C64 : Fayulu, Katumbi, Kabund, Matata et Sesanga reportent leur marche après une invitation du président de l’Union africaine

La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) revoit son calendrier. Alors qu’elle préparait une grande manifestation devant le Palais de la Nation, la plateforme de l’opposition a annoncé, ce vendredi 3 juillet, le report de cette mobilisation au 22 juillet 2026, privilégiant une initiative diplomatique portée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine.

Dans un communiqué signé par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, les cinq principales figures de la coalition expliquent avoir été invitées à participer à des consultations consacrées à la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la République démocratique du Congo.

La C64 privilégie le dialogue avant la mobilisation

La coalition affirme avoir accepté cette invitation « dans un esprit de responsabilité », estimant que cette démarche peut contribuer à la préservation de l’ordre constitutionnel.

Selon le communiqué, les dirigeants de la C64 entendent exposer devant le président de l’Union africaine « avec clarté et fermeté » leurs préoccupations concernant l’évolution de la situation politique en RDC ainsi que les risques qu’ils estiment peser sur la démocratie et les institutions du pays.

Ce choix marque une pause dans la stratégie de mobilisation engagée par l’opposition, qui avait laissé entendre ces derniers jours qu’un report de la manifestation initialement envisagée au début du mois de juillet restait possible afin de tenir compte des initiatives diplomatiques en cours.

Une manifestation maintenue pour le 22 juillet

Si la marche est reportée, elle n’est pas annulée. La Coalition Article 64 confirme qu’elle se tiendra finalement le mercredi 22 juillet 2026 devant le Palais de la Nation.

La plateforme invite également ses structures implantées dans les provinces ainsi que les communautés congolaises de la diaspora à organiser, à la même date, des marches pacifiques de solidarité, dans le respect des législations en vigueur dans leurs pays ou provinces respectifs.

En conclusion, la coalition appelle les Congolais à rester « mobilisés, vigilants et unis », réaffirmant que la défense de la Constitution demeure, selon elle, « une responsabilité collective ».

Ce report intervient quelques jours après la visite à Kinshasa du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui avait rencontré le président Félix Tshisekedi dans le cadre des efforts régionaux visant à favoriser un dialogue autour de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo.

Kinshasa : Cyril Ramaphosa esquive la question xénophobe

Les violences xénophobes qui secouent l’Afrique du Sud se sont invitées au cœur de la rencontre entre Félix Tshisekedi et Cyril Ramaphosa, ce jeudi 2 juillet à Kinshasa. Face aux inquiétudes exprimées par son homologue congolais au sujet des attaques visant plusieurs ressortissants africains, le président sud-africain a défendu une approche fondée sur la coopération continentale, tout en reconnaissant les défis auxquels son pays est confronté.

Cette séquence diplomatique intervient alors que les tensions autour de la question migratoire continuent de susciter l’émotion dans plusieurs pays africains, notamment en République démocratique du Congo.

Tshisekedi appelle à une gestion plus humaine de la crise

Devant son invité, Félix Tshisekedi a rappelé que chaque État est libre de définir sa politique migratoire. Mais, selon lui, cette souveraineté ne doit jamais se faire au détriment de la dignité humaine.

Le président congolais a plaidé pour une gestion « avec humanité, responsabilité et retenue », appelant à protéger les droits fondamentaux des personnes concernées tout en préservant les valeurs de solidarité qui fondent les relations entre les peuples africains.

Son intervention intervient dans un contexte marqué par les actions du mouvement Operation Dudula, qui réclame le départ des étrangers en situation irrégulière et dont les campagnes ont été suivies de nombreux actes de violences, de pillages et d’agressions contre des migrants.

Ramaphosa mise sur une coopération entre États africains

En réponse, Cyril Ramaphosa a estimé que la question migratoire dépasse les frontières nationales.

« La question de la migration ne peut pas être gérée par un seul pays. Nous devons travailler ensemble en tant que pays africains pour résoudre cette question », a déclaré le président sud-africain.

Reconnaissant les difficultés rencontrées par son pays, il a également insisté sur la nécessité de garantir le respect des droits des ressortissants étrangers vivant en Afrique du Sud.

Le chef de l’État sud-africain a évoqué plusieurs pistes de travail, notamment un dialogue renforcé entre les pays concernés, des campagnes de sensibilisation ainsi qu’une meilleure gestion des documents d’identité afin de concilier sécurité et protection des droits des migrants.

En revanche, aucune annonce concrète n’a été faite concernant de nouvelles mesures destinées à renforcer immédiatement la protection des étrangers ou à accélérer les poursuites contre les auteurs des violences.

Une question migratoire qui pèse sur les relations régionales

La RDC suit avec une attention particulière l’évolution de la situation en Afrique du Sud, où réside une importante communauté congolaise.

Ces dernières semaines, plusieurs ressortissants africains, notamment originaires de la région des Grands Lacs, ont été victimes d’agressions et d’expulsions forcées dans certains townships, ravivant les inquiétudes sur la sécurité des migrants.

Si la rencontre de Kinshasa a permis aux deux chefs d’État d’afficher leur volonté de poursuivre le dialogue, elle rappelle également que la gestion des migrations et la lutte contre la xénophobie demeurent parmi les défis les plus sensibles auxquels le continent africain est aujourd’hui confronté.

30 juin 1960 : quand Lumumba flinguait le colonialisme en direct devant le roi Baudouin

Ce 30 juin 1960, le protocole avait tout prévu. La cérémonie devait suivre un déroulement parfaitement maîtrisé. Les autorités avaient programmé des discours convenus, des poignées de main solennelles et des échanges protocolaires.

Patrice Lumumba en décida autrement. Premier ministre du Congo tout juste indépendant, il bouleversa le scénario. Devant le roi Baudouin, les dignitaires belges et les représentants du jeune État, il déchira le voile des convenances. Il rappela la violence de la colonisation. Sa voix grave porta un réquisitoire implacable. La salle applaudit longuement. En revanche, le souverain belge et son entourage restèrent figés.

« Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte que l’indépendance a été conquise », lança-t-il. Pour lui, personne n’avait offert cette indépendance. Le peuple congolais l’avait conquise au prix de lourds sacrifices. Dès les premiers mots, Lumumba donna le ton. Cette journée marquait la fin d’un monde et le début d’une revanche historique.

« Nous avons souffert, mais tout cela est désormais fini »

Le Premier ministre ménagea rarement son auditoire. Il rappela le long calvaire du peuple congolais sous la domination belge. Il évoqua le travail forcé, les salaires de misère, les insultes, les coups, le tutoiement imposé, les terres spoliées, la justice inégalitaire, les fusillades et les cachots.

« Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. »

Un profond souffle de libération parcourut alors l’assistance.

Lumumba ne se limita pas à dénoncer le passé. Il dessina aussi l’avenir. Il promit une justice sociale, des lois plus justes, la garantie des libertés fondamentales et la fin des discriminations.

« Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté », affirma-t-il. Il rêvait d’un Congo fort, capable de devenir le « centre de l’Afrique tout entière ».

Une souveraineté sans concession

Sur le plan international, Lumumba adopta une ligne claire. Il salua la décision de la Belgique de ne pas empêcher l’indépendance. Cependant, il fixa immédiatement les limites de la coopération.

Le Congo accepterait les partenariats étrangers uniquement lorsqu’ils respecteraient sa souveraineté. Aucun pays ne pourrait lui imposer sa politique. Il souhaitait bâtir une relation fondée sur un traité entre États libres, égaux et indépendants.

À l’intérieur du pays, il appela également à l’unité nationale. Il dénonça les divisions tribales qui affaiblissaient le Congo et nuisaient à son image à l’étranger.

Dans le même temps, il tendit la main à l’opposition. Il demanda aussi le respect des étrangers. Toutefois, il avertit que les autorités expulseraient ceux dont le comportement porterait atteinte aux intérêts du pays.

Son message tenait en une conviction forte : « Un gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. »

Un discours devenu un symbole de l’indépendance

Lumumba conclut son intervention par un hommage aux combattants de la liberté nationale.

« Hommage aux combattants de la liberté nationale ! Vive le Congo indépendant et souverain ! »

La salle lui réserva une longue ovation. Pourtant, son destin bascula quelques mois plus tard. Des adversaires l’assassinèrent avec la complicité présumée de la Belgique et des États-Unis.

Depuis, ce discours dépasse le simple cadre de l’indépendance. Il symbolise la naissance d’une nation. Il nourrit aussi une mémoire où se mêlent fierté, douleur et résistance.

Aujourd’hui encore, alors que la RDC célèbre ses 66 ans d’indépendance, les paroles de Lumumba continuent de résonner. Elles rappellent l’importance de la dignité, de l’unité nationale et d’une souveraineté pleinement assumée. Ce combat reste plus actuel que jamais.

Francophonie : quatre candidats, un fauteuil, et des tensions diplomatiques en toile de fond

Ce mardi 30 juin, les salons du ministère français des Affaires étrangères à Paris accueillent une première dans l’histoire de la Francophonie. Pour la première fois depuis la création de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il y a 56 ans, les ministres des 53 États membres de plein droit auditionnent publiquement les quatre candidats au poste de secrétaire général.

Cette évolution découle de la réforme institutionnelle adoptée en mars 2022. Désormais, chaque candidat doit répondre à un appel à candidatures, déposer un programme six mois avant le sommet électif et présenter sa vision stratégique lors d’une audition publique.

Chaque postulant dispose de 45 minutes. Il consacre 20 minutes à son projet, échange ensuite pendant 20 minutes avec les délégations, puis bénéficie de cinq minutes de transition. L’ordre alphabétique rythme cette journée, présidée par le vice-Premier ministre cambodgien Prak Sokhonn. Son pays accueillera le Sommet de Phnom Penh le 16 novembre prochain. Derrière le protocole, les États membres arbitrent pourtant des enjeux géopolitiques majeurs.

Louise Mushikiwabo défend son bilan

Arrivée en 2019, la Rwandaise Louise Mushikiwabo brigue un troisième mandat. Elle met en avant la modernisation de l’institution, le virage numérique, le soutien à l’entrepreneuriat francophone et une présence renforcée dans les économies émergentes.

Elle défend une Francophonie « réformée mais stable ». Selon elle, l’organisation a traversé les crises sans perdre son identité. Toutefois, son mandat reste marqué par les tensions entre le Rwanda et la RDC. Kinshasa lui reproche régulièrement sa proximité avec Kigali, accusé de soutenir la rébellion du M23 dans l’Est du Congo. Ce contexte pourrait influencer les délibérations.

Juliana Lumumba veut refonder la Francophonie

L’ancienne ministre congolaise Juliana Lumumba incarne une rupture. Elle place sa campagne sous le signe de la « refondation profonde ». Son projet vise une Francophonie plus proche des peuples, des sociétés civiles et des jeunes. Ces derniers représentent aujourd’hui la majorité des 396 millions de francophones.

Elle souhaite également rééquilibrer la gouvernance de l’organisation en faveur de l’Afrique. En effet, le continent concentre désormais le plus grand nombre de locuteurs francophones. Son message trouve donc un écho dans un contexte où l’Afrique revendique davantage de reconnaissance sur les plans démographique, culturel et politique.

Coumba Ba et Dacian Cioloș proposent deux approches différentes

La Mauritanienne Coumba Ba mise sur son expérience diplomatique et sa connaissance des dossiers africains. Elle privilégie le consensus et le dialogue. Son ambition consiste à faire de la Mauritanie un trait d’union entre les différentes sensibilités de l’espace francophone.

De son côté, l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș est le seul candidat non africain. Il apporte un profil européen et technique. Fort de son expérience à la Commission européenne, il défend une Francophonie tournée vers l’innovation économique, les partenariats internationaux et le renforcement du français comme langue d’affaires.

Une élection sous l’ombre des tensions entre la RDC et le Rwanda

La compétition se déroule dans un climat diplomatique particulièrement tendu. La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC continue d’alimenter les débats. Plusieurs États accusent le Rwanda de soutenir la rébellion du M23. Cette situation plane sur les auditions.

Plusieurs capitales francophones appellent à un choix capable de préserver l’unité de l’organisation. Elles espèrent également que l’élection contribuera à apaiser les rivalités régionales.

Le 16 novembre, les chefs d’État et de gouvernement réunis à Phnom Penh désigneront le ou la future secrétaire générale pour le mandat 2027-2030. Cette personnalité devra incarner une Francophonie en pleine mutation. Elle devra aussi concilier héritage diplomatique, modernité et nouvelles ambitions. En attendant, cette journée parisienne fait déjà entrer l’OIF dans une nouvelle ère. Elle marque l’avènement d’une compétition plus transparente et plus ouverte.

Lettre de Denis Mukwege à Félix Tshisekedi : un réquisitoire sans concession contre sa gouvernance

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a choisi de s’adresser directement au président Félix Tshisekedi. Dans une lettre au ton particulièrement ferme, le Prix Nobel de la Paix passe au crible près de sept années de gouvernance et dénonce une série de choix politiques, diplomatiques et sécuritaires qui, selon lui, ont conduit le pays dans une impasse.

S’il rappelle avoir accueilli avec espoir l’alternance politique après le départ de Joseph Kabila, le gynécologue congolais estime aujourd’hui que ces attentes ont été profondément déçues.

Mukwege énumère les promesses non tenues de Félix Tshisekedi

Dès les premières lignes de sa lettre, Denis Mukwege revient sur les engagements pris par Félix Tshisekedi au début de son mandat. Il cite notamment la création d’un Tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes documentés dans le Rapport Mapping des Nations unies, un projet qui, selon lui, n’a jamais vu le jour malgré les promesses présidentielles.

Le Prix Nobel critique également l’instauration de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu. À ses yeux, le choix de confier ces provinces à des gouverneurs militaires dont certains sont mentionnés dans le Rapport Mapping ne pouvait produire les résultats espérés.

Il reproche aussi au chef de l’État d’avoir privilégié des accords sécuritaires avec des pays voisins, notamment le Burundi et l’Ouganda, estimant que cette stratégie d’externalisation de la sécurité nationale s’est révélée contre-productive.

Le M23, l’EAC et les processus de paix au cœur des critiques

Pour Denis Mukwege, les erreurs de gouvernance ont favorisé le retour du M23 et compliqué davantage la recherche d’une solution durable à la crise dans l’est du pays.

