La RDC réélue au Conseil de paix et sécurité de l’UA avec 44 voix

ADDIS-ABEBA – La République démocratique du Congo a obtenu un score sans appel ce mercredi 11 février 2026. Réélue au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS) avec 44 voix sur 48 lors du scrutin organisé dans la capitale éthiopienne, Kinshasa entame un deuxième mandat consécutif au sein de cette instance stratégique.

Le ministère congolais des Affaires étrangères, qui a annoncé la nouvelle, rappelle que ce nouveau mandat fait suite à celui entamé le 1er avril 2024. La RDC avait déjà exercé la présidence tournante du CPS à deux reprises : en novembre 2024 et en janvier 2026.

Un organe au cœur de l’architecture sécuritaire africaine

Le Conseil de paix et de sécurité est l’organe décisionnel permanent de l’Union africaine. Véritable colonne vertébrale de l’architecture de paix continentale, il est chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits en Afrique. Sa composition restreinte – quinze membres élus selon une répartition géographique – en fait une instance particulièrement influente.

Une marque de confiance et un outil stratégique

Cette réélection avec un score de 91,6 % des suffrages constitue un signal politique fort. Elle témoigne de la crédibilité diplomatique acquise par Kinshasa auprès des capitales africaines, malgré les tensions régionales persistantes.

Pour la RDC, directement engagée dans plusieurs crises sécuritaires – notamment l’agression rwandaise dans sa partie orientale et le processus de pacification du Grand Bandundu –, siéger au CPS offre une position stratégique. Kinshasa pourra peser davantage sur les décisions continentales concernant son propre dossier, mais aussi contribuer à la stabilisation d’autres foyers de tension sur le continent.

Une présence renforcée dans l’agenda africain

Cette réélection s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large pour la RDC, qui accueille par ailleurs le Médiateur de l’UA pour la crise des Grands Lacs (Faure Gnassingbé) et travaille en étroite coordination avec la présidence angolaise de l’UA.

Alors que se prépare le 39e Sommet des chefs d’État prévu dans les prochains jours à Addis-Abeba, ce mandat renouvelé offre à Kinshasa une tribune supplémentaire pour défendre sa vision de la paix et de la sécurité sur le continent. Le message est clair : la RDC entend jouer un rôle de premier plan dans les affaires africaines.

Dialogue national en RDC : l’ONU salue la médiation Angolaise

KINSHASA – L’ONU met un pied dans l’effort de médiation intra-congolaise. À l’issue de consultations avec les forces politiques et sociales de la RDC et les autorités nationales, le secrétaire général adjoint aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a salué ce mardi 11 février la disponibilité de l’Angola à contribuer à l’organisation d’un dialogue national inclusif.

« Nous avons pris note avec beaucoup d’intérêt de la disponibilité de l’Angola à aider à l’organisation d’un dialogue inclusif », a déclaré le haut responsable onusien, soulignant qu’« un grand nombre de formations politiques ont des attentes en ce sens ».

Une tierce partie jugée « essentielle »

Pour Jean-Pierre Lacroix, la clé de la réussite d’un tel dialogue réside dans l’implication d’un médiateur extérieur crédible. « L’apport d’une tierce partie, et l’Angola peut effectivement jouer ce rôle, est essentiel pour atteindre cet objectif », a-t-il affirmé.

Cette déclaration constitue un soutien explicite des Nations unies à la diplomatie angolaise dans le dossier congolais, renforçant le rôle déjà central joué par Luanda, via le président João Lourenço, à la tête de l’Union africaine.

La MONUSCO en appui technique

Au-delà du dialogue, le responsable onusien a réaffirmé le rôle de la MONUSCO dans l’accompagnement des progrès sécuritaires. « L’importance cruciale est que les efforts diplomatiques s’intensifient pour concrétiser les engagements, en particulier sur le cessez-le-feu », a-t-il insisté.

Il a précisé que la Mission onusienne se tient « prête, disponible et proactive » pour appuyer ces avancées, notamment en matière de vérification du respect des trêves, conformément à son mandat.

Un signal envoyé à Kinshasa et aux acteurs politiques

Cette prise de position intervient à un moment où les appels à un dialogue intercongolais se multiplient, alors que les processus de paix externes (Washington, Doha) peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. En validant la piste angolaise, l’ONU envoie un signal clair à Kinshasa : la communauté internationale est prête à soutenir une solution endogène, pourvu qu’elle soit inclusive et sincère.

Reste désormais à transformer cette « disponibilité » angolaise en une feuille de route concrète, acceptée par le pouvoir et les différentes forces politiques. Jean-Pierre Lacroix achève sa visite sur cette note d’espoir, mais aussi d’exigence.

L’ONU prête à soutenir les processus de paix dans l’Est de la RDC

KINSHASA – Le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, affiche une position ferme. Ce lundi 9 février, il a réaffirmé la détermination des Nations unies à soutenir les efforts diplomatiques pour ramener la paix dans l’Est de la RDC.

Après sa rencontre avec le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, le responsable onusien a présenté l’état des initiatives en cours. Il a aussi rappelé le rôle d’appui de la MONUSCO.

Un appui à tous les processus de paix

Jean-Pierre Lacroix a évoqué plusieurs pistes diplomatiques. Il a cité les processus de Washington et de Doha. Il a également mentionné l’implication de l’Union africaine et le projet de conférence internationale pour le PANAC.

Il a ensuite clarifié sa mission. Selon lui, la MONUSCO veut soutenir activement les engagements pris. Elle compte surtout appuyer le respect du cessez-le-feu. D’ailleurs, la mission onusienne avait déjà salué, le 4 février, les avancées des pourparlers de Doha. Elle avait aussi affiché sa volonté d’agir rapidement.

Un cessez-le-feu qui dépend des acteurs

Cependant, Jean-Pierre Lacroix a posé une limite claire. Pour lui, les acteurs du conflit doivent appliquer eux-mêmes le cessez-le-feu. Personne ne peut imposer la paix de l’extérieur. Il appelle donc toutes les parties à s’impliquer pleinement.

En parallèle, il rappelle l’existence d’un mandat du Conseil de sécurité. La résolution 2808 (2025) autorise la MONUSCO à fournir un appui technique et logistique. Cet appui passe notamment par le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus de la CIRGL.

Coopération renforcée avec Kinshasa

Cette visite intervient dans un contexte diplomatique actif. À l’approche du sommet de l’Union africaine, les consultations se multiplient. L’ONU veut donc resserrer sa coopération avec les institutions congolaises.

Par ailleurs, la MONUSCO poursuit son retrait progressif de certaines provinces. En revanche, elle concentre désormais ses efforts sur l’appui politique et sécuritaire. La présence de Jean-Pierre Lacroix à Kinshasa s’inscrit dans cette logique. Au même moment, les présidents Tshisekedi et Lourenço échangent à Luanda avec le médiateur de l’UA. Tous cherchent une meilleure coordination régionale.

En conclusion, l’ONU se dit prête à soutenir le processus. Toutefois, elle attend un engagement réel des belligérants. L’émissaire onusien insiste : seule une volonté politique commune peut mettre fin aux hostilités.

Tshisekedi à Luanda pour une médiation cruciale sur la crise à l’Est

LUANDA/KINSHASA – Dans un dernier effort diplomatique avant le sommet de l’Union africaine, le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu ce lundi 9 février à Luanda, sur invitation de son homologue angolais João Lourenço, qui assure également la présidence en exercice de l’UA. Cette visite de travail, annoncée par la porte-parole Tina Salama, a pour cœur un entretien en tête-à-tête centré sur la recherche de solutions à la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la RDC.

