Le Sénat Congolais examine les accords qui pourraient réécrire l’histoire des Grands Lacs

Kinshasa, vendredi 8 mai 2026. Dans l’hémicycle du Sénat de la République démocratique du Congo, les débats prennent une dimension historique. Cette fois, les sénateurs examinent en seconde lecture les Accords de Washington, signés sous médiation américaine. Ces textes portent un double objectif : consolider la paix avec le Rwanda et renforcer le partenariat stratégique avec les États-Unis.

Face aux élus, Thérèse Kayikwamba Wagner défend personnellement les accords. À ses côtés, le ministre des Relations avec le Parlement, Guy Loando Mboyo, accompagne les échanges. Le ton reste calme. Pourtant, l’enjeu politique et diplomatique est immense.

Un accord de paix sous haute tension

Le premier texte concerne l’Accord de paix RDC-Rwanda signé le 27 juin 2025. Officiellement, il prévoit la cessation des hostilités, le respect de l’intégrité territoriale ainsi qu’une coordination sécuritaire renforcée entre les deux pays.

En théorie, cet accord doit mettre fin à plusieurs décennies de tensions dans la région des Grands Lacs. Cependant, beaucoup restent prudents. L’Est congolais demeure marqué par les violences armées, les accusations de soutien aux groupes rebelles et les rivalités autour des ressources naturelles.

Ainsi, les optimistes espèrent une nouvelle ère diplomatique. À l’inverse, les sceptiques craignent un texte fragile, incapable de résister aux réalités du terrain.

Washington mise sur les minerais stratégiques congolais

Le second texte porte sur le partenariat stratégique entre la RDC et les États-Unis. Cette fois, les discussions concernent principalement les minéraux critiques, l’énergie, les infrastructures et la sécurité.

Selon la ministre Thérèse Kayikwamba Wagner, cet accord établit un cadre structuré de coopération avec des mécanismes conjoints de suivi. Elle insiste également sur le respect de la souveraineté nationale.

Derrière cet accord, un enjeu économique majeur apparaît clairement. Les États-Unis cherchent à sécuriser leur accès aux minerais stratégiques congolais, notamment le cobalt, le lithium et les terres rares, devenus essentiels pour la transition énergétique mondiale.

En échange, Washington promet des investissements, un soutien diplomatique et une coopération sécuritaire renforcée. Reste toutefois une question centrale : toutes les clauses seront-elles réellement respectées ?

Donald Trump au centre de la médiation

Le 4 décembre dernier, Donald Trump avait personnellement présidé la cérémonie de signature à Washington.

À cette occasion, Félix Tshisekedi et Paul Kagame avaient affiché une poignée de main hautement symbolique devant les caméras.

Plusieurs dirigeants africains avaient également participé à l’événement. Parmi eux figuraient Faure Gnassingbé, João Lourenço, Évariste Ndayishimiye et William Ruto.

L’Union africaine était également représentée, tout comme des émissaires du Qatar et des Émirats arabes unis.

À l’époque, l’administration Trump avait présenté ces accords comme « historiques » et capables de mettre fin à des décennies de conflit dans les Grands Lacs.

Le REIF, pilier économique des accords

Au-delà de la dimension sécuritaire, les accords reposent aussi sur un ambitieux projet économique : le Cadre d’intégration économique régionale, connu sous l’acronyme REIF.

Cette initiative soutenue par Washington vise à accélérer l’intégration économique entre la RDC et le Rwanda. Les discussions évoquent notamment des zones industrielles, des corridors logistiques et des mécanismes de coopération autour des ressources naturelles.

Pour le moment, plusieurs détails restent encore flous. Malgré cela, les promoteurs du projet parlent déjà d’une transformation économique majeure pour la région.

Parallèlement, Washington a signé avec Kinshasa un protocole élargi de coopération sécuritaire. Les États-Unis ont aussi conclu avec Kigali un « cadre pour une prospérité économique partagée ».

Les sénateurs congolais face à un choix historique

Au Sénat, l’examen de ces textes ne ressemble pas à une simple formalité parlementaire. En coulisses, plusieurs élus expriment déjà leurs inquiétudes.

Certains redoutent une influence excessive des États-Unis sur les décisions stratégiques congolaises. D’autres s’interrogent encore sur la sincérité du partenariat avec le Rwanda après des années de tensions régionales.

Face à ces critiques, Thérèse Kayikwamba Wagner tente de rassurer les sénateurs. La ministre répète que les accords respecteront pleinement la souveraineté nationale de la RDC.

Cependant, le débat reste loin d’être clos.

Entre espoir diplomatique et méfiance politique

Pour les promoteurs de ces accords, la région des Grands Lacs pourrait devenir un modèle de stabilité et de croissance économique. L’ambition séduit une partie de la classe politique congolaise.

Néanmoins, la réalité sécuritaire demeure fragile. Les conflits armés persistent dans l’Est du pays et les blessures historiques entre Kinshasa et Kigali restent profondes.

Ce vendredi 8 mai 2026, les sénateurs congolais savent donc qu’ils participent à un moment décisif. Leur vote pourrait ouvrir une nouvelle phase diplomatique pour la RDC. Mais il pourrait aussi raviver les doutes d’une population encore marquée par des décennies de crise.

Xénophobie en Afrique du Sud : la cheffe de la diplomatie congolaise attendue au « front » parlementaire

Kinshasa, vendredi 8 mai 2026. L’heure est grave. Derrière les murs de l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo, une question domine tous les débats : que font les autorités congolaises pour protéger leurs ressortissants confrontés à la vague xénophobe qui frappe l’Afrique du Sud ?

Cet après-midi, la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, devra répondre devant les députés nationaux.

Jeudi, depuis le perchoir, Aimé Boji Sangara a annoncé la décision du Bureau de la chambre basse. Ainsi, les élus ont invité d’urgence la cheffe de la diplomatie congolaise afin d’éclairer la représentation nationale sur ce dossier sensible.

Une diaspora congolaise sous pression

Depuis plusieurs semaines, l’Afrique du Sud connaît une série de manifestations hostiles aux migrants africains. Dans plusieurs townships de Johannesburg, Pretoria et Le Cap, des ressortissants congolais subiraient des discriminations et parfois même des violences.

Par ailleurs, certains commerces auraient été pillés tandis que plusieurs familles vivent désormais dans la peur.

Face à cette situation, Aimé Boji Sangara a exprimé son indignation devant les députés. « Ces comportements portent atteinte à la dignité humaine », a-t-il déclaré. Ensuite, il a rappelé les principes de libre circulation et d’intégration défendus par l’Union africaine.

Cependant, le président de l’Assemblée nationale ne s’est pas limité à une simple condamnation. Il a également proposé l’envoi d’une délégation parlementaire congolaise en Afrique du Sud.

L’objectif serait double : consulter les parlementaires sud-africains et renforcer la protection des Congolais vivant sur place. En même temps, Kinshasa souhaite préserver ses relations diplomatiques avec Pretoria.

Pretoria sous pression diplomatique

La RDC n’est pas le seul pays africain à réagir. Mercredi déjà, Pretoria a dû répondre à plusieurs accusations de xénophobie venues d’autres capitales africaines.

Le Nigeria ainsi que le Ghana ont aussi exprimé leurs inquiétudes après des incidents visant leurs ressortissants.

Dans ce contexte tendu, l’audition de Thérèse Kayikwamba Wagner prend une importance particulière. Les députés attendent désormais des réponses concrètes.

Combien de Congolais vivent actuellement en Afrique du Sud ? Combien ont été victimes d’agressions ? Quelles démarches diplomatiques Kinshasa a-t-il déjà engagées ? Enfin, quelles garanties Pretoria peut-elle offrir ?

Autant de questions que les élus comptent poser à la ministre cet après-midi.

Une séance très attendue à Kinshasa

Dans quelques heures, la cheffe de la diplomatie congolaise fera donc face aux députés. Cette fois, l’attente est immense et la tension palpable.

Derrière les chiffres et les communiqués officiels, il y a surtout des vies bouleversées. Beaucoup de Congolais avaient choisi l’Afrique du Sud pour y construire leur avenir. Aujourd’hui, certains n’osent plus sortir de chez eux. D’autres ont perdu leurs commerces ou leurs biens.

Par conséquent, la réponse des autorités congolaises sera observée bien au-delà des frontières de la RDC. Fermeté diplomatique, protection consulaire et initiatives parlementaires : Kinshasa joue désormais sa crédibilité sur ce dossier.

Au-delà de la crise actuelle, cette affaire touche aussi à l’idée d’une Afrique unie et solidaire. Or, cette vision vacille aujourd’hui sous les effets de la xénophobie et des tensions régionales.

À Kinshasa, l’Assemblée nationale retient désormais son souffle pendant que la diaspora congolaise attend des actes forts.

« Coup d’État constitutionnel » : Martin Fayulu sonne l’alarme et promet une désobéissance populaire en 2028

Kinshasa, vendredi 8 mai 2026. Devant une presse nombreuse, Martin Fayulu n’a pas mâché ses mots. Dans une salle attentive, le président de l’ECiDé a dénoncé ce qu’il qualifie de « coup d’État constitutionnel ». Selon lui, le président Félix Tshisekedi chercherait à modifier les règles du jeu politique à travers un projet de réforme constitutionnelle et un référendum controversé.

« Chers amis de la presse, je vous ai invités pour dénoncer le coup d’État que Félix Tshisekedi est en train d’orchestrer à travers sa tentative de changement de la Constitution et de référendum », a lancé l’opposant.

Sans décor officiel ni mise en scène particulière, Fayulu a livré un discours offensif. Il affirme vouloir empêcher le pays de basculer dans une crise institutionnelle majeure.

Une proposition de loi au cœur de la polémique

La principale cible de Martin Fayulu reste une proposition de loi référendaire portée par le député Paul Gaspard Ngondankoy.

Pour certains observateurs, le texte paraît purement technique. Pourtant, l’opposant y voit un véritable « cheval de Troie juridique ».

Son argument repose sur une contradiction qu’il juge dangereuse. D’un côté, l’article 6 réaffirme l’intangibilité des articles 218 à 220 de la Constitution. Ces dispositions verrouillent notamment le nombre et la durée des mandats présidentiels.

Mais de l’autre, les articles 87 à 90 introduisent un mécanisme lié à un éventuel « dysfonctionnement majeur ». Selon Fayulu, cette formule pourrait permettre de contourner les limites constitutionnelles actuelles.

Une « porte dérobée » vers un troisième mandat ?

Pour le président de l’ECiDé, ces dispositions ouvrent une « porte dérobée » vers un maintien prolongé au pouvoir.

« On ne change pas les règles du jeu en plein match. Nous ne défendons pas seulement un texte, nous défendons la liberté d’expression, nous défendons le Congo et nous empêchons la balkanisation du pays », a-t-il insisté.

L’opposant estime qu’aucun consensus politique, aucune majorité parlementaire et même aucun référendum populaire ne pourraient justifier une remise en cause des articles protégés de la Constitution.

Fayulu accuse Tshisekedi d’utiliser la guerre

Martin Fayulu a également évoqué la crise sécuritaire dans l’Est de la RDC. Depuis plusieurs mois, les violences armées plongent la région des Grands Lacs dans une situation explosive.

Cependant, l’opposant va plus loin. Selon lui, le pouvoir instrumentaliserait cette guerre pour préparer un glissement politique.

« Félix Tshisekedi est en train d’utiliser la guerre pour se pérenniser au pouvoir », a-t-il affirmé devant les journalistes.

Puis, il a posé une question lourde de sous-entendus : « À qui profite cette guerre ? »

À travers cette interrogation, Fayulu laisse entendre que le conflit pourrait servir de justification à un éventuel report des élections générales prévues en 2028.

Le souvenir brûlant de janvier 2015

Pour renforcer son message, Martin Fayulu a rappelé un épisode marquant de l’histoire politique congolaise : les manifestations de janvier 2015.

À l’époque, la rue s’était mobilisée contre une réforme de la loi électorale perçue comme favorable à Joseph Kabila. Finalement, sous la pression populaire, le Sénat avait reculé.

Aujourd’hui, l’opposant espère voir le même scénario se reproduire. Il demande aux députés de supprimer « purement et simplement » les articles 87 à 90 du texte contesté.

En outre, Fayulu estime que les promoteurs de cette proposition de loi devraient répondre de leurs actes devant la justice.

Un message clair pour l’élection de 2028

À la fin de sa conférence de presse, Martin Fayulu a fixé un horizon politique clair : l’élection présidentielle de 2028.

Dans un mélange de français et de kikongo, il a adressé un avertissement direct au chef de l’État : « Le peuple m’a donné une mission claire : « alinga alinga te, ako kende en 2028 » », autrement dit : « qu’il le veuille ou non, il devra partir en 2028 ».

Cette déclaration donne désormais une dimension nationale au débat. Derrière les discussions juridiques et les articles de loi, beaucoup voient une bataille décisive pour l’avenir de la démocratie congolaise.

Entre les partisans d’une réforme institutionnelle et les défenseurs de l’ordre constitutionnel actuel, le bras de fer politique ne fait donc que commencer.

Tshisekedi tacle Kabila : « Il a été le fossoyeur de notre alternance »

Le Président Congolais, Félix Tshisekedi, durcit le ton contre Joseph Kabila. Mercredi 6 mai, lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le Chef de l’État a dénoncé l’attitude de son prédécesseur. Il l’accuse, en effet, d’avoir trahi l’alternance historique de 2019 en basculant dans la rébellion.

« Un vrai gâchis » pour l’alternance de 2019

Le Président de la République dit d’abord regretter la voie choisie par Joseph Kabila. Il rappelle ensuite que les deux hommes avaient réussi la première passation pacifique du pouvoir en RDC après près de 60 ans. Pour Félix Tshisekedi, cet héritage politique ne devait donc pas être détruit.

Il estime, par ailleurs, que l’histoire retiendra désormais un double rôle de Kabila. D’abord celui d’artisan de l’alternance démocratique. Puis celui qui a sapé cette avancée.

Il déplore, dans la foulée, que Kabila ait « pris des armes contre son propre pays » en entrant dans la clandestinité.

Tshisekedi justifie les sanctions américaines

Félix Tshisekedi soutient, en outre, les sanctions financières imposées par Washington contre l’ancien Président de la RDC. Le Trésor américain vise Joseph Kabila pour son appui présumé aux rebelles du M23.

« Les Américains ont vu ce que je voyais depuis plusieurs années », a affirmé Tshisekedi. Il assure, de plus, détenir des preuves depuis fin 2023.

Selon lui, le refus du Front Commun pour le Congo (FCC) de participer aux élections de 2023 cachait déjà un plan de déstabilisation. Le but, poursuit-il, était d’empêcher le scrutin et de forcer un dialogue politique.

« Je n’irai pas prendre les armes contre mon successeur »

Sans citer Kabila, Tshisekedi a, cependant, lancé une pique claire. Il promet de se mettre à la disposition de son successeur après son mandat. Il exclut, du reste, formellement de recourir aux armes contre lui.

Plusieurs analystes voient, aussi, dans cette sortie une réponse directe à Joseph Kabila.

L’ex-président est, en effet, accusé par Kinshasa de soutenir l’AFC/M23. Ce groupe armé occupe Goma et Bukavu depuis plusieurs mois. Kabila a, d’ailleurs, été condamné à mort par la justice congolaise.

Investiture manquée et rupture de confiance

Félix Tshisekedi a révélé, par la suite, avoir invité Kabila à son investiture pour son second mandat. L’ancien Président ne s’est pas présenté. Il aurait, selon lui, quitté le pays en secret. Tshisekedi souligne, en plus, que les deux hommes avaient pour habitude de se prévenir de leurs déplacements. Or, cette pratique a été rompue.

Contexte : guerre dans l’Est et pression sur le mandat

Cette conférence intervient, toutefois, dans un climat tendu. L’Est de la RDC reste en guerre.

Parallèlement, Tshisekedi est soupçonné par l’opposition de préparer un troisième mandat. L’article 220 de la Constitution de 2006 interdit, pourtant, plus de deux quinquennats.

De son côté, Tshisekedi a, néanmoins, laissé entrevoir le 6 mai une possible révision constitutionnelle.

Le paysage politique congolais s’annonce pas très bien. D’après le programme, les élections sont prévues en 2028. Plus que deux ans séparent le pays de ces échéances qui font déjà couler beaucoup d’encre et de salive.

Guillaume MAVUDILA

Sang et minerais au cœur de l’Europe : Bruxelles sommée de mettre le Rwanda au banc des accusés

Au Parlement européen, jeudi 8 mai 2026, une voix s’est élevée plus fort que les habituelles déclarations de bonnes intentions. Celle de la République démocratique du Congo et de ses partenaires, qui refusent désormais une Europe timorée face au bain de sang qui ravage l’Est du pays.

