Crise en RDC : le retour calculé de l’Angola dans le jeu diplomatique

Après avoir claqué la porte de la médiation en mars 2025, l’Angola revient aujourd’hui dans la crise congolaise. Ce retour, à la fois discret et stratégique, suscite des interrogations. Pourquoi maintenant ? Avec quelles intentions ?

Depuis le début de l’année 2026, le président João Lourenço a repris langue avec Kinshasa. Deux rencontres avec le président congolais ont eu lieu. Des propositions sécuritaires ont été mises sur la table, mais aucune décision immédiate n’a été prise. Le message est clair : Luanda avance prudemment, consciente de la complexité d’un conflit où les initiatives se superposent sans toujours produire d’effets sur le terrain.

Une médiation qui s’élargit

La médiation angolaise ne se limite plus aux canaux officiels. En recevant discrètement l’ancien président Joseph Kabila et son entourage, l’Angola rouvre une porte longtemps verrouillée. Celle d’un dialogue politique plus large, où la question sensible de la condamnation à mort de l’ex-chef de l’État reste un obstacle majeur à toute réconciliation nationale. C’est un signal fort, dans un contexte où les lignes internes congolaises demeurent profondément fracturées.

Plus surprenant encore, Luanda a également engagé des contacts avec l’AFC/M23. Une démarche risquée mais révélatrice : aucune solution durable ne semble possible sans inclure les acteurs armés qui contrôlent une partie du territoire. La lettre adressée par Corneille Nangaa au président angolais illustre cette ambiguïté. Le M23 veut savoir : nouveau processus ou simple ajustement ? Et surtout, quelle place pour Doha dans ce jeu diplomatique déjà saturé ?

Diplomatie tous azimuts et urgence sur le terrain

Parallèlement, l’Angola consulte les Églises congolaises, acteurs moraux et sociaux incontournables. Elle rassure également le Qatar, dont le processus peine à s’imposer sur le terrain. Cette diplomatie tous azimuts traduit une ambition claire : reprendre une position centrale dans la médiation régionale, sans entrer en concurrence frontale avec Washington ou Doha.

Mais le temps presse. À l’est de la RDC, les armes parlent plus fort que les communiqués. Malgré les accords et les cessez-le-feu proclamés, les violences continuent, nourries par des décennies d’instabilité et par l’échec répété des solutions partielles.

Le retour de l’Angola pose une question essentielle : assiste-t-on à une véritable relance diplomatique ou à une énième tentative de repositionnement régional ? Dans une crise où les processus se multiplient mais se neutralisent, seule une médiation capable d’articuler sécurité, politique et souveraineté pourra espérer rompre le cycle de l’échec.

RDC-Zambie : La 14e Commission Défense-Sécurité s’ouvre à Lubumbashi

Dans une salle de conférence aux rideaux tirés, à quelques centaines de kilomètres des foyers de tension de l’Est du pays, un dialogue crucial s’est ouvert ce mardi 13 janvier. Des hommes en uniforme et en costume ont lancé la 14e session de la Commission permanente mixte Défense et Sécurité entre la RDC et la Zambie, à Lubumbashi.

Cette rencontre porte le poids d’un contexte régional lourd et urgent. En effet, la stabilité de la frontière commune est mise à rude épreuve par des menaces persistantes. Dans ce cadre, l’enjeu dépasse la simple coopération protocolaire.

Une frontière commune sous pression sécuritaire

Pendant quatre jours, du 13 au 16 janvier 2026, experts et ministres des deux pays voisins vont tenter de renforcer un filet sécuritaire fragile. Leur objectif est clair : sécuriser une frontière longue et stratégique. Celle-ci n’est pas qu’une ligne sur une carte. Elle est aussi un corridor vital. Toutefois, elle demeure une zone de vulnérabilité.

Dès l’ouverture, le ton a été donné par le général Jean Baelongandi Iteku, chef de la délégation congolaise. Face à ses homologues zambiens, il n’a pas esquivé la réalité. Selon lui, la session se tient dans un « contexte sécuritaire préoccupant ». Il a également évoqué « l’agression » que subit la RDC dans sa partie orientale.