Les deux dirigeants doivent passer en revue les initiatives régionales et internationales de médiation en cours, avec un objectif clair : « ramener la paix et la stabilité » et mieux coordonner les efforts diplomatiques dispersés. Cette rencontre s’inscrit dans un timing particulièrement serré, à quelques jours seulement de l’ouverture du 39e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, prévu les 14 et 15 février à Addis-Abeba.

Une triangulation diplomatique de haut niveau

La visite de Tshisekedi à Luanda n’est pas isolée. Elle coïncide avec la présence dans la capitale angolaise du médiateur principal de l’UA pour la région des Grands Lacs, Faure Essozimna Gnassingbé. Le président togolais, qui achève une tournée régionale l’ayant conduit au Rwanda, au Burundi et en Ouganda, vient consulter le président Lourenço pour aligner les stratégies continentales.

Cette convergence à Luanda forme une triangulation diplomatique cruciale : le pays directement concerné (RDC), la présidence en exercice de l’UA (Angola) et le médiateur mandaté (Togo) unissent leurs voix dans un ultime round de consultations. L’enjeu est de parvenir à une position africaine commune et ferme à présenter lors du sommet.

La course contre la montre avant Addis-Abeba

Ce ballet diplomatique intensif fait suite à plusieurs mois de préparations. Après une réunion fondatrice à Lomé le 17 janvier, qui a défini une nouvelle architecture de médiation placée sous l’autorité de Gnassingbé, le médiateur a multiplié les shuttles entre les capitales de la région.

Avant de rencontrer les présidents Kagame, Ndayishimiye et Museveni, il s’était entretenu avec Tshisekedi à Kinshasa. Les discussions avaient alors porté sur la coordination des efforts de médiation régionaux et continentaux, et sur la nécessité d’harmoniser les initiatives parallèles, comme celles menées par les États-Unis (accords de Washington) et le Qatar (pourparlers de Doha).

Un test pour la crédibilité de la médiation africaine

Les rencontres de Luanda représentent donc le dernier coup d’accélérateur avant le rendez-vous d’Addis-Abeba. Pour l’Union africaine, le défi est de taille : prouver qu’elle peut porter une solution endogène, cohérente et crédible face à une crise qui mine la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

La présence conjointe de Tshisekedi et de Gnassingbé aux côtés de Lourenço symbolise la volonté de placer ce dossier au sommet de l’agenda continental. Les conclusions de ces échanges détermineront le ton et les attentes du sommet, où la communauté internationale attendra des actes concrets pour mettre fin à un conflit dont le coût humain ne cesse de croître.

L’UA condamne une attaque « terroriste » du M23 sur l’aéroport de Kisangani

KISANGANI / ADDIS-ABEBA – L’attaque a propulsé la guerre dans une nouvelle dimension, plus sombre et plus dangereuse. Ce vendredi 6 février, la Commission de l’Union africaine (UA) a franchi un cap dans sa condamnation de la rébellion AFC/M23, dénonçant l’attaque par drone contre l’aéroport de Kisangani comme un acte qui pourrait relever du « terrorisme ».

Dans un communiqué sans équivoque, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a lancé un avertissement sévère : en visant une grande infrastructure civile en plein cœur urbain, loin des lignes de front du Nord-Kivu, le M23 a commis une « violation grave du droit international humanitaire » et joue avec l’escalade.

Un signal d’alarme continental

L’UA ne s’est pas contentée d’une condamnation de routine. Elle a brandi la menace juridique maximale. En invoquant la Convention de l’OUA de 1999 pour la prévention et la lutte contre le terrorisme, l’organe continental souligne que de tels actes « peuvent engager la responsabilité pénale individuelle de leurs auteurs et commanditaires ». Un langage rare, qui place l’attaque sous un jour criminel nouveau et pourrait ouvrir la voie à des poursuites internationales.

« Le président de la Commission met en garde contre l’extension des hostilités à des villes éloignées (…) ce qui constitue un facteur majeur d’escalade », a insisté le communiqué, exprimant une « plus profonde préoccupation » pour la stabilité régionale et la situation humanitaire déjà catastrophique.

Kisangani, cible symbolique et stratégique

La cible n’a pas été choisie au hasard. Kisangani, capitale de la vaste province de la Tshopo, est une ville majeure de l’est congolais, éloignée de plusieurs centaines de kilomètres des bastions du M23. En revendiquant une frappe sur son aéroport – que Kinshasa affirme être une base aérienne militaire –, la rébellion envoie un message de puissance et de capacité de nuisance à longue portée.

Elle démontre aussi, de façon spectaculaire, l’échec cuisant des processus de paix censés endiguer le conflit.

L’enterrement des accords de Washington et de Doha ?

L’attaque survient en effet comme un crachat sur la table des négociations. Elle intervient des mois après la solennelle signature des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda, sous l’œil de l’ancien président américain Donald Trump, et au moment même où les pourparlers de Doha, sous médiation qatarienne, viennent péniblement de reprendre.

Le constat de l’UA est accablant : « la situation sur le terrain demeure inchangée ». Les combats font rage, les accusations mutuelles entre Kinshasa et Kigali pleuvent, et les mesures convenues – cessez-le-feu, désescalade, réintégration – restent lettre morte. L’attaque sur Kisangani est le symptôme le plus violent de cette paralysie diplomatique.

Un appel à l’action qui sonne comme un ultimatum

Face à cette fuite en avant, l’Union africaine lance un triple appel :

  1. Au M23 : cesser immédiatement les hostilités et renoncer aux méthodes de guerre « aveugles ».

  2. À toutes les parties : mettre en œuvre « sans délai et de bonne foi » l’Accord de Doha.

  3. À la communauté internationale : l’UA réaffirme son soutien à la souveraineté de la RDC et se dit prête à coordonner les efforts pour une paix crédible.

En qualifiant l’acte de potentiel terrorisme, l’UA place la barre très haut. Elle transforme ce qui était perçu comme une rébellion locale en une menace contre la sécurité et les principes continentaux. Ce changement de narratif pourrait justifier, à l’avenir, des mesures de pression bien plus fortes. Pour les populations de l’Est, prises entre les combats et désormais sous la menace de drones, ce durcissement verbal doit rapidement se traduire en actes concrets sur le terrain, sous peine de n’être qu’une condamnation de plus dans un conflit qui n’en finit pas.

Washington envoie un message fort : Les sénateurs américains à Tshisekedi sur le M23, les minerais critiques et la paix

Le président congolais Félix Tshisekedi a reçu, mercredi 4 février à Washington, un message à la fois de soutien et d’exigences de la part du Congrès américain. Il a été reçu par les sénateurs Jim Risch (Républicain) et Jeanne Shaheen (Démocrate), respectivement président et vice-présidente de la puissante Commission des relations étrangères du Sénat.

Dans un communiqué publié à l’issue de la rencontre, les deux élus ont affirmé que les États-Unis étaient prêts à devenir « un partenaire plus fort » de la RDC, mais ont conditionné ce soutien bipartisan à des « efforts sérieux de toutes les parties » pour respecter leurs engagements.

Une pression accrue sur Kigali et Kinshasa

Le ton était particulièrement ferme concernant la sécurité à l’Est. Les sénateurs ont exprimé leur profonde préoccupation face à « l’occupation persistante de certaines parties de l’est du Congo par le groupe M23 soutenu par le Rwanda ». Ils ont appelé à un retrait complet des forces rwandaises du territoire congolais, présenté comme la condition sine qua non pour une « chance réelle de paix durable ».

