Lutte contre la corruption en RDC : le gouvernement, l’ONU et le secteur privé unissent leurs forces pour accélérer la réforme

La République démocratique du Congo accélère sa stratégie de lutte contre la corruption. Quelques jours après l’adoption en Conseil des ministres du projet de loi dédié à cette problématique, le ministère de la Justice, le Pacte mondial des Nations Unies (UN Global Compact) en RDC et les représentants du secteur privé ont affiché un front commun pour accompagner cette réforme ambitieuse.

Réunis Mardi 7 juillet à Kinshasa autour du ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, les différents partenaires ont réaffirmé leur engagement à bâtir un environnement plus transparent, plus intègre et plus favorable aux investissements.

Une réforme élaborée en concertation avec les partenaires

Cette rencontre de travail a permis de faire le point sur les avancées du projet de loi, adopté le 26 juin dernier en Conseil des ministres. Les discussions ont porté sur les derniers ajustements techniques ainsi que sur les prochaines étapes, notamment la vulgarisation du texte auprès des entreprises, des institutions publiques et de la société civile.

La directrice du UN Global Compact RDC, Jessica Webe, s’est félicitée de la qualité du travail réalisé en collaboration avec le ministère de la Justice. Selon elle, près de 75 % des recommandations formulées par la commission anti-corruption de l’organisation ont été retenues dans la version actuelle du projet de loi, illustrant une démarche participative menée durant plusieurs mois.

Cette collaboration témoigne de la volonté des autorités congolaises de s’appuyer sur les meilleures pratiques internationales afin de renforcer l’efficacité du futur dispositif légal.

Le secteur privé prêt à accompagner la mise en œuvre

Président tournant de la commission anti-corruption du UN Global Compact, le Directeur général adjoint d’Equity BCDC, Hugues Boketsu Efole, a réaffirmé l’engagement du secteur privé à soutenir cette réforme.

Pour les entreprises, l’objectif est clair : contribuer à restaurer la confiance dans les institutions, améliorer le climat des affaires et promouvoir des pratiques de gouvernance conformes aux standards internationaux.

Les partenaires ont également annoncé le lancement prochain d’une vaste campagne de sensibilisation destinée aussi bien aux entreprises qu’aux organisations de la société civile. Cette initiative vise à faciliter l’appropriation du futur cadre juridique et à garantir son application effective dès son entrée en vigueur.

Un nouveau cadre juridique pour renforcer la gouvernance

Le projet de loi anticorruption ambitionne de moderniser en profondeur l’arsenal juridique congolais. Il s’articule autour de quatre piliers majeurs : la prévention, la protection, la répression et les procédures judiciaires.

Le texte introduit également plusieurs innovations, notamment le renforcement de la coopération internationale, le recouvrement des avoirs acquis illicitement ainsi que l’obligation, pour les entreprises, de mettre en place des mécanismes internes de prévention de la corruption.

À travers cette réforme, les autorités congolaises entendent consolider la gouvernance publique, améliorer durablement le climat des affaires et rapprocher la RDC des standards internationaux en matière de transparence, d’intégrité et de bonne gouvernance.

Rawbank : Jules Alingete et Mustafa Rawji interdits de quitter la RDC, la justice ouvre une enquête pour corruption

La justice congolaise franchit une nouvelle étape dans un dossier sensible mêlant hauts responsables publics et acteurs majeurs du secteur bancaire. Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a ordonné l’interdiction de sortie du territoire national de l’ancien inspecteur général des finances Jules Alingete Key, du directeur général de Rawbank, Mustafa Rawji, ainsi que de six autres personnes, dans le cadre d’une enquête judiciaire portant notamment sur des faits présumés de corruption, de faux en écritures et de blanchiment de capitaux.

La décision, notifiée le 20 juin à la Direction générale de migration (DGM), constitue une mesure conservatoire destinée à garantir la disponibilité des personnes visées pendant l’instruction. À ce stade, aucune condamnation n’a été prononcée et la présomption d’innocence demeure pleinement applicable à l’ensemble des personnes concernées.

Une mesure conservatoire pour les besoins de l’instruction

Dans sa correspondance adressée au directeur général de la DGM, Firmin Mvonde précise que son parquet a ouvert une enquête judiciaire contre Mustafa Rawji, Mazhar Rawji, Uzair Rawji, Zain Rawji, Jules Alingete Key, Kiala Ndombele, Nanu Mukawa, également connu sous le nom de Nanu Alingete, ainsi que Jok Oga Ukelo.

Les investigations portent sur des infractions prévues par le Code pénal congolais, notamment les faits de corruption et de faux en écritures, ainsi que sur la loi du 27 décembre 2022 relative à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.

Afin d’assurer le bon déroulement de la procédure, le procureur général a demandé aux services de la migration d’empêcher les personnes concernées de quitter Kinshasa, ou le territoire national pour celles se trouvant déjà en province, jusqu’à nouvel ordre.

Cette instruction a également été transmise au ministre d’État en charge de la Justice, au Conseiller spécial du Chef de l’État en matière de sécurité, à l’Agence nationale de renseignements (ANR), à la Police nationale congolaise (PNC) ainsi qu’aux services de renseignement des Forces armées.

Une affaire qui trouve son origine dans des accusations anciennes

Cette décision intervient dans le prolongement d’accusations apparues entre 2023 et 2024 concernant de présumées commissions versées par des sociétés du groupe Rawji, notamment dans le cadre d’un dossier de redressement fiscal impliquant Rawbank. Ces allégations avaient déjà donné lieu à des plaintes ainsi qu’à plusieurs révélations médiatiques.

L’affaire prend une dimension particulière en raison du profil des personnalités concernées. Mustafa Rawji dirige Rawbank, première banque commerciale de la République démocratique du Congo, tandis que Jules Alingete a incarné pendant plusieurs années la lutte contre la corruption à la tête de l’Inspection générale des finances (IGF), avant de quitter ses fonctions en 2025.

À ce stade de la procédure, ni Rawbank ni les personnes visées n’ont réagi publiquement à cette mesure judiciaire.

L’interdiction de sortie du territoire ne constitue pas une reconnaissance de culpabilité. Elle traduit néanmoins la volonté du parquet de sécuriser le déroulement de l’enquête, désormais entrée dans une phase active, alors que les investigations concernent des personnalités de premier plan issues aussi bien du secteur financier que des institutions de contrôle de l’État.

RDC-Rwanda : Kinshasa porte plainte contre Kigali devant la CIJ pour « violations graves du droit international »

Une nouvelle bataille s’ouvre entre Kinshasa et Kigali. Cette fois, elle ne se joue ni sur le terrain diplomatique ni dans les zones de conflit de l’est de la République démocratique du Congo, mais devant la plus haute juridiction des Nations unies.

Ce vendredi 26 juin 2026, le gouvernement congolais a officiellement saisi la Cour internationale de Justice (CIJ), franchissant une étape majeure dans son bras de fer judiciaire avec le Rwanda. Par cette requête, la RDC entend faire reconnaître la responsabilité internationale de Kigali pour les graves violations du droit international qu’elle affirme avoir subies depuis plus de trois décennies dans l’est du pays.

Pour Kinshasa, cette procédure marque une nouvelle offensive juridique visant à faire triompher le droit là où les armes continuent de parler.

Kinshasa accuse Kigali de violations graves du droit international

Dans sa requête déposée devant la Cour internationale de Justice, la RDC s’appuie sur plusieurs conventions internationales majeures pour étayer ses accusations.

Le gouvernement congolais invoque notamment la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, la Convention internationale sur l’élimination de toutes les formes de discrimination raciale, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes ainsi que la Convention contre la torture.

Selon Kinshasa, ces instruments auraient été violés à travers des actes commis dans l’est de la RDC depuis plus de trente ans.

Les autorités congolaises imputent au Rwanda une implication dans des massacres de civils, des exécutions extrajudiciaires, des actes de torture, des violences sexuelles, des déplacements forcés de populations ainsi que le soutien présumé apporté à plusieurs mouvements armés successifs, notamment l’AFDL, le RCD, le CNDP et plus récemment l’AFC/M23.

Une demande de réparation et de garanties devant la CIJ

À travers cette action judiciaire, la RDC ne sollicite pas uniquement une reconnaissance des violations alléguées.

Kinshasa demande également à la Cour d’ordonner la cessation des actes qu’elle considère comme illicites, d’imposer des garanties de non-répétition et d’accorder une réparation intégrale aux victimes des exactions dénoncées.

Le gouvernement congolais affirme ainsi vouloir privilégier les mécanismes du droit international afin que les responsabilités soient établies dans un cadre judiciaire reconnu par la communauté internationale.

À travers cette démarche, les autorités réaffirment leur volonté de « faire prévaloir le droit sur la force », dans un conflit qui empoisonne les relations entre les deux pays depuis plusieurs décennies.

Une plainte dans un contexte de tensions persistantes

Cette saisine intervient alors que l’est de la RDC demeure marqué par une instabilité chronique alimentée par la présence de nombreux groupes armés.

Depuis la résurgence du M23 en 2021, les violences se sont intensifiées jusqu’à la prise de Goma en janvier 2025, puis de Bukavu en février de la même année, aggravant une crise humanitaire déjà préoccupante.

Malgré la signature de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda à Washington en juin 2025, suivie d’une déclaration de principes conclue avec l’AFC/M23 à Doha en juillet 2025 en faveur d’un cessez-le-feu permanent, les affrontements et les tensions sécuritaires persistent dans plusieurs territoires de l’est congolais.

En portant aujourd’hui le différend devant la Cour internationale de Justice, Kinshasa ouvre un nouveau front, cette fois judiciaire, avec l’espoir d’obtenir une décision susceptible de renforcer sa position sur la scène internationale et d’apporter une reconnaissance aux victimes des violences qui endeuillent l’est du pays depuis plus de trente ans.

Procès Numbi-Tshiwewe : la Haute Cour militaire reporte l’audience pour « raisons d’État »

L’atmosphère était lourde ce jeudi 25 juin dans l’enceinte de la Haute Cour militaire. Magistrats, avocats et observateurs s’attendaient à voir le dossier entrer dans une nouvelle phase. Pourtant, quelques minutes seulement après l’ouverture de l’audience, le couperet est tombé : le procès opposant l’auditeur général des FARDC aux généraux John Numbi et Christian Tshiwewe, ainsi qu’à plusieurs autres officiers supérieurs, est renvoyé au 9 juillet 2026.

Une décision qui n’a pas manqué de susciter interrogations et commentaires, tant cette affaire figure parmi les plus sensibles actuellement examinées par la justice militaire congolaise.

Un renvoi justifié par des « raisons d’État »

Selon le premier président de la Haute Cour militaire, le lieutenant-général Joseph Mutombo Katalay Tiende, l’audience n’a pu se poursuivre en raison de l’indisponibilité de certains membres de la composition.