Il accuse le pouvoir d’avoir multiplié les initiatives diplomatiques sans véritable coordination, évoquant les processus de l’EAC, de la SADC, de l’Union africaine, de Luanda, de Doha et de Washington. Selon lui, cette succession de cadres de négociation a davantage entretenu la confusion qu’elle n’a permis de rétablir la paix.

Le Prix Nobel critique également l’adhésion de la RDC à la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), estimant que plusieurs États membres défendent avant tout leurs intérêts économiques et géostratégiques plutôt que la protection des populations civiles congolaises.

Il estime en outre que le processus de Nairobi, puis celui de Doha, ont contribué à présenter la crise dans l’Est comme un conflit interne, alors qu’il considère qu’il s’agit avant tout d’une agression extérieure.

« Une impasse politique, diplomatique et sécuritaire »

Denis Mukwege revient aussi sur la pression exercée contre la MONUSCO pour accélérer son retrait de l’est de la RDC. Une position qu’il juge préoccupante et qui l’amène à s’interroger sur les intérêts réellement défendus par les autorités congolaises.

Enfin, il regrette l’abandon des réformes prévues dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, notamment la restructuration des FARDC. Selon lui, l’absence de réforme profonde de l’appareil sécuritaire a considérablement aggravé la crise.

« Votre incapacité à restructurer les FARDC et l’échec de votre gouvernance sécuritaire ont en grande partie contribué au pourrissement de la situation, plongeant le pays dans une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent et conduisant largement la RDC dans une impasse politique et diplomatique », écrit-il.

Par cette lettre, Denis Mukwege livre l’une des critiques les plus sévères formulées contre le pouvoir de Félix Tshisekedi depuis le début de son mandat. Un texte qui relance le débat sur le bilan du chef de l’État en matière de gouvernance, de sécurité et de diplomatie, alors que la situation dans l’est du pays demeure particulièrement préoccupante.

66 ans d’indépendance : Tshisekedi tend la main à l’opposition mais prévient – « La Constitution n’est pas un objet de convenance »

Ce 30 juin 2026, la République démocratique du Congo souffle ses 66 bougies. Et pour la première fois depuis longtemps, le discours présidentiel n’a pas été qu’une litanie commémorative. Devant une Nation marquée par les guerres à l’Est, les tensions politiques et les débats enflammés sur l’avenir de la Loi fondamentale, Félix Tshisekedi a choisi la double posture : celle du père rassembleur et du gardien inflexible du temple institutionnel.

« Mes très chers compatriotes, soixante-six ans après l’indépendance, la République démocratique du Congo demeure debout. Debout malgré les guerres, les convoitises, les blessures de l’histoire », a-t-il lancé, saluant la résilience d’un peuple qui, selon lui, n’a jamais renoncé à sa dignité. Mais très vite, le ton s’est durci : l’indépendance politique, a-t-il rappelé, n’est qu’une étape. « Notre devoir, désormais, est d’en faire une souveraineté pleinement vécue, concrète et irréversible », a-t-il martelé.

Sécurité à l’Est : « Votre douleur est celle de toute la République »

Le Chef de l’État n’a pas éludé le drame qui ensanglante les provinces orientales. Il a adressé un message personnel aux familles endeuillées du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Tanganyika, du Maniema. « Vous n’êtes pas oubliés. Votre douleur est celle de toute la République, et votre sécurité demeure une priorité absolue de mon action », a-t-il promis, alors que les affrontements avec l’AFC/M23 – soutenu par le Rwanda – et les ADF continuent de faire des milliers de déplacés. Une déclaration qui sonne comme un engagement, mais que les observateurs attendent désormais de voir se concrétiser sur le terrain, alors que les initiatives diplomatiques peinent à produire des effets tangibles.

Constitution : le débat est ouvert, mais pas à n’importe quel prix

C’est sur le terrain politique que le discours a pris toute sa saveur. Alors que le pays est coupé en deux camps : la Coalition Article 64 (C64), qui défend l’ordre constitutionnel actuel, et la Coalition pour le Changement de la Constitution (C4), qui réclame des réformes, Tshisekedi a joué l’équilibriste. Il a reconnu la légitimité du débat – « le désaccord est naturel, la contradiction est utile » – mais a immédiatement posé ses limites.

« Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous ; aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République », a-t-il averti. Et d’ajouter, en écho aux rumeurs de révision constitutionnelle : « La Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance. En débattre exige sérénité, rigueur, transparence et un sens élevé de l’intérêt général. »

Une manière de calmer les ardeurs des uns sans braquer les autres, tout en rappelant son rôle de « garant de la Nation », chargé d’écouter, d’apaiser, mais aussi de clarifier quand cela s’impose.

« Pays solutions » : le pari des ressources critiques

Sur le plan économique, le Président a esquissé une vision ambitieuse. Fort de ses gisements de cobalt, de cuivre, de coltan ou de lithium, la RDC n’est plus, selon lui, perçue comme un « territoire de crises », mais comme un « pays solutions » sur la scène internationale. Une repositionnement stratégique qui, espère-t-il, permettra de transformer les richesses du sous-sol en levier de développement durable – à condition, a-t-il sous-entendu, que l’unité nationale et la culture du travail remplacent la résignation et la division.

« Ce Congo ne se construira ni par la résignation, ni par la division, ni par l’attente passive. Il se construira par le travail, la discipline, l’unité, la probité et le sursaut patriotique », a-t-il conclu, sur un ton solennel, avant de souhaiter une bonne fête à tous les Congolais. Reste à savoir si ce message de fermeté et d’ouverture parviendra à apaiser les esprits, ou si la bataille autour de la Constitution ne fait que commencer. Une chose est sûre : le chef de l’État a posé ses marqueurs, et la balle est désormais dans le camp des forces politiques.

Passeport confisqué à Delly Sesanga : Jean-Marc Kabund dénonce une « grave violation des droits fondamentaux »

La confiscation du passeport de Delly Sesanga continue de provoquer une vague d’indignation au sein de l’opposition congolaise. Dans une déclaration publiée sur son compte X ce lundi 29 juin, Jean-Marc Kabund est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une nouvelle dérive des autorités congolaises à l’encontre des opposants politiques.

Le haut cadre de la coalition C64 estime que cette décision porte gravement atteinte aux libertés fondamentales et s’inscrit dans une stratégie de répression visant les voix critiques du régime.

Jean-Marc Kabund dénonce une entrave à la liberté de mouvement

Pour l’ancien président de l’UDPS, empêcher Delly Sesanga de quitter le territoire afin de recevoir des soins médicaux constitue une violation inacceptable de ses droits.

« Empêcher Delly Sesanga d’exercer sa liberté de mouvement et de se rendre à l’étranger pour recevoir les soins nécessités par les blessures par balles qu’il a subies lors de la répression sanglante du sit-in constitue une grave violation des droits fondamentaux. Après l’avoir grièvement blessé, le priver de soins appropriés est inhumain et inacceptable », a-t-il déclaré.

Selon Jean-Marc Kabund, cette affaire dépasse le seul cas de Delly Sesanga et illustre une dégradation inquiétante de l’État de droit en République démocratique du Congo.

« Le combat contre la tyrannie est un devoir patriotique »

Dans son message, le leader politique affirme que cette situation confirme, selon lui, une dérive autoritaire du pouvoir.

« Cette dérive confirme que le combat contre la tyrannie dans notre pays n’est plus une option, mais un devoir patriotique pour sauver notre démocratie et l’État de droit », a-t-il ajouté.

À travers cette prise de position, Jean-Marc Kabund invite les forces politiques, les organisations de la société civile et les citoyens à rester mobilisés face à ce qu’il qualifie de violations répétées des libertés publiques.

Un appel lancé aux partenaires internationaux de la RDC

L’opposant congolais s’adresse également aux partenaires internationaux de la République démocratique du Congo. Il exhorte notamment les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine ainsi que les organisations engagées dans la défense de la démocratie et des droits humains à réagir.

« Nous appelons les partenaires de la RDC – les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine, ainsi que toutes les organisations attachées à la démocratie et aux droits humains – à prendre la pleine mesure de ces violations répétées et à en tirer toutes les conséquences », a-t-il déclaré.

Cette nouvelle sortie de Jean-Marc Kabund intervient alors que la confiscation du passeport de Delly Sesanga alimente un vif débat politique et ravive les inquiétudes sur le respect des libertés fondamentales en RDC.

Sénat RDC : Sama Lukonde convoque une session extraordinaire, 25 dossiers stratégiques au programme

Le Parlement congolais s’apprête à entrer dans une séquence législative particulièrement intense. À la demande du Gouvernement, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a signé, le 25 juin 2026, la décision convoquant une session extraordinaire à partir de ce vendredi 26 juin. Une initiative qui intervient dans un contexte marqué par l’urgence d’examiner plusieurs réformes économiques, sécuritaires et institutionnelles considérées comme prioritaires pour le pays.

Au total, vingt-cinq matières figurent à l’ordre du jour de cette session exceptionnelle. Derrière ces textes se dessinent des enjeux majeurs : relance économique, modernisation des infrastructures, sécurité nationale, création d’emplois, attractivité des investissements et financement de grands projets structurants.

Des réformes stratégiques pour accélérer la transformation du pays

Cette session extraordinaire sera dominée par l’examen de plusieurs projets de loi jugés essentiels pour la mise en œuvre du programme gouvernemental.

Les parlementaires devront notamment se prononcer sur le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, le régime fiscal et pénal applicable aux jeux d’argent et de hasard, le projet de loi sur le contenu local ainsi que la révision de la législation sur la sous-traitance dans le secteur privé.

Les débats porteront également sur le développement du site hydroélectrique de Grand Inga, la programmation militaire pour la période 2027-2030, le financement du programme présidentiel « Debout – Jeunes Congolais », le statut des anciens combattants et la prorogation de l’état de siège dans certaines provinces de l’est du pays.

À ces réformes s’ajoutent plusieurs textes relatifs à la recherche scientifique, aux marchés boursiers, à la pêche, à l’aquaculture, aux zones économiques spéciales ainsi qu’à la création d’un fonds souverain.

Des accords internationaux au cœur des débats

Au-delà des réformes internes, cette session sera également consacrée à l’examen de plusieurs accords de coopération et de financement conclus avec des partenaires internationaux.

Les élus devront notamment autoriser la ratification d’un accord de coopération sécuritaire avec la Turquie, la création de la Banque de développement Shelter Afrique, ainsi que plusieurs conventions de prêts destinées au financement de projets d’infrastructures.

Parmi les dossiers les plus attendus figurent le financement de la modernisation de l’aéroport de Luano à Lubumbashi, des programmes d’électrification rurale et périurbaine, la construction d’un complexe hospitalier dans la ville nouvelle de Kinshasa ainsi que des projets de développement agricole soutenus par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA).

Le Parlement examinera également l’accord de partenariat économique global conclu avec les Émirats arabes unis ainsi que le nouvel accord international sur le cacao signé à Abidjan.

Première plénière dès le 27 juin

Les travaux débuteront véritablement ce samedi 27 juin avec une première séance plénière déjà chargée.

Trois dossiers ouvriront les débats : le projet de loi autorisant la prorogation de l’état de siège, le rapport de la Commission économique, financière et de la bonne gouvernance sur le projet de loi relatif au contenu local ainsi que celui portant modification de la loi encadrant la sous-traitance dans le secteur privé.

Par l’ampleur des réformes annoncées, cette session extraordinaire s’annonce comme l’une des plus importantes de l’année parlementaire. Les décisions qui en découleront pourraient avoir un impact durable sur la gouvernance économique, les investissements, la sécurité et le développement de la République démocratique du Congo.

Kinshasa : Tshisekedi et Ndayishimiye scellent un nouveau pacte de coopération

Il est des rendez-vous diplomatiques qui dépassent le simple protocole. La visite d’État de 48 heures du président burundais Evariste Ndayishimiye à Kinshasa en est un parfait exemple. Accueilli à bras ouverts par son homologue Félix-Antoine Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, le chef d’État burundais, également président en exercice de l’Union africaine, n’a pas caché son émotion.

« J’exprime ma profonde gratitude au peuple et aux autorités congolaises pour l’accueil chaleureux et fraternel qui m’a été réservé ainsi qu’à ma délégation », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Cette visite m’a permis de renforcer les liens historiques et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération entre nos deux nations. »

Un message qui résonne comme une promesse, alors que les deux pays entendent donner un nouvel élan à leur relation, dans tous les domaines : politique, diplomatique, sécuritaire, économique, culturel, humanitaire et social.

Sécurité dans l’Est : Ndayishimiye s’engage personnellement

Au cœur des discussions, la question sécuritaire dans l’Est de la RDC a occupé une place centrale. Face aux menaces récurrentes des groupes armés étrangers et des forces négatives qui ensanglantent la région, le président burundais a appelé à une mutualisation accrue des efforts entre les États de la région.

« J’ai réaffirmé mon engagement personnel en faveur de la médiation africaine. J’ai également eu l’occasion de réitérer mon soutien constant aux institutions de la RDC dans leur mission essentielle de restauration de la paix », a martelé Ndayishimiye.

Un engagement d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte régional complexe, où les processus de paix peinent à produire des résultats tangibles. Le président burundais a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi existants, gage d’une stabilisation durable.

Commission mixte permanente : le rendez-vous de septembre à Bujumbura

Dans le sillage de cette visite, les deux chefs d’État ont convenu d’un calendrier concret pour matérialiser leurs ambitions communes. Le président Tshisekedi a ainsi annoncé la tenue, au mois de septembre 2026 à Bujumbura, de la session de la Commission mixte permanente de coopération entre les deux pays.

« Nous avons réaffirmé notre volonté commune de donner une nouvelle impulsion à la coopération entre la RDC et le Burundi », a déclaré le président congolais.

Cette commission, qui sera la première du genre depuis plusieurs années, doit permettre de décliner opérationnellement les accords conclus lors de cette visite historique et de poser les jalons d’une coopération renouvelée, au service des populations des deux rives du lac Tanganyika.