Le communiqué qualifie la situation dans l’Est de « catastrophe humanitaire », avec 26 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, et souligne que « les femmes, les enfants et les communautés minoritaires ne peuvent rester des dommages collatéraux ».

Des attentes également envers le gouvernement congolais

Fait notable, les sénateurs américains n’ont pas épargné Kinshasa. Ils estiment que la stabilité à long terme exige que la RDC « prenne des mesures décisives contre les FDLR et les milices Wazalendo violentes ». Ils appellent le gouvernement à s’engager dans un dialogue national crédible ou des solutions politiques pour renforcer la cohésion nationale, condition essentielle, selon eux, à « l’avenir du partenariat bilatéral ». Ce lien explicite entre action interne et soutien externe marque une évolution significative.

Le partenariat économique en ligne de mire

Au-delà de la sécurité, les discussions ont porté sur les piliers économiques de la coopération. Les sénateurs ont abordé le partenariat stratégique sur les minerais critiques et la poursuite des investissements pour revitaliser le corridor de Lobito, présenté comme un levier de croissance mutuelle et de commerce régional.

Ce rendez-vous au Capitole envoie donc un signal politique fort : l’aide et les investissements américains sont directement liés aux progrès concrets sur le terrain, tant en matière de désescalade militaire avec le Rwanda que de gouvernance et d’action contre tous les groupes armés par Kinshasa. Pour Tshisekedi, le soutien de Washington se mérite désormais au prix d’actions tangibles.

Dialogue national en RDC : Tshisekedi pose ses conditions, l’opposition crie au « simulacre »

Le président Félix Tshisekedi a enfin répondu aux appels pressants pour un dialogue national, mais sous des conditions qui divisent déjà profondément la classe politique. Lors d’un échange de vœux avec le corps diplomatique, le chef de l’État a reconnu la nécessité de l’unité, tout en posant un cadre strict : le dialogue doit se tenir sur le territoire national, sous la conduite des institutions de la République et ne peut remettre en cause les institutions issues des élections.

Cette annonce, loin de calmer les esprits, a déclenché une vague de rejets et de critiques de la part de l’opposition et de la société civile.

L’opposition unie dans le rejet, mais divisée sur les motifs

  • Ensemble pour la République (Moïse Katumbi) a qualifié la proposition de « simulacre », exigeant que le dialogue soit placé sous l’égide des Églises (CENCO-ECC), comme le veut la tradition.

  • Envol (Delly Sesanga) a mis en garde contre les « dialogues de circonstance » utilisés pour renforcer le pouvoir en place sans réelle volonté de réforme.

  • Sauvons la RDC (camp Kabila) a accusé Tshisekedi d’avoir « choisi délibérément l’escalade », engageant sa « responsabilité devant l’histoire ».

  • Le Cadre de concertation des forces politiques estime qu’il « n’appartient pas au président de décider unilatéralement » des modalités.

Même la société civile, par la voix de Jean-Claude Katende (ASADHO), déplore des conditions « difficilement acceptables » et rappelle que le « dialogue n’est pas une blanchisserie ».

Le cœur du différend : la médiation des Églises

Le point de crispation majeur est le refus de Tshisekedi de confier la médiation au duo CENCO-ECC, pourtant largement consensuel dans l’opposition. Le pouvoir leur reproche un « manque de neutralité », notamment sur la question de l’agression rwandaise.

Une convergence sur le besoin, une divergence totale sur la méthode

Malgré ce tumulte, les analystes relèvent un point de convergence : tout le monde reconnaît l’importance d’un dialogue face à l’agression. Mais les approches sont irréconciliables. Tshisekedi veut un dialogue institutionnel et souverain ; l’opposition exige un dialogue inclusif et indépendant, facilité par des médiateurs extérieurs au pouvoir.

Alors que les processus de paix de Washington et Doha piétinent, et que les violences s’intensifient à l’Est, le pays semble plus que jamais polarisé, incapable de s’entendre sur la manière même de se parler. Le dialogue, présenté comme une solution, devient lui-même un nouveau champ de bataille politique.

Jean-Marc Kabund officiellement investi candidat à la présidentielle 2028 par l’UDC

 La course à la présidentielle de 2028 prend forme. L’Union des Démocrates Congolais (UDC) a désigné, dimanche 1er février, Jean-Marc Kabund comme son candidat à la magistrature suprême, lors du premier congrès du parti tenu à Kinshasa. Une décision présentée par le leader de l’UDC, Jhollyno Kasanga, comme un « choix démocratique et souverain » et une « force de rupture » face au régime Tshisekedi.

Le tribun, ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, a donné une portée collective à cette investiture. « Mon investiture n’est pas une consécration individuelle, c’est une mission collective », a-t-il déclaré, affirmant la recevoir « avec humilité, gravité et responsabilité » au nom des « jeunes sans avenir, des femmes sans protection, des travailleurs sans salaire digne ».

Une campagne sous le signe de la « rupture radicale »

Kabund, dont le parti l’Alliance pour le Changement (A.ch) fait partie de la Coalition de la Gauche Congolaise (CGC) qui le dirige, a tracé les contours d’un projet en opposition frontale avec l’actuel pouvoir. « Notre pouvoir ne sera pas celui de la vengeance mais du pardon, de la réconciliation et de la refondation. (…) Il ne sera pas non plus celui de la continuité du système actuel, mais celui de la rupture radicale », a-t-il promis.

Jhollyno Kasanga a, quant à lui, martelé la nécessité d’offrir une « alternative politique crédible et courageuse » face à la « mauvaise gouvernance, l’injustice sociale, l’impunité et la corruption ». Il a aussi lancé un avertissement : « La Constitution est ferme. 2028 est une année électorale, elle doit être respectée et sera respectée. L’UDC ne permettra ni glissement politique ni confiscation de la souveraineté populaire ».

Des consultations discrètes en Europe

Rentré à Kinshasa le 30 janvier après plusieurs semaines en Europe, Jean-Marc Kabund aurait mené des consultations discrètes avec des figures de l’opposition congolaise et des responsables de l’Union européenne, selon son entourage. Il annonce l’organisation prochaine d’une « matinée politique » pour clarifier sa démarche.

Cette désignation, intervenue deux ans avant le scrutin, marque le premier mouvement structuré de l’opposition congolaise en vue de 2028 et place d’emblée Jean-Marc Kabund comme un prétendant sérieux à la succession de Félix Tshisekedi.

Tshisekedi et Fayulu à Washington pour le National Prayer Breakfast 2026

Cette semaine, la capitale américaine accueille deux figures politiques congolaises majeures. Le président Félix Tshisekedi et l’opposant Martin Fayulu participent au National Prayer Breakfast 2026. Ce traditionnel « petit-déjeuner de prière » mêle foi, politique et affaires.

Martin Fayulu est arrivé à Washington lundi 2 février. Il prend part à l’événement prévu jeudi 5 février. De son côté, Félix Tshisekedi devrait le rejoindre pour cette 74e édition. Chaque premier jeudi de février, cette rencontre rassemble des personnalités chrétiennes, des élus et des entrepreneurs. Tous partagent des temps de prière et des échanges informels.

Des responsables religieux congolais aussi présents

Plusieurs figures religieuses composent également la délégation congolaise. Parmi elles figurent le pasteur Éric Senga, secrétaire général de l’ECC, ainsi que Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO. Ainsi, leur participation montre l’intérêt des communautés chrétiennes pour ce rendez-vous.