Dans l’hémicycle bruxellois, les échanges se sont révélés tendus. Ce climat ne venait pas de la forme, mais plutôt du poids des faits. Depuis plusieurs mois, la région des Grands Lacs subit des violences armées répétées. Derrière les tirs se trouvent des hommes armés. Derrière eux apparaissent des commanditaires. Enfin, derrière ces réseaux se cache un système bien identifié : l’exploitation incontrôlée des minerais qui finance les groupes armés. Pourtant, face à cette réalité, l’Union européenne donne encore l’image d’une spectatrice trop discrète.

« L’UE devrait emboîter le pas aux États-Unis »

Un appel clair a ainsi été lancé aux eurodéputés réunis dans la capitale belge. Les intervenants pointent directement l’armée rwandaise et « tous ses complices », accusés de crimes répétés contre les populations civiles de l’Est congolais.

Cette fois, le message ne laisse aucune place à l’ambiguïté : l’Union européenne doit adopter des sanctions similaires à celles des États-Unis. Jusqu’à présent, Washington a affiché une ligne plus ferme. De son côté, Bruxelles reste encore prudente.

Cependant, les revendications ne s’arrêtent pas à la seule question sécuritaire. En parallèle, une autre bataille se joue dans l’ombre : celle de la traçabilité des minerais.

« Soutenir la justice et traquer les minerais illicites »

« L’ Europe devrait aussi s’impliquer davantage », insistent les représentants congolais et leurs alliés, « afin de soutenir la justice et la traçabilité des minerais rachetés illicitement par des entreprises européennes. »

Cette déclaration dérange, car elle touche directement aux intérêts économiques internationaux. Derrière chaque téléphone ou chaque batterie pourrait se cacher une part de minerais extraits dans des zones de conflit. De plus, certaines chaînes d’approvisionnement passeraient encore par des circuits criminels souvent ignorés.

Ces préoccupations ont notamment été portées devant Hilde Vautmans, députée européenne et présidente de l’Assemblée parlementaire paritaire Afrique–Union européenne. Aux côtés de plusieurs collègues, elle a entendu des témoignages alarmants sur les violations des droits humains. Elle a également mesuré la fragilité d’un processus de paix désormais menacé.

Une pression diplomatique qui s’intensifie

Au-delà des discours diplomatiques, une certitude s’impose progressivement : le débat européen ne fait que commencer. Désormais, la question n’est plus de savoir si l’Europe doit agir, mais plutôt comment et jusqu’où elle ira.

Sanctions ciblées, contrôle renforcé des minerais stratégiques ou encore activation de la justice internationale : toutes les options semblent désormais ouvertes.

Reste maintenant à savoir si les institutions européennes accepteront de franchir un cap politique majeur. Pendant ce temps, l’Est de la RDC continue de s’enfoncer dans la crise et n’a plus le luxe d’attendre.

Troisième mandat : Delly Sesanga dénonce un coup de force “par plébiscite” et appelle à la mobilisation générale

Dans une déclaration cinglante publiée ce jeudi 7 mai, le président du parti Envol, Delly Sesanga, a vivement réagi aux récentes déclarations du chef de l’État Félix Tshisekedi. Ce dernier n’a pas exclu, mercredi à Kinshasa, la possibilité d’un nouveau mandat « si le peuple le demande ». Une position que l’opposant qualifie de « manœuvre à découvert » pour un troisième mandat déguisé.

L’onde de choc venue de la cité de l’Union africaine n’a pas tardé à se propager dans la classe politique congolaise. En moins de vingt-quatre heures, les réactions s’enchaînent. La plus virulente est sans doute celle de Delly Sesanga, ancien candidat à la présidentielle de 2023 et figure de l’opposition.

« Les masques sont tombés », a-t-il martelé dans un communiqué au ton grave. Accusant directement Félix Tshisekedi de vouloir désormais « manœuvrer à découvert pour un troisième mandat par plébiscite », l’élu dénonce ce qu’il perçoit comme une tentative de déstabilisation institutionnelle.

« La RDC ne peut pas se permettre un nouveau cycle de tensions institutionnelles et de personnalisation du pouvoir », a-t-il averti, avant de lancer un appel solennel : « Tous les démocrates doivent faire obstacle à cette dérive. »

L’ombre de Lumumba pour rappeler le devoir d’histoire

Pour donner davantage de poids à son message, Delly Sesanga a convoqué l’une des figures tutélaires du Congo : Patrice Emery Lumumba. « Le Congo est un grand pays, disait Lumumba. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité. »

Une référence qui n’a rien d’anodin. L’opposant y voit un rappel des exigences éthiques et constitutionnelles qui devraient guider tout chef d’État. « Cela se mesure par le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats », a-t-il insisté.

Sesanga met également en garde contre un retour aux « pratiques du passé », celles qui ont conduit le pays au chaos. Sans citer directement l’ère Mobutu, l’allusion est limpide. « Une nation ne se dirige pas par des discours, des promesses ou des plébiscites, mais par le respect de la parole donnée, des institutions et de la démocratie. »

L’UDPS accusée de reniement historique

L’opposant n’a pas hésité à retourner l’arme de l’histoire contre le parti désormais au pouvoir, l’UDPS. « C’est un reniement du combat de son père, qui a combattu Mobutu. Ce dernier s’est éternisé au pouvoir et a exercé un pouvoir personnel », a-t-il déclaré, visant directement Félix Tshisekedi.

Et d’ajouter, dans une formule choc : « Félix Tshisekedi a de nouveau tué les martyrs qui ont donné de leur vie pour protéger la Constitution. » Une charge émotionnellement forte, qui entend rappeler les souffrances endurées par les militants de l’UDPS sous l’ancien régime.

Delly Sesanga rejoint ainsi d’autres voix de l’opposition, comme celle de Claudel André Lubaya, qui a fermement rejeté toute idée de troisième mandat au nom de la « volonté populaire ». Lubaya a notamment invoqué les articles 218, 64 et 220 de la Constitution pour rappeler l’intangibilité de certaines dispositions légales.

Un contexte politique sous tension

Ces passes d’armes surviennent au lendemain d’une conférence de presse très remarquée de Félix Tshisekedi. Devant la presse kinoise, le président congolais a non seulement évoqué la possibilité d’un troisième mandat « si le peuple le demande », mais il a également laissé entendre que la guerre dans l’Est du pays pourrait influencer le calendrier électoral de 2028.

Une déclaration que le pouvoir présente comme une « continuité assumée » d’un projet de longue date porté par l’UDPS. L’opposition, elle, y voit une dérive autoritaire programmée.

Dans ce climat de défiance croissante, Delly Sesanga conclut son message par une mise en garde solennelle : « Le sens de l’Histoire impose aux dirigeants d’éviter un retour aux pratiques politiques du passé. » Reste à savoir si cet appel sera entendu par la rue, par la communauté internationale, ou s’il restera une voix isolée dans le tumulte politique congolais.

RDC : Félix Tshisekedi rend hommage à Fally Ipupa et promet une décoration nationale

C’est depuis la Cité de l’Union Africaine, à Kinshasa, que le Président Félix Tshisekedi a tressé des lauriers à Fally Ipupa, mercredi 6 mai 2026. En marge de sa conférence de presse, le Chef de l’État a tenu à saluer l’exploit réalisé par l’artiste pour son double concert au Stade de France. Un geste d’État pour une victoire artistique qui transcende les frontières.

Le Président a d’abord annoncé la reconnaissance de la Nation.

« J’ai promis de décorer au nom de la République, l’artiste Fally Ipupa dès qu’il sera de retour au pays », a-t-il déclaré, solennel.

La promesse est claire : la République honorera celui qui a fait vibrer Saint-Denis. Et le regret affleure : « Si mon agenda l’avait permis, j’aurais été là-bas », confie-t-il, témoignant de l’ampleur de l’événement.

L’artiste, ambassadeur du soft power congolais

Au-delà de la décoration, c’est une véritable ode à la performance que Félix Tshisekedi a livrée. Il a salué un exploit qui hisse la rumba congolaise au firmament mondial.

Pour le Chef de l’État, Fally Ipupa incarne ce « soft power » culturel dont la RDC a besoin. Sa musique devient « diplomatie », son rythme devient drapeau. Le Président voit en lui l’ambassadeur d’une nation qui chante, qui danse et qui rayonne.

Un double Stade de France historique

Les 2 et 3 mai 2026 ont marqué l’histoire. Devant plus de 120 000 âmes, deux soirs successifs, Fally Ipupa a dompté le Stade de France. Il devient ainsi le premier musicien africain francophone, de surcroît congolais, à se produire dans cette enceinte mythique.

L’Aigle a fait preuve d’une prouesse vocale, scénique et identitaire. Pendant près de deux heures trente, rumba, afro pop et modernité se sont enlacées pour célébrer une culture en majesté.

Un appel à l’unité des artistes congolais

Loin de s’arrêter à un seul nom, Félix Tshisekedi a élargi son soutien à toute la constellation musicale congolaise. Il a invité chaque Congolais à porter les artistes qui se produisent à l’étranger. Il a cité, nommément, Koffi Olomidé, Werrason et Ferré Gola, appelant à « mettre un terme à la haine dans ce secteur et valoriser la rumba congolaise ». Un appel à l’unité pour que la mélodie l’emporte sur la discorde.

Bien plus, ce retour triomphal des artistes congolais sur les grandes scènes européennes trace une voie. Il signe la reconquête.

La RDC renoue avec sa vocation première : être la plaque tournante de la musique africaine. De Kinshasa à Paris, le fil ne s’est jamais rompu. Aujourd’hui, il se tend, plus fort, pour redonner à la Nation son trône musical.

L’apolitisme qui n’exclut pas la reconnaissance

Fally Ipupa prouve qu’on peut tracer son sillon loin des chapelles politiques et récolter, pourtant, les honneurs de la République. Ni drapeau partisan, ni serment d’allégeance : seule l’œuvre parle. Et l’État répond.

Grâce à sa carrière élogieuse, « Efandjo » démontre qu’une guitare peut être plus éloquente qu’un discours, et qu’un refrain peut unir là où les mots divisent. Son apolitisme n’est pas indifférence, c’est une autre forme de patriotisme : celui qui hisse le drapeau congolais sur les scènes du monde, sans demander autre chose que la lumière des projecteurs.

La reconnaissance promise par Félix Tshisekedi scelle une vérité : la culture, quand elle est grande, transcende les clivages et force le respect des institutions.

RDC : Tshisekedi conditionne un 3e mandat par la demande populaire explicite

« Si le peuple veut que je puisse avoir un troisième mandat, je l’accepterai tant que Dieu me donnera la vie ». Le Président Félix Tshisekedi n’a pas fermé la porte à une candidature en 2028, mercredi 6 mai 2026, lors de sa conférence de presse à la Cité de l’Union Africaine à Kinshasa. Il conditionne toutefois toute révision de la Constitution à une consultation populaire par référendum.

La phrase qui relance le débat constitutionnel

Interrogé sur une possible révision de la Constitution pour briguer un nouveau mandat, le Chef de l’État a lié sa décision à la volonté du peuple. Il a rappelé que l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) avait promis dès 2006 de changer la loi fondamentale une fois au pouvoir.

« L’UDPS avait dit en 2006 que lorsqu’elle arriverait au pouvoir, elle changerait la Constitution. Nous ne l’avons pas encore fait », a déclaré Félix Tshisekedi.

Il ajoute que toute modification passera par le peuple : « Si révision il y a, ce sera par référendum et consultation du peuple ».

Le Président a toutefois précisé qu’il ne porte pas lui-même cette ambition. Il a indiqué ne pas souhaiter, de sa propre initiative, briguer un troisième mandat. Sa position reste liée à une demande populaire explicite.

Dans la foulée, Félix Tshisekedi a appelé à la prudence face aux slogans de ses partisans. Il a demandé de ne pas prêter attention aux mots inventés par certains soutiens pour réclamer un troisième mandat. Il rappelle que seule la volonté du peuple exprimée par référendum compte.

Cette position intervient alors que plusieurs cadres de l’Union Sacrée évoquent publiquement une révision constitutionnelle depuis début 2025.

La Constitution actuelle, adoptée en 2006, limite à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs. Félix Tshisekedi, élu en 2018 et réélu en 2023, achève son second mandat en décembre 2028.

Contexte politique : sécurité dans l’Est et élections de 2028

Félix Tshisekedi a lié l’organisation des scrutins de 2028 à la situation sécuritaire.

« Si on ne peut pas terminer cette guerre, malheureusement on ne saura pas organiser les élections », a-t-il prévenu lors de la même conférence de presse.

Les combats persistent dans le Nord-Kivu et l’Ituri malgré les processus de Luanda et de Nairobi. Au niveau international, le Gouvernement négocie d’une part, avec les rebelles du M23, sous la médiation de Doha. D’autre part, des accords politiques et économiques ont été signés à Washington, sous l’administration Trump, entre Kinshasa et Kigali.

La feuille de route pour le processus électoral 2025-2028 a été dévoilée en avril 2025, par la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

Dans ce document, la CENI a détaillé les étapes clés menant aux préparatifs et à l’organisation des scrutins combinés de 2028.

Les étapes et les dates sont présentées de la manière suivante :

– Début de la cartographie électorale : 2025,
– Actualisation du fichier électoral : 2026,
– Révision des listes électorales : 2027,
– Formation des agents électoraux : 2027,
– Sensibilisation des électeurs : 2027-2028,
– Élections générales : 16 décembre 2028.

Mais les signaux liés à ce processus sont faibles compte tenu de la situation actuelle.

Tshisekedi veut quitter le pouvoir en laissant un pays en paix

Le Chef de l’État a évoqué son bilan souhaité. Il a affirmé son désir de quitter le pouvoir en laissant un pays pacifié. Il place la fin de la guerre dans l’Est comme priorité de son second mandat.

Félix Tshisekedi a répété que « la restauration de la paix reste la condition pour des élections crédibles en 2028 ».

Réactions attendues après la déclaration du 6 mai 2026

La déclaration de Félix Tshisekedi relance le débat sur la succession de 2028. L’opposition dénonce depuis plusieurs mois un « glissement » du calendrier électoral. Pour sa part, la majorité présidentielle défend une adaptation de la Constitution « aux réalités du pays ».

Aucun projet de loi de révision n’a été déposé au Parlement à ce jour. Le dernier référendum en RDC date de décembre 2005 pour l’adoption de la Constitution actuelle. C’était sous le Président Kabila, aujourd’hui en adversité avec son successeur, Félix Tshisekedi.

 

Goma sous haute tension : la France joue sa carte africaine pour débloquer l’humanitaire

NAIROBI / PARIS – Les projecteurs mondiaux se braquent sur Nairobi. Les 11 et 12 mai 2026, la capitale kényane accueille le sommet Africa Forward, une grande messe économique censée célébrer « les partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ». Mais dans les coulisses, un dossier brûlant éclipse les contrats et les investissements : la guerre fantôme qui déchire l’Est de la République démocratique du Congo.

Paris ne s’y trompe pas. Invitée aux côtés du Kenya, la France fait du conflit régional l’une de ses priorités diplomatiques. Objectif affiché : renouveler son soutien aux processus de paix, sans chercher à imposer sa propre solution. Mais l’urgence, elle, ne se négocie pas.

« Rouvrir Goma » : l’impératif humanitaire français

Lors d’un briefing de presse organisé mercredi 6 mai par visioconférence, l’Élysée a été interrogé par Le Potentiel sur les attentes concrètes de ce sommet. Le message a fusé, clair et répété : la réouverture de l’aéroport international de Goma, au Nord-Kivu, n’est plus une option, mais une nécessité absolue.

Pourquoi cet aéroport ? Parce qu’il est la clé de voûte de l’aide humanitaire dans une région exsangue. Sans vols, pas de médicaments, pas de nourriture, pas d’évacuations. Paris dit avoir déjà lancé cet appel sans succès. Quelques discussions sous médiation qatarie ont eu lieu. Mais aucune avancée significative. Jusqu’ici.

« Il faut faire entendre la voix des populations civiles et répondre à leurs besoins les plus urgents », a martelé le délégué de l’Élysée, en plaçant l’humain au centre du jeu diplomatique.

Washington, Doha, Montreux : l’écheveau des médiations

La France affirme soutenir simultanément deux processus parallèles :

  • Le processus de Washington : centré sur les tensions directes entre Kinshasa et Kigali.

  • Le processus de Doha : consacré aux discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Sur le papier, les rendez-vous se multiplient. Dans les faits, la roue patine.

Dernier espoir en date : les négociations de Montreux, tenues du 13 au 17 avril 2026. Une médiation sous haute tension réunissant la RDC, l’AFC/M23, les États-Unis, le Qatar et le Togo (pour l’Union africaine). Dix jours avaient été accordés pour un geste fort : la libération de prisonniers symboliques.

Délai expiré. Résultat : aucune libération. Aucune mesure concrète. Le climat de confiance, déjà fragile, s’est encore fissuré.

Cessez-le-feu sur papier, combats sur le terrain

Conséquence immédiate : dans l’Est congolais, les armes continuent de parler. Kinshasa et l’AFC/M23 s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Les affrontements ne faiblissent pas. Les déplacés non plus.

