Trahis par Washington : 1 100 Afghans pour la RDC ? L’incroyable projet de Trump

Ils ont risqué leur vie pour l’oncle Sam. Traducteurs, guides, informateurs. Aujourd’hui, ces Afghans sont parqués dans un camp au Qatar. Et l’administration Trump veut les envoyer… en RDC. L’ONG #AfghanEvac hurle au scandale. « Une décision insensée », tonne un sénateur américain.

Mardi 21 avril 2026, Shawn VanDiver, ancien militaire américain devenu patron de l’ONG #AfghanEvac, a balancé l’information comme une bombe : Washington envisagerait de transférer plus de 1 100 Afghans – dont 400 enfants – vers la République démocratique du Congo.

Ces hommes, ces femmes, ces enfants vivent depuis des mois dans le camp d’As-Sayliyah au Qatar. Ils ont fui les talibans après 2021. Ils avaient collaboré avec l’armée américaine. Leur crime ? Avoir cru aux promesses de l’Amérique.

Aujourd’hui, l’administration Trump, qui a fait de la chasse aux migrants son cheval de bataille, veut fermer le camp. Date butoir : 31 mars. Dépassée. Alors on cherche des solutions. La solution ? La RDC.

Le choix impossible : RDC ou retour à Kaboul ?

Selon Shawn VanDiver, les Afghans n’auraient plus que deux options :

  • Accepter un transfert vers la RDC, pays en proie à une guerre civile dans son Est, avec ses cortèges de déplacés, d’épidémies et de violences.

  • Retourner en Afghanistan, où les talibans les attendent. Eux qui ont collaboré avec l’ennemi. Eux dont la mort est presque certaine.

« On ne transfère pas des alliés de guerre dont les antécédents ont été vérifiés, qui se trouvaient sous la garde des États-Unis, vers un pays en pleine décomposition », a dénoncé VanDiver. « L’administration le sait. C’est justement le but. »

Le sénateur démocrate Tim Kaine a parlé d’une décision « insensée ».

Washington se défend : « réinstallation volontaire »

Joint par l’AFP, le département d’État américain n’a pas confirmé la RDC comme destination. Mais il a évoqué une « réinstallation volontaire » à partir du Qatar.

« Le transfert vers un pays tiers constitue une solution positive qui permet aux personnes encore présentes de commencer une nouvelle vie en dehors de l’Afghanistan en toute sécurité », a déclaré un porte-parole.

« Réinstallation volontaire » ? Quand on vous donne le choix entre la RDC en guerre et l’Afghanistan taliban, peut-on vraiment parler de volontariat ?

Le précédent Biden, le virage Trump

Rappel des faits. Après la chute de Kaboul en 2021, Joe Biden avait lancé un vaste programme d’accueil. Plus de 190 000 Afghans ont été installés aux États-Unis.

Donald Trump, dès son retour à la Maison-Blanche, a démantelé ce programme. Motif officiel : la sécurité. Après qu’un Afghan souffrant de stress post-traumatique a tiré sur deux soldats de la garde nationale à Washington, tuant l’un d’eux.

Depuis, la politique américaine a viré à la fermeté absolue. Et ces 1 100 Afghans, alliés d’hier, sont devenus des boulets dont il faut se débarrasser.

400 enfants coincés dans les limbes

Parmi eux, plus de 400 enfants. Des gosses qui n’ont rien demandé. Qui ont grandi dans les camps. Qui ne connaissent de l’Afghanistan que les récits de guerre de leurs parents.

Au lieu d’une vie nouvelle aux États-Unis, ils risquent d’être parachutés dans les forêts du Kivu, où des groupes armés sèment la terreur. Ou renvoyés à Kaboul, face aux talibans.

La RDC, poubelle humanitaire ?

Pourquoi la RDC ? Kinshasa a déjà accepté un accord similaire. Le 17 avril 2026, 15 migrants refoulés des États-Unis sont arrivés dans la capitale congolaise. Un précédent qui inquiète.

Le gouvernement congolais a parlé de « séjour temporaire ». Mais l’opinion nationale, marquée par le drame des réfugiés rwandais de 1994, craint une installation durable.

Les organisations de défense des droits humains, elles, dénoncent une externalisation honteuse des responsabilités américaines.

Une promesse trahie

Ce qui se joue au Qatar, c’est la fin d’une promesse. Celle faite par l’Amérique à ceux qui ont combattu à ses côtés : « Vous serez protégés. Vous aurez une vie nouvelle. »

Aujourd’hui, cette promesse est piétinée. Ces Afghans ne sont plus des alliés. Ce sont des dossiers à régler. Des corps à déplacer.

Shawn VanDiver résume la tragédie en une phrase : « Ces personnes ont servi notre pays. Nous leur devons mieux que ça. »


Dans le désert qatari, sous des baraquements métalliques, 1 100 Afghans attendent. Leur seul crime : avoir cru en l’Amérique. Leur seul avenir possible : la RDC ou la mort. L’Amérique de Trump a choisi. Reste à savoir si le monde regardera ailleurs.

Burundi-RDC : à partir du 23 avril, un pont humanitaire pour le retour volontaire des réfugiés Congolais

Ils ont fui la guerre, les massacres et la peur. Pendant des mois, parfois des années, ils ont survécu dans des camps au Burundi. Là-bas, ils ont tout laissé derrière eux. Pourtant, un nouveau chapitre s’ouvre à partir du 23 avril 2026.

Le gouvernement burundais et le HCR annoncent un programme de retour vers la République démocratique du Congo. Ensemble, ils encadrent cette opération sensible. Ainsi, un communiqué conjoint fixe les premières règles.

Avant tout, une condition s’impose : le volontariat total. En effet, aucun réfugié ne sera forcé de rentrer. Chaque personne devra choisir librement, en connaissance de cause. Ce principe vise à protéger les plus vulnérables.

Ensuite, une étape obligatoire est prévue : l’enregistrement. L’ONPRA et le HCR organisent ce processus. Grâce à cela, les retours seront mieux structurés et évitent les désordres.

Un retour encadré mais très sélectif

Le programme ne concerne pas tous les réfugiés de la même manière. D’abord, les familles avec enfants scolarisés sont prioritaires. Ensuite, les personnes vulnérables bénéficient d’une attention particulière. Enfin, certains agents publics congolais figurent aussi parmi les premiers concernés.

Ces choix ciblent principalement le Sud-Kivu. Cette province reste fortement touchée par les conflits armés. Toutefois, les autorités espèrent y favoriser une stabilisation progressive.

Par ailleurs, le Burundi garantit la protection des réfugiés jusqu’à leur départ. Il continue aussi à fournir une assistance dans les camps. Ce soutien reste essentiel, car les ressources diminuent progressivement.

Sud-Kivu : entre retour et incertitudes sécuritaires

Cependant, rentrer ne signifie pas forcément retrouver la paix. Dans le Sud-Kivu, les groupes armés restent actifs. De plus, plusieurs zones restent difficiles d’accès.

Ainsi, le programme ne promet pas un retour simple. Il garantit plutôt un retour encadré et sécurisé. Pour cela, le HCR et ses partenaires mettent en place une logistique spécifique.

En parallèle, les autorités parlent d’une étape importante pour la stabilisation régionale. Pourtant, les humanitaires restent prudents. Ils rappellent que les retours dans les Grands Lacs ont souvent été complexes.

Une opération attendue, entre espoir et prudence

Le 23 avril marque donc un tournant. Progressivement, les premiers convois quitteront les camps. Dans les familles, les décisions restent difficiles. Certains veulent rentrer rapidement. D’autres hésitent encore.

Ainsi, la peur de l’inconnu s’oppose au désir du retour. Pourtant, beaucoup espèrent retrouver leurs terres et reconstruire leur vie.

Pour le Burundi, ce programme teste sa capacité humanitaire. Pour la RDC, il s’agit d’un défi d’accueil et de stabilité. Enfin, pour le HCR, c’est une mission d’équilibre entre protection et solutions durables.

Au final, chaque départ raconte une histoire de survie. Et chaque retour ouvre la possibilité d’un nouveau départ.

Judith Suminwa crée la polémique sur les migrants et les « préférences » aux entreprises américaines

Une interview suffit parfois à provoquer une tempête. Invitée le 18 avril 2026 sur TV5 Monde, Judith Suminwa Tuluka s’est exprimée sans détour sur deux dossiers sensibles : l’accueil de migrants venus des États-Unis et les partenariats économiques avec Washington.

En qualifiant cet accueil de « service rendu à l’Amérique », elle a immédiatement suscité des réactions. Par ailleurs, son évocation de « préférences » accordées à certaines entreprises étrangères a accentué la controverse. Très vite, les réseaux sociaux se sont enflammés.

De retour de Washington après les réunions du FMI et de la Banque mondiale, la Première ministre a abordé plusieurs sujets. Toutefois, deux déclarations ont particulièrement retenu l’attention.

Migrants et ressources : des propos qui interrogent

D’abord, la question migratoire a cristallisé les critiques. Selon la cheffe du gouvernement, la RDC accueille temporairement des demandeurs d’asile venus d’Amérique latine, après leur passage aux États-Unis.

Elle insiste sur un point : les autorités américaines prennent en charge leur séjour. Pourtant, l’expression « service rendu à l’Amérique » a choqué. En conséquence, de nombreux internautes ont dénoncé une atteinte à la dignité nationale.

Ensuite, plusieurs zones d’ombre persistent. Quelle est la durée du séjour ? Quel cadre juridique encadre cet accord ? Quelles contreparties existent réellement ? Faute de réponses claires, la méfiance grandit.

Dans un second temps, les propos sur les investissements miniers ont ravivé les inquiétudes. La Première ministre a évoqué une possible « préférence » pour certaines entreprises, selon les avantages proposés.

Certains observateurs redoutent un déséquilibre. En effet, les ressources minières restent un pilier stratégique pour la RDC. D’autres, en revanche, y voient une approche pragmatique pour attirer des capitaux étrangers.

Une communication gouvernementale sous pression

Au-delà du fond, c’est surtout la forme qui pose problème. À l’ère des réseaux sociaux, chaque mot pèse lourd. Ainsi, la formule employée a été jugée maladroite, voire préjudiciable à l’image du pays.

Rapidement, l’opposition a dénoncé un alignement excessif sur les États-Unis. De son côté, la société civile exige plus de transparence sur les accords évoqués.

Malgré ces critiques, Judith Suminwa Tuluka maintient sa ligne. Elle affirme vouloir combiner fermeté et développement. Néanmoins, cet épisode fragilise sa communication politique.

En définitive, cette interview relance un débat de fond. Elle pose des questions sur la souveraineté, la gestion des ressources et la stratégie diplomatique du pays.

Désormais, le gouvernement devra clarifier ses positions. Sans cela, les critiques risquent de s’intensifier. Dans un contexte aussi sensible, chaque déclaration compte — et ses effets sont immédiats.

Kinshasa accueille l’Université d’été du Conseil de l’Europe dédiée à la jeunesse

Un événement international pour la jeunesse se prépare à Kinshasa. La République démocratique du Congo accueillera, en juillet prochain, l’organisation de l’Université d’été du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, un colloque international destiné à la jeunesse. Dans cette perspective, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a présidé ce mercredi 15 avril 2026 à Kinshasa une réunion préparatoire avec Claudio Costanza, chef adjoint de la coordination de la sécurité sur le terrain du Conseil de l’Europe. L’objectif : harmoniser les positions sur la logistique et la sécurité de l’événement.

La rencontre s’est déroulée dans une salle de réunion du ministère, en présence des cadres et experts. L’ambiance était à la fois cordiale et résolument tournée vers l’action.

Une volonté politique affirmée

D’entrée de jeu, le ministre Samuel Mbemba a réaffirmé la détermination du gouvernement à mobiliser les moyens logistiques, humains et financiers nécessaires au bon déroulement de cette initiative.

Il a souligné la volonté politique des autorités congolaises, estimant qu’elles entendent soutenir activement l’événement, notamment à travers la prise en charge des participants.

« La RDC est honorée d’accueillir cette Université d’été. C’est une reconnaissance de nos efforts en matière de promotion des droits humains et de dialogue avec la jeunesse », a déclaré le ministre.

Un espace d’échanges et de réflexion

L’Université d’été du Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe est un colloque international qui réunit des jeunes venus de divers pays, dont la RDC.

Objectifs :

  • Échanges : permettre aux jeunes de différents horizons (Europe, Afrique, Moyen-Orient) de se rencontrer, de discuter, de partager leurs expériences.

  • Réflexion : approfondir les thématiques liées aux droits humains, à la démocratie, à la paix, au développement durable.

  • Formation : proposer des ateliers, des conférences, des débats, animés par des experts internationaux.

  • Réseautage : créer des liens durables entre les participants, pour des projets futurs.

Le Centre Nord-Sud du Conseil de l’Europe, basé à Lisbonne (Portugal), œuvre à promouvoir le dialogue, la solidarité et la sensibilisation entre les régions du Nord et du Sud.

Logistique et sécurité : les garanties congolaises

En réponse aux préoccupations soulevées par Claudio Costanza, notamment en matière de logistique et de sécurité, Samuel Mbemba a assuré que les institutions congolaises travaillent en synergie.

  • Logistique : hébergement, restauration, transport, salles de conférence, équipements audiovisuels, tout sera mis en œuvre pour accueillir les participants dans les meilleures conditions.

  • Sécurité : la police nationale, les services de renseignement, et l’armée seront mobilisés pour garantir la sécurité des participants et du personnel, pendant toute la durée de l’événement.

Le ministre a insisté : la RDC a l’habitude d’organiser des manifestations internationales (sommet de la Francophonie, conférences de l’ONU, etc.). Elle dispose d’une expertise et de ressources.

La satisfaction du Conseil de l’Europe

Satisfait des garanties apportées, Claudio Costanza a salué l’implication des autorités congolaises.

« Nous avons discuté des aspects logistiques et sécuritaires liés à l’organisation de l’Université d’été. L’objectif est de réunir des jeunes autour d’un forum consacré aux questions des droits de l’homme », a-t-il déclaré.

Le chef adjoint de la coordination de la sécurité sur le terrain a également visité les sites potentiels pour l’événement : universités, centres de conférence, hôtels. Il s’est dit impressionné par la qualité des infrastructures.

Les thèmes de l’Université d’été

L’Université d’été 2026, dont le programme détaillé sera publié prochainement, abordera plusieurs thèmes.

  • Droits humains : situation en RDC et dans le monde, mécanismes de protection, rôle de la société civile.

  • Démocratie et gouvernance : élections, participation citoyenne, lutte contre la corruption.

  • Paix et sécurité : résolution des conflits, prévention des violences, réconciliation nationale.

  • Développement durable : objectifs de l’ONU, transition écologique, emploi des jeunes.

  • Numérique : accès aux technologies, protection des données, lutte contre la désinformation.

Des experts internationaux (Conseil de l’Europe, ONU, Union européenne, universités) animeront les sessions. Des jeunes Congolais, sélectionnés sur dossier, participeront aux débats.

La participation congolaise

Le gouvernement congolais a décidé de prendre en charge les frais de participation des jeunes Congolais sélectionnés (transport, hébergement, restauration). Une manière de favoriser l’accès à cet événement aux jeunes de toutes les provinces, y compris les plus défavorisés.

Un appel à candidatures sera lancé dans les prochaines semaines. Les critères : âge (18-30 ans), engagement associatif, intérêt pour les droits humains, maîtrise du français ou de l’anglais.

Des quotas seront prévus pour les jeunes filles, les personnes handicapées, et les jeunes de l’Est du pays (touché par les conflits).

Accueillir l’Université d’été du Centre Nord-Sud est un honneur, mais aussi une responsabilité. La RDC, souvent critiquée pour sa situation des droits humains, peut montrer sa face positive : une jeunesse dynamique, une société civile active, une volonté politique de progrès.

L’événement est aussi une opportunité de promouvoir l’image du pays à l’international. Des journalistes étrangers sont attendus. Des retombées médiatiques sont espérées.

Enfin, l’Université d’été pourrait créer une dynamique durable. Les jeunes Congolais formés lors de cette session pourraient devenir des ambassadeurs des droits humains, des relais de la démocratie, des acteurs du changement.

Les préparatifs s’accélèrent

La réunion de ce mercredi 15 avril a marqué le lancement officiel des préparatifs. Une task force a été mise en place, composée de représentants du ministère des Droits humains, du ministère des Affaires étrangères, du ministère de l’Intérieur, du ministère de la Jeunesse, et du Comité national d’organisation.

Un calendrier a été arrêté :

  • Mai 2026 : lancement de l’appel à candidatures, sélection des jeunes, réservation des sites.

  • Juin 2026 : finalisation du programme, formation des encadreurs, tests de sécurité.

  • Juillet 2026 : tenue de l’Université d’été (dates précises à confirmer).

Le budget est en cours d’évaluation. Le gouvernement congolais contribuera pour une part, le Conseil de l’Europe pour l’autre. Des partenaires (ONU, UE, Banque mondiale) sont sollicités.

Un message d’espoir

L’organisation de cette Université d’été est un message d’espoir. Dans un pays souvent associé à la guerre, à la pauvreté, à la corruption, la RDC montre qu’elle peut aussi être un espace de dialogue, de formation, de partage.

Les jeunes Congolais, qui représentent plus de 60% de la population, sont l’avenir du pays. Leur donner les moyens de s’informer, de se former, de s’engager, c’est investir dans la paix et le développement.

L’Université d’été du Centre Nord-Sud est une étape. Une étape vers une société plus ouverte, plus démocratique, plus respectueuse des droits humains.

Le ministre Samuel Mbemba, le Conseil de l’Europe, les partenaires internationaux, les jeunes participants : tous sont engagés dans cette aventure.

Rendez-vous en juillet à Kinshasa. Les débats promettent d’être passionnants. Les rencontres, enrichissantes. Et l’espoir, palpable.

La RDC, malgré ses difficultés, se tourne vers l’avenir. Avec ses jeunes, sa volonté, et le soutien de la communauté internationale.

