FRIVAO : le procès du détournement de 325 millions de dollars reporté à la mi-août

L’audience tant attendue devant la Cour de cassation, prévue ce mercredi 5 août 2026 dans l’affaire du présumé détournement des fonds alloués au Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO), a été brutalement renvoyée. Selon le président de la composition, l’absence inopinée de l’un des membres de la Cour empêche la formation de jugement de siéger dans des conditions régulières. Le procès est désormais reprogrammé au mercredi 19 août 2026.

Un contretemps qui survient alors que les principaux acteurs du dossier, avocats, parties civiles et représentants du ministère public, étaient déjà en place, prêts à en découdre sur le fond. Cette affaire, qui porte sur des millions de dollars américains versés par l’Ouganda à la RDC à titre de réparations, est devenue un symbole des dérives dans la gestion des fonds publics congolais.

Les absents et les présents : un procès à géométrie variable

Si l’ancien ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Constant Mutamba, faisait une nouvelle fois défaut, son coaccusé, Chançard Bolukola, ancien coordonnateur du FRIVAO, était bien présent, entouré de ses avocats. À ses côtés, Bernard Kalombola Lisendja, ancien président du conseil d’administration du FRIVAO suspendu, a également fait une apparition remarquée. Bien que détenu à la prison centrale de Makala, ce dernier s’est constitué partie civile dans cette procédure, tout comme l’État congolais, également représenté par ses conseils.

Ce procès est l’épilogue d’une instruction qui s’est achevée le 31 juillet dernier. Lors de cette audience, en l’absence de Constant Mutamba, les juges avaient déjà entendu Chançard Bolukola sur les modalités et les motivations des indemnisations financées par les 325 millions de dollars versés par Kampala. Le ministère public avait alors pointé du doigt plusieurs décaissements litigieux, notamment 14 millions de dollars versés à une société privée pour la réhabilitation d’une centrale hydroélectrique, ou encore 4 millions alloués au zoo de Kisangani, qui n’avait initialement sollicité que 700 000 dollars.

Un système de défense qui vacille

Face à ces accusations, Chançard Bolukola a opposé une fin de non-recevoir. Il a soutenu avoir géré les fonds en stricte conformité avec les orientations du conseil d’administration et de son ministre de tutelle. Pour preuve de sa bonne foi, il a affirmé avoir dirigé l’établissement sans percevoir de salaire fixe, mais seulement des primes, une déclaration qu’il présente comme un gage de son attachement à la bonne gouvernance.

Constant Mutamba, quant à lui, poursuivi pour des décaissements contestés, dont un paiement de 14,3 millions de dollars en faveur de Congo Energy, avait déjà plaidé la nullité de la procédure lors de sa première comparution le 13 juillet, arguant n’avoir jamais reçu de citation régulière ni eu accès au dossier.

Un ancien ministre déjà lourdement condamné

Ce procès s’inscrit dans un contexte judiciaire déjà chargé pour Constant Mutamba. Le 2 septembre 2025, il avait été condamné à trois ans de travaux forcés, ainsi qu’à cinq ans de privation de ses droits civiques, dans une affaire de détournement de fonds alloués à la construction d’une prison à Kisangani. Cette peine, bien inférieure aux dix ans requis par le ministère public, avait été assortie d’une restitution de 19 millions de dollars et d’une exclusion définitive de toute fonction publique.

En attendant le 19 août : les enjeux d’un verdict historique

Le report du procès au 19 août offre un sursis tactique aux différentes parties, mais ne fait que retarder un verdict très attendu. Pour les victimes des exactions ougandaises, ce procès est bien plus qu’une simple affaire de détournement : il s’agit de la transparence dans l’usage d’une indemnisation qui devait réparer des décennies de pillages et de violences.

Le ministère public devra, lors de la prochaine audience, exposer l’ensemble des éléments constitutifs des infractions reprochées, tandis que les parties civiles et les prévenus livreront leurs ultimes plaidoiries. La Cour de cassation devra alors trancher, au terme d’un procès qui pourrait marquer un tournant dans la lutte contre l’impunité financière en RDC.

Génocide, guerres et pillages : La RDC obtient un calendrier judiciaire contre le Rwanda à la CIJ

Au cœur de La Haye, le majestueux Palais de la Paix a vibré d’une solennité inhabituelle ce mardi 4 août 2026. La Cour internationale de Justice (CIJ), plus haute instance judiciaire des Nations unies, a franchi un cap décisif dans l’affaire qui oppose la République démocratique du Congo (RDC) au Rwanda. Par une ordonnance rendue dans le calme de la capitale néerlandaise, le président de la Cour a fixé les grandes échéances d’une procédure écrite. Celle-ci s’annonce déjà comme l’une des plus complexes de l’histoire de l’institution.

Une procédure à deux vitesses pour un dossier hors norme

L’ordonnance découle d’une réunion préparatoire organisée le 20 juillet dernier avec les représentants des deux États. Elle établit un calendrier judiciaire précis. D’abord, Kinshasa, qui a saisi la CIJ le 26 juin 2026, dispose jusqu’au 4 octobre 2027 pour déposer son mémoire. Ensuite, Kigali devra remettre son contre-mémoire au plus tard le 4 décembre 2028. Ce délai de dix-huit mois répond à une demande des avocats rwandais, qui ont invoqué l’ampleur des accusations.

Cependant, derrière ces dates se joue un véritable bras de fer procédural. Le coagent de la RDC, Ivon Mingashang, a défendu un délai de douze mois. Selon lui, l’affaire présente une complexité exceptionnelle. Elle porte sur des événements qui s’étendent sur près de trois décennies. Elle mobilise également le droit international humanitaire, la Convention sur le génocide ainsi que plusieurs traités relatifs aux discriminations raciales et à l’égard des femmes.

De son côté, la défense rwandaise a insisté sur une exigence claire. Elle réclame un exposé complet des griefs avant toute réponse sur le fond. Les conseils de Kigali souhaitent recevoir un mémoire détaillant les faits, les preuves et les réparations demandées. Ainsi, la procédure pourrait rapidement atteindre plusieurs centaines de pages.

Une requête aux allures de réquisitoire contre l’agression rwandaise

L’offensive judiciaire de la RDC ne date pas d’hier. Lors de son séjour à La Haye, le ministre d’État chargé de la Justice, Guillaume Ngefa, a déposé une requête introductive d’instance particulièrement étoffée. Par ce document, Kinshasa assigne le Rwanda devant la CIJ pour des violations présumées de quatre grandes conventions internationales. Il s’agit de la Convention sur le génocide (1948), de la Convention sur l’élimination de la discrimination raciale (1965), de la Convention sur l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes (1979) et de la Convention contre la torture (1984).

Selon le gouvernement congolais, les faits remontent à 1994, au lendemain du génocide rwandais. Les Forces armées rwandaises (APR/RDF) et leurs alliés auraient alors lancé des opérations sur le territoire congolais. En conséquence, plusieurs camps de réfugiés, villages et centres urbains de l’Est auraient subi des attaques. Ces violences auraient provoqué des pertes humaines massives, des déplacements forcés et d’immenses souffrances.

De l’AFDL au M23, une succession de conflits

Par ailleurs, Kinshasa élargit son argumentation aux différentes guerres qui ont secoué la RDC. La requête évoque les conflits successifs et accuse Kigali d’avoir soutenu, contrôlé ou dirigé plusieurs groupes rebelles.

L’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL), le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) et, aujourd’hui, le M23/AFC figurent parmi les mouvements cités. Pour la RDC, ces groupes s’inscrivent dans une même stratégie régionale.

Cette accusation constitue l’un des piliers du dossier congolais. Désormais, Kinshasa entend la défendre devant la plus haute juridiction internationale. En parallèle, le pays poursuit ses actions sur les plans militaire et diplomatique.

Vers une riposte judiciaire totale

Cette offensive judiciaire s’inscrit dans une stratégie plus large impulsée par le président Félix Tshisekedi. Face à la résurgence du M23/AFC et à l’intensification des violences dans l’Est, le chef de l’État souhaite agir sur plusieurs fronts.

Ainsi, le gouvernement veut renforcer l’action judiciaire internationale. Il entend également documenter le pillage des ressources naturelles. Enfin, il veut poursuivre les auteurs présumés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.

À travers cette démarche, Kinshasa espère obtenir des réparations pour les millions de victimes. Toutefois, l’enjeu dépasse la seule question des indemnisations. La RDC cherche aussi à faire reconnaître une responsabilité internationale. Une telle décision pourrait modifier durablement les équilibres géopolitiques dans la région des Grands Lacs.

Désormais, le compte à rebours est lancé. Les équipes d’avocats, d’historiens et d’experts en droit international vont examiner des milliers de documents, de témoignages et de rapports. D’ici 2027, tous les regards se tourneront vers La Haye. C’est là que la justice internationale tentera d’apporter une réponse juridique à l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine de l’Afrique.

Est de la RDC : Aimé Boji réclame un tribunal international pour juger trois décennies de crimes impunis

Ils sont nés sous les tirs, ont grandi au milieu des déplacements forcés, et n’ont connu de la paix que le nom. Dans l’est de la République démocratique du Congo, une génération entière n’a jamais respiré l’air d’une stabilité durable. Trente années de conflits, d’atrocités, de viols systématiques et de pillages ont façonné un paysage de désolation où la mort est devenue une compagne quotidienne.

Ce mardi 4 août, au siège de l’Assemblée nationale, une voix s’est élevée pour briser ce silence assourdissant. Aimé Boji, président de l’institution parlementaire, a lancé un appel solennel : la création d’un tribunal international pour juger les auteurs de ces crimes qui ensanglantent la partie orientale du pays depuis trois décennies. Un plaidoyer qui résonne comme un cri de justice pour des millions de victimes abandonnées à leur sort.

« Dix millions de morts » : le réquisitoire d’Aimé Boji

Dans une déclaration ferme et mesurée, le speaker du Parlement congolais a dressé un bilan accablant de ce que l’est du pays a enduré. Des chiffres vertigineux qui donnent le vertige et interpellent la conscience internationale.

« Trente ans après le génocide rwandais, la RDC porte encore les stigmates d’une tragédie qui n’a que trop duré : 10 millions de morts, massacres, viols, déplacements et pillage. Une génération n’a connu que la guerre. Il est temps de rendre justice. Un Tribunal international s’impose. »

Des mots qui portent le poids de l’histoire. Aimé Boji ne se contente pas d’énumérer des statistiques ; il incarne la mémoire d’un peuple meurtri, dont les souffrances n’ont jamais été pleinement reconnues par la communauté internationale. En appelant à une justice internationale, il place la RDC dans une posture exigeante : celle d’un État qui réclame réparation pour ses citoyens, face à des crimes qui ne sauraient rester impunis.

Un dossier qui ressurgit : le Rapport Mapping comme boussole

L’appel d’Aimé Boji s’inscrit dans un long feuilleton judiciaire et diplomatique. Depuis des années, les organisations de défense des droits humains, les associations de victimes et certains acteurs politiques réclament la mise en place d’un mécanisme judiciaire international ou hybride pour juger les crimes commis dans l’est.

Le Rapport Mapping des Nations unies, publié en 2010, avait déjà posé les bases de cette revendication. Ce document accablant a recensé 617 incidents graves susceptibles de constituer des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, voire des actes de génocide, commis entre 1993 et 2003. Un inventaire macabre qui documente des massacres systématiques, des violences sexuelles utilisées comme arme de guerre, et le pillage organisé des ressources naturelles.

Mais quinze ans après ce rapport, l’impunité demeure la règle. Aucune juridiction nationale ou internationale n’a permis de juger les principaux responsables de ces exactions. La proposition d’Aimé Boji relance ainsi un débat qui, malgré les années, reste d’une brûlante actualité.

Une offensive diplomatique congolaise en marche

Cette prise de position du président de l’Assemblée nationale intervient dans un contexte diplomatique intense. Les autorités congolaises multiplient les initiatives pour obtenir une reconnaissance internationale des exactions commises dans l’est du pays. Il ne s’agit plus seulement de dénoncer, mais de convaincre la communauté internationale de passer à l’action.

La création d’un tribunal international est devenue un cheval de bataille pour plusieurs acteurs politiques et associatifs. Au-delà de la dimension judiciaire, elle revêt une portée symbolique forte : celle d’une réparation historique pour des populations qui ont été les grandes oubliées des conflits africains.

Pour les défenseurs de cette initiative, une juridiction spécialisée permettrait d’établir les responsabilités, de poursuivre les auteurs des crimes les plus graves, et surtout, d’offrir une reconnaissance officielle et une réparation aux victimes. Un enjeu crucial pour briser le cycle de l’impunité et poser les bases d’une paix durable.