Même diagnostic du côté du processus de Washington : après plusieurs rencontres diplomatiques, les divergences d’interprétation des engagements signés ralentissent dangereusement la mise en œuvre des décisions. Les parties lisent le même texte, mais ne parlent pas la même langue.

L’Afrique d’abord : la ligne rouge de l’Élysée

Face à ce constat, Paris reste prudent. L’Élysée le répète : Africa Forward n’a pas vocation à imposer une « solution miracle ». La France dit vouloir privilégier l’appui aux initiatives africaines, estimant que les solutions durables doivent venir du continent lui-même.

Une position élégante… mais qui ne répond pas à l’urgence. Car à Goma, les populations n’attendent ni sommets ni communiqués. Elles attendent un avion humanitaire.

Portugal : Le Boeing fantôme de Bemba saisi au Portugal

Il trône, silencieux et rouillé, sur le tarmac de l’aéroport de Faro, dans le sud du Portugal. Dix-neuf ans d’immobilité. Dix-neuf ans de vent salin, de soleil brûlant et de nuit fraîches. Un Boeing 727-100, propriété de Jean-Pierre Bemba, actuel vice-Premier ministre et ministre des Transports de la République démocratique du Congo, vient d’être officiellement saisi par les autorités portugaises.

La nouvelle est tombée ce mercredi 6 mai 2026, au lendemain d’une conférence de presse présidentielle qui avait déjà agité Kinshasa. Mais cette fois, le drame se joue à 6 000 kilomètres de la capitale congolaise. Et il a un goût amer de guérilla administrative et de séquelle judiciaire jamais refermée.

Mise en demeure ignorée : le compte à rebours a expiré

Tout avait pourtant été clair. Début mars 2026, l’autorité aéronautique portugaise avait adressé une ultime mise en demeure au propriétaire de l’appareil, immatriculé… ou plutôt désormais désimmatriculé de fait. Deux injonctions :

  1. Récupérer l’avion sous soixante jours – une opération logistique titanesque pour un quadragénaire des airs qui n’a plus roulé une turbine depuis l’ère George W. Bush.

  2. Régler une facture de stationnement calculée sur près de deux décennies.

Le montant ? Près d’un million d’euros – soit environ 2,7 milliards de francs congolais au taux actuel.

Jean-Pierre Bemba n’a pas répondu. Pas plus qu’il n’a fait enlever l’appareil. L’échéance est désormais dépassée. Et le Portugal, qui a adopté un décret-loi spécifique pour traiter le cas des « avions abandonnés », a actionné la saisie.

2008 : quand la CPI gelait les ailes de Bemba

Pour comprendre cette étrange odyssée statique, il faut remonter à 2008. Cette année-là, Jean-Pierre Bemba, alors ancien vice-président de la RDC et leader du MLC, est dans le collimateur de la Cour pénale internationale (CPI). Les juges de La Haye le poursuivent pour des crimes commis par ses hommes en Centrafrique.

Le bureau du procureur demande alors à plusieurs pays – dont le Portugal – de geler et saisir les biens de Bemba. Son Boeing 727, stationné tranquillement à Faro depuis un voyage antérieur (certaines sources évoquent des liaisons avec l’Afrique australe), est immobilisé sur place.

Sauf que la CPI, une fois saisie, n’a pas organisé l’enlèvement. Et le Portugal, sans consigne claire de démantèlement, a laissé l’avion là. Un an. Puis cinq. Puis dix. Puis dix-neuf.

« C’est à la CPI de payer », martèlent les proches de Bemba

Contacté par nos soins, Jean-Pierre Bemba n’a pas souhaité s’exprimer publiquement. Mais son entourage, lui, ne mâche pas ses mots.

« L’affaire a été déclenchée par le bureau du procureur de la CPI. C’est donc à la Cour pénale internationale d’en assumer toutes les conséquences, y compris la facture de stationnement et la logistique d’enlèvement. »

Un argument juridiquement osé, mais politiquement assumé. Les proches du ministre rappellent avec insistance que Jean-Pierre Bemba a été acquitté en 2018 par la Chambre d’appel de la CPI. Pour eux, la persistance de cette saisie liée à une procédure éteinte est une anomalie.

Un symbole gênant pour le ministre des Transports

L’ironie du sort n’échappe à personne dans les cercles kinois : l’homme chargé de la politique aéronautique de la RDC – qui supervise la flotte nationale, les aéroports et la sécurité des vols – laisse pourrir son propre avion sur un tarmac étranger. Un Boeing 727, certes ancien, qui aurait pu être revendu, démantelé ou même exposé. Il rouille, muet.

« C’est une image désastreuse pour la crédibilité du secteur des transports en RDC », glisse un expert aéronautique basé à Lubumbashi, sous couvert d’anonymat. « Si vous n’êtes pas capable de gérer votre propre patrimoine aéronautique, comment allez-vous réformer la toute puissante Régie des voies aériennes (RVA) ? »

Faro, cimetière d’avions oubliés ?

L’aéroport de Faro, surtout connu pour ses touristes britanniques et allemands en quête de plages, abrite en réalité un petit boneyard discret. Plusieurs appareils commerciaux y sont cloués au sol pour des raisons juridiques, administratives ou techniques.

Mais le cas Bemba est devenu, avec les années, un dossier épineux entre Lisbonne et Kinshasa. Les relations diplomatiques entre les deux pays, correctes mais sans ferveur particulière, ne facilitent pas un règlement amiable.

Le décret-loi portugais sur les avions abandonnés, adopté pour nettoyer les aéroports nationaux, permet désormais aux autorités de déclasser, démonter ou vendre aux enchères tout appareil non réclamé après une procédure régulière.

Que va-t-il advenir du Boeing 727 ?

La saisie signale le début de la fin pour ce vétéran des airs. Plusieurs scénarios :

  • La vente aux enchères : l’avion serait cédé au plus offrant, probablement un ferrailleur ou un collectionneur fortuné (très peu probable vu l’état).

  • Le démantèlement sur place : les pièces détachées (moteurs, trains d’atterrissage, avionique) pourraient être revendues.

  • Le recyclage pur et simple : la carcasse fondue pour l’aluminium et l’acier.

Dans tous les cas, la facture de stationnement d’un million d’euros sera – sauf accord diplomatique exceptionnel – imputée au propriétaire d’origine avant tout transfert de propriété. La justice portugaise devra trancher.

Bemba : silence à Kinshasa, colère froide

À Kinshasa, où Jean-Pierre Bemba occupe un poste stratégique au sein du gouvernement Suminwa, l’affaire est un sujet délicat. Aucun communiqué officiel. Aucune déclaration. Seul le mutisme, rompu en coulisses par des proches qui estiment que la CPI doit « assumer sa propre pagaille ».

Mais sur le tarmac silencieux de Faro, le Boeing 727-100 ne bronche plus. Il attend la grue, le chalumeau ou la grâce improbable d’un accord de dernière minute.

Une chose est certaine : cette histoire ne fait que commencer. Et elle risque bien de faire atterrir Jean-Pierre Bemba, malgré lui, devant une nouvelle forme de tribunal – celui de l’opinion et des contribuables portugais.

Sénat RDC : une plénière sous haute tension qui met ministres et finances publiques sur le grill

Lundi 4 mai 2026, la convocation tombe, sèche et précise. Le Bureau du Sénat de la République démocratique du Congo appelle ses membres à une session plénière exceptionnelle dès le lendemain, mardi 5 mai à 13 heures, dans la prestigieuse salle des Conférences internationales du Palais du Peuple.

À l’ordre du jour : trois dossiers brûlants qui touchent aussi bien à l’avenir de la jeunesse qu’à la mémoire des victimes et à l’argent public. Trois ministres sur la sellette. Une opposition qui reprend des couleurs. Et un pays qui retient son souffle.

Universités en crise, cultes sous contrôle, milliards à rendre : les trois fronts explosifs

Premier round : l’enseignement supérieur dans le viseur

La ministre de l’Enseignement supérieur, universitaire, recherche scientifique et innovation technologique, Marie-Thérèse Sombo (nommée en début de législature), devra répondre à une question orale avec débat initiée par le sénateur Pungwe Mbuyu Patrice.

Objet : la politique nationale d’amélioration de la qualité de l’enseignement. Dans un contexte où les universités publiques croulent sous le poids des grèves récurrentes et des infrastructures vétustes, les sénateurs veulent des actes, pas des vœux pieux.

Deuxième round : permis de culte et indemnisation des victimes ougandaises

C’est le sénateur Muya Muboyayi Clément qui mène l’attaque. Sa cible : le ministre d’État en charge de la Justice et Garde des Sceaux.
Deux sujets sensibles :

  • La régularité juridique des permis de culte délivrés aux associations confessionnelles. Dans un pays où certaines églises sont accusées de dérives sectaires, la question fait mouche.

  • La gestion du FRIVAO (Fonds de réparation et d’indemnisation des victimes des activités illicites de l’Ouganda). Un dossier douloureux : des milliards de dollars attendus pour des populations toujours en attente de justice.

Troisième round : finances publiques – biens spoliés et provinces exsangues

Le sénateur Vunabandi Kanyamihigo Célestin a préparé une double question orale avec débat au ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde.
Au programme :

  • La situation des engagements financiers du gouvernement vis-à-vis des provinces (arriérés, dotations non versées).

  • La gestion des biens dits « zaïrianisés » – ces propriétés confisquées sous Mobutu dont le sort juridique et financier reste un véritable feuilleton politico-économique.

Un Sénat qui reprend la main ou une simple mise en scène ?

Les observateurs politiques y voient un signal : après des mois de relative discrétion, la chambre haute de la RDC semble redécouvrir son rôle de contrôle. Question orale avec débat, questions d’actualité, interpellations croisées : le registre parlementaire est complet.

Mais dans les couloirs du Palais du Peuple, certains murmurent que ces auditions risquent de n’être que des passes d’armes sans lendemain, faute de sanctions réelles. À moins que l’opinion publique, elle, ne transforme l’essai.

Car dans un pays où l’indice de perception de la corruption (Transparency International 2025 : 19/100) reste catastrophique, chaque mot prononcé en séance sera ausculté, tweeté, commenté.

Le mardi a 13 heures, les projecteurs s’allumeront sur la salle des Conférences internationales. Ministres, sénateurs, conseillers : tous savent qu’ils jouent une partition sous haute tension. Pour les millions de Congolais qui suivent ces débats à la radio ou sur les réseaux sociaux, une seule question demeure : après les belles déclarations, viendront les actes ?

RDC : sanctions américaines contre Joseph Kabila, le PPRD crie au « complot » et l’UDPS marche pour son arrestation

La tension monte autour de Joseph Kabila. Le Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie (PPRD) Diaspora a dénoncé les sanctions américaines visant l’ex-président, qualifiant la mesure de « tentative d’assassinat politique ». Dans la rue ce lundi 4 mai, l’UDPS exige au contraire l’arrestation immédiate de l’ancien Chef de l’État, accusé par Washington de soutenir le M23.

L’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Trésor américain a sanctionné Joseph Kabila, le 25 avril 2026, pour « soutien matériel au groupe armé M23 » dans l’Est de la RDC. La mesure gèle ses avoirs aux États-Unis et interdit toute transaction avec des citoyens américains.

Sanctions américaines contre Joseph Kabila : le PPRD Diaspora rejette les accusations

Dans ce document, le PPRD Pôle Diaspora s’en prend au « régime de Kinshasa » qui fêterait ces sanctions comme une « condamnation politique ». Le parti de Kabila rappelle que « l’OFAC n’est pas un tribunal ».

Le PPRD nie en bloc les accusations américaines. Il s’appuie sur le Groupe d’experts de l’ONU sur la RDC qui, selon lui, « n’a établi aucun élément public et contradictoire démontrant que Joseph Kabila aurait organisé ou financé une entreprise armée contre la RDC ».

Le parti de l’ex-président met en garde Félix Tshisekedi en convoquant l’histoire de Mobutu.

« Soutenu pendant des décennies, puis lâché lorsque les intérêts ont changé, Bill Richardson fut envoyé pour lui [Mobutu] signifier que son temps était terminé », écrit le PPRD.

L’UDPS appelle à l’emprisonnement de Kabila

Ce lundi 4 mai 2026, des milliers de militants de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) ont marché à Kinshasa. Parti au pouvoir, l’UDPS exige l’arrestation de Joseph Kabila et salue les sanctions américaines comme « des mesures ciblant le fils aîné du Rwanda », selon une banderole brandie par les manifestants.

La marche a relié le siège de l’UDPS à Limete jusqu’au Palais du peuple. Le Secrétaire Général Augustin Kabuya a réclamé « un procès rapide pour haute trahison ».

Ces sanctions interviennent alors que les combats entre les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les rebelles du M23 se poursuivent au Nord-Kivu. Washington accuse Kabila d’avoir « fourni des fonds et un appui logistique » à la rébellion depuis son exil. Pendant ce temps, la résidence de Kabila est inconnue du grand public.

Joseph Kabila visé par Washington, l’Est de la RDC sous tension

Joseph Kabila rejoint Corneille Nangaa et Bertrand Bisimwa sur la liste SDN. Les sanctions incluent l’interdiction de visa américain et le gel des actifs.

Pour sa part, le Gouvernement Tshisekedi a « salué des mesures qui isolent les acteurs de la guerre », selon un communiqué du Ministère des Affaires étrangères du 26 avril 2026.

L’ONU estime que le conflit dans l’Est a fait 7,1 millions de déplacés en avril 2026. Le M23 contrôle plusieurs localités du Rutshuru. Les États-Unis conditionnent leur aide militaire à la RDC à des « progrès contre l’impunité ».

Le PPRD dénonce une manœuvre pour « neutraliser une figure qui dérange sans procès ». Il réclame « une médiation équilibrée, un dialogue inclusif et le respect de la Constitution ». L’UDPS refuse tout dialogue et exige des poursuites.

En visant Joseph Kabila, Washington durcit sa ligne contre les anciens réseaux au pouvoir. La balle est désormais dans le camp de la justice congolaise, sous pression de la rue et de la Communauté Internationale.

Kwilu : un patron de régie financière convoqué devant les députés pour “mauvaise gestion flagrante”

Bandundu, 29 avril – Dans l’hémicycle provincial du Kwilu, ce mercredi, l’air sentait la poudre parlementaire. Pas de cris ni de bagarres. Mais un vote. Froid. Sans appel.

Sur les 31 députés que compte l’Assemblée provinciale, 22 ont levé la main pour dire oui. Oui à l’interpellation du directeur général de la Direction générale des recettes du Kwilu, Égide Wawende. L’homme qui tient les cordons de la bourse provinciale va devoir s’expliquer. Devant ses juges politiques.

À l’origine de cette procédure, un élu du territoire de Masimanimba, Yerkis Muzama, n’a pas mâché ses mots. Il invoque la mission sacrée de l’Assemblée : contrôler. Et derrière le mot poli « contrôle » se cache une accusation autrement plus brutale : « mauvaise gestion flagrante ».

Une régie financière au cœur de la tempête.

La Direction générale des recettes du Kwilu n’est pas une administration ordinaire. C’est elle qui capture l’argent de la province – les impôts, les taxes, les redevances. Sans elle, pas de routes, pas de salaires, pas d’écoles. C’est le cœur financier du Kwilu.

Alors quand un député parle de « mauvaise gestion flagrante », les oreilles s’ouvrent. Et quand 22 collègues approuvent son appel, les sourcils se lèvent.

Yerkis Muzama est formel : les griefs sont nombreux. Il refuse encore d’en détailler la liste publique, mais promet de les dérouler « devant l’intéressé ». Sous-entendu : en séance, face au directeur général, les preuves sur la table.

Un précédent qui fait tache d’encre.

Cette interpellation n’est pas un événement isolé. Dans plusieurs provinces congolaises, les élus commencent à sortir de leur rôle de simples voteurs de budgets. Ils veulent contrôler. Et si besoin, sanctionner.

Le Kwilu, en autorisant cette convocation, envoie un signal : plus personne n’est intouchable. Pas même le patron des recettes.

« Ce n’est pas une chasse aux sorcières, c’est une exigence de redevabilité », souffle un député présent, qui a voté pour mais préfère garder l’anonymat.

Que risque Égide Wawende ?

Pour l’instant, une convocation. Mais à l’issue des auditions, plusieurs scénarios sont possibles. L’Assemblée provinciale pourrait :

  • se contenter d’un blâme et de recommandations ;

  • exiger des réformes structurelles au sein de la régie ;

  • ou, dans un cas extrême, recommander la suspension ou le remplacement du directeur général.

Dans tous les cas, son avenir à la tête de la Direction générale des recettes du Kwilu est désormais suspendu à cette épée de Damoclès parlementaire.

Bandundu retient son souffle.

La plénière de ce mercredi restera dans les annales. Non parce qu’elle était bruyante – elle ne l’a pas été – mais parce qu’elle a posé un acte : celui de la reddition des comptes.

Les prochains jours diront si Égide Wawende se présente, s’il apporte des réponses convaincantes, et si les 22 députés resteront unis ou se diviseront devant ses explications.