Un événement à portée historique

Créé en 1953, le National Prayer Breakfast réunit chaque année des décideurs autour de la foi. Le réseau chrétien The Fellowship coordonne l’organisation. Par ailleurs, des parlementaires américains soutiennent l’événement. Depuis Eisenhower, tous les présidents américains ont participé à cette rencontre. Cette année, les sénateurs Kirsten Gillibrand et Roger Marshall assurent la coprésidence honorifique.

Officiellement, les organisateurs veulent encourager la prière collective, le dialogue et la réconciliation. Dans ce contexte, la présence de Tshisekedi et Fayulu attire l’attention. Leur déplacement pourrait donc favoriser des échanges informels en marge des cérémonies.

L’UE interdit toutes les compagnies aériennes congolaises pour raisons de sécurité

Bruxelles / Kinshasa – C’est un coup dur pour la mobilité et le tourisme. Alors que les vacances d’hiver approchent, la Commission européenne a actualisé sa liste noire des compagnies aériennes, et le constat est implacable pour la République démocratique du Congo : la totalité de ses 23 compagnies aériennes certifiées sont désormais interdites de vol dans l’espace aérien de l’Union européenne.

Cette mesure radicale, qui touche près de 170 compagnies dans le monde depuis janvier 2026, s’explique par un manquement aux normes de sécurité. Selon Bruxelles, l’autorité nationale de sécurité aérienne congolaise ne remplirait pas les standards internationaux établis par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

« La sécurité est notre priorité absolue », a justifié la Commission, précisant que cette interdiction vise à protéger les passagers circulant dans le ciel européen. Concrètement, aucun avion opéré par une compagnie congolaise ne peut plus atterrir ou survoler un pays de l’UE.

Un défi logistique et économique majeur

Cette décision plonge dans l’embarras les voyageurs congolais qui prévoyaient de se rendre en Europe. Ils devront désormais trouver des itinéraires alternatifs, souvent plus longs et coûteux, via des compagnies étrangères depuis des pays tiers.

C’est aussi un revers économique sévère pour les compagnies aériennes congolaises, privées d’un marché vital et d’une source de revenus importante. Cette interdiction générale souligne les carences persistantes dans la supervision et le contrôle de l’aviation civile en RDC.

Pour que les liaisons soient rétablies, les autorités congolaises devront mener d’importantes réformes pour relever les standards de sécurité et convaincre les inspecteurs européens de leur fiabilité. En attendant, le pont aérien entre la RDC et l’Europe est rompu.

États-Unis : des élus débattent de sanctions contre le Rwanda pour la crise en RDC

Washington D.C. – L’impatience gagne le Congrès américain.
Alors que le processus de paix parrainé par Washington piétine dans l’Est de la RDC, des élus américains ouvrent désormais un débat sensible. Ils envisagent l’imposition de sanctions contre le Rwanda, rapporte The Africa Report.

Selon des sources parlementaires citées par le média, plusieurs membres du Congrès estiment que Kigali porte une part de responsabilité directe dans la lenteur de la mise en œuvre des accords de Washington, signés en 2025. Ils pointent aussi la persistance des violences sur le terrain.
Pour ces élus, les sanctions constitueraient un outil de pression politique, destiné à forcer des résultats concrets. Le message se veut clair : le soutien à la paix doit produire des effets mesurables.

Des sanctions envisagées comme levier politique

Pour les législateurs américains, la patience atteint ses limites.
Ils considèrent que les engagements pris dans le cadre des accords de Washington tardent à se traduire par des avancées réelles. Dans ce contexte, l’option coercitive gagne du terrain au Capitole.

L’objectif affiché reste toutefois politique. Les élus veulent pousser Kigali à respecter pleinement ses engagements, notamment en matière de sécurité et de désescalade régionale. Ils estiment que la diplomatie seule ne suffit plus.

Une implication américaine de plus en plus visible

Ce débat intervient alors que les États-Unis renforcent leur implication dans le dossier congolais.
La médiation américaine connaît un nouvel élan, marqué par l’engagement personnel du vice-président J.D. Vance. Cette implication vise à relancer un processus de paix largement critiqué pour son manque d’impact sur le terrain.

The Africa Report souligne que ces discussions traduisent une fracture croissante entre les attentes de Washington et la conduite de Kigali. La tension s’accentue d’autant plus que le groupe rebelle M23, perçu comme soutenu par le Rwanda, a enregistré des avancées territoriales significatives ces derniers mois.

Des accords de Washington sous pression

Les accords de Washington prévoyaient notamment le retrait des troupes rwandaises de l’Est congolais et la mise en place d’un mécanisme de sécurité conjoint.
Cependant, leur application progresse lentement. De nombreux observateurs jugent le processus trop axé sur des intérêts économiques, au détriment de la sécurité des civils.

À ce stade, aucune décision officielle sur des sanctions n’a encore été annoncée.
Des réactions du gouvernement rwandais et du Département d’État américain restent attendues. Toutefois, l’ouverture de ce débat au Congrès marque un tournant potentiel. Washington pourrait passer d’une diplomatie incitative à une approche plus coercitive si Kigali ne démontre pas davantage de bonne foi.

ONUSIDA nomme Marie-Margarète Molnár nouvelle directrice pays pour la RDC

Kinshasa – Le Programme des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a désigné une nouvelle cheffe pour piloter sa stratégie en République démocratique du Congo. Marie-Margarète Molnár prend officiellement les rênes de l’institution onusienne dans le pays, avec pour mission de renforcer l’appui à la réponse nationale contre l’épidémie.

Cette nomination intervient dans le cadre de l’objectif mondial d’éliminer le sida comme problème de santé publique d’ici 2030. Pour y parvenir en RDC, la nouvelle directrice pays devra coordonner l’assistance technique et financière autour des priorités nationales : réduire les nouvelles infections, améliorer l’accès aux traitements antirétroviraux et consolider les systèmes de santé.

Une expérience forgée sur le terrain africain

Marie-Margarète Molnár n’est pas une novice. Elle arrive à Kinshasa après avoir occupé le même poste de Directrice pays de l’ONUSIDA au Burundi, où elle a contribué à la mise en œuvre de stratégies nationales en collaboration avec les autorités, les partenaires techniques et la société civile.

Son parcours au sein du système des Nations Unies lui a conféré une connaissance approfondie des enjeux liés à la prévention, la prise en charge et le suivi du VIH/sida à l’échelle internationale.

« Travailler aux côtés des autorités congolaises »

À l’occasion de sa prise de fonction, la nouvelle directrice a affirmé son engagement : « Je me réjouis de travailler aux côtés des autorités congolaises et de l’ensemble des partenaires engagés dans la lutte contre le VIH/sida, afin de renforcer les interventions existantes et d’élargir leur impact au bénéfice des populations. »

Sa tâche sera de taille dans un pays aussi vaste et complexe que la RDC, où l’accès aux soins reste un défi majeur pour des millions de personnes. Son leadership sera crucial pour harmoniser les efforts des multiples acteurs – gouvernement, agences onusiennes, ONG et communautés – dans la course contre la montre vers 2030.

États-Unis : un élu dénonce l’échec des accords de paix en RDC malgré la signature à Washington

Washington D.C. – Plus d’un mois après la signature solennelle à la Maison Blanche, les accords de paix censés mettre fin à la guerre dans l’Est de la RDC restent lettre morte. Jeudi 22 janvier, devant la Commission des affaires étrangères du Congrès américain, l’administration Trump a tenté de rassurer. Pourtant, sur le terrain, la violence progresse.

