Uvira : l’offensive qui a torpillé l’accord de Washington

Kinshasa / Uvira — Le calendrier est brutal. Six jours seulement après la signature solennelle de l’accord de paix de Washington, la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, est tombée ce mercredi 10 décembre sous le contrôle de la coalition AFC/M23. Une offensive éclair qui a provoqué un exode massif de plus de 200 000 personnes et plongé la région dans une escalade qualifiée de « dramatique » par Kinshasa.

Dans un communiqué cinglant, le gouvernement congolais a dénoncé une offensive généralisée menée par les Forces de défense du Rwanda (RDF) et le M23 sur l’axe Kamanyola-Uvira. Il accuse l’armée rwandaise d’avoir utilisé des drones kamikazes et d’autres armes « tactiques », causant des pertes civiles considérables et violant ouvertement le cessez-le-feu. Pour Kinshasa, le président rwandais Paul Kagame a « tourné le dos » à l’accord à peine une semaine après l’avoir signé.

Cette prise de contrôle rapide, intervenue après celles de Goma et Bukavu, n’est pas le fruit du hasard. Elle soulève une question stratégique centrale : quelles sont les intentions réelles de l’AFC/M23 en lançant une telle offensive au mépris d’un accord de paix à peine inké ?

Plusieurs lectures émergent des milieux d’experts et d’observateurs du conflit. La première pointe l’absence de confiance et de sincérité entre les signataires dès l’origine. Selon plusieurs sources, la signature à Washington aurait été le résultat d’une forte pression de l’ancien président américain Donald Trump, sans engagement véritable des parties.

La deuxième explication, avancée par l’AFC/M23 elle-même, est d’ordre militaire : il s’agirait de « neutraliser l’équation burundaise ». Le groupe armé considère le Burundi comme une base arrière stratégique des FARDC, fournissant un appui logistique, opérationnel et même aérien. Prendre Uvira, ville frontalière, reviendrait à couper cette ligne de soutien, comme cela a été fait précédemment avec les troupes de la SADC.

La troisième lecture est politique et diplomatique. En démontrant sa puissance militaire, l’AFC/M23 chercherait à forcer la main de Kinshasa dans les négociations en cours, notamment dans le cadre du processus de Doha. L’objectif : obtenir des concessions plus larges et une reconnaissance de son rapport de force sur le terrain.

Face à cette avancée, Kinshasa se retrouve à un carrefour. Va-t-il lancer une contre-offensive militaire risquée, ou accentuer la pression diplomatique sur les garants des processus de Washington et de Doha ? La réponse déterminera non seulement le sort d’Uvira, mais aussi l’équilibre précaire de toute la région des Grands Lacs, déjà secouée par des tirs d’artillerie ayant franchi la frontière burundaise.

Alors que les humanitaires tentent de faire face à un afflux de déplacés dans des conditions précaires, une chose est certaine : la prise d’Uvira n’est pas une fin en soi. C’est un coup stratégique dont les répercussions – militaires, politiques et humaines – sont encore en train d’écrire l’avenir tourmenté de l’Est de la RDC.

Corneille Nangaa défie l’ONU et accuse le Burundi d’alimenter la crise en RDC

Lors d’une conférence de presse tenue mardi après-midi à Goma, le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a vivement contesté les conclusions du groupe d’experts de l’ONU, selon lesquelles les principaux cadres du mouvement seraient de nationalité rwandaise. Pour lui, ces allégations sont infondées et ne reflètent ni la réalité du terrain ni la nature du mouvement.

« C’est une blague », a tranché Nangaa, refusant même d’aborder les chiffres avancés par l’ONU, qui évoque la présence de 6 000 à 7 000 soldats rwandais aux côtés du M23 dans le Nord et le Sud-Kivu.

Face aux accusations d’attaques contre le Burundi, Nangaa se veut catégorique :
« Nous n’avons aucun intérêt à nous attaquer au Burundi. C’est au Burundi d’arrêter de nous attaquer. Notre cause est congolaise. »
Il accuse directement Bujumbura d’avoir pris « la lourde responsabilité » d’un engagement militaire contre les populations du Kivu, se demandant :
« Pourquoi nos frères burundais s’invitent-ils dans un conflit qui ne leur appartient pas ? »

Tout en dénonçant ces ingérences, Corneille Nangaa affirme que l’AFC/M23 reste attachée à la voie politique pour résoudre la crise RDC M23. Selon lui, cette crise est « avant tout interne » et nécessite des solutions profondes aux problèmes structurels du pays, « avec ou sans Félix Tshisekedi » à la tête de l’État.

Sur le plan militaire, Nangaa accuse le gouvernement congolais d’avoir violé le cessez-le-feu en vigueur à 31 reprises entre juillet et novembre 2025. Il parle d’une « guerre brutale » lancée simultanément sur plusieurs fronts, avec la complicité du Burundi, où la province de Cibitoke servirait — selon lui — de base arrière aux opérations d’envergure menées contre l’AFC/M23.