Une chose est sûre : la politique provinciale congolaise change de ton. Ce n’est plus seulement qui gouverne, mais comment on gère l’argent. Et au Kwilu, ce mercredi, le contrôle parlementaire a gagné une bataille.

 La suite de cette affaire se jouera à huis clos, ou peut-être en séance publique. Dans tous les cas, les contribuables du Kwilu, eux, seront aux aguets.

Violences xénophobes en Afrique du Sud : l’ambassade de la RDC ordonne la vigilance maximale à ses ressortissants

L’alerte est lancée. Face à la résurgence des violences xénophobes du mouvement « Dudula », l’ambassade de la RDC à Pretoria appelle les congolais vivant en Afrique du Sud à la plus grande prudence. Dans un communiqué, la représentation diplomatique congolaise vise explicitement le Kwazulu-Natal, le Cap occidental et d’autres provinces.

Cette interpellation fait suite aux agressions attribuées aux groupes Sud-Africains qui pourchassent des migrants africains, accusés d’accepter des salaires dérisoires et de « voler » des emplois. Des ressortissants congolais figurent parmi les victimes de ces exactions récurrentes.

Les consignes de sécurité de l’ambassade aux congolais

L’ambassade de la RDC recommande à ses ressortissants d’éviter tout attroupement ou toute interaction avec les manifestants « Dudula ». Elle préconise de limiter les déplacements non essentiels et d’assurer une veille stricte des communications officielles. Les domiciles et lieux d’activité des congolais doivent renforcer leurs dispositifs de sécurité.

Aux opérateurs économiques, l’ambassade suggère d’évaluer l’ajustement des horaires, voire la suspension temporaire des activités durant les journées à risque. L’objectif est de préserver les personnes et leurs biens. En outre, la représentation diplomatique « affirme collaborer étroitement avec les autorités sud-africaines pour garantir la protection de ses ressortissants ».

Dudula : un mouvement anti-étrangers qui gagne du terrain depuis 2021

Le mouvement « Dudula » (repousser en zoulou), a émergé en 2021 à Soweto. Il cible les migrants africains, principalement zimbabwéens, mozambicains, nigérians, somaliens et congolais. Ses partisans les accusent de faire baisser les salaires et d’alimenter la criminalité.

Selon Human Rights Watch, les attaques « Dudula » ont causé au moins 12 morts entre mars 2022 et avril 2023.

Des vidéos diffusées depuis une semaine montrent des agressions physiques massives dans plusieurs villes. La province du Gauteng redoute une extension des violences en marge de la célébration du « Freedom Day ».

Le taux de chômage en Afrique du Sud atteint 32,9 % au 1er trimestre 2026. Un terreau fertile pour les tensions xénophobes.

Un cycle de violences xénophobes meurtrières depuis 2008

Les attaques actuelles s’inscrivent dans une série noire. En mai 2008, des émeutes xénophobes à Johannesburg, à Durban et au Cap avaient fait 62 morts et 100 000 déplacés. Les victimes étaient majoritairement zimbabwéennes, mozambicaines, nigérianes, congolaises et somaliennes.

De nouvelles flambées ont secoué le pays en 2015, 2019 et 2022. Elles se sont traduites par des pillages de commerces tenus par des étrangers noirs, accusés sans preuve d’appartenir à des réseaux de vol, de prostitution ou de drogue. En septembre 2019, les violences avaient provoqué la mort de 12 personnes et le rapatriement d’urgence de 640 nigérians.

En 2024, l’Afrique du Sud accueillait 2,9 millions de migrants internationaux, dont 85 % originaires d’Afrique. Les Zimbabwéens représentent 1 million de personnes, les Mozambicains 350 000.

Pour calmer les tensions, le Gouvernement sud-africain a condamné ces violences mais peine à les enrayer, selon Amnesty International.

RDC – USA – Rwanda : Les coulisses d’un double accord historique – Les recommandations secrètes de l’Assemblée nationale enfin dévoilées

Kinshasa, le 27 avril – Alors que la République démocratique du Congo franchit une étape décisive dans ses relations extérieures, l’Assemblée nationale a donné son feu vert, ce lundi, à deux projets de ratification majeurs. Le premier lie Kinshasa à Washington dans un partenariat stratégique. Le second, plus délicat, scelle un accord de paix avec Kigali, voisin longtemps perçu comme un adversaire.

Mais derrière ce double vote en apparence technique se cache une pression politique forte. Le président de l’Assemblée nationale, empêché, n’a pas pour autant gardé le silence. Par l’intermédiaire du rapporteur Jacques Djoli, ses recommandations ont été lues en séance plénière, fruit de consultations intenses avec les forces vives de la nation.

Avec les États-Unis : un accord économique sous conditions

Le député Aimé Boji, qui a porté la voix des sages, a formulé trois injonctions claires au gouvernement :

1. Améliorer d’urgence le climat des affaires – pour que l’investissement américain ne reste pas une promesse vide.
2. Sensibiliser la population à l’accord – car un texte ignoré du peuple est un texte voué à l’échec.
3. Créer une task force nationale et multisectorielle – chargée du suivi et de l’évaluation, afin d’éviter que ce partenariat ne sombre dans l’oubli administratif.

Ces exigences traduisent une méfiance bienveillante : oui à l’ouverture, mais pas sans gouvernance.

Avec le Rwanda : un dialogue de paix sous tension

L’accord avec le Rwanda est plus sensible. Il touche aux racines des conflits qui ensanglantent l’Est congolais. Là encore, les recommandations sont sans ambiguïté :

· Réviser le CONOPS (concept d’opérations) – avec un calendrier actualisé et des mesures correctives.
· Instaurer une task force interinstitutionnelle – pour assurer un suivi rigoureux.
· Garantir des critères stricts pour l’intégration conditionnelle des ex-combattants dans l’armée nationale.
· Développer des programmes de sensibilisation à destination des populations locales, premières victimes des violences.

Chaque terme est pesé. Chaque mécanisme, conçu pour éviter les dérives passées.

Et maintenant ? Direction le Sénat

Les deux projets de loi adoptés ne s’arrêtent pas là. Conformément à la procédure législative en vigueur, ils vont être transmis au Sénat pour une seconde lecture. Une autre bataille politique s’annonce. Mais une certitude demeure : la RDC, sous pression interne et externe, tente de jouer sur deux tableaux – la coopération économique avec l’Amérique, et la paix fragile avec son voisin rwandais.

Reste à savoir si les task forces et les calendriers suffiront à transformer les promesses en réalités.

 

Assemblée nationale RDC : le rapport sécuritaire sur 7 ministres présenté ce lundi au Palais du peuple

Kinshasa, lundi 27 avril 2026. Le Palais du peuple se prépare à une séance décisive. Les députés nationaux examinent le rapport de la Commission Défense et sécurité. Ce document résulte des auditions de sept membres du gouvernement.

Ces dernières semaines, la commission a interrogé plusieurs ministres. Elle a abordé des sujets sensibles : opérations militaires, situation sur le terrain et réponses face aux menaces dans l’Est.

Dimanche, un communiqué officiel a annoncé la plénière. Le rapporteur Jacques Djoli a confirmé un ordre du jour clair. Les élus doivent examiner puis adopter ce rapport stratégique.

Ainsi, cette séance s’inscrit dans le cadre du contrôle parlementaire. Ce mécanisme permet aux députés d’évaluer concrètement l’action du gouvernement.

Sept ministres auditionnés sur des dossiers sensibles

Pour l’instant, le communiqué ne précise pas les noms des ministres concernés. Toutefois, les auditions ont porté sur des questions majeures.

Les échanges ont concerné la lutte contre les groupes armés. Ensuite, les députés ont évoqué la coordination avec la MONUSCO. Ils ont aussi examiné le cessez-le-feu, la protection des civils et la gestion humanitaire.

En commission, les élus ont adopté une approche rigoureuse. Ils ont posé des questions précises. Ils ont exigé des chiffres et des explications détaillées. En retour, les ministres ont apporté leurs réponses.

Désormais, le débat se poursuit en plénière. Cette étape permettra d’évaluer la solidité des conclusions.

Un test politique et sécuritaire pour les institutions

L’adoption du rapport pourrait entraîner des recommandations fortes. Concrètement, le Parlement peut influencer la politique sécuritaire. Dans certains cas, il peut même durcir le ton à travers des interpellations.

Cependant, l’enjeu dépasse les procédures. Il touche directement à la gouvernance du pays. Dans une démocratie, le Parlement ne se limite pas à voter les lois. Il contrôle aussi l’action publique.

Pendant ce temps, la situation à l’Est reste préoccupante. Les groupes armés continuent d’attaquer. Les civils subissent les violences. Les déplacés vivent dans des conditions critiques.

Dans ce contexte, les attentes sont élevées. L’opinion publique observe attentivement. Les partenaires internationaux suivent également les conclusions.

Par ailleurs, la séance de ce lundi pourrait marquer un tournant. L’opposition devrait dénoncer les insuffisances. De son côté, la majorité défendra le bilan du gouvernement.

Au final, ce rapport représente un véritable test. Il mesure la capacité du Parlement à peser sur les décisions. Il révèle aussi la solidité des institutions face à la crise sécuritaire.

RDC-Suède : les deux États renforcent la coopération parlementaire

Le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a reçu l’ambassadeur de Suède en RDC, Joakim Vaverka. La rencontre a eu lieu jeudi 23 avril 2026 au Palais du Peuple. Coopération parlementaire, sécurité dans l’Est et réformes institutionnelles étaient au menu.

C’était la première rencontre bilatérale entre les deux hommes. L’ambassadeur suédois s’est dit très honoré par cette opportunité. Il a affirmé que les relations entre la RDC et la Suède sont de qualité.

La proposition de l’ambassadeur de Suède à Sama Lukonde

Joakim Vaverka veut renforcer les échanges. « Nous avons évoqué les perspectives d’échanges futurs entre nos deux parlements. Je note avec satisfaction que des parlementaires congolais se sont récemment rendus à Stockholm », a-t-il dit.

« J’ai proposé au président du Sénat une visite officielle en Suède », a annoncé l’ambassadeur. Il note un accueil positif face à sa proposition. Les deux parties vont poursuivre les discussions à ce sujet. C’est un signal positif pour le renforcement des relations entre les deux États.

La situation sécuritaire était parmi les points abordés. La Suède dit rester très attentive quant à ce. Elle reste engagée aux côtés des Congolais pour des solutions durables.

RDC-Suède : 60 ans de coopération au développement

La Suède et la RDC coopèrent depuis 1963. L’Agence suédoise de coopération internationale au développement (Sida) appuie plusieurs secteurs. Santé, droits humains, environnement et paix figurent parmi les priorités.

La Suède verse 50 millions USD par an à la RDC, selon les données Sida 2025. Elle soutient le Fonds humanitaire RDC géré par OCHA. Elle finance aussi des programmes de l’UNICEF et du PAM.

Sur le plan diplomatique, la Suède préside le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs, ICG/GCI.

En 2024, une délégation de députés congolais a visité le Riksdag à Stockholm. La mission portait sur le contrôle budgétaire et la transparence.

« Le Sénat œuvre pour la paix » : Sama Lukonde

Jean-Michel Sama Lukonde a rappelé la mission de son institution. « La Chambre haute œuvre pour la paix, la sécurité et l’amélioration des conditions de vie des Congolais », a-t-il affirmé.

« Nous menons une diplomatie parlementaire active. Le but est de diversifier les partenariats. L’objectif est de porter la voix de la RDC à l’international », conclut-il.

Trahis par Washington : 1 100 Afghans pour la RDC ? L’incroyable projet de Trump

Ils ont risqué leur vie pour l’oncle Sam. Traducteurs, guides, informateurs. Aujourd’hui, ces Afghans sont parqués dans un camp au Qatar. Et l’administration Trump veut les envoyer… en RDC. L’ONG #AfghanEvac hurle au scandale. « Une décision insensée », tonne un sénateur américain.

Mardi 21 avril 2026, Shawn VanDiver, ancien militaire américain devenu patron de l’ONG #AfghanEvac, a balancé l’information comme une bombe : Washington envisagerait de transférer plus de 1 100 Afghans – dont 400 enfants – vers la République démocratique du Congo.

Ces hommes, ces femmes, ces enfants vivent depuis des mois dans le camp d’As-Sayliyah au Qatar. Ils ont fui les talibans après 2021. Ils avaient collaboré avec l’armée américaine. Leur crime ? Avoir cru aux promesses de l’Amérique.

Aujourd’hui, l’administration Trump, qui a fait de la chasse aux migrants son cheval de bataille, veut fermer le camp. Date butoir : 31 mars. Dépassée. Alors on cherche des solutions. La solution ? La RDC.

Le choix impossible : RDC ou retour à Kaboul ?

Selon Shawn VanDiver, les Afghans n’auraient plus que deux options :

  • Accepter un transfert vers la RDC, pays en proie à une guerre civile dans son Est, avec ses cortèges de déplacés, d’épidémies et de violences.

  • Retourner en Afghanistan, où les talibans les attendent. Eux qui ont collaboré avec l’ennemi. Eux dont la mort est presque certaine.

« On ne transfère pas des alliés de guerre dont les antécédents ont été vérifiés, qui se trouvaient sous la garde des États-Unis, vers un pays en pleine décomposition », a dénoncé VanDiver. « L’administration le sait. C’est justement le but. »

Le sénateur démocrate Tim Kaine a parlé d’une décision « insensée ».

Washington se défend : « réinstallation volontaire »

Joint par l’AFP, le département d’État américain n’a pas confirmé la RDC comme destination. Mais il a évoqué une « réinstallation volontaire » à partir du Qatar.

« Le transfert vers un pays tiers constitue une solution positive qui permet aux personnes encore présentes de commencer une nouvelle vie en dehors de l’Afghanistan en toute sécurité », a déclaré un porte-parole.

« Réinstallation volontaire » ? Quand on vous donne le choix entre la RDC en guerre et l’Afghanistan taliban, peut-on vraiment parler de volontariat ?

Le précédent Biden, le virage Trump

Rappel des faits. Après la chute de Kaboul en 2021, Joe Biden avait lancé un vaste programme d’accueil. Plus de 190 000 Afghans ont été installés aux États-Unis.

Donald Trump, dès son retour à la Maison-Blanche, a démantelé ce programme. Motif officiel : la sécurité. Après qu’un Afghan souffrant de stress post-traumatique a tiré sur deux soldats de la garde nationale à Washington, tuant l’un d’eux.

Depuis, la politique américaine a viré à la fermeté absolue. Et ces 1 100 Afghans, alliés d’hier, sont devenus des boulets dont il faut se débarrasser.

400 enfants coincés dans les limbes

Parmi eux, plus de 400 enfants. Des gosses qui n’ont rien demandé. Qui ont grandi dans les camps. Qui ne connaissent de l’Afghanistan que les récits de guerre de leurs parents.

Au lieu d’une vie nouvelle aux États-Unis, ils risquent d’être parachutés dans les forêts du Kivu, où des groupes armés sèment la terreur. Ou renvoyés à Kaboul, face aux talibans.

La RDC, poubelle humanitaire ?

Pourquoi la RDC ? Kinshasa a déjà accepté un accord similaire. Le 17 avril 2026, 15 migrants refoulés des États-Unis sont arrivés dans la capitale congolaise. Un précédent qui inquiète.

Le gouvernement congolais a parlé de « séjour temporaire ». Mais l’opinion nationale, marquée par le drame des réfugiés rwandais de 1994, craint une installation durable.

Les organisations de défense des droits humains, elles, dénoncent une externalisation honteuse des responsabilités américaines.

Une promesse trahie

Ce qui se joue au Qatar, c’est la fin d’une promesse. Celle faite par l’Amérique à ceux qui ont combattu à ses côtés : « Vous serez protégés. Vous aurez une vie nouvelle. »

Aujourd’hui, cette promesse est piétinée. Ces Afghans ne sont plus des alliés. Ce sont des dossiers à régler. Des corps à déplacer.

Shawn VanDiver résume la tragédie en une phrase : « Ces personnes ont servi notre pays. Nous leur devons mieux que ça. »


Dans le désert qatari, sous des baraquements métalliques, 1 100 Afghans attendent. Leur seul crime : avoir cru en l’Amérique. Leur seul avenir possible : la RDC ou la mort. L’Amérique de Trump a choisi. Reste à savoir si le monde regardera ailleurs.

Burundi-RDC : à partir du 23 avril, un pont humanitaire pour le retour volontaire des réfugiés Congolais

Ils ont fui la guerre, les massacres et la peur. Pendant des mois, parfois des années, ils ont survécu dans des camps au Burundi. Là-bas, ils ont tout laissé derrière eux. Pourtant, un nouveau chapitre s’ouvre à partir du 23 avril 2026.

Le gouvernement burundais et le HCR annoncent un programme de retour vers la République démocratique du Congo. Ensemble, ils encadrent cette opération sensible. Ainsi, un communiqué conjoint fixe les premières règles.

Avant tout, une condition s’impose : le volontariat total. En effet, aucun réfugié ne sera forcé de rentrer. Chaque personne devra choisir librement, en connaissance de cause. Ce principe vise à protéger les plus vulnérables.