Ainsi, l’objectif affiché est sans ambiguïté : transformer une frontière partagée en un rempart commun.

Une coopération structurée entre experts et ministres

La mécanique de cette commission est bien huilée. D’abord, les travaux techniques sont menés par des experts. Ceux-ci sont co-pilotés par le général Iteku pour la RDC et Makambo Haamaundu, secrétaire permanent à la Défense pour la Zambie. Leur mission consiste à analyser les menaces, identifier les failles et proposer des réponses concrètes.

Ensuite, jeudi 15 janvier, le relais sera pris au niveau ministériel. Autour de la table siégeront le Vice-Premier ministre congolais de l’Intérieur et de la Sécurité, Shabani Lukoo Bihango Jacquemain, ainsi que le ministre zambien de la Défense, Ambrose Lwijii Lufuma. Leur rôle sera décisif. Ils devront traduire les recommandations techniques en engagements politiques forts.

À l’issue des travaux, un communiqué conjoint viendra sceller ces engagements.

Trois piliers pour une sécurité partagée

Les discussions s’articulent autour de trois sous-commissions clés. D’abord, la Sécurité publique, pilier de la lutte contre la criminalité transfrontalière. Ensuite, la Défense, garante de la souveraineté et de la réponse aux agressions. Enfin, la Sécurité de l’État, rempart contre les menaces visant les institutions.

Par ailleurs, dans les couloirs, plusieurs pistes sont évoquées. Il s’agit notamment du renforcement des patrouilles mixtes, de l’échange de renseignements en temps réel et de mécanismes de réponse coordonnée. Car dans cette région, les crises ignorent les frontières administratives.

Pendant que la diplomatie s’active à Lomé et à Abu Dhabi sur les dossiers climatiques et régionaux, la rencontre de Lubumbashi agit dans l’ombre. Pourtant, son impact est immédiat. C’est ici, dans le concret des protocoles et des résolutions, que se joue la stabilité quotidienne.

Reste une question centrale : cette 14e session restera-t-elle un simple exercice technique ? Ou marquera-t-elle le tournant décisif vers une alliance sécuritaire plus solide ? La réponse dépendra, avant tout, de la fermeté des résolutions adoptées et de la volonté de les appliquer sur le terrain.

Suminwa Tuluka porte le projet « pays-solution » climatique

Dans l’architecture futuriste d’Abu Dhabi, où le désert rencontre l’innovation, une voix africaine s’est fait entendre ce lundi. Judith Suminwa Tuluka, Première Ministre de la République démocratique du Congo, a porté haut le projet de sa nation. Celle-ci ne se présente pas comme un problème. Au contraire, elle se veut une part essentielle de la solution à la crise climatique mondiale.

Une diplomatie économique offensive

Représentant le président Antoine Tshisekedi au prestigieux Abu Dhabi Sustainability Week (ADSW), le grand rendez-vous annuel de la transition énergétique, la Première Ministre était accompagnée du ministre du Plan, Guylain Nyembo. Ensemble, ils ont déployé une diplomatie économique offensive.

Son message était clair. La RDC, avec son immense poumon vert – la forêt du bassin du Congo – son potentiel hydroélectrique colossal et ses minerais stratégiques pour les technologies vertes, est un pilier incontournable de la transition écologique mondiale.

« Nous ne sommes pas seulement un pays à protéger ; nous sommes un partenaire à investir », a-t-elle déclaré devant des décideurs, investisseurs et dirigeants d’institutions financières. Son plaidoyer visait un développement durable et équilibré, conciliant la protection des écosystèmes uniques du pays avec la croissance et la prospérité de sa population.

Position stratégique de la RDC dans le financement climatique

La présence de la Première Ministre à ce sommet n’est pas anodine. En effet, le financement climatique pour les pays du Sud est au cœur de toutes les négociations. Face à l’urgence climatique, la RDC a présenté des actions concrètes et des partenariats innovants. L’objectif est clair : transformer la richesse naturelle en leviers de développement économique et social.