Épidémie d’Ebola : Tshisekedi annonce une descente en Ituri

Autre sujet brûlant abordé lors du point de presse conjoint : la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit actuellement en RDC. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a d’ailleurs dressé un bilan encourageant des efforts déployés : « Plus de 500 lits ont été déployés en un mois, 5 laboratoires installés, et en termes de dépistage, on est arrivé à 2 000 cas dépistés par mois. La riposte atteint un nouveau niveau élevé. »

Un optimisme mesuré, mais qui a convaincu le chef de l’État congolais de se rendre personnellement sur le terrain. Félix Tshisekedi a ainsi annoncé sa descente prochaine dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, pour s’imprégner de l’évolution de l’épidémie et superviser les opérations.

« La protection de la santé de nos populations demeure un impératif collectif ainsi qu’un pilier essentiel de la stabilité, de la résilience et du développement durable de notre continent », a-t-il souligné.

Le porte-parole du gouvernement a également salué cette initiative présidentielle, qui témoigne de la mobilisation au plus haut niveau de l’État face à cette crise sanitaire. Une mobilisation qui, espèrent les autorités, contribuera à endiguer l’épidémie et à rassurer les populations locales.

Une coopération sanitaire régionale en perspective

Au-delà de l’engagement national, la visite du président burundais a également permis d’aborder les défis sanitaires sous un angle continental. Les deux chefs d’État ont réaffirmé que ces enjeux exigent une solidarité accrue entre les États, une coopération renforcée et une mobilisation permanente des mécanismes de prévention et d’alerte précoce.

Un message fort, à l’heure où les épidémies ne connaissent pas de frontières et où la mutualisation des moyens apparaît comme la seule réponse efficace pour faire face aux menaces sanitaires qui pèsent sur la région des Grands Lacs.

 Une visite qui ouvre une nouvelle ère

En 48 heures, Evariste Ndayishimiye et Félix Tshisekedi ont posé les bases d’une relation bilatérale revitalisée, tournée vers l’action et la résolution concrète des défis communs. Sécurité, coopération économique, lutte contre les épidémies : les chantiers sont vastes, mais la volonté politique affichée par les deux dirigeants laisse entrevoir des perspectives prometteuses.

Rendez-vous est pris pour septembre à Bujumbura, où la Commission mixte permanente devra transformer ces belles déclarations en réalisations tangibles. En attendant, le président Tshisekedi s’apprête à fouler le sol d’Ituri, une terre meurtrie mais résiliente, pour y porter un message d’espoir et de mobilisation.

M23 Doha : l’AFC/M23 accuse la médiation de partialité et menace de revoir sa participation au processus de paix

La tension monte d’un cran autour du processus de paix engagé entre Kinshasa et l’AFC/M23. Lors d’une conférence de presse tenue jeudi 18 juin 2026 à Goma, les principaux responsables du mouvement rebelle ont multiplié les critiques contre la médiation internationale, accusée de fermer les yeux sur les violations présumées commises par le gouvernement congolais.

Entouré de Corneille Nangaa et de Freddy Kaniki, le coordonnateur adjoint de l’AFC/M23, Bertrand Bisimwa, a dénoncé ce qu’il considère comme un traitement inéquitable des parties impliquées dans les discussions de paix soutenues par les États-Unis et le Qatar.

M23 Doha : Bertrand Bisimwa dénonce une médiation devenue « aphone »

Face aux journalistes, Bertrand Bisimwa a affirmé que son mouvement avait respecté plusieurs engagements pris dans le cadre des initiatives diplomatiques en cours.

Selon lui, l’AFC/M23 a accepté de se retirer d’Uvira ainsi que de la plaine de la Ruzizi à la demande des médiateurs afin de démontrer sa volonté de privilégier une solution politique au conflit.

Cependant, il estime que ces gestes n’ont pas été reconnus à leur juste valeur.

Le dirigeant rebelle accuse la médiation de sanctionner systématiquement l’AFC/M23 et les acteurs qui lui témoignent de la sympathie, tout en épargnant ceux qu’il accuse de ne pas respecter leurs propres engagements.

Il soutient notamment que les protocoles portant sur le cessez-le-feu et la libération des prisonniers ne seraient pas appliqués de manière équilibrée. Selon lui, son mouvement a déjà procédé à plusieurs libérations alors qu’aucune mesure similaire n’aurait été observée du côté de Kinshasa.

Pour Bertrand Bisimwa, cette situation fragilise progressivement la crédibilité du processus de paix.

Corneille Nangaa accuse Kinshasa de violer le cessez-le-feu

Prenant à son tour la parole, le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a dénoncé ce qu’il qualifie de « violations répétitives, généralisées et criminelles » du cessez-le-feu.

L’ancien président de la CENI estime que son mouvement a fait preuve de patience et de bonne volonté dans toutes les initiatives de dialogue entreprises jusqu’à présent.

Selon lui, les engagements diplomatiques n’ont pas produit les résultats attendus sur le terrain, malgré les concessions consenties par l’AFC/M23.

Corneille Nangaa a également affirmé que plusieurs opérations militaires attribuées à la coalition gouvernementale continueraient d’être menées dans certaines zones de conflit, notamment à travers des bombardements de drones et des offensives terrestres.

Il a notamment évoqué la situation dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, où il affirme que plusieurs localités subissent un blocus prolongé affectant l’accès à l’aide humanitaire, aux soins médicaux et aux produits de première nécessité.

M23 Doha : l’AFC/M23 agite la menace d’un retrait du processus

Au-delà des critiques adressées à Kinshasa, Bertrand Bisimwa a laissé entendre que son mouvement pourrait, à terme, remettre en question son adhésion à la médiation actuelle.

Sans annoncer une rupture immédiate, il a affirmé que l’AFC/M23 se réservait le droit de prendre ses responsabilités si les déséquilibres dénoncés persistaient.

Malgré cette mise en garde, les dirigeants du mouvement assurent continuer à croire à une solution négociée au conflit.

Cette nouvelle sortie médiatique intervient alors que les accords de Washington et le processus de Doha peinent encore à produire des avancées visibles sur le terrain. Entre accusations croisées, violations présumées du cessez-le-feu et méfiance grandissante entre les protagonistes, le fossé reste important entre les engagements diplomatiques et la réalité sécuritaire dans l’Est de la RDC.

Alors que les médiateurs internationaux poursuivent leurs efforts pour préserver le dialogue, les déclarations de Goma illustrent les difficultés croissantes auxquelles se heurte le processus M23 Doha, dont l’avenir dépend désormais de la capacité des différentes parties à restaurer la confiance et à respecter leurs engagements respectifs.

Corneille Nangaa accuse Félix Tshisekedi de torpiller la paix dans l’Est de la RDC

Goma, 18 juin 2026 – Alors que les Léopards de la RDC faisaient vibrer le NRG Stadium de Houston, c’est une tout autre onde de choc qui a traversé l’Atlantique en sens inverse. À des milliers de kilomètres du Texas, dans la ville martyre de Goma, une voix s’est élevée pour dénoncer ce qui serait une « déclaration de guerre » en provenance directe de la bouche du président congolais. Corneille Nangaa, coordinateur politique de l’AFC/M23, a pris la parole ce jeudi pour accuser Félix Tshisekedi de torpiller les efforts de paix internationaux, au moment même où les médiateurs américains et qataris tentent de sauver un cessez-le-feu déjà fragile. La tension est à son comble, et le spectre d’une escalade militaire plane de nouveau sur l’Est de la République Démocratique du Congo.

Houston-Goma : la guerre des mots s’intensifie

C’est un discours prononcé depuis la tribune du mondial de football qui a mis le feu aux poudres. À Houston, en marge de la rencontre historique entre les Léopards et le Portugal, Félix Tshisekedi s’est exprimé devant ses partisans, évoquant avec optimisme les opérations militaires en cours dans l’Est du pays. Le président congolais a notamment annoncé la « récupération prochaine » des villes de Goma et de Bukavu, actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23, une déclaration qui n’a pas tardé à provoquer une réaction virulente.

Dans une communication tenue à Goma ce jeudi 18 juin, Corneille Nangaa, ancien président de la CENI devenu figure de proue de la rébellion, a dénoncé avec véhémence ce qu’il perçoit comme un revirement dangereux. Selon lui, les propos du chef de l’État congolais constituent une rupture des engagements pris dans le cadre des négociations de paix.

« Cette nuit à Houston, sur le sol du médiateur américain et devant ses partisans, Monsieur Tshisekedi a de nouveau fait une déclaration de guerre ; alors qu’un processus de négociation est en cours et qu’un protocole sur le cessez-le-feu a été signé entre son régime et l’AFC/M23 », a martelé Nangaa, le visage fermé. Et de poursuivre : « Monsieur Tshisekedi affirme que son armée est en train d’écraser l’ennemi en ce moment même et annonce la récupération prochaine des villes stabilisées de Goma et de Bukavu. Un discours irresponsable et va-t-en-guerre qui assume officiellement l’option militaire au plus haut niveau de l’État. »

La médiation internationale prise en otage ?

Au-delà de la charge personnelle contre le président congolais, c’est tout le processus de paix qui est pointé du doigt par l’AFC/M23. Corneille Nangaa a estimé que les déclarations de Félix Tshisekedi risquent de compromettre gravement les discussions engagées sous l’égide des États-Unis et du Qatar, deux médiateurs qui s’efforcent de maintenir un dialogue entre les parties.

« Ce discours met en cause le processus de paix en cours ainsi que les efforts de la médiation. L’AFC/M23 en prend acte », a-t-il déclaré, soulignant que la confiance nécessaire à la poursuite des négociations était sérieusement ébranlée.

Cette accusation survient dans un contexte déjà tendu. Malgré la signature d’un protocole de cessez-le-feu, les hostilités n’ont jamais réellement cessé sur le terrain. Chaque camp accuse l’autre de violations, et les médiateurs peinent à transformer les engagements papier en réalités tangibles. Les accords de Washington et le processus de Doha, censés jeter les bases d’une paix durable, peinent à produire des résultats concrets.

L’AFC/M23 menace de riposter : « Nous nous réservons le droit de nous défendre »

Corneille Nangaa ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a également adressé un avertissement sans équivoque à Kinshasa. Face à ce qu’il qualifie de « posture militariste du régime », le coordinateur politique de l’AFC/M23 a prévenu que son mouvement n’hésiterait pas à répondre par la force.

« Cette posture militariste du régime de Kinshasa ne nous laisse d’autres choix que de nous défendre afin d’éliminer systématiquement cette menace ouvertement proclamée par Kinshasa », a-t-il lancé, laissant planer la menace d’une riposte militaire qui pourrait plonger la région dans une nouvelle spirale de violence.

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Ces déclarations interviennent alors que les combats se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les forces gouvernementales et la rébellion s’affrontent dans une guerre d’usure qui a déjà fait des milliers de victimes civiles. La perspective d’une offensive annoncée sur Goma et Bukavu, si elle se concrétisait, provoquerait un désastre humanitaire supplémentaire dans une région déjà exsangue.

Un conflit régional aux ramifications internationales

Au-delà du face-à-face entre Kinshasa et l’AFC/M23, c’est toute l’architecture sécuritaire de la région des Grands Lacs qui est en jeu. Le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion, est au cœur de cette crise aux multiples facettes. Les tensions diplomatiques entre les deux pays sont à leur comble, et chaque déclaration publique risque d’envenimer un peu plus une situation déjà explosive.

Les appels au calme se multiplient, mais peinent à trouver un écho. À l’ONU, à l’Union Africaine, comme dans les capitales occidentales, on s’inquiète de la dégradation rapide de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC. Les voix s’élèvent pour demander aux parties prenantes de respecter leurs engagements, mais jusqu’à présent, ces appels sont restés lettre morte.

Le cessez-le-feu vacille, la paix s’éloigne

Le conflit dans l’Est de la RDC, qui dure depuis plusieurs années, semble entrer dans une phase critique. Alors que les médiateurs américains et qataris tentent de sauver ce qui peut encore l’être du processus de paix, les déclarations belliqueuses de part et d’autre réduisent à néant les espoirs d’une solution négociée.

Les accords de Washington et de Doha, censés instaurer un cessez-le-feu durable, n’ont pas encore produit d’effets concrets sur le terrain. Les hostilités se poursuivent, les populations civiles continuent de payer le prix fort, et la confiance entre les parties semble plus que jamais compromise.

La sortie de Corneille Nangaa, accusant directement Félix Tshisekedi de « déclaration de guerre », illustre à quel point le dialogue est devenu impossible. Chaque camp campe sur ses positions, interprétant les accords à sa manière, tandis que les appels à la raison se heurtent à la logique implacable du conflit armé.

L’Est de la RDC, otage d’une guerre sans fin ?

Alors que la nuit tombe sur Goma, la ville retient son souffle. Les habitants, déjà marqués par des années de violence, savent que les mots prononcés ce jour pourraient bien annoncer de nouveaux jours sombres. La perspective d’une reprise des combats à grande échelle, avec pour objectif annoncé la « récupération » de Goma et de Bukavu, plonge la population dans une angoisse palpable.

Les organisations humanitaires, déjà présentes en nombre dans la région, se préparent au pire. Les camps de déplacés, qui abritent déjà des centaines de milliers de personnes, pourraient voir leurs effectifs gonfler considérablement si les hostilités s’intensifient.

Dans ce contexte tendu, une seule certitude subsiste : le chemin vers la paix est plus long et plus tortueux que jamais. Et les déclarations de Houston comme celles de Goma ne font qu’éloigner un peu plus l’horizon d’une solution négociée. La communauté internationale, les médiateurs, les acteurs régionaux : tous sont désormais devant un défi colossal : empêcher que les mots ne se transforment en nouvelles larmes et en nouveaux sanglots pour les populations de l’Est de la RDC.

Révision Constitution RDC : la CENCO consulte Delly Sesanga avant de dévoiler sa position

Kinshasa, 18 juin 2026 – Le débat sur l’avenir de la Constitution congolaise franchit une nouvelle étape. Ce jeudi, Delly Sesanga a été reçu au siège de la CENCO à Kinshasa. Le président du parti Envol a participé aux consultations organisées par les évêques catholiques.

Ces échanges s’inscrivent dans le cadre d’une assemblée plénière extraordinaire consacrée à la question constitutionnelle. Les évêques souhaitent recueillir les avis des différentes forces sociopolitiques avant de rendre leur position publique.

Delly Sesanga expose la position de l’opposition

La rencontre s’est tenue dans un contexte marqué par de vifs débats sur une éventuelle révision ou un changement de la Constitution.