L’Université d’été n’est qu’un début. Mais un début prometteur. Pour la jeunesse congolaise, pour les droits humains, pour la démocratie. Un début à ne pas manquer.

ONU : le Conseil de sécurité exige le retrait immédiat du M23 et de l’armée rwandaise de la RDC

Le Jeudi 15 avril 2026 à New York, le Conseil de sécurité de l’ONU a tenu une session spéciale sur la situation dans la région des Grands Lacs. Une dizaine de pays ont pris la parole. Tous ont unanimement demandé le retrait immédiat du M23 et de l’armée rwandaise du sol congolais. Pourtant, le représentant du Rwanda a dénoncé un « discours de haine » contre les rwandophones, tandis que son homologue congolais a rejeté les allégations sur les FDLR. Sur le terrain, la situation reste tendue.

Pourquoi cette session spéciale ?

La France et les États-Unis ont convoqué cette session spéciale pour faire le point sur l’évolution du conflit dans l’Est de la RDC. À cet endroit, les rebelles du M23, soutenus par le Rwanda selon Kinshasa, contrôlent plusieurs territoires.

Unanimité sur le retrait

Les pays membres du Conseil de sécurité (États-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie, etc.) ont affiché une unité remarquable. Tous ont condamné l’offensive du M23. Tous ont exigé son retrait des zones occupées. Enfin, tous ont demandé le départ des troupes rwandaises du territoire congolais.

Le représentant de la France a parlé d’« agression inacceptable ». Celui des États-Unis a évoqué des « preuves accablantes » du soutien militaire rwandais au M23. Le Royaume-Uni a appelé à des « sanctions ciblées » contre les responsables rwandais. Même la Chine, pourtant alliée traditionnelle du Rwanda, a appelé au « respect de l’intégrité territoriale de la RDC » et au « retrait des forces étrangères ».

La position du Rwanda

Le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies, Ernest Rwamucyo, a dénoncé un « discours de haine contre les rwandophones ». Il a expliqué, une fois encore, que les FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), toujours présents en RDC, continuent de constituer un danger pour la sécurité intérieure du Rwanda.

Selon Kigali, les FDLR représentent une menace existentielle. Ce groupe armé rassemble d’anciens génocidaires hutus rwandais, qui ont fui leur pays après le génocide de 1994. Ces derniers préparent, selon Kigali, un retour armé au Rwanda. Ainsi, le Rwanda affirme avoir le droit de se défendre, y compris en poursuivant les FDLR sur le territoire congolais. Néanmoins, Kinshasa et la communauté internationale rejettent cette argumentation.

La réplique congolaise

Le représentant permanent de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, a qualifié les allégations rwandaises d’« incohérentes et non justifiées ». Il a affirmé que la RDC dispose des moyens suffisants pour protéger sa population. Voici ce qu’il a martelé : « Pour l’essentiel, vous n’avez pas le droit de venir protéger les populations congolaises sur leur territoire. La République démocratique du Congo est suffisamment outillée pour assurer la sécurité de ses propres populations. »

Il a ajouté une pique cinglante : « C’est un pays qui compte, du reste, 450 tribus, alors que le vôtre n’en compte que deux. Vous n’arrivez pas à les gérer, et vous souhaitez venir gérer nos 450 tribus ? » Cette déclaration choc a suscité des réactions contrastées. Certains y ont vu une défense légitime de la souveraineté nationale. D’autres l’ont jugée maladroite, voire xénophobe.

Sur le terrain, la guerre continue

Pendant que les diplomates discutaient à New York, les armes continuaient de tuer dans l’Est de la RDC. En effet, les affrontements entre l’armée congolaise (FARDC) et le M23, appuyé par le Rwanda, se sont intensifiés.

Des combats ont éclaté au Nord-Kivu (territoires de Masisi, Rutshuru, Nyiragongo) et au Sud-Kivu (territoires de Kalehe, Walungu). Des civils ont perdu la vie, d’autres ont été blessés. Des milliers de personnes ont fui leurs maisons. Le cessez-le-feu négocié à Doha, puis à Washington, subit des violations régulières. Les belligérants s’accusent mutuellement de ne pas respecter leurs engagements.

L’appel de l’envoyé de l’ONU

L’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU dans la région des Grands Lacs, Huang Xia, a tiré la sonnette d’alarme. Il a appelé toutes les parties à un cessez-le-feu immédiat. Voici sa déclaration : « Je conclus par un appel aux deux parties : aucune résolution, aucune médiation, aucun mécanisme de vérification ne pourra aboutir si les parties directement concernées ne choisissent pas la voie de la paix. »

Il a ensuite appelé la RDC, le Rwanda et tous les acteurs concernés, notamment l’AFC/M23, à « reprendre un dialogue franc, à réduire immédiatement les tensions et à veiller à la mise en œuvre effective, sans délai, de l’ensemble de leurs engagements ». Par ailleurs, Huang Xia a rappelé que la revitalisation de l’accord-cadre d’Addis-Abeba (2013) demeure essentielle pour s’attaquer aux causes profondes du conflit. Cet accord, signé par 11 pays de la région, prévoit la non-ingérence, le respect de la souveraineté, et la fin du soutien aux groupes armés.

Les réactions internationales

La session spéciale du Conseil de sécurité a provoqué des réactions dans les capitales.

À Kinshasa, le gouvernement s’est félicité de « l’unanimité internationale contre l’agression rwandaise ». Le président Tshisekedi a appelé à des sanctions contre Kigali, et à un retrait immédiat des troupes rwandaises.

À Kigali, en revanche, le gouvernement a dénoncé une « mise en scène » et des « mensonges ». Le Rwanda a réaffirmé son droit à se défendre, et a accusé la RDC de collaborer avec les FDLR.

À Washington, la Maison-Blanche a menacé de nouvelles sanctions contre le Rwanda si les troupes ne se retirent pas rapidement. Les États-Unis ont également appelé la RDC à accélérer le désarmement des FDLR.

À Bruxelles, l’Union européenne a suspendu une partie de son aide au Rwanda, en signe de protestation. Cependant, les divisions entre États membres (France, Allemagne, Belgique d’un côté ; Hongrie, Autriche de l’autre) limitent la portée des mesures.

Les défis de la paix

Cette session spéciale du Conseil de sécurité a montré une unité de principe (retrait du M23 et du Rwanda), mais des divisions sur les moyens (sanctions, dialogue, médiation). Le Rwanda, soutenu par la Chine et certains pays africains, ne cède pas. Il continue de nier son implication, et de justifier ses actions par la menace des FDLR.

La RDC, elle, ne parvient pas à désarmer les FDLR, ni à restaurer son autorité dans l’Est. Les FARDC souffrent d’un mauvais équipement, d’une formation insuffisante, et parfois de corruption. Les groupes armés locaux (Maï-Maï, Nyatura, etc.) prolifèrent, profitant du chaos. Ainsi, les civils se retrouvent pris en étau.

L’accord-cadre d’Addis-Abeba, solution oubliée ?

L’accord-cadre d’Addis-Abeba, signé en 2013, reste la feuille de route la plus complète pour la paix dans les Grands Lacs. Voici ses principales dispositions :

  • Le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États,

  • La non-ingérence dans les affaires internes,

  • La fin du soutien aux groupes armés,

  • Le désarmement des FDLR,

  • La réforme du secteur de la sécurité,

  • La justice transitionnelle,

  • Le développement économique.

Pourtant, cet accord n’a jamais reçu une mise en œuvre pleine et entière. Les pays signataires (Angola, Burundi, RDC, Rwanda, Ouganda, Tanzanie, etc.) ont privilégié leurs intérêts nationaux au détriment de la paix régionale. L’envoyé de l’ONU, Huang Xia, a appelé à sa revitalisation. Cet appel risque de rester lettre morte, tant les tensions restent vives.

L’urgence humanitaire

Pendant que les diplomates discutent, les civils meurent. Depuis le début de l’année 2026, plus de 700 000 personnes ont fui les combats dans l’Est de la RDC. Le nombre total de déplacés internes atteint désormais 6,7 millions.

Les besoins restent immenses : nourriture, eau, soins, abris, protection. Les organisations humanitaires manquent de fonds, et d’accès aux zones sinistrées. La session spéciale du Conseil de sécurité a adopté une déclaration appelant à un accès humanitaire sans entrave. Mais sur le terrain, les routes sont coupées, les zones sont minées, les groupes armés pillent les convois.

L’impasse

La situation dans l’Est de la RDC semble dans une impasse. Le Rwanda ne retire pas ses troupes. Le M23 ne dépose pas les armes. La RDC ne parvient pas à rétablir son autorité. Enfin, la communauté internationale reste divisée.

Une fois de plus, les civils paient le prix fort : des milliers de morts, des millions de déplacés, des violences sexuelles, des enfants soldats. Cette session spéciale du Conseil de sécurité aura au moins eu le mérite de rappeler les principes : souveraineté, intégrité territoriale, non-ingérence, paix.

Reste à savoir si les parties respecteront ces principes. L’histoire de la région des Grands Lacs n’incite pas à l’optimisme. Pourtant, l’espoir, parfois, renaît.

En attendant, les diplomates retournent dans leurs capitales. Les soldats retournent au front. Les civils, eux, n’ont nulle part où aller. Ils subissent. Ils endurent. Ils espèrent. Malgré tout.

Négociations avec l’AFC/M23 : Jean-Félix Mupande dément toute participation

Sa présence sur la liste des délégués de l’AFC/M23 a surpris plus d’un observateur. En effet, Jean-Félix Mupande, ancien directeur général du Cadastre Minier (CAMI), figurait comme expert dans la délégation rebelle engagée dans les négociations avec le gouvernement congolais en Suisse. Pourtant, depuis les États-Unis, l’intéressé a tenu à clarifier sa position. Dans une vidéo enregistrée le 14 avril 2026 depuis le Colorado, il affirme n’avoir aucun lien avec ce processus et rejette catégoriquement toute participation aux discussions de Genève.

Comment l’affaire a éclaté

L’affaire a éclaté lorsque la liste des douze membres de la délégation de l’AFC/M23 est devenue publique. Parmi les six experts figurait le nom de Jean-Félix Mupande, une personnalité respectée dans le secteur minier congolais. Une telle présence, si elle s’était confirmée, aurait donné une certaine crédibilité à la rébellion. Pourtant, l’intéressé a rapidement réagi.

Une vidéo pour rétablir la vérité

Dans une séquence vidéo enregistrée depuis le Colorado, Jean-Félix Mupande s’adresse directement à l’opinion publique. Il insiste sur sa présence actuelle en laboratoire, loin de toute activité diplomatique. Voici ce qu’il déclare pour couper court aux spéculations : « Je t’envoie cette vidéo pour te montrer que je suis au laboratoire actuellement, au moment où tout le monde pense que je suis parti à Genève. »

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L’image le montre effectivement dans un laboratoire, entouré d’équipements scientifiques. Une preuve, selon lui, qu’il n’a jamais quitté les États-Unis.

« Je n’ai jamais été contacté »

Jean-Félix Mupande affirme n’avoir jamais été approché pour prendre part à ces négociations. Aucune autorité ni aucun représentant ne l’a sollicité, selon ses propres mots. « Il faudrait que tu saches que je n’ai jamais été contacté », insiste-t-il, rejetant toute idée d’implication, directe ou indirecte, dans ce processus politique. Par conséquent, il dément formellement toute adhésion à l’AFC/M23, tout lien avec la rébellion, et toute participation aux pourparlers de Genève.

Des activités académiques incompatibles avec la politique

Actuellement engagé dans ses travaux académiques à la Colorado School of Mines, le chercheur souligne l’incompatibilité entre ses activités scientifiques et une éventuelle participation à des pourparlers politiques. « Il n’a jamais été dans mes intentions d’abandonner mes activités académiques pour aller participer à des négociations », précise-t-il avec fermeté.

Jean-Félix Mupande reste un scientifique reconnu. Il travaille sur la pétrologie (l’étude des roches), un domaine éloigné de la politique congolaise. De plus, il a obtenu des financements pour ses recherches et ne souhaite pas compromettre sa carrière.

Une utilisation de son nom à des fins stratégiques ?

Face à la présence de son nom sur la liste des délégués, Jean-Félix Mupande évoque une possible manœuvre visant à renforcer la crédibilité du mouvement. « Si ce nom est apparu sur cette liste, il est probable que l’autre partie ait cherché à se renforcer avec des experts », analyse-t-il, suggérant qu’une tierce personne aurait pu mentionner son nom sans son consentement.

En clair, l’AFC/M23 aurait utilisé son nom, sa réputation, sans l’en informer, pour donner plus de poids à sa délégation. Une pratique courante dans les négociations : on ajoute des noms ronflants, parfois sans les contacter, pour impressionner l’adversaire.

Un appel à être laissé en paix

Souhaitant se tenir à l’écart des polémiques, Jean-Félix Mupande réaffirme son engagement exclusif dans la recherche scientifique. « Ces roches n’ont rien à voir avec la politique », tranche-t-il, avant de lancer un appel clair : « Si vous pouvez me laisser en paix et me laisser continuer à faire ce que je fais. »

Ce message s’adresse à la fois à la rébellion, qui a utilisé son nom sans son accord, et aux médias, qui ont relayé l’information sans vérification.

Les conséquences de cette affaire pour l’AFC/M23

Cette affaire embarrasse l’AFC/M23. La rébellion s’est laissée prendre en flagrant délit de manipulation. Elle a tenté de gonfler artificiellement sa délégation avec des noms connus, sans s’assurer de leur accord. Ainsi, cela affaiblit sa crédibilité, à quelques jours du début des négociations en Suisse. Le gouvernement congolais pourrait exiger des clarifications, voire refuser de négocier avec une délégation dont la composition est frauduleuse.

Jean-Félix Mupande, lui, n’a pas fini d’être interrogé. Des journalistes, des diplomates, des avocats vont chercher à le contacter. Il devra peut-être fournir des preuves supplémentaires de son absence de lien avec l’AFC/M23. Pourtant, son nom restera associé à cette polémique, même s’il n’est pas responsable. Une injustice, mais un risque connu pour les personnalités publiques.

Quelle est la position de l’AFC/M23 ?

L’AFC/M23 n’a pas encore réagi officiellement. Cependant, selon des sources proches de la rébellion, la liste des délégués aurait été établie dans l’urgence, sans vérification préalable. Certains noms auraient été proposés par des tiers, ou repris d’anciennes listes. Jean-Félix Mupande, qui a occupé des fonctions importantes (directeur général du CAMI), aurait été contacté indirectement, par des intermédiaires, mais n’aurait pas répondu. Dès lors, l’AFC/M23 pourrait présenter des excuses, ou maintenir sa liste en expliquant que les délégués sont libres de refuser.

La suite des négociations

Les pourparlers entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 doivent reprendre en Suisse, sous médiation qatarie. L’ordre du jour comprend : cessez-le-feu, retrait des troupes, désarmement, retour des déplacés, réformes politiques. Néanmoins, la polémique sur la composition de la délégation rebelle pourrait perturber le début des discussions. Le gouvernement pourrait exiger une nouvelle liste, avec des noms vérifiés. Le Qatar, médiateur, appelle les deux parties à la responsabilité. L’enjeu reste trop important (la paix dans l’Est) pour être compromis par une querelle de personnes.

Un scientifique malgré lui

Jean-Félix Mupande, lui, retourne à ses roches. Il n’a jamais voulu de cette publicité. Il n’a jamais souhaité être mêlé à la politique congolaise, encore moins à une rébellion. Voici son profil : chercheur, professeur, expert. Il travaille dans un laboratoire, au Colorado, à des milliers de kilomètres de Genève et de Goma.

Son seul crime : avoir un nom connu, une réputation solide, et des compétences recherchées. L’AFC/M23 a voulu l’utiliser. Il s’y oppose fermement.

Désormais, il demande qu’on le laisse en paix. Il souhaite pouvoir continuer ses recherches, enseigner, publier, loin des intrigues, des manipulations, des mensonges. L’affaire aura au moins eu le mérite de clarifier sa position. Jean-Félix Mupande n’est pas un rebelle. Il n’est pas un négociateur. Il n’est pas un expert au service de l’AFC/M23. Non : il est un scientifique. Et il veut le rester.

Les roches, elles, ne mentent pas. Elles ne trahissent pas. Elles n’utilisent pas les noms sans consentement. Peut-être est-ce pour cela qu’il les préfère à la politique. On le comprend. Et on espère qu’on le laissera, désormais, tranquille.

RDC : la CENI dépose son rapport annuel 2024-2025 à l’Assemblée nationale

Un exercice de transparence. Le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a reçu, mardi 14 avril 2026, le rapport annuel d’activités de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) des mains de son président, Denis Kadima. Le document, qui couvre la période 2024-2025, fait le point sur l’organisation des scrutins, la mise à jour du fichier électoral et la préparation des élections locales. Il sera désormais examiné par les députés nationaux, qui devront se prononcer sur la gestion de l’institution et l’utilisation des fonds publics.

La cérémonie s’est déroulée à la salle des Congrès du Palais du Peuple à Kinshasa, en présence des membres du bureau de la chambre basse : le premier vice-président Jean-Claude Tshilumbayi, le rapporteur Jacques Djoli Eseng’ekeli, la questeure Shimene Polipoli et la questre adjointe Grâce Neehma.

Une obligation légale et un exercice de redevabilité

Le dépôt du rapport annuel n’est pas un geste anodin. Il répond à une double exigence.

L’obligation légale, d’abord. La loi organique n°13/012 du 19 avril 2013 sur l’organisation de la CENI dispose, en son article 28, que la Commission doit transmettre ses rapports d’activités aux institutions de la République, dont l’Assemblée nationale.

L’exercice de redevabilité, ensuite. La CENI, qui gère des fonds publics considérables (plus de 1,5 milliard de dollars pour les élections de 2023), doit rendre des comptes aux représentants du peuple. Le rapport annuel est un outil de transparence et de bonne gouvernance.

