Le ministre des ITP constate l’état de délabrement du siège diplomatique et prépare un nouveau bâtiment

Des agents qui travaillent dans les couloirs, des sanitaires sans eau courante et une sortie de secours non sécurisée. Voilà le tableau qu’a découvert le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza Lunda, au siège du ministère des Affaires étrangères, ce lundi 12 octobre 2026, à Kinshasa.

À l’invitation de la ministre d’État aux Affaires étrangères, Thérèse Wagner Kayikuamba, il s’est rendu sur place avec une équipe d’experts. Cette visite devait permettre d’évaluer l’état des bâtiments et de définir les interventions nécessaires. La délégation a également inspecté le site de la Coopération internationale, avenue Batetela, dans les locaux de la Société nationale d’électricité (SNEL).

Un bâtiment de 1974 à bout de souffle

Le constat est préoccupant. Les experts ont relevé plusieurs défaillances, notamment des problèmes d’alimentation électrique et une tuyauterie obsolète. Ils ont aussi constaté l’absence d’eau courante dans les sanitaires. De plus, la sortie de secours principale ne garantit plus une sécurité suffisante.

D’autres difficultés aggravent la situation. Les égouts et le système d’évacuation en béton du Centre financier voisin perturbent le drainage du complexe diplomatique. Par ailleurs, la station-service installée sur le site présente des problèmes de stabilité et de sécurité.

Construit en 1974, le bâtiment ne répond plus aux besoins actuels. Les espaces manquent et les bureaux affichent une forte saturation. À la Coopération internationale, le Bureau de l’Intégration régionale ne compte que trois espaces de travail. Faute de place, plusieurs agents travaillent même dans les couloirs.

La Salle de conférence internationale nécessite également une rénovation pour respecter les normes actuelles. Quant à la Salle des archives, elle peine à accueillir les usagers et les agents de la chancellerie. Elle ne dispose pas non plus de sanitaires.

Réunion technique, devis et projet avec la Chine

Face à cette situation, John Banza Lunda a demandé une réunion technique avec les experts chinois, la Direction des Bâtiments civils, le Secrétariat général aux ITP et son conseiller technique.

Cette réunion devra permettre aux différents intervenants de réaménager le calendrier et de finaliser le plan du projet. Les équipes devront aussi présenter un devis révisé pour le bâtiment R+12.

Les travaux envisagés s’articulent autour de trois priorités. La première concerne l’évaluation de la capacité d’accueil des bâtiments. La deuxième porte sur la réhabilitation du patrimoine existant. Enfin, la troisième prévoit la construction d’un nouvel immeuble R+5, dans le cadre d’un protocole d’accord en cours d’alignement avec la République populaire de Chine.

Après le chiffrage de la Direction des Bâtiments civils et des équipes techniques, les autorités soumettront le dossier complet au Conseil des ministres pour arbitrage. Cette étape doit faciliter le lancement des travaux.

Toutefois, les autorités n’ont communiqué ni le montant du projet ni un calendrier précis. La prochaine étape consistera donc à finaliser les études techniques et à préciser les conditions de mise en œuvre.

Julien Paluku accuse Joseph Kabila de complicités avec les rébellions

Après la nouvelle charge de Joseph Kabila contre la gestion du pays par Félix Tshisekedi, la riposte ne s’est pas fait attendre. Julien Paluku Kahongya, ministre du Commerce extérieur et ancien gouverneur du Nord-Kivu, contre-attaque à son tour. Dans une tribune au ton particulièrement offensif, il accuse l’ancien président d’avoir entretenu des complicités avec des groupes rebelles actifs dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).

Intitulé « L’aveu de Goma : le grand masque enfin tombé », son texte, publié le dimanche 11 octobre 2026, revient sur six épisodes militaires survenus entre 2008 et 2013. Des événements que l’ancien gouverneur relit aujourd’hui à la lumière du rapprochement qu’il attribue à Joseph Kabila avec les responsables de l’AFC/M23.

L’accusation est grave. Julien Paluku ne se contente pas de contester les déclarations de l’ancien chef de l’État : il remet en question son héritage sécuritaire et l’accuse d’avoir contribué, par certaines décisions, à fragiliser l’armée congolaise. Il présente son récit comme le fruit d’une expérience vécue au Nord-Kivu, alors qu’il en était le gouverneur.

Ces affirmations constituent toutefois la version et l’interprétation politiques de Julien Paluku. Les épisodes qu’il rapporte et les complicités qu’il allègue ne peuvent être considérés comme établis sur la seule base de sa tribune.

De Goma à la guerre actuelle, Paluku dit avoir compris le « jeu »

Pour comprendre sa sortie, Julien Paluku remonte à l’arrivée de Joseph Kabila à Goma en 2025. Cet événement, affirme-t-il, l’aurait conduit à revisiter plusieurs épisodes de l’histoire militaire récente de la province.

Il rappelle avoir formulé, en 2025, douze questions autour de la présence de l’ancien président dans une ville alors marquée par la crise sécuritaire. Deux interrogations résument, selon lui, son trouble : comment comprendre que le fils de Laurent-Désiré Kabila, assassiné en 2001, se retrouve à Goma sous la protection de ceux qu’il présente comme les adversaires historiques de son père ? Et comment expliquer que Joseph Kabila, qui avait écarté certains responsables militaires devenus rebelles, se retrouve aujourd’hui, selon son analyse, dans leur environnement ?

« Le revirement spectaculaire de JKK nous a permis de comprendre tout le jeu et la mécanique de la guerre à l’Est que nous ne saisissions pas à l’époque », écrit-il.

C’est à partir de cette lecture rétrospective que l’ancien gouverneur déroule les six épisodes qu’il considère comme particulièrement révélateurs.

2008 : l’ordre d’arrêter les combats à Tongo

Premier épisode cité : les combats de Tongo, dans le territoire de Rutshuru, en 2008. Julien Paluku affirme que les Forces armées de la RDC (FARDC) avaient reçu l’ordre de stopper leur progression alors que les forces de Laurent Nkunda et de Bosco Ntaganda étaient, selon lui, en difficulté.

Il soutient que cet ordre aurait permis aux combattants adverses de reprendre l’initiative. Il établit un lien entre cet épisode et la chute du camp militaire de Rumangabo, en octobre 2008, suivie de l’avancée des troupes du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) jusqu’aux abords de Goma.

Pour Julien Paluku, cette décision constitue l’un des premiers éléments d’un schéma qu’il estime aujourd’hui pouvoir interpréter autrement. Il affirme que des militaires congolais avaient mal vécu cet ordre et évoque des témoins susceptibles, selon lui, de confirmer son récit.

2009 : l’arrestation de Laurent Nkunda et l’opération Umoja Wetu

Deuxième épisode : l’arrestation de Laurent Nkunda, le 21 janvier 2009, suivie du lancement de l’opération militaire Umoja Wetu, menée du 25 janvier au 25 février de la même année.

Julien Paluku s’interroge sur la durée de cette opération, notamment au regard de l’ampleur du territoire concerné et de la complexité des opérations contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).

« Bref, c’était une mascarade totale issue d’un deal Kabila-Kagame que nous ne comprenions pas », affirme-t-il, en faisant référence à Joseph Kabila et au président rwandais Paul Kagame.

L’ancien gouverneur présente ainsi cette opération comme le résultat d’un arrangement politique plutôt que comme une stratégie militaire pleinement efficace. Cette interprétation est au cœur de son accusation, mais elle demanderait des éléments documentaires indépendants pour être établie.

2012 : le M23 à Goma, puis un retrait rapide

Le troisième épisode concerne la prise de Goma par le M23 en novembre 2012 et le retrait du mouvement rebelle, le 1er décembre de la même année.

Julien Paluku rappelle qu’une réunion de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) s’était tenue à Kampala le 24 novembre 2012. Il souligne que le retrait du M23 est intervenu quelques jours plus tard.

Avec le recul, il considère cette séquence comme un indice de complicités qu’il attribue à Joseph Kabila et Paul Kagame. Il affirme que l’ancien président aurait alors cherché à apparaître comme le dernier rempart contre une crise dont il aurait, selon sa lecture, contribué à maîtriser les ressorts.

« Mais cela est impossible aujourd’hui, car il n’existe aucune complicité avec le régime de FATSHI », écrit-il en opposant cette période à la situation actuelle sous Félix Tshisekedi.

Cette comparaison lui sert à soutenir que les événements de 2012 ne peuvent, à ses yeux, être dissociés des rapports politiques et militaires entre les acteurs de l’époque.

Bosco Ntaganda et Makenga : des nominations que Paluku remet en question

Le quatrième épisode porte sur la nomination de Bosco Ntaganda à Goma comme commandant des opérations Amani Leo.

Julien Paluku affirme que cette nomination devait permettre de contrôler les militaires congolais. Il rappelle ensuite la fuite de Bosco Ntaganda, qu’il situe en 2012, et son rôle dans la création du M23 dans le territoire de Masisi.

Il évoque également le colonel Sultani Makenga, que Joseph Kabila aurait, selon son récit, placé à Bukavu avec des responsabilités opérationnelles et des moyens financiers importants. Pour l’ancien gouverneur, le rapprochement ultérieur de Makenga avec le M23 donne aujourd’hui un autre sens à ces décisions passées.

« C’est en le voyant rejoindre le M23 en 2025 que nous comprenons enfin tous ces agissements », écrit-il.

Là encore, Julien Paluku établit un lien politique entre des nominations militaires anciennes et les développements ultérieurs du conflit. Son texte ne fournit toutefois pas, à lui seul, de preuve indépendante permettant de confirmer l’existence d’une stratégie délibérée de complicité.

Chanzu, en 2013 : l’épisode le plus personnel de son récit

Le cinquième épisode concerne la bataille de Chanzu, le 5 novembre 2013, lors de la défaite du M23 face aux forces congolaises.

Julien Paluku affirme que le général Bahuma avait reçu l’ordre de suspendre les combats et de ne pas prendre la colline de Chanzu, au motif que les rebelles étaient prêts à se rendre. Il s’interroge sur la manière dont Joseph Kabila aurait pu connaître une telle intention.

Selon son récit, le général Bahuma n’aurait finalement pas exécuté cet ordre. Julien Paluku affirme qu’ils auraient poursuivi les opérations jusqu’à la victoire, en gardant leurs téléphones éteints.

Il raconte ensuite une scène survenue lors de la visite de Joseph Kabila au Nord-Kivu, en décembre 2013. L’ancien président aurait lancé au colonel Mamadou : « Vous pensez que vous faites de la politique dans l’armée ! »

Julien Paluku dit avoir échangé un regard avec l’officier, sans commentaire. Il présente cet épisode comme un moment marquant de ses relations avec l’ancien chef de l’État et comme un élément ayant renforcé ses interrogations sur les décisions prises pendant la guerre.

La mort de deux officiers, un souvenir au cœur de ses accusations

Le sixième épisode est lié au destin des officiers que Julien Paluku associe à la victoire de Chanzu. Il affirme que le colonel Mamadou est mort en janvier 2014, environ deux mois après la bataille, et que le général Bahuma est décédé en août de la même année.

Il évoque également une déclaration qu’il attribue à Joseph Kabila en 2015, à Rutshuru, lors de l’inauguration de la centrale de Matebe. Selon lui, l’ancien président l’aurait alors publiquement qualifié d’« homme à jeter dans le lac ».

Ces souvenirs donnent à la tribune une dimension personnelle. Julien Paluku ne présente pas seulement une analyse de la situation sécuritaire : il livre aussi le récit d’un ancien gouverneur qui estime avoir été témoin de décisions et de tensions dont il cherche aujourd’hui à expliquer la portée.

Il précise que cette partie de son texte est tirée de ses mémoires, dans leur deuxième tome, après un premier volume publié en 2016 sous le titre Le Nord-Kivu entre démocratie et guerres.

Corruption et droits humains : Paluku retourne les accusations contre Kabila

La confrontation ne porte pas uniquement sur la guerre. Dans sa récente adresse à la nation, Joseph Kabila avait dénoncé la corruption, les atteintes aux droits humains et les arrestations qu’il juge arbitraires sous le pouvoir actuel.

Julien Paluku retourne ces accusations contre l’ancien président. Il estime que Joseph Kabila n’est pas fondé à donner des leçons sur ces questions et cite notamment les dossiers des Panama Papers, révélés en 2016, et de Congo Hold-Up, rendu public en 2021.

Il rappelle également l’exclusion de la RDC de l’African Growth and Opportunity Act (AGOA) en 2010, qu’il relie aux violations des droits humains, puis la réintégration du pays en 2020, sous Félix Tshisekedi.

Par ces références, le ministre cherche à contester le discours de Joseph Kabila sur la gouvernance et les libertés publiques. Il affirme que sa prise de position ne relève pas d’une recherche de poste ou d’un calcul personnel.

« Les postes passent, mais la patrie demeure », écrit-il, avant de justifier son soutien à Félix Tshisekedi par ce qu’il considère comme un devoir patriotique.

« Le soutenir, c’est aimer son pays » : Paluku affiche son camp

La fin de la tribune prend une tournure ouvertement politique. Julien Paluku affirme soutenir Félix Tshisekedi dans sa défense de l’intégrité territoriale et appelle les Congolais à ne pas soutenir ce qu’il qualifie de trahison de la République.

Il reproche aussi à Joseph Kabila de ne pas avoir évoqué, dans son adresse à la nation, les souffrances des populations de l’Est, confrontées à la guerre et à l’épidémie d’Ebola. Il interprète ce silence comme la preuve que les habitants de cette région ne seraient pas au centre des préoccupations de l’ancien président.

Enfin, il met en garde contre une éventuelle prise de contrôle officielle de la guerre par Joseph Kabila, une perspective qu’il présente comme une menace pour le pays. Il appelle les populations à résister à cette option et à défendre l’intégrité territoriale aux côtés du président actuel.

Une bataille politique autour du passé et de l’avenir de la RDC

Avec « L’aveu de Goma : le grand masque enfin tombé », Julien Paluku ouvre un nouveau front dans la confrontation politique autour de Joseph Kabila. En revisitant six épisodes militaires anciens, il cherche à relier les décisions prises entre 2008 et 2013 aux alliances et aux tensions qui marquent aujourd’hui la crise dans l’Est de la RDC.

La tribune dépasse ainsi le simple échange d’accusations entre deux responsables politiques. Elle remet au centre du débat le bilan sécuritaire des années Kabila, la gestion des rébellions successives et la question des responsabilités dans la persistance du conflit.

Mais la portée de ces accusations dépendra aussi de la possibilité de confronter ce récit à des documents, des témoignages indépendants et aux versions des personnes mises en cause. Joseph Kabila et les autres acteurs visés doivent pouvoir répondre aux allégations formulées.

Dans un pays où la crise sécuritaire reste une urgence nationale, cette confrontation rappelle combien l’histoire des guerres dans l’Est continue de peser sur les rivalités politiques actuelles.

Kabila rompt le silence : « Le Congo est en péril », l’ancien président fustige la gestion du pouvoir

Une nouvelle adresse à la nation, un nouveau réquisitoire contre la gestion du pays. Joseph Kabila a repris la parole ce vendredi 9 octobre 2026 pour dénoncer ce qu’il considère comme une dégradation continue de la situation en République démocratique du Congo (RDC). Sans jamais nommer le chef de l’État, l’ancien président a dressé un procès sévère de la manière dont le pays est dirigé, avant de lâcher, en conclusion, une promesse qui relance le jeu : il parlera encore, « dans les heures, jours et semaines à venir ».

Les propos qui suivent sont ceux de l’ancien président. Ce sont des accusations et des appréciations politiques, qu’aucune source indépendante ne vient ici établir. À ce stade, aucune réaction officielle du pouvoir n’a été rapportée.

« Superbement ignorés » : le procès d’une gouvernance

Le point de départ est une date : le 23 mai 2025. Ce jour-là, Joseph Kabila avait formulé des propositions, dont une « thérapie de choc en 12 points ». Un an et demi plus tard, son constat est sans appel : « Près d’un an et demi après mon adresse du 23 mai 2025, force est de constater que mes propositions, mises en garde et conseils ont été superbement ignorés par ceux qui nous gouvernent, ne suscitant pas de ce fait, le moindre changement de politiques publiques. La situation générale du pays n’a donc cessé d’empirer, sans qu’aucune perspective crédible d’amélioration ne se dessine. »

L’ancien président oppose ensuite deux héritages. Il affirme avoir pris en 2001 un pays en « état de déliquescence totale » et l’avoir transmis en janvier 2019 « réunifié, largement pacifié » et doté d’institutions fonctionnelles. Depuis, dit-il, la RDC « n’est plus une république, encore moins démocratique », gouvernée selon « la seule volonté » d’un homme qu’il compare à « Ivan le Terrible ». Pour lui, « la cohésion nationale a volé en éclats », laissant place aux conflits identitaires, à l’insécurité et à la guerre.