Le coordonnateur dit avoir rendu publics plusieurs incidents pour prouver ces attaques et alerter la communauté internationale.

En conclusion, Nangaa repose la même question :
« Pourquoi le Burundi s’invite-t-il dans une crise interne de la RDC ? »

Uvira tombée, le flot des déplacés submerge le Burundi

Des milliers de personnes ont franchi la frontière ces derniers jours, fuyant l’avancée des combattants de l’AFC/M23 à Uvira, mercredi 10 décembre. Silhouettes courbées sous le poids de ballots précipités, ces civils cherchent un refuge immédiat. La frontière burundaise s’est rapidement transformée en un espace d’accueil, étroit mais vital.

L’urgence humanitaire sur le terrain

Sur place, l’urgence est totale. Les équipes du HCR et de l’Office national burundais de protection des réfugiés (ONPRA) se mobilisent pour organiser les arrivées et protéger les déplacés. À Musenyi, une mission de l’agence européenne ECHO a constaté plus de 10 000 réfugiés dans des abris de fortune. Les conditions y restent « très précaires », surtout pour les personnes handicapées. Les humanitaires insistent : le soutien des donateurs est « vital » pour garantir un minimum de dignité.

Premières relocalisations à Bweru

À Bweru, le gouvernement burundais a ouvert un site pour accueillir les familles. Sur place, la mission conjointe constate que le terrain reste à aménager. Les premières relocalisations volontaires depuis le camp de transit de Ndava ont commencé, avec l’installation des premiers abris d’urgence. Le HCR qualifie ce geste de « pas décisif, humain et nécessaire », tout en rappelant que « les besoins restent immenses ».

Cet afflux s’ajoute à une situation déjà critique. Le Burundi héberge actuellement plus de 100 000 personnes déplacées, dont environ 91 000 réfugiés et demandeurs d’asile, majoritairement congolais. La situation se complique après de nouvelles arrivées début 2025 et des milliers de demandes d’asile l’année précédente.

Fermeture de la frontière et tensions sécuritaires

La prise d’Uvira a provoqué un choc sécuritaire jusqu’à Bujumbura. Selon des sources burundaises, le pays aurait fermé sa frontière avec la RDC après l’avancée du M23, un groupe soutenu, selon l’ONU et plusieurs pays occidentaux, par l’armée rwandaise. Cette mesure vise à protéger le territoire face aux combattants à ses portes.

Cependant, le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a démenti cette fermeture. Sur le terrain, les mouvements de civils semblent désormais canalisés et contrôlés, traduisant une fermeture de facto, officielle ou non.

Alors que le M23 consolide sa prise sur Uvira, la crise humanitaire s’aggrave. Des milliers de vies dépendent désormais de la capacité du Burundi à leur tendre la main. La réponse de la communauté internationale reste cruciale, alors que le monde détourne parfois le regard.

1000 nouvelles écoles et l’IA pour corriger les examens en 2026

Devant le Parlement congolais réuni en Congrès ce lundi 8 décembre, le président Félix Tshisekedi a dévoilé un plan ambitieux de transformation complète du système éducatif de la République démocratique du Congo. Parmi les annonces marquantes : la construction de 14 nouvelles universités dès 2026 et de plus de 1000 écoles à travers le pays.

Une révolution numérique dans l’éducation

Le président a présenté la RDC comme un pionnier en Afrique en matière d’innovation éducative : « La RDC s’impose comme pionnière en Afrique avec la correction de l’Exetat par technologies modernes et intelligence artificielle, diplôme électronique sécurisé par blockchain, fiabilité accrue des résultats et lutte déterminante contre la fraude documentaire. »

Cette avancée technologique vise à renforcer la crédibilité du système éducatif congolais et la reconnaissance internationale des diplômes nationaux, un enjeu crucial pour l’employabilité des jeunes Congolais.

Un plan massif d’infrastructures éducatives

Les engagements annoncés sont considérables :

  • Construction de 14 nouvelles universités dès le premier trimestre 2026, conçues comme des campus intégrés avec centres de santé, solutions énergétiques fiables et laboratoires de pointe.

  • Plus de 1000 écoles à construire à partir de 2026.

  • 4 Instituts de formation des enseignants opérationnalisés.

  • Services éducatifs entièrement numérisés via carte biométrique.

  • Enseignement à distance déployé à grande échelle.

Assainissement de la fonction enseignante

Le président a également annoncé des mesures d’assainissement du secteur : « Nous avons mis à la retraite 1 100 enseignants du primaire, âgés de 75 à 82 ans », désormais pris en charge par la Caisse nationale de sécurité sociale des agents publics (CNSSAP).