Denis Kadima, en personne, a remis le document à Aimé Boji Sangara. Un geste symbolique, qui montre la volonté de la CENI de coopérer avec le Parlement.

Le bilan de la CENI selon Denis Kadima

Dans son rapport, le président de la CENI a passé en revue les principales actions de son institution.

Les avancées : organisation des élections de 2023 (présidentielle, législatives, provinciales), mise en place du fichier électoral biométrique, formation des agents, déploiement du matériel, publication des résultats.

Les défis : retards dans le paiement des fournisseurs, difficultés logistiques (transport du matériel, accès aux zones reculées), tensions politiques (contestations des résultats, violences post-électorales), insécurité dans l’Est (empêchant la tenue des scrutins dans certaines zones).

Denis Kadima a également félicité Aimé Boji Sangara pour son élection récente à la tête de l’Assemblée nationale. Il lui a souhaité plein succès dans sa mission à la deuxième institution de la République.

L’Assemblée nationale exerce son rôle de contrôle

En recevant ce rapport, le bureau de l’Assemblée nationale réaffirme son rôle de contrôle des institutions d’appui à la démocratie. Il agit dans le strict respect des textes légaux en vigueur.

Les députés ne sont pas des simples chambres d’enregistrement. Ils doivent vérifier que la CENI a bien utilisé les fonds publics, respecté les lois, et organisé des scrutins libres et transparents.

Le rapport annuel sera examiné en commission, puis débattu en plénière. Les députés pourront poser des questions, demander des documents complémentaires, et formuler des recommandations.

Trois points clés à débattre

L’examen parlementaire du rapport de la CENI portera sur trois points clés.

1. La gestion de la CENI : les députés vont analyser la gouvernance de l’institution, le respect des procédures, la gestion des ressources humaines, et les éventuels conflits d’intérêts.

2. L’utilisation des fonds publics : la CENI a dépensé des centaines de millions de dollars pour les élections de 2023. Les députés vont vérifier que l’argent a été utilisé conformément aux règles (marchés publics, contrôles internes, audits). Ils chercheront à détecter d’éventuels détournements ou gaspillages.

3. L’avancement du processus électoral : les élections locales (gouverneurs, vice-gouverneurs, conseillers communaux) sont en cours. La mise à jour du fichier électoral est un chantier permanent. Les députés vont évaluer les progrès réalisés, et identifier les obstacles.

État d’avancement des scrutins provinciaux

La CENI a récemment ouvert la campagne électorale pour l’élection du gouverneur et du vice-gouverneur de la province du Sankuru. La liste définitive des candidatures a été publiée. La Commission a fait une mise au point sur le budget d’organisation du scrutin.

D’autres provinces devraient suivre dans les prochains mois. Mais l’insécurité dans l’Est (Nord-Kivu, Sud-Kivu, Ituri) complique la tenue des élections. La CENI doit trouver des solutions (vote par anticipation, report, etc.) tout en respectant les délais constitutionnels.

Cadre légal actualisé pour les scrutins à venir

Le rapport annuel 2024-2025 de la CENI mentionne la préparation des élections locales en cours. La mise à jour du fichier électoral est un chantier clé.

La CENI doit enregistrer les nouveaux majeurs, radier les décédés, corriger les doublons, et intégrer les données biométriques (photos, empreintes). Un fichier électoral fiable est la condition sine qua non de scrutins crédibles.

La Commission a également actualisé son cadre légal (lois, règlements, manuels de procédure) pour tenir compte des enseignements des élections passées.

Les enjeux actuels du processus électoral en RDC

Plusieurs enjeux pèsent sur le processus électoral en RDC.

Logistique et financement : la CENI communique spécifiquement sur les budgets, comme pour le Sankuru. Les défis logistiques (transport, stockage, déploiement du matériel) et financiers (mobilisation des fonds, maîtrise des coûts) restent au cœur du processus.

Redevabilité : la CENI vient de déposer son rapport annuel à l’Assemblée nationale. Les députés vont l’examiner, et pourront demander des comptes. Un signal de transparence envoyé aux partenaires internationaux (Union européenne, États-Unis, ONU).

Sécurité : l’accord stratégique RDC-États-Unis, signé en décembre 2025, visait notamment à répondre à la crise sécuritaire provoquée par les rebelles de l’AFC/M23 (soutenus par le Rwanda). L’insécurité dans l’Est impacte le processus électoral (empêchement des campagnes, destruction des bureaux de vote, déplacement des électeurs).

La suite de la procédure

Le rapport de la CENI va maintenant être examiné par la commission politique, administrative et juridique de l’Assemblée nationale. Cette commission pourra auditionner Denis Kadima et ses collaborateurs, et demander des documents complémentaires.

Elle rédigera ensuite un rapport, qui sera soumis à la plénière. Les députés voteront sur les conclusions de la commission, et pourront adopter des résolutions (approbation de la gestion, critiques, recommandations).

Le gouvernement, lui, devra prendre en compte ces résolutions dans sa propre évaluation de la CENI, et dans la préparation des prochains scrutins.

Un test pour la CENI et pour l’Assemblée nationale

Le dépôt du rapport annuel est un test pour la CENI, qui doit prouver sa transparence et son efficacité. C’est aussi un test pour l’Assemblée nationale, qui doit montrer sa capacité à contrôler les institutions, sans complaisance ni démagogie.

Les députés ont l’occasion de faire œuvre utile, en vérifiant la gestion des fonds publics, en identifiant les failles du système électoral, et en proposant des améliorations.

Les citoyens congolais, eux, attendent des actes. Ils veulent des élections libres et transparentes, des institutions fiables, et des dirigeants responsables.

Le rapport annuel de la CENI est une pièce du puzzle. Il appartient aux députés de jouer leur rôle. Pour la démocratie congolaise, pour la crédibilité des institutions, pour l’avenir du pays.

Motion de défiance contre Shabani : le député Laddy Yangotikala se met en retrait de son parti

Un geste fort. Le député national Laddy Yangotikala Senga, initiateur de la motion de défiance contre le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani Lukoo, a annoncé son retrait temporaire de ses fonctions politiques au sein de son parti. Objectif : se consacrer pleinement à la procédure parlementaire en cours. Dans un message publié sur Facebook, l’élu de Kisangani-Ville justifie sa décision par « la gravité de la situation sécuritaire » qui touche plusieurs villes du pays, de Beni à Lubumbashi, en passant par Kisangani et Boma.

La motion de défiance, déposée le 13 avril 2026, secoue la majorité présidentielle. Jamais un député de l’Union sacrée n’avait osé défier aussi ouvertement un membre du gouvernement. En se mettant en retrait de son parti, Laddy Yangotikala franchit un nouveau cap.

« Un esprit de responsabilité et d’engagement républicain »

Dans son post, le député affirme agir « dans un esprit de responsabilité et d’engagement républicain ». Il précise vouloir se consacrer entièrement à la démarche engagée visant la déchéance du ministre de l’Intérieur.

« Je fais ce choix pour agir avec toute la détermination et la disponibilité nécessaires afin que la sécurité des Congolais redevienne une priorité réelle et effective », a-t-il déclaré.

Laddy Yangotikala est président ad intérim de l’Action des Volontaires pour la Relève Patriotique (AVRP), un parti politique membre de l’Union sacrée. En se retirant temporairement de ses fonctions, il évite tout conflit d’intérêts, et montre qu’il met son mandat de député au-dessus de ses responsabilités partisanes.

Une insécurité généralisée

Le député justifie sa motion par « la gravité de la situation sécuritaire » que traverse le pays. Selon lui, la criminalité et l’insécurité atteignent un niveau préoccupant dans plusieurs villes.

Il cite notamment :

  • Beni : les groupes armés (ADF, M23, etc.) sévissent dans la région, les attentats et les massacres de civils sont fréquents.

  • Butembo : ville commerçante du Nord-Kivu, touchée par les violences et les enlèvements.

  • Kisangani : sa propre circonscription, où l’insécurité grandissante inquiète les habitants.

  • Lubumbashi : la capitale économique du pays, confrontée à une recrudescence des vols à main armée et des kidnappings.

  • Boma et Moanda : villes portuaires du Kongo-Central, où la criminalité transfrontalière (contrebande, trafic de drogue, immigration clandestine) est en hausse.

Les populations vivent dans la peur, dénonce le député. Les opérations de police (Ndobo, etc.) n’ont pas endigué le phénomène. L’État est défaillant. Les autorités locales sont parfois complices.

Une procédure parlementaire en cours

La motion de défiance a été déposée le 13 avril 2026. Elle a été déclarée recevable par le bureau de l’Assemblée nationale, puis envoyée à la commission de l’Intérieur pour examen.

La commission doit auditionner le ministre Shabani, recueillir des témoignages, et rédiger un rapport. Ce rapport sera soumis à la plénière, qui votera la motion à la majorité simple.

Si la motion est adoptée, le président Tshisekedi devra limoger le ministre. Si elle est rejetée, le ministre sera conforté, mais sa position restera fragile.

Laddy Yangotikala, en se retirant de ses fonctions partisanes, montre sa détermination. Il entend mener cette procédure jusqu’au bout, quoi qu’il en coûte.

Les réactions politiques

La décision du député a suscité de nombreuses réactions.

  • Soutien : certains députés de l’opposition, et même quelques membres de la majorité, saluent le courage de Laddy Yangotikala. Ils estiment que l’insécurité est un sujet trop grave pour être traité avec légèreté, et que le ministre Shabani doit rendre des comptes.

  • Critiques : d’autres, au sein de l’Union sacrée, accusent le député de vouloir déstabiliser le gouvernement, de jouer un jeu personnel, ou de faire le jeu de l’opposition.

  • Attentisme : la plupart des députés attendent de voir l’évolution de la procédure avant de se positionner.

Le ministre Shabani, lui, n’a pas encore réagi officiellement. Ses proches affirment qu’il est serein, qu’il a confiance en la justice parlementaire, et qu’il répondra point par point aux accusations.

Les enjeux de la motion

La motion de défiance contre Jacquemain Shabani est un test pour la majorité présidentielle. Si elle échoue, le gouvernement sera conforté, mais la question de l’insécurité restera posée. Si elle réussit, ce sera un désaveu cinglant pour le ministre, et pour le président Tshisekedi qui l’a nommé.

Les enjeux sont aussi politiques. Laddy Yangotikala, en se mettant en retrait de son parti, se pose en homme d’État, au-dessus des considérations partisanes. Un profil qui pourrait lui servir dans l’avenir, pour une candidature à un poste plus élevé.

L’opposition, elle, observe. Si la motion échoue, elle pourra dénoncer le « verrouillage » de l’Assemblée nationale par la majorité. Si elle réussit, elle pourra revendiquer le mérite d’avoir inspiré cette initiative.

La suite de la procédure

La commission de l’Intérieur doit auditionner le ministre Shabani dans les prochains jours. Laddy Yangotikala, en tant qu’initiateur, pourra être entendu, et pourra présenter ses preuves (statistiques, témoignages, rapports).

La commission rédigera ensuite son rapport, qui sera soumis à la plénière. Le vote pourrait avoir lieu d’ici la fin du mois d’avril.

En attendant, le député Laddy Yangotikala se consacre désormais exclusivement à cette mission. Il a quitté temporairement ses fonctions au sein de l’AVRP, et se tient à la disposition de l’Assemblée nationale.

Un appel à l’unité

Dans son message, le député a appelé ses collègues à l’unité et à la responsabilité. « La sécurité des Congolais n’est pas une affaire de parti, c’est une affaire nationale », a-t-il écrit.

Il a invité les députés de tous bords à soutenir sa motion, ou au moins à ne pas la bloquer par des manœuvres politiciennes. « L’heure est grave. Les citoyens meurent. Les familles sont en deuil. Nous devons agir. »

Un appel qui pourrait être entendu, ou ignoré. L’Assemblée nationale, souvent critiquée pour son manque de sérieux et son clientélisme, a l’occasion de montrer qu’elle est capable de jouer son rôle de contre-pouvoir.

L’issue de la motion dépendra de la capacité de Laddy Yangotikala à convaincre ses collègues, et de la pression de l’opinion publique.

Un précédent ?

Quelle que soit l’issue de cette motion, elle constitue un précédent. Jamais un député de la majorité n’avait défié aussi ouvertement un ministre. Jamais un député ne s’était mis en retrait de son parti pour se consacrer à une procédure parlementaire.

Laddy Yangotikala a montré qu’un élu pouvait agir avec indépendance et courage. Il a montré que l’Assemblée nationale pouvait être une arène de débats sérieux, et non une simple chambre d’enregistrement.

Les prochains jours diront si cette motion aboutira, ou si elle sera étouffée. Mais une chose est sûre : Laddy Yangotikala a marqué les esprits. Et l’insécurité, trop longtemps négligée, est désormais au cœur du débat politique congolais.

Le député a fait son devoir. Reste aux autres à faire le leur. Pour la sécurité des Congolais, pour la crédibilité des institutions, pour l’avenir de la démocratie.

RDC : l’Assemblée nationale valide l’examen de l’accord stratégique avec les États-Unis et de l’accord de paix avec le Rwanda

Un pas de plus vers la concrétisation de deux accords majeurs. Ce lundi 13 avril 2026, l’Assemblée nationale de la RDC a déclaré recevables deux projets de loi. Le premier concerne le partenariat stratégique avec les États-Unis. Le second porte sur l’accord de paix signé avec le Rwanda.

Les députés ont ensuite transmis les textes à la commission des Relations extérieures, qui dispose de vingt-quatre heures pour rendre son rapport. Dans la foulée, une motion incidente a écourté les débats. En effet, la majorité des intervenants soutenait déjà les deux accords.

La séance plénière, dirigée par le rapporteur Jacques Djoli, s’est concentrée sur ces dossiers clés. À cette occasion, la ministre des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présenté et défendu les textes.

Deux accords stratégiques pour la RDC

D’abord, l’accord avec les États-Unis cible plusieurs secteurs prioritaires. Il concerne notamment les minéraux critiques. La RDC reste le premier producteur mondial de cobalt et possède aussi du cuivre, du lithium et des terres rares. Ces ressources sont essentielles pour la transition énergétique.

Ensuite, ce partenariat prévoit un volet énergétique. Il encourage le développement de l’hydroélectricité, du solaire et de l’éolien. L’objectif est d’améliorer l’accès à l’électricité et de réduire les émissions.

Par ailleurs, les deux pays misent sur les infrastructures. Routes, ports et chemins de fer doivent être modernisés. Ainsi, le gouvernement veut désenclaver les provinces et dynamiser l’économie.

Enfin, un axe sécuritaire est inclus. Il prévoit la formation des FARDC et une coopération renforcée contre les groupes armés.

En parallèle, l’accord de paix signé avec le Rwanda vise la fin des hostilités. Il prévoit le retrait des troupes étrangères et le désarmement des groupes armés. De plus, il insiste sur le respect de l’intégrité territoriale.

Un mécanisme conjoint de sécurité est également prévu. Il inclut des patrouilles mixtes et des échanges de renseignements. L’objectif reste une stabilisation durable dans la région des Grands Lacs.

Un large soutien politique, mais sous vigilance

Dans l’hémicycle, les réactions ont été globalement favorables. Toutefois, plusieurs députés ont insisté sur la nécessité de rester vigilants.

Dans l’opposition, Célestin Musao a soutenu les textes tout en appelant à un contrôle rigoureux. De leur côté, les non-inscrits, à travers Gratien Iracan, ont également appuyé ces accords, jugés prioritaires pour la paix.

La majorité présidentielle, elle, a salué la diplomatie du chef de l’État. Elle estime que ces accords renforcent la position internationale de la RDC.

Finalement, le député Pierre Sumeyi a proposé de mettre fin aux débats. Selon lui, prolonger les discussions n’apportait plus de valeur. La plénière a donc validé cette motion.

Une ratification urgente et un tournant diplomatique

Le gouvernement veut aller vite. Le délai de vingt-quatre heures accordé à la commission en est la preuve. Kinshasa cherche ainsi à envoyer un signal fort, notamment aux investisseurs américains.

Dans le même temps, la ratification de l’accord avec le Rwanda pourrait renforcer la pression diplomatique, alors que les tensions persistent dans l’Est du pays.

D’autres dossiers restent toutefois en suspens, comme la prorogation de l’état de siège ou l’examen du rapport financier de l’Assemblée nationale.

Sur le plan international, les États-Unis ont salué cette avancée. Le Rwanda, lui, appelle au respect des engagements et insiste sur le désarmement des groupes armés.

Dans les prochaines heures, la commission va examiner les textes avant leur retour en plénière pour adoption. Si le vote est favorable, le président promulguera les lois et les accords entreront en vigueur.

Ces deux projets marquent un tournant diplomatique pour la RDC. D’un côté, le pays renforce son partenariat avec Washington. De l’autre, il tente d’apaiser ses relations avec Kigali.

Reste désormais une question essentielle : les engagements seront-ils respectés sur le terrain ?

RDC-Belgique : la ministre belge de l’Asile à Kinshasa pour parler migration

Un sujet sensible, des chiffres en hausse, et une volonté commune de réguler. La ministre belge de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, sera à Kinshasa la semaine prochaine pour une visite de travail. L’ambassade de Belgique en RDC justifie ce déplacement par la nécessité de discuter des dossiers bilatéraux liés aux questions migratoires. En toile de fond : l’augmentation constante des demandes d’asile de citoyens congolais en Belgique, malgré un taux de rejet de 85 à 90 %. Une situation que Bruxelles veut endiguer, en renforçant la coopération avec Kinshasa.

Les relations migratoires entre la Belgique et la RDC sont anciennes, complexes, et parfois tendues. L’histoire coloniale, la francophonie, les liens familiaux, les opportunités économiques : autant de facteurs qui poussent des milliers de Congolais à tenter leur chance en Belgique.