L’est de la RDC : un théâtre de crimes sans fin

Depuis plus de trente ans, les provinces orientales de la RDC – Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri, Tanganyika – sont le théâtre d’une violence multiforme. Des groupes rebelles nationaux et étrangers, des milices communautaires, des forces régulières et des armées voisines s’y affrontent dans une guerre complexe où les civils paient le plus lourd tribut.

Massacres de populations, viols collectifs, déplacements massifs, pillage des ressources : la liste des atrocités est interminable. Le conflit a fait des millions de morts, des millions de déplacés, et a laissé des séquelles psychologiques profondes dans des communautés entières. Dans certaines zones, les enfants n’ont jamais connu autre chose que l’état d’urgence et la peur.

La proposition d’Aimé Boji, en ce sens, ne se limite pas à une question juridique. Elle est une réponse politique à un échec collectif : celui de la communauté internationale, qui n’a pas su, ou pas voulu, mettre fin à ce qu’aucun qualificatif ne saurait décrire pleinement.

Quand la justice devient une exigence de paix

L’appel d’Aimé Boji à la création d’un tribunal international est plus qu’une déclaration politique. C’est un acte de mémoire. Un rappel solennel que les millions de victimes de l’est de la RDC n’ont pas été des dommages collatéraux, mais des êtres humains dont la dignité a été bafouée, et dont le sang crie encore justice.

Mais au-delà de la rhétorique, la question demeure : ce tribunal verra-t-il enfin le jour, ou restera-t-il une promesse vide, une énième résolution non suivie d’effets ? La communauté internationale, prise dans ses propres contradictions et son pragmatisme diplomatique, n’a jamais montré un empressement à juger les crimes commis dans cette partie du monde.

Pourtant, comme le rappelle l’histoire, aucune paix durable ne peut se construire sur des cendres non pleurées. Les véritables transitions ne s’écrivent pas dans le silence, mais dans la confrontation avec le passé. Les victimes de l’est de la RDC attendent moins des mots que des actes. Attendent moins des promesses que des condamnations. Attendent enfin que la justice, sous une forme ou une autre, vienne laver les stigmates d’une génération sacrifiée sur l’autel des intérêts géostratégiques.

Car en RDC, comme ailleurs, la réconciliation n’est pas un cadeau que l’on fait aux vaincus. C’est un devoir que les puissants doivent aux faibles. Et le temps, lui, ne guérit pas tout. Il ensevelit parfois les vérités que la justice seule peut exhumer.

Nouveau rebondissement au procès FRIVAO : Constant Mutamba brille par son absence devant la Cour

Kinshasa, 31 juillet 2026. Une chaise est restée vide ce vendredi dans la salle d’audience de la Cour de cassation. Après avoir quitté les débats avec fracas lors de la précédente audience en dénonçant un procès « entaché d’irrégularités », l’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba, ne s’est pas présenté devant les juges. Ses avocats étaient également absents. Cette absence marque un nouveau tournant dans le procès du Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO).

La Cour de cassation a toutefois poursuivi l’instruction de cette affaire. Elle met en cause les anciens dirigeants du FRIVAO, notamment son ancien coordonnateur, Chançard Bolukola, ainsi que Constant Mutamba, ancien ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux.

Constant Mutamba dénonce des irrégularités de procédure

Cette audience intervient quelques jours après une comparution particulièrement mouvementée. Avant de quitter brusquement la salle, Constant Mutamba avait dénoncé ce qu’il qualifie de graves irrégularités de procédure.

L’ancien garde des Sceaux contestait la régularité de sa citation à comparaître. Selon lui, des « fausses mentions » auraient été ajoutées par les greffiers, alors qu’il avait accepté de comparaître.

« Les greffiers mentent », avait-il lancé devant la Cour. Il réclamait alors la production du document qu’il souhaitait contester.

Il reprochait également au tribunal de grande instance de la Gombe de ne pas avoir enregistré une citation directe déposée contre le greffier Kinakina Kiki. Il accuse ce dernier de faux en écriture. Selon Constant Mutamba, la Cour lui aurait aussi refusé la possibilité de présenter ses exceptions de procédure et ses moyens de défense.

Estimant que ses droits n’étaient pas respectés, il avait déclaré être prêt à « boire la ciguë comme Socrate » plutôt que de cautionner une procédure qu’il juge contraire aux principes d’un procès équitable. Il avait ensuite quitté la salle d’audience.

Une demande de retransmission publique avant le procès

Quelques jours auparavant, dans une lettre datée du 23 juillet, Constant Mutamba avait pourtant demandé la retransmission intégrale de son procès sur la RTNC. Il souhaitait également que les audiences restent ouvertes au public.

L’ancien ministre invoquait les articles 149 et 20 de la Constitution. Il estimait que cette diffusion garantirait la transparence des débats.

Les poursuites liées au dossier FRIVAO

Dans cette affaire, la justice poursuit Constant Mutamba aux côtés de Chançard Bolukola. Les deux hommes répondent de décaissements contestés effectués au profit de la société Congo Energy, dont un paiement de 14,3 millions de dollars américains.

Lors de sa première comparution, le 13 juillet, Constant Mutamba avait affirmé n’avoir jamais reçu de citation régulière. Il soutenait également ne pas avoir eu accès au dossier avant son passage devant la Cour.

Une précédente condamnation judiciaire

Ce dossier s’ajoute à une précédente condamnation. Le 2 septembre 2025, la Cour de cassation avait condamné Constant Mutamba à trois ans de travaux forcés pour détournement de fonds destinés à la construction d’une prison à Kisangani.

La justice lui avait aussi interdit de voter et de se présenter à une élection pendant cinq ans. Elle l’avait exclu de toute fonction publique et condamné à restituer 19 millions de dollars américains. Selon les éléments retenus dans cette procédure, ces fonds présentaient également des liens avec le FRIVAO.

Quelle suite pour le procès ?

L’absence de Constant Mutamba ouvre désormais une nouvelle séquence dans ce procès très suivi. La Cour poursuivra-t-elle l’instruction malgré cette absence ? L’ancien ministre reviendra-t-il défendre sa position lors des prochaines audiences ? Les prochaines audiences devraient apporter des éléments de réponse.

Félix Tshisekedi bouleverse les hautes juridictions, de nouvelles figures émergent

Une nouvelle page s’ouvre pour la justice congolaise. À travers une série d’ordonnances présidentielles lues le 28 juillet 2026 sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC), le président de la République, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo, a lancé un vaste réaménagement de la magistrature. Entre nominations stratégiques, départs à la retraite, révocations et confirmations de hauts responsables, ces décisions redessinent l’architecture des principales juridictions du pays.

Au-delà des mouvements administratifs, ces changements interviennent dans un contexte politique particulièrement sensible, marqué par les débats autour du référendum constitutionnel et les discussions engagées entre le pouvoir et l’opposition.

Kilomba Ngozi Noël démis d’office, plusieurs hauts magistrats quittent leurs fonctions

Parmi les décisions les plus marquantes figure la révocation de Kilomba Ngozi Noël. Ancien juge à la Cour constitutionnelle et président de la Cour de cassation, il est démis d’office de ses fonctions ainsi que de son grade pour n’avoir jamais repris son poste après sa nomination en 2020, malgré les notifications et sommations qui lui avaient été adressées.

Le renouvellement touche également plusieurs magistrats arrivés à l’âge de la retraite. À la Cour constitutionnelle, les avocats généraux Ndaka Matandubi et Likoko Bangala quittent officiellement leurs fonctions.

À la Cour de cassation, plusieurs figures de cette juridiction sont également admises à la retraite, notamment Badidengani Bilolo, Mwangila, Atiba, Kazadi Placide, Musenga Wa Kasanji Joachim, Belanteko Sambi Patrice et Kwilu Vangu.

Dans les juridictions militaires, Jean Bivegete Pinga Solo est admis à la retraite au grade de président de la Haute Cour militaire.

Une nouvelle génération propulsée aux commandes de la Cour de cassation

En parallèle des départs, le chef de l’État a procédé à une série de nominations destinées à renforcer les hautes juridictions.

À la Cour de cassation, Bakila Luvunga Noël, Mananga Mpezi Boniface, Kalumba Ilunga Christian et Otshudi Wongodi Okita Thomas sont promus présidents. Plusieurs magistrats rejoignent également cette juridiction en qualité de conseillers, parmi lesquels Kanku Kingombe Antoine, Kibala Akidi Fidèle et Kalonda Pauni Yvette.

Sylvain Kaluila Muana est nommé premier avocat général près la Cour de cassation, tandis qu’à la Cour constitutionnelle, Kapita Kanyama, Ngandu Mukendi, Shindano Bulenge, Kama Alama et Nsangu Mataya accèdent aux fonctions d’avocats généraux.

Ces nominations traduisent la volonté des autorités de renouveler progressivement les effectifs des plus hautes instances judiciaires du pays.

Firmin Mvonde reste en poste malgré les rumeurs

Si les ordonnances ont provoqué de nombreuses réactions, elles ont également donné lieu à une confusion concernant le parquet général près la Cour de cassation.

Dans les heures qui ont suivi leur lecture, plusieurs informations faisaient état du départ de Firmin Mvonde. Une interprétation rapidement démentie. Aucune ordonnance n’a désigné un nouveau procureur général près la Cour de cassation.

Firmin Mvonde demeure donc à la tête du parquet de cette juridiction. De la même manière, plusieurs personnalités influentes de la magistrature conservent leurs fonctions, notamment le premier président de la Cour de cassation, le professeur Élie Léon Ndomba, ainsi que les principaux responsables du Conseil d’État.

Au-delà de la Cour de cassation et de la Cour constitutionnelle, les ordonnances présidentielles concernent également la Haute Cour militaire, les cours militaires, les tribunaux militaires de garnison, les cours d’appel ainsi que plusieurs tribunaux de grande instance, où des magistrats ont été nommés, réhabilités, révoqués, démis d’office ou admis à la retraite.

Par son ampleur, ce réaménagement constitue l’un des plus importants mouvements opérés ces dernières années au sein de la magistrature congolaise. Il ouvre une nouvelle séquence pour les institutions judiciaires de la République démocratique du Congo, dans un climat politique où les questions institutionnelles occupent plus que jamais le devant de la scène.

« Qu’ils me condamnent à mort ! » : Constant Mutamba quitte la Cour de cassation en pleine audience

L’atmosphère était électrique, ce lundi matin, dans la salle d’audience de la Cour de cassation. Le procès de Constant Mutamba, ancien ministre d’État à la Justice, poursuivi dans l’affaire des fonds du FRIVAO, a rapidement pris une tournure inattendue. En quelques minutes, le face-à-face entre l’ancien garde des Sceaux et les juges s’est transformé en un véritable bras de fer judiciaire. Au cœur de la tension : des accusations de « fausses mentions », des exceptions de procédure contestées et, en toile de fond, les dénonciations d’un « complot politique ». Puis, dans un geste spectaculaire, Constant Mutamba a quitté la salle d’audience, laissant derrière lui une Cour sous tension et un procès désormais plongé dans une nouvelle zone d’incertitude.

Un premier accrochage fait monter la tension

Tout semblait pourtant réuni pour une nouvelle étape dans l’examen de cette affaire sensible. Mais l’audience n’a pas tardé à basculer.

Un premier accrochage est intervenu lorsque la Cour a retiré la parole à Constant Mutamba, alors qu’elle s’apprêtait à la donner à une autre partie.

L’ancien ministre n’a pas apprécié.

« Ne donnez pas l’impression de nous infliger une injustice. Conduisez bien le débat », a-t-il lancé aux juges.

L’échange tendu va rapidement prendre une autre dimension. Constant Mutamba reproche à la Cour de ne pas lui permettre de soulever certaines exceptions de procédure avant l’ouverture des débats.

Pour l’ancien garde des Sceaux, cette situation porte atteinte à ses droits de défense et à son droit à un procès équitable.

Mais c’est surtout la question de sa citation à comparaître qui va mettre le feu aux poudres.

« Il y a un complot monté contre moi », accuse Mutamba

Face à la presse, Constant Mutamba a vivement contesté la manière dont la procédure est menée.

Il affirme que sa citation à prévenu contient des « fausses mentions » qui auraient été introduites par des greffiers. L’ancien ministre dénonce également le refus, selon lui, du tribunal de grande instance de la Gombe d’enregistrer une plainte qu’il affirme avoir déposée contre l’un de ces greffiers.

Pour lui, ces éléments ne sont pas de simples détails de procédure.

Constant Mutamba y voit plutôt les signes d’un système qu’il accuse de chercher à le condamner à tout prix.

« Nous ne sommes pas venus cautionner des complots politiques. Si tel est le cas, faites-le sans moi. La Cour de cassation doit respecter les droits de la défense. Il y a un complot monté contre moi et j’ai des preuves », a-t-il déclaré.