Parallèlement, la situation administrative de 2 273 écoles publiques a été régularisée, levant ainsi des obstacles à leur mécanisation et budgétisation. Un supplément de 100 000 francs congolais a été accordé sur le salaire de chaque enseignant, et 1 384 nouvelles écoles ont été construites dans le cadre de la mise en œuvre accélérée de la gratuité de l’enseignement primaire.

Une vision intégrée pour l’enseignement supérieur

Les 14 nouvelles universités promises seront « conçues à une échelle encore plus ambitieuse avec des infrastructures plus vastes, plus fonctionnelles, et pleinement adaptées aux exigences contemporaines de la formation, de la recherche et de l’innovation ».

Chaque site comprendra des amphithéâtres, laboratoires de pointe, bibliothèques et espaces numériques, avec une attention particulière portée aux services essentiels : centres de santé, solutions énergétiques fiables, voiries internes, accès sécurisé à l’eau.

Les défis de mise en œuvre

Si ces annonces sont ambitieuses, leur réalisation pose plusieurs défis :

  1. Financement : La construction de 14 universités et 1000 écoles représente un investissement colossal pour un pays dont les ressources budgétaires sont limitées.

  2. Gouvernance : La gestion transparente des fonds et la qualité de la mise en œuvre seront déterminantes.

  3. Formation des enseignants : Les 4 nouveaux instituts devront former suffisamment d’enseignants qualifiés pour ces nouvelles infrastructures.

  4. Maintenance : La durabilité des infrastructures et équipements numériques constitue un enjeu majeur.

Un enjeu stratégique pour l’avenir de la RDC

Ce plan éducatif s’inscrit dans la vision plus large de Félix Tshisekedi pour le développement de la RDC. En investissant massivement dans l’éducation, le gouvernement cherche à préparer la main-d’œuvre de demain, essentielle pour la transformation économique du pays et l’exploitation rationnelle de ses immenses ressources naturelles.

Le président a conclu sur une note visionnaire : « Dès 2026, une nouvelle ère s’ouvre […] La gratuité gagne en sens : une école moderne, accessible, mieux équipée et mieux encadrée pour chaque enfant. »

La réussite de ce plan déterminera non seulement l’avenir de millions de jeunes Congolais, mais aussi la capacité de la RDC à construire une économie diversifiée et compétitive, moins dépendante de l’exportation brute de matières premières. Les prochains mois seront cruciaux pour passer des annonces aux premières réalisations concrètes.

Tshisekedi : « Le Rwanda attaque déjà après l’accord de Washington »

Le président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi, a prononcé ce lundi 8 décembre 2025 son septième discours sur l’état de la Nation devant le Parlement réuni en Congrès. Dans une adresse forte et émotionnelle, il a dénoncé de nouvelles attaques attribuées au Rwanda survenant « au lendemain même » de la signature de l’accord de paix de Washington, et réaffirmé avec fermeté la souveraineté congolaise sur ses minerais stratégiques.

« Au lendemain même de la signature, des attaques depuis Bugarama »

Le chef de l’État a condamné avec une sévérité rare les « nouvelles attaques menées depuis la ville rwandaise de Bugarama contre les populations congolaises de Katogota et des localités environnantes, dans la province du Sud-Kivu ». Il a parlé d’une « violation flagrante du cessez-le-feu », pourtant établi après la signature de l’accord de paix de Washington le 4 décembre.

« Au lendemain même de la signature, des unités des Forces de défense du Rwanda ont conduit et appuyé des attaques à l’arme lourde tirées depuis la ville rwandaise de Bugarama, provoquant de lourds dégâts humains et matériels », a déclaré Tshisekedi, accusant ainsi directement Kigali de trahir ses engagements pris à Washington.

« Une guerre d’agression par procuration » pour les minerais

Le président congolais a livré une analyse sans concession des motivations du conflit : « Qu’on ne s’y trompe pas : nous ne sommes ni face à un simple conflit communautaire, ni devant une rébellion interne de plus. Il s’agit d’une guerre d’agression par procuration visant à contester notre souveraineté sur un espace hautement stratégique, riche en minerais critiques ».

Tshisekedi a décrit les actions du M23 soutenu par le Rwanda comme « une entreprise organisée de prédation de nos ressources naturelles et de déstabilisation de nos institutions », accompagnée de « violations graves et systématiques des droits humains : exécutions sommaires des civils innocents, violences sexuelles érigées en méthode de combat et déplacements forcés de communautés entières ».