Mais le cadre légal est strict. L’asile n’est pas une voie d’immigration économique. Il est réservé aux personnes persécutées dans leur pays d’origine. Or, force est de constater que de nombreux demandeurs congolais ne remplissent pas ces critères.

Des chiffres officiels qui interpellent

La RDC occupe la quatrième place des pays sources de demandes d’asile en Belgique. En novembre 2025, l’Office des étrangers belge a dévoilé des chiffres préoccupants : plus de 2 000 dossiers congolais pour les dix premiers mois de l’année 2025.

« De janvier à octobre, on est déjà à 2120 demandes. En novembre, sur douze jours, on a déjà 80 demandes. Donc si ça continue comme ça, on arrivera à 2500 ou un peu plus pour l’année 2025. Ce n’est pas normal », a déploré le directeur général de l’Office des étrangers, Freddy Roosemont.

Des demandes jugées non fondées

Selon les autorités belges, la plupart de ces demandes proviennent de personnes qui n’ont pas de problèmes de persécution au sens de la Convention de Genève de 1951. Elles ne sont pas poursuivies pour des raisons politiques, religieuses, ou d’appartenance à un groupe social.

« Ce sont des gens qui pensent que le processus d’asile est pour rester en Belgique », s’est indigné Freddy Roosemont.

Le constat est le même pour les demandes de protection internationale. Les motifs invoqués (insécurité dans l’Est, tensions politiques) sont rarement reconnus comme valables par l’Office des étrangers.

Détournement de procédure

Le directeur général de l’Office des étrangers dénonce également le détournement de procédure. Certains demandeurs, aidés par des réseaux, fabriquent de fausses déclarations et de faux documents pour tenter d’obtenir un titre de séjour.

Une pratique illégale, qui nuit aux véritables réfugiés, et qui conduit à un taux de rejet très élevé des demandes congolaises : entre 85 et 90 %.

Le visa Schengen, un sésame détourné

Autre problème : l’utilisation détournée du visa Schengen. De nombreux Congolais obtiennent un visa de type C (visite familiale, tourisme, santé) pour entrer en Belgique, puis déposent une demande d’asile une fois sur place.

Or, le visa Schengen sert uniquement à circuler dans l’espace Schengen, pas à s’y établir. La procédure d’asile n’est pas une prolongation du visa touristique.

« La procédure d’asile n’existe en réalité que pour des personnes victimes de persécutions graves et qui craignent pour leur vie ou leur liberté », a rappelé Freddy Roosemont.

La politique migratoire belge se renforce

Face à ces dérives, la Belgique durcit sa politique migratoire. Les demandes d’asile congolaises sont systématiquement examinées avec rigueur. Les rejets sont quasi systématiques.

Mais que deviennent les déboutés ? Certains retournent au pays. D’autres tentent de rester clandestinement, sans papiers, sans aide financière, dans une précarité extrême. Une situation que la Belgique veut éviter, pour des raisons humanitaires et de sécurité.

La visite de la ministre belge

C’est dans ce contexte qu’Anneleen Van Bossuyt se rend à Kinshasa. La ministre belge de l’Asile et de la Migration veut discuter avec les autorités congolaises des moyens de lutter contre le détournement de procédure, et de renforcer la coopération migratoire.

Plusieurs axes sont sur la table :

  • La réduction des délais de traitement des demandes, pour éviter les retards et les incertitudes.

  • L’amélioration des conditions d’accueil des demandeurs, pour garantir leur dignité et leur sécurité.

  • La lutte contre le détournement de procédure, via des campagnes d’information et des contrôles renforcés.

  • Le renforcement de la coopération avec la RDC pour améliorer la situation sécuritaire et économique dans le pays d’origine.

  • La sensibilisation des demandeurs sur les procédures et les critères d’asile.

Solutions à envisager

La Belgique et la RDC sont deux pays frères, liés par l’histoire, la langue, la culture. Le flux migratoire ne cessera pas du jour au lendemain. Mais il peut être mieux géré, plus humain, plus respectueux des règles.

Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées :

  • Gérer les flux migratoires de manière efficace et humaine, en créant des voies légales d’immigration (étudiants, travailleurs qualifiés, regroupement familial).

  • Protéger les droits humains des demandeurs et des réfugiés, conformément au droit international.

  • Trouver des solutions durables pour les réfugiés (réinstallation, retour volontaire, intégration locale) et pour les pays d’origine (aide au développement, renforcement de l’État de droit).

La RDC, pays d’origine, pays de transit, pays d’accueil

La RDC n’est pas seulement un pays d’origine des migrants. C’est aussi un pays de transit (pour ceux qui se rendent en Afrique du Sud, en Europe) et un pays d’accueil (pour les réfugiés rwandais, burundais, centrafricains, soudanais).

Kinshasa a donc une position complexe sur les questions migratoires. D’un côté, elle doit protéger ses propres citoyens et lutter contre l’émigration illégale. De l’autre, elle doit accueillir les réfugiés des pays voisins.

La coopération avec la Belgique peut l’aider à mieux gérer ces défis.

Un enjeu de coopération bilatérale

La visite de la ministre belge est une opportunité. Celle de renforcer le dialogue, de clarifier les règles, de mettre en place des actions concrètes.

Les deux pays ont intérêt à coopérer. La Belgique veut réduire le flux de demandes d’asile non fondées. La RDC veut protéger ses citoyens contre les réseaux de trafiquants et améliorer son image à l’international.

Un partenariat gagnant-gagnant, en somme.

L’avenir de la migration RDC-Belgique

Le sujet migratoire est sensible, éminemment politique. Il touche à l’identité, à la souveraineté, aux droits humains. Il est souvent instrumentalisé par les extrêmes.

Pourtant, la réalité est plus nuancée. La plupart des Congolais qui émigrent en Belgique ne sont ni des réfugiés politiques, ni des aventuriers. Ils sont des hommes et des femmes qui cherchent une vie meilleure, pour eux et pour leurs enfants.

La Belgique, pays riche et démocratique, a besoin de migrants pour son économie, sa démographie, sa diversité culturelle.

L’enjeu est donc de trouver un équilibre. Entre accueil et contrôle, entre humanité et fermeté, entre droits et devoirs.

La ministre Anneleen Van Bossuyt et ses homologues congolais ont une occasion unique de poser les bases d’une politique migratoire plus juste, plus efficace, plus respectueuse des droits de chacun.

Rendez-vous à Kinshasa la semaine prochaine. Les discussions s’annoncent serrées, mais l’espoir d’une avancée est réel. Les deux pays, frères, peuvent montrer l’exemple en matière de coopération migratoire. L’Afrique et l’Europe les regardent.

L’ONU documente des violations des droits humains, les journalistes ciblés par le M23

La liberté d’informer reste un droit fondamental. Pourtant, dans l’Est de la République démocratique du Congo, ce droit devient dangereux. Au cours du dernier mois, le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH) a recensé sept violations graves dans le Sud-Kivu. Parmi elles, six impliquent des groupes armés Wazalendo, tandis qu’une revient à l’AFC/M23. Surtout, le rapport met en lumière une tendance inquiétante : les rebelles ciblent directement les journalistes.

Certes, le nombre de violations diminue par rapport au mois précédent. Cependant, cette baisse ne reflète pas une amélioration réelle. Au contraire, la situation reste critique. Et surtout, la pression sur les journalistes s’intensifie.

Des journalistes directement pris pour cible

D’après le rapport consulté, un cas illustre cette dérive. Le 28 janvier, à Kamanyola, des combattants du M23 ont enlevé un journaliste en pleine journée. À ce moment-là, il donnait cours dans une salle de classe. Les assaillants ont fait irruption, l’ont emmené de force, puis ont disparu.

Son tort ? Il avait publié un article sur l’assassinat d’un officier des FARDC. Ainsi, un travail journalistique classique s’est transformé en motif d’enlèvement.

Par conséquent, la liberté de la presse recule dangereusement. En ciblant les journalistes, les groupes armés cherchent à étouffer toute information indépendante. De plus, ils empêchent la documentation des exactions.

Une région sous pression permanente

Par ailleurs, ces faits confirment les conclusions de Reporters Sans Frontières. Dans son rapport publié le 26 mars, l’organisation décrit une région sous tension. Les journalistes subissent intimidations, agressions et arrestations.

En effet, six pays des Grands Lacs sont concernés : la RDC, le Burundi, l’Ouganda, le Kenya, le Rwanda et la Tanzanie. Dans cette zone, près de 500 journalistes ont été arrêtés. Parmi eux, Stanis Bujakera incarne cette réalité.

En parallèle, la précarité fragilise davantage la profession. Beaucoup de journalistes travaillent sans protection. Certains choisissent l’exil. D’autres préfèrent se taire. Ainsi, l’autocensure progresse.

Dans l’Est de la RDC, le contexte sécuritaire aggrave encore les risques. Les combats se poursuivent. Les civils fuient. Et pendant ce temps, les journalistes tentent de documenter l’horreur.

Une urgence : protéger la liberté d’informer

Face à cette situation, les alertes se multiplient. Le BCNUDH et RSF appellent à agir rapidement. D’abord, ils exigent la fin des violences contre les journalistes. Ensuite, ils demandent des enquêtes sérieuses. Enfin, ils insistent sur la lutte contre l’impunité.

En effet, trop souvent, les responsables échappent à toute sanction. Cette impunité encourage de nouvelles violations. Par conséquent, la protection des journalistes devient une priorité absolue.

Dans les zones contrôlées par l’AFC/M23, la stratégie reste claire. Réduire les journalistes au silence permet de contrôler le récit. Ainsi, les crimes restent invisibles.

Pendant ce temps, les processus de paix stagnent. Les discussions engagées à Doha n’avancent pas. Les cessez-le-feu sont régulièrement violés. Et, une fois encore, les civils paient le prix fort.

Parmi eux, les journalistes occupent une place particulière. Ils informent, malgré les menaces. Ils témoignent, malgré les risques. Et surtout, ils refusent de se taire.

Derrière chaque enlèvement, il y a une vie brisée. Le journaliste de Kamanyola n’est pas un simple cas. C’est un homme, un professionnel, un enseignant. Aujourd’hui encore, son sort reste inconnu.

Alors, une question demeure : combien d’autres devront disparaître avant une réaction forte ?

Plus que jamais, la mobilisation s’impose. Protéger les journalistes, c’est défendre la vérité. C’est aussi préserver la démocratie. Car sans information libre, aucune société ne peut tenir.

Et malgré tout, dans l’Est de la RDC, ils continuent. Jour après jour. Parce que c’est leur métier. Mais surtout, parce que c’est leur combat.

Aimé Boji et El Malick Ndiaye scellent une coopération parlementaire renforcée

La diplomatie parlementaire africaine est en mouvement. Ce mardi 7 avril 2026 à Lomé, le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Aimé Boji Sangara, a rencontré son homologue sénégalais, El Malick Ndiaye. En prélude à la 17e Conférence des présidents d’Assemblée et de section de la Région Afrique de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, les deux responsables ont convenu d’un renforcement de leur coopération. Création d’un groupe d’amitié parlementaire, échanges d’expériences sur le contrôle budgétaire, soutien mutuel aux candidatures internationales : les chantiers sont nombreux.

La rencontre s’est déroulée dans une atmosphère cordiale, mais résolument tournée vers l’action. Les deux hommes, conscients des défis communs auxquels leurs pays respectifs sont confrontés, ont décidé d’élever leur partenariat à un niveau supérieur.

Pour la RDC, il s’agit de briser l’isolement diplomatique dans lequel les tensions avec le Rwanda ont pu l’enfermer. Pour le Sénégal, c’est l’occasion de renforcer son ancrage sur le continent et de s’appuyer sur un partenaire influent au sein de la Francophonie.

La solidarité sénégalaise face à la crise dans l’Est

Au cours des échanges, la partie sénégalaise a exprimé sans ambiguïté sa solidarité face à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. El Malick Ndiaye a réaffirmé l’attachement de son pays à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, un message crucial alors que Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de soutenir la rébellion de l’AFC/M23.

Le Sénégal connaît bien les affres des conflits armés. Pendant des décennies, la Casamance a été le théâtre d’une rébellion meurtrière. Cette expérience douloureuse explique, en partie, la compassion et la solidarité affichées par Dakar envers Kinshasa.

Mais au-delà du soutien moral, le Sénégal a également salué une autre victoire congolaise : celle des Léopards, qualifiés pour la Coupe du monde 2026. Un clin d’œil sportif qui n’a pas manqué de réchauffer l’atmosphère des discussions.

Un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal

Pour concrétiser cette dynamique, plusieurs pistes de coopération ont été évoquées. La plus emblématique est la création d’un groupe d’amitié parlementaire RDC-Sénégal. Ce type de structure permet d’institutionnaliser les échanges entre les deux assemblées, d’organiser des visites, des séminaires, des formations communes.

Les discussions ont également porté sur le contrôle parlementaire et budgétaire. Un sujet sensible dans les deux pays, où la gestion des finances publiques est régulièrement critiquée. L’échange d’expériences et de bonnes pratiques pourrait aider à renforcer la transparence et l’efficacité du contrôle législatif.

Enfin, les deux responsables ont évoqué la nécessité d’harmoniser les positions africaines sur les grandes questions internationales. Face à un monde de plus en plus multipolaire, les pays africains ont intérêt à parler d’une seule voix. Les parlements ont un rôle clé à jouer dans cette coordination.

Soutien mutuel aux candidatures internationales

La rencontre de Lomé a également été l’occasion d’un marchandage diplomatique assumé. Le Sénégal a sollicité le soutien de Kinshasa à sa candidature au poste de secrétaire général de l’Union interparlementaire (UIP). Une organisation qui fédère les parlements du monde entier, et dont la direction est très convoitée.

En retour, Aimé Boji Sangara a sollicité l’appui de Dakar à la candidature de la RDC au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Kinshasa a proposé la sénatrice Juliana Lumumba, fille de Patrice Lumumba, pour succéder à la Rwandaise Louise Mushikiwabo.

Les deux responsables ont convenu d’un soutien mutuel. Un échange de bons procédés classique en diplomatie, mais qui montre la volonté des deux pays de peser ensemble sur la scène internationale.

Une coopération fondée sur l’histoire et les défis communs

Aimé Boji Sangara, en réponse aux avances sénégalaises, a salué l’ouverture de son homologue. Il a mis en avant les liens historiques entre les deux pays, rappelant les défis sécuritaires auxquels ils ont été confrontés : la rébellion en Casamance pour le Sénégal, les conflits persistants dans l’Est congolais pour la RDC.

Deux pays, deux guerres, deux souffrances. Mais aussi deux résiliences, deux volontés de paix, deux démocraties qui se construisent malgré les obstacles.

Le président de l’Assemblée nationale congolaise a également exprimé son souhait de voir cette coopération s’étendre à d’autres domaines : l’économie, l’éducation, la santé, l’environnement. Les parlements, par leur pouvoir de légiférer et de contrôler, peuvent être des moteurs de développement.

Une prochaine étape à Dakar

Les deux responsables ne veulent pas en rester aux bonnes intentions. Ils ont convenu de poursuivre leurs échanges dans les prochains jours à Dakar, avec pour objectif de concrétiser ce rapprochement.

Un protocole d’accord devrait être signé, destiné à structurer les échanges d’expériences et à définir un cadre de coopération durable. La création du groupe d’amitié parlementaire sera également officialisée.

La délégation congolaise, qui comprenait également les députés Théo Kasi Ngwabije et Rubens Muhima Mikindo, est repartie satisfaite de cette première prise de contact. Les bases sont solides. Reste maintenant à les transformer en actions concrètes.

La diplomatie parlementaire, un levier stratégique

La rencontre de Lomé illustre l’importance croissante de la diplomatie parlementaire. Longtemps considérée comme le parent pauvre des relations internationales, elle est désormais reconnue comme un levier stratégique.

Les parlementaires, par leur ancrage local, leur légitimité électorale, leur capacité à nouer des liens directs avec leurs homologues, peuvent compléter l’action des diplomates de métier. Ils peuvent aborder des sujets sensibles, préparer le terrain, apaiser les tensions.

La RDC et le Sénégal l’ont bien compris. En rapprochant leurs assemblées, ils envoient un signal fort : celui d’une Afrique qui s’unit, qui coopère, qui construit son avenir ensemble.

Une Afrique plus unie et plus influente

El Malick Ndiaye l’a dit : il plaide pour une Afrique plus unie et plus influente sur la scène internationale. Aimé Boji Sangara l’a répété : la coopération interparlementaire est un levier stratégique pour le développement du continent.

Les mots sont forts. Reste à voir s’ils seront suivis d’actes. La rencontre de Dakar, dans les prochains jours, sera un test. La signature du protocole d’accord, un premier bilan.

Mais au-delà des textes, c’est une volonté politique qui s’exprime. Celle de deux pays qui choisissent de s’unir plutôt que de se diviser, de coopérer plutôt que de se concurrencer.

La RDC et le Sénégal ont des histoires différentes, des cultures distinctes, des défis spécifiques. Mais ils partagent une langue, la francophonie. Ils partagent des valeurs, la démocratie, l’État de droit. Ils partagent une ambition, celle d’un avenir meilleur pour leurs peuples.

À Lomé, Aimé Boji et El Malick Ndiaye ont posé une pierre. D’autres suivront. Et peut-être, un jour, cette coopération parlementaire deviendra un modèle pour d’autres pays africains. L’Afrique en a bien besoin.

42 opposants politiques toujours détenus arbitrairement, selon un rapport de l’ONU

La machine à broyer les opposants ne ralentit pas. Dans un rapport publié lundi 6 avril 2026, le Bureau Conjoint des Nations unies aux Droits de l’Homme (BCNUDH) révèle que quarante-deux membres de partis politiques restent détenus depuis janvier. Les services de renseignement et la justice militaire les ont arrêtés. Aujourd’hui, la plupart se trouvent à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa. D’autres seraient enfermés dans des « cachots clandestins » attribués au Conseil national de Cyberdéfense (CNC), souvent accusé d’abus.