L’ancien ministre s’est également présenté comme la cible d’un « système mafieux » qu’il affirme avoir combattu. Il soutient notamment que ses adversaires politiques se seraient organisés pour obtenir sa condamnation et son arrestation.

Il affirme aussi qu’un dossier qui aurait déjà été clôturé aurait été rouvert contre lui et que son coprévenu aurait été instrumentalisé pour l’atteindre.

Ces accusations, formulées par Constant Mutamba dans le cadre de sa défense, n’ont toutefois pas été établies.

Puis, dans une phrase particulièrement forte, l’ancien garde des Sceaux a donné le ton de son départ.

« Je refuse de cautionner l’arbitraire. Qu’ils me condamnent à mort », a-t-il lancé.

Avant de quitter la salle, il a également affirmé être prêt à « boire la ciguë comme Socrate » plutôt que de poursuivre une procédure qu’il considère entachée d’irrégularités.

Le procès FRIVAO toujours loin de son dénouement

Derrière cette scène spectaculaire se trouve un dossier judiciaire aux enjeux considérables.

Le FRIVAO est le fonds chargé d’indemniser les victimes des activités illicites de l’Ouganda en République démocratique du Congo. Il est notamment alimenté par les réparations mises à la charge de Kampala par la Cour internationale de justice.

Constant Mutamba est poursuivi dans cette affaire en sa qualité d’ancien ordonnateur du fonds. Il comparaît aux côtés de Chancard Bukolela, ancien coordonnateur intérimaire du FRIVAO.

Les deux hommes sont concernés par une procédure portant sur des décaissements considérés comme irréguliers et représentant plusieurs millions de dollars.

Mais à ce stade, le dossier n’a pas encore été jugé sur le fond.

Lors de l’audience précédente, le 13 juillet, la Cour avait décidé de joindre les deux procédures et de renvoyer l’examen de l’affaire au 27 juillet. Cette décision devait notamment permettre à Constant Mutamba de consulter le dossier, l’ancien ministre affirmant ne pas en connaître suffisamment le contenu.

Le ministère public soutient, pour sa part, que Constant Mutamba avait bien été entendu durant l’instruction. Cette audition aurait notamment été organisée alors que l’ancien ministre se trouvait à l’hôpital, une version que l’intéressé conteste.

Le bras de fer porte donc désormais autant sur le fond des accusations que sur la régularité de la procédure.

Une nouvelle bataille judiciaire pour l’ancien ministre

Cette nouvelle audience vient également s’ajouter à un parcours judiciaire déjà lourd pour Constant Mutamba.

Le 2 septembre 2025, la Cour de cassation l’avait condamné à trois ans de travaux forcés pour détournement de deniers publics dans une affaire distincte, portant sur des fonds destinés à la construction de la prison de Kisangani.

Le dossier FRIVAO constitue toutefois une procédure différente. À ce titre, Constant Mutamba bénéficie pleinement de la présomption d’innocence dans cette nouvelle affaire.

Quelques jours avant l’audience du 27 juillet, l’ancien ministre avait par ailleurs demandé que son procès soit retransmis en direct. Dans une lettre manuscrite, il avait plaidé pour que les débats puissent être suivis publiquement, au nom d’une justice rendue « au vu et au su du peuple ».

Mais ce lundi, c’est finalement une autre image qui restera de cette audience.

Celle d’un ancien ministre quittant la salle de la Cour de cassation après un échange tendu avec les juges, dénonçant des irrégularités et criant au « complot politique ».

Son départ laisse désormais planer de nombreuses interrogations sur la suite de la procédure.

La Cour devra déterminer les conditions dans lesquelles l’examen du dossier pourra se poursuivre et se prononcer sur les contestations soulevées par la défense.

Une chose est certaine : dans l’affaire FRIVAO, le procès n’a pas encore livré son verdict, mais le bras de fer entre Constant Mutamba et la justice congolaise vient de franchir un nouveau cap.

RDC-Rwanda: Guillaume Ngefa conduit Kinshasa à La Haye pour une bataille judiciaire

C’est une étape judiciaire décisive qui s’est ouverte ce lundi 20 juillet à La Haye. Le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux de la République démocratique du Congo, Guillaume Ngefa, a conduit la délégation congolaise à une réunion procédurale devant la Cour internationale de Justice (CIJ), dans le cadre du différend historique opposant Kinshasa à Kigali. Une requête introductive d’instance déposée le 26 juin dernier accuse le Rwanda de violations graves du droit international, ouvrant un front judiciaire inédit face à l’agression rwandaise dans l’Est du pays.

L’atmosphère était solennelle au siège de la Cour internationale de Justice, ce lundi. La délégation congolaise, menée par le ministre Guillaume Ngefa – également co-agent de la RDC auprès de la CIJ –, a pris place en présence du Président de la Cour et des membres du Greffe. Face à elle, la délégation rwandaise, conduite par son ministre de la Justice.

Une réunion exclusivement procédurale

Conformément au Règlement de la Cour, cette rencontre préliminaire a été consacrée exclusivement aux aspects procéduraux. Aucun débat sur le fond du différend n’a été engagé. Les échanges ont porté sur :

  • Le calendrier de dépôt des mémoires et des autres écritures des deux parties ;

  • Les modalités pratiques du déroulement de l’instance judiciaire ;

  • Les aspects organisationnels liés à la bonne administration de la justice.

« En ma qualité de ministre de la Justice et garde des Sceaux de la République démocratique du Congo, et de co-agent de la RDC auprès de la Cour internationale de Justice, j’ai conduit la délégation congolaise à la réunion des parties au différend introduit par la RDC contre le Rwanda », a déclaré Guillaume Ngefa.

Un front judiciaire pour briser l’impunité

La requête introductive d’instance, déposée le 26 juin 2026, constitue l’acte fondateur de cette offensive judiciaire. Par cette procédure, Kinshasa demande à la CIJ de constater la responsabilité internationale du Rwanda pour violations de plusieurs conventions internationales :

  • La Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (1948) ;

  • La Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale (1965) ;

  • La Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes (1979) ;

  • La Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants (1984).

Selon le gouvernement congolais, les forces armées rwandaises (APR/RDF) et les groupes armés soutenus, dirigés ou contrôlés par Kigali – dont l’AFDL, le RCD, le CNDP et le M23/AFC – auraient mené des opérations militaires illicites sur le territoire congolais, provoquant des pertes en vies humaines considérables, des déplacements massifs et des souffrances d’une ampleur exceptionnelle.

Un engagement présidentiel pour la justice internationale

Cette démarche s’inscrit dans la stratégie globale définie par le Président Félix Tshisekedi, qui a engagé le gouvernement à renforcer le front judiciaire international pour :

  • Obtenir réparation pour les préjudices subis par la RDC et ses populations ;

  • Poursuivre les auteurs de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité ;

  • Documenter systématiquement le pillage des ressources naturelles congolaises.

Prochaines étapes : Une ordonnance de la Cour

À l’issue de cette réunion, la Cour internationale de Justice rendra une ordonnance fixant les prochaines échéances procédurales et le calendrier judiciaire. La RDC, par la voix de son ministre de la Justice, a réaffirmé sa détermination à défendre ses droits devant la plus haute juridiction des Nations unies.

« Le gouvernement de la République démocratique du Congo demeure pleinement engagé dans la défense de ses droits », a martelé Guillaume Ngefa.

La bataille judiciaire est engagée. Elle s’annonce longue, technique, mais porteuse d’espoir pour des millions de Congolais de l’Est qui attendent justice. À La Haye, comme à Kinshasa, on retient son souffle. Le droit, une fois de plus, pourrait offrir ce que la diplomatie n’a pas encore réussi à obtenir : la reconnaissance des crimes et la réparation des préjudices.

Affaire FRIVAO : la Cour de cassation reporte au 27 juillet le procès de Constant Mutamba

Le procès très attendu de l’ancien ministre d’État en charge de la Justice, Constant Mutamba, n’aura finalement pas connu son épilogue ce lundi à Kinshasa. Après plusieurs échanges devant la Cour de cassation, les juges ont décidé de reporter l’affaire au 27 juillet prochain, laissant aux prévenus le temps d’examiner le dossier et de préparer leur défense.

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Cette décision concerne également Chançard Bolukola, ancien coordonnateur du Fonds de réparation des victimes des activités illicites de l’Ouganda (FRIVAO). Tous deux sont poursuivis dans une affaire de présumé détournement de fonds destinés à indemniser les victimes congolaises des exactions commises par l’Ouganda sur le territoire de la RDC.

La Cour privilégie le respect des droits de la défense

En annonçant le renvoi de l’affaire, le président de la composition, le magistrat Jean Ubulu, a expliqué que la juridiction entend garantir un procès équitable.

« La cause est renvoyée au 27 juillet pour permettre aux deux prévenus, Chançard Bolukola et Constant Mutamba, de lire le dossier afin de préparer leur propre défense avec l’appui de leurs avocats », a-t-il déclaré à l’audience.

Cette décision donne ainsi plusieurs jours supplémentaires aux deux prévenus pour prendre connaissance de l’ensemble des pièces versées au dossier avant la reprise des débats sur le fond.

Constant Mutamba évoque une audition dans sa chambre d’hôpital

L’audience a également été marquée par les déclarations de Constant Mutamba, qui a contesté les conditions dans lesquelles il affirme avoir été entendu par des magistrats alors qu’il était hospitalisé.

Selon l’ancien garde des Sceaux, il n’aurait jamais reçu régulièrement sa citation à comparaître. Il a raconté que trois magistrats s’étaient rendus dans sa chambre d’hôpital alors qu’il suivait un traitement médical.

« J’ai reçu trois magistrats dans ma chambre d’hôpital. Je ne pouvais même pas parler. Ils m’ont trouvé pratiquement en tenue d’Adam, en train de recevoir mes traitements. Ils m’ont posé deux questions qui n’ont rien à voir avec les faits repris dans la citation à comparaître », a déclaré Constant Mutamba.

Il affirme n’avoir répondu à aucune de ces questions et souhaite désormais consulter le procès-verbal afin de vérifier les déclarations qui y auraient été consignées.

Ces affirmations ont constitué l’un des temps forts de l’audience. Par l’intermédiaire de ses avocats, l’ancien ministre insiste sur la nécessité d’obtenir l’intégralité du dossier avant de présenter sa défense devant la haute juridiction.

Le FRIVAO, un dossier hautement sensible

Au-delà de la procédure judiciaire, cette affaire touche un sujet particulièrement sensible en République démocratique du Congo. Le FRIVAO a été créé pour indemniser les victimes congolaises des activités illicites et des exactions commises par l’Ouganda, conformément aux décisions rendues dans le contentieux ayant opposé les deux États devant les juridictions internationales.

Toute suspicion de détournement ou de mauvaise gestion des ressources destinées à ces victimes suscite une forte émotion au sein de l’opinion publique, tant les attentes autour de ce mécanisme de réparation sont importantes.

Le 27 juillet, la Cour de cassation reprendra l’examen du dossier. Cette prochaine audience pourrait marquer un tournant dans une procédure suivie de près, non seulement en raison de la personnalité de l’ancien ministre Constant Mutamba, mais aussi des enjeux financiers et symboliques liés à la gestion des fonds destinés aux victimes congolaises.

Constant Mutamba de retour devant la Cour de cassation : un nouveau procès qui ravive les tensions autour du FRIVAO

L’ancien ministre de la Justice, Constant Mutamba Tungunga, s’apprête à franchir une nouvelle fois les portes de la Cour de cassation. Ce lundi 13 juillet, il sera fixé sur son sort dans une affaire brûlante qui écorne un peu plus l’image d’un homme qui fut le symbole de la lutte contre l’impunité. Retour sur un feuilleton judiciaire où se mêlent millions de dollars, accusations de gabegie et appels au secours politiques.

C’est un retour au palais que l’on attendait, mais que l’ancien ministre redoutait sans doute. À quelques mois d’intervalle, le voilà de nouveau plongé dans la tourmente judiciaire. Après avoir été condamné à trois ans de prison ferme pour la gestion calamiteuse d’un chantier de prison à Kisangani, Constant Mutamba Tungunga est aujourd’hui convoqué pour une autre affaire tout aussi emblématique : celle du Fonds de réparation des indemnisations des victimes des activités illicites de l’Ouganda en RDC (FRIVAO).

Un passif lourd et une nouvelle mise en cause

Pour comprendre l’ampleur de ce nouveau procès, il faut replonger dans le premier dossier qui a scellé la chute du bouillant juriste. La Cour de cassation l’avait reconnu coupable de détournement de deniers publics dans le cadre de la construction d’une prison centrale à Kisangani. Un projet estimé à plus de 19 millions de dollars américains qui, selon les juges, n’a jamais abouti à sa destination finale, laissant un trou béant dans les finances de l’État.