Washington : « Aucun partage de notre souveraineté »

Face aux interrogations sur la portée des accords de Washington, le président a tenu à rassurer : « Permettez-moi d’être parfaitement clair : ces accords ne consacrent aucune forme de partage de notre souveraineté. Ils ne valident ni les prétentions territoriales de qui que ce soit, ni le bradage de nos ressources. »

Il a ajouté avec fermeté : « Ils ne sauraient non plus être interprétés comme une amnistie déguisée des crimes perpétrés contre notre peuple. La justice suivra son cours, avec rigueur, jusqu’au bout, et sans complaisance. »

Quatre priorités pour la paix

Le chef de l’État a énoncé quatre priorités pour sortir de la crise :

  1. « Obtenir le retrait total et vérifiable de toute force armée étrangère opérant sur notre territoire »

  2. « Couper les circuits financiers et logistiques de la violence » en éradiquant l’exploitation illicite des ressources

  3. « Assurer la protection effective des civils », particulièrement femmes et enfants

  4. « Ancrer la paix dans la durée » par une combinaison de fermeté sécuritaire et de développement local

Hommage aux victimes et appel à l’unité

Dans un moment d’émotion, Tshisekedi s’est incliné « devant la mémoire de toutes les victimes des conflits et des violences qui ont, encore cette année, endeuillé nos familles, particulièrement à l’Est de la République ». Aux déplacés et blessés, il a assuré : « Votre souffrance ne nous est ni étrangère ni indifférente ; l’État est, et restera à vos côtés. »

Il a conclu par un appel à l’unité nationale : « Notre histoire nous a appris deux choses simples : nous ne sommes jamais condamnés et nous ne sommes grands que rassemblés. […] Choisissons un Congo qui n’attend plus, mais qui avance — en paix, en justice et en solidarité. »

Ce discours intervient dans un contexte de tension extrême entre Kinshasa et Kigali, malgré la signature récente de l’accord de Washington. Les accusations directes de Tshisekedi contre le Rwanda, ainsi que sa ferme défense de la souveraineté congolaise sur les minerais, montrent que la route vers la paix reste semée d’obstacles, malgré les efforts diplomatiques internationaux.

Kagame dévoile sa vérité : « C’est la RDC qui a initié Washington, pas le Rwanda »

Dans une interview exclusive accordée à Al Jazeera, le président rwandais Paul Kagame a livré sa version des événements qui ont conduit aux accords de paix signés le 4 décembre à Washington. Loin des déclarations diplomatiques habituelles, Kagame a dévoilé une vision tranchée des négociations, affirmant que c’est la RDC qui a initié les processus de Doha et Washington, et non son pays.

« La RDC a tout initié, pas nous »

Le chef de l’État rwandais a balayé une critique récurrente : « Les autres dirigeants et pays africains nous reprochaient, à nous le Rwanda, d’avoir quitté les processus et initiatives africains pour aller à Qatar ou venir ici à Washington. Or c’est lui-même, Tshisekedi, le président de la RDC, qui avait pris l’initiative de tout cela ».

Selon Kagame, Tshisekedi aurait cru pouvoir « manipuler, soit le processus au Qatar, soit le processus ici à Washington, en sa faveur », profitant selon lui de l’image de la RDC comme « trop grande, trop importante » et convoitée par le monde entier.

Une préférence pour la diplomatie « transactionnelle » de Trump

Kagame a exprimé son adhésion à la méthode diplomatique du président américain Donald Trump, qu’il décrit comme fondée sur des « accords transactionnels » visant des résultats immédiats et concrets. Cette approche, selon lui, offre « davantage de chances de réussite » que les discours occidentaux traditionnels sur la démocratie et les droits humains.

« Je n’ai jamais vu un niveau de concentration, d’attention, d’énergie et de pression comparable à celui exercé par Washington dans ce dossier », a-t-il affirmé, saluant l’implication américaine comme un signe encourageant pour la stabilité régionale.

Le Rwanda riche en minerais : « Nous avons du tungstène de qualité supérieure »

L’une des déclarations les plus marquantes concerne les ressources minières. Kagame a fermement rejeté les accusations selon lesquelles le Rwanda tirerait profit des minerais de la RDC : « Nous avons du tungstène, de l’étain, du tantale, et d’une qualité supérieure à celle d’autres régions ».

Le président rwandais a dénoncé un préjugé persistant : « On a longtemps cru, à tort, que toutes les richesses de la RDC ne se trouvaient qu’en RDC, nulle part ailleurs. Alors, quand nous avons parlé des minéraux du Rwanda — et ils existent bel et bien —, nous avons immédiatement entendu : « Non, ça ne vient pas de chez vous, ça vient de la RDC » ».

Scepticisme envers Tshisekedi et engagement maintenu

Malgré son optimisme affiché sur les accords de Washington, Kagame a émis des réserves quant à la fiabilité du président congolais. Il a rappelé l’histoire de la RDC qui « signe des accords puis dit le contraire », tout en affirmant que le Rwanda a toujours répondu présent aux invitations à négocier.