Face aux évêques, Delly Sesanga a présenté la vision de son parti. Il a également partagé ses préoccupations sur l’avenir institutionnel du pays.

À l’issue de l’entretien, le leader d’Envol a confirmé avoir exposé sa lecture de la situation. Il a insisté sur la nécessité d’une réflexion responsable et respectueuse des principes démocratiques.

Même si le contenu détaillé des discussions n’a pas été rendu public, cette consultation témoigne de la volonté de la CENCO d’entendre toutes les sensibilités politiques.

La CENCO prépare sa position sur la Constitution

Les évêques ont choisi une démarche inclusive. Plusieurs acteurs politiques et sociaux sont consultés avant l’adoption d’une position officielle.

L’objectif est de disposer d’une vision globale du débat. Cette méthode doit permettre à l’Église catholique de formuler une appréciation fondée sur les différentes opinions exprimées.

La question constitutionnelle continue de diviser la classe politique. Certains défendent une réforme du texte actuel. D’autres mettent en garde contre les risques d’instabilité politique.

Une déclaration attendue le 20 juin

Le calendrier est déjà fixé. La CENCO prévoit de rendre publique sa position au plus tard le samedi 20 juin.

Cette déclaration est très attendue. Elle pourrait influencer le débat national et peser sur les discussions à venir.

Forte de son expérience dans la médiation des crises politiques, la CENCO conserve une importante capacité d’influence. Sa prise de parole sera donc suivie de près par les acteurs politiques et l’opinion publique.

À l’approche de l’échéance, les consultations se poursuivent. D’autres personnalités sont attendues au siège de la CENCO. Tous les regards sont désormais tournés vers la déclaration des évêques, annoncée dans les prochaines heures.

« Un chien peut-il diriger un pays ? » : À Houston, Tshisekedi règle ses comptes avec Kabila

Houston, Texas. La nuit est encore chaude, les échos des chants des supporters congolais résonnent encore dans les rues de la ville américaine. Les Léopards viennent d’offrir à leur pays le premier point de leur histoire en Coupe du monde, un exploit arraché face au Portugal de Cristiano Ronaldo. La fête est belle. L’ambiance, euphorique.

Mais dans une salle de Houston, loin des projecteurs du stade, le président Félix Tshisekedi a choisi ce moment de liesse nationale pour livrer un tout autre discours. Un discours qui, s’il a commencé par célébrer les héros du terrain, a rapidement pris un tour politique d’une rare virulence.

« Quand nous avons dit qu’un chien pouvait nous diriger, nous avons ouvert la voie aux ennemis », a lancé le chef de l’État devant des Congolais médusés.

« Ce chien-là » : une attaque frontale contre Kabila

En quelques mots, Félix Tshisekedi a franchi une ligne rouge. Jamais, dans ses précédentes sorties publiques, le président n’avait employé des termes aussi insultants à l’égard de son prédécesseur, Joseph Kabila. Le qualifier de « chien », c’est non seulement une humiliation personnelle, c’est aussi un acte politique lourd de conséquences dans un pays où les tensions entre les deux camps n’ont cessé de croître.

L’ancien président, qui a dirigé la RDC pendant près de deux décennies, n’a pas encore réagi officiellement. Mais ses proches dénoncent déjà une « dérapage inadmissible » et une « tentative de détourner l’attention des véritables problèmes du pays ».

Pour les observateurs, cette sortie intervient dans un contexte particulièrement tendu. La RDC traverse une crise sécuritaire dramatique dans l’est du pays, où les groupes armés, dont certains soutenus par le Rwanda voisin, continuent de semer la terreur. Sur le plan politique, les relations entre Tshisekedi et Kabila sont glaciales depuis la rupture de leur coalition en 2020.

« Ils nous ont infiltrés » : l’ombre du Rwanda plane

Le président congolais n’a pas seulement attaqué son prédécesseur. Il a également dressé un portrait sombre des menaces qui pèsent sur la nation, évoquant une infiltration massive des « ennemis de la République ».

« Il y a encore des sorciers. On pensait qu’ils n’étaient qu’au Rwanda, alors qu’ils nous ont infiltrés », a-t-il affirmé, sans toutefois apporter de preuves concrètes.

Une déclaration qui fait écho aux accusations récurrentes de Kinshasa contre Kigali, accusé de soutenir les rebelles du M23 dans l’est congolais. Mais en liant directement cette menace à la gouvernance de Joseph Kabila, Tshisekedi cherche manifestement à délégitimer l’héritage politique de son prédécesseur.

« Les Léopards ont fait notre fierté » : le football comme exutoire

Avant d’en arriver à ces attaques, le chef de l’État avait pourtant commencé son discours sur une note plus consensuelle, célébrant avec émotion la performance des Léopards.

« Les Léopards ont fait notre fierté. Aujourd’hui, tout le monde qui a peur de Cristiano Ronaldo a vu comment on a joué, un pays qui a la guerre comme le nôtre », a-t-il déclaré, visiblement ému par l’exploit des hommes de Sébastien Desabre.

Le président a même fait une promesse aux supporters congolais : « J’ai demandé à la FIFA si nous sortons de la poule, ils vont ajouter des billets pour les Congolais qui sont ici. Ne craignez rien. Nous donnerons des moyens à notre ambassadeur. »

Un engagement qui, sur le moment, a fait vibrer la salle. Mais qui a été rapidement éclipsé par la charge politique qui a suivi.

La diaspora prise entre fierté et malaise

Pour les Congolais de la diaspora présents à Houston, le moment a été ambigu. Certains ont applaudi, voyant dans les mots du président une forme de catharsis, une manière de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas du régime Kabila.

D’autres, en revanche, ont ressenti un profond malaise. « Je suis venu pour célébrer les Léopards, pas pour assister à un règlement de comptes politique », confie un supporteur, encore sous le choc.

« Ce n’est pas le moment de diviser les Congolais. On a enfin une raison d’être fiers, de se rassembler. Pourquoi gâcher ça avec des attaques personnelles ? »

Un appel à l’unité qui sonne comme un paradoxe

Au milieu de ses attaques, Tshisekedi a également lancé un vibrant appel à l’unité nationale. « Soyez unis. Qu’ils ne vous trompent pas, qu’ils n’utilisent pas le régionalisme pour vous avoir. Refusez de trahir votre pays », a-t-il martelé.

Un appel qui, dans la bouche d’un président qui vient de traiter son prédécesseur de « chien », sonne comme un paradoxe. Comment prêcher l’unité tout en insultant celui qui a dirigé le pays pendant 18 ans ? Comment appeler à la réconciliation nationale tout en creusant un peu plus le fossé politique ?

La politique comme jeu dangereux

Au-delà de la polémique, cette sortie présidentielle interroge sur la stratégie de Félix Tshisekedi. À quelques mois d’échéances politiques importantes, le chef de l’État semble jouer une carte risquée : celle de la radicalisation.

En attaquant frontalement Kabila, il cherche peut-être à galvaniser sa base, à apparaître comme un président fort face à un adversaire affaibli. Mais ce faisant, il prend le risque d’exacerber les tensions dans un pays déjà fragile.

Pour l’instant, le discours de Houston a surtout réussi à faire oublier, pour quelques heures, la prestation historique des Léopards. Et c’est peut-être là le plus grand dommage.

Car à Houston, ce mercredi 17 juin 2026, il y avait une histoire à écrire : celle d’une nation qui, pour la première fois, marquait son premier but en Coupe du monde et décrochait son premier point. Une histoire de fierté, de résilience et de rassemblement.

Il y aura aussi, désormais, une autre histoire : celle d’un président qui, au lieu de célébrer cette unité retrouvée, a préféré raviver les blessures du passé. Une occasion manquée, peut-être. Une faute politique, assurément.

Que retiendra-t-on de cette soirée texane ? Le but de Wissa ou l’insulte de Tshisekedi ? Le premier point historique ou la première polémique présidentielle ?

Le football, cette fois, aura montré ses deux visages : celui qui rassemble et celui qui divise. Et dans le cœur des Congolais, la fierté d’un exploit sportif tentera de résister au poids des mots prononcés ce soir-là.

RDC : L’opposition annonce une marche le 8 juillet pour exiger la démission de Félix Tshisekedi

La coalition C64 annonce une marche nationale le 8 juillet prochain. C’était à l’occasion d’une réunion tenue mardi 16 juin 2026 à Kinshasa pour évaluer le sit-in du week-end dernier. Le point de chute est symbolique : le Palais de la Nation, siège institutionnel du Président de la République. L’opposition exige la démission immédiate de Félix Tshisekedi, accusé de « trahison » de son serment constitutionnel. Cette annonce marque une rupture dans la stratégie de contestation, qui passe du sit-in à une marche offensive vers le cœur du pouvoir exécutif.

Le cœur de l’accusation portée par Martin Fayulu, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund, Matata Ponyo et Moïse Katumbi est institutionnel. La C64 reproche à Félix Tshisekedi de vouloir forcer un troisième mandat en lançant un processus de référendum pour réviser la Constitution de 2006.

Pour l’opposition, cette manœuvre viole l’article 220 verrouillé et brise le consensus démocratique bâti après 2018. En visant le Palais de la Nation le 8 juillet, la coalition entend défendre non seulement l’alternance, mais l’architecture même de l’État de droit.

Martin Fayulu fixe la doctrine politique de la coalition

Figure de proue de la C64, Martin Fayulu pose les termes du conflit politique. « En entrant en rébellion contre la Constitution, Monsieur Félix Tshisekedi rompt avec le pacte républicain qui unit notre Nation. Dès lors, il ne peut prétendre incarner l’État de droit et doit en tirer les conséquences : la démission », a-t-il signifié. La C64 se présente ainsi comme gardienne du contrat social, face à ce qu’elle qualifie de « dérive autoritaire ».

12 juin : la répression qui nourrit la mobilisation du 8 juillet

La décision de marcher le 8 juillet s’enracine directement dans la répression du vendredi 12 juin dernier. Ce jour-là, la police nationale a violemment empêché les opposants d’atteindre l’esplanade du Palais du Peuple. Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont été blessés, tout comme plusieurs manifestants.

L’opposition affirme avoir enregistré des morts, version contestée par le gouvernement provincial de Kinshasa qui nie tout bilan mortel. Ce précédent « sanglant » crée un climat d’incertitude autour de l’autorisation administrative de la marche vers le Palais de la Nation. La C64 y voit une preuve supplémentaire de « l’usage disproportionné de la force pour museler la contestation démocratique ».

À trois semaines de la marche annoncée, la RDC entre dans une phase de tension politique aiguë. Le débat sur le changement de la Constitution occupe tout l’espace public et oppose deux lectures irréconciliables. D’un côté, la C64 défend l’intangibilité des règles et l’alternance comme pilier de la démocratie. De l’autre, le pouvoir plaide pour des réformes institutionnelles.

La marche du 8 juillet vers le Palais de la Nation devient donc le test grandeur nature de ce rapport de force. Entre revendication de démission pour « trahison » et volonté de réformes, Kinshasa se prépare à une confrontation politique majeure dont l’issue dessinera l’avenir institutionnel du pays.

Révision constitutionnelle en RDC : Salomon Kalonda met Félix Tshisekedi face à « l’épreuve de l’histoire »

Alors que le débat sur la révision constitutionnelle RDC continue de diviser la classe politique, une nouvelle voix s’élève avec force contre le projet porté par la majorité. Dans une lettre ouverte adressée au président de la République le 15 juin 2026, le sénateur Salomon Kalonda Della Idi lance un avertissement solennel à Félix Tshisekedi, l’invitant à renoncer à ce qu’il considère comme une « faute historique » susceptible de fragiliser davantage un pays déjà confronté à de multiples crises.

Le texte, dont le ton grave et direct ne laisse place à aucune ambiguïté, intervient alors que la proposition de loi organisant le référendum, étape préalable à une éventuelle nouvelle Constitution, poursuit son parcours législatif au Sénat après son adoption par l’Assemblée nationale.

« Une faute historique » dans un contexte de crise nationale

Pour le sénateur, le moment choisi pour engager une telle réforme est particulièrement préoccupant. Alors que l’est du pays demeure confronté à une situation sécuritaire complexe et que les défis humanitaires s’accumulent, il juge inapproprié d’ouvrir un débat constitutionnel aux conséquences potentiellement majeures.

Dans sa lettre, Salomon Kalonda estime que cette initiative risque de détourner l’attention des véritables priorités nationales. Selon lui, le pays a davantage besoin d’unité et de stabilité que d’un processus susceptible de raviver les tensions politiques.

L’élu considère ainsi que l’introduction de la loi référendaire intervient au pire moment et pourrait laisser une empreinte durable sur le mandat du chef de l’État.

La Constitution de 2006 présentée comme le socle de l’unité nationale

Au cœur de son argumentaire, Salomon Kalonda rappelle l’histoire de la Constitution du 18 février 2006. Selon lui, ce texte est le résultat d’un long processus de négociation issu du dialogue intercongolais de Sun City, organisé après des années de conflit ayant profondément meurtri le pays.

Pour le sénateur, cette Constitution représente bien plus qu’un simple texte juridique. Elle constitue un véritable pacte républicain ayant permis de préserver l’unité nationale et d’encadrer l’alternance démocratique.

Il accuse les promoteurs de la réforme de remettre en cause cet équilibre fragile et évoque même une rupture avec l’héritage des figures historiques de la lutte démocratique congolaise, notamment celui d’Étienne Tshisekedi wa Mulumba.

À travers cette référence symbolique, l’élu interpelle directement le président de la République sur la cohérence entre les idéaux défendus par son père et les réformes actuellement envisagées.

Manifestations, tensions politiques et appel au retrait du texte

La lettre revient également sur les récentes mobilisations populaires organisées contre le projet de révision constitutionnelle. Salomon Kalonda évoque la journée « ville-morte » du 3 juin ainsi que les manifestations du 12 juin, qu’il présente comme l’expression d’une contestation citoyenne.

Il dénonce la répression qui aurait accompagné ces rassemblements et affirme que plusieurs personnes auraient été blessées ou tuées lors des incidents. Pour lui, ces événements illustrent le niveau de tension atteint par le débat constitutionnel.

