes : un mauvais chargement et une navigation de nuit. Deux pratiques formellement interdites mais tellement communes dans ces régions où les contrôles sont rares et la nécessité impérieuse.

« Le bateau était manifestement surchargé », confirment plusieurs témoins. Combien étaient-ils exactement à bord ? Nul ne le sait encore. La course contre la montre et le profit l’emportant trop souvent sur la sécurité des passagers.

Une tragédie nationale récurrente

Ce naufrage s’inscrit malheureusement dans une longue liste noire. En RDC, la vétusté des embarcations, le non-respect des normes de sécurité et la surcharge sont érigés en système. La navigation nocturne, bien qu’officiellement interdite, reste la règle dans de nombreuses provinces reculées.

Le Bokenda rejoindra dans la mémoire collective le triste cortège des bateaux fantômes qui hantent les fleuves congolais, emportant périodiquement des dizaines de vies dans l’indifférence générale.

Alors que les familles endeuillées commencent à identifier leurs disparus, une question brûle toutes les lèvres : jusqu’à quand la République laissera-t-elle ses enfants mourir dans l’indifférence des eaux sombres ? Le deuil de l’Équateur est aussi celui de toute la nation.