Face aux élus, la secrétaire adjointe pour l’Afrique centrale, Sarah Troutman, a réaffirmé l’engagement de Washington. Selon elle, les États-Unis, garants des accords signés fin 2025 par Félix Tshisekedi, Paul Kagame et Donald Trump, feront respecter les engagements pris. Elle a promis des mesures contre tout acteur qui menacerait la paix, reprenant la ligne du secrétaire d’État Marco Rubio.

Au Congrès, un élu dénonce l’aggravation de la violence

Cependant, cet optimisme officiel n’a pas résisté longtemps. Lors de la même audition, un membre du Congrès a livré un constat sévère. Pour lui, il existe un fossé profond entre les discours diplomatiques et la réalité vécue par les Congolais.

« Les Congolais n’ont pas vu la paix. Au contraire, ils ont vu la violence s’aggraver », a-t-il affirmé. Selon l’élu, la population n’a plus le luxe d’attendre. Il a donc appelé à des actions rapides et visibles.

Il a directement mis en cause le M23 et son soutien rwandais. À ses yeux, les États-Unis doivent agir sans délai pour les tenir responsables de l’offensive sur Uvira et de l’occupation de plusieurs zones congolaises. « Il est cruel d’affirmer que la guerre est terminée alors que des civils ont été exécutés pendant les fêtes », a-t-il dénoncé.

Accords bloqués et médiations en panne

Cette audition intervient dans un contexte de paralysie diplomatique. D’une part, les accords de Washington restent inappliqués. D’autre part, le processus de Doha entre Kinshasa et le M23 piétine, malgré la signature d’un accord-cadre. Pendant ce temps, les combats se poursuivent.

Face à cette impasse, certains acteurs tentent de relancer la médiation. L’Angola, retiré du processus en 2025, effectue un retour discret par des consultations élargies. De son côté, le Togo a organisé une réunion de haut niveau le 17 janvier afin de coordonner les initiatives.

Ainsi, le message adressé au Département d’État est clair. La crédibilité de la diplomatie américaine se joue maintenant. Washington ne pourra pas multiplier les promesses sans résultats concrets. Pendant ce temps, pour les populations du Kivu, la guerre ne ralentit pas. Le compte à rebours, lui, a déjà commencé.

L’opposant congolais Seth Kikuni a quitté le pays pour un « lieu sûr »

Seth Kikuni n’est plus sur le territoire congolais. Ce lundi 19 janvier, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales a confirmé son départ. L’opposant, ancien candidat à la présidentielle de 2023, se trouve désormais en lieu sûr.

Selon cette plateforme politique, il a quitté le pays grâce à une opération discrète et coordonnée. Ses proches parlent d’une action courageuse. Ils affirment surtout que ce départ répond à des menaces récentes.

En effet, l’opposition évoque une lettre datée du 15 décembre 2025. Elle émane de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire. Le document aurait été adressé au Procureur général. Selon le Cadre de concertation, cette démarche préparait une nouvelle procédure jugée arbitraire et politique contre Seth Kikuni.

Par ailleurs, le communiqué remercie les personnes et organisations impliquées. Elles auraient facilité cette opération délicate. Le texte décrit un contexte marqué par de fortes pressions et des atteintes aux libertés fondamentales. Enfin, l’opposant prévoit de s’exprimer bientôt. Il souhaite expliquer les circonstances exactes de son départ.

Un parcours judiciaire lourd et une opposition toujours active

Ce départ s’inscrit dans une longue série d’épreuves. Seth Kikuni a multiplié les démêlés judiciaires ces dernières années. En mars 2025, il est sorti de la prison de Makala. Il y avait passé six mois.

Quelques mois plus tôt, en septembre 2024, la justice l’avait condamné à un an de prison. Les charges portaient sur l’incitation à la désobéissance civile et la propagation de faux bruits. Depuis, la pression ne s’est jamais relâchée.

En octobre 2025, son retour de Nairobi a marqué un nouveau tournant. À l’aéroport de Ndjili, des agents se présentant comme membres de l’ANR l’ont interpellé. La Direction générale de migration a confisqué son passeport. Elle ne le lui a jamais restitué.

Depuis l’étranger, Seth Kikuni reste actif. Dès ce lundi, il a critiqué la participation de Félix Tshisekedi au Forum économique mondial de Davos. Selon lui, ce déplacement ne correspond pas aux priorités internes du pays.

Ainsi, son départ relance le débat politique. Il accentue aussi les tensions. De nombreux observateurs s’interrogent désormais sur l’espace laissé à l’opposition et sur l’état des libertés fondamentales en République démocratique du Congo.

Assassinat Laurent-Désiré Kabila : 25 ans de blessures et de souvenirs

Kinshasa, 16 janvier 2026 – L’assassinat de Laurent-Désiré Kabila demeure l’un des événements les plus marquants de l’histoire politique de la RDC. Il y a vingt-cinq ans, un coup de feu retentissait dans le bureau du Palais de Marbre. Le président s’effondrait, frappé par un de ses gardes du corps. Aujourd’hui encore, cette tragédie traverse la mémoire nationale et soulève des questions toujours sans réponse.

Ce jour-là, l’après-midi bascule dans le chaos. Rashidi Mizele, un garde du corps, tire sur Kabila avant d’être abattu. Le ministre Mashako Mamba, présent sur place, tente de le ranimer en vain. Dans les heures qui suivent, le pouvoir tangue. Un « comité de crise » se forme. D’abord, on annonce que le président est vivant. Puis la vérité s’impose : le président est mort.

Succession et procès après l’assassinat Laurent-Désiré Kabila

Dans le vide, le colonel Eddy Kapend, aide de camp de Kabila, prend le contrôle. Un couvre-feu est décrété. Derrière des portes closes, Joseph-Désiré Kabila, son fils, est choisi comme successeur. Dix jours plus tard, il devient président. La transition est rapide, mais l’énigme reste entière.

Un procès militaire condamne à mort Kapend et vingt-cinq autres personnes, tous clament leur innocence. Une grâce présidentielle récente a fermé le dossier judiciaire. Les commanditaires, eux, restent inconnus.

L’héritage politique après l’assassinat Laurent-Désiré Kabila

Pour comprendre l’impact de l’assassinat Laurent-Désiré Kabila, il faut revenir à sa vie. De chef de maquis dans l’Est à libérateur de Kinshasa en 1997, Kabila incarne la revanche des vaincus. Son mantra, « Prenez-vous en charge », défie les anciennes puissances et les voisins prédateurs. Mais il devient un dirigeant solitaire, rompt avec le Rwanda et plonge le pays dans une guerre régionale dévastatrice.

Aujourd’hui, son héritage divise : pour certains, il reste le bouclier souverainiste. Pour d’autres, il incarne l’autorité et le verrouillage du système. Chaque crise à l’Est, chaque débat sur l’ingérence étrangère, fait resurgir son spectre et son avertissement.

La commémoration officielle de ce jour active une mémoire vive. Le coup de feu de 2001 n’était pas une fin, mais le début d’une longue résonance. Dans la trajectoire tourmentée du Congo, la mort d’un président reste un événement politique et géopolitique, dont l’impact se fait sentir des décennies plus tard.

Le temps a passé, les régimes ont changé, mais la balle continue son voyage. Elle interroge encore : qui a vraiment tué Mzee ? Et qu’a-t-on tué ce jour-là ? Un homme, sûrement. Une idée de souveraineté congolaise, peut-être. Vingt-cinq ans après, la résonance de l’assassinat Laurent-Désiré Kabila reste assourdissante.

Judith Suminwa inaugure l’ambassade de la RDC aux Émirats

Entre deux sessions du sommet mondial sur le climat, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a marqué les esprits, mercredi, par un geste symbolique. Loin des caméras, elle a inauguré le nouveau siège de l’ambassade de la RDC aux Émirats arabes unis. Plus qu’un simple bâtiment, il représente une nouvelle ère diplomatique, moderne et ambitieuse.