Au-delà des violences, le sénateur estime que la réforme poursuivrait un objectif politique précis : permettre l’ouverture de la voie à un éventuel troisième mandat présidentiel. Une perspective qu’il considère particulièrement dangereuse dans un contexte marqué par les fragilités institutionnelles et sécuritaires.

Face à cette situation, il appelle le chef de l’État à retirer le texte avant qu’il ne soit définitivement adopté. Il invite également le Sénat à jouer pleinement son rôle de contrepoids institutionnel et à empêcher, selon ses termes, une évolution qu’il juge contraire aux intérêts supérieurs de la Nation.

Dans une conclusion empreinte de gravité, Salomon Kalonda place Félix Tshisekedi devant ce qu’il décrit comme un choix historique : préserver l’héritage démocratique issu de la Constitution de 2006 ou engager le pays sur une voie dont les conséquences pourraient marquer durablement l’histoire politique de la République démocratique du Congo.

Loi référendaire en RDC : vers un report à 2027 ? Le Sénat face à une course contre la montre

Le compte à rebours est lancé. Ce lundi 15 juin, le Parlement de la République démocratique du Congo met officiellement un terme à sa session ordinaire de mars 2026. Pourtant, à quelques heures de la clôture des travaux, un dossier majeur continue de cristalliser l’attention de la classe politique : la très controversée loi référendaire RDC.

Adopté par l’Assemblée nationale le 9 juin dernier, le texte devait encore franchir l’étape décisive du Sénat avant une éventuelle promulgation. Mais le temps semble désormais manquer, ouvrant la voie à toutes les spéculations sur l’avenir de cette réforme hautement sensible.

Le Sénat pris par le temps

Depuis son adoption à la Chambre basse, la proposition de loi sur l’organisation du référendum est devenue l’un des sujets les plus débattus du paysage politique congolais.

Cependant, les délais extrêmement courts qui séparent le vote de l’Assemblée nationale de la clôture de la session parlementaire compliquent sérieusement son examen par le Sénat. Plusieurs observateurs estiment qu’il serait difficile pour la Chambre haute d’analyser un texte d’une telle importance dans les dernières heures précédant la fermeture officielle des travaux.

À ce stade, aucune communication officielle n’a confirmé son inscription à l’ordre du jour des dernières plénières. Une situation qui entretient le flou autour du calendrier législatif et alimente les interrogations sur la suite du processus.

Septembre 2026 : une fenêtre de tir réduite

Si la loi référendaire RDC échappe à la session de mars, son avenir dépendra de la prochaine session ordinaire prévue le 15 septembre 2026.

Or, cette session est traditionnellement consacrée à l’examen du budget de l’État et aux grandes questions financières. Chaque année, les débats budgétaires occupent l’essentiel du temps parlementaire, laissant peu de place aux autres initiatives législatives.

Dans ces conditions, plusieurs analystes considèrent que le texte référendaire risque de ne pas figurer parmi les priorités immédiates du Parlement, à moins d’une décision politique exceptionnelle ou de la convocation d’une session extraordinaire.

Une attente qui pourrait se prolonger jusqu’en 2027

L’hypothèse d’un report à la session ordinaire de mars 2027 gagne ainsi du terrain.

Un tel scénario retarderait de plusieurs mois l’examen d’un texte qui se trouve pourtant au cœur des débats nationaux. Pour ses partisans comme pour ses détracteurs, l’enjeu dépasse largement le simple cadre juridique : il touche aux futures orientations institutionnelles du pays et alimente les discussions autour de l’évolution du système politique congolais.

Alors que le Parlement s’apprête à refermer les portes de sa session de mars, le destin de la loi référendaire RDC demeure suspendu à une décision qui pourrait intervenir dans les dernières heures ou être renvoyée à une date encore incertaine.

Une chose est sûre : la clôture de cette session parlementaire pourrait marquer non seulement la fin d’un cycle législatif, mais aussi le début d’une longue bataille politique dont l’issue reste impossible à prédire.

Moïse Katumbi accuse Tshisekedi après le sit-in violent de la C64, “du sang sur les mains”

La crise politique congolaise a franchi un nouveau seuil ce vendredi 12 juin 2026. Après les violents affrontements enregistrés lors du sit-in de la coalition d’opposition Article 64 (C64) à Kinshasa, les réactions continuent de secouer la scène politique nationale.

Cette fois, c’est Moïse Katumbi qui est monté au créneau. Dans une déclaration publiée sur son compte X, l’un des principaux leaders de la coalition accuse directement le pouvoir en place et dénonce une répression qu’il juge sanglante et injustifiée.

Kinshasa sous tension après un sit-in violemment dispersé

La mobilisation de la C64, organisée pour protester contre le projet de réforme constitutionnelle, a tourné à l’affrontement entre manifestants et forces de l’ordre. Plusieurs témoins font état de violences, de blessés et de scènes de panique dans plusieurs zones de la capitale, notamment autour du Palais du Peuple et du siège de l’Ecidé.

Dans ce climat explosif, les figures de l’opposition parlent désormais d’un tournant dramatique.

Moïse Katumbi charge le pouvoir : “du sang sur les mains”

Dans une prise de position particulièrement virulente, Moïse Katumbi met directement en cause le chef de l’État.

« Le Président porte une responsabilité écrasante dans ces violences et dans le climat de tension qu’il entretient dans notre pays. Ce soir, Félix Tshisekedi a du sang sur les mains », a-t-il écrit.

Le président du parti Ensemble pour la République estime que les manifestants exerçaient un droit fondamental garanti par la Constitution.

« Marcher pacifiquement pour défendre la Constitution n’est pas un crime ! Pourtant, aujourd’hui en RDC, des Congolaises et des Congolais qui exerçaient simplement leur droit de manifester ont été violemment attaqués par la milice de l’UDPS, la Force du Progrès, sous le regard complice des forces de l’ordre », accuse-t-il.

Selon lui, plusieurs personnes auraient été blessées au cours des affrontements, confirmant ainsi les témoignages déjà relayés par d’autres figures de l’opposition.

L’opposition promet de poursuivre le combat malgré la répression

Malgré la violence des événements, Moïse Katumbi assure que son camp ne cédera pas.

« Face à la sauvagerie, nous ne reculerons pas ! Nous continuerons à nous battre, par des moyens pacifiques et démocratiques, pour défendre la Constitution, nos libertés et l’avenir de la RDC », a-t-il déclaré.

Ces propos s’inscrivent dans une ligne dure adoptée par la coalition C64, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Delly Sessanga et Moïse Katumbi, tous mobilisés contre le projet de réforme constitutionnelle qu’ils jugent dangereux pour les acquis démocratiques.

Des accusations de violences qui enflamment le débat politique

Ces nouvelles déclarations interviennent alors que Martin Fayulu a, de son côté, évoqué un bilan particulièrement lourd comprenant des morts et de nombreux blessés lors de la dispersion du sit-in.

Des vidéos et témoignages continuent de circuler sur les réseaux sociaux, alimentant les accusations de brutalités et de vandalisme.

Pour l’heure, les autorités n’ont pas encore réagi officiellement à ces différentes accusations, laissant planer un climat d’incertitude autour du déroulement réel des événements.

Dans un contexte déjà marqué par de fortes tensions politiques autour du débat constitutionnel, ces nouveaux développements risquent d’accentuer encore davantage la fracture entre pouvoir et opposition en République démocratique du Congo.

Tirs, blessés et morts présumés : le récit choc de Martin Fayulu après le sit-in de la C64

La tension politique est montée d’un cran ce vendredi 12 juin 2026 à Kinshasa lors du sit-in organisé par la coalition d’opposition Article 64 (C64) contre le projet de réforme constitutionnelle porté par le régime de Félix Tshisekedi. Prévue devant le Palais du Peuple, la manifestation s’est tenue malgré l’interdiction des autorités provinciales, qui avaient demandé aux organisateurs de délocaliser l’activité vers le terrain Assossa.

La C64, qui regroupe notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sessanga et d’autres figures de l’opposition, dénonce une initiative qu’elle considère comme une menace contre les acquis démocratiques et les dispositions jugées intangibles de la Constitution, notamment l’article 220.

Au fil de la journée, des affrontements ont été signalés entre manifestants et forces de l’ordre aux abords du Palais du Peuple ainsi qu’au siège de l’Ecidé, le parti de Martin Fayulu. Plusieurs responsables de l’opposition, dont Jean-Marc Kabund et Ados Ndombasi, auraient été blessés lors des échauffourées, selon des témoignages recueillis sur place.

Martin Fayulu annonce deux morts

Joint au téléphone par nos confrères d’ACTUALITE.CD depuis le siège de son parti, où il s’était retranché avec plusieurs responsables de l’opposition, Martin Fayulu a livré un témoignage alarmant sur les événements de la journée.

« Nous sommes blessés, gravement blessés. On ne peut pas sortir parce que la police est là en train d’aider les éléments de la Force du Progrès », a déclaré l’opposant.

Selon lui, le bilan des violences serait particulièrement lourd. « Ils ont déjà tué deux personnes devant le siège et ont pris les corps », a-t-il affirmé, évoquant également de nombreux blessés parmi les manifestants.

Martin Fayulu soutient que les participants au sit-in ont été repoussés jusqu’au Palais du Peuple avant que les forces de sécurité ne recourent à la force. « Quand nous sommes arrivés, ils ont vu qu’ils ne pouvaient rien faire. Ils ont commencé à tirer à balles réelles, puis ils se sont approchés et ont sorti des matraques pour nous frapper sur la tête », a-t-il déclaré.

L’opposant a notamment cité Jean-Marc Kabund parmi les personnes blessées. « Il y a beaucoup de blessés, avec deux morts », a-t-il conclu.

Des accusations de vandalisme contre la Force du progrès

Parallèlement aux affrontements enregistrés lors du sit-in, des actes de vandalisme ont été signalés au siège de l’Ecidé. Plusieurs témoins accusent des individus présentés comme membres de la « Force du progrès », mouvement de jeunes proche de l’UDPS, d’avoir saccagé et pillé les installations du parti.

Des vidéos relayées sur les réseaux sociaux montrent des individus emportant du matériel et endommageant plusieurs biens appartenant à la formation politique de Martin Fayulu. Des témoins affirment également que les forces de l’ordre présentes sur place ne seraient pas intervenues pour empêcher ces actes.

À l’heure de la publication de cet article, aucune réaction officielle de la Police nationale congolaise n’avait encore été enregistrée concernant ces accusations.

Un climat politique de plus en plus tendu

Ces incidents surviennent dans un contexte de fortes tensions autour du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle en République démocratique du Congo. La coalition Article 64 multiplie les actions pour dénoncer ce qu’elle considère comme une tentative de modification des dispositions fondamentales de la Constitution.

Dans les rangs de l’opposition, plusieurs responsables politiques réclament l’ouverture d’enquêtes indépendantes afin d’établir les responsabilités dans les violences enregistrées lors de cette journée de mobilisation.

Jusqu’à présent, les autorités gouvernementales n’ont pas encore communiqué de bilan officiel des incidents survenus à l’occasion de ce sit-in de ce 12 juin 2026.

Kinshasa : Martin Fayulu blessé lors de la manifestation de la C64 contre le changement de la Constitution

Martin Fayulu a été blessé ce vendredi 12 juin 2026 à Kinshasa lors de la manifestation organisée par la coalition « C64 » de l’opposition. Visage ensanglanté, le président de l’ECiDé a été touché à la tête devant l’esplanade du Palais du Peuple. La C64 est descendue dans la rue pour protester contre l’initiative de changement de la Constitution animée par le régime de Félix Tshisekedi. Celle-ci dénonce un projet qu’elle qualifie d’attaque contre les acquis démocratiques.

La veille, jeudi 11 juin, une réunion technique s’est tenue entre le Gouverneur de Kinshasa Daniel Bumba et une délégation de l’opposition. L’objet : fixer l’itinéraire de la marche du 12 juin. Au terme des échanges, Daniel Bumba a demandé à la C64 d’organiser sa manifestation au terrain Assossa à Kasavubu. L’exécutif provincial a jugé l’esplanade du Palais du Peuple « inviolable ». La coalition a maintenu son intention de converger vers le Palais du Peuple, symbole du pouvoir.

Un front d’opposition élargi autour de Fayulu

Fayulu ne mène pas seul ce combat. Il est aux côtés de Delly Sesanga, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund. Ensemble, ils disent non à tout changement constitutionnel. Le mot d’ordre est clair : préserver la Constitution de 2006. Le refus du changement de la loi fondamentale fait consensus dans leurs rangs.

Pour sa part, Joseph Kabila a apporté son soutien à la démarche de l’opposition. Jeudi 11 juin dernier, l’ancien Président a appelé toutes les couches sociales au sursaut national. Il a dénoncé ce qu’il a qualifié de « complot contre la Nation, la République et la démocratie ». Sa sortie renforce le camp du non au changement constitutionnel et complique l’équation politique pour le pouvoir en place.

Tensions entre manifestants et forces de l’ordre

La manifestation a finalement atteint le Palais du Peuple malgré l’itinéraire proposé par l’Hôtel de ville. Des tensions ont éclaté sur place entre les manifestants et les forces de l’ordre. L’incident impliquant Martin Fayulu illustre le climat de crispation autour du dossier constitutionnel.

Le rapport de force entre droit de manifester et maintien de l’ordre public reste au centre des interrogations à Kinshasa.

La coalition C64 reporte sa plainte contre le président Tshisekedi

L’opposition congolaise n’ira finalement pas au contentieux ce mardi 9 juin 2026. La coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a annoncé, dans un communiqué publié lundi soir, le report du dépôt de sa plainte contre le président de la République, Félix Tshisekedi. Motif invoqué : l’apparition, « au cours des derniers jours », de nouveaux éléments juridiques et factuels que la coalition souhaite intégrer à son dossier, ainsi que des pièces supplémentaires récemment recueillies.

 « Détermination inébranlable » malgré le report

Dans ce texte signé par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Matata Ponyo et Floribert Sesanga, la coalition réaffirme sa « détermination inébranlable à défendre l’ordre constitutionnel et l’État de droit ». Les cinq ténors de l’opposition promettent de poursuivre, « avec responsabilité, rigueur et fermeté », toutes les actions nécessaires à l’accomplissement de leur mission « dans l’intérêt supérieur de la République ».