« Nous n’avons pas abandonné les processus africains. Nous nous sommes présentés, avons exposé les faits et nous nous sommes concentrés sur les véritables causes profondes », a-t-il insisté, défendant la participation rwandaise à la fois au processus de Doha et à celui de Washington.

Un tournant pour la région des Grands Lacs ?

Cette interview intervient à un moment crucial, alors que les premiers signes de mise en œuvre des accords de Washington commencent à apparaître. Kagame y exprime l’espoir d’« un tournant de paix durable pour la région », tout en maintenant une position ferme sur les responsabilités et les enjeux économiques.

Les révélations de Kagame — notamment sur l’initiative congolaise des pourparlers et sur les ressources minières rwandaises — apportent un éclairage nouveau sur la dynamique des négociations. Elles risquent de raviver les tensions diplomatiques même après la signature des accords, alors que la confiance entre les deux capitales reste fragile et que la mise en œuvre sur le terrain constitue le véritable défi à venir.

Washington éclaboussé : l’ONU accuse le Rwanda et le M23 d’exactions en RDC

Alors que l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, signé jeudi 4 décembre à Washington, est encore frais dans les mémoires, un rapport explosif des Nations unies vient jeter une lumière crue sur la réalité du terrain. Consulté par l’AFP et révélé ce lundi 8 décembre, ce document d’experts onusiens affirme que le M23 et l’armée rwandaise (RDF) ont commis des exécutions sommaires, des destructions de villages et provoqué des déplacements massifs dans l’Est de la RDC – des conclusions qui contredisent brutalement l’esprit de l’accord de paix.

Des accusations graves qui fragilisent l’accord de Washington

Le rapport semestriel du groupe d’experts de l’ONU dresse un tableau accablant de la situation dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Selon ses conclusions, les Forces armées rwandaises (RDF) ont directement participé aux opérations du M23, officiellement menées contre les FDLR. Les experts affirment que soldats rwandais et combattants du M23 ont « systématiquement détruit et incendié » des habitations civiles, ciblant notamment des civils hutu jugés proches des FDLR.

Ces révélations interviennent à un moment particulièrement sensible : quatre jours seulement après la signature solennelle à Washington d’un accord présenté comme « un pas décisif vers la résolution du conflit ». Le contraste entre les engagements de paix et les pratiques décrites par l’ONU est saisissant.

6 000 à 7 000 soldats rwandais toujours en RDC selon l’ONU

L’un des éléments les plus accablants du rapport concerne l’estimation de la présence militaire rwandaise en RDC. Les experts onusiens affirment qu’entre 6 000 et 7 000 militaires rwandais – soit au moins deux brigades et deux bataillons de forces spéciales – sont toujours présents dans les deux provinces congolaises. Cette estimation contredit directement les dénégations répétées de Kigali, qui nie toute présence officielle de ses troupes en RDC.

Cette présence massive, si elle est confirmée, remet en question la sincérité des engagements rwandais dans l’accord de Washington, qui prévoit précisément le retrait des forces étrangères du territoire congolais.

Le M23, « principal auteur » des violations des droits humains

Le rapport confirme et précise les précédentes accusations contre le M23. Début août, les Nations unies avaient déjà accusé le groupe d’avoir tué 319 civils dans le Nord-Kivu. Le nouveau document établit que, entre avril et octobre 2025, le M23 est considéré comme le « principal auteur » des violations des droits humains en RDC, responsable notamment de 45 % des exécutions sommaires recensées.

Les experts dénoncent également une campagne de « recrutement forcé systématique » menée par le groupe dans toutes les zones qu’il contrôle. Ces pratiques violent clairement les principes de protection des civils que l’accord de Washington est censé renforcer.

Kinshasa également épinglé pour sa coopération avec les FDLR

Le gouvernement congolais n’échappe pas aux critiques des experts onusiens. Malgré ses engagements pris dans l’accord de Washington, Kinshasa « a continué à coopérer avec le FDLR », assurent les auteurs du rapport. Cette accusation complique la position diplomatique de la RDC, qui exige du Rwanda qu’il cesse son soutien au M23 tout en maintenant elle-même des relations avec un groupe que Kigali considère comme une menace existentielle.

Un accord de Washington déjà mis à l’épreuve

Ces révélations plongent l’accord de Washington dans une crise de crédibilité précoce. Comment croire à un processus de paix alors que, selon l’ONU, l’une des parties signataires (le Rwanda) maintient des milliers de soldats sur le territoire de l’autre et participe directement à des exactions contre les civils ?

La publication de ce rapport risque de raviver les tensions diplomatiques à un moment où les mécanismes de mise en œuvre de l’accord de Washington commencent à peine à se mettre en place. Elle pose également la question de l’efficacité des processus de paix conclus loin du terrain, sans prise en compte réelle des dynamiques locales.