Ainsi, le rapport dresse un tableau sombre de la situation des droits humains en RDC. Pourtant, le pays célèbre sa qualification historique pour la Coupe du monde. Mais, en parallèle, la répression politique continue.

Par ailleurs, les personnes arrêtées appartiennent surtout à deux partis : Ensemble pour la République de Moïse Katumbi et le PPRD de Joseph Kabila. Le pouvoir les considère comme des menaces. Dès lors, ils deviennent des cibles privilégiées.

Des arrestations ciblées et répétitives

D’abord, le rapport détaille des méthodes d’arrestation presque identiques. Des hommes armés interviennent, parfois en uniforme, parfois en civil. Ils arrivent souvent la nuit. Ensuite, ils emportent leurs cibles sans mandat et sans explication. Enfin, les familles restent sans nouvelles.

En janvier, les agents ont arrêté Emmanuel Ramazani Shadary, Aubin Minaku et Dunia Kilanga selon ce même mode opératoire. Depuis, aucune procédure claire n’a avancé. Pourtant, plusieurs organisations ont exigé leur comparution devant un juge. Malgré cela, les autorités les maintiennent au secret.

Ndolo et les zones d’ombre du CNC

Aujourd’hui, la majorité des détenus se trouve à la prison militaire de Ndolo. Ce lieu traîne une réputation inquiétante. En effet, plusieurs témoignages dénoncent des conditions de détention très dures.

Cependant, certains opposants ne s’y trouvent même pas. Selon le rapport, des agents les retiennent dans des sites non officiels liés au CNC. Cette structure, censée lutter contre la cybercriminalité, agit désormais dans une zone grise. Ses agents restent souvent non identifiés. De plus, ses lieux de détention échappent à tout contrôle.

Déjà, en mars, Human Rights Watch avait tiré la sonnette d’alarme. L’ONG évoquait des disparitions inquiétantes. Elle accusait aussi les autorités d’utiliser le CNC pour neutraliser des opposants, souvent sous prétexte de liens avec l’AFC/M23.

Pressions internationales et silence des autorités

Face à ces accusations, le gouvernement congolais rejette toute dérive. Il affirme respecter les procédures judiciaires. Pourtant, les faits racontent une autre réalité. Les arrestations se multiplient. Les familles restent sans réponses. Et les avocats peinent à accéder aux détenus.

De leur côté, les partenaires internationaux haussent le ton. Les Nations unies, l’Union européenne et les États-Unis appellent au respect de l’État de droit. Mais, jusqu’ici, ces appels restent sans effet.

Dans ce contexte, la prison de Ndolo devient un symbole. Elle incarne cette répression dénoncée par plusieurs ONG. Surpopulation, manque de soins, conditions difficiles : les récits d’anciens détenus inquiètent.

Ainsi, l’ONU demande une libération immédiate des détenus politiques. À défaut, elle exige leur présentation rapide devant un juge indépendant. Elle rappelle aussi que la RDC a signé plusieurs traités internationaux. Or, ces engagements obligent l’État à garantir les droits fondamentaux.

Enfin, ces révélations tombent dans un climat politique tendu. Le débat sur la révision constitutionnelle divise déjà le pays. Dans ce contexte, ces arrestations soulèvent une question claire : le pouvoir cherche-t-il à contenir toute contestation ?

Pendant ce temps, les familles attendent. Elles espèrent des nouvelles. Elles réclament justice. Et surtout, elles refusent que leurs proches disparaissent dans le silence.

Accord RDC-Rwanda : 27,5% d’exécution fin mars 2026, les avancées restent limitées

L’Accord de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda a atteint un taux d’exécution de 27,5 % à la fin du mois de mars 2026, selon le Baromètre des Accords de Paix en Afrique. Intitulé « Rapport d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord de paix de Washington : mars 2026 », ce document fait état d’une longue période de stagnation observée entre novembre 2025 et mars 2026, avant une légère progression récente.

Des avancées globalement limitées

Le Baromètre souligne que les avancées dans la mise en œuvre de l’accord sont globalement limitées. Le niveau d’exécution est passé de 23,3 % à la fin du mois de février 2026 (taux inchangé depuis novembre 2025) à 27,5 % fin mars 2026, soit une progression de 4,2 points de pourcentage (environ 18 % d’augmentation relative).

Cette évolution s’explique en partie par le début d’exécution des engagements sensibles et prioritaires de l’accord, particulièrement les opérations de neutralisation des FDLR, annoncées par les autorités congolaises à la fin du mois de mars, et considérées comme un élément central du dispositif sécuritaire prévu par l’accord.

« Sur les 30 tâches prévues par l’Accord de Paix de Washington, 21 ont connu un début d’exécution à un degré initial, minimal ou intermédiaire, soit 70 % des tâches. Si l’on considère l’ensemble des 30 tâches, leur score cumulé d’exécution atteint 82,5 points sur 300 (le maximum étant atteint si toutes les tâches étaient entièrement réalisées), soit un taux global d’exécution de 27,5 %. En ne prenant en compte que les tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation s’élève à 39,2 % (soit 82,5 points sur 210) », peut-on lire dans ce document.

L’aspect sécuritaire peine à décoller

Le niveau d’exécution des engagements pour le démantèlement des FDLR demeure limité. Ce programme obtient 5 points sur 10, y compris les activités de préparation, d’identification et de localisation. Un faible score de 2,5 points sur 10 est enregistré pour la neutralisation militaire proprement dite.

Le niveau d’exécution de l’assistance aux populations vulnérables, la protection des civils et le retour des déplacés internes et des réfugiés est également côté à 2,5 points sur 10 — un résultat très faible qui témoigne des difficultés à traduire les engagements politiques en actions concrètes sur le terrain.

Évaluation différenciée entre la RDC et le Rwanda

Selon le rapport, seules 18 tâches sur 26 attribuées à la RDC sont déjà partiellement accomplies, correspondant à un taux global d’exécution de 26 % (67,5 points sur 260). Du point de vue des tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation atteint 37,5 % (67,5 points sur 180).

Pour le Rwanda, 14 tâches sur 22 ont connu une exécution partielle, pour un taux global d’exécution de 23,8 % (52,5 points sur 220). Sur la base des seules tâches partiellement exécutées, le taux de réalisation atteint également 37,5 % (52,5 points sur 140).

Une situation sécuritaire toujours incertaine

Les résolutions prises à travers le processus de Washington, le 27 juin 2025, n’ont pas ouvert la voie au retour de la paix dans l’Est de la RDC. L’incertitude plane : la RDC et le Rwanda s’accusent mutuellement, alors que les hostilités sont toujours d’actualité.

L’accord de Washington prévoyait pourtant des engagements clairs :

  • Désengagement et sécurité : retrait des troupes rwandaises de la RDC et démantèlement des groupes armés, notamment les FDLR et le M23 ;

  • Mécanisme de suivi : création d’un comité conjoint de coordination de la sécurité, impliquant la médiation togolaise et la communauté internationale ;

  • Soutien international : l’Assemblée parlementaire de la Francophonie soutient activement cet accord, favorisant la coopération régionale ;

  • Intégration économique : renforcement de la coopération économique dans la région des Grands Lacs.

Un net ralentissement des discussions de Doha

Alors qu’ils avaient prévu de compléter les accords de Washington, les discussions de Doha, menées par le Qatar entre la RDC et les rebelles de l’AFC-M23, n’avancent pas. Aucune cause profonde n’est touchée concrètement. Plusieurs localités du Nord et du Sud-Kivu sont encore occupées par les rebelles.

L’accord-cadre de Doha repose sur huit protocoles thématiques, dont les plus structurants restent à mettre en œuvre :

  1. Mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025) ;

  2. Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025) ;

  3. Accès humanitaire et protection judiciaire ;

  4. Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative ;

  5. Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (désarmement, démobilisation et réinsertion) ;

  6. Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés ;

  7. Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base ;

  8. Justice, vérité et réconciliation.

Un enjeu économique majeur pour la RDC et la région

Au-delà des aspects sécuritaires et diplomatiques, la mise en œuvre de ces accords revêt une dimension économique cruciale pour la RDC et l’ensemble de la région des Grands Lacs. L’instabilité chronique dans l’Est du pays :

  • Pèse sur les investissements dans une région pourtant riche en ressources minières et agricoles ;

  • Génère des coûts humanitaires massifs (déplacés internes, réfugiés) ;

  • Freine le développement des corridors logistiques régionaux ;

  • Entretient l’économie parallèle et l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Pour les acteurs économiques, la crédibilité des engagements pris à Washington et à Doha conditionne en partie la capacité de la RDC à stabiliser son environnement des affaires et à attirer des investissements de long terme dans l’Est du pays. À ce stade, les chiffres du Baromètre des Accords de Paix traduisent une réalité : les intentions politiques peinent encore à se transformer en résultats tangibles sur le terrain.

Norbert Basengezi Katintima élu deuxième vice-président avec 87 voix

L’Union sacrée a tenu son rang. Ce vendredi 3 avril 2026, Norbert Basengezi Katintima a été élu deuxième vice-président du Sénat de la République démocratique du Congo. Candidat unique de la majorité présidentielle, il a obtenu 87 voix sur 95 suffrages exprimés. Un score sans appel qui consacre le sénateur du Sud-Kivu, ancien dirigeant de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), au perchoir de la Chambre haute. Il succède à Modeste Bahati Lukwebo, également originaire du Sud-Kivu, qui avait démissionné après une pétition pour « incompétence ».

L’annonce des résultats a été faite par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, à l’issue du scrutin. Sur les 95 bulletins dépouillés, Norbert Basengezi Katintima a recueilli 87 voix pour, 5 voix contre et 3 bulletins nuls. Une majorité écrasante qui témoigne de la discipline de vote imposée par l’Union sacrée de la Nation (USN).

L’élection, bien que formelle, n’en était pas moins importante. Après la démission surprise de Modeste Bahati Lukwebo, la majorité présidentielle devait rapidement pourvoir le poste laissé vacant, afin d’éviter tout dysfonctionnement dans l’organisation des travaux de la Chambre haute.

Un candidat unique après plusieurs retraits

La course à la vice-présidence n’a pourtant pas été aussi simple qu’il n’y paraît. Plusieurs candidatures avaient été déposées, avant de se retirer les unes après les autres.

La première à jeter l’éponge fut Mariane Bakiele. Dans une lettre datée du 1er avril, elle a officiellement annoncé son retrait, expliquant sa décision par la nécessité de se conformer au choix de l’Union sacrée, sa famille politique, et par respect pour le chef de l’État, Félix Tshisekedi.

Ensuite, ce fut au tour de Françoise Bemba Ndokwa. La sénatrice du Mouvement de libération du Congo (MLC) a vu sa candidature retirée par sa propre formation politique, qui a choisi de soutenir le candidat de la majorité.

À la veille du scrutin, Norbert Basengezi Katintima se retrouvait donc seul en lice. La commission spéciale chargée d’examiner les candidatures, présidée par le sénateur Gabriel Bolenge, a pris acte de ces retraits et validé l’unique candidature restante.

Un parcours qui a fait consensus

Norbert Basengezi Katintima n’est pas un inconnu. Ancien dirigeant de la CENI, il a piloté plusieurs scrutins majeurs, dont les élections de 2018 et 2023. Son expérience institutionnelle, sa connaissance des rouages de l’État et sa réputation de technocrate ont pesé dans son choix par l’Union sacrée.

Originaire du Sud-Kivu, comme son prédécesseur Modeste Bahati Lukwebo, il assure une continuité géographique, mais aussi politique. L’Union sacrée, en le choisissant, a voulu un profil consensuel, capable de rassembler au-delà des clivages partisans.

Les 87 voix obtenues, y compris certains soutiens de l’opposition, montrent que ce pari a été réussi. Norbert Basengezi incarne désormais la stabilité et l’expérience, des qualités recherchées pour le poste de deuxième vice-président.

Une élection dans la continuité de la démission de Bahati

Cette élection intervient dans le sillage de la démission de Modeste Bahati Lukwebo, survenue le 18 mars 2026. L’ancien deuxième vice-président avait préféré jeter l’éponge plutôt que d’affronter une procédure de destitution engagée contre lui.

Une pétition visant sa déchéance pour « incompétence » avait été déposée le 16 mars. Elle avait recueilli 83 signatures sur 109 sénateurs, un score accablant. Face à cette défiance massive, Bahati avait choisi de se retirer.

« Je me disais que ça ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues », avait-il déclaré à l’époque, avant de remettre sa lettre de démission au président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde.

Le Sénat avait pris acte de cette démission le samedi 21 mars, lors d’une séance plénière. La commission spéciale chargée d’examiner la pétition avait alors clos ses travaux, estimant que la démission rendait caduque la procédure.

Un nouveau départ pour le Sénat

Avec l’élection de Norbert Basengezi Katintima, le Sénat tourne une page. L’ère Bahati, marquée par des tensions et des controverses, est désormais close. Place à un nouveau tandem à la tête de la Chambre haute, avec Jean-Michel Sama Lukonde (président) et Norbert Basengezi (deuxième vice-président).

Reste maintenant à savoir si le nouveau bureau saura restaurer la sérénité et l’efficacité dans les travaux parlementaires. Les défis sont nombreux : examen des lois, contrôle de l’action du gouvernement, représentation des provinces.

Le deuxième vice-président aura un rôle clé à jouer. En l’absence du président, il peut être amené à le suppléer. Il participe à l’organisation des travaux, à la gestion des débats, à la représentation de l’institution.

Norbert Basengezi, avec son expérience, semble taillé pour ces missions. Les prochains mois diront si l’Union sacrée a fait le bon choix.

L’opposition en retrait

L’opposition, elle, est restée discrète lors de cette élection. Aucun candidat adverse n’a été présenté. Les 5 voix contre enregistrées pourraient provenir de sénateurs indépendants ou d’une opposition ayant voulu marquer son désaccord, mais sans aller jusqu’à présenter une alternative.

Un signe que, sur ce dossier, l’opposition a choisi de ne pas faire de la résistance systématique un principe. L’élection de Norbert Basengezi, vu comme un profil technique, n’a pas suscité d’opposition farouche.

Reste à voir si cette « trêve » se prolongera sur d’autres dossiers, ou si elle était uniquement circonstancielle.

Un signal de stabilité

Au-delà du nom du nouvel élu, c’est un signal politique qui a été envoyé. L’Union sacrée, malgré ses divisions internes, est capable de s’entendre sur un candidat unique. La discipline de vote a été respectée. Et le Sénat, souvent perçu comme une chambre d’enregistrement, a montré qu’il pouvait fonctionner avec efficacité.

Norbert Basengezi Katintima entame son mandat. Il a promis de travailler pour l’intérêt général, de respecter les institutions et d’être à l’écoute des sénateurs, quelle que soit leur appartenance politique.

Les mots sont importants. Mais seuls les actes compteront. Le nouveau deuxième vice-président du Sénat sait qu’il sera jugé sur ses résultats. Les sénateurs, eux, lui accorderont peut-être un crédit de confiance. Après les turbulences de l’ère Bahati, le Sénat a besoin de stabilité. Norbert Basengezi est là pour la lui offrir. Reste à savoir s’il saura saisir sa chance.

Doha : Tshisekedi solidaire du Qatar, les deux pays conjuguent leurs efforts pour la paix en RDC

Le président Félix Tshisekedi était à Doha, ce jeudi 2 avril 2026. Il s’est entretenu avec l’Émir de l’État du Qatar, Cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani, sur les évolutions régionales et internationales. Au cœur des échanges : la situation au Moyen-Orient, l’agression iranienne contre le Qatar, mais aussi la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une double solidarité s’est exprimée : celle de Kinshasa envers Doha face aux menaces extérieures, et celle de Doha envers Kinshasa dans ses efforts de médiation avec la rébellion de l’AFC/M23. Deux dossiers, un même besoin de paix et de respect du droit international.

L’entretien entre Félix Tshisekedi et l’Émir du Qatar s’inscrit dans le cadre des consultations régulières entre les deux pays, dont les relations se sont intensifiées ces dernières années. Mais cette rencontre revêt une importance particulière, tant les deux nations font face à des menaces qu’elles jugent existentielles.

Pour la RDC, l’agression vient du Rwanda voisin, accusé de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Pour le Qatar, la menace vient de l’Iran, qui a récemment multiplié les actions hostiles contre l’émirat et d’autres pays de la région.

La RDC solidaire du Qatar face à l’agression iranienne

Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots. Il a exprimé la pleine solidarité de la RDC avec le peuple qatari, face à ce qu’il a qualifié d’« agression iranienne ». Une position qui peut surprendre, Kinshasa étant habituellement discrète sur les dossiers du Moyen-Orient. Mais elle s’explique par la situation même de la RDC.

« Le Président congolais a réaffirmé l’attachement de la République démocratique du Congo au respect du droit international et des principes de la Charte des Nations unies, en l’occurrence le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Qatar », indique le compte rendu officiel de la rencontre.

En d’autres termes, Kinshasa applique au Qatar le principe qu’elle réclame pour elle-même : le respect des frontières et de la souveraineté, sans ingérence extérieure. Une manière de rappeler que la RDC, elle aussi, est victime d’une agression de la part de son voisin rwandais.

L’Est de la RDC, préoccupation partagée

Tour à tour, les deux chefs d’État ont partagé leur préoccupation face à la situation « dégradante » dans l’Est de la RDC. Des milliers de morts, des déplacements massifs, des viols, des attaques attribuées aux rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être sous l’impulsion du régime de Paul Kagame.

Félix Tshisekedi a réitéré la pleine adhésion de son pays aux efforts de médiation entrepris par le Qatar, destinés à instaurer une paix régionale durable. Doha, en effet, s’est imposé comme un acteur clé dans la résolution du conflit congolais, aux côtés des États-Unis et de l’Angola.

Le processus de Doha, entre espoirs et lenteurs

Le Qatar se montre de plus en plus attaché au retour de la paix en RDC. Le « processus de Doha » est présenté comme une option censée obtenir des avancées significatives dans les discussions entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23.