Sur le terrain économique, la charge est tout aussi frontale : « les contrats léonins, la corruption et les détournements ne se sont jamais mieux portés, les Rapports des cinq dernières années sur les Indices Mondiaux de Gouvernance de la Banque Mondiale, faisant foi ; la dette publique a explosé, on parle, aujourd’hui, de plus de dix-huit milliards de dollars américains, et le bradage de nos minerais critiques n’a jamais, à ce point, hypothéqué l’indépendance nationale et l’avenir des générations futures. »

Guerre, droits humains, dialogue : un réquisitoire en trois volets

Sur le plan sécuritaire, Joseph Kabila accuse le pouvoir d’avoir fait « le choix, politiquement intéressé, de poursuivre une guerre qu’il ne semble avoir ni la volonté ni les moyens de gagner ». Il cite le non-respect du cessez-le-feu signé à Doha, la collaboration avec les Wazalendo, les FDLR et d’autres groupes armés, ainsi que le bombardement de civils.

Sur les libertés, il parle de « records inédits » : arrestations et séquestrations arbitraires d’officiers, d’opposants, d’activistes, de journalistes, assassinats et massacres sans action judiciaire sérieuse. Il affirme que plusieurs militaires détenus, privés de soins, seraient déjà morts en prison.

Sur le dialogue, enfin, il est le plus tranchant : « Ce pouvoir a toujours opposé un refus méprisant à tous les processus tendant à rechercher la paix par le dialogue. Qu’il s’agisse des initiatives de l’Afrique de l’Est (EAC), de l’Afrique australe (SADC), de l’Afrique centrale (CEEAC), de l’Union africaine, ou de celles des pays amis, aucune n’a eu grâce à ses yeux. » Même l’initiative des évêques de la CENCO et de l’ECC n’y aurait pas échappé. Sa conclusion : « Face à la crise, il ne cherche pas la solution mais la soumission, sans discussion ni condition, de tous ceux qui ne partagent pas ses idées et ses méthodes. »

Constitution, minerais, et un « rendez-vous avec l’histoire »

L’ancien président s’inquiète aussi d’un projet de révision de la Constitution, qui mettrait fin, selon lui, au pacte républicain issu du dialogue de Sun City. Il cite la reprise des travaux parlementaires sur la loi référendaire, les campagnes en faveur du changement et la répression des rassemblements qui s’y opposent. « Il n’y a rien, mais alors rien du tout à attendre du pouvoir actuel », affirme-t-il.

Il met également en garde contre une lecture trop confiante de l’accord sur les minerais critiques signé avec les États-Unis : « Il se croit à tort assuré du soutien inconditionnel de ce pays. Il oublie, en effet, qu’il s’agit d’un accord entre États et que les droits et obligations des parties sont garantis par le principe de la continuité de l’État, et non par la pérennité d’un régime en place. »

Puis vient l’appel : « Le Congo est en péril. Le sauver est un impératif et une urgence. Trahi par celui qui avait fait le serment de le protéger et ne pouvant compter sur personne d’autre que lui-même, le peuple congolais, première victime de la tyrannie et de cette barbarie, a rendez-vous avec l’histoire. Ou bien il se prend en charge aujourd’hui, ou il trahit son destin de grandeur. »

Et pour clore, une promesse : « N’étant pas de ceux qui se dérobent à leur devoir, je partagerai avec notre peuple dans les heures, jours et semaines à venir, ma conviction sur ce que nous devons entreprendre ensemble. » Reste à savoir ce que contiendra cette vision, et comment le pouvoir y répondra.

Aimé Boji clarifie l’objectif de l’inventaire des réalisations des députés

Une mise au point qui tombe à point nommé. Alors que l’appel lancé aux députés nationaux pour communiquer les détails de leurs réalisations dans leurs circonscriptions suscitait des interrogations, le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara Bamanyirwe, a tenu à préciser le véritable objectif de cette démarche.

Au cours de la plénière de ce mercredi 7 octobre 2026, au Palais du Peuple, le speaker de la Chambre basse a apporté des éclaircissements sur le communiqué du Rapporteur invitant les élus à transmettre un état détaillé des actions et infrastructures réalisées dans leurs bases respectives.

Recenser les réalisations au bénéfice des populations

Pour Aimé Boji, il ne s’agit pas de modifier les attributions des députés, mais bien de disposer d’une vision exhaustive des initiatives réalisées au sein des différentes circonscriptions électorales.

L’inventaire doit notamment permettre de répertorier les infrastructures et les actions menées dans plusieurs secteurs essentiels à la vie des populations. La santé, l’éducation, mais aussi d’autres domaines d’intervention sont concernés.

L’objectif est ainsi de disposer d’une photographie plus complète des efforts consentis au profit des communautés locales et de permettre que ces réalisations soient prises en compte dans l’évaluation globale des actions menées en faveur du développement des circonscriptions.

Derrière cette démarche, une volonté de valorisation se dessine donc : mettre en lumière les initiatives concrètes dont bénéficient les populations, sans pour autant confondre celles-ci avec les missions institutionnelles des parlementaires.

Boji rappelle le rôle constitutionnel des députés

Car sur ce point, le président de l’Assemblée nationale a voulu être particulièrement clair.

Aimé Boji a rappelé aux élus du peuple que leur mandat demeure encadré par la Constitution, notamment par l’article 100, alinéa 2, qui définit leurs principales responsabilités.

Les députés ont notamment pour mission de légiférer et de contrôler l’action du Gouvernement. Autrement dit, les actions personnelles qu’ils peuvent entreprendre dans leurs circonscriptions ne sauraient se substituer à leurs prérogatives constitutionnelles.

Le président de la Chambre basse a ainsi établi une distinction entre, d’une part, le mandat parlementaire et, d’autre part, les initiatives individuelles prises par certains élus en faveur de leurs communautés.

La philanthropie saluée par le speaker

Loin de minimiser ces initiatives, Aimé Boji les a au contraire saluées.

Le président de l’Assemblée nationale a félicité et encouragé les députés qui s’investissent personnellement dans des actions sociales ou dans la réalisation d’infrastructures au profit de leurs bases électorales.

Ces engagements, a-t-il souligné en substance, relèvent d’un élan de solidarité et de philanthropie. Ils peuvent donc être valorisés comme des contributions supplémentaires au bien-être des populations.

Mais cette reconnaissance doit aller de pair avec le respect du rôle constitutionnel des représentants du peuple.

Une clarification accueillie favorablement

La mise au point du speaker semble avoir dissipé les interrogations suscitées par le communiqué initial.

En rappelant à la fois la nécessité de recenser les réalisations des élus et les limites de leur mandat constitutionnel, Aimé Boji entend ainsi replacer cette initiative dans son véritable cadre.

Dans l’hémicycle du Palais du Peuple, cette clarification a été favorablement accueillie par les députés nationaux, qui ont ainsi obtenu des précisions sur la portée de l’exercice demandé.

L’inventaire ne serait donc pas une nouvelle mission imposée aux parlementaires, mais plutôt un moyen de documenter et de valoriser les actions entreprises au bénéfice des populations, tout en maintenant au cœur du mandat des députés leurs responsabilités de législation et de contrôle de l’action gouvernementale.

Goma : trois anciens chefs d’État de l’Union africaine face à la direction de l’AFC/M23

Goma, 5 octobre 2026. Voir trois anciens chefs d’État africains franchir ensemble les portes d’un mouvement rebelle est rare. Ce lundi, pourtant, le Panel des facilitateurs de l’Union africaine a posé ses valises dans les locaux de la coordination politique de l’AFC/M23, à Goma. Il y tient une réunion de haut niveau consacrée au processus de paix dans l’Est de la RDC.

L’ancien président kényan Uhuru Kenyatta, l’ancien président botswanais Mokgweetsi Masisi et l’ancienne présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde dirigent la délégation. Trois poids lourds, un seul message : maintenir ouvert le fil du dialogue.

Face à eux, la haute hiérarchie du mouvement

De l’autre côté de la table, Corneille Nangaa, coordonnateur politique de l’AFC/M23, avait choisi d’être présent au grand complet. Ses adjoints Bertrand Bisimwa et Freddy Kaniki l’accompagnaient. Les consultations ont porté sur le processus de paix en RDC.

Le choix du lieu n’est pas anodin. En recevant des émissaires de l’Union africaine dans ses propres locaux, à Goma, le mouvement cherche à s’imposer comme un interlocuteur incontournable dans ce dossier.

Un calendrier qui pousse

Cette rencontre ne tombe pas dans le vide. En effet, elle précède une échéance attendue : une conférence de planification trilatérale, prévue en ce mois d’octobre, dans le cadre du processus de paix entre la RDC et le Rwanda. Kinshasa et Kigali en avaient convenu lors des discussions des 12 et 13 août à Genève.

L’objet de cette conférence est technique, mais explosif. Les participants doivent réviser l’ordre d’opérations qui encadre l’application des engagements sécuritaires. Trois chantiers figurent à l’agenda :

  • la neutralisation des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ;
  • le désengagement des forces ;
  • la levée des mesures dites défensives du Rwanda.

Un premier ordre d’opérations resté en suspens

Le document à réviser a une histoire. Les parties devaient commencer à exécuter un premier ordre d’opérations le 1er octobre 2025. Un an plus tard, c’est donc sa révision qui est au programme. Cela montre que l’application des engagements sécuritaires n’a pas avancé au rythme espéré.

Ce que l’on ignore encore

À ce stade, ni le panel ni la direction de l’AFC/M23 n’ont rendu public le contenu précis de leurs échanges. Aucune position officielle n’a été communiquée sur les résultats de cette rencontre. On ignore aussi son influence éventuelle sur la conférence d’octobre.

Une chose est sûre : dans les jours à venir, tous les regards se tourneront vers cette conférence trilatérale. Et à Goma, ce lundi, trois anciens présidents ont rappelé que la paix dans l’Est se joue autant dans les salles de réunion que sur le terrain.

Kalev Mutond : l’ancien « super flic » de Kabila s’éteint à Paris

PARIS — L’ombre a fini par l’emporter là où personne ne l’attendait. Lundi 5 octobre 2026, dans le calme feutré d’une journée parisienne loin du tumulte de Kinshasa, le cœur de Kalev Mutond s’est arrêté de battre. La nouvelle, tombée du cercle familial comme un couperet, s’est répandue comme une traînée de poudre sur les rives du fleuve Congo. Les circonstances exactes de son décès restent entourées d’un épais mystère, ajoutant un ultime chapitre énigmatique à l’existence de celui qui fut, pendant près d’une décennie, l’homme le plus craint, le plus puissant et le plus insaisissable de la République démocratique du Congo.

L’artisan du silence et du pouvoir

Kalev Mutond n’était pas un homme apparu par hasard sous les projecteurs. Né dans le sud du Katanga, il était ce que l’on appelle un « homme de maison ». Gravissant un à un les échelons des services secrets, il connaissait chaque couloir, chaque dossier confidential, chaque secret du labyrinthe sécuritaire.

Lorsqu’il prend la tête de l’Agence nationale de renseignements (ANR) en octobre 2011, sous la présidence de Joseph Kabila, il s’impose instantanément. Son mandat durera près de huit ans — le plus long de l’histoire du service. Relié au sommet de l’État par une ligne directe et sans intermédiaire, il devient le « super flic » du régime, le gardien des secrets d’État et le rouage central de la surveillance politique. Rien ne se décidait, rien ne bougeait sans que l’œil de l’ANR ne l’observe.

Entre terreur, controverses et traque diplomatique

Mais la puissance a un prix. Pour ses détracteurs, opposants politiques, militants et journalistes, son nom devenait le synonyme de la peur : arrestations arbitraires, cachots secrets, traitements inhumains. Le visage discret du sérail sécuritaire se transformait en figure de controverse internationale.

En 2016, le Trésor américain frappe le premier en l’inscrivant sur sa liste noire. L’Union européenne lui emboîte le pas en 2017, gelant ses avoirs et lui fermant ses frontières pour violations des droits humains. Kalev Mutond contestait ces sanctions, les qualifiant de cabale diplomatique, tout comme ses avocats rejetteront plus tard chaque accusation devant la justice.

Le procès qui n’aura jamais lieu

Avec l’alternance politique de 2019, le vent tourne. Le puissant patron des renseignements devient une cible judiciaire. Rattrapé par une dizaine de plaintes pour torture et détentions arbitraires, convoqué par la justice, il refuse de comparaître, dénonçant un acharnement politique. Un avis de recherche est lancé, traquant l’ancien maître du renseignement avant d’être mystérieusement suspendu en août 2023.

La justice congolaise, en plein chantier de crédibilité, s’apprêtait à faire de ce dossier un test majeur. Mais le destin en a décidé autrement.

Selon les principes fondamentaux du droit, le décès de la personne poursuivie éteint définitivement l’action publique. En s’éteignant à Paris, Kalev Mutond emporte avec lui ses vérités, laissant derrière lui des plaignants privés de procès, des victimes présumées sans réponses, et des secrets d’État désormais verrouillés à jamais.

L’homme s’en va, le système demeure

Pour ses proches, sa mort est le départ d’un grand serviteur de l’État, injustement diabolisé. Pour ses opposants, c’est la fin brutale d’un symbole des abus de pouvoir.

Mais au-delà de l’homme, une ombre plane encore. Car si Kalev Mutond s’en est allé, l’appareil sécuritaire qu’il a façonné continue de tourner. Sa disparition referme un livre d’histoire, mais laisse ouverte la question fondamentale : peut-on vraiment tourner la page d’un système avec le simple départ de son architecte ?

Arusha:Sama Lukonde atterrit en Tanzanie avec la voix de la RDC et un message pour le monde

Arusha, 3 octobre 2026. La nuit était déjà bien avancée lorsque l’avion a touché le sol tanzanien. Dans la pénombre de l’aéroport, une délégation congolaise est descendue de l’appareil. À sa tête, un homme dont l’agenda des prochains jours pèsera bien au-delà d’une salle de conférence : Sama Lukonde Kyenge, président du Sénat de la République démocratique du Congo.

Pas de temps à perdre. Dès ce lundi 5 octobre, l’Arusha International Conférence Centre (AICC) ouvrira ses portes à la 153e Assemblée de l’Union Interparlementaire (UIP). Pendant cinq jours, la cité tanzanienne, au pied du Kilimandjaro, deviendra l’un des carrefours politiques de la planète.

Une mission que Kinshasa ne prend pas à la légère

Pour la RDC, l’enjeu dépasse la simple présence protocolaire. Le président de la chambre haute doit intervenir sur deux fronts. Il portera d’abord la position du Parlement congolais au sein du Groupe africain. Ensuite, il prendra la parole à la tribune du débat général, face à un hémicycle mondial.

Son message est connu d’avance, et il ne plaira pas à tous. Il portera sur la situation sécuritaire dans l’Est du pays et sur la gouvernance des ressources naturelles. Ces deux dossiers brûlants sont deux plaies ouvertes. Ils font de la RDC un pays à la fois convoité pour ses richesses et éprouvé par la violence.

1 500 parlementaires, un monde sous tension

Plus de 1 500 élus, venus de toutes les latitudes, convergent vers Arusha. Leur thème : « Renforcer la bonne gouvernance et les capacités des collectivités grâce à l’inclusion, à la confiance et à l’égalité des chances. »

Pourtant, derrière cette formule officielle, l’ordre du jour ressemble à un tableau des fractures du monde :

  • Paix et sécurité : quel rôle les parlements peuvent-ils jouer dans la consolidation de la paix, à l’ère de l’intelligence artificielle militaire ? Et comment sécuriser les espaces maritimes ?
  • Droits et démocratie : les participants aborderont le développement social inclusif des personnes handicapées. Ils débattront aussi de l’abolition de la peine de mort.
  • Souveraineté économique : un atelier stratégique portera sur les minerais critiques. Ces ressources alimentent la transition énergétique mondiale, et le sous-sol congolais en regorge. L’objectif : une prospérité partagée et un contrôle parlementaire renforcé.
  • Urgences globales : la guerre en Ukraine, la coexistence pacifique au Moyen-Orient et la lutte contre le terrorisme figurent également au programme.

