Norbert Basengezi Katintima élu deuxième vice-président avec 87 voix

L’Union sacrée a tenu son rang. Ce vendredi 3 avril 2026, Norbert Basengezi Katintima a été élu deuxième vice-président du Sénat de la République démocratique du Congo. Candidat unique de la majorité présidentielle, il a obtenu 87 voix sur 95 suffrages exprimés. Un score sans appel qui consacre le sénateur du Sud-Kivu, ancien dirigeant de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), au perchoir de la Chambre haute. Il succède à Modeste Bahati Lukwebo, également originaire du Sud-Kivu, qui avait démissionné après une pétition pour « incompétence ».

L’annonce des résultats a été faite par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, à l’issue du scrutin. Sur les 95 bulletins dépouillés, Norbert Basengezi Katintima a recueilli 87 voix pour, 5 voix contre et 3 bulletins nuls. Une majorité écrasante qui témoigne de la discipline de vote imposée par l’Union sacrée de la Nation (USN).

L’élection, bien que formelle, n’en était pas moins importante. Après la démission surprise de Modeste Bahati Lukwebo, la majorité présidentielle devait rapidement pourvoir le poste laissé vacant, afin d’éviter tout dysfonctionnement dans l’organisation des travaux de la Chambre haute.

Un candidat unique après plusieurs retraits

La course à la vice-présidence n’a pourtant pas été aussi simple qu’il n’y paraît. Plusieurs candidatures avaient été déposées, avant de se retirer les unes après les autres.

La première à jeter l’éponge fut Mariane Bakiele. Dans une lettre datée du 1er avril, elle a officiellement annoncé son retrait, expliquant sa décision par la nécessité de se conformer au choix de l’Union sacrée, sa famille politique, et par respect pour le chef de l’État, Félix Tshisekedi.

Ensuite, ce fut au tour de Françoise Bemba Ndokwa. La sénatrice du Mouvement de libération du Congo (MLC) a vu sa candidature retirée par sa propre formation politique, qui a choisi de soutenir le candidat de la majorité.

À la veille du scrutin, Norbert Basengezi Katintima se retrouvait donc seul en lice. La commission spéciale chargée d’examiner les candidatures, présidée par le sénateur Gabriel Bolenge, a pris acte de ces retraits et validé l’unique candidature restante.

Un parcours qui a fait consensus

Norbert Basengezi Katintima n’est pas un inconnu. Ancien dirigeant de la CENI, il a piloté plusieurs scrutins majeurs, dont les élections de 2018 et 2023. Son expérience institutionnelle, sa connaissance des rouages de l’État et sa réputation de technocrate ont pesé dans son choix par l’Union sacrée.

Originaire du Sud-Kivu, comme son prédécesseur Modeste Bahati Lukwebo, il assure une continuité géographique, mais aussi politique. L’Union sacrée, en le choisissant, a voulu un profil consensuel, capable de rassembler au-delà des clivages partisans.

Les 87 voix obtenues, y compris certains soutiens de l’opposition, montrent que ce pari a été réussi. Norbert Basengezi incarne désormais la stabilité et l’expérience, des qualités recherchées pour le poste de deuxième vice-président.

Une élection dans la continuité de la démission de Bahati

Cette élection intervient dans le sillage de la démission de Modeste Bahati Lukwebo, survenue le 18 mars 2026. L’ancien deuxième vice-président avait préféré jeter l’éponge plutôt que d’affronter une procédure de destitution engagée contre lui.

Une pétition visant sa déchéance pour « incompétence » avait été déposée le 16 mars. Elle avait recueilli 83 signatures sur 109 sénateurs, un score accablant. Face à cette défiance massive, Bahati avait choisi de se retirer.

« Je me disais que ça ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues », avait-il déclaré à l’époque, avant de remettre sa lettre de démission au président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde.

Le Sénat avait pris acte de cette démission le samedi 21 mars, lors d’une séance plénière. La commission spéciale chargée d’examiner la pétition avait alors clos ses travaux, estimant que la démission rendait caduque la procédure.

Un nouveau départ pour le Sénat

Avec l’élection de Norbert Basengezi Katintima, le Sénat tourne une page. L’ère Bahati, marquée par des tensions et des controverses, est désormais close. Place à un nouveau tandem à la tête de la Chambre haute, avec Jean-Michel Sama Lukonde (président) et Norbert Basengezi (deuxième vice-président).

Reste maintenant à savoir si le nouveau bureau saura restaurer la sérénité et l’efficacité dans les travaux parlementaires. Les défis sont nombreux : examen des lois, contrôle de l’action du gouvernement, représentation des provinces.

Le deuxième vice-président aura un rôle clé à jouer. En l’absence du président, il peut être amené à le suppléer. Il participe à l’organisation des travaux, à la gestion des débats, à la représentation de l’institution.

Norbert Basengezi, avec son expérience, semble taillé pour ces missions. Les prochains mois diront si l’Union sacrée a fait le bon choix.

L’opposition en retrait

L’opposition, elle, est restée discrète lors de cette élection. Aucun candidat adverse n’a été présenté. Les 5 voix contre enregistrées pourraient provenir de sénateurs indépendants ou d’une opposition ayant voulu marquer son désaccord, mais sans aller jusqu’à présenter une alternative.

Un signe que, sur ce dossier, l’opposition a choisi de ne pas faire de la résistance systématique un principe. L’élection de Norbert Basengezi, vu comme un profil technique, n’a pas suscité d’opposition farouche.

Reste à voir si cette « trêve » se prolongera sur d’autres dossiers, ou si elle était uniquement circonstancielle.

Un signal de stabilité

Au-delà du nom du nouvel élu, c’est un signal politique qui a été envoyé. L’Union sacrée, malgré ses divisions internes, est capable de s’entendre sur un candidat unique. La discipline de vote a été respectée. Et le Sénat, souvent perçu comme une chambre d’enregistrement, a montré qu’il pouvait fonctionner avec efficacité.

Norbert Basengezi Katintima entame son mandat. Il a promis de travailler pour l’intérêt général, de respecter les institutions et d’être à l’écoute des sénateurs, quelle que soit leur appartenance politique.

Les mots sont importants. Mais seuls les actes compteront. Le nouveau deuxième vice-président du Sénat sait qu’il sera jugé sur ses résultats. Les sénateurs, eux, lui accorderont peut-être un crédit de confiance. Après les turbulences de l’ère Bahati, le Sénat a besoin de stabilité. Norbert Basengezi est là pour la lui offrir. Reste à savoir s’il saura saisir sa chance.

Doha : Tshisekedi solidaire du Qatar, les deux pays conjuguent leurs efforts pour la paix en RDC

Le président Félix Tshisekedi était à Doha, ce jeudi 2 avril 2026. Il s’est entretenu avec l’Émir de l’État du Qatar, Cheikh Tamim Bin Hamad Al Thani, sur les évolutions régionales et internationales. Au cœur des échanges : la situation au Moyen-Orient, l’agression iranienne contre le Qatar, mais aussi la crise sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une double solidarité s’est exprimée : celle de Kinshasa envers Doha face aux menaces extérieures, et celle de Doha envers Kinshasa dans ses efforts de médiation avec la rébellion de l’AFC/M23. Deux dossiers, un même besoin de paix et de respect du droit international.

L’entretien entre Félix Tshisekedi et l’Émir du Qatar s’inscrit dans le cadre des consultations régulières entre les deux pays, dont les relations se sont intensifiées ces dernières années. Mais cette rencontre revêt une importance particulière, tant les deux nations font face à des menaces qu’elles jugent existentielles.

Pour la RDC, l’agression vient du Rwanda voisin, accusé de soutenir la rébellion de l’AFC/M23. Pour le Qatar, la menace vient de l’Iran, qui a récemment multiplié les actions hostiles contre l’émirat et d’autres pays de la région.

La RDC solidaire du Qatar face à l’agression iranienne

Félix Tshisekedi n’a pas mâché ses mots. Il a exprimé la pleine solidarité de la RDC avec le peuple qatari, face à ce qu’il a qualifié d’« agression iranienne ». Une position qui peut surprendre, Kinshasa étant habituellement discrète sur les dossiers du Moyen-Orient. Mais elle s’explique par la situation même de la RDC.

« Le Président congolais a réaffirmé l’attachement de la République démocratique du Congo au respect du droit international et des principes de la Charte des Nations unies, en l’occurrence le respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale du Qatar », indique le compte rendu officiel de la rencontre.

En d’autres termes, Kinshasa applique au Qatar le principe qu’elle réclame pour elle-même : le respect des frontières et de la souveraineté, sans ingérence extérieure. Une manière de rappeler que la RDC, elle aussi, est victime d’une agression de la part de son voisin rwandais.

L’Est de la RDC, préoccupation partagée

Tour à tour, les deux chefs d’État ont partagé leur préoccupation face à la situation « dégradante » dans l’Est de la RDC. Des milliers de morts, des déplacements massifs, des viols, des attaques attribuées aux rebelles de l’AFC/M23, que Kinshasa accuse d’être sous l’impulsion du régime de Paul Kagame.

Félix Tshisekedi a réitéré la pleine adhésion de son pays aux efforts de médiation entrepris par le Qatar, destinés à instaurer une paix régionale durable. Doha, en effet, s’est imposé comme un acteur clé dans la résolution du conflit congolais, aux côtés des États-Unis et de l’Angola.

Le processus de Doha, entre espoirs et lenteurs

Le Qatar se montre de plus en plus attaché au retour de la paix en RDC. Le « processus de Doha » est présenté comme une option censée obtenir des avancées significatives dans les discussions entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23.

Ces pourparlers accompagnent en parallèle l’accord de paix signé à Washington DC entre la RDC et le Rwanda sous l’administration Trump. Deux processus, deux médiations, qui parfois se chevauchent, parfois se complètent.

Mais sur le terrain, les résultats peinent à se faire sentir. Les revendications continuelles des unes et des autres bloquent toute avancée concrète. Les populations de l’Est continuent de payer le prix fort d’une guerre qui n’en finit pas.

L’accord-cadre de Doha, une feuille de route ambitieuse

Pour mémoire, le gouvernement de la RDC et les rebelles ont signé, le 2 février 2026 à Doha, le mandat issu de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs. Cet exercice a eu lieu à la suite d’une réunion du mécanisme de suivi et de vérification du cessez-le-feu entre les deux parties.

L’accord-cadre entre Kinshasa et les rebelles repose sur huit protocoles thématiques :

  1. Mécanisme de libération des prisonniers (signé le 14 septembre 2025)

  2. Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (signé le 14 octobre 2025)

  3. Accès humanitaire et protection judiciaire

  4. Restauration de l’autorité de l’État, réformes institutionnelles et gouvernance participative

  5. Arrangements sécuritaires intérimaires et DDR (Désarmement, Démobilisation et Réinsertion)

  6. Identité, citoyenneté, retour et réinstallation des réfugiés et déplacés

  7. Relance économique et réhabilitation des services sociaux de base

  8. Justice, vérité et réconciliation

Huit chantiers colossaux, qui montrent l’ampleur de la tâche. Signer des accords est une chose. Les appliquer en est une autre.

Un double message de fermeté

En se rendant à Doha, Félix Tshisekedi adresse un double message. À la communauté internationale d’abord : la RDC est un partenaire fiable, qui respecte le droit international et soutient ses alliés. Au Rwanda et à l’AFC/M23 ensuite : la RDC ne lâchera rien, mais elle est prête à négocier dans le cadre des processus engagés.

Le président congolais mise sur la multiplication des médiations pour faire plier Kigali. Doha, Washington, Luanda : autant de capitales où Kinshasa tisse sa toile diplomatique, dans l’espoir d’obtenir ce que les armes ne peuvent pas toujours garantir : la paix.

La route est encore longue

L’entretien de Doha a au moins eu le mérite de clarifier les positions. La RDC est solidaire du Qatar, et le Qatar soutient les efforts de paix en RDC. Une convergence d’intérêts qui pourrait, à terme, déboucher sur des avancées concrètes.

Mais sur le terrain, rien n’a changé. Les combats continuent, les déplacés s’entassent, les violences persistent. Les accords de Doha et de Washington ne seront que des bouts de papier tant que les belligérants n’auront pas vraiment décidé de la paix.

Félix Tshisekedi repart de Doha avec des promesses, peut-être des engagements. Mais le peuple congolais, lui, attend des actes. La paix dans l’Est ne se décrète pas dans les salons feutrés des capitales étrangères. Elle se construit sur le terrain, avec les communautés, par le désarmement des groupes armés et le retour de l’autorité de l’État.

En attendant, les deux Chefs d’État se sont quittés en se promettant de rester en contact. Les prochaines semaines diront si cette rencontre à Doha aura été une étape décisive ou une simple formalité. L’histoire retiendra. Les populations, elles, jugeront.

Bakiele Meso Marianne se retire de la course à la vice-présidence, l’Union sacrée fait bloc

L’Union sacrée de la Nation a tranché. La sénatrice Bakiele Meso Marianne a annoncé son retrait de la course au poste de deuxième vice-président du Sénat. Elle cède ainsi sa place à un candidat commun désigné par la majorité. Dans une lettre datée du 1er avril 2026, adressée au président de la Chambre haute, elle confirme sa décision. Désormais, le sénateur Norbert Basengezi Katintima devient l’unique candidat de l’Union sacrée pour l’élection prévue ce vendredi 3 avril 2026.

L’affaire était très suivie. En effet, après la démission de Modeste Bahati Lukwebo, la succession s’annonçait ouverte. Plusieurs noms circulaient, dont celui de Bakiele Meso Marianne. Cependant, la majorité a rapidement choisi de resserrer les rangs. Elle a donc désigné un candidat unique afin d’éviter toute division.

Une candidature unique pour préserver l’unité

Dans sa lettre, la sénatrice explique clairement son choix. Elle affirme vouloir respecter la décision de l’Union sacrée. Elle salue également le soutien reçu durant sa démarche. Ainsi, elle affiche sa loyauté envers la plateforme présidentielle.

Ce retrait permet d’éviter une compétition interne risquée. En effet, une rivalité aurait pu fragiliser la majorité. Or, l’Union sacrée mise sur la discipline et la cohésion. Sur ce dossier sensible, elle ne pouvait pas se permettre des divisions.

Par conséquent, ce choix envoie un message fort. Il montre que la majorité privilégie l’unité avant tout. Il confirme aussi la volonté de consolider son poids au Sénat.

Norbert Basengezi Katintima, un choix stratégique

Le candidat désigné n’est pas un novice. Norbert Basengezi Katintima dispose d’une solide expérience politique. De plus, il est perçu comme un profil consensuel. Il peut ainsi rassembler différentes sensibilités au sein de la majorité.