L’Est de la RDC, entre espoirs de paix et réalité de la guerre

Alors que le M23 contrôle désormais de vastes territoires et la ville stratégique de Goma, l’Est de la RDC reste au cœur d’un conflit régional aux ramifications profondes et persistantes. Les conclusions du rapport de l’ONU rappellent cruellement que, malgré les signatures protocolaires, la guerre continue de faire des victimes et que les mécanismes de violence restent profondément ancrés.

La balle est désormais dans le camp des signataires de l’accord de Washington et de la communauté internationale : ignorer ces révélations ou en tenir compte pour exiger des changements concrets sur le terrain ? La réponse à cette question déterminera si l’accord de Washington restera une feuille de papier ou deviendra véritablement un instrument de paix.

Burundi : le M23 accusé d’avoir bombardé le territoire burundais

Les violents combats qui ensanglantent depuis cinq jours la plaine de la Ruzizi, dans l’est de la République démocratique du Congo, ont franchi une dangereuse étape : l’internationalisation du conflit. Ce vendredi, le Burundi a formellement dénoncé un bombardement de l’AFC/M23 sur son territoire, tandis que la rébellion accuse réciproquement Bujumbura de frappes en RDC.

Le Burundi victime d’un « acte inacceptable »

Le ministre burundais des Affaires étrangères, Edouard Bizimana, a lancé une accusation grave : « Les terroristes de l’AFC/M23 soutenus par le Rwanda ont largué une bombe sur le territoire burundais ce 4/12/2025 ». Une déclaration qui intervient alors que les combats font rage à la frontière entre les deux pays.

Selon des sources locales, des bombes tirées à partir de la RDC ont effectivement touché la province burundaise de Cibitoke, frontalière avec le Sud-Kivu congolais. Face à cette escalade, le chef de la diplomatie burundaise a averti : « Une telle provocation est inacceptable et des actions appropriées seront prises pour protéger la population burundaise ».

Contexte : l’engagement militaire burundais en RDC

Cette accusation survient alors que l’armée burundaise prend part aux combats sur le sol congolais aux côtés des Forces armées de la RDC (FARDC) et des miliciens Wazalendo. Cet engagement s’inscrit dans le cadre d’un accord bilatéral de défense signé entre Kinshasa et Bujumbura, qui autorise la présence de troupes burundaises en RDC pour lutter contre les groupes armés.

Le Burundi, qui partage avec la RDC une frontière longue et poreuse dans la région des Grands Lacs, considère la stabilité de l’est du Congo comme cruciale pour sa propre sécurité. La province frontalière de Cibitoke a déjà été le théâtre d’incursions de groupes armés opérant depuis la RDC par le passé.

Le M23 contre-accuse le Burundi

Dans un rebondissement typique des conflits complexes de la région, la rébellion de l’AFC/M23 a immédiatement répliqué aux accusations burundaises. Ce vendredi, elle a dénoncé des « bombardements en RDC, coordonnés et menés à partir du territoire burundais ».

Selon le M23, ces frappes seraient « à l’origine des déplacements massifs des populations civiles fuyant pour se réfugier à Bukavu et au Rwanda ». La rébellion, qui contrôle actuellement plusieurs zones du Sud-Kivu, présente ainsi le Burundi comme l’agresseur, inversant les rôles décrits par Bujumbura.

Une escalade dangereuse dans un contexte diplomatique fragile

Cette double accusation croisée intervient à un moment particulièrement sensible sur le plan diplomatique. Elle survient en effet quelques heures seulement après la signature solennelle à Washington de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, censé apaiser les tensions régionales.

Le fait que des bombardements traversent la frontière RDC-Burundi montre à quel point la dynamique militaire sur le terrain échappe au contrôle des processus diplomatiques. Alors que Washington célèbre un accord de paix, les armes continuent de parler dans la plaine de la Ruzizi, avec désormais un risque avéré de régionalisation du conflit.

Les conséquences humanitaires : un nouvel exode de populations

Les combats intenses de ces cinq derniers jours ont déjà provoqué des déplacements massifs de populations. Des milliers de civis fuient les zones de combat, cherchant refuge soit à Bukavu, capitale du Sud-Kivu, soit au Rwanda voisin, soit au Burundi lui-même.

Cette situation crée une crise humanitaire complexe dans une région déjà éprouvée par des décennies de conflits cycliques. Les organisations humanitaires peinent à atteindre les populations affectées, les lignes de front étant mouvantes et les conditions de sécurité extrêmement précaires.

Perspectives inquiétantes

L’extension des combats au territoire burundais marque un tournant dangereux dans ce conflit. Elle risque de déclencher une spirale de représailles entre le Burundi et le M23 (et potentiellement son soutien rwandais présumé), menaçant de déstabiliser toute la sous-région.