Le Congo, au centre de la partie

Ce n’est pas un hasard si l’atelier sur les minerais critiques figure au programme. Cobalt, cuivre, coltan : la RDC détient des clés dont dépendent les industries du monde entier. Une question demeure, et les couloirs de l’AICC ne manqueront pas de la soulever. Comment faire en sorte que cette richesse profite d’abord à ceux qui vivent sur cette terre ?

C’est précisément sur ce terrain que l’on attend Sama Lukonde. Entre plaidoyer sécuritaire et diplomatie des ressources, le président du Sénat devra convaincre, rallier et faire entendre une voix congolaise dans le concert des nations.

La cérémonie inaugurale officielle aura lieu ce lundi 5 octobre 2026. Ensuite, les délégations s’installeront, les discours s’enchaîneront et les caméras se braqueront sur les tribunes.

À Arusha, la diplomatie parlementaire entre donc dans le vif du sujet. Et pour la RDC, chaque minute de parole comptera.

Judith Suminwa à New York le récit d’une diplomatie de combat à l’ONU

New York. Ses gratte-ciels, ses lumières, ses coulisses où se jouent les destins du monde. Chaque année, en septembre, la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies transforme la ville en théâtre diplomatique planétaire. Et cette année, la République démocratique du Congo n’a pas fait de la figuration. Elle avait une voix. Et cette voix, c’est Judith Suminwa qui l’a portée.

Une mission, mille combats

La Première ministre congolaise ne s’est pas contentée de représenter Félix Tshisekedi. Elle a incarné la RDC tout entière. Dans les panels, les audiences, les forums, les échanges bilatéraux et multilatéraux, elle a déroulé un agenda qui ressemble à une liste de priorités vitales pour un pays sous pression : paix, sécurité, développement, santé, coopération internationale, mobilisation des investissements.

« La Cheffe du Gouvernement congolais a porté la voix de la RDC », résume sobrement la Primature dans son communiqué. Mais derrière cette formule administrative se cache une réalité bien plus dense. Car chaque mot prononcé par Judith Suminwa à New York portait le poids d’un pays qui, à l’Est, continue de vivre sous la menace des armes et des épidémies.

Le PAM et le PNUD : des partenaires en première ligne

Parmi les rencontres décisives de ce séjour, deux retiennent particulièrement l’attention. La première avec le Programme alimentaire mondial (PAM). Au cœur des discussions : la lutte contre Ebola, cette maladie qui a déjà fait plusieurs morts en Ituri. Le PAM a réaffirmé son appui logistique et humanitaire. Un soutien crucial, alors que la 17ᵉ épidémie frappe une région déjà meurtrie par les conflits.

La seconde avec Alexander De Croo, administrateur du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Au menu : infrastructures, électrification, connectivité du territoire, agriculture, gouvernance. Des dossiers qui, mis bout à bout, dessinent l’avenir d’un pays qui veut rattraper des décennies de retard.

Le dîner de Donald Trump : une clôture en apothéose

Mais l’image qui restera de cette mission, c’est peut-être celle d’un dîner. Un dîner offert par le Président des États-Unis, Donald Trump, aux dirigeants présents à New York. Judith Suminwa y était. Cette séquence diplomatique s’est achevée autour de ce repas, marquant la clôture de la participation congolaise.

Que faut-il y voir ? Un simple protocole ? Ou le signe que la RDC, malgré ses crises, reste un interlocuteur incontournable sur la scène internationale ? Dans le jeu diplomatique, chaque geste compte. Chaque table partagée est un message. Et cette invitation, dans le contexte actuel, n’est pas anodine.

Une diplomatie de combat

Ce que Judith Suminwa a livré à New York, c’est une diplomatie de combat. Pas celle des grandes déclarations solennelles, mais celle des rendez-vous concrets, des échanges directs, des partenariats noués dans l’urgence. La RDC n’est pas venue demander la charité. Elle est venue présenter ses priorités, défendre ses intérêts, et rappeler au monde que sa stabilité est un enjeu global.

L’Est du pays est en feu. L’Ituri lutte contre Ebola. Les déplacés se comptent par millions. Dans ce contexte, chaque soutien obtenu, chaque partenariat renforcé, chaque main tendue est une victoire. Modeste, peut-être. Mais réelle.

La mission new-yorkaise de Judith Suminwa n’a pas fait la une des médias internationaux. Elle n’a pas provoqué de séisme diplomatique. Mais elle a fait ce que la diplomatie exige parfois de plus difficile : être présente, porter sa voix, et rappeler que la RDC existe, qu’elle se bat, et qu’elle mérite mieux que l’indifférence.

Du PAM au PNUD, en passant par ce dîner avec Donald Trump, la Première ministre a tissé des liens. Reste à savoir ce que ces liens produiront sur le terrain. Car à Kinshasa, à Goma, à Bunia, les attentes ne sont pas diplomatiques. Elles sont vitales.

Une chose est sûre : la RDC a parlé. Et à New York, cette année, le monde a bien été obligé de l’écouter.

L’ombre d’un coup d’État plane sur Kinshasa — La plainte explosive contre la coalition C64

Il y a des points de presse qui passent inaperçus. Et il y a ceux qui, en quelques phrases, font vaciller l’échiquier politique d’un pays tout entier. Ce jeudi 1er octobre 2026, dans une salle de Kinshasa, un homme a prononcé des mots qui résonnent comme un coup de tonnerre. Son nom : Clément Tshietshiam Mutuambu. Son combat : faire tomber, devant la justice, les figures les plus emblématiques de l’opposition congolaise.

Une plainte qui dormait depuis des mois

L’histoire ne commence pas ce jeudi. Elle remonte au 9 juin 2026. Ce jour-là, Clément Tshietshiam dépose une plainte auprès du Procureur général près la Cour d’appel de Kinshasa/Gombe. Une plainte lourde, pesante, presque irréelle. Cinq noms y figurent, cinq poids lourds de la scène politique congolaise : Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Matata Ponyo. Tous sont accusés de violation de la Constitution, de rébellion et de tentative de renversement du régime constitutionnel.

Mais pendant des mois, silence radio. La plainte semble engloutie dans les méandres de la justice congolaise. Puis, ce jeudi 1er octobre, Clément Tshietshiam sort de l’ombre. Il convoque la presse. Et il parle. Sans détour, sans trembler.

L’article 63 contre l’article 64 : le cœur du bras de fer

Le plaignant ne s’attaque pas à n’importe qui. La coalition C64, qui rassemble ces opposants historiques, est un rouleau compresseur politique. Mais Clément Tshietshiam a un argument. Un argument juridique qu’il brandit comme une arme.

« En tant que Congolais, nous nous sommes référés à l’article 63 de la Constitution », déclare-t-il. Cet article, rappelle-t-il, donne à tout citoyen le droit de défendre l’intégrité de l’État et les institutions établies. Pour lui, la C64 a franchi la ligne rouge. « Ils disent se référer à l’article 64 de la Constitution. Néanmoins, l’alinéa 2 du même article a été fait par le même constituant », insiste-t-il.

Car l’article 64, dans son deuxième alinéa, est sans ambiguïté : il interdit toute prise de pouvoir par la force et qualifie toute tentative de renversement du régime constitutionnel d’« infraction imprescriptible contre la Nation et l’État ». Une notion juridique lourde de conséquences. Imprescriptible. C’est-à-dire que le temps ne peut effacer le crime.

La marche du 15 septembre : l’étincelle de trop

Pour Clément Tshietshiam, un événement a tout fait basculer : la marche organisée par l’opposition le 15 septembre dernier. Dans un pays où l’Est est en guerre, où Ebola frappe, où les tensions sont déjà à leur paroxysme, cette mobilisation n’aurait jamais dû avoir lieu, estime-t-il. « Au regard du contexte sécuritaire et politique du pays », martèle-t-il.

Et il va plus loin. Il ne parle plus seulement de violation constitutionnelle. Il évoque le Code pénal congolais. Les articles 133, 135, 158 et 157. Des articles qui, selon lui, qualifient la C64 de « mouvement insurrectionnel ». Le mot est lâché. Insurrectionnel. Un terme qui, dans le langage politique congolais, ne laisse aucune place à l’ambiguïté.

« Il y a des manifestations, ils veulent renverser les institutions légalement établies par la Constitution », accuse-t-il.

Une démarche citoyenne ou une manœuvre politique ?

Derrière la figure de Clément Tshietshiam, une question plane. Qui est-il vraiment ? Un simple citoyen soucieux de défendre l’État de droit ? Ou le prête-nom d’un pouvoir qui, incapable de museler l’opposition par la force, tente de le faire par la justice ?

La question mérite d’être posée. Car les noms visés ne sont pas anodins. Martin Fayulu, l’éternel candidat à la présidentielle, qui ne cesse de dénoncer ce qu’il appelle « le hold-up électoral ». Moïse Katumbi, l’homme fort du Katanga, dont l’ambition présidentielle n’est un secret pour personne. Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Matata Ponyo — tous ont, à un moment ou à un autre, défié le pouvoir en place.

Pour Clément Tshietshiam, pourtant, la démarche est limpide. Il ne s’agit pas de politique, mais de droit. Il veut que « les personnes mises en cause répondent de leurs actes devant la justice, conformément aux dispositions constitutionnelles et pénales » qu’il a citées. Une manière de dire : personne n’est au-dessus de la loi.

Un pays au bord de l’explosion

Cette affaire intervient dans un contexte explosif. À l’Est, la guerre fait rage. L’AFC/M23 occupe Goma. L’Ituri lutte contre une épidémie d’Ebola qui n’en finit pas. Et à Kinshasa, la tension monte d’un cran entre le pouvoir et une opposition qui sent le moment venu de passer à l’offensive.

La plainte de Clément Tshietshiam, si elle aboutit, pourrait changer la donne. Elle pourrait envoyer un signal fort : celui d’une justice qui ne craint pas de s’attaquer aux puissants. Mais elle pourrait aussi, si elle est perçue comme une arme politique, mettre le feu aux poudres. Dans un pays où la moindre étincelle peut embraser tout un peuple, chaque mot compte. Chaque acte pèse.

Clément Tshietshiam Mutuambu n’est peut-être pas un nom que l’histoire retiendra. Mais son geste, lui, pourrait marquer un tournant. En accusant les leaders de la C64 de tentative de renversement, il place la justice congolaise face à un choix cornélien : se saisir de l’affaire et risquer d’apparaître comme un instrument du pouvoir, ou l’enterrer et passer pour complice de l’impunité.

Une chose est sûre : à Kinshasa, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas. Le dossier est sur la table. Et il attend.

À Luanda, Floribert Anzuluni transmet à João Lourenço le message de Tshisekedi sur la paix

La diplomatie congolaise poursuit ses consultations autour du processus de paix dans l’Est du pays. Mercredi à Luanda, le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, accompagné du Haut représentant du chef de l’État, Sumbu Sita, a été reçu par le président angolais João Lourenço, à qui il a transmis un message spécial de Félix-Antoine Tshisekedi consacré aux dernières évolutions du processus de paix.

Derrière cette rencontre, un dossier occupe une place particulière : la reddition volontaire des combattants des FDLR et la mise en œuvre du protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement du mouvement.

Kinshasa veut tenir ses engagements de Washington

En qualité d’envoyés spéciaux du président Tshisekedi, Floribert Anzuluni et Sumbu Sita ont présenté aux autorités angolaises les avancées enregistrées depuis la publication du protocole encadrant le processus de reddition volontaire des FDLR.

Au sortir de son audience avec João Lourenço, le ministre congolais a insisté sur la volonté de Kinshasa de respecter les engagements pris dans le cadre des accords de paix conclus à Washington avec le Rwanda, sous médiation américaine.

« La RDC est déterminée à respecter ses engagements pris dans le cadre des accords de paix de Washington qui ont été signés avec le Rwanda sous la médiation américaine », a déclaré Floribert Anzuluni.

Pour Kinshasa, il s’agit désormais de maintenir les partenaires régionaux informés des avancées du processus et de préparer les prochaines étapes.

Les FDLR au cœur des prochaines étapes

Le ministre de l’Intégration régionale a notamment indiqué que Kinshasa mettait à jour ses différents partenaires sur les évolutions intervenues depuis la publication du protocole de reddition volontaire.

« Nous présentons également la feuille de route pour les étapes suivantes. C’est un élément extrêmement important à ce stade », a-t-il ajouté.

Cette feuille de route doit permettre de préciser la suite du processus, alors que Kinshasa cherche à démontrer que la question des FDLR peut être traitée à travers un mécanisme de désarmement et de démobilisation encadré.

La rencontre de Luanda intervient ainsi dans un contexte où les autorités congolaises multiplient les échanges avec leurs partenaires régionaux autour de la mise en œuvre des engagements de paix.

Pourquoi Luanda reste un passage diplomatique important ?

Le choix de Luanda n’est pas anodin. L’Angola reste impliqué dans les efforts diplomatiques visant à favoriser une sortie de crise dans l’Est du pays. La rencontre entre João Lourenço et les envoyés de Félix Tshisekedi permet donc à Kinshasa de présenter directement l’état d’avancement du processus et de rechercher un accompagnement régional pour les prochaines étapes.

Mais une question demeure : la reddition volontaire des FDLR pourra-t-elle être menée jusqu’au bout et vérifiée efficacement, alors que les tensions militaires et diplomatiques restent fortes dans l’Est ?

Pour Kinshasa, la réponse passe désormais par la mise en œuvre concrète des engagements pris. Et à Luanda, le message transmis au président angolais se veut clair : le processus doit se poursuivre, avec une feuille de route précise pour les prochaines étapes.

RDC : l’Assemblée nationale valide le projet de loi anticorruption et proroge l’état de siège

L’Assemblée nationale a franchi, lundi 28 septembre 2026, une première étape dans le renforcement du dispositif de lutte contre la corruption en République démocratique du Congo. Réunis en plénière, les députés nationaux ont déclaré recevable, à l’unanimité, le projet de loi présenté par le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, Guillaume Ngefa.

La même séance, présidée par le premier vice-président de la Chambre basse, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu, a également permis l’adoption du projet de loi autorisant la prorogation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Un nouveau cadre juridique contre la corruption

Présenté au nom du gouvernement, le projet de loi sur la lutte contre la corruption compte 144 articles. Il entend répondre aux insuffisances du cadre juridique actuel, malgré l’existence de plusieurs textes portant notamment sur le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et les dispositions pertinentes du Code pénal.

Le texte s’inspire des standards internationaux, notamment de la Convention des Nations unies contre la corruption. Il repose sur quatre axes : la prévention, la détection, la répression et le recouvrement des avoirs illicites.

Sur le volet préventif, le projet prévoit notamment la déclaration obligatoire de patrimoine pour les agents de l’État, avec des sanctions en cas de non-déclaration. Il encadre également certaines pratiques liées au financement des partis politiques, interdit l’utilisation des biens publics à des fins politiques et introduit des dispositions relatives aux conflits d’intérêts.

Le texte prévoit aussi des actions de sensibilisation dans les établissements scolaires et auprès de la population. Il renforce, par ailleurs, les missions de l’organe national de coordination de la lutte contre la corruption.

Détection, sanctions et récupération des avoirs

Le projet prend en compte la complexité croissante des mécanismes utilisés dans les affaires de corruption, notamment le recours à des intermédiaires, aux sociétés-écrans et à des circuits financiers complexes.

Il prévoit ainsi, dans les conditions fixées par la loi, le recours à des techniques spéciales d’enquête. Les témoins, victimes, experts, dénonciateurs et lanceurs d’alerte de bonne foi devraient également bénéficier d’un dispositif de protection.

Sur le plan pénal, le texte élargit les incriminations et renforce les sanctions financières. Il prévoit aussi la responsabilité des personnes morales impliquées dans des faits de corruption.

Le régime applicable à l’enrichissement illicite est également renforcé, avec notamment une inversion de la charge de la preuve, sous réserve du respect des principes constitutionnels et des garanties du procès équitable. Le projet prévoit en outre de renforcer les peines d’inéligibilité et d’accès aux fonctions publiques.

Mais au-delà des condamnations, le gouvernement veut surtout faciliter la récupération des fonds détournés. Le texte renforce ainsi les mécanismes de gel, de saisie, de confiscation et de recouvrement des avoirs issus de la corruption.

« Que sert-il de condamner l’auteur d’un acte de corruption si les milliards détournés restent introuvables ? », a lancé Guillaume Ngefa devant les députés, avant d’ajouter : « La corruption ne doit pas être un investissement ».