Le siège, entièrement rénové, s’impose comme une silhouette fonctionnelle au cœur d’Abou Dhabi. Il reflète la volonté du président Félix Tshisekedi et du gouvernement Suminwa de doter le pays d’outils diplomatiques à la hauteur de ses ambitions. Ici, plus de locaux vétustes rappelant un passé en demi-teinte. L’architecture moderne illustre rigueur, projection et accueil.

« Cet édifice se veut un outil au service de nos relations et un levier pour l’attractivité de notre pays », a déclaré la cheffe du gouvernement. Les couloirs du siège incarnent une philosophie : une diplomatie agissante et crédible, tournée vers l’action économique, et non seulement vers la représentation protocolaire.

Une diplomatie tournée vers l’investissement et la prospérité

L’enjeu est clair. Dans une région stratégique, carrefour des investissements mondiaux et des technologies vertes, la RDC souhaite jouer un rôle plus affirmé. Ce nouvel ambassade est la base avancée de cette offensive. Elle doit promouvoir les investissements, nouer des partenariats stratégiques autour des minerais critiques, de l’hydroélectricité ou de la gestion forestière. Elle sert également à vendre l’image d’un pays-solution, riche de son potentiel.

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L’inauguration marque un commencement, pas une fin. Elle signale que la diplomatie congolaise se muscle et qu’elle veut devenir un instrument de prospérité. Les diplomates disposeront désormais, à l’image du siège, des moyens pour concrétiser leurs ambitions. À Abou Dhabi, une porte s’est ouverte, plus grande et lumineuse. La RDC compte y faire entrer le monde.

Crise en RDC : le retour calculé de l’Angola dans le jeu diplomatique

Après avoir claqué la porte de la médiation en mars 2025, l’Angola revient aujourd’hui dans la crise congolaise. Ce retour, à la fois discret et stratégique, suscite des interrogations. Pourquoi maintenant ? Avec quelles intentions ?

Depuis le début de l’année 2026, le président João Lourenço a repris langue avec Kinshasa. Deux rencontres avec le président congolais ont eu lieu. Des propositions sécuritaires ont été mises sur la table, mais aucune décision immédiate n’a été prise. Le message est clair : Luanda avance prudemment, consciente de la complexité d’un conflit où les initiatives se superposent sans toujours produire d’effets sur le terrain.

Une médiation qui s’élargit

La médiation angolaise ne se limite plus aux canaux officiels. En recevant discrètement l’ancien président Joseph Kabila et son entourage, l’Angola rouvre une porte longtemps verrouillée. Celle d’un dialogue politique plus large, où la question sensible de la condamnation à mort de l’ex-chef de l’État reste un obstacle majeur à toute réconciliation nationale. C’est un signal fort, dans un contexte où les lignes internes congolaises demeurent profondément fracturées.

Plus surprenant encore, Luanda a également engagé des contacts avec l’AFC/M23. Une démarche risquée mais révélatrice : aucune solution durable ne semble possible sans inclure les acteurs armés qui contrôlent une partie du territoire. La lettre adressée par Corneille Nangaa au président angolais illustre cette ambiguïté. Le M23 veut savoir : nouveau processus ou simple ajustement ? Et surtout, quelle place pour Doha dans ce jeu diplomatique déjà saturé ?

Diplomatie tous azimuts et urgence sur le terrain

Parallèlement, l’Angola consulte les Églises congolaises, acteurs moraux et sociaux incontournables. Elle rassure également le Qatar, dont le processus peine à s’imposer sur le terrain. Cette diplomatie tous azimuts traduit une ambition claire : reprendre une position centrale dans la médiation régionale, sans entrer en concurrence frontale avec Washington ou Doha.

Mais le temps presse. À l’est de la RDC, les armes parlent plus fort que les communiqués. Malgré les accords et les cessez-le-feu proclamés, les violences continuent, nourries par des décennies d’instabilité et par l’échec répété des solutions partielles.

Le retour de l’Angola pose une question essentielle : assiste-t-on à une véritable relance diplomatique ou à une énième tentative de repositionnement régional ? Dans une crise où les processus se multiplient mais se neutralisent, seule une médiation capable d’articuler sécurité, politique et souveraineté pourra espérer rompre le cycle de l’échec.

RDC-Togo : Tshisekedi et Gnassingbé relancent la paix à l’Est

Ce lundi matin à Lomé, l’air était chargé de plus que de l’habituelle chaleur togolaise. Sur le tarmac, deux présidents se serraient la main, unissant bien plus que deux nations : ils scellaient, peut-être, une nouvelle chance pour la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.

Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président congolais, était en visite éclair à l’invitation de son homologue togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Leur objectif ? Relancer une dynamique diplomatique qui semblait s’essouffler, à l’heure où la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs continue de faire rage.

Les deux dirigeants se sont immédiatement enfermés pour des entretiens en tête-à-tête, loin des caméras et des discours protocolaires. Au cœur de leurs discussions : la redoutable équation de l’Est congolais, mais aussi la consolidation d’un partenariat bilatéral que les deux capitales entendent désormais porter à un niveau supérieur.

« Le président Tshisekedi a salué les efforts de médiation du président Gnassingbé », rapporte la présidence togolaise. Un remerciement qui n’est pas anodin. Depuis avril 2025, Faure Gnassingbé est le médiateur désigné par l’Union africaine pour cette crise, succédant à l’Angola. Pourtant, son rôle était resté jusqu’ici relativement en retrait, laissant la vedette aux initiatives américaines et qataries.

Mais aujourd’hui, Lomé semble décidé à « faire bouger les lignes », selon les termes d’un diplomate en poste dans la sous-région. La preuve : dès le 17 janvier prochain, le Togo organisera une réunion de haut niveau pour tenter de donner une nouvelle cohérence aux multiples processus de paix qui s’entrecroisent.

Une toile diplomatique qui se tisse

Cette visite s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique, presque haletante. Elle n’est pas un acte isolé, mais une pièce maîtresse dans un jeu d’échecs continental.

Ces dernières semaines, le président Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda, rencontrant son homologue angolais João Lourenço. Un rythme inhabituel, signe de l’urgence. Officiellement retiré de la médiation depuis mars 2025, l’Angola opère en réalité un retour discret mais déterminé dans le dossier, multipliant les contacts avec toutes les parties, y compris l’ancien président congolais Joseph Kabila et le groupe politico-militaire M23.

Parallèlement, le Qatar et l’Angola ont engagé des discussions, tandis que la France avait mobilisé, fin octobre 2025, plus de 1,5 milliard d’euros lors d’une conférence à Paris en soutien à la région.

Dans ce maelström d’initiatives, le risque de cacophonie est réel. C’est précisément ce que la réunion de Lomé du 17 janvier entend éviter : « renforcer la confiance et faire progresser le dialogue » en assurant une coordination entre tous les acteurs.

La médiation togolaise, dernier espoir ?

Le défi de Faure Gnassingbé est de taille. Il doit faire vivre l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda sous son égide, tout en relançant des négociations directes avec le M23, actuellement au point mort sur six protocoles cruciaux.

La tâche est ardue, mais le médiateur togolais possède un atout : la confiance des parties. Et le timing est crucial. Alors que les combats persistent et que la souffrance des populations s’accroît, la fenêtre pour une solution politique se réduit.