Ces pourparlers accompagnent en parallèle l’accord de paix signé à Washington DC entre la RDC et le Rwanda sous l’administration Trump. Deux processus, deux médiations, qui parfois se chevauchent, parfois se complètent.

Mais sur le terrain, les résultats peinent à se faire sentir. Les revendications continuelles des unes et des autres bloquent toute avancée concrète. Les populations de l’Est continuent de payer le prix fort d’une guerre qui n’en finit pas.

L’accord-cadre de Doha, une feuille de route ambitieuse

Pour mémoire, le gouvernement de la RDC et les rebelles ont signé, le 2 février 2026 à Doha, le mandat issu de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Cet exercice a eu lieu à la suite d’une réunion du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties.

L’accord-cadre entre Kinshasa et les rebelles repose sur huit protocoles thématiques :

  1. Mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025)

  2. Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025)

  3. Accès humanitaire et protection judiciaire

  4. Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative

  5. Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion)

  6. Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés

  7. Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base

  8. Justice, vérité et réconciliation

Huit chantiers colossaux, qui montrent l’ampleur de la tâche. Signer des accords est une chose. Les appliquer en est une autre.

Un double message de fermeté

En se rendant à Doha, Félix Tshisekedi adresse un double message. À la communauté internationale d’abord : la RDC est un partenaire fiable, qui respecte le droit international et soutient ses alliés. Au Rwanda et à l’AFC/M23 ensuite : la RDC ne lâchera rien, mais elle est prête à négocier dans le cadre des processus engagés.

Le président congolais mise sur la multiplication des médiations pour faire plier Kigali. Doha, Washington, Luanda : autant de capitales où Kinshasa tisse sa toile diplomatique, dans l’espoir d’obtenir ce que les armes ne peuvent pas toujours garantir : la paix.

La route est encore longue

L’entretien de Doha a au moins eu le mérite de clarifier les positions. La RDC est solidaire du Qatar, et le Qatar soutient les efforts de paix en RDC. Une convergence d’intérêts qui pourrait, à terme, déboucher sur des avancées concrètes.

Mais sur le terrain, rien n’a changé. Les combats continuent, les déplacés s’entassent, les violences persistent. Les accords de Doha et de Washington ne seront que des bouts de papier tant que les belligérants n’auront pas vraiment décidé de la paix.

Félix Tshisekedi repart de Doha avec des promesses, peut-être des engagements. Mais le peuple congolais, lui, attend des actes. La paix dans l’Est ne se décrète pas dans les salons feutrés des capitales étrangères. Elle se construit sur le terrain, avec les communautés, par le désarmement des groupes armés et le retour de l’autorité de l’État.

En attendant, les deux Chefs d’État se sont quittés en se promettant de rester en contact. Les prochaines semaines diront si cette rencontre à Doha aura été une étape décisive ou une simple formalité. L’histoire retiendra. Les populations, elles, jugeront.

Bakiele Meso Marianne se retire de la course à la vice-présidence, l’Union sacrée fait bloc

L’Union sacrée de la Nation a tranché. La sénatrice Bakiele Meso Marianne a annoncé son retrait de la course au poste de deuxième vice-président du Sénat. Elle cède ainsi sa place à un candidat commun désigné par la majorité. Dans une lettre datée du 1er avril 2026, adressée au président de la Chambre haute, elle confirme sa décision. Désormais, le sénateur Norbert Basengezi Katintima devient l’unique candidat de l’Union sacrée pour l’élection prévue ce vendredi 3 avril 2026.

L’affaire était très suivie. En effet, après la démission de Modeste Bahati Lukwebo, la succession s’annonçait ouverte. Plusieurs noms circulaient, dont celui de Bakiele Meso Marianne. Cependant, la majorité a rapidement choisi de resserrer les rangs. Elle a donc désigné un candidat unique afin d’éviter toute division.

Une candidature unique pour préserver l’unité

Dans sa lettre, la sénatrice explique clairement son choix. Elle affirme vouloir respecter la décision de l’Union sacrée. Elle salue également le soutien reçu durant sa démarche. Ainsi, elle affiche sa loyauté envers la plateforme présidentielle.

Ce retrait permet d’éviter une compétition interne risquée. En effet, une rivalité aurait pu fragiliser la majorité. Or, l’Union sacrée mise sur la discipline et la cohésion. Sur ce dossier sensible, elle ne pouvait pas se permettre des divisions.

Par conséquent, ce choix envoie un message fort. Il montre que la majorité privilégie l’unité avant tout. Il confirme aussi la volonté de consolider son poids au Sénat.

Norbert Basengezi Katintima, un choix stratégique

Le candidat désigné n’est pas un novice. Norbert Basengezi Katintima dispose d’une solide expérience politique. De plus, il est perçu comme un profil consensuel. Il peut ainsi rassembler différentes sensibilités au sein de la majorité.

Son parcours et ses réseaux ont joué en sa faveur. En effet, dans un Sénat aux équilibres fragiles, la majorité a besoin d’un homme fiable. Elle cherche aussi un responsable capable de dialoguer et de négocier.

Dans ces conditions, l’élection du 3 avril semble déjà jouée. Avec un candidat unique et une majorité solide, Basengezi part largement favori. Toutefois, l’opposition pourrait encore se positionner, même si ses chances restent limitées.

Un test politique pour la majorité

Le futur deuxième vice-président du Sénat devra relever plusieurs défis. Il participera à l’organisation des travaux parlementaires. Il pourra aussi remplacer le président en cas d’absence. Ces responsabilités exigent rigueur et autorité.

Par ailleurs, il devra gérer les relations avec l’Assemblée nationale et l’exécutif. Cet équilibre reste délicat dans le contexte politique actuel. Chaque décision peut avoir un impact important.

De son côté, l’opposition hésite encore. Va-t-elle présenter un candidat ou boycotter le scrutin ? Sa stratégie sera scrutée de près. Elle donnera une indication sur la suite de la législature.

Au-delà de l’élection, le message est clair. L’Union sacrée veut afficher sa stabilité. Elle montre qu’elle peut surmonter ses divergences internes. À quelques mois d’échéances importantes, ce signal compte.

En définitive, le retrait de Bakiele Meso Marianne a facilité ce consensus. Il a permis d’éviter une crise interne. Désormais, tous les regards se tournent vers le scrutin de ce vendredi.

La politique congolaise réserve souvent des surprises. Cependant, sur ce dossier, la majorité a choisi la discipline. Norbert Basengezi Katintima incarne déjà cette stratégie. Reste à savoir si le vote confirmera cette dynamique.

Révision constitutionnelle ou troisième mandat ?

La trêve imposée par la guerre dans l’Est aura été de courte durée. Alors que l’attention se portait sur les pourparlers de paix et la qualification des Léopards, le débat sur la révision de la Constitution revient à Kinshasa. Cette fois, il s’impose avec force. Derrière les déclarations du camp présidentiel, une question persiste : faut-il corriger un texte imparfait ou préparer un troisième mandat pour Félix Tshisekedi ?

Le silence n’a pas duré. En effet, depuis plusieurs semaines, les prises de position se multiplient. Les lignes se durcissent et les intentions apparaissent clairement. Ce qui relevait de la rumeur devient une revendication assumée par l’Union sacrée. En face, l’opposition rejette toute révision. Dans ce climat tendu, une voix académique tente d’élever le débat : celle de Dieudonné Nkishi Kazadi, auteur de Les 117 péchés de la Constitution du 18 février 2006.

Une révision assumée face à une opposition mobilisée

Le signal est clair. Le 7 mars, Augustin Kabuya a levé toute ambiguïté devant les militants de l’UDPS : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution. » Ensuite, il invoque l’histoire pour justifier cette position. Selon lui, plusieurs dirigeants ont déjà modifié les textes fondamentaux.

Dans la même dynamique, certains membres de la majorité vont plus loin. Ainsi, le ministre des Sports Didier Budimbu évoque ouvertement un troisième mandat. Cette déclaration alimente les soupçons. Beaucoup y voient une révision à visée politique.

Face à cela, l’opposition réagit rapidement. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga dénoncent une dérive autoritaire. Ils appellent à la mobilisation. Pour eux, la Constitution de 2006 reste un pilier de la démocratie. Par conséquent, la limitation des mandats ne doit pas être remise en cause sans consensus.

Par ailleurs, plusieurs organisations citoyennes annoncent des marches. Le climat politique pourrait donc se tendre davantage dans les prochains jours.

L’analyse de Nkishi, entre critique et clarification

Dans ce contexte, Dieudonné Nkishi Kazadi apporte une contribution différente. Son ouvrage propose une analyse rigoureuse de la Constitution. Il identifie 117 failles qu’il qualifie de « péchés ».

L’auteur ne se limite pas au constat. Au contraire, il met en lumière les ambiguïtés juridiques et les fragilités du système. Selon lui, ces insuffisances freinent le bon fonctionnement de l’État.

De plus, Nkishi adopte une approche critique. Il croise le droit, la sociologie et la science politique. Il s’appuie aussi sur des penseurs comme Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou Achille Mbembe. Ainsi, il propose une lecture approfondie du pouvoir et de ses mécanismes.

En effet, son travail dépasse les clivages politiques. Il apporte des arguments concrets et structure le débat. Pour lui, une réforme peut se justifier. Cependant, elle doit reposer sur une analyse solide, et non sur des intérêts immédiats.

Une réforme nécessaire ou un enjeu politique ?

Nkishi rappelle une idée essentielle : une Constitution évolue. Elle doit s’adapter aux réalités du pays. Toutefois, cette évolution doit rester encadrée et servir l’intérêt général.

Dès lors, une question demeure. Pourquoi réviser aujourd’hui ? Est-ce pour améliorer le texte ou pour modifier la limitation des mandats ? Le doute persiste.

Le retour de ce débat annonce des tensions politiques. L’opposition se mobilise, la majorité avance ses arguments et la société civile s’organise. Dans ce contexte, l’ouvrage de Nkishi devient une référence importante.

Il recentre la discussion sur le fond. Il rappelle que toute réforme doit répondre aux besoins du pays. Le débat ne fait que commencer. Mais désormais, il repose aussi sur une base intellectuelle solide.

Reste à savoir si les acteurs politiques sauront s’en saisir. Ou si, une fois encore, les slogans prendront le dessus.

Joseph Kabila met en garde contre une « soudanisation » de la crise en RDC

L’ancien président de la République démocratique du Congo sort de son silence. Dans un entretien accordé à un média belge, Joseph Kabila a livré sa lecture sans concession de la crise sécuritaire qui ravage l’est du pays. À 25 ans de l’accord de Sun City qui avait mis fin à la dernière grande guerre africaine, l’ancien chef de l’État dénonce une « dictature qui s’installe » et des « va-t-en-guerre au pouvoir ». Il met en garde : si la voie du dialogue n’est pas prise, la RDC risque de connaître le même sort que le Soudan.

Vingt-cinq ans après avoir hérité d’un pays en morceaux, Joseph Kabila regarde avec inquiétude la trajectoire empruntée par son successeur. Dans une interview accordée à un média belge, le président honoraire livre une analyse à la fois historique et prophétique de la situation actuelle.

Pour lui, la crise dans l’est de la RDC n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, et les mêmes options se posent aujourd’hui qu’en 2001, lorsqu’il est arrivé au pouvoir dans un pays envahi par plusieurs armées étrangères et déchiré par des rébellions.

« En 2001, on était plus sages »

L’ancien chef de l’État convoque la mémoire de ses débuts à la tête du pays. Il avait 30 ans lorsqu’il a succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné. Le Congo était alors le théâtre de ce qu’on appelait la « guerre africaine », la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale.

« On s’était dit qu’il n’y avait pas dix mille pistes de solution. Soit on continuait la guerre, soit on faisait la paix », raconte-t-il. « On était peut-être très jeunes mais je pense qu’on était plus sages que la plupart des vieux d’aujourd’hui. »

Face à ses alliés angolais, zimbabwéen et namibien, le jeune président avait tenu tête. À Luanda, puis à Harare, il avait martelé une seule idée : les Congolais doivent s’approprier leur destin, tous les pays étrangers doivent partir, et un dialogue inclusif avec tous les acteurs du conflit est la seule issue.

Un an plus tard, l’accord de Sun City était signé. Quelques mois après, un gouvernement de transition était mis en place. Le pays, unifié, entamait une décennie de reconstruction.

« Des va-t-en-guerre au pouvoir »

Aujourd’hui, le constat de Joseph Kabila est amer. La sagesse d’alors a cédé la place à une logique de confrontation.

« Aujourd’hui, je dois constater qu’il n’y a plus la même sagesse. On a plutôt des va-t-en-guerre au pouvoir », déplore-t-il.

L’ancien président affirme avoir conseillé, dès le début de la crise actuelle, l’option de la négociation. En vain. « La réponse a toujours été « on va faire la guerre ». Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », lance-t-il, laissant percer une frustration longtemps contenue.

Cette prise de position intervient alors que le gouvernement congolais est engagé sur deux fronts diplomatiques : des négociations avec le mouvement AFC-M23 à Doha, et des discussions bilatérales avec le Rwanda à Washington. Des accords ont été signés, mais la situation sécuritaire sur le terrain reste désastreuse.

Le spectre de la « soudanisation »

L’avertissement de Joseph Kabila est d’une gravité rare. Il ne parle pas de balkanisation, terme souvent utilisé par les autorités congolaises pour dénoncer les projets de partition du pays. Il emploie un mot plus lourd encore : « soudanisation ».

« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », prévient-il.

Une référence glaçante au conflit qui a déchiré le Soudan à partir de 2023, opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), faisant des centaines de milliers de morts et provoquant la plus grande crise de déplacement au monde.

« Je ne pense pas que cela arrivera, mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. Et si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables », insiste l’ancien président.

Un diagnostic qui divise

Si les propos de Joseph Kabila trouvent un écho dans une partie de l’opinion congolaise, lasse d’une guerre qui n’en finit pas, ils sont loin de faire l’unanimité. Ses détracteurs lui rappellent qu’il a dirigé le pays pendant près de deux décennies sans parvenir à éradiquer les foyers de tension dans l’est.

D’autres voient dans cette sortie médiatique une tentative de repositionnement politique, à quelques mois d’échéances électorales cruciales.

Mais au-delà des calculs partisans, le diagnostic de l’ancien président pose une question fondamentale : la paix peut-elle se construire sans dialogue avec ceux qui portent les armes ? L’expérience de Sun City répondait par l’affirmative. L’actuelle stratégie militaire de Kinshasa, soutenue par une partie de l’opinion, mise sur la force.

Le poids des mots

Ce qui frappe dans l’intervention de Joseph Kabila, c’est la précision des termes. Il ne parle pas de « dialogue » comme d’un vœu pieux, mais comme d’une méthode éprouvée. Il ne critique pas seulement la gestion de la crise, mais ce qu’il perçoit comme un changement de régime : « tribalisme, népotisme, vraie dictature qui vient de s’installer ».

Des accusations qui risquent d’envenimer encore un peu plus les relations entre les deux hommes qui se partagent, de loin, la scène politique congolaise.

Pendant ce temps, dans les territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les civils continuent de payer le prix d’une guerre dont personne ne semble maîtriser l’issue. Les accords se succèdent, les déclarations s’enchaînent, les armes ne se taisent pas.

La « sagesse » de 2001 a sauvé le Congo de l’implosion. Vingt-cinq ans plus tard, l’appel de Kabila résonne comme un avertissement. Reste à savoir s’il sera entendu, ou si le pays, comme il le craint, s’engagera un peu plus chaque jour sur la pente glissante qui mène à l’inconnu.

Denis Mukwege dénonce une « dérive institutionnelle » après les démissions au sommet de l’État

La voix du prix Nobel de la paix s’élève dans le silence inquiet de la classe politique congolaise. Ce lundi 23 mars 2026, le docteur Denis Mukwege a pris la parole pour réagir à la vague de démissions qui secoue les hautes institutions du pays. Vital Kamerhe, Modeste Bahati : l’un après l’autre, les responsables politiques quittent leurs fonctions. Mais pour le célèbre gynécologue, derrière ces départs se cache une dérive plus profonde, celle d’une démocratie qui s’étouffe.

Dans un message publié ce lundi, le lauréat du prix Nobel de la paix 2018 ne cache pas son inquiétude. Il observe, depuis plusieurs semaines, un phénomène qui le trouble : des élus du peuple contraints de démissionner pour avoir exprimé un désaccord, notamment sur la question d’une éventuelle révision constitutionnelle.

« Ces démissions, bien que possibles en démocratie, soulèvent des inquiétudes quant à leurs motivations », écrit-il, pointant du doigt ce qu’il nomme une « dérive institutionnelle ».

L’« inversion des rôles » qui inquiète Mukwege

Le diagnostic du docteur Mukwege est sans appel. Il parle d’une « inversion des rôles », une formule lourde de sens dans un pays où l’équilibre des pouvoirs a toujours été fragile.

« Les représentants du peuple seraient sanctionnés pour avoir exprimé leur désaccord », déplore-t-il, en référence implicite aux déclarations controversées sur la modification de la Constitution qui ont valu à plusieurs responsables politiques de perdre leurs postes.

Pour le médecin de Panzi, la démocratie ne se résume pas à l’uniformité. Elle repose au contraire sur la pluralité des voix et la liberté de penser. En réduisant au silence ceux qui osent exprimer une opinion différente, la classe politique prend le risque de fragiliser les fondations mêmes du régime.

Un regret amer face à la loyauté affichée

Mais ce qui semble attrister le plus Denis Mukwege, c’est l’attitude des intéressés eux-mêmes. Après avoir démissionné, plusieurs responsables ont tenu à afficher leur loyauté au président de la République, renonçant en quelque sorte à défendre la position qui avait causé leur départ.

Le prix Nobel de la paix regrette ce qu’il perçoit comme un reniement. « Ils auraient dû assumer pleinement leur position initiale », estime-t-il, appelant les élus à faire preuve de « dignité et de courage ».