Le texte renvoyé en commission

Les échanges en plénière ont permis aux députés de formuler plusieurs observations et propositions. Ils ont notamment insisté sur le renforcement des institutions chargées de lutter contre la corruption, la protection des magistrats et l’amélioration de leurs conditions de travail.

Les élus ont également plaidé pour des institutions de contrôle plus efficaces, une meilleure traçabilité des opérations, ainsi que des mécanismes plus performants de recouvrement des avoirs illicites.

Déclaré recevable à l’unanimité, le projet de loi a été renvoyé à la Commission politique, administrative et judiciaire (PAJ) pour un examen approfondi. La commission devra intégrer les observations formulées par les députés avant le retour du texte en plénière.

L’état de siège également prorogé

Après l’examen du projet de loi anticorruption, l’Assemblée nationale s’est penchée sur le texte portant autorisation de prorogation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri.

Cette séance s’est ouverte dans un contexte marqué par plusieurs drames. Au nom de l’Assemblée nationale et du bureau, Isaac Jean-Claude Tshilumbayi Musawu a présenté ses condoléances aux Forces armées de la RDC et aux familles touchées par le crash aérien survenu le 25 septembre à Kenge, dans le Kwango, ainsi que par le naufrage sur le lac Tanganyika et les pluies diluviennes ayant causé plusieurs pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels.

Une minute de silence a été observée en mémoire des victimes.

Le Sénat ouvre la voie à un encadrement renforcé des réseaux sociaux pour les mineurs

Le Sénat de la République démocratique du Congo a déclaré recevable, ce lundi 28 septembre 2026, la proposition de loi modifiant et complétant l’ordonnance-loi n°23/010 du 13 mars 2023 portant Code du numérique. Initié par le sénateur Yvan Kazadi Kankonde, le texte vise notamment à renforcer la protection des mineurs dans l’environnement numérique et à mieux encadrer leur accès aux réseaux sociaux. Après le débat général, la proposition a été renvoyée à la commission mixte PAJ–Infrastructures et Aménagement du territoire pour une étude approfondie. Le Sénat avait inscrit cette réforme parmi les matières de sa session de septembre.

Des règles différenciées selon l’âge

L’une des principales innovations annoncées concerne les conditions d’accès des mineurs aux services numériques et aux fonctionnalités sociales interactives.

Le texte prévoit notamment l’interdiction d’ouvrir un compte et d’accéder aux fonctionnalités sociales interactives avant l’âge de 13 ans. Pour les mineurs âgés de 13 à moins de 15 ans, l’accès pourrait être conditionné à l’utilisation d’un compte supervisé et au consentement parental vérifiable.

À partir de 15 ans, l’accès autonome serait possible, avec des obligations renforcées concernant notamment la sécurité, la confidentialité, la publicité, la conception protectrice des services et la vérification de l’âge.

Ces dispositions doivent toutefois encore être examinées par la commission compétente avant la poursuite du parcours législatif du texte.

Protection de l’enfant et données personnelles

Au-delà de l’accès aux réseaux sociaux, la proposition entend articuler plusieurs volets du droit numérique afin de rendre plus lisible le régime applicable aux mineurs.

Le texte met notamment en relation les règles relatives à la protection de l’enfant, à la protection des données personnelles, à la prévention des atteintes graves commises au moyen des systèmes informatiques et aux obligations qui incombent aux fournisseurs de services numériques.

L’objectif affiché est ainsi d’adapter le cadre juridique congolais aux usages numériques des enfants et des adolescents, tout en renforçant les mécanismes de protection qui leur sont destinés.

La proposition renvoyée en commission

Après son adoption sur la recevabilité, la proposition de loi n’est pas encore au terme de son parcours parlementaire. Elle a été renvoyée à la commission mixte PAJ–Infrastructures et Aménagement du territoire pour une étude approfondie.

La commission devra notamment examiner les différentes dispositions du texte avant son éventuel retour en plénière pour la poursuite de la procédure législative.

Dans la même séance, le Sénat a également renvoyé à la commission socioculturelle, genre, famille et enfant la proposition de loi portant lutte contre la drépanocytose en RDC.

Cette séquence intervient alors que la Chambre haute poursuit l’examen des matières inscrites à sa session ordinaire de septembre 2026, dont le calendrier prévoit plusieurs textes législatifs dans les domaines institutionnel, économique, social et numérique.

Sénat : le calendrier de la session de septembre 2026 adopté, le budget 2027 et le référendum au menu

Le Sénat de la République démocratique du Congo a adopté à l’unanimité, ce jeudi 24 septembre 2026, le calendrier de ses travaux pour la session ordinaire de septembre, la deuxième session de l’année. Après son examen en plénière, la Chambre haute a retenu plusieurs nouvelles matières, parmi lesquelles le projet de loi de finances 2027, le texte sur l’organisation du référendum et la proposition de loi portant lutte contre la drépanocytose. Le programme prévoit également l’examen de plusieurs arriérés législatifs et de textes soumis à ratification.

Le référendum revient sur la table du Sénat

Parmi les dossiers inscrits au calendrier figure la loi fixant les conditions d’organisation du référendum en RDC. Adopté lors de la session extraordinaire de juin dernier, le texte a été renvoyé au Parlement par le président de la République pour une seconde délibération. Son inscription ouvre ainsi une nouvelle étape dans l’examen parlementaire de cette loi.

Le Sénat devra également examiner des initiatives législatives transmises par l’Assemblée nationale, ainsi que deux propositions de loi initiées par le sénateur Yvan Kazadi Kankonde.

Budget 2027 et reddition des comptes au cœur de la session

Comme le veut la vocation essentiellement budgétaire de la session ordinaire de septembre, le projet de loi de finances pour l’exercice 2027 occupe une place centrale dans le calendrier adopté. Le Sénat devra également se pencher sur le projet de loi portant reddition des comptes de l’exercice 2025.

À ces nouvelles matières s’ajoutent des textes considérés comme des arriérés législatifs. Parmi eux figure notamment la proposition de loi modifiant et complétant la loi du 15 juillet 2016 portant création et organisation de la profession d’huissier de justice.

Le calendrier comprend aussi la proposition de loi portant lutte contre la drépanocytose en République démocratique du Congo, inscrite parmi les nouvelles matières à examiner.

Des accords de financement et le bilan des vacances parlementaires

La Chambre haute prévoit par ailleurs l’examen de plusieurs matières liées à la ratification d’accords de financement. Il s’agit notamment de l’accord relatif à l’autonomisation des femmes entrepreneures et à la mise à niveau des MPME dans le cadre du programme TRANSFORME, avec un financement additionnel de 200 millions de dollars de l’IDA.

Un autre texte concerne l’accord de prêt relatif au Projet multisectoriel de nutrition et de santé (PMNS), également assorti d’un financement additionnel de l’IDA, à hauteur de 75 millions de dollars.

Après les vacances parlementaires, les sénateurs devront enfin examiner la synthèse nationale des rapports des vacances, couvrant la période du 20 juillet au 14 septembre 2026. Ce document doit permettre à la Chambre haute de prendre connaissance des constats issus des missions effectuées durant cette période et d’en tirer les suites parlementaires nécessaires.

Avec l’adoption de ce calendrier, le Sénat dispose désormais de sa feuille de route pour les prochaines semaines d’une session qui combine examen budgétaire, production législative, ratification d’accords et contrôle parlementaire.

À New York, Judith Suminwa porte le plaidoyer de la RDC : sécurité, Ebola et réfugiés au cœur de son offensive diplomatique

Le 23 septembre 2026, à New York, où se tient la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies (UNGA81), la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, représentant le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a multiplié les interventions diplomatiques pour défendre les priorités de la République démocratique du Congo. Entre la guerre dans l’Est, l’épidémie d’Ebola Bundibugyo, les déplacements forcés et la réforme de la gouvernance mondiale, la cheffe du gouvernement a appelé la communauté internationale à transformer ses engagements en actions concrètes.

En marge des travaux de l’UNGA81, organisés du 22 au 28 septembre sous le thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations unies au service de tous », Judith Suminwa a enchaîné plusieurs rencontres de haut niveau pour porter les préoccupations congolaises sur les plans sécuritaire, humanitaire et sanitaire.

La guerre dans l’Est au cœur du plaidoyer congolais

À la tribune de l’Assemblée générale, la Première ministre a consacré une large partie de son intervention à la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC. Elle a dénoncé les conséquences du conflit, notamment les déplacements forcés, les violences sexuelles, le recrutement d’enfants et l’occupation de territoires.

« Mon pays demeure confronté à une guerre d’agression menée par le Rwanda sous couvert de l’AFC/M23, en violation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale, comme l’ont documenté les Nations unies », a-t-elle déclaré.

Judith Suminwa a surtout insisté sur la nécessité d’appliquer les décisions déjà prises par le Conseil de sécurité, notamment la résolution 2773.

« Nous n’attendons pas de nouveaux textes pour remplacer ceux qui ont déjà été adoptés. Nous attendons leur exécution », a-t-elle martelé.

Elle a également rappelé que les processus diplomatiques de Washington, de Doha et la feuille de route de l’Union africaine devaient être pleinement mis à profit pour favoriser une sortie de crise.

Plus d’un million de réfugiés congolais évoqués à l’ONU

Avant cette intervention, la cheffe du gouvernement avait participé à la commémoration du 75ᵉ anniversaire de la Convention relative au statut des réfugiés.

Face aux délégations réunies au siège des Nations unies, elle a dressé un tableau préoccupant des déplacements de populations provoqués par les conflits dans l’Est.

Selon les chiffres qu’elle a présentés, plus d’un million de Congolais sont réfugiés dans les pays voisins, environ six millions sont déplacés à l’intérieur du pays et la RDC accueille elle-même plus de 500 000 réfugiés.

« Les déplacements forcés sont une conséquence de l’absence de paix et, bien souvent, ces déplacements donnent naissance à de graves crises humanitaires », a-t-elle déclaré.

Elle a plaidé pour un renforcement du soutien aux populations déplacées, tout en défendant une approche associant aide humanitaire, développement et consolidation de la paix.

Ebola Bundibugyo : un appel à la solidarité internationale

La question sanitaire a également occupé une place importante dans l’agenda de Judith Suminwa.

Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20, consacrée à l’accélération de l’action collective contre Ebola, la Première ministre a insisté sur la nécessité de mieux relier les engagements internationaux aux besoins des communautés touchées.

Selon Africa CDC, les besoins pour renforcer la riposte sont évalués à 2 milliards de dollars.

Le gouvernement congolais entend poursuivre la mobilisation internationale afin de contenir l’épidémie d’Ebola Bundibugyo qui sévit principalement dans l’Est du pays.

Réformer le multilatéralisme et mieux valoriser les minerais critiques

Au-delà des urgences sécuritaires et humanitaires, Judith Suminwa a également défendu une réforme plus profonde de la gouvernance mondiale.

Elle estime que la confiance des États dans les institutions internationales dépend d’une application égale du droit international.

« La confiance de nos peuples dans le multilatéralisme commence là où cesse l’application d’un droit variant selon la géographie, la puissance économique ou encore le jeu des alliances », a-t-elle déclaré.

La cheffe du gouvernement a également plaidé pour une plus grande place de l’Afrique dans les instances de décision internationales ainsi que pour une transformation locale des ressources minières congolaises.

La RDC souhaite notamment promouvoir, sous l’égide des Nations unies et en partenariat avec l’Union africaine, un cadre mondial garantissant des chaînes de valeur des minerais critiques « justes, traçables et résilientes ».

Enfin, Judith Suminwa a rappelé que les besoins du pays pour accélérer la réalisation des Objectifs de développement durable dépassent 70 milliards de dollars d’ici à 2030, appelant les partenaires internationaux à faire de la solidarité un levier concret au service des populations congolaises.

ONU : Judith Suminwa attendue à la tribune pour porter la voix de la RDC

La République démocratique du Congo s’apprête à prendre la parole au cœur de la diplomatie mondiale. En séjour à New York pour la 81ᵉ session de l’Assemblée générale des Nations unies, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka est attendue ce mercredi 23 septembre à la tribune de l’ONU.

Selon le programme officiel des Nations unies, la cheffe du gouvernement congolais doit intervenir lors de la séance de l’après-midi. Son intervention s’inscrit dans le débat général de la semaine de haut niveau, ouvert mardi 22 septembre et prévu jusqu’au 28 septembre.

Judith Suminwa porte les priorités de la RDC à New York

Mandatée par le président Félix-Antoine Tshisekedi, Judith Suminwa représente la RDC dans cette séquence diplomatique majeure.

Son intervention doit notamment porter sur les priorités congolaises en matière de paix et de sécurité, de développement durable, de coopération internationale et de renforcement du multilatéralisme.

Pour Kinshasa, cette présence à la tribune constitue également une occasion de présenter les enjeux auxquels le pays reste confronté. La RDC entend ainsi défendre ses intérêts et renforcer ses partenariats auprès de ses interlocuteurs internationaux.

Le débat général réunit des chefs d’État, de gouvernement et d’autres représentants de haut niveau. Il permet aux États membres de présenter leurs positions sur les grands dossiers internationaux.

Paix, développement et coopération au cœur du message congolais

La 81ᵉ session de l’Assemblée générale est placée sous le thème « Rétablir la confiance, gérer la transformation : une Organisation des Nations Unies au service de tous ».

Cette édition accorde une place importante à la paix, à la sécurité et au développement durable. Les Nations unies ont également inscrit plusieurs rendez-vous de haut niveau à l’agenda de la semaine, notamment sur le droit au développement, l’action climatique, la montée du niveau des mers et la prévention des pandémies.

Dans ce contexte, la participation congolaise intervient alors que les questions de sécurité et de développement restent étroitement liées pour la RDC.

Le gouvernement congolais entend également mettre en avant la coopération internationale et la consolidation de ses relations avec ses partenaires.

Plusieurs rencontres bilatérales prévues à New York

Au-delà de son passage à la tribune de l’ONU, Judith Suminwa doit multiplier les échanges avec différents partenaires de la RDC durant son séjour new-yorkais.

Les discussions annoncées doivent notamment concerner la paix, la sécurité, le développement, les investissements et les partenariats économiques.

L’agenda de la Première ministre s’insère ainsi dans une semaine diplomatique particulièrement dense. Le débat général constitue l’un des principaux rendez-vous de l’Assemblée générale, tandis que plusieurs réunions thématiques réunissent dirigeants et représentants de haut niveau autour des défis mondiaux.

Pour Kinshasa, l’enjeu est donc double : faire entendre la position de la RDC sur les grandes questions internationales et consolider, en marge des travaux de l’ONU, les relations bilatérales susceptibles d’accompagner les priorités du pays.

Après la marche du C64, Muyaya et Fayulu s’affrontent par déclarations interposées

La marche s’est arrêtée sur le boulevard Lumumba. Cependant, la bataille politique s’est déplacée sur le terrain des déclarations.

Deux jours après la manifestation organisée par la Coalition Article 64 (C64), le gouvernement et l’opposition défendent désormais deux récits opposés des violences survenues à Kinshasa.

D’un côté, Patrick Muyaya rejette les accusations visant le pouvoir. Il invite aussi l’opposition à rejoindre le dialogue annoncé par le président Félix Tshisekedi.

De l’autre, Martin Fayulu maintient ses accusations contre les autorités. Il conteste le bilan officiel et promet de poursuivre sa contestation devant les médias, dans les quartiers et devant la justice.

Patrick Muyaya défend l’action du gouvernement

En réagissant à la marche du 15 septembre, Patrick Muyaya a rappelé que le droit de manifester devait s’exercer dans le respect du maintien de l’ordre.

Le porte-parole du gouvernement rejette également les accusations selon lesquelles des militants de l’UDPS ou de la Force du Progrès auraient perturbé la mobilisation.

Le ministre dénonce ce qu’il qualifie de « tactique démodée de recourir au mensonge et à la manipulation ».

Il cite notamment un faux communiqué qui invitait, selon lui, les parents à ne pas envoyer leurs enfants à l’école. À ses yeux, cette désinformation visait à semer la peur au sein de la population.

Par ailleurs, Patrick Muyaya appelle les acteurs politiques à rejoindre la dynamique du dialogue national annoncée par le président Félix Tshisekedi.

Selon lui, l’ordonnance publiée quelques jours plus tôt invite tous les Congolais, y compris l’opposition, à participer à un processus consacré à la défense de la patrie.

Martin Fayulu maintient sa version des événements

Lors d’un Space animé mercredi par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, Martin Fayulu est revenu sur le déroulement de la manifestation.