Son parcours et ses réseaux ont joué en sa faveur. En effet, dans un Sénat aux équilibres fragiles, la majorité a besoin d’un homme fiable. Elle cherche aussi un responsable capable de dialoguer et de négocier.

Dans ces conditions, l’élection du 3 avril semble déjà jouée. Avec un candidat unique et une majorité solide, Basengezi part largement favori. Toutefois, l’opposition pourrait encore se positionner, même si ses chances restent limitées.

Un test politique pour la majorité

Le futur deuxième vice-président du Sénat devra relever plusieurs défis. Il participera à l’organisation des travaux parlementaires. Il pourra aussi remplacer le président en cas d’absence. Ces responsabilités exigent rigueur et autorité.

Par ailleurs, il devra gérer les relations avec l’Assemblée nationale et l’exécutif. Cet équilibre reste délicat dans le contexte politique actuel. Chaque décision peut avoir un impact important.

De son côté, l’opposition hésite encore. Va-t-elle présenter un candidat ou boycotter le scrutin ? Sa stratégie sera scrutée de près. Elle donnera une indication sur la suite de la législature.

Au-delà de l’élection, le message est clair. L’Union sacrée veut afficher sa stabilité. Elle montre qu’elle peut surmonter ses divergences internes. À quelques mois d’échéances importantes, ce signal compte.

En définitive, le retrait de Bakiele Meso Marianne a facilité ce consensus. Il a permis d’éviter une crise interne. Désormais, tous les regards se tournent vers le scrutin de ce vendredi.

La politique congolaise réserve souvent des surprises. Cependant, sur ce dossier, la majorité a choisi la discipline. Norbert Basengezi Katintima incarne déjà cette stratégie. Reste à savoir si le vote confirmera cette dynamique.

Révision constitutionnelle ou troisième mandat ?

La trêve imposée par la guerre dans l’Est aura été de courte durée. Alors que l’attention se portait sur les pourparlers de paix et la qualification des Léopards, le débat sur la révision de la Constitution revient à Kinshasa. Cette fois, il s’impose avec force. Derrière les déclarations du camp présidentiel, une question persiste : faut-il corriger un texte imparfait ou préparer un troisième mandat pour Félix Tshisekedi ?

Le silence n’a pas duré. En effet, depuis plusieurs semaines, les prises de position se multiplient. Les lignes se durcissent et les intentions apparaissent clairement. Ce qui relevait de la rumeur devient une revendication assumée par l’Union sacrée. En face, l’opposition rejette toute révision. Dans ce climat tendu, une voix académique tente d’élever le débat : celle de Dieudonné Nkishi Kazadi, auteur de Les 117 péchés de la Constitution du 18 février 2006.

Une révision assumée face à une opposition mobilisée

Le signal est clair. Le 7 mars, Augustin Kabuya a levé toute ambiguïté devant les militants de l’UDPS : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution. » Ensuite, il invoque l’histoire pour justifier cette position. Selon lui, plusieurs dirigeants ont déjà modifié les textes fondamentaux.

Dans la même dynamique, certains membres de la majorité vont plus loin. Ainsi, le ministre des Sports Didier Budimbu évoque ouvertement un troisième mandat. Cette déclaration alimente les soupçons. Beaucoup y voient une révision à visée politique.

Face à cela, l’opposition réagit rapidement. Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga dénoncent une dérive autoritaire. Ils appellent à la mobilisation. Pour eux, la Constitution de 2006 reste un pilier de la démocratie. Par conséquent, la limitation des mandats ne doit pas être remise en cause sans consensus.

Par ailleurs, plusieurs organisations citoyennes annoncent des marches. Le climat politique pourrait donc se tendre davantage dans les prochains jours.

L’analyse de Nkishi, entre critique et clarification

Dans ce contexte, Dieudonné Nkishi Kazadi apporte une contribution différente. Son ouvrage propose une analyse rigoureuse de la Constitution. Il identifie 117 failles qu’il qualifie de « péchés ».

L’auteur ne se limite pas au constat. Au contraire, il met en lumière les ambiguïtés juridiques et les fragilités du système. Selon lui, ces insuffisances freinent le bon fonctionnement de l’État.

De plus, Nkishi adopte une approche critique. Il croise le droit, la sociologie et la science politique. Il s’appuie aussi sur des penseurs comme Michel Foucault, Pierre Bourdieu ou Achille Mbembe. Ainsi, il propose une lecture approfondie du pouvoir et de ses mécanismes.

En effet, son travail dépasse les clivages politiques. Il apporte des arguments concrets et structure le débat. Pour lui, une réforme peut se justifier. Cependant, elle doit reposer sur une analyse solide, et non sur des intérêts immédiats.

Une réforme nécessaire ou un enjeu politique ?

Nkishi rappelle une idée essentielle : une Constitution évolue. Elle doit s’adapter aux réalités du pays. Toutefois, cette évolution doit rester encadrée et servir l’intérêt général.

Dès lors, une question demeure. Pourquoi réviser aujourd’hui ? Est-ce pour améliorer le texte ou pour modifier la limitation des mandats ? Le doute persiste.

Le retour de ce débat annonce des tensions politiques. L’opposition se mobilise, la majorité avance ses arguments et la société civile s’organise. Dans ce contexte, l’ouvrage de Nkishi devient une référence importante.

Il recentre la discussion sur le fond. Il rappelle que toute réforme doit répondre aux besoins du pays. Le débat ne fait que commencer. Mais désormais, il repose aussi sur une base intellectuelle solide.

Reste à savoir si les acteurs politiques sauront s’en saisir. Ou si, une fois encore, les slogans prendront le dessus.

Joseph Kabila met en garde contre une « soudanisation » de la crise en RDC

L’ancien président de la République démocratique du Congo sort de son silence. Dans un entretien accordé à un média belge, Joseph Kabila a livré sa lecture sans concession de la crise sécuritaire qui ravage l’est du pays. À 25 ans de l’accord de Sun City qui avait mis fin à la dernière grande guerre africaine, l’ancien chef de l’État dénonce une « dictature qui s’installe » et des « va-t-en-guerre au pouvoir ». Il met en garde : si la voie du dialogue n’est pas prise, la RDC risque de connaître le même sort que le Soudan.

Vingt-cinq ans après avoir hérité d’un pays en morceaux, Joseph Kabila regarde avec inquiétude la trajectoire empruntée par son successeur. Dans une interview accordée à un média belge, le président honoraire livre une analyse à la fois historique et prophétique de la situation actuelle.

Pour lui, la crise dans l’est de la RDC n’est pas une fatalité. Elle est le résultat de choix politiques, et les mêmes options se posent aujourd’hui qu’en 2001, lorsqu’il est arrivé au pouvoir dans un pays envahi par plusieurs armées étrangères et déchiré par des rébellions.

« En 2001, on était plus sages »

L’ancien chef de l’État convoque la mémoire de ses débuts à la tête du pays. Il avait 30 ans lorsqu’il a succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, assassiné. Le Congo était alors le théâtre de ce qu’on appelait la « guerre africaine », la plus meurtrière depuis la Seconde Guerre mondiale.

« On s’était dit qu’il n’y avait pas dix mille pistes de solution. Soit on continuait la guerre, soit on faisait la paix », raconte-t-il. « On était peut-être très jeunes mais je pense qu’on était plus sages que la plupart des vieux d’aujourd’hui. »

Face à ses alliés angolais, zimbabwéen et namibien, le jeune président avait tenu tête. À Luanda, puis à Harare, il avait martelé une seule idée : les Congolais doivent s’approprier leur destin, tous les pays étrangers doivent partir, et un dialogue inclusif avec tous les acteurs du conflit est la seule issue.

Un an plus tard, l’accord de Sun City était signé. Quelques mois après, un gouvernement de transition était mis en place. Le pays, unifié, entamait une décennie de reconstruction.

« Des va-t-en-guerre au pouvoir »

Aujourd’hui, le constat de Joseph Kabila est amer. La sagesse d’alors a cédé la place à une logique de confrontation.

« Aujourd’hui, je dois constater qu’il n’y a plus la même sagesse. On a plutôt des va-t-en-guerre au pouvoir », déplore-t-il.

L’ancien président affirme avoir conseillé, dès le début de la crise actuelle, l’option de la négociation. En vain. « La réponse a toujours été « on va faire la guerre ». Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », lance-t-il, laissant percer une frustration longtemps contenue.

Cette prise de position intervient alors que le gouvernement congolais est engagé sur deux fronts diplomatiques : des négociations avec le mouvement AFC-M23 à Doha, et des discussions bilatérales avec le Rwanda à Washington. Des accords ont été signés, mais la situation sécuritaire sur le terrain reste désastreuse.

Le spectre de la « soudanisation »

L’avertissement de Joseph Kabila est d’une gravité rare. Il ne parle pas de balkanisation, terme souvent utilisé par les autorités congolaises pour dénoncer les projets de partition du pays. Il emploie un mot plus lourd encore : « soudanisation ».

« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la soudanisation de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », prévient-il.

Une référence glaçante au conflit qui a déchiré le Soudan à partir de 2023, opposant l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), faisant des centaines de milliers de morts et provoquant la plus grande crise de déplacement au monde.

« Je ne pense pas que cela arrivera, mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. Et si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables », insiste l’ancien président.

Un diagnostic qui divise

Si les propos de Joseph Kabila trouvent un écho dans une partie de l’opinion congolaise, lasse d’une guerre qui n’en finit pas, ils sont loin de faire l’unanimité. Ses détracteurs lui rappellent qu’il a dirigé le pays pendant près de deux décennies sans parvenir à éradiquer les foyers de tension dans l’est.

D’autres voient dans cette sortie médiatique une tentative de repositionnement politique, à quelques mois d’échéances électorales cruciales.

Mais au-delà des calculs partisans, le diagnostic de l’ancien président pose une question fondamentale : la paix peut-elle se construire sans dialogue avec ceux qui portent les armes ? L’expérience de Sun City répondait par l’affirmative. L’actuelle stratégie militaire de Kinshasa, soutenue par une partie de l’opinion, mise sur la force.

Le poids des mots

Ce qui frappe dans l’intervention de Joseph Kabila, c’est la précision des termes. Il ne parle pas de « dialogue » comme d’un vœu pieux, mais comme d’une méthode éprouvée. Il ne critique pas seulement la gestion de la crise, mais ce qu’il perçoit comme un changement de régime : « tribalisme, népotisme, vraie dictature qui vient de s’installer ».

Des accusations qui risquent d’envenimer encore un peu plus les relations entre les deux hommes qui se partagent, de loin, la scène politique congolaise.

Pendant ce temps, dans les territoires du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, les civils continuent de payer le prix d’une guerre dont personne ne semble maîtriser l’issue. Les accords se succèdent, les déclarations s’enchaînent, les armes ne se taisent pas.

La « sagesse » de 2001 a sauvé le Congo de l’implosion. Vingt-cinq ans plus tard, l’appel de Kabila résonne comme un avertissement. Reste à savoir s’il sera entendu, ou si le pays, comme il le craint, s’engagera un peu plus chaque jour sur la pente glissante qui mène à l’inconnu.

Denis Mukwege dénonce une « dérive institutionnelle » après les démissions au sommet de l’État

La voix du prix Nobel de la paix s’élève dans le silence inquiet de la classe politique congolaise. Ce lundi 23 mars 2026, le docteur Denis Mukwege a pris la parole pour réagir à la vague de démissions qui secoue les hautes institutions du pays. Vital Kamerhe, Modeste Bahati : l’un après l’autre, les responsables politiques quittent leurs fonctions. Mais pour le célèbre gynécologue, derrière ces départs se cache une dérive plus profonde, celle d’une démocratie qui s’étouffe.

Dans un message publié ce lundi, le lauréat du prix Nobel de la paix 2018 ne cache pas son inquiétude. Il observe, depuis plusieurs semaines, un phénomène qui le trouble : des élus du peuple contraints de démissionner pour avoir exprimé un désaccord, notamment sur la question d’une éventuelle révision constitutionnelle.

« Ces démissions, bien que possibles en démocratie, soulèvent des inquiétudes quant à leurs motivations », écrit-il, pointant du doigt ce qu’il nomme une « dérive institutionnelle ».

L’« inversion des rôles » qui inquiète Mukwege

Le diagnostic du docteur Mukwege est sans appel. Il parle d’une « inversion des rôles », une formule lourde de sens dans un pays où l’équilibre des pouvoirs a toujours été fragile.

« Les représentants du peuple seraient sanctionnés pour avoir exprimé leur désaccord », déplore-t-il, en référence implicite aux déclarations controversées sur la modification de la Constitution qui ont valu à plusieurs responsables politiques de perdre leurs postes.

Pour le médecin de Panzi, la démocratie ne se résume pas à l’uniformité. Elle repose au contraire sur la pluralité des voix et la liberté de penser. En réduisant au silence ceux qui osent exprimer une opinion différente, la classe politique prend le risque de fragiliser les fondations mêmes du régime.

Un regret amer face à la loyauté affichée

Mais ce qui semble attrister le plus Denis Mukwege, c’est l’attitude des intéressés eux-mêmes. Après avoir démissionné, plusieurs responsables ont tenu à afficher leur loyauté au président de la République, renonçant en quelque sorte à défendre la position qui avait causé leur départ.

Le prix Nobel de la paix regrette ce qu’il perçoit comme un reniement. « Ils auraient dû assumer pleinement leur position initiale », estime-t-il, appelant les élus à faire preuve de « dignité et de courage ».

Un message adressé à la classe politique dans son ensemble : un élu ne doit pas sa survie à son obéissance, mais à sa capacité à défendre la volonté du peuple, même lorsque celle-ci heurte les intérêts du pouvoir.

Un appel au chef de l’État

Dans sa prise de parole, Denis Mukwege ne s’adresse pas seulement aux démissionnaires. Il interpelle directement le président de la République, l’invitant à faire preuve de hauteur.

« Le chef de l’État doit privilégier l’intérêt général plutôt que les influences de son entourage politique », écrit-il, une mise en garde contre la tentation de laisser la gouvernance se réduire aux calculs d’un cercle rapproché.

L’appel est clair : la nation congolaise a besoin d’un leadership qui transcende les querelles de clan et les luttes d’influence. Elle a besoin d’élus fidèles aux « valeurs républicaines » et à la « conscience nationale ».

Une démocratie en danger ?

L’inquiétude de Denis Mukwege résonne comme un signal d’alarme. Pour lui, la multiplication des démissions forcées n’est pas un simple remaniement. C’est le symptôme d’un malaise plus profond.