Un message adressé à la classe politique dans son ensemble : un élu ne doit pas sa survie à son obéissance, mais à sa capacité à défendre la volonté du peuple, même lorsque celle-ci heurte les intérêts du pouvoir.

Un appel au chef de l’État

Dans sa prise de parole, Denis Mukwege ne s’adresse pas seulement aux démissionnaires. Il interpelle directement le président de la République, l’invitant à faire preuve de hauteur.

« Le chef de l’État doit privilégier l’intérêt général plutôt que les influences de son entourage politique », écrit-il, une mise en garde contre la tentation de laisser la gouvernance se réduire aux calculs d’un cercle rapproché.

L’appel est clair : la nation congolaise a besoin d’un leadership qui transcende les querelles de clan et les luttes d’influence. Elle a besoin d’élus fidèles aux « valeurs républicaines » et à la « conscience nationale ».

Une démocratie en danger ?

L’inquiétude de Denis Mukwege résonne comme un signal d’alarme. Pour lui, la multiplication des démissions forcées n’est pas un simple remaniement. C’est le symptôme d’un malaise plus profond.

« L’uniformité politique fragilise la démocratie », met-il en garde. Dans un pays qui a connu des décennies de régimes autoritaires, l’avertissement ne doit pas être pris à la légère.

Alors que la RDC s’apprête à aborder des échéances électorales cruciales dans les années à venir, la question de la liberté d’expression des élus et de l’indépendance des institutions reste posée. Denis Mukwege, en brisant le silence, rappelle une évidence trop souvent oubliée : une démocratie ne se mesure pas à l’unanimité des voix, mais à la liberté de celles qui s’élèvent contre le courant.

Reste à savoir si cet appel sera entendu, ou si la « dérive institutionnelle » continuera son chemin, dans l’indifférence d’une classe politique trop occupée à sauver ses sièges pour penser à sauver la démocratie.

Modeste Bahati jette l’éponge et démissionne du Sénat

La crise politique au sommet de l’État congolais connaît son épilogue. Modeste Bahati Lukwebo a officiellement remis sa démission de son poste de deuxième vice-président du Sénat, ce mercredi 18 mars 2026. Une décision qui intervient au lendemain du dépôt d’une pétition de destitution ayant recueilli une écrasante majorité de signatures.

C’est par une lettre sobre, adressée au président de la chambre haute Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, que l’ancien président du Sénat a tourné la page. Dans les couloirs de l’institution, l’information a circulé rapidement, mettant fin à plusieurs jours de spéculations et de tensions.

Joint par nos confrères d’ACTUALITE.CD aussitôt après avoir déposé sa lettre, Modeste Bahati a livré les motivations de son retrait. Avec un calme apparent, il explique avoir choisi la voie de l’apaisement :

« Je me disais que ça ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues. De toutes les façons, quand on reçoit un mandat, on doit se préparer à le quitter à tout moment. »

Les causes d’une chute

La démission de Modeste Bahati ne tombe pas du ciel. Elle est l’aboutissement d’une séquence politique tendue, déclenchée par des déclarations controversées sur une possible révision constitutionnelle. Des propos qui ont été perçus par une partie de la classe politique comme un manque de respect envers les institutions.

La pétition de destitution, initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya de l’UDPS, avait cristallisé le mécontentement. Les griefs étaient multiples : accusations d’incompétence, manquements dans l’exercice de ses fonctions, et bien sûr cette fameuse sortie médiatique sur les textes fondamentaux du pays.

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Avec 83 signatures sur 109 sénateurs, le rapport de forces était sans appel. Bahati savait sa position intenable. « Comme il y a eu des incompréhensions à la suite de ma déclaration, je croyais avoir été compris en disant qu’il faut beaucoup travailler sur l’homme, sur sa mentalité et son comportement pour espérer que le texte soit bien appliqué », a-t-il tenté de justifier.

Lâché par les siens

Le plus dur, dans cette chute, a peut-être été ailleurs. Car Modeste Bahati n’a pas seulement fait face à l’hostilité de l’opposition ou de la majorité. Il a aussi vu son propre camp se désagréger.

Des membres de son regroupement politique, l’AFDC-A, avaient publiquement pris leurs distances. Certains appelaient ouvertement leur leader à « tirer les conséquences politiques » de ses actes. Une défection interne qui a privé Bahati de toute base solide pour résister.

« Je croyais m’être bien expliqué, mais voilà. Dans ma nature, je n’aime pas la confrontation, j’ai préféré déposer ma démission aujourd’hui », a-t-il confié, laissant percer une pointe d’amertume.

La fin d’un cycle

Pour celui qui a présidé le Sénat de 2019 à 2024 avant d’en devenir le deuxième vice-président lors des élections législatives de 2023, cette démission marque un tournant. Elle symbolise l’usure du pouvoir et la fragilité des positions acquises.

Bahati reste sénateur. Il conserve son mandat et son influence politique. Mais il sort affaibli de cette épreuve, et le message envoyé à la classe politique est clair : plus personne n’est intouchable.

Au Sénat, la procédure de destitution devient désormais caduque. Reste à savoir qui héritera du poste laissé vacant et comment cet épisode remodelera les alliances au sein de la chambre haute. Une certitude : la séquence aura montré que, dans la politique congolaise, le soutien d’hier n’est pas toujours celui de demain.

Modeste Bahati crie au complot et dénonce une tentative de « spoliation » de ses biens

La tension monte autour de l’une des figures influentes de la scène politique congolaise. Modeste Bahati Lukwebo, président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC) et deuxième vice-président du Sénat, est dans la tourmente. Son parti dénonce, ce mercredi 18 mars 2026, une vaste campagne de dénigrement qui mêlerait pressions fiscales, menaces sécuritaires et manœuvres politiques pour l’abattre.

Dans un communiqué signé par son secrétaire général Guy-Richard Malongo, l’AFDC tire la sonnette d’alarme. Son autorité morale ferait l’objet d’un « acharnement » méthodique, à trois niveaux : politique, fiscal et sécuritaire. L’objectif, selon le parti, est clair : « le discréditer et le faire taire ».

Cette offensive intervient dans un contexte précis. Elle fait suite, selon la formation politique, à une récente sortie médiatique de Modeste Bahati sur la problématique du respect des textes en République démocratique du Congo. Une prise de parole qui aurait déplu, déclenchant des représailles organisées.

Des « faux redressements fiscaux » et des « projets macabres »

Le communiqué de l’AFDC ne fait pas dans la demi-mesure. Il évoque des « détracteurs » qui ne dorment pas, « concoctant des projets macabres sur fonds de jalousie, haine et méchanceté ».

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Le but ultime de ce complot présumé ? Rien de moins que la « spoliation pure et simple de l’ensemble du patrimoine immobilier, chèrement et honnêtement acquis par le Professeur Modeste Bahati et sa famille ». Une accusation grave, qui dépasse le simple règlement de comptes politique pour toucher à la sécurité des biens d’une figure majeure de l’establishment.

Selon l’AFDC, l’arsenal utilisé contre son président est rodé. Des « faux redressements fiscaux » seraient instrumentalisés par des services de l’État pour asphyxier financièrement le leader politique et justifier une mainmise sur ses biens.

Parallèlement, le volet sécuritaire serait activé. Le parti dénonce des « pressions et menaces » exercées sur ses élus. Députés, sénateurs et cadres de l’AFDC subiraient des tentatives de débauchage, avec pour objectif de « créer la dissidence » et d’affaiblir le groupe parlementaire de Bahati.

83 signatures pour une déchéance au Sénat

Le timing de ces accusations n’est pas anodin. La machine judiciaire du Sénat est déjà en marche contre le deuxième vice-président de la chambre haute.

Une pétition visant sa déchéance, initiée par le sénateur Dany Kabongo, est actuellement en cours de traitement. Le chiffre est implacable : elle a recueilli 83 signatures sur les 109 sénateurs que compte l’institution. Une majorité écrasante qui témoigne, à défaut d’une preuve de culpabilité, d’une défiance généralisée au sein de l’hémicycle.

Pour l’AFDC, cette pétition n’est qu’un instrument de plus dans une entreprise plus vaste de liquidation politique. Elle s’inscrirait dans le cadre de ce qu’ils nomment l’« acharnement » contre leur leader.

Un appel à la communauté internationale

Face à ce qu’il considère comme une offensive tous azimuts, le parti de Modeste Bahati change de braquet. Il ne s’adresse plus seulement aux institutions congolaises, dont il doute visiblement de l’impartialité, mais aussi à la communauté internationale.

L’AFDC « alerte » les partenaires étrangers de la RDC et appelle les Institutions de la République à « assurer les droits et la propriété privée » de son autorité morale. Un appel au secours qui vise à internationaliser l’affaire et à mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il garantisse l’intégrité physique et patrimoniale de l’opposant.

Reste à démêler, dans cette affaire, ce qui relève d’une véritable cabale politique, de règlements de comptes internes à la majorité, ou d’éventuelles procédures légitimes de contrôle des avoirs et de discipline parlementaire. Une certitude : le combat de Modeste Bahati ne fait que commencer, et l’issue de cette bataille influencera durablement les équilibres politiques au sommet de l’État congolais.

Jean-Marc Kabund alerte les États-Unis sur « l’urgence humanitaire » en RDC

La voix de l’opposition congolaise se fait entendre jusqu’à Washington. Ce mercredi 18 mars 2026, Jean-Marc Kabund A Kabund, président de l’Alliance pour le Changement, a reçu à sa résidence de Kingabwa une délégation de l’ambassade des États-Unis. Au menu des discussions : la détérioration dramatique de la situation sécuritaire dans l’Est du pays et l’urgence d’une réponse politique.

Dans le salon feutré de sa résidence kinoise, le ton était grave. Face aux représentants de la diplomatie américaine, Jean-Marc Kabund n’a pas mâché ses mots. Il a dressé un tableau sans concession de la réalité vécue par des millions de Congolais dans les provinces orientales, théâtre depuis des décennies de violences armées ininterrompues.

L’opposant a insisté sur un point : au-delà des considérations géopolitiques et des rivalités entre puissances, ce sont d’abord des vies humaines qui sont en jeu. Il a décrit des conditions de vie de plus en plus précaires pour les populations civiles, prises en étau entre les groupes armés, les violences communautaires et l’impuissance relative des forces de sécurité.

Un plaidoyer pour un dialogue « global et inclusif »

Pour Jean-Marc Kabund, l’urgence sécuritaire ne doit pas occulter la racine du mal. Il a réaffirmé avec force sa conviction : seule une solution politique permettra de sortir de l’ornière.

Selon lui, les frappes militaires et les opérations ponctuelles ne suffiront jamais à éradiquer un conflit aussi enraciné. La résolution durable passe impérativement par un dialogue politique global et inclusif. Un dialogue capable, a-t-il expliqué à ses interlocuteurs, de traiter les causes profondes de la crise : la marginalisation de certaines communautés, la gestion des ressources naturelles, et l’absence d’autorité de l’État dans de vastes zones du territoire.

Ce discours n’est pas nouveau chez le leader de l’Alliance pour le Changement. Mais le recevoir à son domicile, dans le cadre d’une consultation officielle, donne un poids particulier à ses analyses. La rencontre avec les Américains sonne comme une reconnaissance, par la première puissance mondiale, de la pertinence de sa position.

Le sens d’une rencontre

Cette visite s’inscrit dans une stratégie claire. Jean-Marc Kabund multiplie, depuis plusieurs mois, les consultations avec les partenaires internationaux de la RDC. Ambassades européennes, missions onusiennes, et maintenant États-Unis : l’opposant construit patiemment un réseau d’influence.

Son objectif est transparent : promouvoir une solution politique à la crise persistante dans l’Est, en faisant pression sur le pouvoir de Kinshasa pour qu’il accepte un cadre de négociation élargi. En recevant la délégation américaine, Kabund envoie un message à la fois à l’opinion nationale et au gouvernement : l’opposition a sa propre lecture de la crise, et elle entend peser sur les décisions à venir.

Pour Washington, ces consultations régulières avec les acteurs politiques locaux, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, répondent à une logique bien rodée : garder le pouls d’un pays stratégique, riche en minerais, et dont l’instabilité chronique menace de déborder sur toute l’Afrique des Grands Lacs.

Reste à savoir si ce plaidoyer pour un dialogue global trouvera un écho dans les hautes sphères du pouvoir congolais, et surtout, s’il pourra se traduire un jour par une amélioration concrète du sort des millions d’habitants de l’Est, qui attendent, dans l’angoisse et le dénuement, que la communauté internationale passe des paroles aux actes.

RDC-Rwanda : l’ultimatum diplomatique de Washington pour sauver la paix dans les Grands Lacs

La diplomatie américaine joue son va-tout. Cette semaine, au cœur du Département d’État à Washington, des négociateurs congolais et rwandais se font face. L’enjeu ? Éviter qu’une guerre ouverte ne déstabilise toute l’Afrique centrale et ne fasse exploser le marché mondial des minerais stratégiques. Les États-Unis, qui ont récemment frappé Kigali de sanctions, tentent de ranimer des accords de paix moribonds.

C’est un rendez-vous sous haute tension. Pour la première fois depuis les sanctions américaines du 2 mars 2026 contre l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts gradés, Kinshasa et Kigali s’assoient à la même table. Ces discussions, qui se tiendront sous l’égide du Conseil de sécurité nationale et du Bureau des affaires africaines, visent un objectif clair : rétablir d’urgence un dialogue politique et sécuritaire pour éviter une escalade régionale.

Derrière les façades solennelles des ambassades, les visages de la négociation se dévoilent. Côté rwandais, Mauro De Lorenzo et le brigadier-général Patrick Karuretwa mènent la danse. Face à eux, pour la RDC, Patrick Luabeya porte les espoirs fragiles d’un pays meurtri par des décennies de conflits dans sa région orientale.

Le nerf de la guerre : des milliards en minerais stratégiques

Si le monde retient son souffle, ce n’est pas uniquement par humanisme. Les experts sont formels : ces tensions pèsent lourdement sur l’économie régionale et, par ricochet, sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’est de la RDC est un scandale géologique. Sous ses collines verdoyantes se cachent des trésors convoités : du coltan, indispensable à nos smartphones et ordinateurs, du cobalt, nerf de la transition énergétique, et de l’or. Mais l’exploitation de ces richesses dépend de corridors sûrs et de relations diplomatiques stables.

Toute recrudescence des combats a un effet domino immédiat :

  • Les investisseurs étrangers, frileux, délaissent la région.

  • Les capitaux fuient vers des cieux plus calmes.

  • Le risque-pays s’envole, rendant les projets miniers impossibles à financer.

Pour le Rwanda, voisin petit mais influent, l’équation est tout aussi cruciale. Une paix durable dans l’est congolais garantirait le maintien de ses flux commerciaux et renforcerait son ancrage comme hub économique régional. La stabilité n’est pas un luxe, c’est une condition de survie économique.

L’ombre des sanctions et le poids de l’histoire

Cette médiation américaine ne tombe pas du ciel. Elle intervient dans un contexte de fermeté renouvelée de Washington. Le 2 mars, les États-Unis ont officiellement sanctionné l’armée rwandaise et plusieurs hauts gradés, accusés de soutenir des groupes armés déstabilisant l’est de la RDC. Une décision qui a envoyé un signal fort à Kigali, tout en ravivant les vieilles rancoeurs entre voisins.

En acceptant de venir à la table des négociations à peine deux semaines plus tard, les deux parties reconnaissent implicitement l’urgence de la situation. Pour Washington, cette médiation est bien plus qu’un geste diplomatique. C’est un levier stratégique. Il s’agit de prouver que les sanctions et le dialogue peuvent se conjuguer pour éviter que l’instabilité locale ne se transforme en crise régionale aux retombées internationales.

Deux minutes pour l’avenir

« En moins de deux minutes, l’avenir de la coopération RDC-Rwanda pourrait se décider, avec des implications directes sur la sécurité, les mines et l’économie mondiale », glissent les observateurs les plus avisés. Une formule qui résume l’extraordinaire concentration d’enjeux de ces pourparlers.

Il ne s’agit pas seulement de faire taire les armes. Il s’agit de savoir si l’Afrique des Grands Lacs peut enfin entrer dans une ère de coopération économique, ou si elle restera prisonnière d’un cycle infernal de violence et de prédation. La réponse se joue cette semaine à Washington, dans l’enceinte feutrée du Département d’État, loin des collines rouges du Kivu où, chaque jour, des vies sont suspendues aux décisions des puissants.

Congo-Belgique : 65 ans après l’assassinat de Lumumba, un dernier diplomate va enfin être jugé pour « crimes de guerre »

C’est un tournant judiciaire et historique. Soixante-cinq ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, la Belgique franchit une étape majeure. Ce mardi 17 mars 2026, la justice a ordonné le renvoi en procès d’Étienne Davignon.

Aujourd’hui âgé de 93 ans, il fait face à des accusations graves. Les magistrats le soupçonnent de participation à des crimes de guerre. Ainsi, la décision de la chambre du conseil de Bruxelles vise l’un des derniers témoins directs de cette page sombre de l’histoire.

Cependant, la procédure n’est pas encore terminée. La décision peut faire l’objet d’un appel. Néanmoins, si elle est confirmée, le procès pourrait s’ouvrir dès janvier 2027.

Un passé colonial rattrapé par la justice

En 1961, Étienne Davignon n’était qu’un jeune attaché au ministère belge des Affaires étrangères. Pourtant, il participait déjà aux échanges sensibles de l’époque.

Selon la justice, il aurait contribué aux décisions qui ont conduit au transfert de Patrice Lumumba vers le Katanga. Or, la Belgique soutenait alors cette sécession.

C’est dans cette province que des séparatistes katangais, appuyés par des mercenaires belges, ont exécuté Lumumba le 17 janvier 1961. Il avait seulement 35 ans. Ensuite, les responsables ont fait disparaître son corps dans l’acide.