Le président de l’ECiDé affirme qu’il n’a jamais atteint le point de chute du cortège. Selon lui, plusieurs personnes qu’il présente comme membres de la Force du Progrès ont attaqué les manifestants à plusieurs reprises.

D’après son récit, les premiers affrontements ont commencé près des 15ᵉ et 16ᵉ rues. Ensuite, la situation se serait aggravée à la 10ᵉ rue.

Il affirme que des policiers ont utilisé des gaz lacrymogènes. Il soutient aussi que des individus armés de machettes, de barres de fer, de bêches et de cocktails Molotov poursuivaient les manifestants.

Ces affirmations relèvent du témoignage de Martin Fayulu. Elles n’ont pas été établies par une enquête indépendante et font l’objet de versions contradictoires.

Son récit de la fuite et des affrontements

L’opposant raconte également avoir cherché refuge auprès de policiers. Puis, il dit avoir tenté de monter dans un minibus avant de quitter les lieux à bord d’un taxi-moto.

Il affirme par ailleurs avoir aperçu des éléments de la Garde républicaine affectés, selon lui, à la sécurité de Marthe Kasalu, mère du chef de l’État.

Toujours selon son témoignage, ces éléments auraient tiré en l’air pour disperser les manifestants.

Là encore, cette affirmation constitue une allégation formulée par Martin Fayulu. À ce stade, aucun élément indépendant rendu public ne la corrobore.

Le bilan officiel contesté

Martin Fayulu rejette également le bilan communiqué par le gouvernement provincial de Kinshasa. Les autorités faisaient état d’une faible affluence, de quelques blessés, de l’absence de décès et d’aucun dégât matériel.

Pour contester cette version, il cite notamment le cas de Manassé Lombo Tobomengola, présenté comme chargé de sécurité des ADD Congo.

Selon lui, son corps se trouverait à la morgue de Mabanga.

L’opposant évoque aussi son véhicule, qu’il décrit comme fortement endommagé. Il affirme enfin que plusieurs blessés ont été hospitalisés.

Ces éléments correspondent aux déclarations de Martin Fayulu. Ils contredisent le bilan officiel communiqué par les autorités provinciales.

Une offensive politique qui dépasse la marche

Au-delà des violences, Martin Fayulu annonce plusieurs initiatives.

Il prévoit des démarches judiciaires contre les responsables qu’il estime impliqués dans la gestion de la manifestation. Il réclame également des excuses publiques du gouverneur de Kinshasa.

En parallèle, il veut renforcer la présence de la C64 dans les quartiers grâce à des espaces de mobilisation citoyenne.

L’opposant s’en est aussi pris à l’ancien ministre des Finances Nicolas Kazadi après les commentaires de ce dernier sur la mobilisation.

« Nicolas Kazadi devait se taire. Il doit nous dire comment il a quitté le gouvernement », a déclaré Martin Fayulu.

Il a ensuite formulé de graves accusations contre l’ancien ministre, qu’il qualifie de « l’un des plus grands voleurs de ce pays ».

Ces propos constituent des accusations politiques exprimées par Martin Fayulu. Ils ne correspondent pas, à eux seuls, à une constatation judiciaire de culpabilité.

Deux récits opposés après une même journée

Les déclarations de Patrick Muyaya et de Martin Fayulu prolongent désormais l’affrontement politique bien au-delà de la marche du 15 septembre.

Le gouvernement défend l’action des forces de sécurité. Il invite aussi l’opposition à participer au dialogue national voulu par Félix Tshisekedi.

L’opposition, de son côté, continue de dénoncer la gestion de la manifestation. Elle conteste le bilan officiel et annonce une riposte sur les plans politique, judiciaire et médiatique.

Ainsi, les versions des événements restent profondément opposées. La question des responsabilités dans les violences demeure donc l’un des principaux enjeux des prochains jours.

Dialogue, rue et justice : Martin Fayulu ouvre un nouveau front contre le pouvoir de Tshisekedi

Vingt-quatre heures après les violences qui ont interrompu la marche de la Coalition Article 64 (C64) à Kinshasa, Martin Fayulu refuse de refermer la séquence. Pour le président de l’ECiDé, la bataille ne se jouera plus uniquement dans la rue : elle se poursuivra aussi autour d’un dialogue national, devant la justice et sur le terrain politique.

Mercredi 16 septembre, l’opposant a multiplié les prises de parole, d’abord lors de la Journée nationale Justice et Paix organisée par la CENCO, puis au cours d’un Space animé par le journaliste Stanislas Bujakera. Au fil de ces interventions, il a dessiné une stratégie qui mêle contestation institutionnelle, mobilisation citoyenne et propositions sécuritaires, tout en formulant de nouvelles accusations contre le pouvoir.

Fayulu défend un dialogue incluant les acteurs armés

À Genève, le chef de l’État Félix Tshisekedi a récemment affiché sa volonté d’ouvrir un dialogue national. Mais à Kinshasa, le débat porte désormais sur une question plus sensible : qui devra y participer ?

Invité à intervenir devant la Commission Justice et Paix de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), Martin Fayulu a plaidé pour un dialogue qu’il qualifie de véritablement inclusif, estimant que l’ensemble des parties prenantes à la crise congolaise devrait y être associé, y compris les acteurs armés impliqués dans le conflit.

Selon lui, exclure les Congolais qui contrôlent aujourd’hui des portions du territoire risquerait d’aggraver la fragmentation du pays.

« Le Congo a des problèmes. Et pour résoudre ces problèmes, il faut un dialogue national inclusif. Même ceux qui font la guerre au Congo aujourd’hui. Si vous ne les associez pas à ce dialogue, c’est-à-dire que vous balkanisez le pays », a déclaré le président de l’ECiDé.

Pour appuyer son raisonnement, il affirme que l’option militaire n’a pas permis, selon lui, de reprendre les territoires contrôlés par l’AFC/M23 et estime qu’il faut désormais aborder les causes internes et externes de la crise dans un cadre politique élargi.

Doha, Washington : Fayulu veut un cadre unique de négociation

L’opposant a également évoqué les discussions en cours à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Selon lui, les protocoles déjà négociés devraient être intégrés dans un processus national afin d’éviter que des accords conclus séparément ne soient ensuite contestés par d’autres composantes de la société congolaise.

Cette proposition intervient alors que Kinshasa continue de privilégier une architecture diplomatique articulée autour des discussions de Washington avec Kigali et des pourparlers de Doha avec l’AFC/M23, tout en défendant parallèlement un dialogue national destiné à renforcer la cohésion interne.

Une partie de l’opposition estime toutefois que ce processus gagnerait en légitimité s’il associait davantage d’acteurs politiques et sociaux.

Après les violences de Kinshasa, Fayulu promet une riposte sur tous les fronts

Au lendemain des affrontements du 15 septembre sur le boulevard Lumumba, Martin Fayulu a annoncé une nouvelle phase de mobilisation.

Lors du Space organisé par Stanislas Bujakera, il a assuré que la C64 utiliserait « tous les mécanismes » à sa disposition : manifestations, médias, travail de proximité dans les quartiers et actions judiciaires.

L’opposant soutient que les manifestants, auxquels la coalition avait donné des consignes de non-violence, auraient été attaqués après avoir été initialement encadrés par la police.

Il affirme avoir vu des individus munis, selon son récit, de cocktails Molotov, de machettes, de barres de fer et de bêches avant d’évoquer l’intervention d’éléments armés des forces de sécurité.

Ces accusations demeurent, à ce stade, les déclarations de Martin Fayulu et nécessitent des vérifications indépendantes pour établir les responsabilités des violences.

Il est allé plus loin en évoquant la présence d’éléments de la Garde républicaine qu’il dit avoir identifiés comme affectés à la sécurité de Marthe Kasalu, mère du chef de l’État.

« C’est extrêmement grave de voir un État sous-traiter la violence », a-t-il dénoncé.

Sur le plan judiciaire, il annonce vouloir engager des démarches contre les responsables qu’il estime impliqués, y compris devant des instances qu’il ne limite pas aux seules juridictions nationales.

De son côté, le gouvernement rappelle que le droit de manifester doit s’exercer dans le respect du cadre légal.

L’Est de la RDC au cœur de son projet politique

Au-delà de la contestation immédiate, Martin Fayulu a également détaillé plusieurs propositions pour répondre à la crise sécuritaire dans l’Est.

Il préconise notamment le transfert du camp militaire Kokolo vers Beni afin d’y former une armée d’élite, la création d’une force spéciale d’intervention au sein des FARDC et le déploiement renforcé de dispositifs de surveillance le long des frontières orientales.

« Avec ces trois mesures, j’ai assuré l’intégrité territoriale de notre pays à partir de l’Est », a-t-il affirmé.

L’opposant a également évoqué l’existence possible d’un « accord secret » entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame visant, selon lui, à céder une partie du territoire congolais.

Aucun document n’a toutefois été présenté durant cet échange pour étayer cette affirmation, qui demeure une allégation de Martin Fayulu.

Une stratégie politique qui dépasse la rue

Sur le terrain politique, Fayulu a également écarté l’hypothèse d’un rapprochement entre la C64 et la plateforme « Sauvons la RDC », associée à l’ancien président Joseph Kabila.

S’il rappelle avoir cosigné en 2025 un communiqué commun avec Joseph Kabila, Delly Sesanga et Moïse Katumbi, il estime que cette convergence ponctuelle ne justifie pas une fusion des deux dynamiques.

À ses yeux, la C64 ne constitue pas une plateforme électorale mais une coalition politique dont la vocation est la défense de l’ordre constitutionnel et de l’intégrité territoriale.

À travers ses interventions du 16 septembre, Martin Fayulu cherche ainsi à déplacer la confrontation sur plusieurs terrains simultanément : la rue pour maintenir la pression, les quartiers pour structurer la mobilisation, les médias pour imposer son récit et la justice pour rechercher des responsabilités.

Reste désormais à savoir si cet appel à un dialogue plus inclusif trouvera un écho auprès des autres acteurs politiques, alors que le format, les participants et la médiation d’un éventuel dialogue national demeurent l’un des principaux sujets de fracture de la scène politique congolaise.

Marche de la C64 en RDC : Kinshasa sous tension, arrestations à Lubumbashi et calme à Inongo

La journée du mardi 15 septembre 2026 révèle des visages contrastés de la mobilisation lancée par la Coalition 64 (C64) en République démocratique du Congo. À Kinshasa, plusieurs centaines de militants convergent vers la place de l’Échangeur de Limete. Pourtant, la marche n’a toujours pas démarré à l’heure prévue.

Pendant ce temps, à Lubumbashi, l’opposition dénonce des arrestations et plusieurs blessés après le déploiement des forces de l’ordre. À Inongo, en revanche, la matinée se déroule dans un calme apparent.

Kinshasa : des militants mobilisés, mais une marche toujours en attente

Peu avant 11 heures, la place de l’Échangeur de Limete accueille déjà des militants de l’Alliance pour le changement de Jean-Marc Kabund, de l’ECiDé de Martin Fayulu, du LGD de Matata Ponyo et d’Ensemble pour la République de Moïse Katumbi.

Drapelets et calicots à la main, ces sympathisants affichent des messages critiques envers le pouvoir. La plupart viennent du district de la Tshangu. Ils entonnent des chants hostiles au régime sous le regard d’éléments de la Police nationale congolaise, présents sur place mais toujours passifs.

Cependant, l’effervescence perd progressivement en intensité. Aucun des principaux leaders de la C64 n’est encore arrivé à la place de l’Échangeur ni dans les autres points de rassemblement de la capitale.

Par ailleurs, la circulation reste fluide sur le boulevard Lumumba. Les sympathisants continuent néanmoins d’affluer vers le lieu de rendez-vous.

Les organisateurs avaient fixé le départ de la marche à 8 heures. Cette mobilisation s’inscrit dans la contestation du projet de révision de la Constitution, que l’opposition associe à la perspective d’un éventuel troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

Lubumbashi : l’opposition dénonce des arrestations après l’interdiction de la marche

Dans le Haut-Katanga, la mobilisation n’a pas pris forme.

Les forces de l’ordre ont occupé les principaux points de rassemblement, notamment à l’Institut supérieur pédagogique (ISP) et à l’Institut Maadini. Elles ont ainsi appliqué l’interdiction des manifestations publiques décidée par les autorités urbaines et provinciales.

De son côté, l’opposition parle d’une répression. Aubin Kasongo, responsable d’Envol, le mouvement de Delly Sessanga dans le Haut-Katanga, affirme que plusieurs militants ont été interpellés.

« La situation est très tendue. On ne nous a pas permis de marcher. Beaucoup de nos militants ont été arrêtés, et nous-mêmes pourchassés. On a recensé jusqu’à présent huit arrestations parmi nos militants de la part de la police. Ils ont été interpellés au niveau de l’école Gécamines Maadini et de l’ISP où il y avait le rassemblement », déclare-t-il.

Selon lui, les organisateurs avaient pourtant demandé un encadrement policier.

« On a saisi officiellement l’autorité urbaine pour que la police vienne nous encadrer. Par contre, elle est venue pour étouffer notre manifestation. On a enregistré plusieurs blessés et j’ai échappé moi-même à un enlèvement à la suite des balles et des gaz lacrymogènes », affirme-t-il.

Les autorités, elles, défendent leur dispositif sécuritaire. Elles invoquent la nécessité de faire respecter l’interdiction des manifestations publiques. La veille, le commandement provincial de la Police nationale congolaise avait placé ses unités en alerte avant cette journée de mobilisation.

Par ailleurs, plusieurs villes de l’espace Katanga connaissent une situation similaire. À Kalemie, dans la province du Tanganyika, les autorités ont également refusé d’autoriser la marche.

Inongo : une journée ordinaire malgré l’appel à manifester

À plusieurs centaines de kilomètres de là, Inongo offre un tout autre visage.

Dès les premières heures de la matinée, aucun signe visible de mobilisation n’apparaît dans les principales artères de la ville.

Sur les boulevards Mobutu, Jack’s et Ngobila, ainsi que sur l’avenue Mission, la circulation reste normale. Habitants, motocyclistes et automobilistes poursuivent leurs activités sans perturbation particulière.

Autre fait marquant, aucune présence policière inhabituelle n’apparaît sur les principaux axes de la ville. Les administrations publiques fonctionnent normalement. Le marché d’Inongo conserve également son animation habituelle.

Une mobilisation aux fortunes contrastées

Au fil de la journée, les situations divergent selon les provinces.

Kinshasa attend encore le départ de la marche. Lubumbashi fait face à un important dispositif sécuritaire contesté par l’opposition. Inongo, enfin, poursuit son activité sans changement notable.

Ces contrastes illustrent les fortunes diverses de l’appel lancé par la Coalition 64 à travers le pays.

Diplomatie : Félix Tshisekedi annonce le transfert de l’ambassade de RDC à Jérusalem

La République démocratique du Congo franchit un cap diplomatique majeur. Ce jeudi 3 septembre 2026, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo a annoncé, lors d’une visite officielle en Israël, le transfert de l’ambassade congolaise de Tel-Aviv à Jérusalem. Une décision symbolique forte qui place la RDC dans le cercle très restreint des pays ayant reconnu Jérusalem comme capitale d’Israël, aux côtés notamment des États-Unis.

Une annonce historique à Jérusalem

RDC • Affaires Étrangères
© RDC • Affaires Étrangères

C’est à l’issue d’une rencontre au sommet entre le président Tshisekedi et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, le 1er septembre à Jérusalem, que les deux pays ont officialisé leur volonté commune de renforcer significativement leurs relations diplomatiques.

Le communiqué conjoint publié à l’issue de ces échanges précise que les deux parties prendront des mesures en vue du « transfert de l’ambassade de la République démocratique du Congo de Tel-Aviv à Jérusalem » . Un geste diplomatique d’une portée considérable, tant il sort du cadre du consensus international qui prévaut depuis des décennies sur le statut de la ville sainte.

Une double avancée diplomatique

Au-delà du transfert de l’ambassade congolaise, les deux pays ont convenu d’une seconde avancée majeure : l’ouverture d’une ambassade permanente de l’État d’Israël à Kinshasa. Une décision qui consacrera l’ancrage d’Israël en Afrique centrale et témoigne de la profondeur de la coopération entre les deux nations.

Les deux dirigeants ont réaffirmé leur volonté commune de renforcer les liens d’amitié et de coopération entre leurs pays, sans toutefois préciser de calendrier pour la concrétisation de ces projets. « Israël et la RDC ont indiqué qu’ils poursuivraient leurs échanges par les canaux diplomatiques appropriés afin de s’accorder sur les modalités de mise en œuvre de ces décisions » , indique le communiqué.