« L’uniformité politique fragilise la démocratie », met-il en garde. Dans un pays qui a connu des décennies de régimes autoritaires, l’avertissement ne doit pas être pris à la légère.

Alors que la RDC s’apprête à aborder des échéances électorales cruciales dans les années à venir, la question de la liberté d’expression des élus et de l’indépendance des institutions reste posée. Denis Mukwege, en brisant le silence, rappelle une évidence trop souvent oubliée : une démocratie ne se mesure pas à l’unanimité des voix, mais à la liberté de celles qui s’élèvent contre le courant.

Reste à savoir si cet appel sera entendu, ou si la « dérive institutionnelle » continuera son chemin, dans l’indifférence d’une classe politique trop occupée à sauver ses sièges pour penser à sauver la démocratie.

Modeste Bahati jette l’éponge et démissionne du Sénat

La crise politique au sommet de l’État congolais connaît son épilogue. Modeste Bahati Lukwebo a officiellement remis sa démission de son poste de deuxième vice-président du Sénat, ce mercredi 18 mars 2026. Une décision qui intervient au lendemain du dépôt d’une pétition de destitution ayant recueilli une écrasante majorité de signatures.

C’est par une lettre sobre, adressée au président de la chambre haute Jean-Michel Sama Lukonde Kyenge, que l’ancien président du Sénat a tourné la page. Dans les couloirs de l’institution, l’information a circulé rapidement, mettant fin à plusieurs jours de spéculations et de tensions.

Joint par nos confrères d’ACTUALITE.CD aussitôt après avoir déposé sa lettre, Modeste Bahati a livré les motivations de son retrait. Avec un calme apparent, il explique avoir choisi la voie de l’apaisement :

« Je me disais que ça ne sert à rien d’engager un bras de fer avec mes collègues. De toutes les façons, quand on reçoit un mandat, on doit se préparer à le quitter à tout moment. »

Les causes d’une chute

La démission de Modeste Bahati ne tombe pas du ciel. Elle est l’aboutissement d’une séquence politique tendue, déclenchée par des déclarations controversées sur une possible révision constitutionnelle. Des propos qui ont été perçus par une partie de la classe politique comme un manque de respect envers les institutions.

La pétition de destitution, initiée par le sénateur Dany Kabongo Bondanya de l’UDPS, avait cristallisé le mécontentement. Les griefs étaient multiples : accusations d’incompétence, manquements dans l’exercice de ses fonctions, et bien sûr cette fameuse sortie médiatique sur les textes fondamentaux du pays.

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Avec 83 signatures sur 109 sénateurs, le rapport de forces était sans appel. Bahati savait sa position intenable. « Comme il y a eu des incompréhensions à la suite de ma déclaration, je croyais avoir été compris en disant qu’il faut beaucoup travailler sur l’homme, sur sa mentalité et son comportement pour espérer que le texte soit bien appliqué », a-t-il tenté de justifier.

Lâché par les siens

Le plus dur, dans cette chute, a peut-être été ailleurs. Car Modeste Bahati n’a pas seulement fait face à l’hostilité de l’opposition ou de la majorité. Il a aussi vu son propre camp se désagréger.

Des membres de son regroupement politique, l’AFDC-A, avaient publiquement pris leurs distances. Certains appelaient ouvertement leur leader à « tirer les conséquences politiques » de ses actes. Une défection interne qui a privé Bahati de toute base solide pour résister.

« Je croyais m’être bien expliqué, mais voilà. Dans ma nature, je n’aime pas la confrontation, j’ai préféré déposer ma démission aujourd’hui », a-t-il confié, laissant percer une pointe d’amertume.

La fin d’un cycle

Pour celui qui a présidé le Sénat de 2019 à 2024 avant d’en devenir le deuxième vice-président lors des élections législatives de 2023, cette démission marque un tournant. Elle symbolise l’usure du pouvoir et la fragilité des positions acquises.

Bahati reste sénateur. Il conserve son mandat et son influence politique. Mais il sort affaibli de cette épreuve, et le message envoyé à la classe politique est clair : plus personne n’est intouchable.

Au Sénat, la procédure de destitution devient désormais caduque. Reste à savoir qui héritera du poste laissé vacant et comment cet épisode remodelera les alliances au sein de la chambre haute. Une certitude : la séquence aura montré que, dans la politique congolaise, le soutien d’hier n’est pas toujours celui de demain.

Modeste Bahati crie au complot et dénonce une tentative de « spoliation » de ses biens

La tension monte autour de l’une des figures influentes de la scène politique congolaise. Modeste Bahati Lukwebo, président de l’Alliance des forces démocratiques du Congo (AFDC) et deuxième vice-président du Sénat, est dans la tourmente. Son parti dénonce, ce mercredi 18 mars 2026, une vaste campagne de dénigrement qui mêlerait pressions fiscales, menaces sécuritaires et manœuvres politiques pour l’abattre.

Dans un communiqué signé par son secrétaire général Guy-Richard Malongo, l’AFDC tire la sonnette d’alarme. Son autorité morale ferait l’objet d’un « acharnement » méthodique, à trois niveaux : politique, fiscal et sécuritaire. L’objectif, selon le parti, est clair : « le discréditer et le faire taire ».

Cette offensive intervient dans un contexte précis. Elle fait suite, selon la formation politique, à une récente sortie médiatique de Modeste Bahati sur la problématique du respect des textes en République démocratique du Congo. Une prise de parole qui aurait déplu, déclenchant des représailles organisées.

Des « faux redressements fiscaux » et des « projets macabres »

Le communiqué de l’AFDC ne fait pas dans la demi-mesure. Il évoque des « détracteurs » qui ne dorment pas, « concoctant des projets macabres sur fonds de jalousie, haine et méchanceté ».

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Le but ultime de ce complot présumé ? Rien de moins que la « spoliation pure et simple de l’ensemble du patrimoine immobilier, chèrement et honnêtement acquis par le Professeur Modeste Bahati et sa famille ». Une accusation grave, qui dépasse le simple règlement de comptes politique pour toucher à la sécurité des biens d’une figure majeure de l’establishment.

Selon l’AFDC, l’arsenal utilisé contre son président est rodé. Des « faux redressements fiscaux » seraient instrumentalisés par des services de l’État pour asphyxier financièrement le leader politique et justifier une mainmise sur ses biens.

Parallèlement, le volet sécuritaire serait activé. Le parti dénonce des « pressions et menaces » exercées sur ses élus. Députés, sénateurs et cadres de l’AFDC subiraient des tentatives de débauchage, avec pour objectif de « créer la dissidence » et d’affaiblir le groupe parlementaire de Bahati.

83 signatures pour une déchéance au Sénat

Le timing de ces accusations n’est pas anodin. La machine judiciaire du Sénat est déjà en marche contre le deuxième vice-président de la chambre haute.

Une pétition visant sa déchéance, initiée par le sénateur Dany Kabongo, est actuellement en cours de traitement. Le chiffre est implacable : elle a recueilli 83 signatures sur les 109 sénateurs que compte l’institution. Une majorité écrasante qui témoigne, à défaut d’une preuve de culpabilité, d’une défiance généralisée au sein de l’hémicycle.

Pour l’AFDC, cette pétition n’est qu’un instrument de plus dans une entreprise plus vaste de liquidation politique. Elle s’inscrirait dans le cadre de ce qu’ils nomment l’« acharnement » contre leur leader.

Un appel à la communauté internationale

Face à ce qu’il considère comme une offensive tous azimuts, le parti de Modeste Bahati change de braquet. Il ne s’adresse plus seulement aux institutions congolaises, dont il doute visiblement de l’impartialité, mais aussi à la communauté internationale.

L’AFDC « alerte » les partenaires étrangers de la RDC et appelle les Institutions de la République à « assurer les droits et la propriété privée » de son autorité morale. Un appel au secours qui vise à internationaliser l’affaire et à mettre la pression sur le gouvernement pour qu’il garantisse l’intégrité physique et patrimoniale de l’opposant.

Reste à démêler, dans cette affaire, ce qui relève d’une véritable cabale politique, de règlements de comptes internes à la majorité, ou d’éventuelles procédures légitimes de contrôle des avoirs et de discipline parlementaire. Une certitude : le combat de Modeste Bahati ne fait que commencer, et l’issue de cette bataille influencera durablement les équilibres politiques au sommet de l’État congolais.

Jean-Marc Kabund alerte les États-Unis sur « l’urgence humanitaire » en RDC

La voix de l’opposition congolaise se fait entendre jusqu’à Washington. Ce mercredi 18 mars 2026, Jean-Marc Kabund A Kabund, président de l’Alliance pour le Changement, a reçu à sa résidence de Kingabwa une délégation de l’ambassade des États-Unis. Au menu des discussions : la détérioration dramatique de la situation sécuritaire dans l’Est du pays et l’urgence d’une réponse politique.

Dans le salon feutré de sa résidence kinoise, le ton était grave. Face aux représentants de la diplomatie américaine, Jean-Marc Kabund n’a pas mâché ses mots. Il a dressé un tableau sans concession de la réalité vécue par des millions de Congolais dans les provinces orientales, théâtre depuis des décennies de violences armées ininterrompues.

L’opposant a insisté sur un point : au-delà des considérations géopolitiques et des rivalités entre puissances, ce sont d’abord des vies humaines qui sont en jeu. Il a décrit des conditions de vie de plus en plus précaires pour les populations civiles, prises en étau entre les groupes armés, les violences communautaires et l’impuissance relative des forces de sécurité.

Un plaidoyer pour un dialogue « global et inclusif »

Pour Jean-Marc Kabund, l’urgence sécuritaire ne doit pas occulter la racine du mal. Il a réaffirmé avec force sa conviction : seule une solution politique permettra de sortir de l’ornière.

Selon lui, les frappes militaires et les opérations ponctuelles ne suffiront jamais à éradiquer un conflit aussi enraciné. La résolution durable passe impérativement par un dialogue politique global et inclusif. Un dialogue capable, a-t-il expliqué à ses interlocuteurs, de traiter les causes profondes de la crise : la marginalisation de certaines communautés, la gestion des ressources naturelles, et l’absence d’autorité de l’État dans de vastes zones du territoire.

Ce discours n’est pas nouveau chez le leader de l’Alliance pour le Changement. Mais le recevoir à son domicile, dans le cadre d’une consultation officielle, donne un poids particulier à ses analyses. La rencontre avec les Américains sonne comme une reconnaissance, par la première puissance mondiale, de la pertinence de sa position.

Le sens d’une rencontre

Cette visite s’inscrit dans une stratégie claire. Jean-Marc Kabund multiplie, depuis plusieurs mois, les consultations avec les partenaires internationaux de la RDC. Ambassades européennes, missions onusiennes, et maintenant États-Unis : l’opposant construit patiemment un réseau d’influence.

Son objectif est transparent : promouvoir une solution politique à la crise persistante dans l’Est, en faisant pression sur le pouvoir de Kinshasa pour qu’il accepte un cadre de négociation élargi. En recevant la délégation américaine, Kabund envoie un message à la fois à l’opinion nationale et au gouvernement : l’opposition a sa propre lecture de la crise, et elle entend peser sur les décisions à venir.

Pour Washington, ces consultations régulières avec les acteurs politiques locaux, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition, répondent à une logique bien rodée : garder le pouls d’un pays stratégique, riche en minerais, et dont l’instabilité chronique menace de déborder sur toute l’Afrique des Grands Lacs.

Reste à savoir si ce plaidoyer pour un dialogue global trouvera un écho dans les hautes sphères du pouvoir congolais, et surtout, s’il pourra se traduire un jour par une amélioration concrète du sort des millions d’habitants de l’Est, qui attendent, dans l’angoisse et le dénuement, que la communauté internationale passe des paroles aux actes.

RDC-Rwanda : l’ultimatum diplomatique de Washington pour sauver la paix dans les Grands Lacs

La diplomatie américaine joue son va-tout. Cette semaine, au cœur du Département d’État à Washington, des négociateurs congolais et rwandais se font face. L’enjeu ? Éviter qu’une guerre ouverte ne déstabilise toute l’Afrique centrale et ne fasse exploser le marché mondial des minerais stratégiques. Les États-Unis, qui ont récemment frappé Kigali de sanctions, tentent de ranimer des accords de paix moribonds.

C’est un rendez-vous sous haute tension. Pour la première fois depuis les sanctions américaines du 2 mars 2026 contre l’armée rwandaise et plusieurs de ses hauts gradés, Kinshasa et Kigali s’assoient à la même table. Ces discussions, qui se tiendront sous l’égide du Conseil de sécurité nationale et du Bureau des affaires africaines, visent un objectif clair : rétablir d’urgence un dialogue politique et sécuritaire pour éviter une escalade régionale.

Derrière les façades solennelles des ambassades, les visages de la négociation se dévoilent. Côté rwandais, Mauro De Lorenzo et le brigadier-général Patrick Karuretwa mènent la danse. Face à eux, pour la RDC, Patrick Luabeya porte les espoirs fragiles d’un pays meurtri par des décennies de conflits dans sa région orientale.

Le nerf de la guerre : des milliards en minerais stratégiques

Si le monde retient son souffle, ce n’est pas uniquement par humanisme. Les experts sont formels : ces tensions pèsent lourdement sur l’économie régionale et, par ricochet, sur les chaînes d’approvisionnement mondiales.

L’est de la RDC est un scandale géologique. Sous ses collines verdoyantes se cachent des trésors convoités : du coltan, indispensable à nos smartphones et ordinateurs, du cobalt, nerf de la transition énergétique, et de l’or. Mais l’exploitation de ces richesses dépend de corridors sûrs et de relations diplomatiques stables.

Toute recrudescence des combats a un effet domino immédiat :

  • Les investisseurs étrangers, frileux, délaissent la région.

  • Les capitaux fuient vers des cieux plus calmes.

  • Le risque-pays s’envole, rendant les projets miniers impossibles à financer.

Pour le Rwanda, voisin petit mais influent, l’équation est tout aussi cruciale. Une paix durable dans l’est congolais garantirait le maintien de ses flux commerciaux et renforcerait son ancrage comme hub économique régional. La stabilité n’est pas un luxe, c’est une condition de survie économique.

L’ombre des sanctions et le poids de l’histoire

Cette médiation américaine ne tombe pas du ciel. Elle intervient dans un contexte de fermeté renouvelée de Washington. Le 2 mars, les États-Unis ont officiellement sanctionné l’armée rwandaise et plusieurs hauts gradés, accusés de soutenir des groupes armés déstabilisant l’est de la RDC. Une décision qui a envoyé un signal fort à Kigali, tout en ravivant les vieilles rancoeurs entre voisins.