En quittant Lomé après cette brève mais intense séance de travail, le président Tshisekedi emporte avec lui l’assurance d’un partenaire déterminé. Reste à savoir si cette détermination, couplée à la réunion de la semaine prochaine, suffira à insuffler un nouvel élan à la paix. La réponse se jouera dans les prochains jours, sur les collines du Kivu et dans les couloirs feutrés de la diplomatie.

AFC/M23, médiation de Luanda : la paix se perd-elle dans trop de processus ?

L’initiative angolaise devait rassurer. Elle soulève aujourd’hui plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. En invitant l’AFC/M23 aux consultations de Luanda, João Lourenço, président angolais et président en exercice de l’Union africaine, relance une dynamique diplomatique déjà saturée.

Cette démarche intervient alors que plusieurs processus sont en cours. Nairobi hier. Doha aujourd’hui. Washington en toile de fond. À force d’additionner les cadres, la lisibilité se brouille.

La réaction de l’AFC/M23 est révélatrice. Le mouvement salue une initiative jugée « louable ». Mais il affiche une prudence assumée. Une prudence nourrie par une question centrale : Luanda ouvre-t-elle un nouveau processus ou s’inscrit-elle dans la continuité de Doha ?

Trop de médiations, pas assez de clarté

Pour la rébellion, soutenue militairement par le Rwanda selon l’ONU, la multiplication des forums nuit aux efforts de paix. Nairobi, Luanda, Doha, Washington. Les cadres se succèdent sans coordination claire.

Corneille Nangaa parle de « chevauchements » et de « contradictions ». Il évoque une instabilité méthodologique persistante. Selon lui, le processus de négociation souffre d’un manque de cohérence depuis ses débuts.

L’AFC/M23 met aussi en cause Kinshasa. Le mouvement accuse le pouvoir congolais de naviguer entre les médiations. Les discussions auraient été déplacées d’un cadre à l’autre sans concertation préalable. À cela s’ajoute la médiation américaine, sollicitée par Félix Tshisekedi, sans intégration formelle au dispositif existant.

Sur le terrain, la guerre continue

Cette confusion diplomatique contraste avec la réalité du terrain. À l’Est de la RDC, les combats se poursuivent. Malgré l’implication de Washington et la signature des accords entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la paix reste hors de portée.

Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement. Le processus de Doha, censé traiter les causes profondes du conflit, est à l’arrêt. L’autorité de l’État reste fragile. Les groupes armés, eux, restent actifs.

Les voyages répétés du chef de l’État congolais à Luanda nourrissent donc le doute. Assiste-t-on à une reprise en main africaine du dossier ou à une dispersion diplomatique ? À ce stade, ni Kinshasa ni Luanda ne clarifient la stratégie.

Pendant que les médiations se superposent, les civils paient le prix fort. Chaque nouveau cadre de discussion renforce l’impression d’un processus éclaté. À force de multiplier les chemins vers la paix, le risque est clair : ne plus savoir lequel y mène réellement.

la Première ministre active la mise en œuvre des accords de Washington

Le gouvernement congolais passe à l’action. Il veut concrétiser les accords de Washington signés avec le Rwanda en décembre 2025. Ces textes ont été conclus sous médiation américaine.

Lors du Conseil des ministres, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a annoncé une décision clé. Le gouvernement crée un comité de pilotage interministériel. Sa mission sera claire : élaborer une feuille de route pour la mise en œuvre des accords.

Un comité pour coordonner et clarifier l’action publique

Cette initiative fait suite à une réunion de travail tenue le jeudi 8 janvier. Judith Suminwa y a réuni les ministres directement concernés. Tous travaillent sur ces accords, signés sous les auspices de l’ancien président américain Donald Trump.

L’objectif est double. D’abord, rationaliser les projets liés aux accords. Ensuite, garantir une exécution cohérente. Le gouvernement veut aligner cette mise en œuvre sur la politique définie par le président Félix Tshisekedi.

Par ailleurs, le comité devra éviter les chevauchements institutionnels. Il devra aussi renforcer la lisibilité de l’action publique. Dans le même esprit, un Comité de conjoncture économique élargi se réunira le mardi 13 janvier. Cette rencontre visera à harmoniser la lecture des clauses économiques et sécuritaires.

Des accords au cœur d’un débat national sensible

Signés le 4 décembre 2025, les accords de Washington affichent plusieurs ambitions. Ils visent à apaiser les tensions entre la RDC et le Rwanda. Ils cherchent aussi à renforcer la coopération économique régionale, notamment via le cadre REIF. Enfin, ils ambitionnent de consolider la paix dans les Grands Lacs.

En parallèle, ces accords s’accompagnent de partenariats stratégiques avec les États-Unis. Le gouvernement y voit une opportunité majeure. Il évoque une preuve de confiance internationale et un levier pour le développement.

Cependant, le débat reste vif. Plusieurs voix critiquent ces textes. Parmi elles figure Mgr Fulgence Muteba Mugalu, archevêque de Lubumbashi. Il dénonce un possible « bradage » des intérêts nationaux. Selon lui, ces accords favoriseraient des équilibres politiques au détriment des générations futures.

Ainsi, la création du comité de pilotage répond à une double exigence. D’une part, rassurer les partenaires internationaux. D’autre part, maîtriser un processus sensible sur le plan intérieur. Le défi pour Judith Suminwa sera donc clair : avancer avec transparence, apaiser les craintes et respecter les engagements pris.

Tshisekedi à Luanda, la paix sous pression

Lundi à Luanda, l’enjeu était immense. Félix Tshisekedi est arrivé en début d’après-midi dans la capitale angolaise. Il a rencontré son homologue João Lourenço, président de l’Angola et président en exercice de l’Union africaine. Quelques heures plus tard, le chef de l’État congolais a regagné Kinshasa.

À la sortie du palais présidentiel, Félix Tshisekedi a été clair. Sa visite concernait directement la paix dans l’est de la République démocratique du Congo. Sur le terrain, toutefois, la situation reste fragile et tendue.

Des propositions diplomatiques face à une guerre persistante

Selon Félix Tshisekedi, João Lourenço lui a présenté plusieurs propositions. Le président congolais les juge « très intéressantes » et utiles pour la recherche d’une solution pacifique. Il a toutefois rappelé une réalité incontournable. La RDC fait face à une guerre imposée.

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte explosif. La veille, Kinshasa et Kigali ont entériné les accords de Washington en présence du président américain Donald Trump. Mais sur le terrain, les combats se sont intensifiés dans l’est du pays.

L’AFC/M23 accentue la crise sécuritaire

La situation s’est rapidement détériorée. La rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23), que Kinshasa accuse d’être soutenue par le Rwanda, a pris le contrôle d’Uvira. Cette ville du Sud-Kivu constitue un verrou stratégique. Sa chute ouvre un accès vers le Grand Katanga.

Cette avancée renforce l’influence du mouvement rebelle dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Face à cette escalade, Félix Tshisekedi a multiplié les consultations régionales. Le 20 décembre, il a dépêché son ambassadeur itinérant, Antoine Ghonda Mangalibi, à Brazzaville.

Devant le président Denis Sassou Nguesso, l’émissaire congolais a dénoncé une reprise immédiate des hostilités. Selon lui, l’AFC/M23 a violé les engagements pris à Washington avec le soutien du Rwanda.

Retrait annoncé, scepticisme maintenu

Sous pression internationale, notamment américaine, l’AFC/M23 a annoncé un retrait unilatéral de ses forces d’Uvira. Le gouvernement congolais et les FARDC restent prudents. Ils doutent de l’effectivité de cette annonce.