À la sortie de la salle, les avocats ont confirmé que cette absence était liée à des impératifs qualifiés de « raisons d’État ».

« C’est à cause de l’indisponibilité de quelques membres de la composition. À cet effet, il a été évoqué les raisons d’État », a expliqué maître Papy Nyango, membre du collectif de la défense.

Au-delà de cette contrainte institutionnelle, la juridiction militaire a également indiqué vouloir laisser du temps aux différents collectifs d’avocats afin qu’ils finalisent et déposent leurs mémoires de défense.

Du côté du général d’armée Christian Tshiwewe, cette étape est déjà franchie. Son avocat, maître Parfait Kanyenga, affirme avoir transmis le mémoire unique de son client et se dit prêt à défendre ses arguments lors de la prochaine audience.

Des accusations particulièrement lourdes

Si cette audience n’aura duré que quelques instants, l’importance du dossier demeure intacte.

Les prévenus sont poursuivis pour une série d’infractions particulièrement graves dans le contexte sécuritaire actuel de la RDC. Parmi les chefs d’accusation figurent notamment le complot, la trahison, l’apologie du terrorisme, la propagation de faux bruits, la violation des consignes militaires, la désertion à l’étranger, la détention illégale d’armes et de munitions de guerre ainsi que l’incitation de militaires à commettre des actes contraires au devoir et à la discipline.

Lors de la première audience, la Haute Cour militaire s’était limitée à l’identification des prévenus et à la notification officielle des griefs retenus contre chacun d’eux.

Parmi les personnalités citées dans cette procédure figurent le général d’armée Christian Tshiwewe Songesa, ancien chef d’état-major général des FARDC, le général d’armée John Numbi, ancien inspecteur général des FARDC, le général-major Maurice Nyembo Kufi ainsi que plusieurs généraux de brigade, colonels et officiers supérieurs.

Un procès sous haute surveillance

L’un des faits marquants de cette affaire reste l’absence de plusieurs prévenus, notamment le général John Numbi, le colonel Tshinabo Kenge Christophe et Pascal Nyembo Muyumba, ancien directeur général du CEEC.

Considérés comme étant en fuite, ces derniers font l’objet d’une procédure par défaut. L’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, a demandé à la Cour de retenir cette situation conformément aux dispositions du Code judiciaire militaire.

Au-delà des personnes poursuivies, ce procès intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la RDC. Le pays fait face à la poursuite de la guerre dans l’Est, où les autorités accusent le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Dans ce climat marqué par les enjeux sécuritaires et les questions de loyauté au sein de l’appareil militaire, cette affaire est suivie avec une attention particulière par l’opinion publique. Le rendez-vous du 9 juillet prochain pourrait ainsi marquer une étape décisive dans un dossier qui met en cause plusieurs figures de premier plan des Forces armées de la République démocratique du Congo.

Guillaume Ngefa en mission aux Pays-Bas pour muscler la coopération judiciaire internationale

Alors que la République démocratique du Congo s’efforce de répondre aux attentes grandissantes de sa population en matière de justice, c’est un ministre en mission qui a pris l’avion pour les Pays-Bas. Guillaume Ngefa Atondoko Andali, ministre d’État en charge de la Justice, a entamé ce dimanche 21 juin une tournée officielle de six jours à La Haye, qui s’achèvera le 27 juin. Un déplacement que son cabinet présente comme une étape clé dans le renforcement de la coopération judiciaire internationale.

Selon le communiqué officiel du ministère, cette mission incarne la volonté ferme du gouvernement congolais de « renforcer la coopération judiciaire internationale, promouvoir le respect du droit international et intensifier la lutte contre l’impunité ». Des objectifs ambitieux qui placent la RDC sur la scène juridique mondiale, alors que le pays fait face à des défis structurels majeurs dans son appareil judiciaire.

La CPI, la CIJ et les experts néerlandais au programme

Le programme du chef de la justice congolaise est aussi dense que stratégique. À La Haye, épicentre du droit international, le ministre doit rencontrer les responsables de la Cour pénale internationale (CPI), institution avec laquelle la RDC entretient des relations complexes mais indispensables. Une audience est également prévue avec les dirigeants de la Cour internationale de Justice (CIJ), tandis que plusieurs autorités néerlandaises figureront à l’agenda des échanges.

Mais c’est peut-être la visite au Netherlands Forensic Institute (NFI) qui pourrait s’avérer la plus prometteuse sur le plan technique. Cette institution, mondialement reconnue pour son expertise en matière de police scientifique et de criminalistique, pourrait apporter un savoir-faire précieux aux enquêteurs et magistrats congolais. Pour le ministère, ces rencontres visent à « consolider les partenariats stratégiques de la RDC avec les principales institutions internationales œuvrant dans les domaines de la justice pénale internationale, de la coopération judiciaire et de la criminalistique ».

Un système judiciaire en quête de réformes et de moyens

Au-delà du volet diplomatique, l’enjeu est considérable pour la RDC. Le pays cherche activement à renforcer les capacités de son système judiciaire, particulièrement dans trois domaines sensibles : les enquêtes criminelles, la collecte et la préservation des preuves, et la poursuite effective des auteurs de crimes graves. L’expertise internationale pourrait contribuer à combler les insuffisances techniques encore trop souvent observées dans plusieurs juridictions du pays.

Cette mission intervient dans un contexte où la pression populaire ne cesse de croître. Corruption endémique, criminalité en tous genres, violations des droits humains : les défis sont innombrables pour un appareil judiciaire régulièrement épinglé pour sa lenteur chronique et le dénuement criant de ses moyens. Les observateurs internationaux et les organisations de défense des droits humains ne cessent d’ailleurs d’appeler Kinshasa à accélérer les réformes.

Des résultats concrets attendus sur le terrain

Pour les analystes, l’intérêt de ce déplacement réside moins dans l’effet d’annonce que dans les retombées concrètes qu’il pourrait générer. Les partenariats internationaux, aussi prestigieux soient-ils, ne valent que par leur capacité à produire des réformes tangibles, à renforcer les compétences des magistrats et des enquêteurs, et à améliorer l’accès des citoyens à une justice crédible, indépendante et efficace.

Le succès de cette mission ne se mesurera donc pas au nombre de réunions tenues dans les couloirs feutrés des institutions internationales de La Haye, mais bien à sa capacité à transformer la coopération en résultats palpables pour les Congolais. Car la lutte contre l’impunité, on le sait, se gagne moins dans les déclarations solennelles que dans le fonctionnement quotidien des juridictions, le traitement diligent des dossiers et la sanction effective des criminels.

En mettant le cap sur les Pays-Bas, Guillaume Ngefa porte avec lui les espoirs d’un peuple assoiffé de justice. Reste à savoir si cette mission saura convertir les promesses en actes et les partenariats en progrès durable pour l’édifice judiciaire congolais.

16 ans après l’assassinat de Chebeya : une réforme judiciaire ouvre la voie à un procès contre le général John Numbi

Ce lundi 1er juin 2026, dans une salle de Kinshasa tendue comme un arc, la Voix des sans Voix pour les Droits de l’Homme (VSV) a rendu hommage à ses martyrs. Floribert Chebeya Bahizire et son chauffeur Fidèle Bazana Edadi ont été assassinés il y a seize ans, jour pour jour. Mais derrière les bougies et les discours, une colère intacte et un espoir nouveau.

Car cette seizième commémoration est différente des précédentes. Pour la première fois, la VSV estime que les conditions juridiques sont réunies pour exiger, non plus une promesse, mais un procès.

« Malgré les avancées sous le régime de Félix Tshisekedi, la justice ne sera pleinement rendue que lorsque le général d’armée John Numbi Banza Tambo, principal suspect, cessera d’échapper aux tribunaux. »

Devant la presse, Rostin Manketa, secrétaire exécutif de la VSV, parle d’une voix ferme mais mesurée. Il sait que ce dossier, qualifié de « crime d’État » par son organisation, est un test pour la jeune démocratie congolaise.

Une réforme qui change la donne

Jusqu’ici, un obstacle procédural semblait infranchissable : comment juger un général d’armée quand aucun magistrat de grade égal ou supérieur n’est disponible ? Cette question, brandie pendant des années par certains comme un bouclier, vient de tomber.

L’ordonnance-loi n°26/003 du 31 janvier 2026 a modifié les articles 35 et 67 du Code judiciaire militaire. Désormais, en cas d’insuffisance de magistrats du grade requis, le premier président de la Haute Cour Militaire peut désigner des juges de grade inférieur pour connaître des affaires impliquant des prévenus de grade supérieur.

Rostin Manketa l’explique sans détour :

« Cette réforme autorise la désignation des magistrats de grade inférieur pour juger des prévenus de grade supérieur au sein de la même catégorie. Ainsi, le principal verrou qui « protégeait » le général John Numbi a sauté. »

Pour la VSV, cette avancée législative représente une « opportunité historique ». Et l’ONG martèle un point essentiel : l’absence physique du général Numbi, actuellement en cavale, ne doit plus rien bloquer. Un procès par contumace, juste et équitable, est tout à fait possible.

Djadjidja, Mwilambwe et les autres : les angles morts d’un dossier toujours ouvert

Mais l’affaire Chebeya ne se résume pas à un seul nom. La VSV plaide également pour que soit statué sur le sort judiciaire de plusieurs personnes déjà détenues dans ce dossier, parfois depuis des années sans jugement. C’est le cas du général Zelwa Katanga, alias « Djadjidja », et d’autres prévenus.

« Il faut mettre fin à une situation assimilable à une détention prolongée sans jugement », insiste Rostin Manketa.

Autre préoccupation majeure : la sécurité du colonel Paul Mwilambwe. Cet officier est considéré par la VSV comme un « témoin clé ». Ses révélations passées ont déjà éclairé plusieurs zones d’ombre entourant les circonstances du double assassinat. Mais aujourd’hui, il se trouverait à Kinshasa sans aucune protection, après avoir été démis de ses fonctions à Boma, dans la province du Kongo-Central.

L’ONG craint pour sa vie. Et rappelle que sans lui, la « manifestation de la vérité » pourrait rester incomplète.

 Le rappel des faits – une nuit qui n’a jamais livré tous ses secrets

Pour comprendre l’urgence, il faut retourner seize ans en arrière. Le 1er juin 2010, Floribert Chebeya est convoqué à l’Inspection générale de la police à Kinshasa. Selon plusieurs témoignages concordants, il devait y rencontrer son supérieur hiérarchique, le général John Numbi.

Il ne reviendra jamais.