En acceptant de venir à la table des négociations à peine deux semaines plus tard, les deux parties reconnaissent implicitement l’urgence de la situation. Pour Washington, cette médiation est bien plus qu’un geste diplomatique. C’est un levier stratégique. Il s’agit de prouver que les sanctions et le dialogue peuvent se conjuguer pour éviter que l’instabilité locale ne se transforme en crise régionale aux retombées internationales.

Deux minutes pour l’avenir

« En moins de deux minutes, l’avenir de la coopération RDC-Rwanda pourrait se décider, avec des implications directes sur la sécurité, les mines et l’économie mondiale », glissent les observateurs les plus avisés. Une formule qui résume l’extraordinaire concentration d’enjeux de ces pourparlers.

Il ne s’agit pas seulement de faire taire les armes. Il s’agit de savoir si l’Afrique des Grands Lacs peut enfin entrer dans une ère de coopération économique, ou si elle restera prisonnière d’un cycle infernal de violence et de prédation. La réponse se joue cette semaine à Washington, dans l’enceinte feutrée du Département d’État, loin des collines rouges du Kivu où, chaque jour, des vies sont suspendues aux décisions des puissants.

Congo-Belgique : 65 ans après l’assassinat de Lumumba, un dernier diplomate va enfin être jugé pour « crimes de guerre »

C’est un tournant judiciaire et historique. Soixante-cinq ans après l’assassinat de Patrice Lumumba, la Belgique franchit une étape majeure. Ce mardi 17 mars 2026, la justice a ordonné le renvoi en procès d’Étienne Davignon.

Aujourd’hui âgé de 93 ans, il fait face à des accusations graves. Les magistrats le soupçonnent de participation à des crimes de guerre. Ainsi, la décision de la chambre du conseil de Bruxelles vise l’un des derniers témoins directs de cette page sombre de l’histoire.

Cependant, la procédure n’est pas encore terminée. La décision peut faire l’objet d’un appel. Néanmoins, si elle est confirmée, le procès pourrait s’ouvrir dès janvier 2027.

Un passé colonial rattrapé par la justice

En 1961, Étienne Davignon n’était qu’un jeune attaché au ministère belge des Affaires étrangères. Pourtant, il participait déjà aux échanges sensibles de l’époque.

Selon la justice, il aurait contribué aux décisions qui ont conduit au transfert de Patrice Lumumba vers le Katanga. Or, la Belgique soutenait alors cette sécession.

C’est dans cette province que des séparatistes katangais, appuyés par des mercenaires belges, ont exécuté Lumumba le 17 janvier 1961. Il avait seulement 35 ans. Ensuite, les responsables ont fait disparaître son corps dans l’acide.

Aujourd’hui, les chefs d’accusation restent lourds. Ils incluent la détention illégale, le transfert illicite, ainsi que des traitements inhumains et dégradants. Pour les parties civiles, les preuves écrites confirment l’existence d’une entreprise criminelle.

D’ailleurs, Christophe Marchand évoque une « entreprise criminelle étatique ». Selon lui, plusieurs documents diplomatiques renforcent cette thèse.

Une quête de vérité portée par la famille Lumumba

Du côté de la famille, l’émotion reste forte. Depuis 2011, les proches de Lumumba mènent ce combat judiciaire. À l’époque, ils ont déposé plainte à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort.

Au fil des années, l’enquête a connu plusieurs rebondissements. Cependant, aujourd’hui, Étienne Davignon reste le seul suspect encore en vie.

Présent à l’audience, Mehdi Lumumba exprime un soulagement. Selon lui, la Belgique commence enfin à regarder son passé en face.

De son côté, Juliana Lumumba précise la position familiale. Elle affirme que l’objectif n’est pas la vengeance. Au contraire, la famille cherche avant tout la vérité.

À Kinshasa, les autorités saluent aussi cette avancée. Patrick Muyaya insiste sur l’importance du travail de mémoire. Il appelle à établir toutes les responsabilités.

Si le procès se tient, il marquera une première historique. Pour la première fois, la justice pénale belge examinera le rôle direct de ses représentants dans cet assassinat.

Ainsi, cette décision ouvre une nouvelle phase. Elle pourrait mettre fin à des décennies d’impunité. Enfin, elle relance un combat essentiel : celui de rétablir la vérité historique.

La chute annoncée de Bahati Lukwebo ? Une pétition enclenche la procédure de destitution

Kinshasa, 17 mars 2026 – Le marbre froid de l’hémicycle du Sénat pourrait bientôt devenir glissant pour Modeste Bahati Lukwebo. En effet, le couperet reste en suspens. Une ombre de doute plane désormais sur son fauteuil. Le deuxième vice-président du Sénat vit-il ses dernières heures à ce poste stratégique ?

Ce mardi, un communiqué officiel signé par Nefertiti Ngudianza a marqué un tournant. Ainsi, le Bureau du Sénat annonce l’installation, dès ce mercredi 18 mars, d’une commission spéciale ad hoc. Celle-ci devra examiner la validité et le bien-fondé d’une pétition déposée contre le sénateur.

Derrière cette initiative se trouve Dany Kabongo. En effet, ce dernier a déposé son document en marge de la rentrée parlementaire du 16 mars. De plus, il affirme avoir recueilli 83 signatures, soit largement au-dessus du seuil requis.

Entre tensions politiques et accusations d’incompétence

Mais alors, que reproche-t-on réellement à Modeste Bahati Lukwebo ? Officiellement, la pétition évoque une « incompétence dans l’exercice de ses fonctions ». Toutefois, ce motif reste flou et laisse apparaître des tensions plus profondes.

En réalité, l’origine de cette crise remonte au 10 mars. Ce jour-là, Bahati Lukwebo a présenté ses excuses à ses collègues. Pourtant, quelques jours plus tôt, il avait pris position dans le débat sur la révision constitutionnelle. Il avait alors appelé à une discussion au sein de l’Union sacrée.

Cependant, cette sortie n’a pas été bien perçue. Immédiatement, Dany Kabongo lui a reproché un manque de respect envers le président Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo. Selon certains, un membre du présidium ne devait pas s’exprimer sans concertation préalable.

Par la suite, Bahati Lukwebo a tenté de calmer la situation. Il a expliqué que ses propos avaient été mal interprétés. Néanmoins, cette défense n’a pas suffi. Aujourd’hui, la contestation prend une nouvelle forme, avec une accusation directe d’incompétence.

Dès lors, les sénateurs devront trancher. La commission spéciale aura une mission claire. Elle devra déterminer si cette pétition constitue une manœuvre politique ou une démarche légitime.

Ainsi, à l’approche de cette échéance, la pression monte à Kinshasa. Une chose reste certaine : l’ombre d’une destitution plane désormais sur Modeste Bahati Lukwebo.

La RDC, l’Afrique du Sud et l’Angola signent un accord tripartite historique à Pretoria

Pretoria, vendredi 13 mars 2026. Dans les salons feutrés du Département des Relations Internationales et de la Coopération (DIRCO), l’Afrique australe vient de se doter d’un nouvel outil diplomatique. La République Démocratique du Congo, la République d’Angola et la République d’Afrique du Sud ont officialisé la création d’un Mécanisme Tripartite de Dialogue et de Coopération. Une signature qui scelle une volonté commune de parler d’une seule voix sur les grands enjeux régionaux.

Autour de la table, trois figures de la diplomatie du continent. Pour la RDC, S.E. Mme Noëlla Ayeganagato Nakwipone, Vice-Ministre des Affaires étrangères, a apposé sa signature aux côtés de ses homologues sud-africain et angolais : Ronald O. Lamola, Ministre des Relations Internationales et de la Coopération de l’Afrique du Sud, et l’Ambassadeur Téte António, Ministre des Relations Extérieures de l’Angola.

Un processus longuement mûri

Ce protocole d’accord n’est pas né d’une impulsion soudaine. Il est l’aboutissement d’un processus soutenu de consultations et de travaux techniques menés par les experts des trois pays. Des mois de discussions, d’ajustements et de négociations pour parvenir à un texte équilibré, capable d’embrasser la complexité des relations entre ces trois géants du sud-ouest africain.

Le choix de Pretoria pour abriter la signature n’est pas anodin. L’Afrique du Sud, puissance économique du continent, joue souvent le rôle de facilitateur et de pont entre les pays lusophones et francophones de la région.

Quatre piliers pour une coopération renforcée

Le mécanisme qui entre en vigueur repose sur quatre axes prioritaires, dessinant un partenariat à la fois large et profond.

Les affaires politiques et diplomatiques constituent le premier pilier. Les trois capitales s’engagent à coordonner leurs positions sur la scène internationale, à harmoniser leurs votes aux Nations unies et à porter des initiatives communes au sein de l’Union africaine.

La sécurité arrive en deuxième position, signe que la stabilité régionale reste une préoccupation majeure. Dans un contexte où l’Est de la RDC continue de saigner, où le terrorisme menace les côtes mozambicaines et où les trafics en tout genre prospèrent, la coopération sécuritaire devient vitale. Le mécanisme devrait permettre un échange de renseignements accru et des opérations coordonnées.

La promotion du commerce et des investissements constitue le troisième axe. Les trois pays représentent un marché de près de 200 millions de consommateurs. Pourtant, les échanges intra-régionaux restent bien en deçà de leur potentiel, entravés par des barrières douanières et logistiques. Ce protocole vise à lever ces obstacles et à créer un environnement propice aux affaires.

Enfin, le développement économique durable au bénéfice des populations vient couronner l’édifice. L’ambition affichée est que la croissance ne profite pas seulement aux élites, mais qu’elle irrigue l’ensemble du tissu social, créant des emplois et améliorant les conditions de vie.

Un signal fort pour la région

La signature de ce protocole intervient à un moment où la région des Grands Lacs et l’Afrique australe traversent des turbulences. Entre la crise persistante dans l’Est congolais, les tensions latentes et les défis économiques post-pandémie, ce mécanisme tripartite apparaît comme une tentative de construire un rempart de stabilité.

Pour Kinshasa, ce rapprochement avec Luanda et Pretoria est aussi une manière de consolider un axe diplomatique solide face aux ingérences extérieures dénoncées à répétition. L’Angola, médiateur historique dans le conflit entre la RDC et le Rwanda, et l’Afrique du Sud, contributeur majeur aux missions de paix, sont des alliés naturels.

L’heure de la mise en œuvre

La signature n’est que la première pierre. Reste désormais à mettre en musique ce mécanisme. Des réunions périodiques au niveau ministériel sont prévues, ainsi que la création de groupes de travail techniques sur chacun des quatre piliers.

Les populations, elles, attendront de voir les effets concrets de cette coopération. Moins de violence à Goma, plus de commerce entre Kinshasa et Johannesburg, des investissements sud-africains en Angola, des projets de développement financés conjointement : voilà ce qui transformera un beau protocole en réussite tangible.

Pour l’heure, les trois diplomates ont posé pour la photo officielle, souriants, le document siglé entre les mains. Un instantané d’espoir dans un continent qui en a cruellement besoin.

Mort d’une humanitaire française à Goma : la France ouvre une enquête pour crime de guerre

Vendredi 13 mars 2026, Paris. Le Parquet national antiterroriste franchit une étape judiciaire majeure.

Il annonce l’ouverture d’une enquête de flagrance contre X pour « meurtre constitutif de crime de guerre ». Cette décision suit la mort, mercredi à Goma, d’une employée française de l’UNICEF.

Une frappe de drone, non revendiquée, a tué Karine Buisset. Ce drame projette le conflit de l’est de la République démocratique du Congo au cœur de la justice internationale.

Les investigations ont été confiées à l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité. Cette unité d’élite devra établir les circonstances exactes de l’attaque.

L’objectif est clair. D’abord, comprendre ce qui s’est réellement produit. Ensuite, tenir les proches de la victime informés de l’avancée de la procédure.

Une frappe de drone mortelle sur une résidence d’humanitaires

Mercredi, à l’aube, un engin explosif a frappé la résidence de Karine Buisset à Goma. L’explosion a détruit la maison où elle vivait.

La Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO) a apporté des précisions. Selon elle, un drone a frappé un bâtiment abritant plusieurs travailleurs humanitaires.

La nouvelle a provoqué une onde de choc dans la communauté humanitaire. L’UNICEF s’est dite profondément bouleversée et indignée.

Karine Buisset consacrait sa vie à l’aide humanitaire. Elle travaillait au cœur d’une région marquée par des années de violence. Pourtant, elle n’était ni combattante ni actrice du conflit.

Accusations croisées et enjeu du droit international

Très vite, les accusations ont émergé. Le mouvement rebelle M23 a pointé la responsabilité de l’armée congolaise.

Selon son porte-parole, les Forces armées de la République démocratique du Congo auraient mené la frappe.

Cependant, le gouvernement congolais rejette cette version. Kinshasa affirme qu’il ne mènerait jamais une attaque contre des humanitaires.

Les autorités ont exprimé leur profonde tristesse après la mort de l’employée de l’UNICEF. Elles promettent également d’ouvrir une enquête nationale sur l’origine des explosions.

Malgré ces déclarations, l’intervention de la justice française change la situation. En effet, la qualification de crime de guerre active les mécanismes du droit international humanitaire.

Tuer un civil constitue une violation grave des conventions de Genève. La protection s’applique encore davantage aux travailleurs humanitaires.

L’enquête devra donc établir les responsabilités. Les enquêteurs analyseront les témoignages, les images et les trajectoires possibles du drone.

La mission s’annonce difficile. L’accès à la zone reste limité. De plus, la région demeure sous contrôle de forces belligérantes.

Pourtant, l’affaire dépasse déjà le cadre local. La mort de Karine Buisset symbolise les risques auxquels font face les humanitaires dans l’est congolais. Chaque jour, ces travailleurs tentent d’aider les populations prises au piège de la guerre.

Reste désormais une question essentielle : la vérité pourra-t-elle émerger du chaos du conflit ?

Arusha : Museveni préside l’EAC, Kigali décroche un poste clé

Arusha, 8 mars 2026 – Sous le ciel clément de Tanzanie, les huit chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) se sont réunis samedi pour leur 25e sommet ordinaire. Au menu des festivités protocolaires : passation de pouvoir, nominations et grandes déclarations sur l’intégration régionale. Mais dans les couloirs feutrés du secrétariat général, une seule question taraudait les observateurs : comment cette nouvelle direction va-t-elle gérer le conflit qui oppose deux de ses membres, la RDC et le Rwanda ?