Un geste qui sort du consensus international

En prenant cette décision, la RDC rejoint un petit groupe de pays ayant franchi le pas du transfert de leur ambassade à Jérusalem. Les États-Unis ont été les premiers à le faire en 2018 sous la présidence de Donald Trump, suivis par quelques autres nations comme le Guatemala, le Honduras ou encore le Kosovo.

Cette décision représente une rupture avec le consensus international qui considère que le statut de Jérusalem doit être négocié entre Israéliens et Palestiniens dans le cadre d’un accord de paix global. La plupart des pays maintiennent leur ambassade à Tel-Aviv, la capitale économique d’Israël.

Jérusalem, un enjeu diplomatique majeur

Pour Israël, cette annonce est une victoire diplomatique de taille. Jérusalem cherche depuis plusieurs années à convaincre davantage de pays d’installer leur représentation diplomatique dans la ville qu’elle considère comme sa capitale éternelle et indivisible.

Le fait qu’une grande nation africaine comme la RDC, membre influent de l’Union africaine et des Nations unies, prenne cette décision, constitue un signal fort envoyé à la communauté internationale. Il pourrait inciter d’autres pays, notamment africains, à emboîter le pas.

Une relation bilatérale appelée à se renforcer

Au-delà de l’aspect symbolique, cette décision témoigne de la volonté des deux pays d’approfondir leur coopération dans de nombreux domaines : économique, sécuritaire, agricole ou encore technologique. La RDC, avec ses immenses ressources naturelles et son marché en pleine expansion, est un partenaire de choix pour Israël.

Pour Kinshasa, ce rapprochement avec Israël s’inscrit dans une stratégie diplomatique plus large visant à diversifier ses partenariats internationaux et à renforcer son influence sur la scène mondiale.

Une chose est certaine : avec cette annonce historique, Félix Tshisekedi inscrit la RDC sur la carte des grandes manœuvres diplomatiques du Moyen-Orient, tout en ouvrant une nouvelle page dans les relations entre l’Afrique centrale et l’État hébreu.

RDC-Tanzanie : Aimé Boji renforce la diplomatie parlementaire à Dodoma

La coopération entre la RDC et la Tanzanie franchit un nouveau palier. Le mercredi 2 septembre 2026, le Président de l’Assemblée nationale congolaise, l’Honorable Aimé Boji Sangara Bamanyirwe, a été reçu par son homologue tanzanien, Mussa Azzan Zungu, dans son bureau de travail au siège du Parlement tanzanien à Dodoma. Une visite officielle qui s’inscrit dans la dynamique de rapprochement initiée par les chefs d’État des deux pays.

Une rencontre au sommet des Parlements

Entourés des élus des deux Assemblées, les deux Présidents ont échangé sur les principaux axes de la coopération parlementaire, de la diplomatie parlementaire et de l’intégration régionale. Au cœur des discussions : le renforcement du partage d’expériences entre les deux institutions législatives.

Ils ont salué l’engagement des Chefs d’État congolais et tanzanien à raffermir les relations entre leurs deux pays. Une dynamique qui s’inscrit dans la continuité de la récente visite du Président Félix-Antoine Tshisekedi à Zanzibar, où il s’était entretenu avec son homologue Samia Suluhu Hassan sur le renforcement des relations bilatérales.

Une journée de travail intense à Dodoma

La journée de travail du Président Boji Sangara a été particulièrement chargée. Au-delà de l’entretien avec son homologue, il a assisté à une séance plénière du Parlement tanzanien consacrée à l’audition de plusieurs membres du Gouvernement. Une immersion dans le fonctionnement de l’institution législative tanzanienne qui a permis de constater la vitalité de la démocratie parlementaire dans ce pays d’Afrique de l’Est.

Le Président de l’Assemblée nationale congolaise a également visité la gare de Dodoma ainsi que la cité gouvernementale Magufuli, des infrastructures symboliques du dynamisme économique et administratif de la Tanzanie moderne.

Le Corridor de Lobito au cœur des ambitions communes

Les deux Parlements se sont engagés à renforcer davantage leur coopération afin d’accompagner leurs Gouvernements respectifs dans la concrétisation des projets communs, notamment ceux liés à l’intégration et aux infrastructures régionales.

À ce titre, le Corridor de Lobito figure parmi les initiatives régionales susceptibles de contribuer au développement des échanges et à la connectivité économique de la région. Ce projet, qui concerne la RDC, la Zambie et l’Angola, représente un axe stratégique pour désenclaver les provinces minières congolaises et faciliter l’accès aux marchés internationaux.

La visite du Président Boji Sangara à Dodoma témoigne de la volonté des deux pays de faire de la diplomatie parlementaire un levier de l’intégration régionale et du développement économique. Un signal fort adressé à la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), dont la RDC est membre depuis 2022.

Une coopération qui dépasse les frontières

Au-delà des déclarations protocolaires, cette visite consolide les bases d’une coopération durable entre Kinshasa et Dodoma. Les parlementaires des deux pays ont convenu de multiplier les échanges d’expériences et de bonnes pratiques pour renforcer l’efficacité de leurs institutions respectives.

Alors que la RDC traverse une période délicate sur le plan sécuritaire dans sa partie orientale, le soutien de ses partenaires régionaux, dont la Tanzanie, apparaît plus que jamais essentiel pour consolider la paix et la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Une chose est certaine : la diplomatie parlementaire congolaise, sous l’impulsion d’Aimé Boji Sangara, s’affirme comme un instrument majeur du rayonnement de la RDC sur la scène africaine.

À Jérusalem, Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahu scellent un nouveau cap dans le partenariat RDC-Israël

À Jérusalem, Félix Tshisekedi n’est pas venu multiplier les poignées de main diplomatiques. Le président congolais cherche à transformer le rapprochement engagé avec Israël en un partenariat capable de produire des résultats concrets pour la République démocratique du Congo.

En mission de travail dans l’État hébreu, le chef de l’État s’est entretenu, ce 1er septembre 2026, avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, avant de retrouver le président Isaac Herzog. Deux rencontres de haut niveau qui traduisent la volonté des deux pays de donner une nouvelle dimension à leur coopération.

Sécurité, défense, agriculture, infrastructures, énergie, hautes technologies et investissements figuraient parmi les principaux dossiers inscrits à l’agenda des discussions.

Netanyahu et Tshisekedi veulent accélérer le rapprochement entre Kinshasa et Jérusalem

La première séquence diplomatique s’est déroulée à la résidence du Premier ministre israélien.

Après un entretien en tête-à-tête, Félix Tshisekedi et Benjamin Netanyahu ont élargi leurs échanges à leurs délégations respectives afin d’examiner les perspectives de coopération dans plusieurs secteurs stratégiques.

La sécurité et la défense ont occupé une place centrale dans les discussions, aux côtés de l’agriculture, des infrastructures, de l’énergie et des hautes technologies.

Benjamin Netanyahu a salué la qualité des relations entre les deux États et affirmé sa volonté de les approfondir.

« C’est une grande amitié que nous souhaitons approfondir encore plus », a déclaré le Premier ministre israélien.

De son côté, Félix Tshisekedi a insisté sur la nécessité de dépasser la logique des accords symboliques.

« Notre ambition est de bâtir avec Israël un partenariat moderne, pragmatique et mutuellement bénéfique, qui ne se mesure pas seulement aux accords que nous signons, mais à leur mise en œuvre et aux résultats qu’ils produisent pour nos deux peuples », a affirmé le président congolais.

Cette déclaration résume l’approche défendue par Kinshasa : privilégier des projets concrets susceptibles d’avoir un impact durable sur le développement du pays.

Avec Isaac Herzog, la coopération s’élargit à l’innovation, à l’eau et à la sécurité alimentaire

Quelques heures plus tard, Félix Tshisekedi s’est entretenu avec le président Isaac Herzog, poursuivant ainsi les échanges engagés lors de la visite officielle du dirigeant israélien à Kinshasa en novembre 2025.

Les deux chefs d’État ont confirmé leur volonté de renforcer leur coopération dans plusieurs domaines prioritaires.

Les discussions ont notamment porté sur :

  • l’agriculture et la sécurité alimentaire ;

  • la gestion de l’eau ;

  • la santé ;

  • les technologies et l’innovation ;

  • la formation ;

  • les investissements ;

  • la sécurité.

Cette rencontre s’inscrit dans la continuité d’une dynamique diplomatique engagée depuis plusieurs années.

Après une première visite de Félix Tshisekedi à Jérusalem en 2021, les deux dirigeants s’étaient retrouvés à Davos en janvier 2025 avant la visite historique d’Isaac Herzog à Kinshasa quelques mois plus tard.

À l’époque, le président congolais avait salué le retour d’Israël en RDC après plusieurs décennies d’absence au plus haut niveau de l’État.

Un hommage à Yad Vashem avant les entretiens officiels

Avant ses rencontres avec les dirigeants israéliens, Félix Tshisekedi a effectué une visite au mémorial de Yad Vashem, consacré à la mémoire des six millions de Juifs victimes de la Shoah.

Le président congolais a parcouru le musée ainsi que la Salle des Noms avant de déposer une couronne de fleurs et de raviver la Flamme du Souvenir dans la crypte du mémorial.

Selon la présidence congolaise, cette démarche revêt une portée particulière.

Félix Tshisekedi avait déjà visité ce lieu de mémoire en 2021, devenant alors le premier chef d’État congolais à accomplir ce geste symbolique.

Une relation bilatérale qui entre dans une nouvelle phase

Au-delà des cérémonies officielles, cette visite confirme l’évolution des relations entre Kinshasa et Jérusalem.

En quelques années, la coopération s’est progressivement étendue de la diplomatie aux secteurs jugés stratégiques pour le développement de la RDC : sécurité, innovation, agriculture, énergie, infrastructures et investissements.

Pour Kinshasa, l’objectif est désormais de transformer cette proximité politique en réalisations concrètes capables de renforcer la souveraineté économique et sécuritaire du pays.

À Jérusalem, le message porté par Félix Tshisekedi est clair : le partenariat entre la RDC et Israël ne doit plus être évalué à l’aune des promesses diplomatiques, mais à celle des résultats qu’il produira sur le terrain pour les deux peuples.

Israël-RDC : à Jérusalem, Félix Tshisekedi joue la carte d’un partenariat stratégique pour la sécurité, l’innovation et l’économie

Ce voyage dépasse largement le cadre d’une visite protocolaire. À Jérusalem, Félix Tshisekedi est venu chercher des leviers capables d’accélérer la transformation de la République démocratique du Congo.

Arrivé le 31 août en Israël à l’invitation du président Isaac Herzog, le chef de l’État congolais retrouve un partenaire dont l’expertise en matière de sécurité, de technologies de pointe, d’agriculture et d’innovation intéresse désormais directement Kinshasa.

Dans un contexte marqué par la guerre dans l’Est du pays, la modernisation des infrastructures et la quête de nouveaux investissements autour du Corridor de Lobito, cette visite dessine les contours d’un rapprochement que les deux capitales souhaitent inscrire dans la durée.

Au programme figurent deux rencontres de haut niveau : un entretien avec le Premier ministre Benjamin Netanyahou, puis un échange approfondi avec le président Isaac Herzog. Deux rendez-vous qui traduisent l’ambition politique donnée à cette nouvelle étape des relations entre la RDC et Israël.

Une relation qui prend une nouvelle dimension

Ce déplacement s’inscrit dans une séquence diplomatique construite depuis plusieurs années.

Après une première visite de Félix Tshisekedi en Israël en 2021, Isaac Herzog s’était rendu à Kinshasa en novembre 2025, une visite qualifiée d’historique par les autorités congolaises.

L’année 2026 a ensuite accéléré cette dynamique.

Le 27 juillet, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, avait signé à Jérusalem deux mémorandums d’entente avec son homologue israélien. Le premier institue des consultations politiques régulières entre les deux États. Le second prévoit une coopération entre leurs académies diplomatiques.

Depuis, les échanges se multiplient.

Une délégation conduite par le ministre de l’Emploi, Ferdinand Massamba wa Massamba, a également posé les bases d’un futur accord consacré à l’emploi des jeunes, aux emplois verts et à l’innovation technologique.

Cette succession d’initiatives révèle une volonté commune : passer d’une relation diplomatique classique à un partenariat structuré autour de projets concrets.

L’Est de la RDC au cœur des discussions

Impossible d’aborder cette visite sans évoquer la situation sécuritaire dans l’Est congolais.

Face à la guerre, aux groupes armés et aux tensions régionales, Kinshasa cherche des partenaires capables d’apporter davantage qu’un simple soutien politique.

C’est précisément là que l’expérience israélienne suscite un intérêt particulier.

Israël dispose d’un savoir-faire reconnu dans plusieurs domaines stratégiques : les drones de surveillance, les technologies de renseignement, la protection des frontières, les systèmes de détection, les communications sécurisées et l’analyse des données opérationnelles.

Pour un pays-continent comme la RDC, où la forêt dense, les longues distances et l’état des infrastructures compliquent les opérations militaires, ces technologies pourraient améliorer la connaissance du terrain.

L’objectif dépasse toutefois l’acquisition d’équipements.

Kinshasa souhaite renforcer ses propres capacités nationales, notamment à travers la formation de techniciens, d’ingénieurs et de spécialistes capables d’assurer la maintenance des systèmes et l’exploitation des renseignements.

L’enjeu est clair : transformer la technologie en expertise congolaise durable.

Agriculture, Corridor de Lobito et investissements : l’autre visage du rapprochement

La sécurité ne constitue qu’une partie de l’équation.

L’agriculture figure également parmi les principaux axes de coopération.

Le contraste entre les deux pays est frappant.

Israël a développé une agriculture hautement technologique malgré des ressources hydriques limitées. À l’inverse, la RDC dispose d’abondantes terres cultivables et d’importantes réserves d’eau, mais peine encore à améliorer durablement sa productivité.

Les discussions portent notamment sur la gestion de l’eau, les technologies d’irrigation, l’amélioration des rendements agricoles, la conservation des récoltes et la transformation agroalimentaire.

Autre dossier stratégique : le Corridor de Lobito.

Cet axe logistique reliant les zones minières de la RDC au port angolais constitue aujourd’hui l’un des projets économiques majeurs du pays.

La présidence congolaise souhaite attirer des investissements israéliens autour des infrastructures, de l’énergie, de la logistique et des chaînes de valeur industrielles.

L’objectif n’est pas uniquement d’attirer des capitaux, mais aussi des entreprises capables d’apporter des technologies, des compétences et un transfert de savoir-faire.

Une vision axée sur des résultats concrets

À Jérusalem, Félix Tshisekedi a lui-même résumé l’esprit de cette visite.

« Je suis heureux de me trouver aujourd’hui à Jérusalem. La République démocratique du Congo et l’État d’Israël entretiennent des liens anciens que nous souhaitons aujourd’hui renforcer et inscrire dans une dynamique nouvelle. Notre ambition est claire : bâtir un partenariat plus structuré, plus concret et davantage tourné vers des résultats au bénéfice de nos deux peuples. »

Lors de son entretien avec Isaac Herzog, le président congolais a également évoqué les principales questions internationales, tout en mettant l’accent sur la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC.

Ces déclarations confirment l’évolution du dialogue entre les deux pays.

Au fil des dernières années, Kinshasa et Jérusalem ont progressivement élargi leur coopération, de la diplomatie à la sécurité, en passant par la formation professionnelle, les hautes technologies et les investissements.

Reste désormais à transformer ces engagements en réalisations concrètes.

Pour la RDC, confrontée simultanément aux défis de la souveraineté, de la sécurité et de la transformation économique, l’enjeu dépasse la signature de nouveaux protocoles : il s’agit de bâtir un partenariat capable de produire des résultats visibles sur le terrain.

Dialogue national : la C64 convoque une réunion d’urgence avec Lamuka et l’ADD Congo après le discours de Tshisekedi

L’opposition veut parler d’une seule voix. Au lendemain de l’adresse à la Nation de Félix-Antoine Tshisekedi consacrée au dialogue national, la Coalition de l’article 64 (C64) a convoqué une réunion d’urgence avec ses partenaires de Lamuka et de l’ADD Congo afin de définir une position commune face à l’initiative présidentielle.

L’annonce a été faite ce vendredi 28 août par Prince Epenge, qui affirme que cette série de consultations doit permettre à l’opposition de fixer une ligne claire avant toute prise de position officielle.