Le lendemain, son corps est découvert dans sa propre voiture, à Mitendi, dans la périphérie ouest de Kinshasa. Ses poignets portent encore les traces de menottes. Celui de son chauffeur, Fidèle Bazana, n’a jamais été retrouvé.

Des arrêts ont été rendus. Des condamnations ont eu lieu. Mais pour les familles des victimes, pour la VSV, et pour tous ceux qui luttent contre l’impunité en RDC, une question demeure, lancinante et insupportable : pourquoi les vrais commanditaires de cet assassinat sont-ils encore libres ?

« Un procès équitable est possible, avec ou sans Numbi »

La VSV conclut son plaidoyer par une déclaration qui résonne comme un défi lancé à la justice congolaise :

« La tenue d’un procès équitable demeure possible avec ou sans la présence physique du principal suspect. L’essentiel est que la manifestation de la vérité et la lutte contre l’impunité puissent suivre leur cours. »

Reste à savoir si Kinshasa, seize ans après, osera enfin franchir le pas. La réforme est là. Les conditions sont réunies. Les regards sont tournés vers les juges. Et vers l’histoire.

Soupçons de détournement : le gouverneur du Kongo Central entendu par la justice

KINSHASA – La justice congolaise avance dans une affaire financière sensible. Le gouverneur du Kongo Central, Grâce Nkuanga Bilolo, s’est présenté lundi 9 février au parquet général près la Cour de cassation. Les magistrats l’ont entendu dans une enquête sur un présumé détournement de deniers publics. Les montants évoqués varient entre un et cinquante millions de dollars.

À la sortie de l’audition, son avocat Me Espoir Saisi a voulu calmer les esprits. Il décrit un climat « apaisé ». Il affirme aussi que les rumeurs de détournement « ont été balayées ». Selon lui, son client est rentré chez lui en « citoyen libre ».
Cependant, les autorités judiciaires n’ont pris aucune décision finale. L’enquête continue.

Une affaire née à l’été 2025

L’affaire débute le 15 août 2025. Ce jour-là, l’Inspection générale des finances (IGF) lance une mission de contrôle. Elle agit sur instruction de la Présidence de la République. Les inspecteurs examinent la gestion de la redevance pétrolière et des recettes des péages du Kongo Central.

Les enquêteurs signalent alors plusieurs irrégularités. Ils évoquent un détournement de plus d’un million de dollars.
Toutefois, certaines voix locales contestent ce chiffre. Joseph Mabanga, président de la cohésion des notables du Kongo Central, parle plutôt d’un montant proche de 50 millions de dollars.

Une procédure validée par l’Assemblée provinciale

La procédure judiciaire franchit ensuite une étape politique. Le 28 janvier, le Bureau de l’Assemblée provinciale du Kongo Central autorise l’ouverture d’une instruction contre le gouverneur.
Cette décision suit un réquisitoire du Procureur général près la Cour de cassation, daté du 23 janvier. Le magistrat y demandait l’autorisation de poursuites.

Un dossier suivi de près

Cette audition intervient dans un contexte de lutte affichée contre la corruption. Beaucoup y voient un test pour l’indépendance et la rapidité de la justice face à un haut responsable politique.

D’un côté, la défense parle d’apaisement. De l’autre, la justice poursuit ses vérifications.
Désormais, les magistrats devront comparer les conclusions de l’IGF, les estimations de la société civile et les arguments de la défense. L’enjeu reste majeur pour cette province stratégique du Kongo Central.

Soupçons de corruption aux Finances : la Justice précise son enquête

Face à la tempête médiatique, l’entourage du ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a décidé de s’exprimer. Objectif affiché : apporter des clarifications. En cause, une injonction adressée au Parquet dans un dossier de soupçons de corruption au ministère des Finances.

Selon une source proche du Garde des Sceaux, cette initiative ne repose pas sur des rumeurs. Au contraire, elle s’appuierait sur des faits réels. Des faits récents. Surtout, des éléments nouveaux, distincts de ceux évoqués publiquement depuis plus de trois mois.

Par ailleurs, la source se veut catégorique. Il s’agit de la seule injonction donnée par le ministre dans ce dossier précis. Elle rejette toute lecture conflictuelle. Guillaume Ngefa n’entretiendrait aucun différend personnel avec le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde. Les deux hommes conserveraient même de bonnes relations institutionnelles.

Ainsi, la démarche ne viserait ni une personne précise, ni une institution. Elle ciblerait plutôt un système jugé problématique.

Soupçons de corruption et fermeté du ministre Ngefa

Sur le fond, la source évoque des pratiques préoccupantes. Elle parle notamment du système de « pourcentage » appliqué sur certains paiements. Selon elle, ce mécanisme serait devenu courant au sein du ministère des Finances, mais aussi dans d’autres administrations.

En effet, de nombreux usagers en auraient fait l’expérience. Certains auraient dû consentir à ces prélèvements pour voir leurs dossiers avancer. L’objectif de l’injonction serait donc clair : démanteler un mécanisme illicite bien ancré.

Sur le plan juridique, l’entourage du ministre rappelle un point essentiel. Un classement sans suite n’est jamais définitif. Dès lors que de nouveaux éléments apparaissent, la loi autorise la réouverture d’une enquête. C’est précisément sur cette base que Guillaume Ngefa aurait agi.

Cependant, cette fermeté dérangerait. Pour ses proches, ce n’est pas l’acte en lui-même qui suscite les critiques. C’est plutôt la détermination du ministre à s’attaquer à la corruption, à la fraude minière et aux réseaux mafieux.

Ils citent, à ce titre, le dossier sensible des pensions alimentaires des détenus. À son arrivée, une anomalie de 30 % aurait été constatée dans les décaissements. Après concertation avec les Finances, les versements ont été ramenés à 70 %. Cette décision a immédiatement soulevé des interrogations sur l’utilisation des fonds restants.

De plus, la gestion de la restauration des prisonniers a changé de mains. Auparavant confiée à une conseillère, elle est désormais pilotée par l’administration de la Justice. Objectif affiché : renforcer la traçabilité.

Enfin, la source insiste sur un point politique. Guillaume Ngefa aurait échangé avec son homologue des Finances avant toute action. Il voulait éviter toute perception d’un acte unilatéral. Le message se veut limpide : il ne s’agit pas d’une guerre entre ministères, mais d’une offensive ciblée contre des pratiques corruptives jugées bien réelles.

Enquête en Belgique : Le clan Tshisekedi sous pression judiciaire

Il y a des enquêtes qui avancent comme des ombres, lentes et silencieuses. Et puis il y a celles qui, soudain, accélèrent, prennent de l’ampleur, et projettent une lumière crue sur ce que certains espéraient garder dans l’ombre.
À Bruxelles, l’affaire visant le « clan Tshisekedi » a franchi ce seuil. Ce jeudi, un tournant majeur : les magistrats belges exigent désormais les relevés bancaires de la Première dame Denise Nyakeru, de trois frères du président, ainsi que de deux de ses enfants.
Une décision qui fait vaciller les frontières entre justice, politique et diplomatie.

Une plainte explosive, déposée en juillet

Tout commence le 8 juillet.
Mandatés par plusieurs ONG katangaises et quatre anciens dirigeants de la Gécamines, les avocats Bernard et Brieuc Maingain déposent une plainte visant neuf membres du « clan Tshisekedi », tous détenteurs de la nationalité belge.
Les accusations sont graves :
pillage des mines du Haut-Katanga et du Lualaba, corruption, détournement, blanchiment, gestion opaque de sites stratégiques.

Selon les plaignants, un système familial aurait, directement ou via des sociétés écrans, pris le contrôle d’une quinzaine de sites miniers, profitant d’un accès privilégié lié à la proximité avec la présidence.

Pourquoi les comptes bancaires sont au cœur des investigations ?

Pour les enquêteurs, l’argent raconte toujours une histoire.
En exigeant les relevés bancaires de la Première dame, des frères et des enfants du président, le parquet fédéral belge cherche à reconstituer des flux financiers suspects, à identifier :

  • des mouvements vers des juridictions offshore,

  • des investissements en Europe,

  • des transferts incompatibles avec les revenus déclarés,

  • d’éventuels circuits de blanchiment liés aux minerais stratégiques.

L’enquête cherche à comprendre si des fonds issus du cuivre, du cobalt ou du lithium ont emprunté des chemins discrets vers l’Europe.

Le clan Tshisekedi contre-attaque

Du côté des intéressés, les accusations sont balayées.
Jacques Tshisekedi, frère du chef de l’État, parle d’« allégations mensongères, infondées et diffamatoires », dénonçant une instrumentalisation politique de la part des ONG.

Mais le climat reste lourd : la justice belge, elle, avance.

Un contexte minier explosif

Le Katanga est le cœur économique de la RDC :
cuivre, cobalt, germanium, lithium… des minerais devenus essentiels à la transition énergétique mondiale.
Entre 2017 et 2024, près de 129 milliards de dollars auraient été générés par le secteur minier.
Mais une large partie de ces revenus n’aurait pas atteint le Trésor public, selon plusieurs rapports internationaux.

L’affaire relance donc une question brûlante :
qui profite réellement des richesses du sous-sol congolais ?

Une affaire qui dépasse les frontières

La Belgique se déclare compétente car plusieurs personnes visées possèdent sa nationalité.
Pour les avocats et ONG plaignantes, cette procédure pourrait devenir le premier jalon d’un « front européen » contre la corruption transnationale liée aux ressources congolaises.

Dans la diaspora congolaise de Bruxelles, certains appellent déjà au gel préventif des avoirs de la famille présidentielle.

Les personnes citées dans la procédure

Selon les premiers éléments révélés, l’enquête vise directement :

  • Denise Nyakeru, Première dame

  • Christian Tshisekedi

  • Jacques Tshisekedi

  • Jean-Claude Tshisekedi

  • Fanny Tshisekedi

  • Anthony Tshisekedi

Tous cités dans la plainte déposée par les ONG et des acteurs de la diaspora.

Un dossier qui pourrait redessiner le paysage politique

Si les accusations s’avèrent fondées, les conséquences pourraient être considérables : sur la présidence, sur la gouvernance minière, et sur la place de la RDC dans les dossiers stratégiques internationaux.
Si elles s’effondrent, elles ouvriront le débat sur l’usage politique de la justice européenne dans les affaires africaines.

Dans tous les cas, une certitude subsiste :
l’enquête belge vient d’entrer dans une phase décisive. Et le monde suit désormais cette affaire de très près.

Le procès Honorine Porsche bascule-t-il vers la perpétuité ?

Kinshasa, ce mardi. Le tribunal militaire de garnison de Gombe, siégeant exceptionnellement au Camp Lufungula, a vécu des heures de haute tension. À la barre, une femme dont le cas défie les classifications habituelles du crime : Honorine Porsche, présentée comme le cerveau d’un braquage audacieux contre l’agence Victoire de la Rawbank. Face à elle, le parquet militaire a requis la peine maximale : la servitude pénale à perpétuité pour association de malfaiteurs.