Le premier acte de ce sommet fut une passation de témoin attendue. Le président kényan William Ruto a cédé la présidence tournante de l’organisation à son homologue ougandais, Yoweri Kaguta Museveni. Un vétéran de la politique régionale, qui connaît mieux que personne les arcanes des Grands Lacs.

Mais le véritable temps fort de cette journée fut la nomination du nouveau secrétaire général. L’ambassadeur tanzanien Stephen Patrick Mbundi a été choisi pour diriger le secrétariat exécutif de l’EAC pour un mandat de cinq ans, non renouvelable. Il devient ainsi le 8e secrétaire général de l’histoire de la Communauté, succédant à la Kényane Veronica Mueni Nduva.

Son profil ? Un expert chevronné de l’intégration régionale, qui occupait jusqu’ici le poste de secrétaire permanent chargé des affaires de l’EAC au sein du ministère tanzanien des Affaires étrangères. Un technocrate, en somme, dont la tâche principale sera de veiller à la bonne application des règlements et directives adoptés par le Conseil des ministres.

Le Rwanda, un strapontin stratégique

L’autre information qui a fait réagir, surtout à Kinshasa, concerne la répartition des postes. Le Rwanda, pays voisin et opposant dans le conflit qui déchire l’Est de la RDC, a obtenu le poste de rapporteur. Un rôle qui, s’il n’a pas le poids exécutif du secrétaire général, permet néanmoins d’avoir un œil et une influence sur les procédures et les comptes rendus.

Pour la RDC, membre de l’EAC depuis seulement 2022, cette nomination est un signal ambigu. Alors que les troupes rwandaises sont régulièrement accusées de soutenir la rébellion du M23 sur son sol, voir Kigali occuper une position officielle au sein de l’instance régionale est une pilule amère à avaler.

Une communauté aux multiples visages

L’EAC, c’est aujourd’hui huit pays : Burundi, RDC, Kenya, Rwanda, Somalie, Soudan du Sud, Ouganda et Tanzanie. Près de 331 millions d’habitants, une superficie de 5,4 millions de km², un PIB cumulé de plus de 312 milliards de dollars. Un géant économique et démographique en devenir, mais un géant aux pieds d’argile, fragilisé par les rivalités internes.

La Somalie, dernier membre admis en novembre 2023, a officialisé son adhésion en déposant son instrument de ratification en mars 2024. L’EAC s’élargit, mais gérer cette diversité devient chaque jour plus complexe.

Quelle feuille de route pour Stephen Patrick Mbundi ?

Le nouveau secrétaire général hérite d’un dossier brûlant. Comment maintenir la cohésion régionale quand deux États membres se regardent en chiens de faïence ? Comment faire avancer l’intégration économique quand les frontières sont parfois des lignes de front ?

Sa nomination a été saluée par l’ensemble de la Communauté, mais les défis qui l’attendent sont colossaux. Il devra non seulement assurer la continuité administrative, mais aussi proposer des solutions pour apaiser les tensions et relancer la dynamique d’intégration.

Pour l’heure, les discours officiels célèbrent l’unité et la prospérité partagée. Mais à Goma, à Bunagana, à Kibumba, les armes continuent de parler. Et la nouvelle équipe dirigeante de l’EAC est attendue au tournant.

Sanctions américaines : Kigali contre-attaque et accuse Kinshasa de « distordre la réalité »

Kigali, 3 mars 2026 – Le ton est monté d’un cran. Moins de 24 heures après l’annonce des sanctions américaines visant l’armée rwandaise et quatre de ses généraux, le gouvernement de Paul Kagame a sorti l’artillerie lourde. Sur son compte X officiel, Kigali a publié une déclaration cinglante, rejetant en bloc les accusations et retournant la faute contre Kinshasa. La guerre diplomatique entre dans une nouvelle ère.

Le message est clair, presque martial : « Les sanctions imposées aujourd’hui par les États-Unis, qui ciblent injustement une seule partie au processus de paix, déforment la réalité et travestissent les faits du conflit dans l’est de la République démocratique du Congo. » D’entrée, le Rwanda pose le cadre : il est la victime d’une lecture partiale de la crise.

Pour Kigali, les vrais coupables sont ailleurs. Le communiqué énumère, comme un réquisitoire : « Les attaques de drones continues et indiscriminées, ainsi que les offensives terrestres, constituent des violations flagrantes des accords de cessez-le-feu par la RDC et continuent de coûter la vie à de nombreuses personnes. » Une accusation directe, qui vise les opérations des FARDC et de leurs alliés.

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Mais le Rwanda ne s’arrête pas là. Il dresse une liste noire de ceux qui, selon lui, combattent aux côtés de l’armée congolaise : « des mercenaires étrangers, des milices ethniques extrémistes soutenues par l’État (les Wazalendo), et la milice génocidaire FDLR, qui combat aux côtés des FARDC. » Des noms qui claquent comme des avertissements, surtout celui des FDLR, cet épouvantail régulièrement brandi par Kigali pour justifier ses interventions.

Le gouvernement rwandais rappelle également les engagements pris par Kinshasa dans le cadre des Accords de Washington : « La RDC s’est engagée à mettre fin, de manière irréversible et vérifiable, au soutien de l’État aux FDLR et aux milices associées, mais n’a pris aucune mesure en ce sens. » Une manière de dire : nous avons respecté notre part du contrat, eux non.

Pourtant, Kigali affiche sa bonne volonté. Le texte se veut ouvert à la poursuite du dialogue : « Le Rwanda est pleinement engagé dans le désengagement de ses forces, en tandem avec la mise en œuvre par la RDC de ses obligations. » Une phrase qui laisse une porte ouverte, mais qui conditionne clairement tout retrait rwandais à des actions concrètes de la part de Kinshasa.

Enfin, le Rwanda réaffirme son attachement au processus en cours : « Le Rwanda se félicite de la reprise du processus de mise en œuvre, y compris le Comité de surveillance conjoint, qui nécessite une approche équilibrée de la part de tous les partenaires. » Une façon discrète de tacler Washington, accusé de ne pas avoir été assez impartial.

Cette déclaration est un pavé dans la mare diplomatique. Elle montre que Kigali ne compte pas se laisser faire, que la machine de communication rwandaise est bien huilée, et que la guerre des mots sera aussi intense que celle des armes. Pendant que les généraux rwandais voient leurs avoirs gelés, leur gouvernement, lui, continue de marteler sa version de l’histoire.

Le face-à-face entre Kigali et Washington ne fait que commencer. Et la RDC, spectatrice de cet échange de tirs diplomatiques, observe, espérant que cette fois, la pression internationale fera enfin plier son puissant voisin.

Trump lâche Kagame et épingle ses généraux pour crimes de guerre déguisés

Washington – Kinshasa, 3 mars 2026 – Le couperet est tombé. Ce lundi, l’Office de contrôle des avoirs étrangers (OFAC) du département du Trésor américain a frappé un grand coup. Dans le viseur : les Forces de défense rwandaises (FDR), l’armée du Rwanda, et quatre de leurs plus hauts responsables. Le motif ? Leur soutien indéfectible au M23, la rébellion qui ensanglante l’Est de la RDC. Une sanction qui sonne comme un réquisitoire.

Le communiqué américain est d’une rare violence verbale, pour un document diplomatique. Il accuse les FDR de soutenir activement, d’entraîner et de combattre aux côtés du M23, ce groupe armé déjà sanctionné par les États-Unis et l’ONU, responsable de « violations des droits humains » et d’une « crise de déplacements massifs ».

« Les offensives du M23 n’auraient pas été possibles sans le soutien actif et la complicité des FDR », assène le Trésor. Une phrase qui balaie des années de dénégations rwandaises. La Maison-Blanche dit tout haut ce que les rapports d’experts de l’ONU répètent tout bas depuis des mois : l’armée rwandaise est dans le camp des rebelles, et elle y joue un rôle clé.

Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a mis un nom sur l’exigence américaine : « Nous exigeons le retrait immédiat des troupes, des armes et du matériel des Forces de défense rwandaises. » Une injonction claire, appuyée par la signature du président Trump, qui se veut « le président de la paix ». Les accords de Washington, signés il y a quelques jours entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, n’auront donc pas suffi.

Car c’est bien le non-respect de ces accords qui a mis le feu aux poudres. Peu après la signature de la « Déclaration conjointe sur les Accords de Washington pour la paix et la prospérité », le M23 s’est emparé d’Uvira, ville stratégique à la frontière burundaise. Des civils tués, des milliers de déplacés, et une peur immense : celle de voir le conflit s’étendre à toute la région. Les FDR, elles, n’ont pas bougé. Pire, elles ont continué à appuyer les rebelles.

Quatre hauts gradés rwandais sont désormais dans le collimateur de l’OFAC. Leurs noms résonnent comme un Who’s who de la machine de guerre rwandaise :

  • Vincent Nyakarundi, chef d’état-major des FDR, commandant des forces terrestres.

  • Ruki Karusisi, général de division, ancien commandant des forces spéciales, superviseur des opérations en appui au M23.

  • Mubarakh Muganga, chef d’état-major, planificateur des opérations dans l’Est.

  • Stanislas Gashugi, nouveau commandant des forces spéciales, promu en mars 2025.

Tous voient leurs avoirs gelés aux États-Unis. Toute transaction avec eux est interdite. Une mise à l’index qui complique sérieusement la vie de l’état-major rwandais.

Les sanctions ne sont pas que symboliques. Elles visent à étrangler financièrement et logistiquement l’appui de Kigali au M23. En échange de ce soutien, rappelle le Trésor, le Rwanda a obtenu un accès aux zones minières de l’Est, ces collines riches en coltan, en or, en tantale, qui financent la guerre.

Cette décision américaine est un tournant. Elle place le Rwanda dans une position délicate, isolé sur la scène internationale. Elle conforte la RDC dans sa quête de justice et de reconnaissance. Mais elle pose aussi une question cruciale : les sanctions suffiront-elles à faire plier Paul Kagame ? Ou faudra-t-il aller plus loin, vers un embargo plus large, vers des pressions diplomatiques accrues ?

Ce lundi, à Washington, la machine s’est mise en marche. Dans les collines du Kivu, les armes, elles, continuent de parler.

Arusha, le sommet de tous les dangers : la RDC face à ses partenaires ennemis

Arusha, 2 mars 2026 – La ville tanzanienne s’apprête à vivre un sommet sous haute tension. Samedi 7 mars, les chefs d’État de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) se retrouveront pour leur 25ᵉ rendez-vous ordinaire.

Au programme officiel : une caution douanière unique, une nouvelle stratégie de développement et des nominations. Mais dans les coulisses, un seul sujet brûle toutes les lèvres : la guerre dans l’Est de la RDC et le fossé qui se creuse entre Kinshasa et ses partenaires régionaux.

Une intégration économique ambitieuse

Le thème choisi pour ce sommet reste pourtant pacifique : « Approfondir l’intégration pour améliorer les conditions de vie des citoyens de la CAE ».

Parmi les mesures concrètes, la caution douanière unique permettra aux opérateurs économiques de ne plus multiplier les garanties nationales le long des corridors de transit. Fini les formalités kafkaïennes, place à la fluidité commerciale.

Autre avancée majeure : le lancement de la 7ᵉ Stratégie de développement de la CAE (2026/27-2030/31). Elle vise à accélérer l’intégration régionale et la transformation socio-économique, en cohérence avec la Vision 2050 de la CAE et l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Sur le papier, tout semble aligné.

L’Est de la RDC : une poudrière difficile à ignorer

Mais la paperasse ne fait pas oublier la poudre. Dans les collines du Nord-Kivu, l’Est de la RDC connaît une offensive meurtrière de la rébellion AFC/M23, soutenue par le Rwanda selon plusieurs rapports onusiens. Les combats font rage, les populations fuient, et les accusations fusent entre Kinshasa et Kigali.

La présence de la RDC à ce sommet devient un numéro d’équilibriste. Kinshasa n’a cessé de dénoncer la « timidité » de l’EAC face à l’agression rwandaise. Le souvenir de la Force régionale de la CAE (EACRF), déployée en 2022 puis partie en 2023 sans accomplir sa mission, reste vif. Kinshasa l’avait jugée inefficace, incapable de neutraliser les groupes armés.

Un sommet sous l’ombre de Félix Tshisekedi

Lors du 24ᵉ sommet en novembre 2024, la RDC avait pris ses distances. Félix Tshisekedi était absent, parti en tournée à Isiro, laissant la place à une passation de pouvoir entre Salva Kiir et William Ruto, sans que le principal concerné ait voix au chapitre.

Cette fois, le président congolais sera-t-il présent ? Rien n’est moins sûr. Mais qu’il vienne ou non, son ombre planera sur les débats. Les chefs d’État devront examiner le rapport du Conseil, le financement du budget, l’intégration des nouveaux membres, et surtout la nomination d’un nouveau secrétaire général. Autant de sujets techniques qui, dans le contexte actuel, prennent une coloration politique.

La présidence kényane sous pression

La présidence kényane, incarnée par William Ruto, est particulièrement attendue. Elle devra restaurer la confiance avec Kinshasa, tout en maintenant la cohésion d’un bloc où les intérêts divergent. Les processus de Washington et de Doha, censés apaiser les tensions, n’ont pas encore porté leurs fruits. La communauté internationale observe attentivement.

À Arusha, le 7 mars, les caméras seront braquées sur la table ronde des chefs d’État. Derrière les sourires de façade et les poignées de main protocolaires, c’est l’avenir de la paix régionale qui se joue. La CAE parviendra-t-elle à être autre chose qu’une tribune de bonnes intentions ? La réponse tombera samedi.

Ottawa sous le charme congolais : Muyaya mène le « match de rugby » parlementaire pour la Francophonie

Ottawa, 27 février 2026 – Sous les ors du Parlement canadien, le rythme est effréné. Chaque intervention ne dure que 35 secondes et Patrick Muyaya Katembwe, Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et porte-parole du Gouvernement, ne laisse rien au hasard. Accompagné de l’ambassadeur Joscar Kabongo Ngoy et du député d’origine congolaise Olivier Ntumba Matulu, il vient défendre un objectif clair : soutenir la candidature de la RDC au secrétariat général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Dans ce « match de rugby » parlementaire, chaque mot compte. Très rapidement, Patrick Muyaya pose les bases : « Nous espérons que le Canada, fidèle allié des valeurs francophones, appuiera le premier pays francophone et deuxième plus grand pays d’Afrique. » Derrière cette phrase, un message stratégique : la RDC compte plus de 100 millions de francophones, un poids démographique qu’aucune décision francophone ne peut ignorer.