Aujourd’hui, c’est un autre trou noir qui est examiné. Constant Mutamba est soupçonné de tentative de détournement au sein du FRIVAO, une structure censée réparer les préjudices subis par les populations victimes des guerres ougandaises. L’audience de ce lundi promet d’être explosive, car les enjeux ne sont pas seulement financiers ; ils touchent à la mémoire des victimes de guerre.

« C’est un procès politique » : la défense par l’offensive

Dans une atmosphère électrique, l’ancien ministre ne se présente pas les mains vides. Il a récemment publié une lettre manuscrite d’une tonalité dramatique, dans laquelle il évoque un « 3ᵉ procès politique » monté de toutes pièces contre lui. Malgré un état de santé qu’il décrit comme critique, Constant Mutamba jure qu’il sera présent à l’audience.

Sa stratégie est claire : transformer ce tribunal en scène médiatique. Il a sollicité, par la même plume, une retransmission en direct du procès sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC) et sur d’autres chaînes. « Que les victimes de la guerre de Kisangani et tout le peuple congolais sachent la vérité ! », clame-t-il, tentant de placer la justice sous le feu des projecteurs pour déjouer, selon lui, un complot.

Une audience sous haute tension

Alors que la Cour de cassation s’apprête à examiner les faits relatifs à la gestion du FRIVAO, la question demeure : s’agit-il d’une simple erreur de gestion ou d’une tentative orchestrée de dilapider les fonds destinés aux sinistrés de guerre ? Pour les avocats de la partie civile, il ne fait aucun doute que l’ex-ministre a outrepassé ses droits. Pour ses soutiens, il est la victime d’un système qui cherche à faire taire un homme qui en savait trop.

Ce lundi 13 juillet, les bancs de la Cour de cassation seront donc le théâtre d’une confrontation à trois niveaux : judiciaire, politique et mémoriel. Une chose est sûre, en choisissant de réclamer la caméra pour filmer ses juges, Constant Mutamba signe un acte de bravade. Mais dans ce jeu dangereux, c’est peut-être la transparence qu’il redoute le plus qui finira par lui être fatale.

Lutte contre la corruption en RDC : le gouvernement, l’ONU et le secteur privé unissent leurs forces pour accélérer la réforme

La République démocratique du Congo accélère sa stratégie de lutte contre la corruption. Quelques jours après l’adoption en Conseil des ministres du projet de loi dédié à cette problématique, le ministère de la Justice, le Pacte mondial des Nations Unies (UN Global Compact) en RDC et les représentants du secteur privé ont affiché un front commun pour accompagner cette réforme ambitieuse.

Réunis Mardi 7 juillet à Kinshasa autour du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, les différents partenaires ont réaffirmé leur engagement à bâtir un environnement plus transparent, plus intègre et plus favorable aux investissements.

Une réforme élaborée en concertation avec les partenaires

Cette rencontre de travail a permis de faire le point sur les avancées du projet de loi, adopté le 26 juin dernier en Conseil des ministres. Les discussions ont porté sur les derniers ajustements techniques ainsi que sur les prochaines étapes, notamment la vulgarisation du texte auprès des entreprises, des institutions publiques et de la société civile.

La directrice du UN Global Compact RDC, Jessica Webe, s’est félicitée de la qualité du travail réalisé en collaboration avec le ministère de la Justice. Selon elle, près de 75 % des recommandations formulées par la commission anti-corruption de l’organisation ont été retenues dans la version actuelle du projet de loi, illustrant une démarche participative menée durant plusieurs mois.

Cette collaboration témoigne de la volonté des autorités congolaises de s’appuyer sur les meilleures pratiques internationales afin de renforcer l’efficacité du futur dispositif légal.

Le secteur privé prêt à accompagner la mise en œuvre

Président tournant de la commission anti-corruption du UN Global Compact, le Directeur général adjoint d’Equity BCDC, Hugues Boketsu Efole, a réaffirmé l’engagement du secteur privé à soutenir cette réforme.

Pour les entreprises, l’objectif est clair : contribuer à restaurer la confiance dans les institutions, améliorer le climat des affaires et promouvoir des pratiques de gouvernance conformes aux standards internationaux.

Les partenaires ont également annoncé le lancement prochain d’une vaste campagne de sensibilisation destinée aussi bien aux entreprises qu’aux organisations de la société civile. Cette initiative vise à faciliter l’appropriation du futur cadre juridique et à garantir son application effective dès son entrée en vigueur.

Un nouveau cadre juridique pour renforcer la gouvernance

Le projet de loi anticorruption ambitionne de moderniser en profondeur l’arsenal juridique congolais. Il s’articule autour de quatre piliers majeurs : la prévention, la protection, la répression et les procédures judiciaires.

Le texte introduit également plusieurs innovations, notamment le renforcement de la coopération internationale, le recouvrement des avoirs acquis illicitement ainsi que l’obligation, pour les entreprises, de mettre en place des mécanismes internes de prévention de la corruption.

À travers cette réforme, les autorités congolaises entendent consolider la gouvernance publique, améliorer durablement le climat des affaires et rapprocher la RDC des standards internationaux en matière de transparence, d’intégrité et de bonne gouvernance.

Rawbank : Jules Alingete et Mustafa Rawji interdits de quitter la RDC, la justice ouvre une enquête pour corruption

La justice congolaise franchit une nouvelle étape dans un dossier sensible mêlant hauts responsables publics et acteurs majeurs du secteur bancaire. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a ordonné l’interdiction de sortie du territoire national de l’ancien inspecteur général des finances Jules Alingete Key, du directeur général de Rawbank, Mustafa Rawji, ainsi que de six autres personnes, dans le cadre d’une enquête judiciaire portant notamment sur des faits présumés de corruption, de faux en écritures et de blanchiment de capitaux.

La décision, notifiée le 20 juin à la Direction générale de migration (DGM), constitue une mesure conservatoire destinée à garantir la disponibilité des personnes visées pendant l’instruction. À ce stade, aucune condamnation n’a été prononcée et la présomption d’innocence demeure pleinement applicable à l’ensemble des personnes concernées.

Une mesure conservatoire pour les besoins de l’instruction

Dans sa correspondance adressée au directeur général de la DGM, Firmin Mvonde précise que son parquet a ouvert une enquête judiciaire contre Mustafa Rawji, Mazhar Rawji, Uzair Rawji, Zain Rawji, Jules Alingete Key, Kiala Ndombele, Nanu Mukawa, également connu sous le nom de Nanu Alingete, ainsi que Jok Oga Ukelo.

Les investigations portent sur des infractions prévues par le Code pénal congolais, notamment les faits de corruption et de faux en écritures, ainsi que sur la loi du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Afin d’assurer le bon déroulement de la procédure, le procureur général a demandé aux services de la migration d’empêcher les personnes concernées de quitter Kinshasa, ou le territoire national pour celles se trouvant déjà en province, jusqu’à nouvel ordre.

Cette instruction a également été transmise au ministre d’État en charge de la Justice, au Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité, à l’Agence nationale de renseignements (ANR), à la Police nationale congolaise (PNC) ainsi qu’aux services de renseignement des Forces armées.

Une affaire qui trouve son origine dans des accusations anciennes

Cette décision intervient dans le prolongement d’accusations apparues entre 2023 et 2024 concernant de présumées commissions versées par des sociétés du groupe Rawji, notamment dans le cadre d’un dossier de redressement fiscal impliquant Rawbank. Ces allégations avaient déjà donné lieu à des plaintes ainsi qu’à plusieurs révélations médiatiques.

L’affaire prend une dimension particulière en raison du profil des personnalités concernées. Mustafa Rawji dirige Rawbank, première banque commerciale de la République démocratique du Congo, tandis que Jules Alingete a incarné pendant plusieurs années la lutte contre la corruption à la tête de l’Inspection générale des finances (IGF), avant de quitter ses fonctions en 2025.

À ce stade de la procédure, ni Rawbank ni les personnes visées n’ont réagi publiquement à cette mesure judiciaire.

L’interdiction de sortie du territoire ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité. Elle traduit néanmoins la volonté du parquet de sécuriser le déroulement de l’enquête, désormais entrée dans une phase active, alors que les investigations concernent des personnalités de premier plan issues aussi bien du secteur financier que des institutions de contrôle de l’État.

RDC-Rwanda : Kinshasa porte plainte contre Kigali devant la CIJ pour « violations graves du droit international »

Une nouvelle bataille s’ouvre entre Kinshasa et Kigali. Cette fois, elle ne se joue ni sur le terrain diplomatique ni dans les zones de conflit de l’est de la République démocratique du Congo, mais devant la plus haute juridiction des Nations unies.

Ce vendredi 26 juin 2026, le gouvernement congolais a officiellement saisi la Cour internationale de Justice (CIJ), franchissant une étape majeure dans son bras de fer judiciaire avec le Rwanda. Par cette requête, la RDC entend faire reconnaître la responsabilité internationale de Kigali pour les graves violations du droit international qu’elle affirme avoir subies depuis plus de trois décennies dans l’est du pays.

Pour Kinshasa, cette procédure marque une nouvelle offensive juridique visant à faire triompher le droit là où les armes continuent de parler.

Kinshasa accuse Kigali de violations graves du droit international

Dans sa requête déposée devant la Cour internationale de Justice, la RDC s’appuie sur plusieurs conventions internationales majeures pour étayer ses accusations.

Le gouvernement congolais invoque notamment la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ainsi que la Convention contre la torture.

Selon Kinshasa, ces instruments auraient été violés à travers des actes commis dans l’est de la RDC depuis plus de trente ans.

Les autorités congolaises imputent au Rwanda une implication dans des massacres de civils, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des violences sexuelles, des déplacements forcés de populations ainsi que le soutien présumé apporté à plusieurs mouvements armés successifs, notamment l’AFDL, le RCD, le CNDP et plus récemment l’AFC/M23.

Une demande de réparation et de garanties devant la CIJ

À travers cette action judiciaire, la RDC ne sollicite pas uniquement une reconnaissance des violations alléguées.

Kinshasa demande également à la Cour d’ordonner la cessation des actes qu’elle considère comme illicites, d’imposer des garanties de non-répétition et d’accorder une réparation intégrale aux victimes des exactions dénoncées.

Le gouvernement congolais affirme ainsi vouloir privilégier les mécanismes du droit international afin que les responsabilités soient établies dans un cadre judiciaire reconnu par la communauté internationale.

À travers cette démarche, les autorités réaffirment leur volonté de « faire prévaloir le droit sur la force », dans un conflit qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis plusieurs décennies.

Une plainte dans un contexte de tensions persistantes

Cette saisine intervient alors que l’est de la RDC demeure marqué par une instabilité chronique alimentée par la présence de nombreux groupes armés.

Depuis la résurgence du M23 en 2021, les violences se sont intensifiées jusqu’à la prise de Goma en janvier 2025, puis de Bukavu en février de la même année, aggravant une crise humanitaire déjà préoccupante.

Malgré la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington en juin 2025, suivie d’une déclaration de principes conclue avec l’AFC/M23 à Doha en juillet 2025 en faveur d’un cessez-le-feu permanent, les affrontements et les tensions sécuritaires persistent dans plusieurs territoires de l’est congolais.

En portant aujourd’hui le différend devant la Cour internationale de Justice, Kinshasa ouvre un nouveau front, cette fois judiciaire, avec l’espoir d’obtenir une décision susceptible de renforcer sa position sur la scène internationale et d’apporter une reconnaissance aux victimes des violences qui endeuillent l’est du pays depuis plus de trente ans.

Procès Numbi-Tshiwewe : la Haute Cour militaire reporte l’audience pour « raisons d’État »

L’atmosphère était lourde ce jeudi 25 juin dans l’enceinte de la Haute Cour militaire. Magistrats, avocats et observateurs s’attendaient à voir le dossier entrer dans une nouvelle phase. Pourtant, quelques minutes seulement après l’ouverture de l’audience, le couperet est tombé : le procès opposant l’auditeur général des FARDC aux généraux John Numbi et Christian Tshiwewe, ainsi qu’à plusieurs autres officiers supérieurs, est renvoyé au 9 juillet 2026.

Une décision qui n’a pas manqué de susciter interrogations et commentaires, tant cette affaire figure parmi les plus sensibles actuellement examinées par la justice militaire congolaise.

Un renvoi justifié par des « raisons d’État »

Selon le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, l’audience n’a pu se poursuivre en raison de l’indisponibilité de certains membres de la composition.

À la sortie de la salle, les avocats ont confirmé que cette absence était liée à des impératifs qualifiés de « raisons d’État ».