Une réunion décisive après l’appel au dialogue

Intervenant au lendemain du discours présidentiel, cette rencontre est présentée comme une étape stratégique pour les principales plateformes de l’opposition.

Selon Prince Epenge, plusieurs réunions sont également programmées au sein des partis et regroupements politiques afin d’harmoniser les positions avant une communication commune.

« Nous allons nous réunir aujourd’hui et nous allons fixer l’opinion », a-t-il déclaré.

Les discussions porteront notamment sur l’attitude à adopter face au processus de dialogue annoncé par le chef de l’État et sur la possibilité de dégager une position commune entre les différentes composantes de l’opposition.

« Personne ne va trahir le peuple »

Dans l’attente de cette décision collective, Prince Epenge appelle les Congolais à rester mobilisés.

« Nous appelons le peuple à rester vigilant, à rester debout, à rester mobilisé. Personne ne va trahir le peuple », a-t-il assuré.

L’opposant affirme que les décisions qui seront arrêtées tiendront compte, selon lui, des attentes de la population et des objectifs que ces plateformes disent poursuivre pour le pays.

Une mise en garde adressée au pouvoir

Si aucune position définitive n’a encore été arrêtée, Prince Epenge exclut déjà tout soutien automatique au processus lancé par Félix Tshisekedi.

« Ce qui est sûr, c’est que nous n’accompagnerons personne dans n’importe quelle entreprise périlleuse », a-t-il prévenu.

Cette réaction intervient alors que le président de la République a posé une ligne rouge lors de son adresse à la Nation : les groupes qui combattent encore les institutions par les armes ne pourront pas participer au dialogue national en tant que composantes politiques, renvoyant notamment l’AFC/M23 au processus distinct de Doha.

La position officielle de la C64, de Lamuka et de l’ADD Congo devrait être rendue publique à l’issue des consultations engagées ce vendredi, dans un contexte où le dialogue national s’impose désormais comme le nouveau terrain de confrontation politique entre le pouvoir et une partie de l’opposition.

Dialogue entre Congolais : Félix Tshisekedi s’adresse à la Nation ce jeudi soir

À l’heure où la République démocratique du Congo traverse une période marquée par de multiples défis politiques, sécuritaires et sociaux, le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo prendra la parole ce jeudi 27 août dans la soirée pour s’adresser directement aux Congolais.

Placée sous le thème du « Dialogue entre Congolais », cette adresse à la Nation est attendue comme un moment important de la séquence politique actuelle, alors que plusieurs dossiers majeurs continuent d’alimenter le débat public.

Une prise de parole attendue sur les grands enjeux du moment

Cette intervention intervient dans un contexte où les attentes restent fortes aussi bien au sein de la classe politique que de la société civile et de l’opinion publique.

Le chef de l’État devrait revenir sur les principales préoccupations qui traversent le pays et préciser les orientations qu’il entend donner à l’action publique dans les prochains mois.

Sans que le contenu officiel de l’allocution n’ait été dévoilé, cette prise de parole pourrait permettre d’éclairer les prochaines étapes de la démarche de concertation engagée autour du dialogue national.

Le dialogue au cœur du message présidentiel

En choisissant le thème du « Dialogue entre Congolais », Félix Tshisekedi place la question de la cohésion nationale au centre de son intervention.

Cette adresse pourrait être l’occasion de rappeler le rôle du dialogue dans la consolidation de la paix, de la stabilité institutionnelle et du vivre-ensemble, alors que le pays fait face à des défis persistants sur plusieurs fronts.

Le président devrait ainsi s’adresser directement aux différentes composantes de la société congolaise, dans un contexte où les mécanismes de concertation sont régulièrement présentés comme un levier pour préserver l’unité nationale.

Une allocution suivie de près

L’intervention présidentielle sera suivie avec attention par les acteurs politiques, les organisations de la société civile ainsi que les partenaires de la RDC, qui attendent des précisions sur les prochaines orientations du pays.

À quelques heures de cette allocution, une certitude s’impose : le discours de Félix Tshisekedi s’annonce comme l’un des rendez-vous politiques les plus attendus de cette fin de mois d’août, dans un contexte où les appels au dialogue occupent une place croissante dans le débat national.

João Lourenço à Kinshasa : une signature décisive pour le Corridor de Lobito et les minerais de la RDC

Kinshasa, 26 août 2026. Derrière une visite annoncée comme « courte » se cache un rendez-vous stratégique pour l’avenir économique de la République démocratique du Congo. Le président angolais João Manuel Gonçalves Lourenço est arrivé ce mercredi à Kinshasa pour participer, aux côtés de son homologue Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, à une cérémonie de signature appelée à accélérer le développement du Corridor de Lobito, l’un des plus ambitieux projets d’infrastructures en Afrique australe.

Cette nouvelle étape intervient alors que Kinshasa multiplie les réformes pour transformer ce corridor ferroviaire en véritable porte d’accès des minerais congolais aux marchés internationaux via le port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique.

Le Corridor de Lobito, un projet clé pour les minerais de la RDC

Au cœur de cette visite figure la signature d’un contrat destiné à consolider le développement d’un axe ferroviaire considéré comme stratégique pour l’intégration économique régionale.

Le Corridor de Lobito relie les régions minières du Grand Katanga en République démocratique du Congo et du Copperbelt en Zambie au port de Lobito, en Angola, offrant une alternative majeure aux circuits traditionnels d’exportation des minerais.

L’ambition du projet s’inscrit dans une dynamique engagée depuis plusieurs années.

Le 4 juillet 2023, à Lobito, João Lourenço, Félix Tshisekedi et le président zambien Hakainde Hichilema avaient déjà scellé un accord destiné à faciliter le transport du cuivre, du cobalt et d’autres minerais stratégiques vers les marchés mondiaux.

La cérémonie prévue à Kinshasa marque ainsi une nouvelle phase de concrétisation de cette coopération trilatérale.

Un chantier ferroviaire de plus d’un milliard de dollars

Cette avancée intervient après plusieurs décisions majeures prises par le gouvernement congolais ces derniers mois.

Lors de sa 94ᵉ réunion, le Conseil des ministres a approuvé un partenariat public-privé avec Mota-Engil S.A. pour réhabiliter la ligne ferroviaire reliant Dilolo, Kolwezi, Lubumbashi et Sakania.

Quelques semaines plus tard, la 95ᵉ réunion du Conseil, organisée à Kaniama Kasese, a validé une convention de collaboration avec Mota-Engil Africa portant sur :

  • le financement du projet ;

  • la réhabilitation des infrastructures existantes ;

  • la modernisation du corridor ferroviaire ;

  • l’exploitation commerciale ;

  • la maintenance durant la période contractuelle ;

  • le transfert des infrastructures à l’État à l’issue de la concession.

Longue de 1 004,5 kilomètres, cette ligne représente l’épine dorsale du corridor côté congolais.

Son coût est estimé à 1,258 milliard de dollars américains.

À terme, le gouvernement prévoit de porter progressivement la capacité de transport ferroviaire à 13,7 millions de tonnes par an, renforçant ainsi la compétitivité du secteur minier, principal moteur de l’économie congolaise.

Kinshasa et Luanda renforcent leur coopération

En marge de la cérémonie, une rencontre bilatérale est également prévue entre João Lourenço et Félix Tshisekedi.

Les deux chefs d’État doivent examiner plusieurs dossiers d’intérêt commun ainsi que les perspectives d’approfondissement de la coopération entre l’Angola et la RDC.

Au-delà des infrastructures, cette visite s’inscrit dans une recomposition plus large des partenariats économiques de Kinshasa.

Le Corridor de Lobito figure désormais parmi les priorités soutenues par plusieurs partenaires internationaux, notamment les États-Unis, qui ont intégré la modernisation de l’axe Sakania-Lobito dans le partenariat stratégique conclu avec la RDC.

Un corridor au cœur de la compétition mondiale pour les minerais critiques

La visite de João Lourenço intervient dans un contexte mondial marqué par une compétition croissante autour des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques.

Les accords conclus entre Kinshasa et Washington en décembre 2025 ont placé le Corridor de Lobito au centre de cette nouvelle architecture économique.

Le partenariat prévoit notamment :

  • la sécurisation des chaînes d’approvisionnement en cobalt, cuivre et germanium ;

  • la création d’une Strategic Minerals Reserve (SMR) ;

  • le soutien à l’industrialisation locale des minerais ;

  • la modernisation des infrastructures d’exportation ;

  • le renforcement de la transparence dans la gestion du secteur minier.

Dans cette perspective, la signature attendue à Kinshasa dépasse le seul cadre des relations entre la RDC et l’Angola.

Elle s’inscrit dans une stratégie plus vaste visant à repositionner le pays comme un acteur incontournable des minerais stratégiques tout en accélérant son intégration aux grands corridors logistiques du continent.

Pour Kinshasa, l’enjeu est désormais de transformer ces engagements diplomatiques et financiers en infrastructures opérationnelles capables de réduire les coûts de transport, de stimuler la transformation locale des ressources et de renforcer la compétitivité de l’économie congolaise sur les marchés internationaux.

Shadary et Minaku enfin transférés à l’auditorat militaire après 200 jours d’opacité

C’est une séquence judiciaire longtemps attendue qui s’ouvre à Kinshasa. Après plus de 200 jours passés dans les geôles des services de sécurité, les autorités ont transféré ce jeudi 6 août les deux hauts responsables du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), Aubin Minaku et Emmanuel Ramazani Shadary, à l’auditorat militaire général. Ce déferrement ouvre enfin la phase judiciaire d’un dossier resté, jusqu’ici, entouré d’un quasi-silence.

En janvier 2026, des hommes armés, en tenue civile et en uniforme, ont arrêté les deux dirigeants à leurs domiciles de Kinshasa. Depuis cette interpellation, aucun juge ne les avait entendus. Leurs avocats dénoncent une détention prolongée sans contrôle judiciaire. De leur côté, plusieurs organisations de défense des droits humains s’inquiètent du respect des garanties fondamentales.

Une audition annoncée, une procédure qui soulève des questions

Selon une source proche du dossier, les autorités prévoyaient d’entendre les deux cadres du parti de Joseph Kabila ce jeudi. Finalement, elles ont reporté l’audition au vendredi 7 août à 10 heures. Elles voulaient ainsi éviter un attroupement de militants devant l’auditorat militaire, comme lors d’une précédente convocation.

Cependant, cette procédure continue de susciter des interrogations.

« On leur demande d’être là demain matin, à 10 heures, pour les mettre dans un véhicule et les amener là où ils seront interrogés », rapporte la même source.

Elle s’interroge ensuite : « Pour une audition censée être publique, pourquoi les conduire dans des espaces privés, alors que la justice officielle est censée se tenir dans les bâtiments de l’État ? »

Entre-temps, les autorités ont transféré le dossier du Conseil national de cyberdéfense (CNC) vers la justice militaire. Pourtant, elles n’ont toujours notifié aucune charge officielle aux deux responsables. Elles n’ont pas non plus présenté un calendrier précis de la procédure.

Les critiques se multiplient

L’opacité qui entoure cette affaire alimente de nombreuses réactions. Ainsi, l’opposant en exil Claudel André Lubaya a vivement critiqué la procédure dans une publication sur le réseau social X.

Il qualifie les arrestations « d’enlèvements nocturnes ». Selon lui, cette détention viole les principes de l’État de droit ainsi que les dispositions de la Constitution.

L’opposant affirme également que les autorités détiennent Aubin Minaku depuis le 18 janvier sans décision judiciaire rendue publique. Il soutient aussi que les services de sécurité l’ont privé de tout contact avec sa famille et ses avocats pendant plusieurs mois.

Par ailleurs, Claudel André Lubaya évoque le cas d’autres membres du PPRD, notamment Dunia Kilanga. D’après lui, ces derniers subissent les mêmes conditions de détention.

« Une démocratie ne peut tolérer que des citoyens soient ainsi relégués dans les angles morts de la justice », a-t-il martelé. Il appelle donc le président Félix Tshisekedi à mettre fin à ce qu’il considère comme des détentions arbitraires.

Un tournant judiciaire, mais encore de nombreuses zones d’ombre

Le transfert d’Emmanuel Ramazani Shadary et d’Aubin Minaku vers l’auditorat militaire général constitue un tournant dans cette affaire. En effet, ce dossier nourrit depuis plusieurs mois le débat politique en République démocratique du Congo.

Cette évolution intervient dans un contexte de fortes tensions entre le pouvoir de Félix Tshisekedi et les proches de Joseph Kabila. Par ailleurs, le ministère de l’Intérieur a suspendu les activités du PPRD.

Pour l’heure, les autorités judiciaires n’ont toujours pas précisé les infractions reprochées aux deux responsables. Elles n’ont pas davantage détaillé les prochaines étapes de la procédure.

L’audition prévue vendredi pourrait apporter les premiers éléments de réponse. Toutefois, de nombreuses zones d’ombre persistent. Comme le rappelle QuotInfo, « dans un État de droit, toute privation de liberté doit reposer sur des faits clairement établis et respecter les garanties judiciaires ». Faute de précisions, le soupçon d’une justice instrumentalisée à des fins politiques continuera d’alimenter le débat.

Alain Bolodjwa claque la porte de la Coalition Article 64 – « Je ne cautionne pas ce dialogue avec ceux qui bafouent la Constitution »

Ils étaient unis dans la rue, dressés contre ce qu’ils percevaient comme un coup de force constitutionnel. Mais la convergence des luttes a ses limites. Ce lundi, sur un espace X animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, la rupture a été consommée.. Alain Bolodjwa, figure de l’opposition radicale congolaise, a annoncé son retrait de la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64).

Un départ qui n’est pas un simple changement d’adresse militante. C’est un signal adressé à ceux qui, au sein de la plateforme, ont choisi la voie du dialogue avec le pouvoir de Kinshasa. Bolodjwa, lui, ne transige pas. Il est venu pour défendre la Constitution, pas pour négocier avec ceux qu’il accuse de la piétiner.

« L’environnement est devenu malsain » : les raisons d’un divorce

Dans une déclaration sans concession, Alain Bolodjwa a justifié son départ par un constat amer : la Coalition Article 64 aurait, selon lui, dérivé de sa mission originelle. La suspension des actions de mobilisation contre le projet de révision constitutionnelle, consécutive à l’annonce d’un dialogue national inclusif par le président Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase.

« Nous défendons l’idée selon laquelle on ne va pas indéfiniment continuer de faire des dialogues avec des gens qui posent des actes en violation de la loi et de la Constitution. J’ai tenté de mener ce combat en interne pour sensibiliser les uns et les autres par rapport à cet enjeu. Apparemment, l’environnement était devenu malsain. Pour permettre à nos amis de continuer dans leur combat que je considère légitime, je préfère ne pas être là, parce que cela risque d’apparaître comme une compromission. »

L’opposant, fidèle à sa réputation d’intransigeant, a martelé un message clair : il n’est pas venu quémander un compromis, mais défendre l’ordre constitutionnel. Et pour lui, la simple idée d’un dialogue avec un régime qu’il juge en infraction avec la Loi fondamentale est une trahison des principes qui ont fondé la coalition.

La stratégie contestée : le 12 juin, un rendez-vous manqué

Au-delà du dialogue, c’est toute la stratégie de la C64 que Bolodjwa remet en cause. L’opposant a vivement critiqué le « bicéphalisme » de certains sociétaires, qui insistaient sur une date symbolique – le 12 juin – pour une action dont il ne comprenait ni la pertinence ni l’urgence.

« J’avais posé la question : pourquoi le 12 juin, ça représente quoi, quel en est l’objectif ? Et pourtant, les gens savaient que l’Assemblée nationale allait examiner la loi en date du 8. Ça a vidé dans une certaine mesure la substance. »

Un constat d’échec tactique qui, conjugué à l’annonce du dialogue national, a convaincu Bolodjwa que la coalition avait perdu sa boussole. Il ne retrouve plus, dit-il, la philosophie de son parti politique dans la nouvelle démarche de la C64.

Le dialogue comme piège ? Les craintes de l’opposant

Pour Alain Bolodjwa, le dialogue national inclusif annoncé par le chef de l’État n’est qu’un leurre. Une manœuvre destinée à légitimer une révision constitutionnelle qu’il juge anticonstitutionnelle. En acceptant de suspendre leurs actions pour laisser place à des discussions, les leaders de la C64 auraient, selon lui, offert une victoire politique au régime.