Ensuite, une étape obligatoire est prévue : l’enregistrement. L’ONPRA et le HCR organisent ce processus. Grâce à cela, les retours seront mieux structurés et évitent les désordres.

Un retour encadré mais très sélectif

Le programme ne concerne pas tous les réfugiés de la même manière. D’abord, les familles avec enfants scolarisés sont prioritaires. Ensuite, les personnes vulnérables bénéficient d’une attention particulière. Enfin, certains agents publics congolais figurent aussi parmi les premiers concernés.

Ces choix ciblent principalement le Sud-Kivu. Cette province reste fortement touchée par les conflits armés. Toutefois, les autorités espèrent y favoriser une stabilisation progressive.

Par ailleurs, le Burundi garantit la protection des réfugiés jusqu’à leur départ. Il continue aussi à fournir une assistance dans les camps. Ce soutien reste essentiel, car les ressources diminuent progressivement.

Sud-Kivu : entre retour et incertitudes sécuritaires

Cependant, rentrer ne signifie pas forcément retrouver la paix. Dans le Sud-Kivu, les groupes armés restent actifs. De plus, plusieurs zones restent difficiles d’accès.

Ainsi, le programme ne promet pas un retour simple. Il garantit plutôt un retour encadré et sécurisé. Pour cela, le HCR et ses partenaires mettent en place une logistique spécifique.

En parallèle, les autorités parlent d’une étape importante pour la stabilisation régionale. Pourtant, les humanitaires restent prudents. Ils rappellent que les retours dans les Grands Lacs ont souvent été complexes.

Une opération attendue, entre espoir et prudence

Le 23 avril marque donc un tournant. Progressivement, les premiers convois quitteront les camps. Dans les familles, les décisions restent difficiles. Certains veulent rentrer rapidement. D’autres hésitent encore.

Ainsi, la peur de l’inconnu s’oppose au désir du retour. Pourtant, beaucoup espèrent retrouver leurs terres et reconstruire leur vie.

Pour le Burundi, ce programme teste sa capacité humanitaire. Pour la RDC, il s’agit d’un défi d’accueil et de stabilité. Enfin, pour le HCR, c’est une mission d’équilibre entre protection et solutions durables.

Au final, chaque départ raconte une histoire de survie. Et chaque retour ouvre la possibilité d’un nouveau départ.

Judith Suminwa crée la polémique sur les migrants et les « préférences » aux entreprises américaines

Une interview suffit parfois à provoquer une tempête. Invitée le 18 avril 2026 sur TV5 Monde, Judith Suminwa Tuluka s’est exprimée sans détour sur deux dossiers sensibles : l’accueil de migrants venus des États-Unis et les partenariats économiques avec Washington.

En qualifiant cet accueil de « service rendu à l’Amérique », elle a immédiatement suscité des réactions. Par ailleurs, son évocation de « préférences » accordées à certaines entreprises étrangères a accentué la controverse. Très vite, les réseaux sociaux se sont enflammés.

De retour de Washington après les réunions du FMI et de la Banque mondiale, la Première ministre a abordé plusieurs sujets. Toutefois, deux déclarations ont particulièrement retenu l’attention.

Migrants et ressources : des propos qui interrogent

D’abord, la question migratoire a cristallisé les critiques. Selon la cheffe du gouvernement, la RDC accueille temporairement des demandeurs d’asile venus d’Amérique latine, après leur passage aux États-Unis.

Elle insiste sur un point : les autorités américaines prennent en charge leur séjour. Pourtant, l’expression « service rendu à l’Amérique » a choqué. En conséquence, de nombreux internautes ont dénoncé une atteinte à la dignité nationale.

Ensuite, plusieurs zones d’ombre persistent. Quelle est la durée du séjour ? Quel cadre juridique encadre cet accord ? Quelles contreparties existent réellement ? Faute de réponses claires, la méfiance grandit.

Dans un second temps, les propos sur les investissements miniers ont ravivé les inquiétudes. La Première ministre a évoqué une possible « préférence » pour certaines entreprises, selon les avantages proposés.

Certains observateurs redoutent un déséquilibre. En effet, les ressources minières restent un pilier stratégique pour la RDC. D’autres, en revanche, y voient une approche pragmatique pour attirer des capitaux étrangers.

Une communication gouvernementale sous pression

Au-delà du fond, c’est surtout la forme qui pose problème. À l’ère des réseaux sociaux, chaque mot pèse lourd. Ainsi, la formule employée a été jugée maladroite, voire préjudiciable à l’image du pays.

Rapidement, l’opposition a dénoncé un alignement excessif sur les États-Unis. De son côté, la société civile exige plus de transparence sur les accords évoqués.

Malgré ces critiques, Judith Suminwa Tuluka maintient sa ligne. Elle affirme vouloir combiner fermeté et développement. Néanmoins, cet épisode fragilise sa communication politique.

En définitive, cette interview relance un débat de fond. Elle pose des questions sur la souveraineté, la gestion des ressources et la stratégie diplomatique du pays.

Désormais, le gouvernement devra clarifier ses positions. Sans cela, les critiques risquent de s’intensifier. Dans un contexte aussi sensible, chaque déclaration compte — et ses effets sont immédiats.

Kinshasa accueille l’Université d’été du Conseil de l’Europe dédiée à la jeunesse

Un événement international pour la jeunesse se prépare à Kinshasa. La République démocratique du Congo accueillera, en juillet prochain, l’organisation de l’Université d’été du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, un colloque international destiné à la jeunesse. Dans cette perspective, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a présidé ce mercredi 15 avril 2026 à Kinshasa une réunion préparatoire avec Claudio Costanza, chef adjoint de la coordination de la sécurité sur le terrain du Conseil de l’Europe. L’objectif : harmoniser les positions sur la logistique et la sécurité de l’événement.

La rencontre s’est déroulée dans une salle de réunion du ministère, en présence des cadres et experts. L’ambiance était à la fois cordiale et résolument tournée vers l’action.

Une volonté politique affirmée

D’entrée de jeu, le ministre Samuel Mbemba a réaffirmé la détermination du gouvernement à mobiliser les moyens logistiques, humains et financiers nécessaires au bon déroulement de cette initiative.

Il a souligné la volonté politique des autorités congolaises, estimant qu’elles entendent soutenir activement l’événement, notamment à travers la prise en charge des participants.

« La RDC est honorée d’accueillir cette Université d’été. C’est une reconnaissance de nos efforts en matière de promotion des droits humains et de dialogue avec la jeunesse », a déclaré le ministre.

Un espace d’échanges et de réflexion

L’Université d’été du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe est un colloque international qui réunit des jeunes venus de divers pays, dont la RDC.

Objectifs :

  • Échanges : permettre aux jeunes de différents horizons (Europe, Afrique, Moyen-Orient) de se rencontrer, de discuter, de partager leurs expériences.

  • Réflexion : approfondir les thématiques liées aux droits humains, à la démocratie, à la paix, au développement durable.

  • Formation : proposer des ateliers, des conférences, des débats, animés par des experts internationaux.

  • Réseautage : créer des liens durables entre les participants, pour des projets futurs.

Le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, basé à Lisbonne (Portugal), œuvre à promouvoir le dialogue, la solidarité et la sensibilisation entre les régions du Nord et du Sud.

Logistique et sécurité : les garanties congolaises

En réponse aux préoccupations soulevées par Claudio Costanza, notamment en matière de logistique et de sécurité, Samuel Mbemba a assuré que les institutions congolaises travaillent en synergie.

  • Logistique : hébergement, restauration, transport, salles de conférence, équipements audiovisuels, tout sera mis en œuvre pour accueillir les participants dans les meilleures conditions.

  • Sécurité : la police nationale, les services de renseignement, et l’armée seront mobilisés pour garantir la sécurité des participants et du personnel, pendant toute la durée de l’événement.

Le ministre a insisté : la RDC a l’habitude d’organiser des manifestations internationales (sommet de la Francophonie, conférences de l’ONU, etc.). Elle dispose d’une expertise et de ressources.

La satisfaction du Conseil de l’Europe

Satisfait des garanties apportées, Claudio Costanza a salué l’implication des autorités congolaises.

« Nous avons discuté des aspects logistiques et sécuritaires liés à l’organisation de l’Université d’été. L’objectif est de réunir des jeunes autour d’un forum consacré aux questions des droits de l’homme », a-t-il déclaré.

Le chef adjoint de la coordination de la sécurité sur le terrain a également visité les sites potentiels pour l’événement : universités, centres de conférence, hôtels. Il s’est dit impressionné par la qualité des infrastructures.

Les thèmes de l’Université d’été

L’Université d’été 2026, dont le programme détaillé sera publié prochainement, abordera plusieurs thèmes.

  • Droits humains : situation en RDC et dans le monde, mécanismes de protection, rôle de la société civile.

  • Démocratie et gouvernance : élections, participation citoyenne, lutte contre la corruption.

  • Paix et sécurité : résolution des conflits, prévention des violences, réconciliation nationale.

  • Développement durable : objectifs de l’ONU, transition écologique, emploi des jeunes.

  • Numérique : accès aux technologies, protection des données, lutte contre la désinformation.

Des experts internationaux (Conseil de l’Europe, ONU, Union européenne, universités) animeront les sessions. Des jeunes Congolais, sélectionnés sur dossier, participeront aux débats.

La participation congolaise

Le gouvernement congolais a décidé de prendre en charge les frais de participation des jeunes Congolais sélectionnés (transport, hébergement, restauration). Une manière de favoriser l’accès à cet événement aux jeunes de toutes les provinces, y compris les plus défavorisés.

Un appel à candidatures sera lancé dans les prochaines semaines. Les critères : âge (18-30 ans), engagement associatif, intérêt pour les droits humains, maîtrise du français ou de l’anglais.

Des quotas seront prévus pour les jeunes filles, les personnes handicapées, et les jeunes de l’Est du pays (touché par les conflits).

Accueillir l’Université d’été du Centre Nord-Sud est un honneur, mais aussi une responsabilité. La RDC, souvent critiquée pour sa situation des droits humains, peut montrer sa face positive : une jeunesse dynamique, une société civile active, une volonté politique de progrès.

L’événement est aussi une opportunité de promouvoir l’image du pays à l’international. Des journalistes étrangers sont attendus. Des retombées médiatiques sont espérées.

Enfin, l’Université d’été pourrait créer une dynamique durable. Les jeunes Congolais formés lors de cette session pourraient devenir des ambassadeurs des droits humains, des relais de la démocratie, des acteurs du changement.

Les préparatifs s’accélèrent

La réunion de ce mercredi 15 avril a marqué le lancement officiel des préparatifs. Une task force a été mise en place, composée de représentants du ministère des Droits humains, du ministère des Affaires étrangères, du ministère de l’Intérieur, du ministère de la Jeunesse, et du Comité national d’organisation.

Un calendrier a été arrêté :

  • Mai 2026 : lancement de l’appel à candidatures, sélection des jeunes, réservation des sites.

  • Juin 2026 : finalisation du programme, formation des encadreurs, tests de sécurité.

  • Juillet 2026 : tenue de l’Université d’été (dates précises à confirmer).

Le budget est en cours d’évaluation. Le gouvernement congolais contribuera pour une part, le Conseil de l’Europe pour l’autre. Des partenaires (ONU, UE, Banque mondiale) sont sollicités.

Un message d’espoir

L’organisation de cette Université d’été est un message d’espoir. Dans un pays souvent associé à la guerre, à la pauvreté, à la corruption, la RDC montre qu’elle peut aussi être un espace de dialogue, de formation, de partage.

Les jeunes Congolais, qui représentent plus de 60% de la population, sont l’avenir du pays. Leur donner les moyens de s’informer, de se former, de s’engager, c’est investir dans la paix et le développement.

L’Université d’été du Centre Nord-Sud est une étape. Une étape vers une société plus ouverte, plus démocratique, plus respectueuse des droits humains.

Le ministre Samuel Mbemba, le Conseil de l’Europe, les partenaires internationaux, les jeunes participants : tous sont engagés dans cette aventure.

Rendez-vous en juillet à Kinshasa. Les débats promettent d’être passionnants. Les rencontres, enrichissantes. Et l’espoir, palpable.

La RDC, malgré ses difficultés, se tourne vers l’avenir. Avec ses jeunes, sa volonté, et le soutien de la communauté internationale.

L’Université d’été n’est qu’un début. Mais un début prometteur. Pour la jeunesse congolaise, pour les droits humains, pour la démocratie. Un début à ne pas manquer.

ONU : le Conseil de sécurité exige le retrait immédiat du M23 et de l’armée rwandaise de la RDC

Le Jeudi 15 avril 2026 à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une session spéciale sur la situation dans la région des Grands Lacs. Une dizaine de pays ont pris la parole. Tous ont unanimement demandé le retrait immédiat du M23 et de l’armée rwandaise du sol congolais. Pourtant, le représentant du Rwanda a dénoncé un « discours de haine » contre les rwandophones, tandis que son homologue congolais a rejeté les allégations sur les FDLR. Sur le terrain, la situation reste tendue.

Pourquoi cette session spéciale ?

La France et les États-Unis ont convoqué cette session spéciale pour faire le point sur l’évolution du conflit dans l’Est de la RDC. À cet endroit, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, contrôlent plusieurs territoires.

Unanimité sur le retrait

Les pays membres du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, etc.) ont affiché une unité remarquable. Tous ont condamné l’offensive du M23. Tous ont exigé son retrait des zones occupées. Enfin, tous ont demandé le départ des troupes rwandaises du territoire congolais.

Le représentant de la France a parlé d’« agression inacceptable ». Celui des États-Unis a évoqué des « preuves accablantes » du soutien militaire rwandais au M23. Le Royaume-Uni a appelé à des « sanctions ciblées » contre les responsables rwandais. Même la Chine, pourtant alliée traditionnelle du Rwanda, a appelé au « respect de l’intégrité territoriale de la RDC » et au « retrait des forces étrangères ».

La position du Rwanda

Le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies, Ernest Rwamucyo, a dénoncé un « discours de haine contre les rwandophones ». Il a expliqué, une fois encore, que les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), toujours présents en RDC, continuent de constituer un danger pour la sécurité intérieure du Rwanda.

Selon Kigali, les FDLR représentent une menace existentielle. Ce groupe armé rassemble d’anciens génocidaires hutus rwandais, qui ont fui leur pays après le génocide de 1994. Ces derniers préparent, selon Kigali, un retour armé au Rwanda. Ainsi, le Rwanda affirme avoir le droit de se défendre, y compris en poursuivant les FDLR sur le territoire congolais. Néanmoins, Kinshasa et la communauté internationale rejettent cette argumentation.

La réplique congolaise

Le représentant permanent de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a qualifié les allégations rwandaises d’« incohérentes et non justifiées ». Il a affirmé que la RDC dispose des moyens suffisants pour protéger sa population. Voici ce qu’il a martelé : « Pour l’essentiel, vous n’avez pas le droit de venir protéger les populations congolaises sur leur territoire. La République démocratique du Congo est suffisamment outillée pour assurer la sécurité de ses propres populations. »

Il a ajouté une pique cinglante : « C’est un pays qui compte, du reste, 450 tribus, alors que le vôtre n’en compte que deux. Vous n’arrivez pas à les gérer, et vous souhaitez venir gérer nos 450 tribus ? » Cette déclaration choc a suscité des réactions contrastées. Certains y ont vu une défense légitime de la souveraineté nationale. D’autres l’ont jugée maladroite, voire xénophobe.

Sur le terrain, la guerre continue

Pendant que les diplomates discutaient à New York, les armes continuaient de tuer dans l’Est de la RDC. En effet, les affrontements entre l’armée congolaise (FARDC) et le M23, appuyé par le Rwanda, se sont intensifiés.

Des combats ont éclaté au Nord-Kivu (territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo) et au Sud-Kivu (territoires de Kalehe, Walungu). Des civils ont perdu la vie, d’autres ont été blessés. Des milliers de personnes ont fui leurs maisons. Le cessez-le-feu négocié à Doha, puis à Washington, subit des violations régulières. Les belligérants s’accusent mutuellement de ne pas respecter leurs engagements.

L’appel de l’envoyé de l’ONU

L’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs, Huang Xia, a tiré la sonnette d’alarme. Il a appelé toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat. Voici sa déclaration : « Je conclus par un appel aux deux parties : aucune résolution, aucune médiation, aucun mécanisme de vérification ne pourra aboutir si les parties directement concernées ne choisissent pas la voie de la paix. »

Il a ensuite appelé la RDC, le Rwanda et tous les acteurs concernés, notamment l’AFC/M23, à « reprendre un dialogue franc, à réduire immédiatement les tensions et à veiller à la mise en œuvre effective, sans délai, de l’ensemble de leurs engagements ». Par ailleurs, Huang Xia a rappelé que la revitalisation de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (2013) demeure essentielle pour s’attaquer aux causes profondes du conflit. Cet accord, signé par 11 pays de la région, prévoit la non-ingérence, le respect de la souveraineté, et la fin du soutien aux groupes armés.