La réaction de Bujumbura – qui promet des « actions appropriées » – laisse craindre une escalade militaire supplémentaire. Dans le même temps, la contre-accusation du M23 contre le Burundi complique encore la recherche d’une solution diplomatique.

Cette nouvelle crise frontalière montre une fois encore que, malgré les signatures d’accords dans les capitales étrangères, la paix dans l’est de la RDC reste un objectif lointain. Les combats dans la plaine de la Ruzizi, avec leurs retombées transfrontalières, rappellent cruellement que la guerre a sa propre logique, souvent imperméable aux efforts de diplomatie internationale.

Thérèse Kaikwamba Wagner met en garde Kigali sur le M23 après l’accord de Washington

À Washington, quelques heures à peine après la signature historique de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kaikwamba Wagner, a lancé un avertissement sans ambages à Kigali concernant le M23. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 4 décembre 2025 dans la capitale américaine, la cheffe de la diplomatie congolaise a clairement désigné les responsabilités en cas de non-collaboration de la rébellion.

Un avertissement direct à Kigali

Répondant à une question sur l’éventuelle non-collaboration du M23 – groupe armé non signataire de l’accord de Washington – Thérèse Kaikwamba n’a pas mâché ses mots : « Nous savons quelles sont les ramifications du M23. Nous savons d’où il tire ses ressources et ses capacités d’action ». Une déclaration qui vise directement le Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa et plusieurs rapports internationaux de soutenir la rébellion.

La ministre a ajouté, dans un langage diplomatique mais sans équivoque : « Si la situation ne change pas, nous saurons qui sont les acteurs qui ont refusé d’exercer leur influence », précisant que les responsabilités seront « clairement » établies. Cet avertissement intervient à un moment particulièrement sensible, alors que les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame viennent tout juste de signer l’accord de paix et de prospérité sous les auspices du président américain Donald Trump.

Le paradoxe du double processus : Washington et Doha

Cette sortie médiatique souligne le paradoxe majeur du processus de paix : tandis qu’un accord est signé à Washington entre les États, un autre doit l’être à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 dans le cadre de la médiation qatarie. Comment expliquer cette double négociation ?

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La réponse réside peut-être dans la nature même du conflit. L’accord de Washington règle les relations interétatiques entre la RDC et le Rwanda, mais n’aborde pas directement le sort du M23, considéré officiellement comme un problème interne congolais. C’est à Doha que doit se décider l’issue pacifique de la guerre menée dans l’Est de la RDC par la rébellion.

Les défis de la mise en œuvre

L’avertissement de la ministre Kaikwamba révèle les défis immenses qui attendent la mise en œuvre des accords. Plusieurs questions cruciales restent en suspens :

  1. Comment le Rwanda utilisera-t-il son influence sur le M23 pour garantir sa participation au processus de Doha ?

  2. Quels mécanismes de vérification seront mis en place pour s’assurer que Kigali cesse tout soutien à la rébellion ?

  3. Comment harmoniser les processus de Washington et de Doha pour éviter les contradictions ?

La ministre congolaise place ainsi Kigali face à ses responsabilités. En signant l’accord de Washington, Paul Kagame s’est engagé à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Or, tant que le M23 – dont les ramifications et ressources sont, selon Kinshasa, liées au Rwanda – continuera ses activités, cet engagement restera théorique.

L’heure de vérité pour la paix dans les Grands Lacs

La conférence de presse de Washington marque un tournant dans la diplomatie congolaise. Plutôt que de célébrer prématurément la signature de l’accord, Thérèse Kaikwamba choisit de pointer du doigt les obstacles concrets à sa mise en œuvre. Son message est clair : la signature n’est qu’une première étape, la véritable paix se mesurera à la capacité du Rwanda à faire pression sur le M23 pour qu’il participe sincèrement au processus de Doha.

Les prochaines semaines seront déterminantes. Si le M23, malgré les pressions supposées de Kigali, refuse de collaborer ou continue ses opérations militaires, l’accord de Washington risque de rejoindre la longue liste des initiatives diplomatiques avortées dans la région. La ministre congolaise a posé les cartes sur la table : désormais, c’est au Rwanda de montrer, par des actes concrets, qu’il respecte ses engagements de Washington.

Accord RDC-Rwanda signé à Washington : pourquoi les combats continuent-ils au Sud-Kivu ?

Ce jeudi 4 décembre 2025, dans une atmosphère de glace diplomatique au bureau ovale de la Maison Blanche, une scène pour le moins étrange s’est déroulée. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont signé l’accord de paix tant attendu entre la RDC et le Rwanda, mais sans échanger la moindre poignée de main, sans sourire, dans une froideur protocolaire qui en disait long sur l’état réel des relations. Pendant que les deux dirigeants exhibaient fièrement le document signé, une réalité bien plus brutale s’imposait à des milliers de kilomètres de là : les combats s’intensifiaient au Sud-Kivu.