Ce report intervient dans un contexte tendu. Le 3 juin dernier, C64 avait observé une journée ville morte à Kinshasa. La coalition avait alors annoncé le dépôt d’une plainte à charge du chef de l’État, qu’elle accuse de « coup d’État contre la Constitution ». Un sit-in est également toujours prévu le 12 juin prochain devant le Parlement, pour exiger des députés nationaux le retrait de la proposition de loi Ngondakoy, qui fixe les conditions d’organisation d’un référendum en RDC.

Maniema : le président de l’Assemblée provinciale destitué, la questure sauvée in extremis

L’hémicycle de l’Assemblée provinciale du Maniema a retenu son souffle, ce lundi 8 juin 2026. Au bout d’un vote aussi bref que décisif, Junior Kibungi Mutanga a cessé d’être le président de l’institution. Sur les 14 députés présents, 13 ont voté sa destitution. Un seul s’est abstenu. Aucune voix contre.

Un verdict implacable qui sonne comme un désaveu cinglant à l’encontre de celui qui dirigeait l’organe délibérant provincial. Plusieurs semaines de tensions, de manœuvres et de pétitions viennent de trouver leur épilogue.

Mais la séance réservait une autre surprise, tout aussi politique, quoique d’une tout autre nature.

Le questeur sauve les meubles

Visé par la même procédure de déchéance, le questeur Assani Os Noel a, lui, été blanchi. Les 14 députés présents ont unanimement rejeté la pétition initiée contre lui. Un vote en blancseing qui lui permet de conserver son poste, contrairement à son désormais ex-président.

Un maintien qui en dit long sur les équilibres fragiles et les alliances changeantes au sein de l’hémicycle provincial. À l’heure où la poussière retombe, une certitude demeure : la questure incarne désormais un pôle de stabilité, là où la présidence vacille.

Les racines d’une chute annoncée ?

Pour comprendre ce lundi de chaos politique, il faut remonter au 11 mai 2026. Ce jour-là, un groupe de députés provinciaux déposait une pétition de déchéance visant l’intégralité du bureau de l’Assemblée. En cause : une « mauvaise gestion » et une « incapacité à assurer efficacement la conduite de l’institution », selon les mots des pétitionnaires.

Mais la goutte d’eau qui a fait déborder le vase remonte à une plénière explosive, consacrée à l’interpellation du gouverneur du Maniema, Moïse Kabwankubi. Lors de cette séance, le décompte des voix à main levée avait été vigoureusement contesté par plusieurs députés. Le climat était déjà électrique. Il ne demandait qu’à exploser.

Un bureau d’âge pour gérer la crise

Face à la montée des tensions, un bureau d’âge avait été mis en place pour tenter de gérer la crise institutionnelle. Une solution provisoire, mais qui aura permis d’organiser le vote de destitution dans des conditions jugées régulières.

Désormais, un vide présidentiel s’ouvre à la tête de l’Assemblée provinciale. Dans les prochains jours, les élus devront procéder à l’élection d’un nouveau président. Un scrutin sous haute surveillance, alors que les équilibres politiques restent fragiles et que les ambitions personnelles pourraient ressurgir.

Un nouveau chapitre sous tension

Ce vote met fin à plusieurs semaines de psychodrame politique au sein de l’organe délibérant provincial. Mais il ouvre aussi un nouveau chapitre, tout aussi incertain, dans la crise qui secoue le Maniema.

Reste à savoir si cette secousse politique permettra d’assainir le fonctionnement de l’institution ou si, au contraire, elle ne fera qu’exacerber les rivalités. Une chose est sûre : les regards sont désormais tournés vers la questure, seule entité rescapée, et vers la prochaine élection présidentielle de l’Assemblée.

Ils sont venus, ils sont repartis : l’énigme des migrants de Trump en RDC

Ils étaient quinze, arrivés en catimini le 17 avril. Moins de deux mois plus tard, plus de la moitié a déjà plié bagage. Simple coïncidence ou fin programmée d’un bras de fer politique ?

C’était une annonce qui avait fait grincer des dents, de Kinshasa à Bruxelles, en passant par les salons feutrés de l’opposition congolaise. Le 17 avril 2026, les autorités de la RDC admettaient sur leur sol quinze migrants en provenance des États-Unis – des ressortissants de pays tiers, ni congolais, ni américains, placés là comme dans une antichambre de l’exil.

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Le gouvernement avait martelé : « transitoire, temporaire, limité dans le temps ». Promesse tenue. Ce vendredi 5 juin, le ministère de la Communication a livré un bilan sec, presque clinique : plus de la moitié a déjà quitté le territoire.

« À ce jour, plus de la moitié des quinze ressortissants admis sur le territoire national le 17 avril 2026 ont déjà quitté la RDC pour regagner leurs pays d’origine. D’autres départs interviendront incessamment. »

Traduction : la parenthèse congolaise se referme. Aussi vite qu’elle s’était ouverte.

Un dispositif né dans la discrétion, mort dans l’indifférence officielle

Dès son annonce, ce mécanisme d’accueil temporaire avait tout d’une énigme. Pourquoi la RDC, pays déjà fragilisé par des décennies de crises humanitaires, accepterait-elle de jouer les salles d’attente pour des migrants rejetés par l’Amérique de Donald Trump ? Et surtout, quels étaient ces quinze voyageurs sans nom ?

Le gouvernement n’a jamais détaillé leurs nationalités, ni les critères de leur sélection. Seule certitude : ils étaient sous statut temporaire, logés, surveillés, puis reconduits vers une destination finale – leur pays d’origine ou une autre terre d’accueil.

Aujourd’hui, la moitié est déjà repartie. Les autres suivront. « Incessamment », promet le communiqué.

Le ministère de la Communication a tenu à rappeler, comme pour conjurer toute critique :

« Ces évolutions confirment le caractère strictement transitoire, temporaire et limité dans le temps de ce mécanisme, tel qu’annoncé dès son lancement. »

Une mise au point qui ressemble étrangement à un plaidoyer.

L’opposition dénonce un marché avec Trump : Kinshasa répond par la souveraineté

Car dans l’ombre de ce dispositif discret, une bataille politique faisait rage. Dès avril, plusieurs partis d’opposition et organisations de la société civile avaient dénoncé ce qu’ils considéraient comme une atteinte à la souveraineté nationale. Leur thèse : Kinshasa aurait conclu un arrangement tacite avec l’administration Trump pour se faire bien voir de Washington, quitte à servir de plaque tournante migratoire.

Le gouvernement, lui, a toujours balayé ces allégations. Dans son communiqué du 5 juin, il réaffirme « son attachement au respect de la souveraineté nationale, des lois de la République et des intérêts supérieurs de la Nation ».

Une formulation qui sonne comme un rempart rhétorique contre les accusations de complaisance.

Au Parlement, l’affaire avait provoqué quelques remous. Plusieurs élus avaient réclamé un débat de fond sur les contours et les implications de ce dispositif. Un débat qui, à ce jour, n’a jamais eu lieu. Silence radio dans l’hémicycle. Comme si le sujet, trop sensible, avait été relégué aux oubliettes de l’agenda politique.

Le paradoxe congolais : terre d’accueil sous conditions

Ce bref épisode migratoire met en lumière un paradoxe qui habite la RDC depuis des années. D’un côté, le pays est l’un des plus généreux d’Afrique en matière d’accueil de réfugiés – des centaines de milliers de déplacés rwandais, burundais, centrafricains et sud-soudanais ont trouvé refuge sur son sol. De l’autre, il peine à maîtriser sa propre souveraineté face aux pressions diplomatiques des grandes puissances.

L’affaire des quinze migrants américains est, à sa manière, un miroir grossissant de cette tension permanente. Un jeu d’équilibriste entre humanité et realpolitik, entre nécessité de plaire à Washington et impératif de ne pas braver l’opinion publique nationale.

Le gouvernement a choisi de jouer la montre. Les migrants sont repartis. Le calme est revenu. Reste une question en suspens : ce dispositif temporaire était-il un test ? Et si oui, que préparent les autorités pour la suite ?

Le silence parlementaire, dernier mystère de cette affaire

Aucune réaction officielle de l’opposition, ce vendredi, après l’annonce des départs. Aucune convocation d’urgence, aucune déclaration fracassante. Seul le communiqué gouvernemental, lisse et rassurant, occupe l’espace médiatique.

Pourtant, l’absence de débat parlementaire reste une anomalie dans une démocratie qui se veut vibrante. Quinze migrants, ce n’est rien. Mais le précédent, lui, pourrait peser lourd. Si un accord similaire venait à être renouvelé – avec plus de personnes, plus de visibilité –, les mêmes critiques reviendraient, plus acerbes.

Le gouvernement le sait. C’est sans doute pourquoi il insiste sur le caractère unique et provisoire de cette opération.

Les quinze sont presque tous partis. L’épure se referme. Et l’histoire retiendra simplement qu’un vendredi de juin, Kinshasa a rendu sa copie migratoire à Washington, avant de tourner la page.

Mais dans les couloirs feutrés de la diplomatie, les accords ne meurent jamais vraiment. Ils s’endorment. En attendant le prochain réveil.

Ultimatum américain : Washington donne six semaines au Rwanda pour évacuer la RDC

Le M23 et Kigali sous pression maximale : l’horloge tourne .C’est une douche froide pour Kigali. Un coup de poing diplomatique sur la table du monde. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, vient de transformer une négociation poussive en un compte à rebours implacable. Devant la Commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, il a fixé une date, sans fioritures, sans échappatoire : mi-juillet 2026. D’ici là, l’armée rwandaise devra avoir évacué le territoire congolais.

« Les choses avancent – pas assez vite, certes – mais nous espérons que le retrait des troupes rwandaises de la région sera effectif d’ici le milieu du mois prochain. »

Ces quelques mots, prononcés lors de l’audition sur le budget du Département d’État, résonnent comme un glas. Pour la première fois, Washington ne se contente plus d’appels à la retenue. Elle fixe une échéance.

Un accord de paix en lambeaux, des sanctions en embuscade

L’accord de paix signé en juin 2025 sous l’égide de l’administration Trump – l’Accord de Washington – n’a jamais vraiment pris vie. Rubio l’admet lui-même : il n’est « pas bien respecté ». Les violations se sont accumulées, les suspicions mutuelles entre Kinshasa et Kigali ont envenimé un climat déjà délétère, et sur le terrain, les troupes rwandaises sont restées.

Alors Washington a changé de registre.

En février dernier, premières sanctions : le général rwandais à la retraite James Kabarebe et Laurence Kanyuka, porte-parole du M23, sont visés. Début mars, l’étau se resserre : cette fois, c’est l’armée rwandaise elle-même – la Rwanda Defence Force – et quatre de ses hauts gradés, dont le chef d’état-major, qui subissent les foudres américaines.

Rubio le reconnaît sans ambages : ces sanctions commencent à porter leurs fruits. « Nous commençons à observer un certain respect de l’accord du côté rwandais », a-t-il déclaré. Un aveu précieux. La pression économique et militaire agit comme un mors sur la nuque de Kigali.

Le M23, problème à régler : l’isolement d’un mouvement acculé

Mais l’évacuation des troupes ne suffira pas à effacer toutes les cicatrices. Rubio a été limpide : « Bien sûr, il reste le problème du M23 à régler. » En quelques mots, il relègue la rébellion soutenue par Kigali au rang de vestige encombrant, une formalité sécuritaire plutôt qu’une menace géopolitique.

Pour le M23, qui a déjà perdu du terrain ces derniers mois, l’addition est salée. Son principal parrain est désormais sous les projecteurs américains, sommé de choisir entre une retraite négociée ou un étranglement financier accru. Le processus de Doha, au Qatar, où le mouvement rebelle est engagé, apparaît soudain bien fragile.

Kinshasa savoure, l’horloge tourne

Pour la RDC, c’est une victoire symbolique mais éclatante. Les États-Unis, garants de l’accord, refusent de laisser la paix se réduire à une coquille vide. En fixant un ultimatum public, Washington envoie un triple message :

  • À Kigali : pliez ou subissez.

  • Au M23 : votre fenêtre de tir se rétrécit.

  • Au monde : l’Amérique ne tolère plus les atermoiements.

Restent six semaines. Six semaines pour que les troupes rwandaises franchissent à rebours les frontières de l’Est congolais. Six semaines pour que Kigali prouve sa bonne foi – ou pour que les sanctions grimpent encore d’un cran.

Le 15 juillet approche. La République démocratique du Congo retient son souffle. Et dans les couloirs feutrés de la diplomatie, on murmure déjà : ce ne sont pas des promesses que Washington distribue, mais des sommations.

Washington serre la vis dans l’est de la RDC : deux chefs du renseignement des FDLR et du M23 dans le viseur américain

Ce n’est pas un simple communiqué de plus. C’est un coup de semonce. Mercredi 3 juin 2026, les États-Unis ont dégainé une arme qu’ils maîtrisent mieux que quiconque : la puissance de leur système financier. Cette fois, la cible n’est pas un gouvernement, mais deux hommes, deux cerveaux de l’ombre, deux architectes du chaos qui ensanglante l’est de la République démocratique du Congo depuis trop longtemps.

Gustave Kubwayo, alias « Colonel Sirkoof ». John Imani Nzenze. Le premier est un chef du renseignement des FDLR, cette nébuleuse issue des génocidaires rwandais en exil. Le second est l’homme de l’ombre du M23, le bras armé de la rébellion qui éventre le Nord-Kivu. Le Département du Trésor américain vient de les prendre dans ses filets. Sanctions ciblées. Avoirs gelés. Interdiction formelle pour tout citoyen ou entité américaine de commercer avec eux.

Traduction : ces hommes deviennent, du jour au lendemain, des parias financiers sur la scène internationale.

Deux profils, une même mécanique de destruction

Plongeons dans les trajectoires glaçantes de ces deux cibles. Gustave Kubwayo n’est pas un simple soldat. Il dirige une unité de renseignement des FDLR. Derrière ce titre technique se cache une réalité brute : il est l’un de ceux qui organisent, planifient et exécutent la terreur. Les FDLR, rappelons-le, traînent une histoire lourde comme le génocide des Tutsi au Rwanda. Mais sur le terrain congolais, ils sont devenus des prédateurs ordinaires : massacres de civils, viols systématiques, pillages, travail forcé. Kubwayo est l’un de leurs stratèges.

