Et si les sanctions américaines contre Kigali étaient contre-productives ? C’est le pari risqué qu’a fait Emmanuel Macron ce mardi, depuis Nairobi, où il participait au sommet Forward Africa.
Invité de France 24, RFI et TV5 Monde, le président français a brisé la solidarité occidentale apparente. Alors que Washington a récemment frappé l’armée rwandaise (RDF) de sanctions, Macron, lui, choisit une tout autre voie : le dialogue, coûte que coûte.
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“Mettre le Rwanda au banc ne le rendra pas coopératif” – le coup de semonce de Macron
Le constat du chef de l’État français est sans appel. Malgré l’accord de paix signé en décembre dernier sous la médiation de Donald Trump, la paix n’est toujours pas totale dans l’Est de la RDC. Et les sanctions américaines ? Une impasse, selon lui.
“Si aujourd’hui tout le monde se précipite, parce que les Américains l’ont fait, à mettre le Rwanda au banc, il y a peu de chances qu’on convainque Kigali d’avoir une politique coopérative”, a-t-il martelé.
Paris refuse donc d’emboîter le pas à Washington et à l’Union européenne sur la voie des mesures punitives. À la place, Macron prône un “dialogue respectueux” entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, élargi à l’Ouganda et au Burundi. Son obsession : remettre tout le monde autour de la table, médiateurs américains, qataris et régionaux confondus, sous la houlette de l’Union africaine.
La feuille de route française en quatre piliers : souveraineté, dialogue et lutte antiterroriste
Emmanuel Macron ne se contente pas de critiques. Il propose une alternative structurée autour de quatre engagements forts :
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Souveraineté de la RDC : retrait de toutes les forces étrangères présentes sur le sol congolais (pas seulement rwandaises).
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Dialogue politique direct entre Kinshasa et le M23.
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Retour de l’État à l’Est : reprise sécuritaire par les forces congolaises, avec un volet spécifique contre les FDLR.
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Coopération antiterroriste régionale contre les groupes armés qui déstabilisent toute la zone.
“Ce travail doit remettre toutes les médiations autour de la table”, a insisté le président français, tout en reconnaissant que les prédations économiques sur les ressources de l’Est restent un nœud central du conflit.
Et l’Union africaine dans tout ça ? Macron veut en faire le chef d’orchestre unique de la paix, pour mettre fin à “l’éparpillement” des initiatives. Pari audacieux, alors que les balles continuent de tuer à l’Est. Mais pour Paris, isoler Kigali serait une erreur stratégique. Reste à savoir si cette voix dissonante portera ses fruits… ou sera perçue comme un aveu de faiblesse.