Une démonstration de force diplomatique

Le ministre congolais ne se contente pas de chiffres. Il maîtrise le tempo parlementaire et sait captiver son auditoire. Le Canada, jusque-là observateur discret, est maintenant un acteur clé. Sa neutralité historique pourrait basculer en faveur de la RDC. La démonstration de Muyaya, concise mais percutante, a marqué les esprits.

L’offensive diplomatique ne se limite pas à Ottawa. Elle porte un nom : Juliana Amato Lumumba. L’ancienne ministre de la Culture, fille de Patrice Lumumba, cumule expérience gouvernementale et aura continentale. Sa candidature symbolise la légitimité et la puissance de la RDC dans l’espace francophone.

Vers un plaidoyer mondial

Choisir Ottawa comme étape stratégique n’est pas anodin. Kinshasa démontre que la conquête de la Francophonie se joue dans toutes les capitales, pas seulement à Paris ou Kinshasa. Le Canada, grâce à son bilinguisme et son influence, devient une pièce maîtresse du puzzle diplomatique congolais.

À l’issue de cette séance, le message est clair : la RDC est candidate, légitime, et prête à peser de tout son poids pour ravir le trône francophone à Louise Mushikiwabo. Le prochain round se jouera au Cambodge, en novembre. D’ici là, Kinshasa continuera de tisser sa toile diplomatique, capitale par capitale, convainquant les États membres un à un.

Lumumba contre Kagame : le fantôme du père défie le pouvoir rwandais pour le trône de la Francophonie

Paris – Kinshasa, 27 février 2026 – La République démocratique du Congo change de braquet. Ce vendredi, le gouvernement a officiellement lancé la candidature de Juliana Amato Lumumba au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Le nom résonne bien au-delà des frontières congolaises. Fille de Patrice Lumumba, figure historique de l’indépendance, elle entre dans l’arène à 70 ans. Ce choix ne doit rien au hasard. Au contraire, Kinshasa mise sur une charge symbolique forte.

En face, la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, brigue un troisième mandat. Kigali la soutient activement. Le duel s’annonce donc frontal.

Un duel diplomatique RDC – Rwanda

D’un côté, la diplomatie rwandaise avance avec méthode. Elle a porté Mushikiwabo à la tête de l’OIF en 2018, puis consolidé sa position en 2022. De l’autre, la RDC contre-attaque. Cette fois, elle avance un nom puissant, chargé d’histoire et de mémoire.

L’annonce intervient au lendemain d’un entretien entre Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi à l’Élysée. Le timing est stratégique. Ainsi, Kinshasa montre qu’elle entend peser dans le jeu diplomatique francophone.

Le gouvernement présente cette candidature comme une contribution au renouveau de la Francophonie. Cependant, en filigrane, le message vise clairement Kigali. Les tensions entre les deux pays dépassent le terrain sécuritaire de l’Est congolais. Désormais, elles se déplacent aussi dans les organisations internationales.

La RDC défend une Francophonie « plus moderne et plus inclusive ». Par conséquent, elle suggère qu’un changement de leadership devient nécessaire.

La France face à un choix délicat

Dans cette bataille, la France occupe une place centrale. En 2018, Paris avait soutenu l’élection de Mushikiwabo. Aujourd’hui, la posture semble plus prudente.

Lors d’une visite à Kinshasa, Éléonore Caroit, ministre déléguée chargée de la Francophonie, a évoqué une ouverture à toutes les candidatures. Cette déclaration maintient l’équilibre. Toutefois, elle laisse aussi la porte ouverte à une évolution.

Le poste de secrétaire général repose sur des candidatures individuelles, non nationales. Cette nuance permet à Paris de garder une marge de manœuvre. D’ici le sommet prévu au Cambodge en novembre, les tractations vont s’intensifier.

Un affrontement de visions

Au-delà des personnes, deux visions s’opposent. D’un côté, Mushikiwabo incarne la continuité et la stabilité institutionnelle. De l’autre, Lumumba symbolise une rupture politique et mémorielle.

Ainsi, la RDC ne mise pas seulement sur un profil. Elle mobilise un héritage. Elle transforme une élection administrative en combat politique.

Le 27 février 2026 marque donc un tournant. Kinshasa investit l’héritage de son père fondateur pour conquérir l’espace francophone. La bataille diplomatique ne fait que commencer.

Kabund rentre à Kinshasa avec un trophée : Louis Michel et l’Europe tendent l’oreille à l’opposition congolaise

Kinshasa, 27 février 2026 – L’avion en provenance de Bruxelles a atterri ce vendredi sur le tarmac de Ndjili. À son bord, Jean-Marc Kabund. Le président de l’Alliance pour le changement rentre au pays après une tournée européenne intense.

Pendant que les chefs d’État occupaient le devant de la scène, il menait ses propres consultations à Bruxelles et à Paris. Ainsi, il a privilégié les échanges discrets dans les cabinets politiques. Son message, cependant, reste clair : la crise congolaise ne se résoudra pas uniquement par les armes.

À Bruxelles, face aux cadres de son parti réunis pour une causerie politique, il a martelé sa position. « La réponse exclusivement sécuritaire conduit à une impasse », a-t-il affirmé. Certes, il reconnaît la nécessité de défendre le territoire. Toutefois, il appelle à un dépassement politique. Il propose donc un cadre de concertation crédible, strictement arrimé à la Constitution. Selon lui, seules des discussions inclusives peuvent ouvrir une issue durable.

Une rencontre clé avec Louis Michel

La tournée a pris une autre dimension le 19 février. Ce jour-là, Kabund a rencontré Louis Michel à Bruxelles. L’ancien chef de la diplomatie belge reste une figure influente en Europe.

Les deux hommes ont échangé pendant plus d’une heure. Ils ont abordé la situation dans la région des Grands Lacs. Ils ont aussi évoqué les violences persistantes dans l’Est de la RDC. Enfin, ils ont discuté des pistes concrètes pour favoriser un retour à la paix.

À l’issue de la rencontre, Louis Michel a salué la qualité des échanges. Surtout, il a invité Kabund à intervenir le 13 mars prochain lors d’un colloque international à Bruxelles. Le thème : « L’Europe à la reconquête de sa souveraineté : quelles relations avec l’Afrique ? ». Cette invitation lui offre une tribune stratégique devant diplomates et décideurs européens.

Un capital diplomatique à tester

En rentrant à Kinshasa, Jean-Marc Kabund revient donc avec un atout politique. Il a tissé des liens. De plus, il a rendu audible, à Bruxelles, la voix d’une opposition congolaise favorable au dialogue.

Reste maintenant à transformer l’essai sur la scène nationale. Le contexte politique demeure tendu. Les fractures sécuritaires persistent. Pourtant, cette visibilité internationale peut renforcer son positionnement interne.

Le colloque du 13 mars constituera ainsi un test majeur. S’il parvient à internationaliser le débat congolais sans perdre son ancrage local, il marquera un point supplémentaire. Dans le cas contraire, cette séquence européenne restera symbolique. Une chose, néanmoins, paraît acquise : Kabund a réussi à s’inviter dans le jeu diplomatique.

Macron reçoit Tshisekedi à l’Élysée : la France met un coup de poing sur la table pour la RDC

Paris, 25 février 2026 – Sous les lustres de l’Élysée, l’ambiance était à la gravité. Ce mercredi, autour d’un déjeuner de travail, deux présidents, Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron, n’ont pas fait de la figuration. Ils ont parlé vrai. Ils ont parlé dur. Et au sortir de la table, une chose est claire : la France a choisi son camp dans le bras de fer qui déchire l’Est de la RDC.

Le décor était planté d’avance. D’un côté, le président congolais, venu avec le poids d’un pays meurtri, les poches pleines de rapports sur les exactions, les viols, les villages calcinés sous « l’occupation militaire rwandaise ». De l’autre, le chef de l’État français, garant d’une certaine idée du droit international, mais aussi partenaire historique de la région des Grands Lacs.

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Dès les premières bouchées, Félix Tshisekedi a levé le voile sur « l’ampleur des défis ». Pas de langue de bois. Le message était direct : la situation sécuritaire dans l’Est n’est pas une crise de plus, c’est une hémorragie qui vide le corps de la nation. Et face à cette saignée, l’armée congolaise ne peut pas lutter seule contre l’hydre soutenue de l’extérieur. Le président a plaidé pour un « soutien accru de la communauté internationale ».

L’appel n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. À l’issue des échanges, qualifiés de « constructifs » par les services de la présidence congolaise, la France a sorti une déclaration qui sonne comme un avertissement à Kigali.

Paris a réaffirmé, avec une solennité rare, « son engagement en faveur du respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la RDC ». En clair, la France regarde, voit, et condamne l’agression. Plus qu’un simple vœu pieux, c’est une épée de Damoclès diplomatique suspendue au-dessus de ceux qui, au Rwanda ou ailleurs, pensent pouvoir violer les frontières internationales sans conséquences.

Mais la table de l’Élysée n’a pas servi qu’à parler de canons et de frontières. Elle a aussi été le théâtre d’une manœuvre d’influence. La candidature de la RDC au poste de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a été au menu.

Pour Kinshasa, c’est une bataille parallèle, mais tout aussi cruciale. Décrocher ce poste, c’est s’offrir une tribune mondiale, une voix qui porte dans le pré carré francophone. Et face à la candidature de la Rwandaise Louise Mushikiwabo pour un troisième mandat, le soutien de Paris est un carburant diplomatique de premier choix.

Ce déjeuner de travail fut donc bien plus qu’une simple formalité protocolaire. Il fut un moment de vérité où les alliances se resserrent. La France, en embrassant la cause congolaise – souveraineté et candidature à l’OIF – envoie un signal fort à la région : le temps de la neutralité bienveillante est peut-être révolu.

Pour Félix Tshisekedi, reparti de Paris avec une promesse de soutien sur l’intégrité territoriale et un appui stratégique pour la Francophonie, ce mercredi marque un point diplomatique majeur. Reste à savoir si les paroles françaises se transformeront en actes concrets sur le terrain, là où le sang continue de couler.

Francophonie : Tshisekedi défie Kagame à Paris, la bataille des chefs pour le trône de l’OIF

Paris, 25 février 2026 – Le salon doré du Palais de l’Élysée a accueilli, ce mercredi, un huis clos chargé de tension. Non pas celle des armes dans l’Est de la RDC, mais celle d’une bataille diplomatique plus feutrée.

Autour de la table, deux présidents : Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi. Si la situation sécuritaire au Nord-Kivu figurait à l’ordre du jour, un autre dossier a dominé les échanges. Dans la valise du chef de l’État congolais, une ambition claire : briguer la tête de la Francophonie. Or, ce poste suscite déjà l’appétit du Rwanda.

Certes, les deux dirigeants ont évoqué l’urgence sécuritaire à l’Est. Ils ont parlé des violences persistantes et des processus de paix fragiles. Cependant, le cœur de la rencontre battait ailleurs. Il se projetait vers le Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre au Cambodge.

La RDC défie Kigali pour la tête de l’OIF

Kinshasa a officiellement annoncé sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette décision change la donne.

Actuellement, Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, occupe ce fauteuil stratégique. Elle vise un troisième mandat. Ainsi, la candidature congolaise constitue un défi direct à Kigali.

Ce qui se joue dépasse donc une simple succession. En réalité, la rivalité entre la RDC et le Rwanda s’invite désormais sur le terrain diplomatique. Après les tensions militaires dans l’Est, place à la bataille des voix et des alliances.

Pour Félix Tshisekedi, l’objectif est clair : repositionner la RDC comme acteur central du monde francophone. Et dans cette équation, la France reste un partenaire clé.

Le rôle décisif de Paris

Début février, Paris a déjà envoyé un signal. Éléonore Caroit, ministre déléguée à la Francophonie, s’est rendue à Kinshasa. Elle a alors affirmé que « la France est ouverte à toutes les candidatures ». En parallèle, elle a reconnu à la RDC le droit de jouer un rôle majeur au sein de l’OIF.

Ce discours ouvre une porte. Toutefois, il ne garantit aucun soutien automatique. Félix Tshisekedi doit convaincre. Il peut s’appuyer sur un argument de poids : la RDC demeure le premier pays francophone du monde en nombre de locuteurs. De plus, son positionnement africain lui confère une légitimité stratégique.

Face à lui, Louise Mushikiwabo dispose d’un réseau solide et d’une expérience reconnue. Elle incarne la continuité. Par conséquent, la bataille s’annonce intense.

Dans les prochains mois, les deux camps multiplieront les initiatives. Des missions diplomatiques parcourront l’espace francophone. Des alliances se construiront. D’autres se fragiliseront.

Au sortir de l’Élysée, les sourires protocolaires masquaient mal l’enjeu réel. Cette élection ne concerne pas seulement un poste. Elle touche à l’influence, à l’image et au leadership de deux puissances africaines.

Le prochain round se jouera au Cambodge. Et, d’ici là, la guerre diplomatique ne fera que s’intensifier.

Goma pleure, Genève accuse : La RDC brandit l’arme des droits de l’homme à l’ONU

Genève, 24 février 2026 – Du haut de la tribune du Palais des Nations, la voix de la République démocratique du Congo s’est élevée avec force. Elle a traversé les frontières pour atteindre les collines ensanglantées du Nord-Kivu, où la violence persiste. Ce mardi, la RDC n’est pas venue à Genève pour quémander. Elle est venue pour avertir.

Un cri d’alarme de Thérèse Kayikwamba Wagner

Sous les ors du Conseil des droits de l’homme, la ministre d’État, Thérèse Kayikwamba Wagner, chef de la diplomatie congolaise, a pris la parole. Son discours, solennel et grave, ne relevait pas d’un simple exercice diplomatique. Il s’agissait d’un cri d’alerte adressé à une communauté internationale parfois sourde et souvent distraite.

« Fragiliser ces mécanismes de protection, c’est compromettre la paix et l’avenir collectif », a-t-elle martelé. Ses mots ont résonné comme un glas. Derrière cette mise en garde, il y a les violences dans l’Est du pays : villages incendiés, femmes victimes d’atrocités, enfants déracinés par les groupes armés. Pour Kinshasa, le lien est clair : affaiblir le droit international nourrit l’impunité des bourreaux.

La RDC, vigie de la justice internationale

La ministre a décrit un système multilatéral fragilisé, dont l’érosion serait catastrophique. « Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni justice ni paix durable », a-t-elle insisté. Elle a opposé la rigidité des principes à la souplesse coupable de la realpolitik. Dans un monde marqué par les conflits, la RDC se pose en vigie. Elle rappelle que les droits humains ne sont pas une variable d’ajustement, mais le socle de la stabilité.