L’atmosphère était lourde dans cette chambre foraine, où la justice se fait sans fard. « Qu’il plaise à votre tribunal de déclarer la prévenue Honorine Porsche coupable des préventions retenues à sa charge », a tonné le magistrat militaire, ses mots résonnant comme un glas dans le silence feutré de la salle d’audience.

La dépression, un argument rejeté

Le véritable duel judiciaire s’est joué autour d’une question : Honorine Porsche était-elle en pleine possession de ses moyens lors des faits ? La défense avait tenté d’invoquer l’état dépressif de l’accusée. Un argument balayé d’un revers de main par l’avocat de la Rawbank, partie civile dans ce procès hors norme.

« La dépression n’est pas une cause de non imputabilité en droit congolais », a asséné l’avocat de la banque, dans une argumentation juridique implacable. Même en se référant au droit français, a-t-il précisé, cette condition n’est recevable que si le trouble « abolit totalement le discernement » et est « instantané aux faits » – non « occasionnel ou circonstanciel ».

Une lucidité troublante

Selon la partie civile, bien loin de montrer des signes d’aliénation, Honorine Porsche aurait fait preuve d’une clarté d’esprit déconcertante. « La prévenue était lucide et ne s’est pas contredite dans ses dires », a insisté l’avocat. Pis : elle aurait même « décrit les circonstances qui ont conduit à l’acte posé » avec une précision qui témoignerait d’une pleine conscience de ses actes.

L’accusation parle d’une femme qui aurait « exploité sa propre turpitude », manipulant le système judiciaire en invoquant des troubles psychologiques qui n’auraient pas affecté sa capacité de discernement au moment des faits.

Le spectre de la perpétuité

La requête d’emprisonnement à vie pèse lourd dans cette affaire qui dépasse le simple cas de banditisme. Honorine Porsche n’est pas présentée comme une complice, mais comme l’instigatrice – cette « présidente braqueuse » dont le titre paradoxal résume tout le scandale.

Alors que le tribunal a levé l’audience pour délibéré, une question demeure : la justice militaire fera-t-elle sienne la sévérité requise par le parquet ? L’affaire Honorine Porsche dépasse désormais le cadre d’un simple braquage. Elle est devenue le symbole d’une justice congolaise face à la criminalité organisée, et le test de sa capacité à trancher dans le vif quand le crime se pare des atours du leadership.

Le verdict, attendu dans les prochains jours, dira si la « présidente braqueuse » rejoint le rang des criminels condamnés à disparaître à jamais derrière les barreaux.

EquityBCDC sous enquête : la justice s’attaque aux présumées manipulations de comptes

L’alerte paraît assez grave pour mobiliser la plus haute autorité judiciaire du pays. Le Procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, ordonne l’ouverture d’une enquête approfondie contre la banque EquityBCDC. Il vise des manipulations présumées de comptes clients, réalisées sans consentement. Cette affaire place brutalement l’établissement bancaire sous les projecteurs et soulève une question essentielle : la sécurité des dépôts est-elle menacée ?

Un client a déposé une plainte détaillée et affirme que quelqu’un a trafiqué son compte à l’insu de son mandataire. Ce dossier, individuel mais lourd de conséquences, déclenche immédiatement la machine judiciaire.

Des instructions strictes pour examiner la responsabilité interne

Dans ses instructions adressées au Procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe, Firmin Mvonde Mambu demande une analyse minutieuse du fonctionnement interne de la banque. Il ne veut pas d’une formalité administrative, mais une enquête précise sur la chaîne de responsabilité. L’objectif est clair : comprendre comment ces opérations ont pu se produire et identifier les acteurs impliqués.

La confiance bancaire au cœur de l’affaire

Au-delà du cas individuel, le Procureur général veut protéger l’intégrité du système bancaire congolais. En exigeant des conclusions rapides, il souligne l’urgence de la situation. Si les accusations se confirment, elles frapperaient le cœur même de la relation de confiance entre les banques et leurs clients.

L’enquête devra déterminer si l’incident représente une erreur isolée, facilement corrigeable, ou si EquityBCDC fait face à un problème systémique.

Une banque sous observation

EquityBCDC se retrouve désormais sous un contrôle judiciaire strict. Les conclusions de l’enquête définiront non seulement sa responsabilité pénale, mais aussi son image auprès du public, dans un secteur où la réputation vaut autant que le capital financier.

La justice doit maintenant établir les faits, trancher les zones d’ombre et éclairer une affaire qui ébranle la place financière de Kinshasa.

Le procès fantôme de Roger Lumbala

PARIS. – Le box des accusés est resté désespérément vide, ce jeudi 13 novembre. Roger Lumbala, l’ancien chef de guerre congolais, a tenu parole : il a boudé son procès. Retranché dans une cellule du palais de justice de Paris, il a refusé d’en sortir, laissant la Cour d’assises face à un dilemme inédit. Faut-il le faire sortir de force ? Poursuivre sans lui ? La scène, surréaliste, a suspendu pendant plus de deux heures le cours de la justice.

Le président de la Cour avait pourtant prévenu la veille : il irait « le chercher de gré ou de force ». Mais face à la détermination du prévenu, la machine judiciaire a calé. Dans la salle d’audience, les avocats des parties civiles, déconcertés, ont dû improviser. Me Tuilier, l’un d’eux, s’est tourné vers les jurés – onze femmes et un homme – pour leur rappeler la légitimité de leur mission, malgré l’absence qui plane sur les débats.

La stratégie du vide

En récusant ses avocats, puis en refusant de comparaître, Lumbala mène une guerre d’usure. Il conteste farouchement la compétence de la justice française à le juger, lui, Congolais, pour des crimes commis en RDC il y a plus de vingt ans. Son procès, le premier en France visant un ressortissant congolais sur le fondement de la compétence universelle, se transforme en bras de fer judiciaire et symbolique.

La question de la compétence, soulevée mercredi juste avant le renvoi des défenseurs, n’a toujours pas été tranchée. Le président de la Cour a choisi de prendre son temps, laissant planer le doute sur la suite des procédures. Une suspension qui ajoute au sentiment de flottement.

La parole malgré tout

En l’absence de l’accusé, la parole s’est néanmoins libérée. Une spécialiste des violences sexuelles en temps de conflit a décrit l’enfer vécu par les populations civiles de l’Ituri au début des années 2000. Ces territoires déchirés entre milices, où les femmes payaient le prix fort. Son témoignage, poignant, a rappelé l’urgence et la nécessité de ce procès, même dans le vide apparent du box.

Mais sans Lumbala, sans défense pour contre-interroger, sans débat contradictoire, la justice peut-elle vraiment suivre son cours ? Les parties civiles, représentant les victimes des exactions du RCD-N, redoutent un procès en trompe-l’œil, où l’accusé, par son absence, nierait jusqu’à l’existence de la justice qui le condamne.

Alors que la Cour tente de maintenir le cap, une question demeure : comment juger un homme qui refuse d’être jugé ? La réponse se construira, jour après jour, dans l’obstination des juges, la douleur des témoins et le silence assourdissant d’un box toujours vide.

Procès Lumbala à Paris : l’ex-chef rebelle appelle Bemba à la barre

PARIS. – Le coup de théâtre est venu des avocats de la défense. Alors que s’ouvrait le procès de Roger Lumbala, l’ancien chef rebelle congolais, pour complicité de crimes contre l’humanité, une requête inattendue a suspendu le cours normal des débats : la comparution de Jean-Pierre Bemba, actuel vice-Premier ministre de la RDC. La manœuvre, aussi audacieuse que calculée, transforme soudain ce procès pénal en enjeu diplomatique de premier ordre.

Dans le box des accusés, Lumbala, visage fermé, semble mesurer la portée de cette requête. L’ancien dirigeant du RCD-N, poursuivi pour des crimes commis entre 2002 et 2003 dans l’est de la RDC, ne se contente pas de se défendre. Il contre-attaque en exigeant la vérité de la bouche même de ceux qui, comme lui, ont tenu les rênes du pouvoir durant ces années sanglantes. Outre Bemba, il réclame aussi l’audition de Constant Ndima, ancien gouverneur militaire du Nord-Kivu, et d’anciens membres de son mouvement rebelle.

Un passe-droit diplomatique

La balle est désormais dans le camp des autorités congolaises. La citation à comparaître, transmise via l’ambassade de France à Kinshasa dans le cadre de l’entraide judiciaire internationale, place le gouvernement de la RDC devant un dilemme cornélien. Accepter de laisser son vice-Premier ministre témoigner dans un procès sensible ? Ou refuser, au risque de crisper les relations avec Paris ?

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/lheure-du-jugement-un-seigneur-de-guerre-congolais-face-a-ses-crimes/

En coulisses, la diplomatie française s’était préparée à cette éventualité. L’ambassadeur à Kinshasa avait multiplié les rencontres préventives avec pas moins de trois ministres de la Justice congolais successifs entre avril et septembre 2025. Une valse ministérielle destinée à « prévenir tout malentendu », selon les termes des procès-verbaux. Preuve que Paris anticipait les ondes de choc potentielles de cette affaire.

La mémoire comme stratégie de défense

En réclamant la comparution de Bemba, Lumbala et ses avocats jouent une carte risquée. Ils espèrent sans doute complexifier le procès, y introduire des considérations politiques qui dépassent la seule personne de l’accusé. Jean-Pierre Bemba n’est pas un témoin comme les autres. Ancien chef rebelle lui aussi, condamné puis acquitté en appel par la Cour pénale internationale, il incarne mieux que quiconque les zones d’ombre de cette période troublée.

« Ils veulent faire de ce procès le miroir de toutes les ambiguïtés de la transition congolaise », analyse un observateur judiciaire présent dans la salle. « En convoquant Bemba, Lumbala cherche à montrer que la frontière entre bourreaux et victimes, entre criminels et hommes d’État, fut souvent poreuse dans les conflits congolais. »

L’ombre de la CPI

Le procès Lumbala s’inscrit dans la continuité des procédures internationales visant les crimes commis en RDC. Mais il s’en distingue par sa nature : c’est la justice française, via le principe de compétence universelle, qui juge des crimes congolais. Une première pour un ressortissant congolais, et un test pour ce dispositif juridique encore contesté.

Alors que des dizaines de témoins doivent encore défiler à la barre, une question demeure : les autorités congolaises laisseront-elles Bemba témoigner ? La réponse pourrait bien déterminer l’issue non seulement de ce procès, mais aussi des futures coopérations judiciaires entre la France et la RDC. Dans les couloirs du palais de justice, on chuchote que Kinshasa pourrait opposer une fin de non-recevoir, invoquant l’immunité diplomatique de son vice-Premier ministre.