Les réactions internationales

La session spéciale du Conseil de sécurité a provoqué des réactions dans les capitales.

À Kinshasa, le gouvernement s’est félicité de « l’unanimité internationale contre l’agression rwandaise ». Le président Tshisekedi a appelé à des sanctions contre Kigali, et à un retrait immédiat des troupes rwandaises.

À Kigali, en revanche, le gouvernement a dénoncé une « mise en scène » et des « mensonges ». Le Rwanda a réaffirmé son droit à se défendre, et a accusé la RDC de collaborer avec les FDLR.

À Washington, la Maison-Blanche a menacé de nouvelles sanctions contre le Rwanda si les troupes ne se retirent pas rapidement. Les États-Unis ont également appelé la RDC à accélérer le désarmement des FDLR.

À Bruxelles, l’Union européenne a suspendu une partie de son aide au Rwanda, en signe de protestation. Cependant, les divisions entre États membres (France, Allemagne, Belgique d’un côté ; Hongrie, Autriche de l’autre) limitent la portée des mesures.

Les défis de la paix

Cette session spéciale du Conseil de sécurité a montré une unité de principe (retrait du M23 et du Rwanda), mais des divisions sur les moyens (sanctions, dialogue, médiation). Le Rwanda, soutenu par la Chine et certains pays africains, ne cède pas. Il continue de nier son implication, et de justifier ses actions par la menace des FDLR.

La RDC, elle, ne parvient pas à désarmer les FDLR, ni à restaurer son autorité dans l’Est. Les FARDC souffrent d’un mauvais équipement, d’une formation insuffisante, et parfois de corruption. Les groupes armés locaux (Maï-Maï, Nyatura, etc.) prolifèrent, profitant du chaos. Ainsi, les civils se retrouvent pris en étau.

L’accord-cadre d’Addis-Abeba, solution oubliée ?

L’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013, reste la feuille de route la plus complète pour la paix dans les Grands Lacs. Voici ses principales dispositions :

  • Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États,

  • La non-ingérence dans les affaires internes,

  • La fin du soutien aux groupes armés,

  • Le désarmement des FDLR,

  • La réforme du secteur de la sécurité,

  • La justice transitionnelle,

  • Le développement économique.

Pourtant, cet accord n’a jamais reçu une mise en œuvre pleine et entière. Les pays signataires (Angola, Burundi, RDC, Rwanda, Ouganda, Tanzanie, etc.) ont privilégié leurs intérêts nationaux au détriment de la paix régionale. L’envoyé de l’ONU, Huang Xia, a appelé à sa revitalisation. Cet appel risque de rester lettre morte, tant les tensions restent vives.

L’urgence humanitaire

Pendant que les diplomates discutent, les civils meurent. Depuis le début de l’année 2026, plus de 700 000 personnes ont fui les combats dans l’Est de la RDC. Le nombre total de déplacés internes atteint désormais 6,7 millions.

Les besoins restent immenses : nourriture, eau, soins, abris, protection. Les organisations humanitaires manquent de fonds, et d’accès aux zones sinistrées. La session spéciale du Conseil de sécurité a adopté une déclaration appelant à un accès humanitaire sans entrave. Mais sur le terrain, les routes sont coupées, les zones sont minées, les groupes armés pillent les convois.

L’impasse

La situation dans l’Est de la RDC semble dans une impasse. Le Rwanda ne retire pas ses troupes. Le M23 ne dépose pas les armes. La RDC ne parvient pas à rétablir son autorité. Enfin, la communauté internationale reste divisée.

Une fois de plus, les civils paient le prix fort : des milliers de morts, des millions de déplacés, des violences sexuelles, des enfants soldats. Cette session spéciale du Conseil de sécurité aura au moins eu le mérite de rappeler les principes : souveraineté, intégrité territoriale, non-ingérence, paix.

Reste à savoir si les parties respecteront ces principes. L’histoire de la région des Grands Lacs n’incite pas à l’optimisme. Pourtant, l’espoir, parfois, renaît.

En attendant, les diplomates retournent dans leurs capitales. Les soldats retournent au front. Les civils, eux, n’ont nulle part où aller. Ils subissent. Ils endurent. Ils espèrent. Malgré tout.

Négociations avec l’AFC/M23 : Jean-Félix Mupande dément toute participation

Sa présence sur la liste des délégués de l’AFC/M23 a surpris plus d’un observateur. En effet, Jean-Félix Mupande, ancien directeur général du Cadastre Minier (CAMI), figurait comme expert dans la délégation rebelle engagée dans les négociations avec le gouvernement congolais en Suisse. Pourtant, depuis les États-Unis, l’intéressé a tenu à clarifier sa position. Dans une vidéo enregistrée le 14 avril 2026 depuis le Colorado, il affirme n’avoir aucun lien avec ce processus et rejette catégoriquement toute participation aux discussions de Genève.

Comment l’affaire a éclaté

L’affaire a éclaté lorsque la liste des douze membres de la délégation de l’AFC/M23 est devenue publique. Parmi les six experts figurait le nom de Jean-Félix Mupande, une personnalité respectée dans le secteur minier congolais. Une telle présence, si elle s’était confirmée, aurait donné une certaine crédibilité à la rébellion. Pourtant, l’intéressé a rapidement réagi.

Une vidéo pour rétablir la vérité

Dans une séquence vidéo enregistrée depuis le Colorado, Jean-Félix Mupande s’adresse directement à l’opinion publique. Il insiste sur sa présence actuelle en laboratoire, loin de toute activité diplomatique. Voici ce qu’il déclare pour couper court aux spéculations : « Je t’envoie cette vidéo pour te montrer que je suis au laboratoire actuellement, au moment où tout le monde pense que je suis parti à Genève. »

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L’image le montre effectivement dans un laboratoire, entouré d’équipements scientifiques. Une preuve, selon lui, qu’il n’a jamais quitté les États-Unis.

« Je n’ai jamais été contacté »

Jean-Félix Mupande affirme n’avoir jamais été approché pour prendre part à ces négociations. Aucune autorité ni aucun représentant ne l’a sollicité, selon ses propres mots. « Il faudrait que tu saches que je n’ai jamais été contacté », insiste-t-il, rejetant toute idée d’implication, directe ou indirecte, dans ce processus politique. Par conséquent, il dément formellement toute adhésion à l’AFC/M23, tout lien avec la rébellion, et toute participation aux pourparlers de Genève.

Des activités académiques incompatibles avec la politique

Actuellement engagé dans ses travaux académiques à la Colorado School of Mines, le chercheur souligne l’incompatibilité entre ses activités scientifiques et une éventuelle participation à des pourparlers politiques. « Il n’a jamais été dans mes intentions d’abandonner mes activités académiques pour aller participer à des négociations », précise-t-il avec fermeté.

Jean-Félix Mupande reste un scientifique reconnu. Il travaille sur la pétrologie (l’étude des roches), un domaine éloigné de la politique congolaise. De plus, il a obtenu des financements pour ses recherches et ne souhaite pas compromettre sa carrière.

Une utilisation de son nom à des fins stratégiques ?

Face à la présence de son nom sur la liste des délégués, Jean-Félix Mupande évoque une possible manœuvre visant à renforcer la crédibilité du mouvement. « Si ce nom est apparu sur cette liste, il est probable que l’autre partie ait cherché à se renforcer avec des experts », analyse-t-il, suggérant qu’une tierce personne aurait pu mentionner son nom sans son consentement.

En clair, l’AFC/M23 aurait utilisé son nom, sa réputation, sans l’en informer, pour donner plus de poids à sa délégation. Une pratique courante dans les négociations : on ajoute des noms ronflants, parfois sans les contacter, pour impressionner l’adversaire.

Un appel à être laissé en paix

Souhaitant se tenir à l’écart des polémiques, Jean-Félix Mupande réaffirme son engagement exclusif dans la recherche scientifique. « Ces roches n’ont rien à voir avec la politique », tranche-t-il, avant de lancer un appel clair : « Si vous pouvez me laisser en paix et me laisser continuer à faire ce que je fais. »

Ce message s’adresse à la fois à la rébellion, qui a utilisé son nom sans son accord, et aux médias, qui ont relayé l’information sans vérification.

Les conséquences de cette affaire pour l’AFC/M23

Cette affaire embarrasse l’AFC/M23. La rébellion s’est laissée prendre en flagrant délit de manipulation. Elle a tenté de gonfler artificiellement sa délégation avec des noms connus, sans s’assurer de leur accord. Ainsi, cela affaiblit sa crédibilité, à quelques jours du début des négociations en Suisse. Le gouvernement congolais pourrait exiger des clarifications, voire refuser de négocier avec une délégation dont la composition est frauduleuse.

Jean-Félix Mupande, lui, n’a pas fini d’être interrogé. Des journalistes, des diplomates, des avocats vont chercher à le contacter. Il devra peut-être fournir des preuves supplémentaires de son absence de lien avec l’AFC/M23. Pourtant, son nom restera associé à cette polémique, même s’il n’est pas responsable. Une injustice, mais un risque connu pour les personnalités publiques.

Quelle est la position de l’AFC/M23 ?

L’AFC/M23 n’a pas encore réagi officiellement. Cependant, selon des sources proches de la rébellion, la liste des délégués aurait été établie dans l’urgence, sans vérification préalable. Certains noms auraient été proposés par des tiers, ou repris d’anciennes listes. Jean-Félix Mupande, qui a occupé des fonctions importantes (directeur général du CAMI), aurait été contacté indirectement, par des intermédiaires, mais n’aurait pas répondu. Dès lors, l’AFC/M23 pourrait présenter des excuses, ou maintenir sa liste en expliquant que les délégués sont libres de refuser.

La suite des négociations

Les pourparlers entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 doivent reprendre en Suisse, sous médiation qatarie. L’ordre du jour comprend : cessez-le-feu, retrait des troupes, désarmement, retour des déplacés, réformes politiques. Néanmoins, la polémique sur la composition de la délégation rebelle pourrait perturber le début des discussions. Le gouvernement pourrait exiger une nouvelle liste, avec des noms vérifiés. Le Qatar, médiateur, appelle les deux parties à la responsabilité. L’enjeu reste trop important (la paix dans l’Est) pour être compromis par une querelle de personnes.

Un scientifique malgré lui

Jean-Félix Mupande, lui, retourne à ses roches. Il n’a jamais voulu de cette publicité. Il n’a jamais souhaité être mêlé à la politique congolaise, encore moins à une rébellion. Voici son profil : chercheur, professeur, expert. Il travaille dans un laboratoire, au Colorado, à des milliers de kilomètres de Genève et de Goma.

Son seul crime : avoir un nom connu, une réputation solide, et des compétences recherchées. L’AFC/M23 a voulu l’utiliser. Il s’y oppose fermement.

Désormais, il demande qu’on le laisse en paix. Il souhaite pouvoir continuer ses recherches, enseigner, publier, loin des intrigues, des manipulations, des mensonges. L’affaire aura au moins eu le mérite de clarifier sa position. Jean-Félix Mupande n’est pas un rebelle. Il n’est pas un négociateur. Il n’est pas un expert au service de l’AFC/M23. Non : il est un scientifique. Et il veut le rester.

Les roches, elles, ne mentent pas. Elles ne trahissent pas. Elles n’utilisent pas les noms sans consentement. Peut-être est-ce pour cela qu’il les préfère à la politique. On le comprend. Et on espère qu’on le laissera, désormais, tranquille.

RDC : la CENI dépose son rapport annuel 2024-2025 à l’Assemblée nationale

Un exercice de transparence. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a reçu, mardi 14 avril 2026, le rapport annuel d’activités de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) des mains de son président, Denis Kadima. Le document, qui couvre la période 2024-2025, fait le point sur l’organisation des scrutins, la mise à jour du fichier électoral et la préparation des élections locales. Il sera désormais examiné par les députés nationaux, qui devront se prononcer sur la gestion de l’institution et l’utilisation des fonds publics.

La cérémonie s’est déroulée à la salle des Congrès du Palais du Peuple à Kinshasa, en présence des membres du bureau de la chambre basse : le premier vice-président Jean-Claude Tshilumbayi, le rapporteur Jacques Djoli Eseng’ekeli, la questeure Shimene Polipoli et la questre adjointe Grâce Neehma.

Une obligation légale et un exercice de redevabilité

Le dépôt du rapport annuel n’est pas un geste anodin. Il répond à une double exigence.

L’obligation légale, d’abord. La loi organique n°13/012 du 19 avril 2013 sur l’organisation de la CENI dispose, en son article 28, que la Commission doit transmettre ses rapports d’activités aux institutions de la République, dont l’Assemblée nationale.

L’exercice de redevabilité, ensuite. La CENI, qui gère des fonds publics considérables (plus de 1,5 milliard de dollars pour les élections de 2023), doit rendre des comptes aux représentants du peuple. Le rapport annuel est un outil de transparence et de bonne gouvernance.

Denis Kadima, en personne, a remis le document à Aimé Boji Sangara. Un geste symbolique, qui montre la volonté de la CENI de coopérer avec le Parlement.

Le bilan de la CENI selon Denis Kadima

Dans son rapport, le président de la CENI a passé en revue les principales actions de son institution.

Les avancées : organisation des élections de 2023 (présidentielle, législatives, provinciales), mise en place du fichier électoral biométrique, formation des agents, déploiement du matériel, publication des résultats.

Les défis : retards dans le paiement des fournisseurs, difficultés logistiques (transport du matériel, accès aux zones reculées), tensions politiques (contestations des résultats, violences post-électorales), insécurité dans l’Est (empêchant la tenue des scrutins dans certaines zones).

Denis Kadima a également félicité Aimé Boji Sangara pour son élection récente à la tête de l’Assemblée nationale. Il lui a souhaité plein succès dans sa mission à la deuxième institution de la République.

L’Assemblée nationale exerce son rôle de contrôle

En recevant ce rapport, le bureau de l’Assemblée nationale réaffirme son rôle de contrôle des institutions d’appui à la démocratie. Il agit dans le strict respect des textes légaux en vigueur.

Les députés ne sont pas des simples chambres d’enregistrement. Ils doivent vérifier que la CENI a bien utilisé les fonds publics, respecté les lois, et organisé des scrutins libres et transparents.

Le rapport annuel sera examiné en commission, puis débattu en plénière. Les députés pourront poser des questions, demander des documents complémentaires, et formuler des recommandations.

Trois points clés à débattre

L’examen parlementaire du rapport de la CENI portera sur trois points clés.

1. La gestion de la CENI : les députés vont analyser la gouvernance de l’institution, le respect des procédures, la gestion des ressources humaines, et les éventuels conflits d’intérêts.

2. L’utilisation des fonds publics : la CENI a dépensé des centaines de millions de dollars pour les élections de 2023. Les députés vont vérifier que l’argent a été utilisé conformément aux règles (marchés publics, contrôles internes, audits). Ils chercheront à détecter d’éventuels détournements ou gaspillages.

3. L’avancement du processus électoral : les élections locales (gouverneurs, vice-gouverneurs, conseillers communaux) sont en cours. La mise à jour du fichier électoral est un chantier permanent. Les députés vont évaluer les progrès réalisés, et identifier les obstacles.

État d’avancement des scrutins provinciaux

La CENI a récemment ouvert la campagne électorale pour l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur de la province du Sankuru. La liste définitive des candidatures a été publiée. La Commission a fait une mise au point sur le budget d’organisation du scrutin.

D’autres provinces devraient suivre dans les prochains mois. Mais l’insécurité dans l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri) complique la tenue des élections. La CENI doit trouver des solutions (vote par anticipation, report, etc.) tout en respectant les délais constitutionnels.

Cadre légal actualisé pour les scrutins à venir

Le rapport annuel 2024-2025 de la CENI mentionne la préparation des élections locales en cours. La mise à jour du fichier électoral est un chantier clé.

La CENI doit enregistrer les nouveaux majeurs, radier les décédés, corriger les doublons, et intégrer les données biométriques (photos, empreintes). Un fichier électoral fiable est la condition sine qua non de scrutins crédibles.

La Commission a également actualisé son cadre légal (lois, règlements, manuels de procédure) pour tenir compte des enseignements des élections passées.

Les enjeux actuels du processus électoral en RDC

Plusieurs enjeux pèsent sur le processus électoral en RDC.

Logistique et financement : la CENI communique spécifiquement sur les budgets, comme pour le Sankuru. Les défis logistiques (transport, stockage, déploiement du matériel) et financiers (mobilisation des fonds, maîtrise des coûts) restent au cœur du processus.

Redevabilité : la CENI vient de déposer son rapport annuel à l’Assemblée nationale. Les députés vont l’examiner, et pourront demander des comptes. Un signal de transparence envoyé aux partenaires internationaux (Union européenne, États-Unis, ONU).

Sécurité : l’accord stratégique RDC-États-Unis, signé en décembre 2025, visait notamment à répondre à la crise sécuritaire provoquée par les rebelles de l’AFC/M23 (soutenus par le Rwanda). L’insécurité dans l’Est impacte le processus électoral (empêchement des campagnes, destruction des bureaux de vote, déplacement des électeurs).