De l’autre côté du miroir sanglant, John Imani Nzenze. Lui aussi est un homme de l’ombre. Chef du renseignement du M23, il est l’un des plus proches collaborateurs de Sultani Makenga, le commandant militaire redouté de la rébellion. Le M23 n’a pas besoin de présentation : en quelques mois, ses hommes ont conquis des territoires entiers, déplacé des centaines de milliers de civils, semé la mort et la désolation. Nzenze, c’est le regard froid, l’oreille qui collecte, l’intelligence qui anticipe et frappe.

Deux ennemis jurés, deux groupes opposés sur le terrain ? Peu importe aux yeux de Washington. Tous deux partagent une même responsabilité : alimenter l’instabilité dans la région des Grands Lacs. Tous deux ont du sang sur les mains.

Une sanction qui parle plus fort que des bombes

Que signifie concrètement cette décision ? D’abord, le gel immédiat de tous leurs avoirs présents sur le sol américain. Ensuite, une interdiction absolue pour toute entreprise ou citoyen des États-Unis d’entretenir des liens financiers ou commerciaux avec ces hommes. Et comme le dollar reste la monnaie du monde, cette interdiction aura des répercussions bien au-delà des frontières américaines. Les banques européennes, asiatiques ou africaines qui travaillent avec le système financier américain devront choisir leur camp.

C’est une sanction étouffoir. Une asphyxie programmée. Moins spectaculaire qu’un raid militaire, mais infiniment plus vicieuse et efficace à long terme.

Washington l’a bien compris : frapper les chefs militaires, c’est bien. Mais frapper les chefs du renseignement, c’est encore mieux. Parce qu’eux sont les nerfs invisibles de la guerre. Sans eux, plus d’information, plus de coordination, plus de stratégie. Les États-Unis ne visent pas seulement les bras armés. Ils visent les cerveaux.

Un signal équilibré dans une région inflammable

Cette double sanction est aussi un message politique fort. En désignant à la fois un cadre des FDLR et un responsable du M23, Washington affiche une position d’équilibre. Pas de parti pris. Pas de complaisance. Les bourreaux sont partout, et ils seront traqués partout.

C’est une réponse cinglante à ceux qui accusent parfois les États-Unis de fermer les yeux sur certaines exactions selon leurs alliés du moment. Ici, le message est limpide : quiconque alimente la violence dans l’est de la RDC, quelle que soit sa bannière, devra rendre des comptes.

Cette annonce survient dans un contexte de tensions explosives. Au Nord-Kivu, en Ituri, les populations continuent de fuir. Des villages entiers sont réduits en cendres. Les camps de déplacés regorgent d’enfants aux joues creusées par la faim. Les initiatives diplomatiques régionales se multiplient – processus de Nairobi, médiations angolaises, déploiement de la force régionale – mais la machine à tuer, elle, ne s’arrête pas.

Une nouvelle ère de la pression financière ?

Les États-Unis ne découvrent pas les sanctions. Mais leur usage dans le contexte congolais prend une tournure nouvelle. Fini le temps où Washington se contentait de déclarations solennelles ou de reports d’aide. Désormais, on frappe au portefeuille. On frappe dans l’intime des réseaux financiers des groupes armés.

Reste à savoir si cette mesure aura un effet dissuasif réel. Les FDLR et le M23 ont jusqu’ici prospéré grâce à des circuits parallèles, à des soutiens régionaux discrets, à des filières d’approvisionnement qui ne passent pas nécessairement par Wall Street. Mais priver ces responsables d’accès au système bancaire international, c’est aussi compliquer leurs voyages, leurs traitements médicaux, l’éducation de leurs enfants, leurs alliances avec de potentiels parrains étrangers.

C’est une forme lente d’étouffement. Une guerre d’usure diplomatique.

L’espoir fragile des populations congolaises

Au-delà des considérations géopolitiques, c’est aux Congolais qu’il faut penser. Aux mères de Goma qui tremblent pour leurs filles. Aux pêcheurs de l’Édouard dont les pirogues sont réquisitionnées. À ces millions de déplacés qui vivent sous des bâches, dans la boue, avec pour seul horizon la peur au ventre.

Pour eux, cette annonce est un signe. Faible peut-être, insuffisant certainement. Mais un signe tout de même : le monde regarde. Le monde ne baisse pas les bras. Et les bourreaux, même bien planqués dans leurs quartiers généraux secrets, ne sont plus intouchables.

Washington a tiré une nouvelle salve dans la guerre économique contre l’impunité. Reste à savoir si cette balle financière atteindra vraiment ses cibles – ou si elle se perdra, comme tant d’autres, dans les brumes du Kivu.

Est de la RDC : une commission d’enquête de l’ONU arrive enfin pour briser l’impunité

C’est une nouvelle qui résonne comme un souffle d’espoir dans les couloirs silencieux du pouvoir congolais. Ce 7 juin 2026, des experts internationaux poseront enfin le pied à Kinshasa. Leur mission ? Enquêter sur les violations des droits humains qui ensanglantent l’Est de la RDC depuis des années.

L’annonce a été faite par la Première ministre Judith Suminwa, lors de la 91ᵉ réunion du Conseil des ministres. Et elle n’a pas caché son soulagement : après des mois d’attente, de pressions et de frustrations, la machine judiciaire internationale se met en branle.

« La mise en œuvre de cette Commission d’enquête internationale indépendante, longtemps retardée, est désormais en bonne voie. » — Judith Suminwa

De Kinshasa à Goma : sur les traces des crimes

Le parcours des experts sera jalonné de vérité et de risques. Leur première escale : Kinshasa, pour une semaine de travail préparatoire avec les autorités. Ensuite, direction l’Est meurtri, là où les exactions ont été les plus brutales.

Goma, Bukavu, les zones sous contrôle de l’AFC/M23… Autant de lieux de mémoire vive, où les populations civiles ont tout perdu, parfois la vie.

La Première ministre a été claire : le gouvernement mettra tout en œuvre pour garantir leur sécurité. Les ministères des Droits humains et de l’Intérieur sont mobilisés. Logistique, protection, accompagnement… rien ne devra entraver le travail de vérité.

Qui sont ces justiciers mandatés par l’ONU ?

Cette commission n’est pas sortie de nulle part. Elle est née d’une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU (S-37/1), adoptée en février 2025, quelques jours après la chute de Goma et Bukavu aux mains de la rébellion soutenue par le Rwanda.

À sa tête, trois figures expérimentées :

  • Arnauld Akodjenou (Bénin) — Président

  • Maxine Marcus (Allemagne/États-Unis)

  • Clément Nyaletsossi Voule (Togo)

Leur mandat est aussi large que lourd : enquêter sur les violations du droit international humanitaire, les violences sexuelles, les crimes contre les enfants, les déplacés internes, et identifier les responsables présumés, quels qu’ils soient.

Un rapport pour l’histoire, une date pour la justice

Leur travail ne sera ni secret, ni sans suite. Le calendrier est fixé :

  • D’ici janvier 2026 : première mission terrain

  • Juin-juillet 2026 : mise à jour orale devant l’ONU

  • Entre février et avril 2027 : rapport final, transmis au Conseil des droits de l’homme et à l’Assemblée générale des Nations unies

Un délai long, certes. Mais pour la première fois, une lumière internationale se braque sur l’Est de la RDC avec une vraie capacité d’enquête et de citation des bourreaux.

Kinshasa lève les derniers obstacles

Judith Suminwa ne veut plus d’excuses. Elle a demandé au Vice-Premier ministre chargé du Budget et au ministre des Finances de dégager d’urgence les ressources nécessaires à l’accompagnement de la mission.

« Nos équipes doivent disposer des moyens opérationnels nécessaires pour assurer efficacement l’accompagnement de cette mission. »

Un signal fort adressé aux victimes, aux ONG, à la communauté internationale : la RDC ne se cache pas. Elle attend la vérité, aussi crue soit-elle.

Une étape décisive contre l’impunité

Ce 7 juin 2026 restera peut-être comme une date charnière. Celle où l’ONU a cessé de regarder ailleurs. Celle où des experts ont foulé le sol congolais avec un mandat clair : établir les faits, nommer les crimes, préparer la justice.

Pour les milliers de familles déchirées par les violences à Goma, Bukavu et dans les Kivus, c’est plus qu’une enquête. C’est une promesse. Celle qu’un jour, quelque part, des responsables paieront pour l’indicible.

« Pas de troisième mandat ! » : à Kinshasa, la rue s’embrase contre le changement de Constitution

Ce jeudi 28 mai, Kinshasa a retrouvé des airs de front. Dans la commune populaire de Masina, à l’est de la capitale congolaise, la contestation politique est descendue des salons climatisés pour enfler le bitume – littéralement.

Dès l’avant-midi, une centaine de jeunes se réclamant de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (Ecide) – le parti de l’opposant Martin Fayulu – ont investi le boulevard Lumumba. Leur point de départ : le quartier 3. Leur objectif : rejoindre la permanence du parti située près du saut-de-mouton Pascal.

Mais avant d’y parvenir, ils ont décidé de marquer les esprits.

Pneus enflammés et barricades : le boulevard Lumumba paralysé

En quelques minutes, la circulation a été lourdement perturbée. Les manifestants ont érigé des barricades de fortune avec des branchages, des tôles et tout ce qui leur tombait sous la main. Sur la chaussée, des pneus ont été incendiés, crachant une fumée noire dans le ciel de Kinshasa.

Motards, conducteurs de taxis, commerçants : tout le quartier a retenu son souffle.

Pendant de longues minutes, aucun véhicule ne pouvait passer. Les klaxons se mêlaient aux cris des protestataires, donnant à cette matinée une ambiance électrique, presque théâtrale, mais terriblement réelle.

« Pas de troisième mandat à Félix Tshisekedi ! Pas de changement de Constitution ! »

Les slogans, scandés en lingala, ont résonné le long du boulevard. Une langue que tout Kinshasa comprend. Un message que personne ne peut ignorer.

L’opposition sonne la révolte : « ville morte » annoncée le 3 juin

Ces barricades ne sont peut-être qu’un apéritif. L’opposition a déjà programmé un acte plus fort : une journée « ville morte » prévue le 3 juin prochain à Kinshasa.

L’objectif est clair : dire non à toute révision constitutionnelle qui permettrait au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Son deuxième mandat, légal, s’achève en 2028. Mais l’opposition est convaincue que le chef de l’État veut changer les règles du jeu en cours de route.

Dans leur ligne de mire également : la gestion de la crise sécuritaire avec le Rwanda et le président Paul Kagame. Certains responsables politiques parlent désormais sans détour de « rébellion contre la Constitution ».

Au Parlement aussi, le bras de fer s’intensifie

La tension ne se limite pas aux artères de Kinshasa. Elle a gagné l’hémicycle.

La veille, mercredi 27 mai, les députés du groupe « Ensemble » – seule force d’opposition à l’Assemblée nationale – ont boycotté l’examen d’une proposition de loi portée par le député Paul Gaspard Ngondankoy.

Ce texte, jugé recevable sous réserve d’amendements par la Commission politique, administrative et juridique (PAJ), porte sur les modalités d’organisation d’un référendum. Pour l’opposition, c’est une manœuvre de plus pour ouvrir la voie à un changement constitutionnel.

Le boycott est clair : pas de débat, pas de légitimité.

Une rue qui gronde, un régime sous pression

À Masina, les pneus ont fini par s’éteindre. La circulation a repris. Mais l’onde de choc, elle, ne retombe pas.

L’opposition joue son va-tout. Entre la rue, le Parlement et l’appel à la paralysie de Kinshasa, le message est limpide : toute tentative de révision constitutionnelle se heurtera à une résistance populaire.

Reste à savoir si le pouvoir répondra par la fermeté, le dialogue… ou le silence.

Une certitude : le climat politique congolais n’a jamais été aussi électrique depuis l’alternance de 2019.

Entre les barricades de Masina et le boycott à l’Assemblée nationale, la contestation du changement constitutionnel reprend des couleurs – et des flammes. Avec l’appel à une « ville morte » le 3 juin, l’opposition met la pression maximale. Kinshasa retient son souffle. Et les prochains jours diront si la rue parvient à dicter son tempo au pouvoir.

ADESCO : Christian Ilunga Mutombo prend la tête du parti à Mahagi

L’Alliance des Démocrates Socialistes Congolais (ADESCO) a nommé monsieur Christian Ilunga Mutombo au poste de président fédéral pour le territoire de Mahagi. L’annonce a été faite par l’intéressé, le 26 mai 2026, suite à un communiqué signé par la formation politique. Le jeune entrepreneur congolais remercie la direction nationale pour cette marque de confiance.

Cette nomination place Christian Ilunga Mutombo à la tête de la coordination politique du parti. Il prend les rênes d’un territoire stratégique de l’Ituri. Il promet de s’atteler immédiatement à la tâche pour redynamiser l’ADESCO localement et provincialement.

Un mandat axé sur la mobilisation et le travail de terrain

Dans son message, le nouveau président fédéral décrit sa mission comme une « responsabilité lourde », mais aussi un « engagement ferme » envers la population et les valeurs du parti.

Ses priorités sont claires :

Renforcer l’implantation de l’ADESCO dans tout le territoire de Mahagi et dans la province de l’Ituri,

Mobiliser la jeunesse autour du projet politique,

Promouvoir les valeurs démocratiques défendues par le parti,

Accompagner la vision de la haute direction nationale pour le développement de la province et du pays.

« La période est au travail concret plutôt qu’aux discours », a-t-il souligné. C’est un signal adressé aux militants et à la base.

L’ADESCO cherche à s’ancrer davantage en Ituri

Cette nomination s’inscrit dans une dynamique de structuration du parti dans l’Est de la RDC. En confiant la coordination de Mahagi à cet opérateur économique, l’ADESCO cherche à consolider sa présence et à préparer le terrain en vue des prochaines échéances politiques.

Le nouveau responsable remercie le secrétaire général et l’ensemble de la direction du parti pour leur confiance. Il annonce en effet une mise au travail immédiate pour donner un nouvel élan à l’ADESCO sur le terrain.

Haut-Katanga : Jacques Kyabula démissionne de son poste de Gouverneur

Le Gouverneur du Haut-Katanga, Jacques Kyabula Katwe, a officiellement quitté ses fonctions le 21 mai 2026. Dans une lettre adressée au Chef de l’État, il explique sa décision par une absence prolongée à Kinshasa qui a fragilisé la gestion de la province.