« C’est à cause de l’indisponibilité de quelques membres de la composition. À cet effet, il a été évoqué les raisons d’État », a expliqué maître Papy Nyango, membre du collectif de la défense.

Au-delà de cette contrainte institutionnelle, la juridiction militaire a également indiqué vouloir laisser du temps aux différents collectifs d’avocats afin qu’ils finalisent et déposent leurs mémoires de défense.

Du côté du général d’armée Christian Tshiwewe, cette étape est déjà franchie. Son avocat, maître Parfait Kanyenga, affirme avoir transmis le mémoire unique de son client et se dit prêt à défendre ses arguments lors de la prochaine audience.

Des accusations particulièrement lourdes

Si cette audience n’aura duré que quelques instants, l’importance du dossier demeure intacte.

Les prévenus sont poursuivis pour une série d’infractions particulièrement graves dans le contexte sécuritaire actuel de la RDC. Parmi les chefs d’accusation figurent notamment le complot, la trahison, l’apologie du terrorisme, la propagation de faux bruits, la violation des consignes militaires, la désertion à l’étranger, la détention illégale d’armes et de munitions de guerre ainsi que l’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.

Lors de la première audience, la Haute Cour militaire s’était limitée à l’identification des prévenus et à la notification officielle des griefs retenus contre chacun d’eux.

Parmi les personnalités citées dans cette procédure figurent le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d’état-major général des FARDC, le général d’armée John Numbi, ancien inspecteur général des FARDC, le général-major Maurice Nyembo Kufi ainsi que plusieurs généraux de brigade, colonels et officiers supérieurs.

Un procès sous haute surveillance

L’un des faits marquants de cette affaire reste l’absence de plusieurs prévenus, notamment le général John Numbi, le colonel Tshinabo Kenge Christophe et Pascal Nyembo Muyumba, ancien directeur général du CEEC.

Considérés comme étant en fuite, ces derniers font l’objet d’une procédure par défaut. L’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, a demandé à la Cour de retenir cette situation conformément aux dispositions du Code judiciaire militaire.

Au-delà des personnes poursuivies, ce procès intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la RDC. Le pays fait face à la poursuite de la guerre dans l’Est, où les autorités accusent le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Dans ce climat marqué par les enjeux sécuritaires et les questions de loyauté au sein de l’appareil militaire, cette affaire est suivie avec une attention particulière par l’opinion publique. Le rendez-vous du 9 juillet prochain pourrait ainsi marquer une étape décisive dans un dossier qui met en cause plusieurs figures de premier plan des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Guillaume Ngefa en mission aux Pays-Bas pour muscler la coopération judiciaire internationale

Alors que la République démocratique du Congo s’efforce de répondre aux attentes grandissantes de sa population en matière de justice, c’est un ministre en mission qui a pris l’avion pour les Pays-Bas. Guillaume Ngefa Atondoko Andali, ministre d’État en charge de la Justice, a entamé ce dimanche 21 juin une tournée officielle de six jours à La Haye, qui s’achèvera le 27 juin. Un déplacement que son cabinet présente comme une étape clé dans le renforcement de la coopération judiciaire internationale.

Selon le communiqué officiel du ministère, cette mission incarne la volonté ferme du gouvernement congolais de « renforcer la coopération judiciaire internationale, promouvoir le respect du droit international et intensifier la lutte contre l’impunité ». Des objectifs ambitieux qui placent la RDC sur la scène juridique mondiale, alors que le pays fait face à des défis structurels majeurs dans son appareil judiciaire.

La CPI, la CIJ et les experts néerlandais au programme

Le programme du chef de la justice congolaise est aussi dense que stratégique. À La Haye, épicentre du droit international, le ministre doit rencontrer les responsables de la Cour pénale internationale (CPI), institution avec laquelle la RDC entretient des relations complexes mais indispensables. Une audience est également prévue avec les dirigeants de la Cour internationale de Justice (CIJ), tandis que plusieurs autorités néerlandaises figureront à l’agenda des échanges.

Mais c’est peut-être la visite au Netherlands Forensic Institute (NFI) qui pourrait s’avérer la plus prometteuse sur le plan technique. Cette institution, mondialement reconnue pour son expertise en matière de police scientifique et de criminalistique, pourrait apporter un savoir-faire précieux aux enquêteurs et magistrats congolais. Pour le ministère, ces rencontres visent à « consolider les partenariats stratégiques de la RDC avec les principales institutions internationales œuvrant dans les domaines de la justice pénale internationale, de la coopération judiciaire et de la criminalistique ».

Un système judiciaire en quête de réformes et de moyens

Au-delà du volet diplomatique, l’enjeu est considérable pour la RDC. Le pays cherche activement à renforcer les capacités de son système judiciaire, particulièrement dans trois domaines sensibles : les enquêtes criminelles, la collecte et la préservation des preuves, et la poursuite effective des auteurs de crimes graves. L’expertise internationale pourrait contribuer à combler les insuffisances techniques encore trop souvent observées dans plusieurs juridictions du pays.

Cette mission intervient dans un contexte où la pression populaire ne cesse de croître. Corruption endémique, criminalité en tous genres, violations des droits humains : les défis sont innombrables pour un appareil judiciaire régulièrement épinglé pour sa lenteur chronique et le dénuement criant de ses moyens. Les observateurs internationaux et les organisations de défense des droits humains ne cessent d’ailleurs d’appeler Kinshasa à accélérer les réformes.

Des résultats concrets attendus sur le terrain

Pour les analystes, l’intérêt de ce déplacement réside moins dans l’effet d’annonce que dans les retombées concrètes qu’il pourrait générer. Les partenariats internationaux, aussi prestigieux soient-ils, ne valent que par leur capacité à produire des réformes tangibles, à renforcer les compétences des magistrats et des enquêteurs, et à améliorer l’accès des citoyens à une justice crédible, indépendante et efficace.

Le succès de cette mission ne se mesurera donc pas au nombre de réunions tenues dans les couloirs feutrés des institutions internationales de La Haye, mais bien à sa capacité à transformer la coopération en résultats palpables pour les Congolais. Car la lutte contre l’impunité, on le sait, se gagne moins dans les déclarations solennelles que dans le fonctionnement quotidien des juridictions, le traitement diligent des dossiers et la sanction effective des criminels.

En mettant le cap sur les Pays-Bas, Guillaume Ngefa porte avec lui les espoirs d’un peuple assoiffé de justice. Reste à savoir si cette mission saura convertir les promesses en actes et les partenariats en progrès durable pour l’édifice judiciaire congolais.

16 ans après l’assassinat de Chebeya : une réforme judiciaire ouvre la voie à un procès contre le général John Numbi

Ce lundi 1er juin 2026, dans une salle de Kinshasa tendue comme un arc, la Voix des sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) a rendu hommage à ses martyrs. Floribert Chebeya Bahizire et son chauffeur Fidèle Bazana Edadi ont été assassinés il y a seize ans, jour pour jour. Mais derrière les bougies et les discours, une colère intacte et un espoir nouveau.

Car cette seizième commémoration est différente des précédentes. Pour la première fois, la VSV estime que les conditions juridiques sont réunies pour exiger, non plus une promesse, mais un procès.

« Malgré les avancées sous le régime de Félix Tshisekedi, la justice ne sera pleinement rendue que lorsque le général d’armée John Numbi Banza Tambo, principal suspect, cessera d’échapper aux tribunaux. »

Devant la presse, Rostin Manketa, secrétaire exécutif de la VSV, parle d’une voix ferme mais mesurée. Il sait que ce dossier, qualifié de « crime d’État » par son organisation, est un test pour la jeune démocratie congolaise.

Une réforme qui change la donne

Jusqu’ici, un obstacle procédural semblait infranchissable : comment juger un général d’armée quand aucun magistrat de grade égal ou supérieur n’est disponible ? Cette question, brandie pendant des années par certains comme un bouclier, vient de tomber.

L’ordonnance-loi n°26/003 du 31 janvier 2026 a modifié les articles 35 et 67 du Code judiciaire militaire. Désormais, en cas d’insuffisance de magistrats du grade requis, le premier président de la Haute Cour Militaire peut désigner des juges de grade inférieur pour connaître des affaires impliquant des prévenus de grade supérieur.

Rostin Manketa l’explique sans détour :

« Cette réforme autorise la désignation des magistrats de grade inférieur pour juger des prévenus de grade supérieur au sein de la même catégorie. Ainsi, le principal verrou qui « protégeait » le général John Numbi a sauté. »

Pour la VSV, cette avancée législative représente une « opportunité historique ». Et l’ONG martèle un point essentiel : l’absence physique du général Numbi, actuellement en cavale, ne doit plus rien bloquer. Un procès par contumace, juste et équitable, est tout à fait possible.

Djadjidja, Mwilambwe et les autres : les angles morts d’un dossier toujours ouvert

Mais l’affaire Chebeya ne se résume pas à un seul nom. La VSV plaide également pour que soit statué sur le sort judiciaire de plusieurs personnes déjà détenues dans ce dossier, parfois depuis des années sans jugement. C’est le cas du général Zelwa Katanga, alias « Djadjidja », et d’autres prévenus.

« Il faut mettre fin à une situation assimilable à une détention prolongée sans jugement », insiste Rostin Manketa.

Autre préoccupation majeure : la sécurité du colonel Paul Mwilambwe. Cet officier est considéré par la VSV comme un « témoin clé ». Ses révélations passées ont déjà éclairé plusieurs zones d’ombre entourant les circonstances du double assassinat. Mais aujourd’hui, il se trouverait à Kinshasa sans aucune protection, après avoir été démis de ses fonctions à Boma, dans la province du Kongo-Central.

L’ONG craint pour sa vie. Et rappelle que sans lui, la « manifestation de la vérité » pourrait rester incomplète.

 Le rappel des faits – une nuit qui n’a jamais livré tous ses secrets

Pour comprendre l’urgence, il faut retourner seize ans en arrière. Le 1er juin 2010, Floribert Chebeya est convoqué à l’Inspection générale de la police à Kinshasa. Selon plusieurs témoignages concordants, il devait y rencontrer son supérieur hiérarchique, le général John Numbi.

Il ne reviendra jamais.

Le lendemain, son corps est découvert dans sa propre voiture, à Mitendi, dans la périphérie ouest de Kinshasa. Ses poignets portent encore les traces de menottes. Celui de son chauffeur, Fidèle Bazana, n’a jamais été retrouvé.

Des arrêts ont été rendus. Des condamnations ont eu lieu. Mais pour les familles des victimes, pour la VSV, et pour tous ceux qui luttent contre l’impunité en RDC, une question demeure, lancinante et insupportable : pourquoi les vrais commanditaires de cet assassinat sont-ils encore libres ?

« Un procès équitable est possible, avec ou sans Numbi »

La VSV conclut son plaidoyer par une déclaration qui résonne comme un défi lancé à la justice congolaise :

« La tenue d’un procès équitable demeure possible avec ou sans la présence physique du principal suspect. L’essentiel est que la manifestation de la vérité et la lutte contre l’impunité puissent suivre leur cours. »

Reste à savoir si Kinshasa, seize ans après, osera enfin franchir le pas. La réforme est là. Les conditions sont réunies. Les regards sont tournés vers les juges. Et vers l’histoire.

Soupçons de détournement : le gouverneur du Kongo Central entendu par la justice

KINSHASA – La justice congolaise avance dans une affaire financière sensible. Le gouverneur du Kongo Central, Grâce Nkuanga Bilolo, s’est présenté lundi 9 février au parquet général près la Cour de cassation. Les magistrats l’ont entendu dans une enquête sur un présumé détournement de deniers publics. Les montants évoqués varient entre un et cinquante millions de dollars.

À la sortie de l’audition, son avocat Me Espoir Saisi a voulu calmer les esprits. Il décrit un climat « apaisé ». Il affirme aussi que les rumeurs de détournement « ont été balayées ». Selon lui, son client est rentré chez lui en « citoyen libre ».
Cependant, les autorités judiciaires n’ont pris aucune décision finale. L’enquête continue.

Une affaire née à l’été 2025

L’affaire débute le 15 août 2025. Ce jour-là, l’Inspection générale des finances (IGF) lance une mission de contrôle. Elle agit sur instruction de la Présidence de la République. Les inspecteurs examinent la gestion de la redevance pétrolière et des recettes des péages du Kongo Central.

Les enquêteurs signalent alors plusieurs irrégularités. Ils évoquent un détournement de plus d’un million de dollars.
Toutefois, certaines voix locales contestent ce chiffre. Joseph Mabanga, président de la cohésion des notables du Kongo Central, parle plutôt d’un montant proche de 50 millions de dollars.