Le procès Lumbala venait de s’ouvrir, il est déjà entré dans l’histoire.

Rawbank : les caméras révèlent l’impensable

KINSHASA-Le procès du braquage spectaculaire de la Rawbank, survenu le 16 octobre 2025 à Kinshasa, vient de prendre un tournant explosif. Ce mardi 11 novembre, le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a projeté, pour la première fois, des images de vidéosurveillance qui ont sidéré l’assistance.

Au cœur de la séquence, on distingue Honorine Porsche, principale accusée, vêtue de noir, en train d’extorquer de l’argent à la caissière Bénédicte au niveau du guichet MoneyGram. La panique est visible, les liasses s’enchaînent, puis la scène plonge dans la confusion.

Mais c’est l’après-braquage qui a glacé la salle. Quelques minutes après la fuite de la braqueuse, des militaires et policiers dépêchés pour sécuriser les lieux apparaissent sur les images… en train de se servir dans les caisses. À un moment, un agent en uniforme reçoit une liasse de billets lancée depuis l’intérieur du guichet, sous les murmures indignés du public.

Face à ces révélations, un colonel et un responsable de sécurité ont reconnu certains visages et demandé des captures d’image pour identifier les autres protagonistes. Le Tribunal a ordonné à l’auditorat militaire de déférer les agents concernés, issus de la Police nationale congolaise et de la Task Force, et d’engager des poursuites disciplinaires et judiciaires.

Autre moment clé : la comparution d’un neurologue, auteur d’un rapport attestant des troubles mentaux d’Honorine Porsche — expertise réalisée à la demande de l’ambassade d’Allemagne et d’une ONG de défense des droits des femmes.

L’affaire est renvoyée au vendredi 14 novembre 2025 pour le réquisitoire, les conclusions des parties civiles, et la plaidoirie de la défense.

Le verdict s’annonce très attendu.

Honorine Porche : la justice militaire condamne cinq militaires

KINSHASA – La nuit tombait sur Gombe ce jeudi 6 novembre lorsque la Cour militaire a rendu son verdict, attendu, dans l’affaire qui a secoué la conscience nationale : les mauvais traitements infligés à Honorine Porche, cette citoyenne allemande d’origine congolaise, lors de son arrestation après le braquage de la Rawbank de la place Victoire. Un verdict en demi-teinte, qui condamne fermement certains acteurs directs des violences, mais absout les hauts gradés.

Sur les neuf militaires traduits devant la justice, cinq ont été condamnés à des peines allant de six mois à dix ans de servitude pénale. Quatre autres, dont le colonel Mumesa Kimpwene, ont été acquittés, la Cour estimant que leur implication directe dans les sévices n’était pas suffisamment établie.

Dix ans de prison pour l’auteur des vidéos

La peine la plus lourde est tombée sur l’adjudant Kamenga Mukela, reconnu coupable d’« attentat à la pudeur » et de « violation de consigne ». Celui qui a filmé la scène humiliante et l’a diffusée écope de dix ans de servitude pénale. Une sanction qui semble vouloir marquer la réprobation la plus absolue pour la cyber-cruauté qui a rendu l’affaire virale.

À ses côtés, le capitaine Mwamba Bayibu, qui a reçu et partagé les vidéos, est condamné à six mois. L’adjudant-chef Tshanganu prend douze mois, dont six avec sursis. Le sergent Mbaki Ndombasi et le soldat Modaya Kembo écopent chacun d’un an pour n’avoir pas dénoncé les infractions.

Cinq mille dollars et un appel général

La Cour a également accordé à la victime, Honorine Porche, des dommages et intérêts d’un montant de 5 000 dollars américains. Une reconnaissance symbolique de son préjudice. Cependant, le dernier mot de la justice est loin d’être prononcé. Toutes les parties, mécontentes du jugement, ont déjà annoncé leur intention de faire appel.

Un second acte judiciaire s’ouvre

Car cette affaire n’était que le premier volet d’un diptyque judiciaire. Le procès pour les violences est clos, mais celui du braquage lui-même est en cours. Honorine Porche et quatre policiers comparaissent devant le tribunal militaire de garnison pour « vol à main armée », « terrorisme » et « association de malfaiteurs ».

Dès ce vendredi 7 novembre, les juges ont prévu une descente sur les lieux du crime, à l’agence Rawbank Victoire, pour une reconstitution minutieuse des faits.

La justice militaire a donc envoyé un signal fort contre l’impunité des excommutations. Mais l’ombre du braquage et de ses mystères plane toujours, promettant de nouveaux rebondissements judiciaires dans une affaire qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

Dahlia, 4 ans : le père reçu par le ministre de la Justice

Ce jeudi 30 octobre 2025, une rencontre chargée d’émotion a eu lieu au Palais de la Justice. Le Ministre d’État, Guillaume Ngefa Atondoko Andal, a personnellement reçu Andy Baswe Tshikwakwa. Ce père endeuillé cherche la justice pour sa fille Dahlia, tragiquement emportée à l’âge de quatre ans par l’effondrement d’un mur du Cercle Hippique de Kinshasa.

Une famille brisée par le drame

Durant cette audience, Andy Baswe a partagé l’immense douleur qui frappe sa famille. Il a révélé une terrible cascade de malheurs. Le grand-père de Dahlia n’a pas supporté la perte de sa petite-fille. Il est décédé peu de temps après elle, victime du même choc. La famille Baswe affronte donc un double deuil, un traumatisme qui a profondément ému le Ministre d’État.

Celui-ci a présenté ses condoléilles personnelles et son soutien indéfectible. Il a assuré la famille de son engagement total. « Cette situation m’a beaucoup touché », a-t-il confié, réaffirmant son attention constante pour les droits des citoyens, surtout lorsqu’il s’agit de protéger les enfants.

La quête de vérité et de responsabilités

Le père de Dahlia a exposé les circonstances du drame. Il a pointé du doigt les travaux réalisés par la société Modern Construction, propriété de l’homme d’affaires Harish Jagtani. Selon ses déclarations, c’est la malfaçon de ce mur en construction qui a causé l’effondrement fatal.

Le Ministre de la Justice a garanti que les instances compétentes traitaient désormais le dossier. L’objectif est double : respecter scrupuleusement les lois de la République et obtenir une réparation juste pour les préjudices subis. Le gouvernement suit ce dossier de très près, comme tous ceux qui touchent à la vie et à la dignité des Congolais.

Cette audience marque une étape cruciale pour la famille Baswe. La famille aurait dû fêter les cinq ans de Dahlia le 8 septembre dernier. Désormais, elle se bat pour que la lumière soit faite et que la mémoire de la petite fille soit honorée par une justice rendue.

Procès Sarah Ebabi : un an de prison avec sursis pour violation des consignes militaires

KINSHASA – Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa-Gombe a rendu, ce mercredi 29 octobre 2025, son verdict dans l’affaire opposant le parquet militaire à l’adjudante Sarah Ebabi Bongoma Koli, jugée pour violation des consignes militaires interdisant la publication sur les réseaux sociaux des effets militaires.

L’adjudante, en service aux renseignements militaires, a été condamnée à 12 mois de servitude pénale principale avec sursis de 12 mois, ce qui signifie qu’elle ne purgera pas de peine de prison, à condition de respecter la loi pendant cette période.

Les faits remontent au 19 octobre 2025, lorsque Sarah Ebabi s’est rendue dans un studio photo situé sur le boulevard Sendwe, à Matonge (Kalamu), pour une séance photo privée avec son fiancé, en préparation de leur mariage. Les images montrent la militaire en tenue, arborant son grade et posant de manière intime avec son futur époux. Quelques jours plus tard, ces photos ont circulé sur les réseaux sociaux, provoquant un véritable débat public sur le respect des consignes militaires et l’image des Forces armées de la RDC.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/uniforme-et-amour-interdit-le-proces-qui-divise-larmee-congolaise/

Le ministère public, représenté par le sous-lieutenant magistrat Ghislain Lisalama, avait requis 10 ans de servitude pénale en perpétuité, estimant que le comportement de l’adjudante portait atteinte à l’honneur et à l’image de l’armée.

À la barre, Sarah Ebabi a reconnu avoir organisé la séance photo, mais a nié toute intention de publication des images sur les réseaux sociaux. Elle a rappelé son engagement de dix ans au service de l’armée et affirmé qu’elle n’avait jamais voulu ternir son institution.

Cette affaire, largement commentée sur les réseaux sociaux, illustre la tension entre vie privée des militaires et respect des consignes hiérarchiques, et marque un précédent dans l’application de la discipline au sein des Forces armées de la RDC.

 

Uniforme et amour interdit : le procès qui divise l’armée Congolaise

KINSHASA – Dans l’enceinte austère du camp Kokolo, le tribunal militaire de Kinshasa-Gombe s’apprête à rendre son verdict. Sur le banc des prévenus, l’adjudante Béanche Ebabi, visage fermé, attend que la justice décide de son sort. Son crime ? Avoir posé en tenue militaire, aux côtés de son fiancé, pour une séance photo destinée à immortaliser leurs fiançailles.

Les images, tendres et impudiques à la fois, montrent la militaire arborant son grade, enlacée à l’homme qu’elle devait épouser ce 31 octobre. Des clichés de baisers, de regards complices, volés dans l’intimité d’un studio de Matonge. Devenus viraux, ils ont déclenché une onde de choc dans la hiérarchie militaire.

Dix ans de prison requis pour « déshonneur »

Lors de l’audience précédente, la réquisition du parquet a cinglé l’atmosphère du prétoire : dix années de détention pour « violation des consignes ». Le sous-lieutenant magistrat Ghislain Lisalama, représentant le ministère public, a fustigé un « comportement qui déshonore l’armée », enfreignant délibérément le télégramme du chef d’état-major général interdisant toute publication de militaires en tenue sur les réseaux sociaux.

La défense contre-attaque : le photographe en ligne de mire

Face à l’accusation, la prévenue a adopté une ligne de défense claire : elle reconnaît la séance photo, mais nie fermement avoir publié les clichés. « C’est le studio qui les a divulgués sans mon consentement », affirme-t-elle. Ses avocats, menés par le sous-lieutenant Alpha Anangame, ont exigé la comparution du photographe, seul « auteur présumé de la publication ».

Une requête partiellement entendue : le major Safari Christian, président du tribunal, a suspendu l’audience pour permettre aux gérants du studio RawSur de venir témoigner. Une pièce manquante qui pourrait changer la donne.