Alerte sur les menaces de demain

L’intervention congolaise ne s’est pas limitée à l’analyse du passé et du présent. Elle a également mis en lumière les menaces futures. Avec clairvoyance, Thérèse Kayikwamba Wagner a alerté les États membres sur les nouveaux visages de la barbarie : intelligence artificielle, cybercriminalité et cyberviolence.

Kinshasa appelle à un sursaut face à ces frontières numériques. Ces nouveaux théâtres d’opérations peuvent violer les droits humains en un clic, à l’abri des cadres juridiques traditionnels. La RDC plaide pour la création de remparts normatifs afin que la révolution technologique ne devienne pas un cauchemar liberticide.

Ce plaidoyer pour la modernisation du Haut-Commissariat aux droits de l’homme n’est pas un vœu pieux. Il prolonge l’engagement de la RDC à coopérer avec les mécanismes onusiens, notamment la commission d’enquête sur les violations dans l’Est. Kinshasa exige de la transparence envers elle-même et envers la communauté internationale.

Un ultimatum lancé à la conscience du monde

Lorsque la ministre a regagné sa place, un silence pesant a envahi la salle. Celui qui suit les grandes déclarations. Ce mardi 24 février, à Genève, la RDC a posé un ultimatum : renforcer l’arsenal de la justice, ou laisser l’impunité gagner du terrain. De Goma à New York, le message est clair et sans équivoque.

L’armée Congolaise frappe fort et Willy Ngoma ne survit pas à l’offensive

Un coup de tonnerre a éclaté dans le ciel déjà chargé du Nord-Kivu. Ce mardi 24 février 2026, à l’aube, le destin de la rébellion AFC/M23 a brutalement basculé. Une frappe de drone, d’une précision redoutable, a visé son bastion.

Willy Ngoma, visage médiatique et porte-parole du mouvement, a été tué sur le coup. Avec lui, plusieurs de ses proches collaborateurs ont péri. En quelques secondes, la voix officielle de la rébellion s’est tue.

Une cible stratégique près de Rubaya

L’attaque s’est produite près de Rubaya, dans le territoire de Masisi. Cette zone minière constitue un poumon économique essentiel pour les rebelles.

Selon des sources internes au mouvement, confirmées à l’agence Reuters, les Forces armées de la RDC (FARDC) ne visaient pas un combattant ordinaire. Au contraire, elles ciblaient le cœur du commandement.

L’opération, préparée avec minutie, a détruit le quartier général rebelle. Le bilan provisoire fait état d’au moins neuf combattants tués, dont plusieurs cadres importants.

Par ailleurs, Sultani Makenga, chef militaire du M23, se trouvait sur les lieux. Son sort reste incertain. Toutefois, si sa mort se confirmait, l’état-major rebelle subirait une décapitation presque totale.

Willy Ngoma, une figure controversée

La disparition de Ngoma dépasse le simple cadre militaire. En effet, il ne se limitait pas à son rôle de porte-parole. Les États-Unis l’avaient sanctionné en 2023 pour son implication présumée dans de graves violations des droits humains.

Meurtres. Violences sexuelles. Intimidations. Derrière l’image du communicant se cachait un acteur central du système rebelle. Ainsi, son élimination représente à la fois une victoire stratégique et symbolique pour Kinshasa.

Une frappe qui s’inscrit dans une escalade

Cependant, cette opération ne surgit pas sans contexte. Elle intervient après la rupture d’une trêve fragile. L’Angola avait proposé une médiation. Un cessez-le-feu semblait possible.

Pourtant, la signature à Washington d’un accord stratégique sur les minerais entre la RDC et les États-Unis a changé la donne. Depuis, les tensions ont grimpé.

Sur son compte X, Bertrand Bisimwa, numéro deux de l’AFC/M23, a dénoncé « l’arrogance » de Kinshasa et accusé le gouvernement de saboter le processus de paix. Ses déclarations traduisent une colère manifeste. Elles révèlent aussi un moment de fragilité.

Un tournant militaire dans l’Est

Pendant ce temps, sur le terrain, les FARDC intensifient leurs opérations. Elles bénéficient de l’appui des miliciens Wazalendo. Selon l’ONU, le groupe rebelle continue de recevoir un soutien du Rwanda, ce que Kigali conteste régulièrement.

Dès lors, la mort de Willy Ngoma marque un tournant. Le message envoyé est clair. L’état-major rebelle n’est plus intouchable.

La guerre, pourtant, ne s’arrête pas. Elle change de rythme. Et désormais, le silence du porte-parole résonne comme un signal fort dans un conflit qui reste loin d’être terminé.

Macron-Tshisekedi, le tête-à-tête de tous les espoirs : cessez-le-feu, humanitaire et deals au menu de l’Élysée

Les dorures de l’Élysée s’apprêtent à accueillir, pour la deuxième fois en un mois, le président Félix Tshisekedi. Ce mercredi 25 février 2026, le chef de l’État congolais s’entretiendra avec son homologue français Emmanuel Macron, dans un contexte où la diplomatie s’active sur tous les fronts pour tenter d’éteindre l’incendie qui ravage l’Est de la RDC .

La rencontre, confirmée par les autorités des deux pays, intervient à un moment charnière. Le 23 janvier déjà, les deux présidents s’étaient parlé à Paris, autour d’un déjeuner de travail qui avait suivi le Forum de Davos . Mais entre-temps, l’urgence s’est accentuée.

Le cessez-le-feu au cœur des discussions

Depuis le 14 février, une nouvelle donne est sur la table. La France a officiellement salué l’accord de Félix Tshisekedi pour mettre en œuvre un cessez-le-feu proposé par l’Angola à l’ensemble des parties belligérantes . Un geste que Paris veut voir se concrétiser sur le terrain.

Le Quai d’Orsay a été clair : il faut que l’accord de Washington du 4 décembre 2025 soit appliqué « dans toutes ses dimensions ». Un appel à toutes les parties, y compris celles qui, sur le terrain, continuent de faire parler les armes .

Goma, fenêtre ouverte sur l’humanitaire

La France ne se contente pas de paroles. Elle suit de près les évolutions sur le terrain, notamment à Goma. Le déplacement de Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la MONUSCO, du 12 au 14 février, a été salué par Paris comme une avancée .

L’objectif ? Préparer le terrain pour un suivi efficace du cessez-le-feu, conformément à la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité .

Mais il y a plus concret encore. Un premier vol humanitaire a réussi à se poser à Goma. Pour la France, c’est « un pas important » vers la concrétisation des engagements pris lors de la Conférence de Paris du 30 octobre 2025 . À l’époque, la communauté internationale avait promis de rétablir des vols humanitaires de jour vers la capitale du Nord-Kivu. Aujourd’hui, on passe des promesses aux actes.

Ce que Tshisekedi vient chercher à Paris

Au-delà des déclarations de principe, le président congolais a des attentes précises. Il vient s’assurer que la pression française ne faiblisse pas sur ses partenaires régionaux. Il vient aussi plaider pour que l’aide humanitaire annoncée se débloque vraiment, et que les 850 millions d’euros déjà décaissés sur les 1,5 milliard promis en octobre parviennent jusqu’aux populations qui meurent dans l’indifférence .

La France, de son côté, veut continuer à jouer les bons offices. Elle a multiplié les signaux : visite de la ministre déléguée à la Francophonie Éléonore Caroit à Kinshasa début février , soutien affiché à la candidature congolaise au sein de l’OIF , et aujourd’hui ce nouveau tête-à-tête au sommet.

Un contexte qui s’invite à la table

Pendant que les diplomaties s’activent, la réalité, elle, continue de saigner. Ce mardi 24 février, treize ans après la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, le ministre Julien Paluku dressait un bilan critique : la paix promise reste un objectif lointain, et les ingérences persistent .

Dans le même temps, à Masisi, des milliers de familles fuient à nouveau les affrontements entre les wazalendo et le M23, se dirigeant vers Ngungu, Mushaki, ou tentant de rejoindre Goma et le Sud-Kivu . La boucle infernale continue.

L’Élysée, dernier round avant l’action ?

Alors, que peut vraiment obtenir Félix Tshisekedi de cet entretien ? Peut-être une clarification : jusqu’où la France est-elle prête à aller pour faire respecter les accords ? Peut-elle peser sur ses partenaires européens pour durcir le ton face aux soutiens des groupes armés ?

Mercredi, les caméras du monde entier braqueront leurs objectifs sur la sortie du palais présidentiel. Les visages des deux présidents en diront long sur l’état d’une relation qui, aujourd’hui, porte sur ses épaules une partie des espoirs de paix de tout un peuple.

D’ici là, les populations de l’Est, elles, continuent d’attendre. Des accords, des promesses, et surtout, que les armes se taisent enfin.

Uvira-Gatumba : le pont de la vie reconnecté, les petits commerces reprennent leur souffle

Elles étaient là, toutes les deux, à scruter l’horizon de l’autre côté de la rivière. Ce lundi 23 février 2026, au petit matin, un silence inhabituel planait encore sur le poste frontalier de Kavimvira, côté congolais. Très vite cependant, les premiers murmures, puis les premiers pas, ont annoncé la nouvelle tant attendue : la frontière entre Uvira (RDC) et Gatumba (Burundi) venait de rouvrir.

Aucune fanfare. Aucun discours officiel. Aucun ruban tricolore à couper. Seulement une décision discrète, presque technique, mais au retentissement humain immense. Les deux parties se sont entendues pour laisser libre passage aux usagers. Un simple communiqué des services migratoires, suivi d’un entretien entre le chef des services migratoires de Kavimvira et le Commissaire Général des Migrations du Burundi, Maurice Mbonimpa, et la machine de la vie quotidienne pouvait enfin se remettre en marche.

Le bruit des formalités, une musique pour les oreilles

Les consignes sont claires, presque banales dans leur formulation administrative : « Les formalités migratoires d’usage sont obligatoires comme d’ordinaire, visa des documents nécessaires. La frontière sera ouverte tous les jours de 8h00 à 17h00. »

Et surtout, cette phrase que beaucoup attendaient : « Ceux qui sont au Burundi peuvent traverser aujourd’hui en toute quiétude. »

Derrière ces mots aseptisés, un monde bascule à nouveau dans la normalité. Celui des petits commerçants, des mères de famille, des étudiants, des malades qui doivent rejoindre l’hôpital de l’autre côté. Celui aussi des amoureux séparés par une ligne imaginaire devenue infranchissable pendant soixante-quatorze longs jours.

« Je vais enfin retourner comme d’habitude »

Sur le bord de la route, côté congolais, une femme charge ses ballots avec une énergie retrouvée. Elle s’appelle Marie, commerçante à Uvira. Ses yeux brillent comme en décembre on ne les voyait plus briller.

« Je fais le petit commerce à Uvira. Je pars acheter mes marchandises à Luvumera, dans la capitale Bujumbura. Après, je vais retourner aujourd’hui, comme d’habitude », raconte-t-elle, essoufflée par l’émotion plus que par l’effort.
« La frontière est ouverte. Nous remercions nos autorités et celles du Burundi d’avoir écouté notre cri d’alarme. »

Son cri, c’était celui de milliers de petits commerçants dont l’économie repose sur ce va-et-vient quotidien. Des produits frais pourrissaient côté burundais. Les étals restaient vides côté congolais. Des familles ne savaient plus comment joindre les deux bouts.

De l’autre côté de la barrière, l’émotion est identique. Un jeune Burundais, le sourire large comme le lac Tanganyika, confie :

« La réouverture de la frontière est un ouf de soulagement pour la plupart de nous Burundais. Notre vie dépend de nos pays frères et amis. »

Une fermeture née de la guerre

Pour mesurer ce soulagement, il faut revenir deux mois en arrière. Le 10 décembre 2025, le Burundi prenait une décision radicale : fermer sa frontière de Gatumba. La raison était sécuritaire. Les rebelles de l’AFC/M23 venaient de s’emparer d’Uvira, grande ville congolaise située à quelques encablures.

La crainte d’un débordement, d’infiltrations ou d’un chaos franchissant la limite naturelle entre les deux pays était réelle. Depuis ce jour, les populations des deux rives vivaient en apnée. Séparées par une décision politique et militaire, elles n’avaient plus que leurs souvenirs pour traverser.

Une réouverture sous le signe de la confiance

La réouverture, annoncée dès dimanche par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, depuis Uvira, a agi comme un baume sur des plaies déjà profondes.

Rouvrir une frontière est d’abord un acte de confiance. Confiance dans la capacité des autorités congolaises à stabiliser leur territoire. Confiance dans les services de sécurité pour filtrer et protéger. Confiance aussi dans la résilience des populations, qui savent distinguer le commerçant du combattant.

Pour l’instant, la reprise reste encadrée. Les horaires sont stricts. Les formalités sont maintenues. Pourtant, le symbole est puissant : la vie reprend ses droits.

Dans cette région des Grands Lacs souvent marquée par les conflits, les frontières sont parfois des cicatrices. La réouverture du poste d’Uvira-Gatumba rappelle une évidence : les peuples ont besoin de circuler. Pour commercer, se soigner, s’aimer, simplement vivre.

Aujourd’hui, commerçants, familles et enfants qui retrouvent le chemin de l’école disent la même chose : une frontière ouverte est un pont. Un pont que la guerre avait coupé, mais que la volonté de vivre ensemble reconstruit peu à peu.

Reste à espérer que cette décision, discrète dans sa forme, soit durable dans son fond. Que les accords entre responsables migratoires résistent aux soubresauts sécuritaires. Que les « comme d’habitude » de Marie deviennent enfin une réalité quotidienne.

Pour l’heure, à Uvira comme à Gatumba, on savoure. Le souffle de la vie transfrontalière revient. Et avec lui, cette phrase simple, presque intime :

« Aujourd’hui, je rentre chez moi. »

Goma : Hadja Lahbib serre la main du M23, Nangaa libère des prisonniers, l’Europe joue-t-elle la médiation ou la provocation ?

Goma, ce vendredi 20 février 2026. La ville bouillonnante au pied du Nyiragongo n’a pas l’habitude des visages officiels venus d’Europe. Pourtant, ce jour-là, c’est une femme qui incarne l’Union européenne qui foule le sol volcanique du Nord-Kivu. Hadja Lahbib, commissaire européenne à la préparation et à la gestion des crises et à l’égalité, achève sa mission humanitaire dans les Grands Lacs par une étape aussi symbolique que controversée : un tête-à-tête avec les dirigeants de la rébellion de l’AFC/M23, menés par leur coordonnateur politique, Corneille Nangaa.