Une procédure validée par l’Assemblée provinciale

La procédure judiciaire franchit ensuite une étape politique. Le 28 janvier, le Bureau de l’Assemblée provinciale du Kongo Central autorise l’ouverture d’une instruction contre le gouverneur.
Cette décision suit un réquisitoire du Procureur général près la Cour de cassation, daté du 23 janvier. Le magistrat y demandait l’autorisation de poursuites.

Un dossier suivi de près

Cette audition intervient dans un contexte de lutte affichée contre la corruption. Beaucoup y voient un test pour l’indépendance et la rapidité de la justice face à un haut responsable politique.

D’un côté, la défense parle d’apaisement. De l’autre, la justice poursuit ses vérifications.
Désormais, les magistrats devront comparer les conclusions de l’IGF, les estimations de la société civile et les arguments de la défense. L’enjeu reste majeur pour cette province stratégique du Kongo Central.

Soupçons de corruption aux Finances : la Justice précise son enquête

Face à la tempête médiatique, l’entourage du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a décidé de s’exprimer. Objectif affiché : apporter des clarifications. En cause, une injonction adressée au Parquet dans un dossier de soupçons de corruption au ministère des Finances.

Selon une source proche du Garde des Sceaux, cette initiative ne repose pas sur des rumeurs. Au contraire, elle s’appuierait sur des faits réels. Des faits récents. Surtout, des éléments nouveaux, distincts de ceux évoqués publiquement depuis plus de trois mois.

Par ailleurs, la source se veut catégorique. Il s’agit de la seule injonction donnée par le ministre dans ce dossier précis. Elle rejette toute lecture conflictuelle. Guillaume Ngefa n’entretiendrait aucun différend personnel avec le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde. Les deux hommes conserveraient même de bonnes relations institutionnelles.

Ainsi, la démarche ne viserait ni une personne précise, ni une institution. Elle ciblerait plutôt un système jugé problématique.

Soupçons de corruption et fermeté du ministre Ngefa

Sur le fond, la source évoque des pratiques préoccupantes. Elle parle notamment du système de « pourcentage » appliqué sur certains paiements. Selon elle, ce mécanisme serait devenu courant au sein du ministère des Finances, mais aussi dans d’autres administrations.

En effet, de nombreux usagers en auraient fait l’expérience. Certains auraient dû consentir à ces prélèvements pour voir leurs dossiers avancer. L’objectif de l’injonction serait donc clair : démanteler un mécanisme illicite bien ancré.

Sur le plan juridique, l’entourage du ministre rappelle un point essentiel. Un classement sans suite n’est jamais définitif. Dès lors que de nouveaux éléments apparaissent, la loi autorise la réouverture d’une enquête. C’est précisément sur cette base que Guillaume Ngefa aurait agi.

Cependant, cette fermeté dérangerait. Pour ses proches, ce n’est pas l’acte en lui-même qui suscite les critiques. C’est plutôt la détermination du ministre à s’attaquer à la corruption, à la fraude minière et aux réseaux mafieux.

Ils citent, à ce titre, le dossier sensible des pensions alimentaires des détenus. À son arrivée, une anomalie de 30 % aurait été constatée dans les décaissements. Après concertation avec les Finances, les versements ont été ramenés à 70 %. Cette décision a immédiatement soulevé des interrogations sur l’utilisation des fonds restants.

De plus, la gestion de la restauration des prisonniers a changé de mains. Auparavant confiée à une conseillère, elle est désormais pilotée par l’administration de la Justice. Objectif affiché : renforcer la traçabilité.

Enfin, la source insiste sur un point politique. Guillaume Ngefa aurait échangé avec son homologue des Finances avant toute action. Il voulait éviter toute perception d’un acte unilatéral. Le message se veut limpide : il ne s’agit pas d’une guerre entre ministères, mais d’une offensive ciblée contre des pratiques corruptives jugées bien réelles.

Enquête en Belgique : Le clan Tshisekedi sous pression judiciaire

Il y a des enquêtes qui avancent comme des ombres, lentes et silencieuses. Et puis il y a celles qui, soudain, accélèrent, prennent de l’ampleur, et projettent une lumière crue sur ce que certains espéraient garder dans l’ombre.
À Bruxelles, l’affaire visant le « clan Tshisekedi » a franchi ce seuil. Ce jeudi, un tournant majeur : les magistrats belges exigent désormais les relevés bancaires de la Première dame Denise Nyakeru, de trois frères du président, ainsi que de deux de ses enfants.
Une décision qui fait vaciller les frontières entre justice, politique et diplomatie.

Une plainte explosive, déposée en juillet

Tout commence le 8 juillet.
Mandatés par plusieurs ONG katangaises et quatre anciens dirigeants de la Gécamines, les avocats Bernard et Brieuc Maingain déposent une plainte visant neuf membres du « clan Tshisekedi », tous détenteurs de la nationalité belge.
Les accusations sont graves :
pillage des mines du Haut-Katanga et du Lualaba, corruption, détournement, blanchiment, gestion opaque de sites stratégiques.

Selon les plaignants, un système familial aurait, directement ou via des sociétés écrans, pris le contrôle d’une quinzaine de sites miniers, profitant d’un accès privilégié lié à la proximité avec la présidence.

Pourquoi les comptes bancaires sont au cœur des investigations ?

Pour les enquêteurs, l’argent raconte toujours une histoire.
En exigeant les relevés bancaires de la Première dame, des frères et des enfants du président, le parquet fédéral belge cherche à reconstituer des flux financiers suspects, à identifier :

  • des mouvements vers des juridictions offshore,

  • des investissements en Europe,

  • des transferts incompatibles avec les revenus déclarés,

  • d’éventuels circuits de blanchiment liés aux minerais stratégiques.

L’enquête cherche à comprendre si des fonds issus du cuivre, du cobalt ou du lithium ont emprunté des chemins discrets vers l’Europe.

Le clan Tshisekedi contre-attaque

Du côté des intéressés, les accusations sont balayées.
Jacques Tshisekedi, frère du chef de l’État, parle d’« allégations mensongères, infondées et diffamatoires », dénonçant une instrumentalisation politique de la part des ONG.

Mais le climat reste lourd : la justice belge, elle, avance.

Un contexte minier explosif

Le Katanga est le cœur économique de la RDC :
cuivre, cobalt, germanium, lithium… des minerais devenus essentiels à la transition énergétique mondiale.
Entre 2017 et 2024, près de 129 milliards de dollars auraient été générés par le secteur minier.
Mais une large partie de ces revenus n’aurait pas atteint le Trésor public, selon plusieurs rapports internationaux.

L’affaire relance donc une question brûlante :
qui profite réellement des richesses du sous-sol congolais ?

Une affaire qui dépasse les frontières

La Belgique se déclare compétente car plusieurs personnes visées possèdent sa nationalité.
Pour les avocats et ONG plaignantes, cette procédure pourrait devenir le premier jalon d’un « front européen » contre la corruption transnationale liée aux ressources congolaises.

Dans la diaspora congolaise de Bruxelles, certains appellent déjà au gel préventif des avoirs de la famille présidentielle.

Les personnes citées dans la procédure

Selon les premiers éléments révélés, l’enquête vise directement :

  • Denise Nyakeru, Première dame

  • Christian Tshisekedi

  • Jacques Tshisekedi

  • Jean-Claude Tshisekedi

  • Fanny Tshisekedi

  • Anthony Tshisekedi

Tous cités dans la plainte déposée par les ONG et des acteurs de la diaspora.

Un dossier qui pourrait redessiner le paysage politique

Si les accusations s’avèrent fondées, les conséquences pourraient être considérables : sur la présidence, sur la gouvernance minière, et sur la place de la RDC dans les dossiers stratégiques internationaux.
Si elles s’effondrent, elles ouvriront le débat sur l’usage politique de la justice européenne dans les affaires africaines.

Dans tous les cas, une certitude subsiste :
l’enquête belge vient d’entrer dans une phase décisive. Et le monde suit désormais cette affaire de très près.

Le procès Honorine Porsche bascule-t-il vers la perpétuité ?

Kinshasa, ce mardi. Le tribunal militaire de garnison de Gombe, siégeant exceptionnellement au Camp Lufungula, a vécu des heures de haute tension. À la barre, une femme dont le cas défie les classifications habituelles du crime : Honorine Porsche, présentée comme le cerveau d’un braquage audacieux contre l’agence Victoire de la Rawbank. Face à elle, le parquet militaire a requis la peine maximale : la servitude pénale à perpétuité pour association de malfaiteurs.

L’atmosphère était lourde dans cette chambre foraine, où la justice se fait sans fard. « Qu’il plaise à votre tribunal de déclarer la prévenue Honorine Porsche coupable des préventions retenues à sa charge », a tonné le magistrat militaire, ses mots résonnant comme un glas dans le silence feutré de la salle d’audience.

La dépression, un argument rejeté

Le véritable duel judiciaire s’est joué autour d’une question : Honorine Porsche était-elle en pleine possession de ses moyens lors des faits ? La défense avait tenté d’invoquer l’état dépressif de l’accusée. Un argument balayé d’un revers de main par l’avocat de la Rawbank, partie civile dans ce procès hors norme.

« La dépression n’est pas une cause de non imputabilité en droit congolais », a asséné l’avocat de la banque, dans une argumentation juridique implacable. Même en se référant au droit français, a-t-il précisé, cette condition n’est recevable que si le trouble « abolit totalement le discernement » et est « instantané aux faits » – non « occasionnel ou circonstanciel ».

Une lucidité troublante

Selon la partie civile, bien loin de montrer des signes d’aliénation, Honorine Porsche aurait fait preuve d’une clarté d’esprit déconcertante. « La prévenue était lucide et ne s’est pas contredite dans ses dires », a insisté l’avocat. Pis : elle aurait même « décrit les circonstances qui ont conduit à l’acte posé » avec une précision qui témoignerait d’une pleine conscience de ses actes.

L’accusation parle d’une femme qui aurait « exploité sa propre turpitude », manipulant le système judiciaire en invoquant des troubles psychologiques qui n’auraient pas affecté sa capacité de discernement au moment des faits.

Le spectre de la perpétuité

La requête d’emprisonnement à vie pèse lourd dans cette affaire qui dépasse le simple cas de banditisme. Honorine Porsche n’est pas présentée comme une complice, mais comme l’instigatrice – cette « présidente braqueuse » dont le titre paradoxal résume tout le scandale.

Alors que le tribunal a levé l’audience pour délibéré, une question demeure : la justice militaire fera-t-elle sienne la sévérité requise par le parquet ? L’affaire Honorine Porsche dépasse désormais le cadre d’un simple braquage. Elle est devenue le symbole d’une justice congolaise face à la criminalité organisée, et le test de sa capacité à trancher dans le vif quand le crime se pare des atours du leadership.

Le verdict, attendu dans les prochains jours, dira si la « présidente braqueuse » rejoint le rang des criminels condamnés à disparaître à jamais derrière les barreaux.

EquityBCDC sous enquête : la justice s’attaque aux présumées manipulations de comptes

L’alerte paraît assez grave pour mobiliser la plus haute autorité judiciaire du pays. Le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, ordonne l’ouverture d’une enquête approfondie contre la banque EquityBCDC. Il vise des manipulations présumées de comptes clients, réalisées sans consentement. Cette affaire place brutalement l’établissement bancaire sous les projecteurs et soulève une question essentielle : la sécurité des dépôts est-elle menacée ?

Un client a déposé une plainte détaillée et affirme que quelqu’un a trafiqué son compte à l’insu de son mandataire. Ce dossier, individuel mais lourd de conséquences, déclenche immédiatement la machine judiciaire.

Des instructions strictes pour examiner la responsabilité interne

Dans ses instructions adressées au Procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe, Firmin Mvonde Mambu demande une analyse minutieuse du fonctionnement interne de la banque. Il ne veut pas d’une formalité administrative, mais une enquête précise sur la chaîne de responsabilité. L’objectif est clair : comprendre comment ces opérations ont pu se produire et identifier les acteurs impliqués.

La confiance bancaire au cœur de l’affaire

Au-delà du cas individuel, le Procureur général veut protéger l’intégrité du système bancaire congolais. En exigeant des conclusions rapides, il souligne l’urgence de la situation. Si les accusations se confirment, elles frapperaient le cœur même de la relation de confiance entre les banques et leurs clients.

L’enquête devra déterminer si l’incident représente une erreur isolée, facilement corrigeable, ou si EquityBCDC fait face à un problème systémique.

Une banque sous observation

EquityBCDC se retrouve désormais sous un contrôle judiciaire strict. Les conclusions de l’enquête définiront non seulement sa responsabilité pénale, mais aussi son image auprès du public, dans un secteur où la réputation vaut autant que le capital financier.

La justice doit maintenant établir les faits, trancher les zones d’ombre et éclairer une affaire qui ébranle la place financière de Kinshasa.