Par ailleurs, en marge des sessions plénières, Suminwa Tuluka a tenu plusieurs rencontres bilatérales avec des industriels et gestionnaires de fonds. L’objectif était double : attirer les investissements et introduire des technologies pour valoriser le potentiel « vert » congolais de façon responsable. Ces initiatives ciblent notamment les secteurs de l’énergie renouvelable et de la gestion durable des forêts.

L’innovation au service de la planète

La cérémonie d’ouverture a également mis en lumière l’innovation pour la planète, avec la remise des Prix Zayed pour la durabilité. Cette 17e édition a récompensé des projets pionniers dans l’énergie propre, la santé, l’alimentation et l’éducation. Elle rappelle que les solutions aux grands défis contemporains naissent souvent de l’ingéniosité et de l’engagement.

Pour la RDC, cette tribune d’Abu Dhabi est une étape cruciale. Elle souligne la volonté du gouvernement de positionner le pays non comme spectateur, mais comme acteur majeur de l’agenda climatique global. En somme, la solution pour la planète passe aussi – et peut-être surtout – par l’Afrique.

RDC-Togo : Tshisekedi et Gnassingbé relancent la paix à l’Est

Ce lundi matin à Lomé, l’air était chargé de plus que de l’habituelle chaleur togolaise. Sur le tarmac, deux présidents se serraient la main, unissant bien plus que deux nations : ils scellaient, peut-être, une nouvelle chance pour la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.

Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président congolais, était en visite éclair à l’invitation de son homologue togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Leur objectif ? Relancer une dynamique diplomatique qui semblait s’essouffler, à l’heure où la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs continue de faire rage.

Les deux dirigeants se sont immédiatement enfermés pour des entretiens en tête-à-tête, loin des caméras et des discours protocolaires. Au cœur de leurs discussions : la redoutable équation de l’Est congolais, mais aussi la consolidation d’un partenariat bilatéral que les deux capitales entendent désormais porter à un niveau supérieur.

« Le président Tshisekedi a salué les efforts de médiation du président Gnassingbé », rapporte la présidence togolaise. Un remerciement qui n’est pas anodin. Depuis avril 2025, Faure Gnassingbé est le médiateur désigné par l’Union africaine pour cette crise, succédant à l’Angola. Pourtant, son rôle était resté jusqu’ici relativement en retrait, laissant la vedette aux initiatives américaines et qataries.

Mais aujourd’hui, Lomé semble décidé à « faire bouger les lignes », selon les termes d’un diplomate en poste dans la sous-région. La preuve : dès le 17 janvier prochain, le Togo organisera une réunion de haut niveau pour tenter de donner une nouvelle cohérence aux multiples processus de paix qui s’entrecroisent.

Une toile diplomatique qui se tisse

Cette visite s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique, presque haletante. Elle n’est pas un acte isolé, mais une pièce maîtresse dans un jeu d’échecs continental.

Ces dernières semaines, le président Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda, rencontrant son homologue angolais João Lourenço. Un rythme inhabituel, signe de l’urgence. Officiellement retiré de la médiation depuis mars 2025, l’Angola opère en réalité un retour discret mais déterminé dans le dossier, multipliant les contacts avec toutes les parties, y compris l’ancien président congolais Joseph Kabila et le groupe politico-militaire M23.

Parallèlement, le Qatar et l’Angola ont engagé des discussions, tandis que la France avait mobilisé, fin octobre 2025, plus de 1,5 milliard d’euros lors d’une conférence à Paris en soutien à la région.

Dans ce maelström d’initiatives, le risque de cacophonie est réel. C’est précisément ce que la réunion de Lomé du 17 janvier entend éviter : « renforcer la confiance et faire progresser le dialogue » en assurant une coordination entre tous les acteurs.

La médiation togolaise, dernier espoir ?

Le défi de Faure Gnassingbé est de taille. Il doit faire vivre l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda sous son égide, tout en relançant des négociations directes avec le M23, actuellement au point mort sur six protocoles cruciaux.

La tâche est ardue, mais le médiateur togolais possède un atout : la confiance des parties. Et le timing est crucial. Alors que les combats persistent et que la souffrance des populations s’accroît, la fenêtre pour une solution politique se réduit.