Aujourd’hui, les chefs d’accusation restent lourds. Ils incluent la détention illégale, le transfert illicite, ainsi que des traitements inhumains et dégradants. Pour les parties civiles, les preuves écrites confirment l’existence d’une entreprise criminelle.

D’ailleurs, Christophe Marchand évoque une « entreprise criminelle étatique ». Selon lui, plusieurs documents diplomatiques renforcent cette thèse.

Une quête de vérité portée par la famille Lumumba

Du côté de la famille, l’émotion reste forte. Depuis 2011, les proches de Lumumba mènent ce combat judiciaire. À l’époque, ils ont déposé plainte à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

Au fil des années, l’enquête a connu plusieurs rebondissements. Cependant, aujourd’hui, Étienne Davignon reste le seul suspect encore en vie.

Présent à l’audience, Mehdi Lumumba exprime un soulagement. Selon lui, la Belgique commence enfin à regarder son passé en face.

De son côté, Juliana Lumumba précise la position familiale. Elle affirme que l’objectif n’est pas la vengeance. Au contraire, la famille cherche avant tout la vérité.

À Kinshasa, les autorités saluent aussi cette avancée. Patrick Muyaya insiste sur l’importance du travail de mémoire. Il appelle à établir toutes les responsabilités.

Si le procès se tient, il marquera une première historique. Pour la première fois, la justice pénale belge examinera le rôle direct de ses représentants dans cet assassinat.

Ainsi, cette décision ouvre une nouvelle phase. Elle pourrait mettre fin à des décennies d’impunité. Enfin, elle relance un combat essentiel : celui de rétablir la vérité historique.

La chute annoncée de Bahati Lukwebo ? Une pétition enclenche la procédure de destitution

Kinshasa, 17 mars 2026 – Le marbre froid de l’hémicycle du Sénat pourrait bientôt devenir glissant pour Modeste Bahati Lukwebo. En effet, le couperet reste en suspens. Une ombre de doute plane désormais sur son fauteuil. Le deuxième vice-président du Sénat vit-il ses dernières heures à ce poste stratégique ?

Ce mardi, un communiqué officiel signé par Nefertiti Ngudianza a marqué un tournant. Ainsi, le Bureau du Sénat annonce l’installation, dès ce mercredi 18 mars, d’une commission spéciale ad hoc. Celle-ci devra examiner la validité et le bien-fondé d’une pétition déposée contre le sénateur.

Derrière cette initiative se trouve Dany Kabongo. En effet, ce dernier a déposé son document en marge de la rentrée parlementaire du 16 mars. De plus, il affirme avoir recueilli 83 signatures, soit largement au-dessus du seuil requis.

Entre tensions politiques et accusations d’incompétence

Mais alors, que reproche-t-on réellement à Modeste Bahati Lukwebo ? Officiellement, la pétition évoque une « incompétence dans l’exercice de ses fonctions ». Toutefois, ce motif reste flou et laisse apparaître des tensions plus profondes.

En réalité, l’origine de cette crise remonte au 10 mars. Ce jour-là, Bahati Lukwebo a présenté ses excuses à ses collègues. Pourtant, quelques jours plus tôt, il avait pris position dans le débat sur la révision constitutionnelle. Il avait alors appelé à une discussion au sein de l’Union sacrée.

Cependant, cette sortie n’a pas été bien perçue. Immédiatement, Dany Kabongo lui a reproché un manque de respect envers le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Selon certains, un membre du présidium ne devait pas s’exprimer sans concertation préalable.

Par la suite, Bahati Lukwebo a tenté de calmer la situation. Il a expliqué que ses propos avaient été mal interprétés. Néanmoins, cette défense n’a pas suffi. Aujourd’hui, la contestation prend une nouvelle forme, avec une accusation directe d’incompétence.

Dès lors, les sénateurs devront trancher. La commission spéciale aura une mission claire. Elle devra déterminer si cette pétition constitue une manœuvre politique ou une démarche légitime.

Ainsi, à l’approche de cette échéance, la pression monte à Kinshasa. Une chose reste certaine : l’ombre d’une destitution plane désormais sur Modeste Bahati Lukwebo.

La RDC, l’Afrique du Sud et l’Angola signent un accord tripartite historique à Pretoria

Pretoria, vendredi 13 mars 2026. Dans les salons feutrés du Département des Relations Internationales et de la Coopération (DIRCO), l’Afrique australe vient de se doter d’un nouvel outil diplomatique. La République Démocratique du Congo, la République d’Angola et la République d’Afrique du Sud ont officialisé la création d’un Mécanisme Tripartite de Dialogue et de Coopération. Une signature qui scelle une volonté commune de parler d’une seule voix sur les grands enjeux régionaux.

Autour de la table, trois figures de la diplomatie du continent. Pour la RDC, S.E. Mme Noëlla Ayeganagato Nakwipone, Vice-Ministre des Affaires étrangères, a apposé sa signature aux côtés de ses homologues sud-africain et angolais : Ronald O. Lamola, Ministre des Relations Internationales et de la Coopération de l’Afrique du Sud, et l’Ambassadeur Téte António, Ministre des Relations Extérieures de l’Angola.

Un processus longuement mûri

Ce protocole d’accord n’est pas né d’une impulsion soudaine. Il est l’aboutissement d’un processus soutenu de consultations et de travaux techniques menés par les experts des trois pays. Des mois de discussions, d’ajustements et de négociations pour parvenir à un texte équilibré, capable d’embrasser la complexité des relations entre ces trois géants du sud-ouest africain.

Le choix de Pretoria pour abriter la signature n’est pas anodin. L’Afrique du Sud, puissance économique du continent, joue souvent le rôle de facilitateur et de pont entre les pays lusophones et francophones de la région.

Quatre piliers pour une coopération renforcée

Le mécanisme qui entre en vigueur repose sur quatre axes prioritaires, dessinant un partenariat à la fois large et profond.

Les affaires politiques et diplomatiques constituent le premier pilier. Les trois capitales s’engagent à coordonner leurs positions sur la scène internationale, à harmoniser leurs votes aux Nations unies et à porter des initiatives communes au sein de l’Union africaine.

La sécurité arrive en deuxième position, signe que la stabilité régionale reste une préoccupation majeure. Dans un contexte où l’Est de la RDC continue de saigner, où le terrorisme menace les côtes mozambicaines et où les trafics en tout genre prospèrent, la coopération sécuritaire devient vitale. Le mécanisme devrait permettre un échange de renseignements accru et des opérations coordonnées.

La promotion du commerce et des investissements constitue le troisième axe. Les trois pays représentent un marché de près de 200 millions de consommateurs. Pourtant, les échanges intra-régionaux restent bien en deçà de leur potentiel, entravés par des barrières douanières et logistiques. Ce protocole vise à lever ces obstacles et à créer un environnement propice aux affaires.

Enfin, le développement économique durable au bénéfice des populations vient couronner l’édifice. L’ambition affichée est que la croissance ne profite pas seulement aux élites, mais qu’elle irrigue l’ensemble du tissu social, créant des emplois et améliorant les conditions de vie.

Un signal fort pour la région

La signature de ce protocole intervient à un moment où la région des Grands Lacs et l’Afrique australe traversent des turbulences. Entre la crise persistante dans l’Est congolais, les tensions latentes et les défis économiques post-pandémie, ce mécanisme tripartite apparaît comme une tentative de construire un rempart de stabilité.

Pour Kinshasa, ce rapprochement avec Luanda et Pretoria est aussi une manière de consolider un axe diplomatique solide face aux ingérences extérieures dénoncées à répétition. L’Angola, médiateur historique dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, et l’Afrique du Sud, contributeur majeur aux missions de paix, sont des alliés naturels.

L’heure de la mise en œuvre

La signature n’est que la première pierre. Reste désormais à mettre en musique ce mécanisme. Des réunions périodiques au niveau ministériel sont prévues, ainsi que la création de groupes de travail techniques sur chacun des quatre piliers.

Les populations, elles, attendront de voir les effets concrets de cette coopération. Moins de violence à Goma, plus de commerce entre Kinshasa et Johannesburg, des investissements sud-africains en Angola, des projets de développement financés conjointement : voilà ce qui transformera un beau protocole en réussite tangible.

Pour l’heure, les trois diplomates ont posé pour la photo officielle, souriants, le document siglé entre les mains. Un instantané d’espoir dans un continent qui en a cruellement besoin.

Mort d’une humanitaire française à Goma : la France ouvre une enquête pour crime de guerre

Vendredi 13 mars 2026, Paris. Le Parquet national antiterroriste franchit une étape judiciaire majeure.

Il annonce l’ouverture d’une enquête de flagrance contre X pour « meurtre constitutif de crime de guerre ». Cette décision suit la mort, mercredi à Goma, d’une employée française de l’UNICEF.

Une frappe de drone, non revendiquée, a tué Karine Buisset. Ce drame projette le conflit de l’est de la République démocratique du Congo au cœur de la justice internationale.

Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité. Cette unité d’élite devra établir les circonstances exactes de l’attaque.

L’objectif est clair. D’abord, comprendre ce qui s’est réellement produit. Ensuite, tenir les proches de la victime informés de l’avancée de la procédure.

Une frappe de drone mortelle sur une résidence d’humanitaires

Mercredi, à l’aube, un engin explosif a frappé la résidence de Karine Buisset à Goma. L’explosion a détruit la maison où elle vivait.

La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a apporté des précisions. Selon elle, un drone a frappé un bâtiment abritant plusieurs travailleurs humanitaires.

La nouvelle a provoqué une onde de choc dans la communauté humanitaire. L’UNICEF s’est dite profondément bouleversée et indignée.

Karine Buisset consacrait sa vie à l’aide humanitaire. Elle travaillait au cœur d’une région marquée par des années de violence. Pourtant, elle n’était ni combattante ni actrice du conflit.

Accusations croisées et enjeu du droit international

Très vite, les accusations ont émergé. Le mouvement rebelle M23 a pointé la responsabilité de l’armée congolaise.

Selon son porte-parole, les Forces armées de la République démocratique du Congo auraient mené la frappe.

Cependant, le gouvernement congolais rejette cette version. Kinshasa affirme qu’il ne mènerait jamais une attaque contre des humanitaires.

Les autorités ont exprimé leur profonde tristesse après la mort de l’employée de l’UNICEF. Elles promettent également d’ouvrir une enquête nationale sur l’origine des explosions.

Malgré ces déclarations, l’intervention de la justice française change la situation. En effet, la qualification de crime de guerre active les mécanismes du droit international humanitaire.

Tuer un civil constitue une violation grave des conventions de Genève. La protection s’applique encore davantage aux travailleurs humanitaires.

L’enquête devra donc établir les responsabilités. Les enquêteurs analyseront les témoignages, les images et les trajectoires possibles du drone.

La mission s’annonce difficile. L’accès à la zone reste limité. De plus, la région demeure sous contrôle de forces belligérantes.

Pourtant, l’affaire dépasse déjà le cadre local. La mort de Karine Buisset symbolise les risques auxquels font face les humanitaires dans l’est congolais. Chaque jour, ces travailleurs tentent d’aider les populations prises au piège de la guerre.

Reste désormais une question essentielle : la vérité pourra-t-elle émerger du chaos du conflit ?

Arusha : Museveni préside l’EAC, Kigali décroche un poste clé

Arusha, 8 mars 2026 – Sous le ciel clément de Tanzanie, les huit chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se sont réunis samedi pour leur 25e sommet ordinaire. Au menu des festivités protocolaires : passation de pouvoir, nominations et grandes déclarations sur l’intégration régionale. Mais dans les couloirs feutrés du secrétariat général, une seule question taraudait les observateurs : comment cette nouvelle direction va-t-elle gérer le conflit qui oppose deux de ses membres, la RDC et le Rwanda ?

Le premier acte de ce sommet fut une passation de témoin attendue. Le président kényan William Ruto a cédé la présidence tournante de l’organisation à son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni. Un vétéran de la politique régionale, qui connaît mieux que personne les arcanes des Grands Lacs.

Mais le véritable temps fort de cette journée fut la nomination du nouveau secrétaire général. L’ambassadeur tanzanien Stephen Patrick Mbundi a été choisi pour diriger le secrétariat exécutif de l’EAC pour un mandat de cinq ans, non renouvelable. Il devient ainsi le 8e secrétaire général de l’histoire de la Communauté, succédant à la Kényane Veronica Mueni Nduva.

Son profil ? Un expert chevronné de l’intégration régionale, qui occupait jusqu’ici le poste de secrétaire permanent chargé des affaires de l’EAC au sein du ministère tanzanien des Affaires étrangères. Un technocrate, en somme, dont la tâche principale sera de veiller à la bonne application des règlements et directives adoptés par le Conseil des ministres.

Le Rwanda, un strapontin stratégique

L’autre information qui a fait réagir, surtout à Kinshasa, concerne la répartition des postes. Le Rwanda, pays voisin et opposant dans le conflit qui déchire l’Est de la RDC, a obtenu le poste de rapporteur. Un rôle qui, s’il n’a pas le poids exécutif du secrétaire général, permet néanmoins d’avoir un œil et une influence sur les procédures et les comptes rendus.

Pour la RDC, membre de l’EAC depuis seulement 2022, cette nomination est un signal ambigu. Alors que les troupes rwandaises sont régulièrement accusées de soutenir la rébellion du M23 sur son sol, voir Kigali occuper une position officielle au sein de l’instance régionale est une pilule amère à avaler.

Une communauté aux multiples visages

L’EAC, c’est aujourd’hui huit pays : Burundi, RDC, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Ouganda et Tanzanie. Près de 331 millions d’habitants, une superficie de 5,4 millions de km², un PIB cumulé de plus de 312 milliards de dollars. Un géant économique et démographique en devenir, mais un géant aux pieds d’argile, fragilisé par les rivalités internes.

La Somalie, dernier membre admis en novembre 2023, a officialisé son adhésion en déposant son instrument de ratification en mars 2024. L’EAC s’élargit, mais gérer cette diversité devient chaque jour plus complexe.

Quelle feuille de route pour Stephen Patrick Mbundi ?

Le nouveau secrétaire général hérite d’un dossier brûlant. Comment maintenir la cohésion régionale quand deux États membres se regardent en chiens de faïence ? Comment faire avancer l’intégration économique quand les frontières sont parfois des lignes de front ?

Sa nomination a été saluée par l’ensemble de la Communauté, mais les défis qui l’attendent sont colossaux. Il devra non seulement assurer la continuité administrative, mais aussi proposer des solutions pour apaiser les tensions et relancer la dynamique d’intégration.

Pour l’heure, les discours officiels célèbrent l’unité et la prospérité partagée. Mais à Goma, à Bunagana, à Kibumba, les armes continuent de parler. Et la nouvelle équipe dirigeante de l’EAC est attendue au tournant.

Sanctions américaines : Kigali contre-attaque et accuse Kinshasa de « distordre la réalité »

Kigali, 3 mars 2026 – Le ton est monté d’un cran. Moins de 24 heures après l’annonce des sanctions américaines visant l’armée rwandaise et quatre de ses généraux, le gouvernement de Paul Kagame a sorti l’artillerie lourde. Sur son compte X officiel, Kigali a publié une déclaration cinglante, rejetant en bloc les accusations et retournant la faute contre Kinshasa. La guerre diplomatique entre dans une nouvelle ère.

Le message est clair, presque martial : « Les sanctions imposées aujourd’hui par les États-Unis, qui ciblent injustement une seule partie au processus de paix, déforment la réalité et travestissent les faits du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. » D’entrée, le Rwanda pose le cadre : il est la victime d’une lecture partiale de la crise.

Pour Kigali, les vrais coupables sont ailleurs. Le communiqué énumère, comme un réquisitoire : « Les attaques de drones continues et indiscriminées, ainsi que les offensives terrestres, constituent des violations flagrantes des accords de cessez-le-feu par la RDC et continuent de coûter la vie à de nombreuses personnes. » Une accusation directe, qui vise les opérations des FARDC et de leurs alliés.

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Mais le Rwanda ne s’arrête pas là. Il dresse une liste noire de ceux qui, selon lui, combattent aux côtés de l’armée congolaise : « des mercenaires étrangers, des milices ethniques extrémistes soutenues par l’État (les Wazalendo), et la milice génocidaire FDLR, qui combat aux côtés des FARDC. » Des noms qui claquent comme des avertissements, surtout celui des FDLR, cet épouvantail régulièrement brandi par Kigali pour justifier ses interventions.

Le gouvernement rwandais rappelle également les engagements pris par Kinshasa dans le cadre des Accords de Washington : « La RDC s’est engagée à mettre fin, de manière irréversible et vérifiable, au soutien de l’État aux FDLR et aux milices associées, mais n’a pris aucune mesure en ce sens. » Une manière de dire : nous avons respecté notre part du contrat, eux non.

Pourtant, Kigali affiche sa bonne volonté. Le texte se veut ouvert à la poursuite du dialogue : « Le Rwanda est pleinement engagé dans le désengagement de ses forces, en tandem avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations. » Une phrase qui laisse une porte ouverte, mais qui conditionne clairement tout retrait rwandais à des actions concrètes de la part de Kinshasa.

Enfin, le Rwanda réaffirme son attachement au processus en cours : « Le Rwanda se félicite de la reprise du processus de mise en œuvre, y compris le Comité de surveillance conjoint, qui nécessite une approche équilibrée de la part de tous les partenaires. » Une façon discrète de tacler Washington, accusé de ne pas avoir été assez impartial.

Cette déclaration est un pavé dans la mare diplomatique. Elle montre que Kigali ne compte pas se laisser faire, que la machine de communication rwandaise est bien huilée, et que la guerre des mots sera aussi intense que celle des armes. Pendant que les généraux rwandais voient leurs avoirs gelés, leur gouvernement, lui, continue de marteler sa version de l’histoire.

Le face-à-face entre Kigali et Washington ne fait que commencer. Et la RDC, spectatrice de cet échange de tirs diplomatiques, observe, espérant que cette fois, la pression internationale fera enfin plier son puissant voisin.