Le procès fantôme de Roger Lumbala

PARIS. – Le box des accusés est resté désespérément vide, ce jeudi 13 novembre. Roger Lumbala, l’ancien chef de guerre congolais, a tenu parole : il a boudé son procès. Retranché dans une cellule du palais de justice de Paris, il a refusé d’en sortir, laissant la Cour d’assises face à un dilemme inédit. Faut-il le faire sortir de force ? Poursuivre sans lui ? La scène, surréaliste, a suspendu pendant plus de deux heures le cours de la justice.

Le président de la Cour avait pourtant prévenu la veille : il irait « le chercher de gré ou de force ». Mais face à la détermination du prévenu, la machine judiciaire a calé. Dans la salle d’audience, les avocats des parties civiles, déconcertés, ont dû improviser. Me Tuilier, l’un d’eux, s’est tourné vers les jurés – onze femmes et un homme – pour leur rappeler la légitimité de leur mission, malgré l’absence qui plane sur les débats.

La stratégie du vide

En récusant ses avocats, puis en refusant de comparaître, Lumbala mène une guerre d’usure. Il conteste farouchement la compétence de la justice française à le juger, lui, Congolais, pour des crimes commis en RDC il y a plus de vingt ans. Son procès, le premier en France visant un ressortissant congolais sur le fondement de la compétence universelle, se transforme en bras de fer judiciaire et symbolique.

La question de la compétence, soulevée mercredi juste avant le renvoi des défenseurs, n’a toujours pas été tranchée. Le président de la Cour a choisi de prendre son temps, laissant planer le doute sur la suite des procédures. Une suspension qui ajoute au sentiment de flottement.

La parole malgré tout

En l’absence de l’accusé, la parole s’est néanmoins libérée. Une spécialiste des violences sexuelles en temps de conflit a décrit l’enfer vécu par les populations civiles de l’Ituri au début des années 2000. Ces territoires déchirés entre milices, où les femmes payaient le prix fort. Son témoignage, poignant, a rappelé l’urgence et la nécessité de ce procès, même dans le vide apparent du box.

Mais sans Lumbala, sans défense pour contre-interroger, sans débat contradictoire, la justice peut-elle vraiment suivre son cours ? Les parties civiles, représentant les victimes des exactions du RCD-N, redoutent un procès en trompe-l’œil, où l’accusé, par son absence, nierait jusqu’à l’existence de la justice qui le condamne.

Alors que la Cour tente de maintenir le cap, une question demeure : comment juger un homme qui refuse d’être jugé ? La réponse se construira, jour après jour, dans l’obstination des juges, la douleur des témoins et le silence assourdissant d’un box toujours vide.

Procès Lumbala à Paris : l’ex-chef rebelle appelle Bemba à la barre

PARIS. – Le coup de théâtre est venu des avocats de la défense. Alors que s’ouvrait le procès de Roger Lumbala, l’ancien chef rebelle congolais, pour complicité de crimes contre l’humanité, une requête inattendue a suspendu le cours normal des débats : la comparution de Jean-Pierre Bemba, actuel vice-Premier ministre de la RDC. La manœuvre, aussi audacieuse que calculée, transforme soudain ce procès pénal en enjeu diplomatique de premier ordre.

Dans le box des accusés, Lumbala, visage fermé, semble mesurer la portée de cette requête. L’ancien dirigeant du RCD-N, poursuivi pour des crimes commis entre 2002 et 2003 dans l’est de la RDC, ne se contente pas de se défendre. Il contre-attaque en exigeant la vérité de la bouche même de ceux qui, comme lui, ont tenu les rênes du pouvoir durant ces années sanglantes. Outre Bemba, il réclame aussi l’audition de Constant Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, et d’anciens membres de son mouvement rebelle.

Un passe-droit diplomatique

La balle est désormais dans le camp des autorités congolaises. La citation à comparaître, transmise via l’ambassade de France à Kinshasa dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale, place le gouvernement de la RDC devant un dilemme cornélien. Accepter de laisser son vice-Premier ministre témoigner dans un procès sensible ? Ou refuser, au risque de crisper les relations avec Paris ?

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En coulisses, la diplomatie française s’était préparée à cette éventualité. L’ambassadeur à Kinshasa avait multiplié les rencontres préventives avec pas moins de trois ministres de la Justice congolais successifs entre avril et septembre 2025. Une valse ministérielle destinée à « prévenir tout malentendu », selon les termes des procès-verbaux. Preuve que Paris anticipait les ondes de choc potentielles de cette affaire.

La mémoire comme stratégie de défense

En réclamant la comparution de Bemba, Lumbala et ses avocats jouent une carte risquée. Ils espèrent sans doute complexifier le procès, y introduire des considérations politiques qui dépassent la seule personne de l’accusé. Jean-Pierre Bemba n’est pas un témoin comme les autres. Ancien chef rebelle lui aussi, condamné puis acquitté en appel par la Cour pénale internationale, il incarne mieux que quiconque les zones d’ombre de cette période troublée.

« Ils veulent faire de ce procès le miroir de toutes les ambiguïtés de la transition congolaise », analyse un observateur judiciaire présent dans la salle. « En convoquant Bemba, Lumbala cherche à montrer que la frontière entre bourreaux et victimes, entre criminels et hommes d’État, fut souvent poreuse dans les conflits congolais. »

L’ombre de la CPI

Le procès Lumbala s’inscrit dans la continuité des procédures internationales visant les crimes commis en RDC. Mais il s’en distingue par sa nature : c’est la justice française, via le principe de compétence universelle, qui juge des crimes congolais. Une première pour un ressortissant congolais, et un test pour ce dispositif juridique encore contesté.

Alors que des dizaines de témoins doivent encore défiler à la barre, une question demeure : les autorités congolaises laisseront-elles Bemba témoigner ? La réponse pourrait bien déterminer l’issue non seulement de ce procès, mais aussi des futures coopérations judiciaires entre la France et la RDC. Dans les couloirs du palais de justice, on chuchote que Kinshasa pourrait opposer une fin de non-recevoir, invoquant l’immunité diplomatique de son vice-Premier ministre.

Le procès Lumbala venait de s’ouvrir, il est déjà entré dans l’histoire.

Rawbank : les caméras révèlent l’impensable

KINSHASA-Le procès du braquage spectaculaire de la Rawbank, survenu le 16 octobre 2025 à Kinshasa, vient de prendre un tournant explosif. Ce mardi 11 novembre, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a projeté, pour la première fois, des images de vidéosurveillance qui ont sidéré l’assistance.

Au cœur de la séquence, on distingue Honorine Porsche, principale accusée, vêtue de noir, en train d’extorquer de l’argent à la caissière Bénédicte au niveau du guichet MoneyGram. La panique est visible, les liasses s’enchaînent, puis la scène plonge dans la confusion.

Mais c’est l’après-braquage qui a glacé la salle. Quelques minutes après la fuite de la braqueuse, des militaires et policiers dépêchés pour sécuriser les lieux apparaissent sur les images… en train de se servir dans les caisses. À un moment, un agent en uniforme reçoit une liasse de billets lancée depuis l’intérieur du guichet, sous les murmures indignés du public.

Face à ces révélations, un colonel et un responsable de sécurité ont reconnu certains visages et demandé des captures d’image pour identifier les autres protagonistes. Le Tribunal a ordonné à l’auditorat militaire de déférer les agents concernés, issus de la Police nationale congolaise et de la Task Force, et d’engager des poursuites disciplinaires et judiciaires.

Autre moment clé : la comparution d’un neurologue, auteur d’un rapport attestant des troubles mentaux d’Honorine Porsche — expertise réalisée à la demande de l’ambassade d’Allemagne et d’une ONG de défense des droits des femmes.

L’affaire est renvoyée au vendredi 14 novembre 2025 pour le réquisitoire, les conclusions des parties civiles, et la plaidoirie de la défense.

Le verdict s’annonce très attendu.

Honorine Porche : la justice militaire condamne cinq militaires

KINSHASA – La nuit tombait sur Gombe ce jeudi 6 novembre lorsque la Cour militaire a rendu son verdict, attendu, dans l’affaire qui a secoué la conscience nationale : les mauvais traitements infligés à Honorine Porche, cette citoyenne allemande d’origine congolaise, lors de son arrestation après le braquage de la Rawbank de la place Victoire. Un verdict en demi-teinte, qui condamne fermement certains acteurs directs des violences, mais absout les hauts gradés.

Sur les neuf militaires traduits devant la justice, cinq ont été condamnés à des peines allant de six mois à dix ans de servitude pénale. Quatre autres, dont le colonel Mumesa Kimpwene, ont été acquittés, la Cour estimant que leur implication directe dans les sévices n’était pas suffisamment établie.

Dix ans de prison pour l’auteur des vidéos

La peine la plus lourde est tombée sur l’adjudant Kamenga Mukela, reconnu coupable d’« attentat à la pudeur » et de « violation de consigne ». Celui qui a filmé la scène humiliante et l’a diffusée écope de dix ans de servitude pénale. Une sanction qui semble vouloir marquer la réprobation la plus absolue pour la cyber-cruauté qui a rendu l’affaire virale.

À ses côtés, le capitaine Mwamba Bayibu, qui a reçu et partagé les vidéos, est condamné à six mois. L’adjudant-chef Tshanganu prend douze mois, dont six avec sursis. Le sergent Mbaki Ndombasi et le soldat Modaya Kembo écopent chacun d’un an pour n’avoir pas dénoncé les infractions.

Cinq mille dollars et un appel général

La Cour a également accordé à la victime, Honorine Porche, des dommages et intérêts d’un montant de 5 000 dollars américains. Une reconnaissance symbolique de son préjudice. Cependant, le dernier mot de la justice est loin d’être prononcé. Toutes les parties, mécontentes du jugement, ont déjà annoncé leur intention de faire appel.

Un second acte judiciaire s’ouvre

Car cette affaire n’était que le premier volet d’un diptyque judiciaire. Le procès pour les violences est clos, mais celui du braquage lui-même est en cours. Honorine Porche et quatre policiers comparaissent devant le tribunal militaire de garnison pour « vol à main armée », « terrorisme » et « association de malfaiteurs ».

Dès ce vendredi 7 novembre, les juges ont prévu une descente sur les lieux du crime, à l’agence Rawbank Victoire, pour une reconstitution minutieuse des faits.

La justice militaire a donc envoyé un signal fort contre l’impunité des excommutations. Mais l’ombre du braquage et de ses mystères plane toujours, promettant de nouveaux rebondissements judiciaires dans une affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Dahlia, 4 ans : le père reçu par le ministre de la Justice

Ce jeudi 30 octobre 2025, une rencontre chargée d’émotion a eu lieu au Palais de la Justice. Le Ministre d’État, Guillaume Ngefa Atondoko Andal, a personnellement reçu Andy Baswe Tshikwakwa. Ce père endeuillé cherche la justice pour sa fille Dahlia, tragiquement emportée à l’âge de quatre ans par l’effondrement d’un mur du Cercle Hippique de Kinshasa.

Une famille brisée par le drame

Durant cette audience, Andy Baswe a partagé l’immense douleur qui frappe sa famille. Il a révélé une terrible cascade de malheurs. Le grand-père de Dahlia n’a pas supporté la perte de sa petite-fille. Il est décédé peu de temps après elle, victime du même choc. La famille Baswe affronte donc un double deuil, un traumatisme qui a profondément ému le Ministre d’État.

Celui-ci a présenté ses condoléilles personnelles et son soutien indéfectible. Il a assuré la famille de son engagement total. « Cette situation m’a beaucoup touché », a-t-il confié, réaffirmant son attention constante pour les droits des citoyens, surtout lorsqu’il s’agit de protéger les enfants.

La quête de vérité et de responsabilités

Le père de Dahlia a exposé les circonstances du drame. Il a pointé du doigt les travaux réalisés par la société Modern Construction, propriété de l’homme d’affaires Harish Jagtani. Selon ses déclarations, c’est la malfaçon de ce mur en construction qui a causé l’effondrement fatal.

Le Ministre de la Justice a garanti que les instances compétentes traitaient désormais le dossier. L’objectif est double : respecter scrupuleusement les lois de la République et obtenir une réparation juste pour les préjudices subis. Le gouvernement suit ce dossier de très près, comme tous ceux qui touchent à la vie et à la dignité des Congolais.

Cette audience marque une étape cruciale pour la famille Baswe. La famille aurait dû fêter les cinq ans de Dahlia le 8 septembre dernier. Désormais, elle se bat pour que la lumière soit faite et que la mémoire de la petite fille soit honorée par une justice rendue.