Une signature sous haute tension, une paix déjà mise à l’épreuve

La cérémonie de Washington avait tout du rituel diplomatique forcé. Les images des deux présidents évitant soigneusement tout contact physique, se contentant de brandir l’accord pour les photographes, ont circulé dans le monde entier. Cette froideur visible pose question : peut-on vraiment bâtir une paix durable sur une telle méfiance affichée ?

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À Kinshasa pourtant, l’enthousiasme officiel contraste violemment avec cette scène. André Mbata, secrétaire de l’Union Sacrée, appelle à « célébrer » et à réserver un accueil triomphal au président Tshisekedi à l’aéroport de N’djili, le saluant comme « l’artisan de la fin de 30 ans de conflit ». Mais cet enthousiasme sonne étrangement creux face aux informations qui remontent du terrain.

Le M23, l’absent gênant de l’accord de Washington

Pourquoi l’accord de Washington élude-t-il si soigneusement la question du M23 ? Cette rébellion, que plusieurs rapports internationaux lient à Kigali, constitue pourtant le cœur du conflit à l’Est de la RDC. La position du président kényan William Ruto – « Le M23 n’est pas un problème du Rwanda, c’est une affaire entre Congolais » – offre une échappatoire commode à Kagame, mais elle ne résout rien sur le terrain.

Les accords de Doha, négociés entre la RDC et le M23 sous médiation qatarie, prévoyaient pourtant un cadre précis : cessez-le-feu permanent, déclaration de principes, feuille de route avec 8 protocoles couvrant tous les aspects du conflit. Mais ces engagements restent largement théoriques, et la réalité sur le terrain leur donne un cruel démenti.

Sur le terrain, la guerre continue son cours implacable

Neuf heures seulement après la signature solennelle de Washington, la brutalité de la guerre reprenait ses droits. Ce vendredi à 9h00, le village de Luvungi était sous contrôle des FARDC tandis que Katogota jusqu’à Kamanyola restait aux mains du M23. Vers Kamanyola, une antenne de télécommunication venait d’être touchée par une bombe.

Les habitants de Luvungi, paniqués, fuyaient vers Uvira, certains se dirigeant vers le Rwanda ou le Burundi. Des enfants, des femmes, des personnes à mobilité réduite marchaient sur les routes, fuyant des combats qui, contrairement aux déclarations diplomatiques, ne montraient aucun signe d’apaisement.

Le double jeu décomplexé et ses complices internationaux

Les événements des dernières heures illustrent ce que des observateurs appellent le « double jeu décomplexé » de Paul Kagame : signer la paix à Washington tout en maintenant la pression militaire via le M23. Cette stratégie lui permet de répondre aux exigences diplomatiques américaines sans lâcher ses leviers sur le terrain.

Mais ce double jeu semble trouver des complicités surprenantes. Comment expliquer que Bruxelles, tout en dénonçant régulièrement Kigali, s’apprête à lui octroyer 1 milliard d’euros via le Global Gateway ? Cette contradiction alimente les critiques les plus sévères : « En RDC les massacres continuent, et l’Europe finance les coupables », dénoncent certains analystes.

Deux processus parallèles qui s’ignorent

La coexistence des processus de Washington (entre États) et de Doha (avec le M23) crée une situation de schizophrénie diplomatique. Washington règle les relations interétatiques, Doha traite des questions internes congolaises, mais aucun mécanisme ne relie véritablement les deux processus. Cette disjonction risque de faire échouer les deux initiatives, car la paix ne peut être sectorisée : elle doit être globale ou elle ne sera pas.

Pendant ce temps, comme le constate amèrement un humanitaire sur place, « les combats s’intensifient, les déplacés se multiplient ». La signature de Washington apparaît de plus en plus comme un écran de fumée diplomatique, permettant à chaque partie de revendiquer des avancées de paix tandis que la guerre continue de ravager l’Est congolais.

L’accueil triomphal préparé pour Tshisekedi à Kinshasa risque de sonner cruellement faux face aux images de civils fuyant les combats au Sud-Kivu. La question n’est plus de savoir si l’accord de Washington peut apporter la paix, mais combien de temps il survivra à la contradiction flagrante entre les signatures solennelles et les bombes qui continuent de tomber.

La paix dans les Grands Lacs ne se signera pas dans le bureau ovale, mais dans les collines du Kivu. Et pour l’instant, ces collines résonnent encore du bruit des armes, malgré les beaux discours de Washington et les célébrations prévues à Kinshasa. La véritable épreuve de cet accord ne sera pas son existence sur papier, mais sa capacité à faire taire, enfin, les armes à l’Est de la RDC.