En quittant Lomé après cette brève mais intense séance de travail, le président Tshisekedi emporte avec lui l’assurance d’un partenaire déterminé. Reste à savoir si cette détermination, couplée à la réunion de la semaine prochaine, suffira à insuffler un nouvel élan à la paix. La réponse se jouera dans les prochains jours, sur les collines du Kivu et dans les couloirs feutrés de la diplomatie.

Gladis Kingombe interpelle l’AFC/M23 et appelle à la paix

Gladis Kingombe Matabishi, leader du MCD, exprime sa profonde désolation face à la rébellion de l’AFC/M23. Dans une lettre ouverte à Corneille Nangaa, il déplore la chute de Goma, Bukavu et des zones voisines dans les provinces du Nord et Sud-Kivu.

L’entrepreneur et réformiste explique qu’il a quitté Goma. Il refuse la lutte armée et prône une approche pacifique. De plus, il témoigne des pertes subies : son entreprise est passée de 57 à 13 employés et ses revenus ont fortement diminué.

Condamnation des abus et des manipulations

Dans sa lettre, Gladis Kingombe dénonce plusieurs pratiques des rebelles :

  • Ils réservent les bénéfices économiques aux seuls collaborateurs de l’AFC/M23.

  • Ils recrutent de force des jeunes dans l’armée rebelle.

  • Ils commettent des tueries et sabotages visant des civils innocents.

En outre, il met en garde Corneille Nangaa contre l’influence rwandaise et rappelle que ceux qui s’opposent à cette direction prennent des risques importants.

Appel au dialogue national et au fédéralisme pacifique

Gladis Kingombe invite l’AFC/M23 à déposer les armes et à rejoindre le dialogue national. Cela permettrait de libérer les territoires congolais et de construire une solution inclusive.

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De plus, il insiste : le fédéralisme et la reconnaissance des Rwandophones et Tutsis congolais ne doivent pas servir la violence. Selon lui, seule la paix et le dialogue garantissent la stabilité et la justice pour tous.

Conclusion : la voix de la raison au cœur du conflit

Alors que la rébellion continue de semer la désolation dans l’Est de la RDC, la lettre de Gladis Kingombe envoie un message clair : la violence ne doit pas servir la domination ni l’influence étrangère. Le chemin vers la paix passe par le dialogue et le respect des droits de tous les citoyens.

CAF enquête sur les incidents des quarts de finale : Cameroun, Maroc, Algérie et Nigeria au cœur de la polémique

Les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2026 ont généré de fortes tensions. Lors des matchs Cameroun – Maroc et Algérie – Nigeria, plusieurs comportements ont enfreint l’esprit sportif. D’abord, des joueurs ont multiplié les provocations et contesté les décisions arbitrales. Ensuite, des échanges verbaux tendus ont aggravé le climat sur le terrain.

Parallèlement, certains officiels ont adopté des attitudes jugées irrespectueuses envers les arbitres et le personnel d’organisation. Ces agissements ont alimenté la polémique et suscité de nombreuses réactions parmi les supporters et les observateurs.

La CAF ouvre une enquête disciplinaire

Face à ces incidents, la Confédération africaine de football (CAF) a analysé les rapports des arbitres ainsi que les images vidéo des rencontres. Elle a identifié plusieurs manquements au code disciplinaire impliquant joueurs et officiels. Par conséquent, la CAF a transmis les dossiers à sa Commission disciplinaire.

Cette commission mènera une enquête approfondie afin de situer les responsabilités et d’appliquer des sanctions appropriées. En outre, la CAF a signalé des comportements inappropriés de certains médias dans la zone mixte, ainsi que des débordements de supporters. Elle examinera ces faits séparément. L’instance a toutefois rappelé un principe clair : la discipline reste non négociable.

Préserver l’image du football africain

Ces incidents ont rapidement provoqué des réactions chez plusieurs entraîneurs et responsables de clubs. Selon eux, le fair-play doit rester une priorité, surtout à ce stade décisif de la compétition. « Nous devons montrer l’exemple aux jeunes et aux fans. Ces incidents ternissent l’image du football africain », a déclaré l’un d’eux.