Un procès « pédagogique » aux enjeux démesurés

Ce procès, traité en flagrance, dépasse la simple affaire disciplinaire. Il se veut « pédagogique » pour l’ensemble des Forces armées, à l’heure où chaque smartphone peut devenir une tribune incontrôlable. Le télégramme de 2021, brandi comme preuve absolue, interdit formellement tout contenu pouvant « porter atteinte à l’honneur, à la dignité et à la crédibilité des FARDC ».

Pourtant, la disproportion de la peine requise – dix ans pour des photos de mariage – interroge. L’adjudante Béanche Ebabi, secrétaire adjointe du département de sécurité militaire, voit aujourd’hui sa carrière et sa vie privée s’effondrer pour avoir mêlé l’uniforme sacré et les sentiments les plus intimes.

Alors que le verdict est attendu dans l’après-midi, une question plane dans le prétoire : l’armée congolaise veut-elle sanctionner une faute, ou faire un exemple ? La réponse déterminera le destin d’une femme, mais aussi les limites de la discipline militaire à l’ère du numérique.

RawBank : Le braquage d’une mère à bout de souffle

KINSHASA – Son silence était aussi lourd que ses aveux. Ce mardi 28 octobre, devant le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa, Honorine Porsche Mukuna Onake, accusée d’avoir braqué l’agence RawBank de la Place de la Victoire, a reconnu l’ensemble des faits. Mais dans sa bouche, le récit du forfait prend des allures de cri d’alarme.

« C’est la souffrance qui m’a conduit à poser cet acte », a-t-elle déclaré, le regard droit, face à des juges en uniforme. Cette mère de quatre enfants, de nationalité allemande, raconte une chute : des dettes « énormes » en Europe – 20 000 euros –, l’impossibilité de nourrir sa famille, puis ce voyage au pays natal dans l’espoir d’une aide.

Son ultime recours ? Denise Nyakeru, la Première dame. « Ma grande sœur m’a conduit à la Fondation Denise. On m’a fermé la porte. » Le rejet, puis la dépression. « Au bout de l’espoir », elle achète « un jouet d’arme » – une réplique – et passe à l’acte, seule. « Je ne voulais faire du mal à personne. »

Dans le box, elle tente d’innocenter les autres prévenus : deux policiers, deux agents de gardiennage, tous inconnus pour elle. « J’ai pitié pour ces gens traînés ici. Ils n’y sont pour rien. » Même le motard qui l’a conduite ignorait tout, affirme-t-elle. Quant à l’argent volé, il aurait été « pillé par les éléments de la Police » intervenus sur les lieux.

Une affirmation qui a poussé le parquet à réclamer l’audition de la police militaire et de la Task Force. Le major magistrat Radjabu a sollicité leur comparution pour « éclairer le tribunal sur la destination de l’argent cambriolé ».

Désormais, sept noms figurent dans cette affaire née le 16 octobre dernier. Cinq présents, deux en fuite – Kapi et Benjamin. Tous sont poursuivis pour association de malfaiteurs, vol à main armée et… terrorisme.

Mais au-delà des charges, le procès d’Honorine Porsche est devenu celui d’une certaine misère sociale. Celle qui pousse une mère au bout d’elle-même, celle qui transforme un jouet en arme et un acte désespéré en crime militaire. La justice, désormais, doit trancher : jugera-t-elle la délinquante ou la détresse ?

Braquage Rawbank : le procès des vérités cachées

Ce vendredi 24 octobre, la salle d’audience du Tribunal militaire de garnison de Kinshasa se transforme en un théâtre de rare complexité judiciaire. Honorine Porsche, citoyenne allemande d’origine congolaise dont le visage humilié a bouleversé les réseaux sociaux, comparaît pour son rôle présumé dans le braquage de la Rawbank de la Place Victoire. Mais derrière ce procès visible, un autre se joue, où cette fois, elle occupe la place de victime.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/honorine-porsche-berlin-rappelle-kinshasa-a-lordre-sur-les-droits-humains/

Son avocat, Me Francis Kasonga, annonce que cette audience marquera le véritable début des hostilités. « De nombreuses révélations seront faites », promet-il, entretenant le mystère d’une défense aussi spectaculaire que l’affaire elle-même. Sa stratégie est claire : prouver l’innocence de sa cliente tout en éclairant les zones d’ombre d’un braquage qui a secoué la capitale.

Une femme, deux statuts judiciaires

La  particularité du dossier réside dans son dédoublement. Dans la même ville, devant la Cour militaire, neuf soldats des FARDC répondent de leurs actes. Parmi eux figure le colonel Désiré Mumesa, accusé d’avoir diffusé la vidéo de l’humiliation depuis le camp Kokolo. Ces hommes font face à des charges lourdes – viol, atteinte à la pudeur, violation de consignes – qui contrastent étrangement avec le sort de celle qu’ils ont maltraitée.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/huit-militaires-juges-pour-humiliations-dune-citoyenne-allemande/

Me Kasonga insiste sur cette distinction cruciale : « Devant le Tribunal militaire, Honorine Porsche est prévenue. Devant la Cour militaire, elle est victime. » Une dualité qui résume toute la complexité d’une affaire où bourreaux et victimes semblent parfois échanger leurs rôles.

Le spectre de la Place Victoire

Tout commence le 16 octobre 2025, quand un groupe armé attaque l’agence Rawbank. Dans la confusion qui suit, les militaires interpellent Honorine Porsche. Les images de son arrestation, filmées par leurs soins, déclenchent un électrochoc dans l’opinion publique.

Aujourd’hui, tandis que les neuf militaires répondent de leurs exactions, Honorine Porsche doit justifier sa présence sur les lieux du braquage. Le procès de ce vendredi au camp Lufungula ne sera donc pas une simple audience. Il représentera le miroir d’une justice congolaise face à ses contradictions et, peut-être, le début de la révélation d’une vérité que chacun pressent, mais que personne ne connaît encore vraiment.

Huit militaires jugés pour humiliations d’une citoyenne allemande

L’image a fait le tour des réseaux sociaux, un stigmate numérique pour une nation tout entière. Celle d’Honorine Porsche, citoyenne allemande, déshabillée, humiliée, exposée comme un trophée de guerre sur la Place Victoire, à Kinshasa. Face à cette scène, ce ne sont pas seulement les passants qui ont assisté, médusés, à l’interpellation musclée. C’est la conscience collective qui a vacillé.

Depuis ce lundi 20 octobre 2025, huit militaires des Forces armées de la RDC (FARDC) comparaissent devant la Cour militaire de Kinshasa-Gombe. Leur crime ? Avoir infligé à cette femme, présumée braqueuse, des traitements « inhumains et dégradants », un acte que le parquet militaire lui-même qualifie, sans ambages, d’« indigne ». Le ministère public réclame des sanctions exemplaires. Il ne s’agit plus seulement de juger une faute, mais de laver un affront fait à la dignité humaine et à l’honneur de l’uniforme.

Les faits : un braquage factice, une humiliation bien réelle

Tout a commencé le 16 octobre. La Rawbank de la Place Victoire, lieu habituel de l’agitation kinoise, bascule soudain dans le chaos. Honorine Porsche fait irruption. Selon les éléments de l’enquête, elle aurait utilisé un simple jouet en forme d’arme pour tenter son forfait. L’opération des forces de l’ordre est musclée, efficace : elle est maîtrisée sans qu’aucune balle ne soit tirée, sans qu’aucun blessé ne soit à déplorer. Le danger était-il si grand ?

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/honorine-porsche-berlin-rappelle-kinshasa-a-lordre-sur-les-droits-humains/

Pourtant, c’est après l’arrestation que le drame judiciaire et humain se noue. Des vidéos, devenues virales, capturent l’innommable. On y voit des hommes en uniforme, dont le colonel Désiré Munesa et plusieurs capitaines, dénuder la présumée braqueuse en pleine rue, sous le regard d’une foule de curieux. Un spectacle de honte, sans le moindre remords visible.

Le procès : l’État congolais face à ses démons

Le dossier judiciaire est lourd. Les huit accusés, officiers et soldats, sont poursuivis pour un triple chef d’accusation : violation des consignes, non-dénonciation d’infractions et, surtout, abstention coupable. Des charges qui traduisent la volonté de sanctionner non seulement l’acte barbare, mais aussi la chaîne de silence et de complicité passive qui l’a entouré.

Dans le prétoire, l’atmosphère est tendue. L’ombre de la communauté internationale plane, incarnée par le communiqué cinglant de l’ambassade d’Allemagne. Berlin a publiquement condamné le traitement réservé à sa ressortissante et sommé les autorités congolaises de respecter leurs engagements en matière de droits humains.

L’onde de choc : entre indignation sociale et realpolitik

L’affaire Porsche a agi comme un électrochoc. Elle souligne, avec une cruelle acuité, les défis persistants du respect des droits fondamentaux lors des interventions sécuritaires en RDC. L’indignation est sociale, mais elle est aussi politique, forçant l’appareil d’État à réagir avec célérité pour contenir un scandale diplomatique.

Ce procès est bien plus que le jugement de huit hommes. C’est celui des pratiques d’une institution. Le parquet, en exigeant des peines exemplaires, tente de restaurer une crédibilité perdue. Il narre, par la voix de ses procureurs, une autre histoire possible : celle d’une justice qui, enfin, ne fermerait pas les yeux.

Le verdict sera scruté bien au-delà de la cour martiale de Gombe. Il dira si, à Kinshasa, la dignité d’une femme, fût-elle une présumée coupable, pèse plus lourd que la loi du plus fort.

Arrestation de Seth Kikuni : ses avocats dénoncent un enlèvement et des tortures

KINSHASA – Le collectif des avocats de l’opposant Seth Kikuni a révélé, ce lundi 20 octobre, les conditions troublantes de son interpellation. Samedi dernier, le président du parti Piste a été arrêté à l’aéroport de N’Djili par des agents de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Ses défenseurs parlent d’une « violation flagrante de la Constitution ».

Selon eux, l’opposant n’a reçu aucune information sur les motifs de son arrestation ni sur son droit à l’assistance d’un avocat. Ces manquements graves violent les procédures légales et jettent une ombre sur les pratiques des services de sécurité.

Les avocats affirment que leur client a passé plusieurs heures dans une cellule souterraine, sans aération et plongée dans l’obscurité. Ils dénoncent un « traitement cruel, inhumain et dégradant », contraire à la Constitution congolaise et aux traités internationaux.

De plus, les agents de l’ANR auraient confisqué les téléphones de Seth Kikuni et l’auraient forcé à révéler ses mots de passe. Une atteinte grave à sa vie privée, selon le collectif.

Une arrestation à connotation politique

Les interrogatoires de l’ANR auraient porté uniquement sur la réunion de Nairobi à laquelle Seth Kikuni a participé avec d’autres forces politiques et sociales. Pour ses proches, cette orientation confirme le caractère politique de l’affaire.