Son départ est aussi un acte de lucidité : il refuse de cautionner un processus qui, à ses yeux, ne peut qu’entériner un changement de la Loi fondamentale. « Je ne suis pas venu pour quémander le dialogue, mais je suis venu pour défendre l’ordre constitutionnel », a-t-il répété, comme un mantra.

Une marche avortée et un calendrier sous tension

La rupture de Bolodjwa intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. À deux jours d’une marche qui devait exiger, entre autres, la démission du président Félix Tshisekedi pour « trahison de son serment constitutionnel », la C64 avait surpris son monde en annonçant le report de cette action. Motif invoqué : donner une chance au dialogue national, impulsé par les principales confessions religieuses après leur entretien avec le chef de l’État.

Mais la Cour constitutionnelle a depuis statué : la loi sur les référendums est conforme à la Constitution. Une décision qui a relancé la dynamique contestataire. La C64 a alors fixé un nouvel ultimatum au président : organiser un dialogue national inclusif d’ici le 15 août. Une date butoir qui pourrait bien être le prochain champ de bataille.

 La solitude de l’intransigeant

En quittant la Coalition Article 64, Alain Bolodjwa assume pleinement son isolement. Il se revendique comme celui qui, au sein de l’opposition congolaise, a le plus farouchement combattu le président Tshisekedi. Une fierté qui confine à l’obsession, mais qui témoigne d’une cohérence politique rare dans un paysage marqué par les compromis et les retournements.

Son départ, au-delà du simple fait divers politique, révèle les fractures profondes qui traversent l’opposition congolaise. Faut-il dialoguer avec un pouvoir accusé de dérive autoritaire ? Faut-il, au contraire, radicaliser la lutte dans la rue ? La C64 a choisi une voie médiane. Bolodjwa, lui, a choisi celle de l’intransigeance.

La question qui brûle les lèvres des observateurs est désormais celle-ci : le pari de la C64 – suspendre la mobilisation pour ouvrir un dialogue – paiera-t-il ? Ou bien la stratégie de Bolodjwa, celle du refus catégorique, s’avérera-t-elle, à terme, la plus prophétique ?

Une certitude demeure : la bataille pour la Constitution congolaise est loin d’être terminée. Et chaque départ, chaque rupture, redessine les lignes d’un affrontement qui, dans les prochains mois, pourrait bien connaître son dénouement. Car à Kinshasa comme à l’intérieur du pays, la question n’est plus de savoir si la Loi fondamentale sera révisée, mais à quel prix et au nom de quelle légitimité.

De Kinshasa à New York : le mois où la RDC a fait entendre sa voix au sommet de la diplomatie mondiale

Pendant trente-et-un jours, les regards de la communauté internationale se sont tournés vers la République démocratique du Congo. Du 1er au 31 juillet 2026, Kinshasa a occupé la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Une responsabilité que le pays n’avait plus exercée depuis plus de trois décennies.

À l’heure de transmettre le marteau de la présidence au Danemark, qui dirigera les travaux du Conseil durant le mois d’août, la RDC laisse derrière elle une empreinte diplomatique marquée par la défense du multilatéralisme, la promotion de la paix et la volonté de replacer les ressources naturelles au cœur des solutions aux conflits contemporains.

Plus qu’une simple rotation protocolaire, cette présidence a incarné le retour d’une diplomatie congolaise qui entend désormais peser davantage dans les grandes décisions internationales.

Une présidence portée par la paix, la justice et le multilatéralisme

Élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour le mandat 2026-2027 avec 184 voix sur 187, la RDC retrouvait, en janvier dernier, l’une des plus importantes enceintes diplomatiques du monde, après ses précédents mandats de 1982-1983 et de 1990-1991.

Placée sous la devise « Plus de paix, plus de justice, plus de développement, plus de multilatéralisme », la présidence congolaise s’est construite autour d’une conviction : les crises internationales ne peuvent être durablement résolues sans s’attaquer à leurs causes profondes.

Pays confronté depuis plusieurs décennies aux violences armées dans sa partie orientale, la RDC a mis son expérience au service des débats internationaux. Gouvernance responsable des ressources naturelles, protection des populations civiles, lutte contre l’impunité, justice transitionnelle, participation des femmes et des jeunes à la consolidation de la paix ou encore renforcement des partenariats avec l’Union africaine ont constitué les principaux piliers de son agenda.

Sous la conduite de l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations unies, le Conseil de sécurité a poursuivi l’examen des grandes crises mondiales, du Moyen-Orient au Soudan, en passant par Haïti, la Syrie, l’Ukraine et plusieurs autres foyers de tension.

Trois rendez-vous qui ont marqué la présidence congolaise

La diplomatie congolaise a surtout imprimé sa marque à travers trois rencontres de haut niveau.

Le 8 juillet, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé un débat consacré aux violences sexuelles liées aux conflits armés. Face au Conseil de sécurité, elle a appelé la communauté internationale à renforcer la protection des survivantes, à combattre l’impunité et à faire de la participation des femmes une réalité dans les processus de paix.

« La participation des femmes ne peut pas être symbolique. Elle doit leur donner un pouvoir réel d’influencer les décisions », avait-elle déclaré devant les membres du Conseil.

Quelques jours plus tard, le 13 juillet, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présidé une réunion selon la formule Arria consacrée aux liens entre ressources naturelles, conflits et paix. Cette réflexion a préparé le grand débat public organisé le 22 juillet, consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité.

À cette occasion, la cheffe de la diplomatie congolaise a plaidé pour une nouvelle approche internationale.

« Le XXIᵉ siècle est celui des minerais critiques, de l’eau, des forêts, de l’énergie et de la biodiversité. La question est de savoir si ces ressources serviront la prospérité ou continueront d’alimenter les conflits », a-t-elle affirmé.

La RDC y a défendu le renforcement des mécanismes de traçabilité des minerais stratégiques et une gouvernance mondiale plus responsable des ressources naturelles.

Une voix africaine portée au cœur des grandes décisions internationales

Au-delà de ces initiatives, la présidence congolaise s’est attachée à promouvoir une diplomatie préventive fondée sur le dialogue, la médiation et le règlement pacifique des différends.

Lors d’un débat consacré à la prévention des conflits, Thérèse Kayikwamba Wagner a rappelé que la crédibilité du Conseil de sécurité dépend avant tout de la mise en œuvre effective de ses résolutions. Prenant l’exemple de la résolution 2773 sur la RDC, elle a insisté sur la nécessité de faire respecter les engagements relatifs au retrait des forces étrangères, à la fin du soutien aux groupes armés et au respect de la souveraineté des États.

Tout au long du mois, Kinshasa a également fait entendre la voix de l’Afrique au sein du groupe des A3, aux côtés du Libéria et de la Somalie, en plaidant pour une approche plus équilibrée des crises internationales, fondée sur le droit international, la coopération et la responsabilité collective.

Parallèlement, la ministre des Affaires étrangères a rencontré plusieurs candidats à la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies, tandis que le président du Conseil de sécurité, Zénon Mukongo Ngay, a supervisé le premier vote indicatif (straw poll) de ce processus de désignation.

Le mois où la RDC a changé de stature diplomatique

En refermant ce chapitre, la République démocratique du Congo ne se contente pas d’avoir assuré la présidence tournante d’une institution internationale. Elle aura utilisé cette tribune pour porter ses priorités, défendre les intérêts du continent africain et proposer une lecture nouvelle des défis sécuritaires mondiaux, fondée sur la prévention, la justice et la gouvernance responsable des ressources naturelles.

Le passage du relais au Danemark marque ainsi la fin d’un mois de présidence, mais non celle de l’engagement congolais. Membre non permanent jusqu’en décembre 2027, la RDC continuera de siéger au Conseil de sécurité avant d’en reprendre la présidence en novembre 2027. D’ici là, ce mois de juillet 2026 restera comme celui où Kinshasa a démontré que son expérience des crises pouvait aussi devenir une force de proposition au service de la paix internationale.

RDC-Rwanda : la MONUSCO se désolidarise du retour de 39 personnes expulsées par Kigali

Le retour de 39 personnes en République démocratique du Congo, mercredi 29 juillet, n’aura pas seulement marqué un nouveau mouvement à la frontière entre Goma et Gisenyi. En quelques heures, cette opération est devenue un nouvel épisode de la guerre des récits qui oppose Kinshasa, Kigali et les acteurs du conflit dans l’Est congolais.

Alors que les personnes rapatriées contestent avoir appartenu aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a tenu à prendre publiquement ses distances. Dans un communiqué publié jeudi, la mission onusienne affirme n’avoir été associée « à aucun titre » à cette opération, tout en rappelant les règles qui encadrent son programme de rapatriement des ex-combattants étrangers.

La MONUSCO clarifie son rôle et défend son programme de rapatriement

Face aux nombreuses interrogations suscitées par cette opération, la MONUSCO insiste sur un point : si les 39 personnes avaient bien été, par le passé, rapatriées au Rwanda dans le cadre de son programme de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réintégration et Réinstallation (DDRRR), elle n’a en revanche participé ni à leur transfert vers la RDC, ni à leur remise aux autorités congolaises.

La mission rappelle que son mandat, confié par le Conseil de sécurité des Nations unies, repose sur le principe du désarmement volontaire des combattants étrangers présents en RDC. Chaque rapatriement fait l’objet d’un processus de vérification rigoureux, au terme duquel les dossiers sont transmis à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC), seule habilitée à donner son approbation avant le départ vers le Rwanda.

Par cette mise au point, la MONUSCO affirme vouloir préserver « l’indépendance, l’intégrité et la transparence » de son programme, dans un contexte où chaque opération liée aux groupes armés fait désormais l’objet d’une forte bataille politique et diplomatique.

Des rapatriés qui contestent leur identité de combattants FDLR

Les 39 personnes ont franchi la frontière au poste de la Grande Barrière, entre Goma et Gisenyi, après plusieurs mois passés au centre de Mutobo, au Rwanda. À leur arrivée, elles ont été accueillies par le maire de Goma installé par l’AFC/M23, Désiré Ngabo Kisuba.

Interrogés après leur retour, plusieurs rapatriés affirment être des citoyens congolais, principalement originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru. Tous rejettent leur présentation comme membres des FDLR, soutenant qu’ils auraient été convaincus d’accepter cette qualification avant leur transfert vers le Rwanda.

Ces déclarations ont rapidement alimenté la controverse.

Le porte-parole adjoint de l’AFC/M23, Oscar Balinda, accuse la MONUSCO et le gouvernement congolais d’avoir présenté ces personnes comme des combattants FDLR alors qu’elles seraient, selon lui, exclusivement des ressortissants congolais. Il affirme que les autorités rwandaises auraient elles-mêmes vérifié leur identité avant de conclure qu’elles ne relevaient pas du processus de rapatriement réservé aux anciens combattants rwandais.

Une nouvelle polémique au cœur des tensions entre Kinshasa et Kigali

Cette affaire intervient dans un climat diplomatique déjà extrêmement tendu. Quelques jours plus tôt, Kinshasa annonçait avoir conclu un protocole portant sur le désarmement et la démobilisation des FDLR, une initiative immédiatement rejetée par Kigali, qui estime qu’elle s’écarte des engagements prévus dans les accords de Washington signés le 4 décembre 2025.

La présence des FDLR demeure l’un des principaux points de friction entre les deux pays. Pour le Rwanda, ce groupe armé, composé à l’origine d’anciens responsables du génocide de 1994, constitue une menace sécuritaire majeure. De son côté, la RDC accuse régulièrement Kigali de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, qui contrôlent plusieurs zones dans l’est du pays.

Dans ce contexte explosif, le retour de ces 39 personnes dépasse largement le simple cadre d’une opération de rapatriement. Il ravive les accusations croisées, nourrit les soupçons entre les différentes parties et rappelle combien chaque dossier lié aux FDLR est devenu un enjeu diplomatique de premier ordre. Pendant que les versions s’opposent et que les responsabilités se renvoient d’une capitale à l’autre, la recherche d’une solution durable au conflit continue, elle, de se heurter aux profondes fractures qui minent encore la région des Grands Lacs.

Accord avec les FDLR : Kigali dénonce une « manipulation » de Kinshasa et ravive les tensions autour des accords de Washington

À peine annoncé par Kinshasa, le protocole d’engagement en faveur du désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) fait déjà voler en éclats l’élan diplomatique né des accords de Washington. Présentée par le gouvernement congolais comme une avancée majeure dans la mise en œuvre de ses engagements sécuritaires, cette initiative est catégoriquement rejetée par Kigali, qui y voit une entorse aux accords de paix conclus sous la médiation des États-Unis.

Derrière cette nouvelle passe d’armes diplomatique se dessine une réalité plus complexe : un processus de paix toujours fragile, des interprétations opposées des engagements signés et une crise sécuritaire qui continue d’embraser l’est de la République démocratique du Congo.

Kinshasa mise sur le désarmement, Kigali exige la neutralisation des FDLR

Selon les autorités congolaises, les FDLR ont signé un protocole portant sur leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement. Le document prévoit, en principe, que les combattants rejoignent des sites dédiés dans le cadre d’un processus encadré, à condition de bénéficier de garanties sécuritaires et de ne pas être extradés de force vers le Rwanda.

Toutefois, plusieurs zones d’ombre subsistent. Le protocole ne précise ni le nombre de combattants concernés, ni les lieux de cantonnement, ni le calendrier de mise en œuvre, pas plus qu’il n’indique si certains membres du groupe armé ont déjà déposé les armes.

Pour Kinshasa, cette démarche s’inscrit pleinement dans les engagements pris dans le cadre du Concept des opérations (CONOPS), élaboré en application des accords de Washington. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, estime qu’elle constitue une étape importante vers le rétablissement de la sécurité dans l’est du pays.

Les FDLR occupent en effet une place centrale dans l’accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda. Celui-ci prévoit la neutralisation du mouvement armé en contrepartie du désengagement des forces rwandaises déployées sur le territoire congolais.

Le Rwanda rejette le protocole et accuse Kinshasa de contourner ses obligations

À Kigali, la réaction n’a pas tardé. Sur son compte X, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a rejeté le protocole avec fermeté, estimant qu’il n’a aucun fondement juridique dans les accords de Washington.

« La signature de ce prétendu protocole entre le père (le gouvernement congolais), le fils (les FDLR) et le mauvais esprit (l’idéologie du génocide) n’est en rien conforme aux accords de Washington », a-t-il déclaré.

Pour le chef de la diplomatie rwandaise, les FDLR ne sont pas signataires de l’accord de paix mais en constituent l’objet principal. Selon lui, le texte conclu sous médiation américaine prévoit leur neutralisation, et non l’ouverture de négociations avec ce groupe armé.

Olivier Nduhungirehe accuse également Kinshasa de chercher à gagner du temps afin d’échapper aux obligations prévues par le CONOPS et son Ordre opérationnel (OPORD), qui devaient, selon lui, être exécutées dans un délai de 90 jours.

Le ministre rwandais va plus loin en affirmant que, depuis la signature des accords de Washington en décembre 2025, les autorités congolaises auraient renforcé leur soutien militaire aux FDLR et facilité leur structuration politique en s’appuyant sur plusieurs personnalités rwandaises vivant en Europe. Des accusations que la RDC rejette régulièrement.

Une paix encore fragile malgré les engagements internationaux

Cette nouvelle controverse intervient alors que l’accord de Washington peine toujours à produire les effets attendus sur le terrain. Malgré les engagements pris par Kinshasa et Kigali, les affrontements persistent dans l’est de la RDC, tandis que les accusations de soutien aux groupes armés continuent d’alimenter la méfiance entre les deux voisins.

Le Rwanda accuse depuis plusieurs années la RDC de collaborer avec les FDLR, un groupe créé par des combattants hutus, dont certains sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. À l’inverse, Kinshasa continue d’accuser Kigali de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, présents dans plusieurs territoires de l’est du pays.

Face à cette impasse, les efforts diplomatiques se poursuivent. Au nom de l’Union africaine, le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, mène une mission de médiation destinée à rapprocher les positions des deux États. De son côté, Washington, par l’intermédiaire de Massad Boulos, continue d’exhorter les deux parties à respecter les engagements souscrits dans le cadre des accords de paix.

Mais sur le terrain, les populations civiles restent les premières victimes d’un conflit qui ne cesse de se prolonger, tandis que la situation humanitaire demeure alarmante.

Le protocole signé avec les FDLR ouvrira-t-il réellement la voie au désarmement du groupe armé et au retrait des forces rwandaises, ou ne fera-t-il qu’accentuer les divergences entre Kinshasa et Kigali, au risque de compromettre davantage la mise en œuvre des accords de Washington ?