Ainsi, par cette prise de position ferme, la CAF réaffirme sa volonté de protéger l’intégrité, le professionnalisme et le respect dans toutes ses compétitions. Désormais, joueurs, officiels et supporters le savent : la CAN 2026 doit rester une vitrine exemplaire du football africain.

AFC/M23, médiation de Luanda : la paix se perd-elle dans trop de processus ?

L’initiative angolaise devait rassurer. Elle soulève aujourd’hui plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. En invitant l’AFC/M23 aux consultations de Luanda, João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, relance une dynamique diplomatique déjà saturée.

Cette démarche intervient alors que plusieurs processus sont en cours. Nairobi hier. Doha aujourd’hui. Washington en toile de fond. À force d’additionner les cadres, la lisibilité se brouille.

La réaction de l’AFC/M23 est révélatrice. Le mouvement salue une initiative jugée « louable ». Mais il affiche une prudence assumée. Une prudence nourrie par une question centrale : Luanda ouvre-t-elle un nouveau processus ou s’inscrit-elle dans la continuité de Doha ?

Trop de médiations, pas assez de clarté

Pour la rébellion, soutenue militairement par le Rwanda selon l’ONU, la multiplication des forums nuit aux efforts de paix. Nairobi, Luanda, Doha, Washington. Les cadres se succèdent sans coordination claire.

Corneille Nangaa parle de « chevauchements » et de « contradictions ». Il évoque une instabilité méthodologique persistante. Selon lui, le processus de négociation souffre d’un manque de cohérence depuis ses débuts.

L’AFC/M23 met aussi en cause Kinshasa. Le mouvement accuse le pouvoir congolais de naviguer entre les médiations. Les discussions auraient été déplacées d’un cadre à l’autre sans concertation préalable. À cela s’ajoute la médiation américaine, sollicitée par Félix Tshisekedi, sans intégration formelle au dispositif existant.

Sur le terrain, la guerre continue

Cette confusion diplomatique contraste avec la réalité du terrain. À l’Est de la RDC, les combats se poursuivent. Malgré l’implication de Washington et la signature des accords entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la paix reste hors de portée.

Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement. Le processus de Doha, censé traiter les causes profondes du conflit, est à l’arrêt. L’autorité de l’État reste fragile. Les groupes armés, eux, restent actifs.

Les voyages répétés du chef de l’État congolais à Luanda nourrissent donc le doute. Assiste-t-on à une reprise en main africaine du dossier ou à une dispersion diplomatique ? À ce stade, ni Kinshasa ni Luanda ne clarifient la stratégie.

Pendant que les médiations se superposent, les civils paient le prix fort. Chaque nouveau cadre de discussion renforce l’impression d’un processus éclaté. À force de multiplier les chemins vers la paix, le risque est clair : ne plus savoir lequel y mène réellement.

Le stade des Martyrs privé des matchs internationaux : un signal d’alarme pour le football Congolais

À compter de ce mois de janvier 2026, le stade des Martyrs de Kinshasa ne pourra plus accueillir de matchs internationaux. La Confédération africaine de football (CAF) a officiellement retiré l’homologation de la plus grande enceinte sportive de la République démocratique du Congo.
La décision a été notifiée à la Fédération congolaise de football association (FECOFA) par courrier en date du vendredi 9 janvier 2026.

Au cœur de cette suspension figure un rapport technique sans complaisance, issu de la dernière mission d’inspection de l’instance continentale. Le document fait état de graves insuffisances : installations sanitaires défaillantes, équipements médicaux non conformes, aire de jeu en deçà des normes internationales et dispositif de sécurité jugé insuffisant.
Autant de manquements considérés comme incompatibles avec l’organisation de compétitions africaines, aussi bien pour les clubs que pour les sélections nationales.

Un symbole mis à l’écart

Symbole historique du sport congolais, le stade des Martyrs se voit ainsi écarté du football continental. Une sanction administrative lourde de conséquences, qui sonne comme une mise en demeure silencieuse.
Certes, la CAF a transmis à la FECOFA une liste détaillée des travaux correctifs nécessaires à une éventuelle réhabilitation et à une future réhomologation. Mais une question persiste et dérange : des millions de dollars auraient été déboursés ces dernières années pour la rénovation de l’enceinte. Où est passé cet argent ?