Les avocats exigent la restitution immédiate des téléphones de leur client et le respect strict de ses droits fondamentaux. Ils dénoncent un « acharnement politique » contraire aux principes démocratiques.

Cette arrestation intervient dans un climat politique tendu. La participation de figures d’opposition à des rencontres à l’étranger semble de plus en plus surveillée. L’affaire Seth Kikuni relance ainsi le débat sur la liberté d’action des opposants et le respect des droits humains en République Démocratique du Congo.

Bataille pour le « perchoir » : l’après-Kamerhe divise la majorité

KINSHASA – Vingt-cinq jours se sont écoulés depuis la chute de Vital Kamerhe, contraint de quitter la présidence de l’Assemblée nationale sous la pression de 262 députés. Un quart de siècle après sa démission, destinée à éviter une destitution humiliante, la bataille pour lui succéder au « perchoir » bat son plein, dévoilant les fractures et les ambitions au sein de la majorité présidentielle.

L’enjeu est de taille : qui dirigera la chambre basse du Parlement, institution clé dans l’équilibre des pouvoirs ? La question agite les couloirs de Palais du Peuple, où les stratégies se dessinent et les candidatures commencent à émerger, dans un suspense soigneusement entretenu.

L’UNC, affaiblie mais déterminée

Premier acteur de ce jeu d’échecs : l’Union pour la Nation Congolaise (UNC) de Vital Kamerhe. Bien que son leader ait été contraint à la démission, le parti, toujours membre de la coalition de l’Union sacrée du président Félix Tshisekedi, ne compte pas abandonner la prestigieuse présidence sans combattre.

Officiellement, l’UNC n’a pas encore désigné de champion. Mais dans les cercles politiques, deux noms reviennent avec insistance. Le premier est celui d’Aimé Boji Sangara, ministre de l’Industrie et ancien ministre du Budget. Homme discret et bien introduit dans l’entourage du chef de l’État, il incarne la voie du consensus. Face à lui, Baudouin Mayo Mambeke, ancien vice-Premier ministre, a déjà officialisé ses ambitions. Il se présente comme le gardien de l’héritage de Kamerhe et fustige ceux qu’il juge moins loyaux.

L’UDPS, tenté par la reconquête

Mais la partie ne se jouera pas qu’à l’UNC. Au sein de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), le parti présidentiel, des voix s’élèvent pour revendiquer le poste. Isaac Jean-Claude Tshilumbayi, président intérimaire de l’Assemblée et cadre de l’UDPS, a récemment rappelé une logique simple : « L’UDPS peut décider d’occuper la présidence de l’Assemblée nationale ». Selon lui, la règle non écrite de l’Union sacrée « veut que le parti qui compte le plus de députés prenne la présidence ».

D’autres noms circulent également, comme celui de Christophe Mboso, 83 ans, poussé par ses partisans qui mettent en avant sa fidélité indéfectible à Tshisekedi. Les députés « pétitionnaires », à l’origine de la chute de Kamerhe, pourraient aussi présenter leur propre candidat.

Tshisekedi, l’arbitre suprême

Dans cette foire d’empoigne, un homme aura le dernier mot : le président de la République lui-même. Proches du pouvoir et analystes s’accordent sur un point : Félix Tshisekedi, en sa qualité « d’autorité morale » de l’Union sacrée, sera l’arbitre final.

Sa décision, attendue dans les prochains jours, devra trancher sur la base de plusieurs critères : la représentation régionale pour assurer un équilibre géopolitique, la fidélité au chef de l’État, et la nécessité de préserver la cohésion de sa majorité. Alors que l’UNC tente de se relever et que l’UDPS est en position de force, le choix du locataire du palais de la Nation est plus qu’une simple nomination : c’est un acte politique qui définira les nouveaux équilibres du pouvoir à Kinshasa.

Vers une nouvelle prorogation de l’état de siège dans l’Est

Le gouvernement congolais a officiellement demandé au Parlement de prolonger l’état de siège dans l’Est du pays. Une requête présentée ce jeudi au Sénat qui souligne la persistance de l’insécurité dans ces régions.

KINSHASA – La procédure est devenue malheureusement familière. Ce jeudi 16 octobre 2025, dans la salle des conférences internationales du Palais du Peuple, le ministre d’État de la Justice, Guillaume Ngefa A. Andali, est venu plaider la cause d’une mesure d’exception : la prorogation de l’état de siège dans les provinces de l’Ituri et du Nord-Kivu.

Devant les sénateurs présidés par l’Honorable Sama Lukonde, le ministre a relayé la requête officielle du Président de la République, déjà appuyée lors du 72ᵉ Conseil des ministres. Il a justifié cette demande en rappelant les atrocités qui continuent de déchirer l’Est du pays, nécessitant le maintien de ce régime spécial.

« La partie Est du pays reste meurtrie par des atrocités qui ont nécessité la poursuite de cette mesure exceptionnelle », a déclaré le ministre Ngefa, soumettant aux sénateurs le projet de loi de prorogation.

En réponse, le Président du Sénat a adopté une posture à la fois collaborative et méthodique. Il a rassuré le ministre de la Justice quant à l’examen sérieux de cette demande, tout en insistant sur la nécessaire diligence parlementaire. La question sera d’abord examinée « en profondeur » par les commissions permanentes de la Défense et Sécurité et des Relations extérieures, avant un vote en séance plénière.

Cette démarche souligne la volonté affichée du gouvernement de consolider la paix et l’autorité de l’État dans des provinces en proie à une insécurité chronique. Elle témoigne aussi de la difficulté persistante à trouver une solution durable à la crise qui frappe cette région depuis des années, où l’état de siège semble être devenu la norme plutôt que l’exception.

L’État face à ses fantômes : la justice Congolaise en quête d’une arme absente

KINSHASA – Sous les hauts plafonds du Palais du Peuple, le silence se fait lourd, presque palpable. Ce mercredi de rentrée judiciaire, la solennité des robes écarlates et noires ne parvient pas à masquer le poids d’un constat accablant. D’une voix ferme, portée par l’écho des lieux, le procureur général Firmin Mvonde lance un assaut frontal contre un vide juridique qui paralyse la République : l’absence d’une infraction autonome pour l’enrichissement illicite.

Face aux plus hautes autorités judiciaires du pays, le magistrat transforme sa traditionnelle « mercuriale » en un réquisitoire implacable. Il dépeint l’enrichissement illicite non comme un délit technique, mais comme le symptôme flagrant, la manifestation ostentatoire d’un mal qui ronge les institutions. « Un accroissement injustifié du patrimoine d’un agent public par rapport à ses revenus légaux », martèle-t-il, définissant ainsi le contour d’un crime presque parfait, car si visible, et pourtant, si difficile à punir.

Le procès d’un vide législatif

Dans l’auditoire, ses paroles résonnent comme un aveu d’impuissance et un appel à la révolte. Sans ce texte spécifique, comment traquer ces fortunes qui jaillissent du néant ? Comment demander des comptes à ceux dont le train de vie défie toute logique salariale ? « L’intérêt de la répression de l’enrichissement illicite se trouve dans la gravité des faits commis », insiste-t-il, soulignant l’urgence d’une prise de conscience face à l’ampleur de ce fléau.

Mais Firmin Mvonde n’est pas qu’un procureur qui dénonce. C’est un stratège qui propose. Conscient des failles, il esquisse l’architecture d’une contre-offensive judiciaire. Il plaide pour la création d’un Corps de magistrats spécialisés, une unité d’élite capable de traquer les flux financiers opaques et les patrimoines inexplicables. Cette phalange, formée aux arcanes de la finance, serait l’embryon d’un futur « parquet financier », une arme lourde dans la guerre que mène l’État contre la délinquance économique.

Une justice en recomposition

Ce discours, puissant et rare, ne résonne pas dans le vide. Il s’inscrit dans u  n   n moment de tension et d’attentes, alors que la population exige toujours plus de transparence et de reddition des comptes. Le chef de l’État, Félix Tshisekedi, présent, écoute. La justice, par la voix de son procureur général, affirme sa volonté d’accompagner « les efforts du président pour l’établissement d’un État de droit ».

Dans l’ombre de ce combat contre l’enrichissement illicite, d’autres batailles se dessinent. Le bâtonnier national, Michel Shebele Makoma, monte à son tour à la tribune pour fustiger une autre entrave : la « procédure de la prise à partie », qu’il décrit comme un « véritable handicap », une « voie détournée pour faire annuler les décisions judiciaires ». Un autre front juridique s’ouvre, témoignant des multiples réformes nécessaires pour dépoussiérer l’appareil judiciaire.

Le premier président de la Cour, Élie Léon Kabeya, enfonce le clou en pointant du doigt une autre ombre au tableau : la profession d’avocat. Il évoque, sans détour, les « avocats corrupteurs » et ceux qui montent des « stratégies de dénonciation mensongère ». Son vœu ? Un réexamen en profondeur de la loi sur le barreau, pour retrouver les « vertus qui ne se négocient pas ».

Ce jour-là, au Palais du Peuple, la rentrée judiciaire a transcendé le simple rituel protocolaire. Elle est devenue le théâtre d’une introspection nationale. Firmin Mvonde, en brandissant l’étendard de la lutte contre l’enrichissement illicite, n’a pas seulement dénoncé une faille juridique. Il a mis en lumière le paradoxe d’une République qui voit ses fantômes, mais qui, privée de la bonne arme, ne peut encore les faire disparaître. Le chemin vers la rédemption judiciaire est long, mais le premier acte, celui de la parole, vient d’être franchi.

Coup d’État avorté en RDC : le procès explosif qui attend les Américains

WASHINGTON/KINSHASA – L’affaire Malanga prend une nouvelle tournure. Les Américains Marcel Malanga et Tyler Thompson, condamnés à mort en RDC puis graciés, devront finalement être jugés par la justice fédérale américaine. Leur procès, prévu pour avril 2026, s’annonce explosif.

Retour sur les faits. Dans la nuit du 19 mai 2024, un commando armé dirigé par Christian Malanga, père de Marcel, attaque le Palais de la Nation à Kinshasa. La scène, filmée en direct, montre des hommes décidés à renverser le pouvoir. La riposte des forces loyalistes est immédiate : Christian Malanga est abattu et plusieurs complices, dont trois ressortissants américains, sont arrêtés.

Parmi eux : Marcel Malanga, Tyler Thompson et Benjamin Zalman-Polun. Leur condamnation à mort par un tribunal militaire congolais en septembre 2024 choque l’opinion internationale.

Un procès sous tension et sous secret défense

En avril 2025, le président Félix Tshisekedi accorde une grâce présidentielle, commuant leur peine en prison à perpétuité. Ce geste diplomatique permet leur rapatriement aux États-Unis, où le ministère de la Justice lance immédiatement de nouvelles poursuites.