La suite de la procédure

Le rapport de la CENI va maintenant être examiné par la commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale. Cette commission pourra auditionner Denis Kadima et ses collaborateurs, et demander des documents complémentaires.

Elle rédigera ensuite un rapport, qui sera soumis à la plénière. Les députés voteront sur les conclusions de la commission, et pourront adopter des résolutions (approbation de la gestion, critiques, recommandations).

Le gouvernement, lui, devra prendre en compte ces résolutions dans sa propre évaluation de la CENI, et dans la préparation des prochains scrutins.

Un test pour la CENI et pour l’Assemblée nationale

Le dépôt du rapport annuel est un test pour la CENI, qui doit prouver sa transparence et son efficacité. C’est aussi un test pour l’Assemblée nationale, qui doit montrer sa capacité à contrôler les institutions, sans complaisance ni démagogie.

Les députés ont l’occasion de faire œuvre utile, en vérifiant la gestion des fonds publics, en identifiant les failles du système électoral, et en proposant des améliorations.

Les citoyens congolais, eux, attendent des actes. Ils veulent des élections libres et transparentes, des institutions fiables, et des dirigeants responsables.

Le rapport annuel de la CENI est une pièce du puzzle. Il appartient aux députés de jouer leur rôle. Pour la démocratie congolaise, pour la crédibilité des institutions, pour l’avenir du pays.

Motion de défiance contre Shabani : le député Laddy Yangotikala se met en retrait de son parti

Un geste fort. Le député national Laddy Yangotikala Senga, initiateur de la motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a annoncé son retrait temporaire de ses fonctions politiques au sein de son parti. Objectif : se consacrer pleinement à la procédure parlementaire en cours. Dans un message publié sur Facebook, l’élu de Kisangani-Ville justifie sa décision par « la gravité de la situation sécuritaire » qui touche plusieurs villes du pays, de Beni à Lubumbashi, en passant par Kisangani et Boma.

La motion de défiance, déposée le 13 avril 2026, secoue la majorité présidentielle. Jamais un député de l’Union sacrée n’avait osé défier aussi ouvertement un membre du gouvernement. En se mettant en retrait de son parti, Laddy Yangotikala franchit un nouveau cap.

« Un esprit de responsabilité et d’engagement républicain »

Dans son post, le député affirme agir « dans un esprit de responsabilité et d’engagement républicain ». Il précise vouloir se consacrer entièrement à la démarche engagée visant la déchéance du ministre de l’Intérieur.

« Je fais ce choix pour agir avec toute la détermination et la disponibilité nécessaires afin que la sécurité des Congolais redevienne une priorité réelle et effective », a-t-il déclaré.

Laddy Yangotikala est président ad intérim de l’Action des Volontaires pour la Relève Patriotique (AVRP), un parti politique membre de l’Union sacrée. En se retirant temporairement de ses fonctions, il évite tout conflit d’intérêts, et montre qu’il met son mandat de député au-dessus de ses responsabilités partisanes.

Une insécurité généralisée

Le député justifie sa motion par « la gravité de la situation sécuritaire » que traverse le pays. Selon lui, la criminalité et l’insécurité atteignent un niveau préoccupant dans plusieurs villes.

Il cite notamment :

  • Beni : les groupes armés (ADF, M23, etc.) sévissent dans la région, les attentats et les massacres de civils sont fréquents.

  • Butembo : ville commerçante du Nord-Kivu, touchée par les violences et les enlèvements.

  • Kisangani : sa propre circonscription, où l’insécurité grandissante inquiète les habitants.

  • Lubumbashi : la capitale économique du pays, confrontée à une recrudescence des vols à main armée et des kidnappings.

  • Boma et Moanda : villes portuaires du Kongo-Central, où la criminalité transfrontalière (contrebande, trafic de drogue, immigration clandestine) est en hausse.

Les populations vivent dans la peur, dénonce le député. Les opérations de police (Ndobo, etc.) n’ont pas endigué le phénomène. L’État est défaillant. Les autorités locales sont parfois complices.

Une procédure parlementaire en cours

La motion de défiance a été déposée le 13 avril 2026. Elle a été déclarée recevable par le bureau de l’Assemblée nationale, puis envoyée à la commission de l’Intérieur pour examen.

La commission doit auditionner le ministre Shabani, recueillir des témoignages, et rédiger un rapport. Ce rapport sera soumis à la plénière, qui votera la motion à la majorité simple.

Si la motion est adoptée, le président Tshisekedi devra limoger le ministre. Si elle est rejetée, le ministre sera conforté, mais sa position restera fragile.

Laddy Yangotikala, en se retirant de ses fonctions partisanes, montre sa détermination. Il entend mener cette procédure jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

Les réactions politiques

La décision du député a suscité de nombreuses réactions.

  • Soutien : certains députés de l’opposition, et même quelques membres de la majorité, saluent le courage de Laddy Yangotikala. Ils estiment que l’insécurité est un sujet trop grave pour être traité avec légèreté, et que le ministre Shabani doit rendre des comptes.

  • Critiques : d’autres, au sein de l’Union sacrée, accusent le député de vouloir déstabiliser le gouvernement, de jouer un jeu personnel, ou de faire le jeu de l’opposition.

  • Attentisme : la plupart des députés attendent de voir l’évolution de la procédure avant de se positionner.

Le ministre Shabani, lui, n’a pas encore réagi officiellement. Ses proches affirment qu’il est serein, qu’il a confiance en la justice parlementaire, et qu’il répondra point par point aux accusations.

Les enjeux de la motion

La motion de défiance contre Jacquemain Shabani est un test pour la majorité présidentielle. Si elle échoue, le gouvernement sera conforté, mais la question de l’insécurité restera posée. Si elle réussit, ce sera un désaveu cinglant pour le ministre, et pour le président Tshisekedi qui l’a nommé.

Les enjeux sont aussi politiques. Laddy Yangotikala, en se mettant en retrait de son parti, se pose en homme d’État, au-dessus des considérations partisanes. Un profil qui pourrait lui servir dans l’avenir, pour une candidature à un poste plus élevé.

L’opposition, elle, observe. Si la motion échoue, elle pourra dénoncer le « verrouillage » de l’Assemblée nationale par la majorité. Si elle réussit, elle pourra revendiquer le mérite d’avoir inspiré cette initiative.

La suite de la procédure

La commission de l’Intérieur doit auditionner le ministre Shabani dans les prochains jours. Laddy Yangotikala, en tant qu’initiateur, pourra être entendu, et pourra présenter ses preuves (statistiques, témoignages, rapports).

La commission rédigera ensuite son rapport, qui sera soumis à la plénière. Le vote pourrait avoir lieu d’ici la fin du mois d’avril.

En attendant, le député Laddy Yangotikala se consacre désormais exclusivement à cette mission. Il a quitté temporairement ses fonctions au sein de l’AVRP, et se tient à la disposition de l’Assemblée nationale.

Un appel à l’unité

Dans son message, le député a appelé ses collègues à l’unité et à la responsabilité. « La sécurité des Congolais n’est pas une affaire de parti, c’est une affaire nationale », a-t-il écrit.

Il a invité les députés de tous bords à soutenir sa motion, ou au moins à ne pas la bloquer par des manœuvres politiciennes. « L’heure est grave. Les citoyens meurent. Les familles sont en deuil. Nous devons agir. »

Un appel qui pourrait être entendu, ou ignoré. L’Assemblée nationale, souvent critiquée pour son manque de sérieux et son clientélisme, a l’occasion de montrer qu’elle est capable de jouer son rôle de contre-pouvoir.

L’issue de la motion dépendra de la capacité de Laddy Yangotikala à convaincre ses collègues, et de la pression de l’opinion publique.

Un précédent ?

Quelle que soit l’issue de cette motion, elle constitue un précédent. Jamais un député de la majorité n’avait défié aussi ouvertement un ministre. Jamais un député ne s’était mis en retrait de son parti pour se consacrer à une procédure parlementaire.

Laddy Yangotikala a montré qu’un élu pouvait agir avec indépendance et courage. Il a montré que l’Assemblée nationale pouvait être une arène de débats sérieux, et non une simple chambre d’enregistrement.

Les prochains jours diront si cette motion aboutira, ou si elle sera étouffée. Mais une chose est sûre : Laddy Yangotikala a marqué les esprits. Et l’insécurité, trop longtemps négligée, est désormais au cœur du débat politique congolais.

Le député a fait son devoir. Reste aux autres à faire le leur. Pour la sécurité des Congolais, pour la crédibilité des institutions, pour l’avenir de la démocratie.

RDC : l’Assemblée nationale valide l’examen de l’accord stratégique avec les États-Unis et de l’accord de paix avec le Rwanda

Un pas de plus vers la concrétisation de deux accords majeurs. Ce lundi 13 avril 2026, l’Assemblée nationale de la RDC a déclaré recevables deux projets de loi. Le premier concerne le partenariat stratégique avec les États-Unis. Le second porte sur l’accord de paix signé avec le Rwanda.

Les députés ont ensuite transmis les textes à la commission des Relations extérieures, qui dispose de vingt-quatre heures pour rendre son rapport. Dans la foulée, une motion incidente a écourté les débats. En effet, la majorité des intervenants soutenait déjà les deux accords.

La séance plénière, dirigée par le rapporteur Jacques Djoli, s’est concentrée sur ces dossiers clés. À cette occasion, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présenté et défendu les textes.

Deux accords stratégiques pour la RDC

D’abord, l’accord avec les États-Unis cible plusieurs secteurs prioritaires. Il concerne notamment les minéraux critiques. La RDC reste le premier producteur mondial de cobalt et possède aussi du cuivre, du lithium et des terres rares. Ces ressources sont essentielles pour la transition énergétique.

Ensuite, ce partenariat prévoit un volet énergétique. Il encourage le développement de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien. L’objectif est d’améliorer l’accès à l’électricité et de réduire les émissions.

Par ailleurs, les deux pays misent sur les infrastructures. Routes, ports et chemins de fer doivent être modernisés. Ainsi, le gouvernement veut désenclaver les provinces et dynamiser l’économie.

Enfin, un axe sécuritaire est inclus. Il prévoit la formation des FARDC et une coopération renforcée contre les groupes armés.

En parallèle, l’accord de paix signé avec le Rwanda vise la fin des hostilités. Il prévoit le retrait des troupes étrangères et le désarmement des groupes armés. De plus, il insiste sur le respect de l’intégrité territoriale.

Un mécanisme conjoint de sécurité est également prévu. Il inclut des patrouilles mixtes et des échanges de renseignements. L’objectif reste une stabilisation durable dans la région des Grands Lacs.

Un large soutien politique, mais sous vigilance

Dans l’hémicycle, les réactions ont été globalement favorables. Toutefois, plusieurs députés ont insisté sur la nécessité de rester vigilants.

Dans l’opposition, Célestin Musao a soutenu les textes tout en appelant à un contrôle rigoureux. De leur côté, les non-inscrits, à travers Gratien Iracan, ont également appuyé ces accords, jugés prioritaires pour la paix.

La majorité présidentielle, elle, a salué la diplomatie du chef de l’État. Elle estime que ces accords renforcent la position internationale de la RDC.

Finalement, le député Pierre Sumeyi a proposé de mettre fin aux débats. Selon lui, prolonger les discussions n’apportait plus de valeur. La plénière a donc validé cette motion.

Une ratification urgente et un tournant diplomatique

Le gouvernement veut aller vite. Le délai de vingt-quatre heures accordé à la commission en est la preuve. Kinshasa cherche ainsi à envoyer un signal fort, notamment aux investisseurs américains.

Dans le même temps, la ratification de l’accord avec le Rwanda pourrait renforcer la pression diplomatique, alors que les tensions persistent dans l’Est du pays.

D’autres dossiers restent toutefois en suspens, comme la prorogation de l’état de siège ou l’examen du rapport financier de l’Assemblée nationale.

Sur le plan international, les États-Unis ont salué cette avancée. Le Rwanda, lui, appelle au respect des engagements et insiste sur le désarmement des groupes armés.

Dans les prochaines heures, la commission va examiner les textes avant leur retour en plénière pour adoption. Si le vote est favorable, le président promulguera les lois et les accords entreront en vigueur.

Ces deux projets marquent un tournant diplomatique pour la RDC. D’un côté, le pays renforce son partenariat avec Washington. De l’autre, il tente d’apaiser ses relations avec Kigali.

Reste désormais une question essentielle : les engagements seront-ils respectés sur le terrain ?

RDC-Belgique : la ministre belge de l’Asile à Kinshasa pour parler migration

Un sujet sensible, des chiffres en hausse, et une volonté commune de réguler. La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sera à Kinshasa la semaine prochaine pour une visite de travail. L’ambassade de Belgique en RDC justifie ce déplacement par la nécessité de discuter des dossiers bilatéraux liés aux questions migratoires. En toile de fond : l’augmentation constante des demandes d’asile de citoyens congolais en Belgique, malgré un taux de rejet de 85 à 90 %. Une situation que Bruxelles veut endiguer, en renforçant la coopération avec Kinshasa.

Les relations migratoires entre la Belgique et la RDC sont anciennes, complexes, et parfois tendues. L’histoire coloniale, la francophonie, les liens familiaux, les opportunités économiques : autant de facteurs qui poussent des milliers de Congolais à tenter leur chance en Belgique.

Mais le cadre légal est strict. L’asile n’est pas une voie d’immigration économique. Il est réservé aux personnes persécutées dans leur pays d’origine. Or, force est de constater que de nombreux demandeurs congolais ne remplissent pas ces critères.

Des chiffres officiels qui interpellent

La RDC occupe la quatrième place des pays sources de demandes d’asile en Belgique. En novembre 2025, l’Office des étrangers belge a dévoilé des chiffres préoccupants : plus de 2 000 dossiers congolais pour les dix premiers mois de l’année 2025.

« De janvier à octobre, on est déjà à 2120 demandes. En novembre, sur douze jours, on a déjà 80 demandes. Donc si ça continue comme ça, on arrivera à 2500 ou un peu plus pour l’année 2025. Ce n’est pas normal », a déploré le directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont.

Des demandes jugées non fondées

Selon les autorités belges, la plupart de ces demandes proviennent de personnes qui n’ont pas de problèmes de persécution au sens de la Convention de Genève de 1951. Elles ne sont pas poursuivies pour des raisons politiques, religieuses, ou d’appartenance à un groupe social.

« Ce sont des gens qui pensent que le processus d’asile est pour rester en Belgique », s’est indigné Freddy Roosemont.

Le constat est le même pour les demandes de protection internationale. Les motifs invoqués (insécurité dans l’Est, tensions politiques) sont rarement reconnus comme valables par l’Office des étrangers.

Détournement de procédure

Le directeur général de l’Office des étrangers dénonce également le détournement de procédure. Certains demandeurs, aidés par des réseaux, fabriquent de fausses déclarations et de faux documents pour tenter d’obtenir un titre de séjour.

Une pratique illégale, qui nuit aux véritables réfugiés, et qui conduit à un taux de rejet très élevé des demandes congolaises : entre 85 et 90 %.

Le visa Schengen, un sésame détourné

Autre problème : l’utilisation détournée du visa Schengen. De nombreux Congolais obtiennent un visa de type C (visite familiale, tourisme, santé) pour entrer en Belgique, puis déposent une demande d’asile une fois sur place.

Or, le visa Schengen sert uniquement à circuler dans l’espace Schengen, pas à s’y établir. La procédure d’asile n’est pas une prolongation du visa touristique.

« La procédure d’asile n’existe en réalité que pour des personnes victimes de persécutions graves et qui craignent pour leur vie ou leur liberté », a rappelé Freddy Roosemont.

La politique migratoire belge se renforce

Face à ces dérives, la Belgique durcit sa politique migratoire. Les demandes d’asile congolaises sont systématiquement examinées avec rigueur. Les rejets sont quasi systématiques.

Mais que deviennent les déboutés ? Certains retournent au pays. D’autres tentent de rester clandestinement, sans papiers, sans aide financière, dans une précarité extrême. Une situation que la Belgique veut éviter, pour des raisons humanitaires et de sécurité.

La visite de la ministre belge

C’est dans ce contexte qu’Anneleen Van Bossuyt se rend à Kinshasa. La ministre belge de l’Asile et de la Migration veut discuter avec les autorités congolaises des moyens de lutter contre le détournement de procédure, et de renforcer la coopération migratoire.

Plusieurs axes sont sur la table :

  • La réduction des délais de traitement des demandes, pour éviter les retards et les incertitudes.

  • L’amélioration des conditions d’accueil des demandeurs, pour garantir leur dignité et leur sécurité.

  • La lutte contre le détournement de procédure, via des campagnes d’information et des contrôles renforcés.

  • Le renforcement de la coopération avec la RDC pour améliorer la situation sécuritaire et économique dans le pays d’origine.

  • La sensibilisation des demandeurs sur les procédures et les critères d’asile.

Solutions à envisager

La Belgique et la RDC sont deux pays frères, liés par l’histoire, la langue, la culture. Le flux migratoire ne cessera pas du jour au lendemain. Mais il peut être mieux géré, plus humain, plus respectueux des règles.

Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Gérer les flux migratoires de manière efficace et humaine, en créant des voies légales d’immigration (étudiants, travailleurs qualifiés, regroupement familial).

  • Protéger les droits humains des demandeurs et des réfugiés, conformément au droit international.

  • Trouver des solutions durables pour les réfugiés (réinstallation, retour volontaire, intégration locale) et pour les pays d’origine (aide au développement, renforcement de l’État de droit).

La RDC, pays d’origine, pays de transit, pays d’accueil

La RDC n’est pas seulement un pays d’origine des migrants. C’est aussi un pays de transit (pour ceux qui se rendent en Afrique du Sud, en Europe) et un pays d’accueil (pour les réfugiés rwandais, burundais, centrafricains, soudanais).

Kinshasa a donc une position complexe sur les questions migratoires. D’un côté, elle doit protéger ses propres citoyens et lutter contre l’émigration illégale. De l’autre, elle doit accueillir les réfugiés des pays voisins.

La coopération avec la Belgique peut l’aider à mieux gérer ces défis.

Un enjeu de coopération bilatérale

La visite de la ministre belge est une opportunité. Celle de renforcer le dialogue, de clarifier les règles, de mettre en place des actions concrètes.

Les deux pays ont intérêt à coopérer. La Belgique veut réduire le flux de demandes d’asile non fondées. La RDC veut protéger ses citoyens contre les réseaux de trafiquants et améliorer son image à l’international.

Un partenariat gagnant-gagnant, en somme.

L’avenir de la migration RDC-Belgique

Le sujet migratoire est sensible, éminemment politique. Il touche à l’identité, à la souveraineté, aux droits humains. Il est souvent instrumentalisé par les extrêmes.

Pourtant, la réalité est plus nuancée. La plupart des Congolais qui émigrent en Belgique ne sont ni des réfugiés politiques, ni des aventuriers. Ils sont des hommes et des femmes qui cherchent une vie meilleure, pour eux et pour leurs enfants.

La Belgique, pays riche et démocratique, a besoin de migrants pour son économie, sa démographie, sa diversité culturelle.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre. Entre accueil et contrôle, entre humanité et fermeté, entre droits et devoirs.

La ministre Anneleen Van Bossuyt et ses homologues congolais ont une occasion unique de poser les bases d’une politique migratoire plus juste, plus efficace, plus respectueuse des droits de chacun.

Rendez-vous à Kinshasa la semaine prochaine. Les discussions s’annoncent serrées, mais l’espoir d’une avancée est réel. Les deux pays, frères, peuvent montrer l’exemple en matière de coopération migratoire. L’Afrique et l’Europe les regardent.

L’ONU documente des violations des droits humains, les journalistes ciblés par le M23

La liberté d’informer reste un droit fondamental. Pourtant, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ce droit devient dangereux. Au cours du dernier mois, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a recensé sept violations graves dans le Sud-Kivu. Parmi elles, six impliquent des groupes armés Wazalendo, tandis qu’une revient à l’AFC/M23. Surtout, le rapport met en lumière une tendance inquiétante : les rebelles ciblent directement les journalistes.

Certes, le nombre de violations diminue par rapport au mois précédent. Cependant, cette baisse ne reflète pas une amélioration réelle. Au contraire, la situation reste critique. Et surtout, la pression sur les journalistes s’intensifie.

Des journalistes directement pris pour cible

D’après le rapport consulté, un cas illustre cette dérive. Le 28 janvier, à Kamanyola, des combattants du M23 ont enlevé un journaliste en pleine journée. À ce moment-là, il donnait cours dans une salle de classe. Les assaillants ont fait irruption, l’ont emmené de force, puis ont disparu.

Son tort ? Il avait publié un article sur l’assassinat d’un officier des FARDC. Ainsi, un travail journalistique classique s’est transformé en motif d’enlèvement.

Par conséquent, la liberté de la presse recule dangereusement. En ciblant les journalistes, les groupes armés cherchent à étouffer toute information indépendante. De plus, ils empêchent la documentation des exactions.

Une région sous pression permanente

Par ailleurs, ces faits confirment les conclusions de Reporters Sans Frontières. Dans son rapport publié le 26 mars, l’organisation décrit une région sous tension. Les journalistes subissent intimidations, agressions et arrestations.

En effet, six pays des Grands Lacs sont concernés : la RDC, le Burundi, l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie. Dans cette zone, près de 500 journalistes ont été arrêtés. Parmi eux, Stanis Bujakera incarne cette réalité.

En parallèle, la précarité fragilise davantage la profession. Beaucoup de journalistes travaillent sans protection. Certains choisissent l’exil. D’autres préfèrent se taire. Ainsi, l’autocensure progresse.

Dans l’Est de la RDC, le contexte sécuritaire aggrave encore les risques. Les combats se poursuivent. Les civils fuient. Et pendant ce temps, les journalistes tentent de documenter l’horreur.

Une urgence : protéger la liberté d’informer

Face à cette situation, les alertes se multiplient. Le BCNUDH et RSF appellent à agir rapidement. D’abord, ils exigent la fin des violences contre les journalistes. Ensuite, ils demandent des enquêtes sérieuses. Enfin, ils insistent sur la lutte contre l’impunité.

En effet, trop souvent, les responsables échappent à toute sanction. Cette impunité encourage de nouvelles violations. Par conséquent, la protection des journalistes devient une priorité absolue.

Dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, la stratégie reste claire. Réduire les journalistes au silence permet de contrôler le récit. Ainsi, les crimes restent invisibles.

Pendant ce temps, les processus de paix stagnent. Les discussions engagées à Doha n’avancent pas. Les cessez-le-feu sont régulièrement violés. Et, une fois encore, les civils paient le prix fort.

Parmi eux, les journalistes occupent une place particulière. Ils informent, malgré les menaces. Ils témoignent, malgré les risques. Et surtout, ils refusent de se taire.

Derrière chaque enlèvement, il y a une vie brisée. Le journaliste de Kamanyola n’est pas un simple cas. C’est un homme, un professionnel, un enseignant. Aujourd’hui encore, son sort reste inconnu.

Alors, une question demeure : combien d’autres devront disparaître avant une réaction forte ?

Plus que jamais, la mobilisation s’impose. Protéger les journalistes, c’est défendre la vérité. C’est aussi préserver la démocratie. Car sans information libre, aucune société ne peut tenir.

Et malgré tout, dans l’Est de la RDC, ils continuent. Jour après jour. Parce que c’est leur métier. Mais surtout, parce que c’est leur combat.

Aimé Boji et El Malick Ndiaye scellent une coopération parlementaire renforcée

La diplomatie parlementaire africaine est en mouvement. Ce mardi 7 avril 2026 à Lomé, le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Aimé Boji Sangara, a rencontré son homologue sénégalais, El Malick Ndiaye. En prélude à la 17e Conférence des présidents d’Assemblée et de section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, les deux responsables ont convenu d’un renforcement de leur coopération. Création d’un groupe d’amitié parlementaire, échanges d’expériences sur le contrôle budgétaire, soutien mutuel aux candidatures internationales : les chantiers sont nombreux.

La rencontre s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, mais résolument tournée vers l’action. Les deux hommes, conscients des défis communs auxquels leurs pays respectifs sont confrontés, ont décidé d’élever leur partenariat à un niveau supérieur.

Pour la RDC, il s’agit de briser l’isolement diplomatique dans lequel les tensions avec le Rwanda ont pu l’enfermer. Pour le Sénégal, c’est l’occasion de renforcer son ancrage sur le continent et de s’appuyer sur un partenaire influent au sein de la Francophonie.

La solidarité sénégalaise face à la crise dans l’Est

Au cours des échanges, la partie sénégalaise a exprimé sans ambiguïté sa solidarité face à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. El Malick Ndiaye a réaffirmé l’attachement de son pays à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, un message crucial alors que Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Le Sénégal connaît bien les affres des conflits armés. Pendant des décennies, la Casamance a été le théâtre d’une rébellion meurtrière. Cette expérience douloureuse explique, en partie, la compassion et la solidarité affichées par Dakar envers Kinshasa.

Mais au-delà du soutien moral, le Sénégal a également salué une autre victoire congolaise : celle des Léopards, qualifiés pour la Coupe du monde 2026. Un clin d’œil sportif qui n’a pas manqué de réchauffer l’atmosphère des discussions.

Un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal

Pour concrétiser cette dynamique, plusieurs pistes de coopération ont été évoquées. La plus emblématique est la création d’un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal. Ce type de structure permet d’institutionnaliser les échanges entre les deux assemblées, d’organiser des visites, des séminaires, des formations communes.

Les discussions ont également porté sur le contrôle parlementaire et budgétaire. Un sujet sensible dans les deux pays, où la gestion des finances publiques est régulièrement critiquée. L’échange d’expériences et de bonnes pratiques pourrait aider à renforcer la transparence et l’efficacité du contrôle législatif.

Enfin, les deux responsables ont évoqué la nécessité d’harmoniser les positions africaines sur les grandes questions internationales. Face à un monde de plus en plus multipolaire, les pays africains ont intérêt à parler d’une seule voix. Les parlements ont un rôle clé à jouer dans cette coordination.

Soutien mutuel aux candidatures internationales

La rencontre de Lomé a également été l’occasion d’un marchandage diplomatique assumé. Le Sénégal a sollicité le soutien de Kinshasa à sa candidature au poste de secrétaire général de l’Union interparlementaire (UIP). Une organisation qui fédère les parlements du monde entier, et dont la direction est très convoitée.

En retour, Aimé Boji Sangara a sollicité l’appui de Dakar à la candidature de la RDC au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Kinshasa a proposé la sénatrice Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, pour succéder à la Rwandaise Louise Mushikiwabo.

Les deux responsables ont convenu d’un soutien mutuel. Un échange de bons procédés classique en diplomatie, mais qui montre la volonté des deux pays de peser ensemble sur la scène internationale.

Une coopération fondée sur l’histoire et les défis communs

Aimé Boji Sangara, en réponse aux avances sénégalaises, a salué l’ouverture de son homologue. Il a mis en avant les liens historiques entre les deux pays, rappelant les défis sécuritaires auxquels ils ont été confrontés : la rébellion en Casamance pour le Sénégal, les conflits persistants dans l’Est congolais pour la RDC.

Deux pays, deux guerres, deux souffrances. Mais aussi deux résiliences, deux volontés de paix, deux démocraties qui se construisent malgré les obstacles.

Le président de l’Assemblée nationale congolaise a également exprimé son souhait de voir cette coopération s’étendre à d’autres domaines : l’économie, l’éducation, la santé, l’environnement. Les parlements, par leur pouvoir de légiférer et de contrôler, peuvent être des moteurs de développement.

Une prochaine étape à Dakar

Les deux responsables ne veulent pas en rester aux bonnes intentions. Ils ont convenu de poursuivre leurs échanges dans les prochains jours à Dakar, avec pour objectif de concrétiser ce rapprochement.

Un protocole d’accord devrait être signé, destiné à structurer les échanges d’expériences et à définir un cadre de coopération durable. La création du groupe d’amitié parlementaire sera également officialisée.

La délégation congolaise, qui comprenait également les députés Théo Kasi Ngwabije et Rubens Muhima Mikindo, est repartie satisfaite de cette première prise de contact. Les bases sont solides. Reste maintenant à les transformer en actions concrètes.

La diplomatie parlementaire, un levier stratégique

La rencontre de Lomé illustre l’importance croissante de la diplomatie parlementaire. Longtemps considérée comme le parent pauvre des relations internationales, elle est désormais reconnue comme un levier stratégique.

Les parlementaires, par leur ancrage local, leur légitimité électorale, leur capacité à nouer des liens directs avec leurs homologues, peuvent compléter l’action des diplomates de métier. Ils peuvent aborder des sujets sensibles, préparer le terrain, apaiser les tensions.

La RDC et le Sénégal l’ont bien compris. En rapprochant leurs assemblées, ils envoient un signal fort : celui d’une Afrique qui s’unit, qui coopère, qui construit son avenir ensemble.

Une Afrique plus unie et plus influente

El Malick Ndiaye l’a dit : il plaide pour une Afrique plus unie et plus influente sur la scène internationale. Aimé Boji Sangara l’a répété : la coopération interparlementaire est un levier stratégique pour le développement du continent.

Les mots sont forts. Reste à voir s’ils seront suivis d’actes. La rencontre de Dakar, dans les prochains jours, sera un test. La signature du protocole d’accord, un premier bilan.

Mais au-delà des textes, c’est une volonté politique qui s’exprime. Celle de deux pays qui choisissent de s’unir plutôt que de se diviser, de coopérer plutôt que de se concurrencer.

La RDC et le Sénégal ont des histoires différentes, des cultures distinctes, des défis spécifiques. Mais ils partagent une langue, la francophonie. Ils partagent des valeurs, la démocratie, l’État de droit. Ils partagent une ambition, celle d’un avenir meilleur pour leurs peuples.

À Lomé, Aimé Boji et El Malick Ndiaye ont posé une pierre. D’autres suivront. Et peut-être, un jour, cette coopération parlementaire deviendra un modèle pour d’autres pays africains. L’Afrique en a bien besoin.

42 opposants politiques toujours détenus arbitrairement, selon un rapport de l’ONU

La machine à broyer les opposants ne ralentit pas. Dans un rapport publié lundi 6 avril 2026, le Bureau Conjoint des Nations unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) révèle que quarante-deux membres de partis politiques restent détenus depuis janvier. Les services de renseignement et la justice militaire les ont arrêtés. Aujourd’hui, la plupart se trouvent à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa. D’autres seraient enfermés dans des « cachots clandestins » attribués au Conseil national de Cyberdéfense (CNC), souvent accusé d’abus.

Ainsi, le rapport dresse un tableau sombre de la situation des droits humains en RDC. Pourtant, le pays célèbre sa qualification historique pour la Coupe du monde. Mais, en parallèle, la répression politique continue.

Par ailleurs, les personnes arrêtées appartiennent surtout à deux partis : Ensemble pour la République de Moïse Katumbi et le PPRD de Joseph Kabila. Le pouvoir les considère comme des menaces. Dès lors, ils deviennent des cibles privilégiées.

Des arrestations ciblées et répétitives

D’abord, le rapport détaille des méthodes d’arrestation presque identiques. Des hommes armés interviennent, parfois en uniforme, parfois en civil. Ils arrivent souvent la nuit. Ensuite, ils emportent leurs cibles sans mandat et sans explication. Enfin, les familles restent sans nouvelles.

En janvier, les agents ont arrêté Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga selon ce même mode opératoire. Depuis, aucune procédure claire n’a avancé. Pourtant, plusieurs organisations ont exigé leur comparution devant un juge. Malgré cela, les autorités les maintiennent au secret.

Ndolo et les zones d’ombre du CNC

Aujourd’hui, la majorité des détenus se trouve à la prison militaire de Ndolo. Ce lieu traîne une réputation inquiétante. En effet, plusieurs témoignages dénoncent des conditions de détention très dures.

Cependant, certains opposants ne s’y trouvent même pas. Selon le rapport, des agents les retiennent dans des sites non officiels liés au CNC. Cette structure, censée lutter contre la cybercriminalité, agit désormais dans une zone grise. Ses agents restent souvent non identifiés. De plus, ses lieux de détention échappent à tout contrôle.

Déjà, en mars, Human Rights Watch avait tiré la sonnette d’alarme. L’ONG évoquait des disparitions inquiétantes. Elle accusait aussi les autorités d’utiliser le CNC pour neutraliser des opposants, souvent sous prétexte de liens avec l’AFC/M23.

Pressions internationales et silence des autorités

Face à ces accusations, le gouvernement congolais rejette toute dérive. Il affirme respecter les procédures judiciaires. Pourtant, les faits racontent une autre réalité. Les arrestations se multiplient. Les familles restent sans réponses. Et les avocats peinent à accéder aux détenus.

De leur côté, les partenaires internationaux haussent le ton. Les Nations unies, l’Union européenne et les États-Unis appellent au respect de l’État de droit. Mais, jusqu’ici, ces appels restent sans effet.

Dans ce contexte, la prison de Ndolo devient un symbole. Elle incarne cette répression dénoncée par plusieurs ONG. Surpopulation, manque de soins, conditions difficiles : les récits d’anciens détenus inquiètent.

Ainsi, l’ONU demande une libération immédiate des détenus politiques. À défaut, elle exige leur présentation rapide devant un juge indépendant. Elle rappelle aussi que la RDC a signé plusieurs traités internationaux. Or, ces engagements obligent l’État à garantir les droits fondamentaux.

Enfin, ces révélations tombent dans un climat politique tendu. Le débat sur la révision constitutionnelle divise déjà le pays. Dans ce contexte, ces arrestations soulèvent une question claire : le pouvoir cherche-t-il à contenir toute contestation ?

Pendant ce temps, les familles attendent. Elles espèrent des nouvelles. Elles réclament justice. Et surtout, elles refusent que leurs proches disparaissent dans le silence.