En attendant, les conséquences sont immédiates. Les Léopards devront désormais disputer leurs rencontres internationales soit à Lubumbashi, soit à l’étranger. Une situation embarrassante pour un pays qui commence à gagner en visibilité sur la scène africaine et à attirer des binationaux talentueux.

Une urgence stratégique pour les autorités sportives

Cette décision place les autorités sportives congolaises face à une urgence stratégique majeure. À ce jour, seuls le stade TP Mazembe de Lubumbashi et, sous conditions, certaines infrastructures hors de Kinshasa, peuvent accueillir des rencontres internationales d’envergure.

Sans mise à niveau rapide, la délocalisation des matchs à domicile risque de devenir la norme. Une perspective aux effets en cascade : coûts logistiques élevés, manque à gagner financier, éloignement du public et affaiblissement de la ferveur populaire, pourtant pilier du football congolais.

Au-delà de l’infrastructure, c’est toute la chaîne de valeur du football national qui se retrouve fragilisée.

Rénover l’ancien ou construire l’avenir ?

Construit en 1994, le stade des Martyrs affiche aujourd’hui les stigmates du temps. Malgré ses 80 000 places, il peine à répondre aux standards du football moderne.
À l’ère des pelouses hybrides, de la VAR intégrée, des écrans géants et des stades intelligents, continuer à rafistoler une infrastructure vieillissante ressemble davantage à un replâtrage permanent qu’à une vision durable.

Pendant ce temps, ailleurs en Afrique, le paysage change. Le Maroc, le Sénégal, le Kenya et d’autres pays investissent massivement dans des infrastructures sportives de nouvelle génération.

L’exemple du Kenya est révélateur. À Nairobi, le Talanta Stadium, rebaptisé Raila Odinga Stadium, est en pleine construction. Lancé en août 2024, ce stade de 60 000 places doit être livré en mars 2026, soit en moins de deux ans, pour un coût estimé à 250 millions de dollars.

Toiture à levage hydraulique informatisé, vestiaires ultramodernes, salons VIP, centres médias de pointe, VAR intégrée, pelouse hybride : tout y est pensé pour le football moderne, mais aussi pour le rugby et les grands événements culturels. Un modèle qui illustre une Afrique qui avance, innove et assume ses ambitions.

Une question de volonté plus que de moyens

La RDC, grande nation de football au palmarès respecté, dispose des ressources humaines, d’un public passionné et d’un potentiel économique réel pour se doter d’infrastructures dignes de son statut.
Ce qui semble faire défaut, ce n’est pas tant l’argent que la planification, la vision et la volonté politique.

Entre décisions tardives et absence de stratégie à long terme, le pays observe pendant que ses voisins bâtissent l’avenir. La suspension du stade des Martyrs n’est pas seulement une sanction administrative : c’est un avertissement clair.

Un signal fort invitant le Congo-Kinshasa à choisir entre l’immobilisme et l’ambition.

Car une chose est certaine : le football congolais mérite mieux qu’une rénovation annuelle de ses vieilles pierres. Il mérite des stades à la hauteur de sa passion populaire et de son immense potentiel.
Le temps des constats est révolu. Celui des choix courageux est désormais venu.

la Première ministre active la mise en œuvre des accords de Washington

Le gouvernement congolais passe à l’action. Il veut concrétiser les accords de Washington signés avec le Rwanda en décembre 2025. Ces textes ont été conclus sous médiation américaine.

Lors du Conseil des ministres, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a annoncé une décision clé. Le gouvernement crée un comité de pilotage interministériel. Sa mission sera claire : élaborer une feuille de route pour la mise en œuvre des accords.

Un comité pour coordonner et clarifier l’action publique

Cette initiative fait suite à une réunion de travail tenue le jeudi 8 janvier. Judith Suminwa y a réuni les ministres directement concernés. Tous travaillent sur ces accords, signés sous les auspices de l’ancien président américain Donald Trump.