Les chefs d’accusation sont lourds :

  • complot pour fournir un soutien à une force rebelle,

  • complot pour utiliser des armes de destruction massive,

  • complot pour bombarder des bâtiments gouvernementaux,

  • complot pour tuer ou enlever des personnes à l’étranger.

Mais le dossier se distingue par sa dimension secrète. Des sources judiciaires confirment la présence de documents classifiés, susceptibles d’imposer des audiences à huis clos. Cette confidentialité rendra la défense particulièrement complexe, notamment pour l’accès aux preuves collectées en RDC.

Dans l’Utah, les familles de Marcel Malanga et Tyler Thompson affirment qu’ils ont été « manipulés » et « trompés » sur la nature réelle de leur mission. Cet argument pourrait devenir central lors du procès.

À mesure que s’approche avril 2026, une certitude se dessine : ce procès ne sera pas seulement judiciaire. Il révélera aussi les tensions diplomatiques entre Kinshasa et Washington, et lèvera peut-être le voile sur l’une des tentatives de déstabilisation les plus audacieuses de l’histoire récente de la RDC.

Procès Joseph Kabila: la Haute Cour militaire dresse un réquisitoire accablant

La lecture de l’arrêt a commencé. Dans le prétoire de la Haute Cour militaire de Kinshasa, chaque mot pèse comme une sentence. Joseph Kabila, l’ancien homme fort du Congo, est jugé par contumace, absent mais omniprésent dans les accusations qui s’accumulent contre lui. Le tribunal, dans sa lecture méthodique, épouse intégralement la thèse de l’accusation.

Le chef de guerre en costume présidentiel

Les révélations de la Cour dessinent le portrait terrifiant d’un président à double face. À Goma comme à Bukavu, loin des fastes du palais de la Nation, Joseph Kabila tenait de « véritables réunions d’état-major pour la conduite des hostilités ». L’image est forte : le commandant en chef des armées congolaises organisant, dans l’ombre, la rébellion qui saignait son propre pays.

Plus grave encore, la composition de la Cour affirme que l’ex-dirigeant effectuait des « inspections dans des centres d’instruction » des rebelles de l’AFC/M23. Une accusation qui le place au cœur même de la machine de guerre insurgée.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/heure-du-verdict-joseph-kabila-face-a-la-haute-cour-militaire/

Le jugement va plus loin, brossant une continuité insoupçonnée dans l’ombre des conflits congolais. Joseph Kabila, selon la Haute Cour militaire, « avait toujours été, bien qu’étant président de la RDC, le chef incontesté de tous les mouvements rebelles qu’a connu le pays depuis la rébellion de Mutebusi ». Une sentence qui réécrit quinze ans d’histoire congolaise.

Nationalité et biens : la prudence de la Cour

Face aux parties civiles qui ont présenté avec « témérité » l’ex-président comme « Rwandais », la Haute Cour militaire marque ses limites. Elle se déclare incompétente sur cette question épineuse, renvoyant les parties devant le gouvernement. « La haute cour militaire ne statuera que ‘sur la personne et les faits' », précise-t-elle, tout en notant que « le prévenu Joseph Kabila est de nationalité congolaise ».

Sur le front des biens, autre décision notable : la Cour n’autorise pas la mise sous séquestre des avoirs de l’ancien président. La raison est technique, mais significative : « Joseph Kabila est poursuivi pour des infractions qui ne prévoient pas la peine complémentaire de confiscation ».

Alors que la lecture de l’arrêt se poursuit, un pays retient son souffle. Chaque phrase prononcée dans l’enceinte judiciaire de Kinshasa construit non seulement le verdict d’un homme, mais aussi le jugement d’une époque. Entre les murs de la Haute Cour militaire, c’est toute l’histoire récente de la RDC qui passe en jugement.

Heure du Verdict : Joseph Kabila face à la Haute Cour Militaire

Tout est prêt ce mardi à la Haute Cour Militaire de Kinshasa. Dans l’enceinte judiciaire, l’air semble alourdi par le poids de l’histoire. Magistrats, avocats et parties civiles attendent l’heure du verdict. Il doit clore l’un des procès les plus graves depuis l’indépendance de la RDC en 1960 : celui de l’ancien président Joseph Kabila.

L’ex-chef de l’État, absent mais omniprésent, comparaît par contumace. Les chefs d’accusation résonnent comme un réquisitoire contre ses années de pouvoir : participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre l’humanité par le viol, apologie du terrorisme attribué à l’AFC-M23. Chaque mot pèse son poids de douleur et de sang.

Un procès historique aux enjeux colossaux

Ouvert en juillet 2025, ce procès déroule une page sombre de l’histoire congolaise. L’ancien président, au pouvoir de 2001 à 2019, vit aujourd’hui à l’étranger. Il est accusé de complicité avec le M23, soutenu par le Rwanda. Les charges sont lourdes : trahison, crimes de guerre, homicides, viols, actes de torture, jusqu’à l’occupation de Goma.

Le ministère public a été implacable. L’auditeur général Lucien-René Likulia a requis la peine de mort. Il a ajouté des peines cumulées pouvant atteindre trente-cinq ans de prison. Les provinces meurtries du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri réclament plus de trente milliards de dollars de réparations. Une somme astronomique qui illustre l’ampleur des préjudices.

Entre justice et symbolisme politique

Le chemin vers ce verdict a été tumultueux. En septembre, la Cour a rouvert partiellement l’instruction. Mais aucun nouveau témoin n’a été entendu pour des raisons sécuritaires. Les débats se sont crispés autour de la qualification des faits. Les parties civiles ont exigé une requalification de la trahison en espionnage. Ce point a ravivé les polémiques sur la nationalité de Kabila.

Depuis l’étranger, l’ancien président a dénoncé un procès « politique ». Début septembre, il a rejeté en bloc toutes les accusations. Selon lui, ces poursuites visent à écarter un acteur majeur et à permettre au régime actuel de « régner sans partage ».

Ce mardi 30 septembre, la justice congolaise s’apprête à écrire l’épilogue de cette affaire hors norme. Mais l’histoire ne sera peut-être pas uniquement judiciaire. Dans le prétoire, c’est tout un pays qui retient son souffle. Le verdict décidera du sort d’un ancien président, mais aussi de la capacité de la RDC à juger ses plus puissants.

Gombe sous tension : le cri d’alarme du ministère de la Justice

Ce mardi, l’enceinte du ministère de la Justice, habituellement temple du droit et de l’ordre, s’est transformée en théâtre de colère. Dans la commune huppée de la Gombe, au nord de Kinshasa, des manifestants ont bloqué l’accès au bâtiment officiel, créant des incidents qui ont rompu le calme matinal. Face à eux, un homme seul, portant la voix de la raison : Booto Lolimba, secrétaire général du ministère.

Son message, lancé avec une fermeté teintée d’inquiétude, résonnait comme un avertissement : « Ne vous laissez pas instrumentaliser ». Dans sa allocution aux agents en colère, il a décelé les fils invisibles d’une manipulation. « Nous savons ce qui se passe. Est-ce que tout le monde ici est agent de la Justice ? » Cette question, posée avec une perspicacité troublante, levait un coin du voile sur une réalité plus complexe qu’une simple révolte syndicale.

La révolte et les manipulateurs

Le tableau peint par les autorités est celui d’une colère légitime détournée. La revendication des primes, reconnue comme « légale » par un conseiller du ministre requérant l’anonymat, aurait servi de prétexte à des actions orchestrées par des individus extérieurs. Ces derniers, selon les sources internes, tireraient profit du désordre administratif, transformant une demande sociale en outil de déstabilisation.

« J’ai appris que, même au niveau de l’intersyndicale, il y a des remous par rapport à ce que vous faites », a précisé M. Lolimba, suggérant que la base avait dépassé ses représentants officiels. Ces mots trahissent une fracture au sein même du corps professionnel, où la légitimité de l’action est mise en doute.

Le difficile équilibre entre revendication et dérive

Le conseiller ministériel a tenté de rassurer : « on attend l’autorisation de payement par les finances ». Mais cette promesse administrative semble être arrivée trop tard pour calmer les esprits échauffés. Pourtant, comme le rappelle le secrétaire général, aucune revendication, aussi justifiée soit-elle, ne peut justifier le blocage d’une institution aussi cruciale que le ministère de la Justice.

L’appel au sens des responsabilités et au respect du code de conduite des agents publics prend, dans ce contexte, une résonance particulière. Il s’agit ni plus ni moins de défendre l’intégrité de l’État contre ceux qui voudraient utiliser ses serviteurs pour l’affaiblir.

Alors que la tension retombe difficilement dans la Gombe, une question persiste : comment protéger le droit de revendication sans tomber dans le piège de la manipulation ? La réponse déterminera non seulement l’avenir des agents du ministère, mais aussi la crédibilité de toute l’administration congolaise.

Kinshasa accueille le 9ᵉ Forum africain sur la justice transitionnelle

Ce mardi 30 septembre 2025, la capitale congolaise s’animera au rythme de débats qui traversent tout le continent africain. La 9ᵉ édition du Forum africain sur la justice transitionnelle s’ouvre autour du thème : « L’état de la justice transitionnelle en Afrique : Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ».

Sous le haut patronage du président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, et organisée par la Commission de l’Union africaine en partenariat avec l’Union européenne, le FONAREV et plusieurs autres institutions, cette rencontre ambitieuse rassemble des représentants d’institutions publiques, des diplomates, des experts et des acteurs de la société civile venus de tout le continent.

Vérité, réparation et réconciliation au cœur des débats

Pendant trois jours, Kinshasa sera le théâtre d’échanges sur des questions cruciales : comment garantir la vérité, promouvoir la réconciliation, assurer des réparations efficaces et réformer les institutions pour consolider la justice transitionnelle en Afrique ?

Pour la RDC, accueillir ce forum continental représente une opportunité stratégique : partager ses expériences, mettre en valeur son engagement dans la promotion de la paix, de la justice et des droits humains, et renforcer sa place sur l’échiquier africain.

Une ouverture solennelle et des panels riches en échanges

La journée du 30 septembre est consacrée à l’ouverture officielle, avec la présence du président Tshisekedi. Les 1er et 2 octobre, les travaux se poursuivront en panels thématiques, permettant aux participants d’élaborer des recommandations concrètes et ambitieuses pour le continent.

Depuis sa première édition en 2017, le Forum africain sur la justice transitionnelle s’est imposé comme un rendez-vous incontournable. L’an dernier, la 8ᵉ édition s’était tenue aux îles Maurice, renforçant le rôle de ces assises comme plateforme de dialogue et de construction d’un cadre de justice continentale partagé.