L’image a de quoi surprendre. Celle qui fut la cheffe de la diplomatie belge, aujourd’hui représentante des 27 États membres de l’UE, serrant la main de celui que Kinshasa qualifie de « criminel de guerre » et de « putschiste ». Une image qui, à elle seule, résume la complexité d’une crise où l’humanitaire et le politique dansent un tango dangereux.

Le mandat : un rapport pour 27 capitals

Hadja Lahbib ne se dérobe pas. Devant la presse, elle rappelle le cadre strict de sa mission. Elle a été mandatée par les ministres des Affaires étrangères des 27 pour établir un rapport sur la situation humanitaire dans la région des Grands Lacs. Une situation qui, dit-elle sans détour, est « catastrophique ».

Son périple l’a menée à Kinshasa, Bujumbura, Kigali, et désormais Goma. Partout, le même message : le respect du droit international humanitaire doit primer. Partout, les mêmes constats : des camps de réfugiés saturés, des femmes et des enfants en première ligne des souffrances, des humanitaires qui travaillent dans des conditions impossibles.

« Je me suis moi-même rendue dans les camps de transit et j’ai recueilli les témoignages des personnes affectées » , confie-t-elle, la voix grave. « En tant que commissaire à l’égalité, je souligne que les premières victimes de cette guerre sont avant tout les femmes et les enfants. »

Nangaa sort le carnet de chèques humanitaire

Face à elle, Corneille Nangaa a compris l’enjeu médiatique. L’ancien président de la CENI, devenu la bête noire de Kinshasa, veut montrer un visage différent. Celui d’un homme qui écoute, qui comprend, qui agit.

À l’issue des échanges, il annonce une série de « mesures de décrispation ». La litanie des libérations tombe comme un cadeau soigneusement emballé pour la presse internationale :

  • 41 jeunes mineurs arrêtés à Goma, relâchés.

  • Une centaine de femmes associées aux Wazalendo et aux FARDC, détenues à Rumangabo, libérées.

  • 230 militaires des FARDC, pris en charge par l’AFC/M23 et soignés au camp Katindo, remis en liberté.

« C’est pour montrer que nous voulons la paix, nous ne sommes pas des va-t-en-guerre » , justifie Nangaa, conscient de l’effet produit. « Ce sont des signes de bonne foi pour permettre que les choses avancent. »

La menace derrière la main tendue

Mais l’homme qui parle de paix n’oublie pas de rappeler qu’il a aussi des muscles. Derrière le masque du négociateur, le stratège pointe le bout du nez.

« Nous croyons à une solution politique et nous tenons à la solution politique » , prévient-il. « Mais si on nous impose une solution autre que politique, nous nous défendrons. »

La menace est à peine voilée. Si Kinshasa ou ses alliés optent pour l’option militaire, le M23 répondra. La main tendue pour les caméras n’est pas une reddition.

La catastrophe humanitaire en chiffres

Pendant que les caméras tournent à Goma, la réalité, elle, continue de saigner. Les chiffres donnent le vertige :

Plus de 21 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en RDC. La violence dans l’Est continue de chasser les familles de leurs terres, les jetant dans des abris de fortune ou des camps surpeuplés où les épidémies rodent. Près de 28 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire alarmante. Les violences sexuelles liées au conflit restent une arme de guerre systématique.

Et la crise déborde les frontières. Depuis fin 2025, des dizaines de milliers de réfugiés congolais ont fui vers le Burundi voisin, mettant une pression insoutenable sur des ressources déjà faméliques. Le Burundi lui-même compte ses propres déplacés, victimes des inondations et glissements de terrain qui ravagent régulièrement ses collines.

L’Europe, pompier ou complice ?

L’Union européenne, rappelle le communiqué officiel, reste l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire dans la région. En 2025, elle a débloqué 129,5 millions d’euros, majoritairement destinés à la RDC. De l’argent qui sauve des vies, qui nourrit des enfants, qui soigne des blessés.

Mais la visite de Hadja Lahbib à Goma, dans l’antre du M23, pose une question plus large : jusqu’où l’humanitaire peut-il cohabiter avec le politique ? En rencontrant Nangaa, en obtenant des « engagements » de sa part, la commissaire légitime-t-elle, même involontairement, une rébellion que Kinshasa combat ? Ou ouvre-t-elle, au contraire, une fenêtre diplomatique précieuse pour alléger les souffrances des civils ?

La réponse, sans doute, se trouve dans les camps de déplacés. Dans le regard des femmes violées, des enfants malnutris, des vieillards démunis. Eux, ce qu’ils veulent, c’est que les armes se taisent. Peu importe qui parle à qui.

Des engagements sur du sable ?

Hadja Lahbib repart de Goma avec des promesses. Nangaa a libéré des prisonniers. Les caméras ont filmé. Les dépêches ont tourné. Mais dans l’Est congolais, les promesses ont souvent la durée de vie d’un papillon. Les engagements de bonne foi peuvent s’évaporer au premier accrochage militaire, à la première offensive.

La commissaire européenne le sait. Elle espère que sa mission portera ses fruits. Mais le chemin de la paix dans les Grands Lacs est pavé de rapports, de résolutions et de missions humanitaires oubliées.

Reste une certitude : ce vendredi 20 février 2026, à Goma, une ligne rouge a peut-être été franchie. Celle d’une Europe qui accepte de discuter avec ceux que Kinshasa qualifie d’« ennemis de la République ». Pour le meilleur ou pour le pire, l’histoire le dira.

Le grand rendez-vous des gouverneurs se dérobe encore : que se passe-t-il vraiment à Bandundu ?

Le calendrier officiel en a pris un coup. La 13e Conférence des gouverneurs, tant attendue, tant préparée, vient de subir un second report en l’espace de quelques semaines. Initialement fixée du 3 au 7 mars, la voici renvoyée aux calendes de la fin du mois, précisément du 24 au 28 mars. L’information, tombée d’un message officiel du Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, a eu l’effet d’une douche froide dans les 26 provinces concernées.

Aucun motif n’accompagne la décision. Le communiqué est sec, administratif, presque mystérieux. Alors, pourquoi ce nouveau contretemps ?

Bandundu, laboratoire à ciel ouvert des promesses non tenues

Pour comprendre, il faut quitter Kinshasa et ses ors de la république. Il faut prendre la direction de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, officiellement désignée pour abriter ces assises. La ville, paresseusement installée au bord de la rivière Kwilu, devait être le théâtre de ce grand raout des exécutifs provinciaux. Mais sur place, le décor contredit l’ambition.

Les raisons du premier report, officieusement attribuées au « parachèvement des infrastructures », n’ont pas été gommées. Pire, elles se sont invitées dans le paysage comme des verrues que le temps n’efface pas.

Commençons par l’aéroport. Point névralgique pour l’accueil des personnalités, il devait faire l’objet d’une réhabilitation express. Le marché a bien été attribué à la société Safrimex. Mais près d’un mois plus tard, c’est le désert. Aucun engin, aucun matériau, aucun ouvrier sur le tarmac. La piste, avec ses fissures et ses herbes folles, attend toujours. Selon des sources proches du gouvernement provincial, les fameux matériaux promis ne sont tout simplement jamais arrivés à Bandundu.

Seule la RVA (Régie des Voies Aériennes) tente de sauver les apparences. Ses locaux arborent une nouvelle couche de peinture fraîche, et les mesures de sécurité ont été renforcées. Mais un pot de peinture ne fait pas un aéroport international.

Les artères de la ville, entre espoir et résignation

Descendons maintenant sur l’avenue Kwango. Une artère stratégique, dont le bétonnage sur 12 kilomètres devait moderniser le visage de la ville. À ce jour, à peine un kilomètre est réalisable. Les caniveaux, eux, poursuivent leur construction au ralenti, comme un chantier qui aurait perdu son âme. Les ouvriers travaillent, mais le temps, lui, court plus vite qu’eux.

À la résidence du chef de l’État, le tableau est plus flatteur. Les travaux affichent 90 % d’exécution. Seuls les aménagements de la cour restent à finaliser. Un coin de paradis en chantier, mais un coin seulement.

Au gouvernement provincial, l’effervescence est palpable, presque dérisoire. Un immense chapiteau a été monté. Il abritera, promet-on, le restaurant des participants. La salle des conférences de l’exécutif a été refaite à neuf, les meubles flambant neufs sont en place. C’est ici que se tiendra la réunion du Conseil des ministres, si tant est qu’elle ait lieu.

Quand la lumière luit, mais que les questions restent entières

Il y a pourtant une note positive dans ce tableau en clair-obscur. Le réseau d’éclairage public a été réhabilité. La lumière, financée par le gouvernement provincial, baigne désormais plusieurs artères principales de Bandundu. La nuit, la ville a presque des allures de capitale. Une fierté locale, une promesse tenue.

Mais cela suffira-t-il ? La question taraude les esprits. Les autorités provinciales, les opérateurs économiques, les simples citoyens : tous se demandent si ce nouveau report sera le dernier. Ou si, dans l’ombre, d’autres obstacles se dressent.

L’ombre d’un troisième report

À Bandundu, personne ne se hasarde à faire de pronostic. Les travaux avancent trop lentement pour garantir une fin de mois glorieuse. Les matériaux n’arrivent pas, la piste de l’aéroport reste muette, le bétonnage piétine.

Alors, la question qui fédère toutes les inquiétudes est sur toutes les lèvres : la Conférence des gouverneurs aura-t-elle vraiment lieu du 24 au 28 mars ? Ou faut-il s’attendre à un énième report, glissant les assises vers des horizons plus lointains ?

Le Vice-premier ministre n’a pas motivé sa décision. Peut-être parce que les motifs, justement, se lisent à ciel ouvert, sur les routes de Bandundu, dans le silence des chantiers à l’arrêt, dans l’attente des populations qui regardent passer les jours sans voir venir les travaux.

La 13e Conférence des gouverneurs est devenue, malgré elle, le symbole des défis de la décentralisation : organiser un événement national dans une province aux moyens limités, c’est d’abord construire ce qui manque. Et construire, à Bandundu, prend décidément plus de temps que prévu.

Rendez-vous donc fin mars. Ou peut-être plus tard.

20 ans de la Constitution : le peuple congolais au cœur du débat, les experts appellent à une révision

Kinshasa, le 18 février 2026. Ce jour-là, le Palais du Peuple ne résonne pas des débats houleux des parlementaires, mais du murmure grave et studieux des universitaires. Un quart de siècle après le soleil de 2006, la Loi fondamentale de la RDC souffle ses vingt bougies. Mais dans cette enceinte, ce n’est pas un anniversaire que l’on célèbre ; c’est un bilan que l’on dresse, et peut-être, un adieu que l’on prépare.

L’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique (IDGPA), en complicité avec la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, a choisi ce symbole pour lancer un pavé dans la mare politique. Alors que les réseaux sociaux bouillonnent de postures et d’invectives, l’académie a voulu reprendre le flambeau du débat. Avec une question qui taraude la nation : cette Constitution, vingt ans après, est-elle à l’aube d’une mort programmée ou au commencement d’une nouvelle vie ?

Le professeur André Mbata, directeur exécutif de l’IDGPA, ouvre le bal avec une communication dont le titre, à lui seul, est une ode à la réflexion : « Le peuple et la Constitution du 18 février 2006 : eschatologie ; fin ou migration du pèlerinage constitutionnel en République démocratique du Congo ? »

Devant un parterre d’éminences grises, sa voix porte. Il appelle à « dédramatiser ». Le constat est simple, presque philosophique : « Si les hommes, qui sont la base des Constitutions, sont imparfaits et mortels, comment une Constitution pourrait-elle être parfaite et immortelle ? »

Mais le professeur Mbata ne s’arrête pas là. Il tisse un lien direct, presque sacré, entre le texte et le citoyen. Non, martèle-t-il, ce n’est ni aux états-majors des partis, ni aux influenceurs, ni même aux chefs spirituels autoproclamés constitutionnalistes de trancher. La réponse au grand « pèlerinage constitutionnel » ne peut venir que d’un seul acteur : le peuple congolais, souverain.

Lui qui avait jadis qualifié cette Constitution de « meilleure », il prend soin de dissiper tout malentendu. « Meilleure », oui, mais pas « intouchable ». Meilleure que la Loi fondamentale provisoire, meilleure que celle de 1964 balayée par le vent de l’histoire, meilleure que celle de 1967. Une supériorité relative, jamais absolue. Pour preuve, il sort des archives une pépite historique qui fait mouche : dès le 14 mars 2006, deux semaines après la promulgation, la CENCO, s’inspirant du prophète Néhémie, écrivait déjà « Levons-nous et bâtissons », appelant à une révision.

La salle murmure. L’histoire est têtue. Il rappelle aussi que l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir, a longtemps critiqué ce texte, et que le président Félix Tshisekedi lui-même s’y est attaqué durant sa campagne. Sa réélection massive, selon Mbata, pourrait être interprétée comme un assentiment populaire implicite à ces critiques.

Puis, c’est au tour d’autres sommités de prendre le relais. Par visioconférence, depuis l’étranger, le professeur Evariste Boshab pose la question cruciale : « Faut-il modifier ou changer la Constitution ? ». Le professeur Jacques Djoli, lui, ausculte l’architecture politico-administrative, diagnostiquant une « hybridation institutionnelle » qui, en vingt ans, n’a jamais vraiment fonctionné.

Les analyses se croisent et s’enrichissent. Paul-Gaspard Ngondankoy appelle de ses vœux une loi pour encadrer un futur référendum. Le sociologue Emile Bongeli, avec la verve qu’on lui connaît, dresse un portrait sans complaisance de la RDC en « État sorcier », où la population a dû développer des « stratégies de survie ». Enfin, le politologue Eugène Banyaku rappelle, par la mémoire des faits, les faiblesses récurrentes du leadership congolais.

À l’issue de cette journée d’intenses échanges, le professeur Mandefu, dans son rapport général, capte l’esprit des travaux. La tendance est claire : la perspective d’un changement constitutionnel n’est pas perçue comme une menace, mais comme une opportunité.

Une opportunité, pour la première fois peut-être, de ne pas subir l’histoire, mais de l’écrire. De sortir des sentiers battus des compromis de chapelle pour forger, ensemble, un texte qui soit le reflet fidèle des aspirations profondes du peuple, de sa réalité sociologique et de sa culture politique. Le débat est désormais lancé, et il a quitté les amphithéâtres pour s’inviter dans l’esprit de chaque Congolais. La balle est désormais dans le camp du souverain primaire.