L’objectif est double. D’abord, rationaliser les projets liés aux accords. Ensuite, garantir une exécution cohérente. Le gouvernement veut aligner cette mise en œuvre sur la politique définie par le président Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, le comité devra éviter les chevauchements institutionnels. Il devra aussi renforcer la lisibilité de l’action publique. Dans le même esprit, un Comité de conjoncture économique élargi se réunira le mardi 13 janvier. Cette rencontre visera à harmoniser la lecture des clauses économiques et sécuritaires.

Des accords au cœur d’un débat national sensible

Signés le 4 décembre 2025, les accords de Washington affichent plusieurs ambitions. Ils visent à apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda. Ils cherchent aussi à renforcer la coopération économique régionale, notamment via le cadre REIF. Enfin, ils ambitionnent de consolider la paix dans les Grands Lacs.

En parallèle, ces accords s’accompagnent de partenariats stratégiques avec les États-Unis. Le gouvernement y voit une opportunité majeure. Il évoque une preuve de confiance internationale et un levier pour le développement.

Cependant, le débat reste vif. Plusieurs voix critiquent ces textes. Parmi elles figure Mgr Fulgence Muteba Mugalu, archevêque de Lubumbashi. Il dénonce un possible « bradage » des intérêts nationaux. Selon lui, ces accords favoriseraient des équilibres politiques au détriment des générations futures.

Ainsi, la création du comité de pilotage répond à une double exigence. D’une part, rassurer les partenaires internationaux. D’autre part, maîtriser un processus sensible sur le plan intérieur. Le défi pour Judith Suminwa sera donc clair : avancer avec transparence, apaiser les craintes et respecter les engagements pris.

Kinshasa prépare la paix… mais n’exclut plus la dissuasion

La déclaration d’Adolphe Muzito résonne comme un avertissement stratégique au régime rwandais dans un contexte régional déjà explosif. Le vice-Premier ministre du Budget a clairement indiqué que la RDC, tout en privilégiant la voie diplomatique, ne restera pas passive face aux violences persistantes dans l’Est du pays. « Nous ne sommes pas naïfs », a-t-il affirmé, rappelant que Kinshasa a choisi la paix, mais que cette patience a des limites.

Pour Muzito, les engagements non respectés par Kigali pourraient pousser la RDC à activer ses leviers financiers et militaires. « Si les Rwandais ne veulent pas comprendre, nous nous préparons véritablement », a-t-il averti, avec un ton inhabituellement ferme pour un membre du gouvernement.

Une dissuasion budgétaire assumée

L’originalité de sa posture réside dans l’argument budgétaire. Le pays disposerait d’un budget national de plus de 22 milliards de dollars, permettant de consacrer une enveloppe de 5 milliards pour soutenir un effort militaire sur plusieurs années, sans compromettre le fonctionnement de l’État. Cette capacité transforme l’arsenal économique en instrument de dissuasion politique, signalant à Kigali que la RDC peut concrétiser ses menaces si la paix reste un mirage.

« Nous ne dépendons plus exclusivement de l’aide extérieure », insiste Muzito, soulignant la maturité économique du pays, avec un PIB avoisinant les 110 milliards de dollars et une pression fiscale en progression.

Paix conditionnelle et souveraineté

Cependant, la préparation à la guerre ne signifie pas un rejet de la diplomatie. Muzito rappelle que la RDC reste ouverte à une coopération régionale, y compris avec le Rwanda, à condition que la souveraineté nationale soit respectée. « Nous sommes ouverts à l’exploitation des richesses du Congo par le Rwanda, mais d’une manière légale », précise-t-il.

Le vice-Premier ministre établit également un lien direct entre l’instabilité et la prédation économique, soulignant que mettre fin à la guerre ou s’y préparer sérieusement permettrait à Kinshasa de reprendre le contrôle sur ses ressources stratégiques, notamment les minéraux.

Avec cette déclaration, Kinshasa envoie un double message : la RDC reste engagée sur la voie de la paix, mais elle n’hésitera pas à transformer la patience en puissance, si ses voisins persistent à ignorer ses appels à la stabilité et au respect de la légalité régionale.