Procès Sarah Ebabi : un an de prison avec sursis pour violation des consignes militaires

KINSHASA – Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe a rendu, ce mercredi 29 octobre 2025, son verdict dans l’affaire opposant le parquet militaire à l’adjudante Sarah Ebabi Bongoma Koli, jugée pour violation des consignes militaires interdisant la publication sur les réseaux sociaux des effets militaires.

L’adjudante, en service aux renseignements militaires, a été condamnée à 12 mois de servitude pénale principale avec sursis de 12 mois, ce qui signifie qu’elle ne purgera pas de peine de prison, à condition de respecter la loi pendant cette période.

Les faits remontent au 19 octobre 2025, lorsque Sarah Ebabi s’est rendue dans un studio photo situé sur le boulevard Sendwe, à Matonge (Kalamu), pour une séance photo privée avec son fiancé, en préparation de leur mariage. Les images montrent la militaire en tenue, arborant son grade et posant de manière intime avec son futur époux. Quelques jours plus tard, ces photos ont circulé sur les réseaux sociaux, provoquant un véritable débat public sur le respect des consignes militaires et l’image des Forces armées de la RDC.

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Le ministère public, représenté par le sous-lieutenant magistrat Ghislain Lisalama, avait requis 10 ans de servitude pénale en perpétuité, estimant que le comportement de l’adjudante portait atteinte à l’honneur et à l’image de l’armée.

À la barre, Sarah Ebabi a reconnu avoir organisé la séance photo, mais a nié toute intention de publication des images sur les réseaux sociaux. Elle a rappelé son engagement de dix ans au service de l’armée et affirmé qu’elle n’avait jamais voulu ternir son institution.

Cette affaire, largement commentée sur les réseaux sociaux, illustre la tension entre vie privée des militaires et respect des consignes hiérarchiques, et marque un précédent dans l’application de la discipline au sein des Forces armées de la RDC.

 

Uniforme et amour interdit : le procès qui divise l’armée Congolaise

KINSHASA – Dans l’enceinte austère du camp Kokolo, le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe s’apprête à rendre son verdict. Sur le banc des prévenus, l’adjudante Béanche Ebabi, visage fermé, attend que la justice décide de son sort. Son crime ? Avoir posé en tenue militaire, aux côtés de son fiancé, pour une séance photo destinée à immortaliser leurs fiançailles.

Les images, tendres et impudiques à la fois, montrent la militaire arborant son grade, enlacée à l’homme qu’elle devait épouser ce 31 octobre. Des clichés de baisers, de regards complices, volés dans l’intimité d’un studio de Matonge. Devenus viraux, ils ont déclenché une onde de choc dans la hiérarchie militaire.

Dix ans de prison requis pour « déshonneur »

Lors de l’audience précédente, la réquisition du parquet a cinglé l’atmosphère du prétoire : dix années de détention pour « violation des consignes ». Le sous-lieutenant magistrat Ghislain Lisalama, représentant le ministère public, a fustigé un « comportement qui déshonore l’armée », enfreignant délibérément le télégramme du chef d’état-major général interdisant toute publication de militaires en tenue sur les réseaux sociaux.

La défense contre-attaque : le photographe en ligne de mire

Face à l’accusation, la prévenue a adopté une ligne de défense claire : elle reconnaît la séance photo, mais nie fermement avoir publié les clichés. « C’est le studio qui les a divulgués sans mon consentement », affirme-t-elle. Ses avocats, menés par le sous-lieutenant Alpha Anangame, ont exigé la comparution du photographe, seul « auteur présumé de la publication ».

Une requête partiellement entendue : le major Safari Christian, président du tribunal, a suspendu l’audience pour permettre aux gérants du studio RawSur de venir témoigner. Une pièce manquante qui pourrait changer la donne.

Un procès « pédagogique » aux enjeux démesurés

Ce procès, traité en flagrance, dépasse la simple affaire disciplinaire. Il se veut « pédagogique » pour l’ensemble des Forces armées, à l’heure où chaque smartphone peut devenir une tribune incontrôlable. Le télégramme de 2021, brandi comme preuve absolue, interdit formellement tout contenu pouvant « porter atteinte à l’honneur, à la dignité et à la crédibilité des FARDC ».

Pourtant, la disproportion de la peine requise – dix ans pour des photos de mariage – interroge. L’adjudante Béanche Ebabi, secrétaire adjointe du département de sécurité militaire, voit aujourd’hui sa carrière et sa vie privée s’effondrer pour avoir mêlé l’uniforme sacré et les sentiments les plus intimes.

Alors que le verdict est attendu dans l’après-midi, une question plane dans le prétoire : l’armée congolaise veut-elle sanctionner une faute, ou faire un exemple ? La réponse déterminera le destin d’une femme, mais aussi les limites de la discipline militaire à l’ère du numérique.

RawBank : Le braquage d’une mère à bout de souffle

KINSHASA – Son silence était aussi lourd que ses aveux. Ce mardi 28 octobre, devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa, Honorine Porsche Mukuna Onake, accusée d’avoir braqué l’agence RawBank de la Place de la Victoire, a reconnu l’ensemble des faits. Mais dans sa bouche, le récit du forfait prend des allures de cri d’alarme.

« C’est la souffrance qui m’a conduit à poser cet acte », a-t-elle déclaré, le regard droit, face à des juges en uniforme. Cette mère de quatre enfants, de nationalité allemande, raconte une chute : des dettes « énormes » en Europe – 20 000 euros –, l’impossibilité de nourrir sa famille, puis ce voyage au pays natal dans l’espoir d’une aide.

Son ultime recours ? Denise Nyakeru, la Première dame. « Ma grande sœur m’a conduit à la Fondation Denise. On m’a fermé la porte. » Le rejet, puis la dépression. « Au bout de l’espoir », elle achète « un jouet d’arme » – une réplique – et passe à l’acte, seule. « Je ne voulais faire du mal à personne. »

Dans le box, elle tente d’innocenter les autres prévenus : deux policiers, deux agents de gardiennage, tous inconnus pour elle. « J’ai pitié pour ces gens traînés ici. Ils n’y sont pour rien. » Même le motard qui l’a conduite ignorait tout, affirme-t-elle. Quant à l’argent volé, il aurait été « pillé par les éléments de la Police » intervenus sur les lieux.

Une affirmation qui a poussé le parquet à réclamer l’audition de la police militaire et de la Task Force. Le major magistrat Radjabu a sollicité leur comparution pour « éclairer le tribunal sur la destination de l’argent cambriolé ».

Désormais, sept noms figurent dans cette affaire née le 16 octobre dernier. Cinq présents, deux en fuite – Kapi et Benjamin. Tous sont poursuivis pour association de malfaiteurs, vol à main armée et… terrorisme.

Mais au-delà des charges, le procès d’Honorine Porsche est devenu celui d’une certaine misère sociale. Celle qui pousse une mère au bout d’elle-même, celle qui transforme un jouet en arme et un acte désespéré en crime militaire. La justice, désormais, doit trancher : jugera-t-elle la délinquante ou la détresse ?

Braquage Rawbank : le procès des vérités cachées

Ce vendredi 24 octobre, la salle d’audience du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa se transforme en un théâtre de rare complexité judiciaire. Honorine Porsche, citoyenne allemande d’origine congolaise dont le visage humilié a bouleversé les réseaux sociaux, comparaît pour son rôle présumé dans le braquage de la Rawbank de la Place Victoire. Mais derrière ce procès visible, un autre se joue, où cette fois, elle occupe la place de victime.

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Son avocat, Me Francis Kasonga, annonce que cette audience marquera le véritable début des hostilités. « De nombreuses révélations seront faites », promet-il, entretenant le mystère d’une défense aussi spectaculaire que l’affaire elle-même. Sa stratégie est claire : prouver l’innocence de sa cliente tout en éclairant les zones d’ombre d’un braquage qui a secoué la capitale.

Une femme, deux statuts judiciaires

La  particularité du dossier réside dans son dédoublement. Dans la même ville, devant la Cour militaire, neuf soldats des FARDC répondent de leurs actes. Parmi eux figure le colonel Désiré Mumesa, accusé d’avoir diffusé la vidéo de l’humiliation depuis le camp Kokolo. Ces hommes font face à des charges lourdes – viol, atteinte à la pudeur, violation de consignes – qui contrastent étrangement avec le sort de celle qu’ils ont maltraitée.

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Me Kasonga insiste sur cette distinction cruciale : « Devant le Tribunal militaire, Honorine Porsche est prévenue. Devant la Cour militaire, elle est victime. » Une dualité qui résume toute la complexité d’une affaire où bourreaux et victimes semblent parfois échanger leurs rôles.

Le spectre de la Place Victoire

Tout commence le 16 octobre 2025, quand un groupe armé attaque l’agence Rawbank. Dans la confusion qui suit, les militaires interpellent Honorine Porsche. Les images de son arrestation, filmées par leurs soins, déclenchent un électrochoc dans l’opinion publique.

Aujourd’hui, tandis que les neuf militaires répondent de leurs exactions, Honorine Porsche doit justifier sa présence sur les lieux du braquage. Le procès de ce vendredi au camp Lufungula ne sera donc pas une simple audience. Il représentera le miroir d’une justice congolaise face à ses contradictions et, peut-être, le début de la révélation d’une vérité que chacun pressent, mais que personne ne connaît encore vraiment.

Huit militaires jugés pour humiliations d’une citoyenne allemande

L’image a fait le tour des réseaux sociaux, un stigmate numérique pour une nation tout entière. Celle d’Honorine Porsche, citoyenne allemande, déshabillée, humiliée, exposée comme un trophée de guerre sur la Place Victoire, à Kinshasa. Face à cette scène, ce ne sont pas seulement les passants qui ont assisté, médusés, à l’interpellation musclée. C’est la conscience collective qui a vacillé.

Depuis ce lundi 20 octobre 2025, huit militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) comparaissent devant la Cour militaire de Kinshasa-Gombe. Leur crime ? Avoir infligé à cette femme, présumée braqueuse, des traitements « inhumains et dégradants », un acte que le parquet militaire lui-même qualifie, sans ambages, d’« indigne ». Le ministère public réclame des sanctions exemplaires. Il ne s’agit plus seulement de juger une faute, mais de laver un affront fait à la dignité humaine et à l’honneur de l’uniforme.

Les faits : un braquage factice, une humiliation bien réelle

Tout a commencé le 16 octobre. La Rawbank de la Place Victoire, lieu habituel de l’agitation kinoise, bascule soudain dans le chaos. Honorine Porsche fait irruption. Selon les éléments de l’enquête, elle aurait utilisé un simple jouet en forme d’arme pour tenter son forfait. L’opération des forces de l’ordre est musclée, efficace : elle est maîtrisée sans qu’aucune balle ne soit tirée, sans qu’aucun blessé ne soit à déplorer. Le danger était-il si grand ?

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Pourtant, c’est après l’arrestation que le drame judiciaire et humain se noue. Des vidéos, devenues virales, capturent l’innommable. On y voit des hommes en uniforme, dont le colonel Désiré Munesa et plusieurs capitaines, dénuder la présumée braqueuse en pleine rue, sous le regard d’une foule de curieux. Un spectacle de honte, sans le moindre remords visible.

Le procès : l’État congolais face à ses démons

Le dossier judiciaire est lourd. Les huit accusés, officiers et soldats, sont poursuivis pour un triple chef d’accusation : violation des consignes, non-dénonciation d’infractions et, surtout, abstention coupable. Des charges qui traduisent la volonté de sanctionner non seulement l’acte barbare, mais aussi la chaîne de silence et de complicité passive qui l’a entouré.

Dans le prétoire, l’atmosphère est tendue. L’ombre de la communauté internationale plane, incarnée par le communiqué cinglant de l’ambassade d’Allemagne. Berlin a publiquement condamné le traitement réservé à sa ressortissante et sommé les autorités congolaises de respecter leurs engagements en matière de droits humains.

L’onde de choc : entre indignation sociale et realpolitik

L’affaire Porsche a agi comme un électrochoc. Elle souligne, avec une cruelle acuité, les défis persistants du respect des droits fondamentaux lors des interventions sécuritaires en RDC. L’indignation est sociale, mais elle est aussi politique, forçant l’appareil d’État à réagir avec célérité pour contenir un scandale diplomatique.

Ce procès est bien plus que le jugement de huit hommes. C’est celui des pratiques d’une institution. Le parquet, en exigeant des peines exemplaires, tente de restaurer une crédibilité perdue. Il narre, par la voix de ses procureurs, une autre histoire possible : celle d’une justice qui, enfin, ne fermerait pas les yeux.

Le verdict sera scruté bien au-delà de la cour martiale de Gombe. Il dira si, à Kinshasa, la dignité d’une femme, fût-elle une présumée coupable, pèse plus lourd que la loi du plus fort.