Le désormais ancien Gouverneur souligne que cette absence prolongée dans la capitale l’a éloigné de Lubumbashi, chef-lieu de la province, à un moment jugé sensible sur le plan sécuritaire.

Face aux critiques et aux interrogations suscitées par cette situation, l’autorité provinciale affirme avoir pris acte de ses responsabilités. Il estime qu’un dirigeant public doit assumer les conséquences de son incapacité à assurer une présence continue dans sa province.

Une décision présentée comme un acte de responsabilité

L’exécutif provincial sortant présente sa démission comme un choix dicté par l’intérêt supérieur de la province et de la Nation. En outre, il souligne vouloir préserver la stabilité des institutions et le fonctionnement normal de l’administration du Haut-Katanga.

Bien plus, Jacques Kyabula réaffirme son adhésion à la vision du Président de la République, Félix Tshisekedi, en matière de paix et de développement. Il se dit disponible pour continuer à servir l’État sous toute autre forme que l’exécutif jugera appropriée.

Une province marquée par des enjeux sécuritaires

Le Haut-Katanga, province minière stratégique de la RDC, traverse une période où la stabilité sécuritaire reste une préoccupation majeure. L’absence prolongée de son Gouverneur avait alimenté les débats sur la continuité de l’autorité provinciale.

La province représente un enjeu économique majeur pour la RDC en raison de ses ressources minières et de sa position frontalière avec la Zambie.

Chronologie de l’absence

L’ancien Gouverneur a été convoqué à Kinshasa en date du 10 juillet 2025 par le ministère de l’Intérieur. Après plus de deux semaines d’absence et de silence, il y est finalement arrivé le lundi 28 juillet 2025. Il n’a assuré aucune activité publique liée à ses fonctions depuis ce jour. La gestion de la province est depuis lors confiée à son vice-gouverneur Martin Kazembe.

RDC : cinq poids lourds de l’opposition lancent la Coalition article 64

Ce mardi 19 mai, dans une salle de Kinshasa placée sous haute sécurité, les visages se sont succédé à la tribune. Martin Fayulu, l’infatigable opposant. Moïse Katumbi, le poids lourd du Shaba. Delly Sesanga, la plume acérée. Matata Ponyo, l’ancien Premier ministre au verbe précis. Jean-Marc Kabund, l’ex-transfuge de la majorité devenu critique acharné du pouvoir.

Tous ont répondu présents. Derrière eux, une constellation de mouvements citoyens, de figures associatives et de partis d’opposition s’est regroupée sous une même bannière : la Coalition article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel, plus connue sous le nom de C64.

Cette fois, les leaders de l’opposition n’étaient pas réunis pour un simple exercice politique. Au contraire, ils ont lancé un avertissement solennel face à ce qu’ils considèrent comme une menace directe contre la Constitution congolaise.

Depuis plusieurs semaines, l’idée d’une révision constitutionnelle alimente les tensions politiques à Kinshasa. Pour la C64, cette perspective cache surtout une volonté d’ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

L’article 64 au cœur du combat politique

Pour comprendre la portée de cette initiative, il faut revenir à l’article 64 de la Constitution congolaise. Ce texte, souvent peu évoqué dans le débat public, constitue pourtant un puissant levier juridique et symbolique.

L’article stipule que tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe qui prend le pouvoir par la force ou l’exerce en violation de la Constitution. Il précise également que toute tentative de renversement du régime constitutionnel représente une infraction imprescriptible contre la nation et l’État.

C’est précisément cet article que la coalition a choisi comme nom et comme étendard politique.

« Toute tentative de changer la Constitution, par quelque mécanisme que ce soit, constitue un renversement de l’ordre constitutionnel », ont martelé les signataires.

Dans la foulée, les opposants ont directement visé le chef de l’État. Selon eux, « en poursuivant cet objectif, M. Félix Tshisekedi viole le devoir de sa charge et se rend coupable du crime imprescriptible de haute trahison conformément à l’article 64 alinéa 2 et 165 ».

Les mots sont lourds. Les accusations aussi. Pourtant, les figures de l’opposition semblent désormais déterminées à hausser le ton face au pouvoir.

« Pas de troisième mandat » : la C64 hausse le ton

La coalition n’a laissé planer aucun doute sur ses intentions. Dans une déclaration lue devant une assistance attentive, les responsables ont affirmé : « Il n’y aura pas de troisième mandat pour Félix Tshisekedi, ni glissement, ni changement de Constitution. »

Ensuite, les opposants ont franchi un nouveau cap en appelant ouvertement à la résistance.

« À l’expiration de son mandat, ou dès l’enclenchement du putsch constitutionnel, Félix Tshisekedi perdra tout droit d’engager la République et sera considéré comme un hors-la-loi », ont-ils déclaré.

Puis, la déclaration s’est durcie davantage : « Une résistance doit immédiatement lui être opposée. »

Enfin, les leaders de la C64 ont conclu avec une formule qui résonne comme un ultimatum politique : « Avec ou sans élections, Félix Tshisekedi devra quitter le pouvoir de gré ou de force. »

À Kinshasa, ces propos provoquent déjà de nombreuses réactions. Car depuis plusieurs années, l’opposition congolaise apparaissait fragmentée et affaiblie. Désormais, plusieurs figures majeures semblent avoir trouvé un terrain d’entente autour de la défense de l’ordre constitutionnel.

Un projet de référendum dans le viseur

Selon les membres de la C64, le déclencheur de cette mobilisation reste une proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale par un député de la majorité présidentielle.

Ce texte prévoit l’organisation d’un référendum. Cependant, l’opposition y voit une tentative de contourner les verrous constitutionnels liés à la limitation des mandats présidentiels.

La coalition réclame donc le retrait immédiat de cette proposition. En parallèle, elle rejette toute interprétation qui présenterait cette initiative comme liée à des engagements diplomatiques récents.

Pour les opposants, il s’agit clairement d’une tentative de « putsch constitutionnel ».

Au-delà du débat sur un éventuel troisième mandat, la C64 critique également la gouvernance actuelle. Elle dénonce notamment la persistance des conflits armés dans l’Est de la RDC, la présence de groupes armés étrangers, la fragilisation des institutions et les restrictions progressives des libertés publiques.

Par ailleurs, certains responsables de la coalition accusent le pouvoir d’utiliser de nouvelles structures sécuritaires comme des instruments de répression politique.

Une union historique de l’opposition… mais jusqu’à quand ?

La naissance de la Coalition article 64 marque un tournant politique majeur en RDC. Pour la première fois depuis longtemps, plusieurs grandes figures de l’opposition affichent publiquement un front commun contre toute modification de la Constitution.

Cependant, cette unité reste fragile.

Martin Fayulu continue de se considérer comme le vainqueur de l’élection présidentielle de 2018. De son côté, Moïse Katumbi conserve ses propres réseaux politiques et ses ambitions nationales.

Quant à Delly Sesanga, Matata Ponyo et Jean-Marc Kabund, chacun possède sa base politique, son parcours et ses calculs.

Malgré ces différences, les leaders de la coalition misent actuellement sur la convergence. Tous affirment vouloir défendre la Constitution et empêcher toute prolongation du mandat présidentiel au-delà de 2028.

Les prochains mois seront donc décisifs. Ils permettront de savoir si cet appel à la résistance restera symbolique ou s’il se transformera en véritable force politique capable d’influencer l’avenir de la RDC.

En attendant, Kinshasa observe cette nouvelle alliance avec attention. Car lorsque l’opposition congolaise parle d’une même voix, l’écho dépasse souvent les rives du fleuve Congo.

RDC : Denis Mukwege lance « Touche pas à ma Constitution » face aux risques de révision

Le Prix Nobel de la Paix, Denis Mukwege, a publié une déclaration le 17 mai 2026 pour dénoncer à la fois l’impasse sécuritaire dans l’Est et ce qu’il qualifie de « mépris des principes démocratiques » par la majorité présidentielle. Il appelle à un sursaut citoyen pour empêcher toute modification du nombre et de la durée des mandats présidentiels en République Démocratique du Congo.

Dans un contexte marqué par l’instabilité institutionnelle et la guerre dans l’Est, le médecin de Bukavu invoque les articles 219 et 220 de la Constitution pour rappeler l’interdiction de toute révision pendant l’état de guerre et la limitation à deux mandats.

Une guerre dans l’Est occultée par le débat constitutionnel

Denis Mukwege dénonce le décalage entre l’urgence sécuritaire et le débat politique à Kinshasa. Il rappelle que l’accord de Washington signé le 27 juin 2025 et le processus de Doha du 19 juillet 2025 n’ont pas mis fin à l’occupation du Nord et du Sud-Kivu par les forces rwandaises et leurs supplétifs.

Pour lui, l’Union sacrée utilise ces négociations comme un écran de fumée tout en continuant à occuper les postes de l’État. Il met en garde : organiser un référendum ou des élections sans la participation de plus de 12 millions de Congolais du Kivu reviendrait à exclure une partie du pays et à fragiliser toute légitimité démocratique. La priorité, selon lui, reste la fin de la guerre et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national.

« Touche pas à ma Constitution » : un appel au sursaut citoyen

Sous le slogan « Touche pas à ma Constitution », Denis Mukwege exhorte les Congolais à se réapproprier le texte fondamental. Il cite le préambule de la Constitution qui désigne « l’impunité, le népotisme, le régionalisme, le tribalisme, le clanisme et le clientélisme » comme causes de la ruine du pays.

Pour lui, le débat sur le contrat social intervient au mauvais moment, alors que les priorités devraient être la sécurisation de l’Est et la reconstruction de l’autorité publique.

Les articles 219 et 220 invoqués comme verrous constitutionnels

Le Prix Nobel s’appuie sur deux dispositions précises de la Constitution de la RDC. L’article 219 interdit toute révision pendant l’état de guerre, l’état d’urgence ou l’état de siège. L’article 220 déclare que « le nombre et la durée des mandats du Président de la République ne peuvent faire l’objet d’aucune révision constitutionnelle ».

Ces articles sont considérés comme des verrous intangibles depuis la révision constitutionnelle de 2011. Toute tentative de modification nécessiterait une procédure référendaire complexe, incompatible selon Mukwege avec la situation sécuritaire actuelle dans plusieurs provinces de l’Est.

Mise en garde contre une dérive autoritaire

Denis Mukwege met en garde contre une dérive autoritaire et un risque de déstabilisation accrue si le pouvoir s’engage dans ce débat. Il appelle les Congolaises et les Congolais à rejeter toute tentative de division et à rester unis pour répondre aux défis existentiels du pays.

Il réaffirme sa volonté de voir la RDC devenir un État de droit « puissant et prospère, fondé sur une véritable démocratie politique, économique, sociale et culturelle ».

« Le Congo n’a pas un problème de textes, mais un problème d’hommes et de femmes », martèle-t-il, pour souligner que la crise congolaise vient de la gouvernance et non de la Constitution.

La priorité, souligne-t-il, n’est pas de changer les règles du jeu, mais de les faire respecter.

Un positionnement constant depuis 2015

Cette prise de position s’inscrit dans la continuité de l’engagement de Denis Mukwege sur la gouvernance en RDC. Depuis 2015, le Prix Nobel de la Paix 2018 s’est régulièrement exprimé contre les tentatives de modification de la Constitution visant à prolonger les mandats présidentiels.

La déclaration intervient alors que la question d’une révision constitutionnelle revient régulièrement dans le débat public à Kinshasa, à moins de trois ans de la fin du second mandat présidentiel prévue le 20 janvier 2029.

La majorité entre révision technique et 3e mandat

Au sein de l’Union sacrée, la volonté de réviser la Constitution est officiellement assumée, mais les motivations divergent. Plusieurs cadres de la majorité présidentielle présentent la démarche comme une nécessité technique pour adapter la loi fondamentale aux réalités du pays. Cependant, ils n’évoquent pas directement la question des mandats présidentiels. D’autres élus et alliés du pouvoir sont plus explicites et plaident ouvertement pour le maintien de Félix Tshisekedi au-delà de 2029.

Le Président congolais lui-même s’était exprimé sur le sujet lors de sa conférence de presse du 6 mai 2026. Il avait appelé à ne pas « prêter attention » aux déclarations des partisans d’un 3e mandat, tout en affirmant sa volonté de respecter la Constitution. Il avait cependant ajouté que « si le peuple l’exprime clairement », il pourrait aller au-delà des deux mandats prévus par l’article 220. Une sortie qui a relancé le débat sur l’interprétation de la volonté populaire face aux verrous constitutionnels.

L’opposition dénonce une manœuvre pour contourner l’alternance

Du côté de l’opposition, le rejet est quasi unanime. Martin Fayulu, lors de son point de presse du 12 mai 2026 à Kinshasa, a qualifié le débat sur la révision de « diversion dangereuse » organisée pour masquer l’échec sécuritaire et social du pouvoir. Il a rappelé que la Constitution ne peut être modifiée pendant l’état de siège et de guerre, conformément à l’article 219. Il a également accusé la majorité de préparer une confiscation du pouvoir.

D’autres leaders de l’opposition et de la société civile dénoncent aussi une « Constitution imposée par la majorité » qui ignorerait les priorités réelles des Congolais. Ils exigent que le Gouvernement concentre ses efforts sur la sécurisation de l’Est et l’organisation des élections dans les délais constitutionnels.

Une population divisée, mais majoritairement opposée à la révision

Sur le terrain, l’opinion reste partagée mais penche vers le rejet. Selon plusieurs observateurs, une majorité de Congolais se déclare opposée à toute modification du nombre et de la durée des mandats présidentiels avant 2029.

L’argument principal avancé est le respect de l’alternance démocratique et la priorité donnée à l’organisation des élections générales prévues en décembre 2028.

Dans l’Est du pays, la question suscite aussi de la méfiance. Pour de nombreux habitants du Nord et du Sud-Kivu, discuter d’une révision constitutionnelle alors que plus de 12 millions de personnes restent privées de vote à cause de l’insécurité revient à exclure une partie du pays du débat national.

Le mot d’ordre « Touche pas à ma Constitution » gagne du terrain dans les mobilisations citoyennes.