À New York, lors d’une réunion du Conseil de sécurité de l’ONU, les États-Unis ont exigé un retrait des combattants à au moins 75 kilomètres de la ville. Sur le terrain, l’incertitude demeure.

Une crise humanitaire aggravée

L’insécurité a provoqué des déplacements massifs de populations vers le Burundi. La crise humanitaire s’aggrave dans une région déjà éprouvée. Des milliers de civils fuient les combats, souvent sans assistance suffisante.

Dans ce contexte, la diplomatie régionale s’active. Une réunion ministérielle consacrée à la situation sécuritaire dans l’est de la RDC se tiendra du 8 au 10 janvier à Livingstone, en Zambie. La CIRGL est à l’initiative de cette rencontre. Douze ministres de la Défense et chefs d’état-major y sont attendus, sous la présidence du ministre zambien Ambrose Lwiji Lufuma.

À Luanda comme ailleurs, les discussions se multiplient. Pour Kinshasa, le défi reste intact : faire taire les armes et transformer les engagements diplomatiques en paix durable.

SADC : la RDC privée de parole lors d’un sommet crucial

Dans la matinée du mercredi 17 décembre 2025, la réunion virtuelle de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), consacrée à la situation politique à Madagascar, a pris un tournant inattendu. Félix Tshisekedi, président de la République démocratique du Congo, s’est vu refuser le droit de prendre la parole, selon plusieurs sources proches du dossier.

La décision a jeté une ombre sur la participation congolaise. Elle serait la conséquence directe de contributions financières non honorées par la RDC pour l’opérationnalisation de la Mission de la SADC en RDC (SAMIDRC). Déployée entre 2023 et 2024 pour appuyer Kinshasa dans sa lutte contre le M23 dans l’est du pays, cette force régionale avait vu son mandat expirer en mars 2025.

Les Seychelles et les Comores ont également été privés de parole, la SADC appliquant la même sanction aux États en retard sur leurs contributions financières. La réunion, présidée par l’Afrique du Sud, en tant que présidente intérimaire de la SADC, a donc vu plusieurs voix de la région rester silencieuses, malgré l’urgence des discussions sur Madagascar.

Précédant le sommet, la Réunion ministérielle et la session des experts du même jour avaient déjà mis la RDC en retrait. Ainsi, Kinshasa a été privée de tout espace d’expression à chaque étape de ce sommet virtuel, une situation qui souligne la tension entre obligations financières régionales et influence diplomatique.

Pour la RDC et Félix Tshisekedi, cet épisode marque un coup diplomatique délicat, rappelant que l’engagement financier et politique au sein de la SADC est indissociable de la capacité à peser dans les décisions régionales, y compris sur des dossiers stratégiques comme la lutte contre le M23.

« Ce n’était pas du mépris » : Tshisekedi clarifie et appelle à la dignité de l’État

Il arrive que des mots, prononcés dans un contexte précis, dépassent leur intention première.
Ce mardi à Kinshasa, Félix Tshisekedi a donc voulu lever toute ambiguïté. En marge de l’ouverture de la première édition des Conférences annuelles du service public, le président congolais est revenu sur une déclaration qui continue de provoquer débats et réactions. Il s’agit de ses propos sur l’armée qu’il disait avoir héritée en 2019, qualifiée de « clochards ».

Une mise au point nécessaire

Le chef de l’État a tenu à préciser le sens exact de ses paroles.
« Lorsque je dénonce parfois avec des mots durs, ce n’est jamais pour les mépriser, et encore moins nos vaillantes forces de défense et de sécurité », a-t-il assuré.

Selon Félix Tshisekedi, cette formule visait surtout à souligner l’urgence. Il voulait attirer l’attention sur la nécessité de restaurer la dignité de fonctionnaires et d’agents de l’État. Longtemps, ces derniers ont travaillé dans des conditions indignes, sans équipements suffisants et sans reconnaissance réelle.

Rétablir la dignité par des actes

Le président insiste sur un point central : la dignité ne se proclame pas, elle se construit.
Ainsi, il rappelle les réformes déjà engagées en faveur des militaires et des policiers congolais.

D’abord, l’État a doublé les rémunérations. Ensuite, il a intégré ces agents au régime spécial de sécurité sociale. Enfin, il a assuré la prise en charge de la retraite et des risques professionnels.

« La vraie honte n’est pas dans l’injustice subie. Elle réside dans l’indifférence organisée », a-t-il déclaré, sur un ton grave.

Un service public au service des citoyens

Au-delà des forces de sécurité, Félix Tshisekedi a élargi son propos. Il a réaffirmé que la refondation des services publics reste l’un des piliers de son action.

« Notre devoir est de reconstruire des services publics proches, efficaces et justes », a-t-il déclaré. Il a, dans le même temps, appelé à rompre avec les lenteurs administratives et les tracasseries. Selon lui, ces pratiques minent la relation entre l’État et les citoyens.

Désormais, insiste-t-il, les Congolais doivent être considérés comme des ayants droit. Ils ne doivent plus être perçus comme de simples demandeurs face à l’administration.

« J’ai pris devant la nation l’engagement qu’aucune Congolaise et aucun Congolais ne soient privés de services publics dignes de ce nom », a-t-il martelé. Il a cité la police, la justice, la santé, l’éducation et l’administration territoriale.

Lihau : résistance nationale et contrat de transparence

Prenant ensuite la parole, le vice-Premier ministre chargé de la Fonction publique, Jean-Pierre Lihau, a replacé ces réformes dans un contexte plus large. Il a évoqué les tensions sécuritaires persistantes dans l’Est du pays.

« La RDC ne cédera aucun centimètre de son territoire. Ni maintenant, ni demain, ni jamais », a-t-il affirmé. Il a mis en avant la résilience du peuple congolais et son soutien au président Tshisekedi.

Revenant sur les violences à Uvira, il a refusé toute banalisation.
« Ce sont des femmes violées, des enfants privés d’innocence, des vies fauchées parce qu’ils sont Congolais », a-t-il dénoncé.

Un nouveau contrat entre l’État et les citoyens

Pour conclure, Jean-Pierre Lihau a insisté sur une exigence centrale : l’évaluation permanente de l’action publique. Selon lui, cette évaluation doit reposer sur des données fiables et accessibles.

« Les Conférences annuelles du service public constituent le socle d’un nouveau contrat entre l’État et les citoyens », a-t-il expliqué. Il a appelé à une transparence continue et à une véritable recevabilité de l’administration envers la population.

Thérèse Kaikwamba Wagner met en garde Kigali sur le M23 après l’accord de Washington

À Washington, quelques heures à peine après la signature historique de l’accord de paix entre la RDC et le Rwanda, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kaikwamba Wagner, a lancé un avertissement sans ambages à Kigali concernant le M23. Lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 4 décembre 2025 dans la capitale américaine, la cheffe de la diplomatie congolaise a clairement désigné les responsabilités en cas de non-collaboration de la rébellion.

Un avertissement direct à Kigali

Répondant à une question sur l’éventuelle non-collaboration du M23 – groupe armé non signataire de l’accord de Washington – Thérèse Kaikwamba n’a pas mâché ses mots : « Nous savons quelles sont les ramifications du M23. Nous savons d’où il tire ses ressources et ses capacités d’action ». Une déclaration qui vise directement le Rwanda, régulièrement accusé par Kinshasa et plusieurs rapports internationaux de soutenir la rébellion.

La ministre a ajouté, dans un langage diplomatique mais sans équivoque : « Si la situation ne change pas, nous saurons qui sont les acteurs qui ont refusé d’exercer leur influence », précisant que les responsabilités seront « clairement » établies. Cet avertissement intervient à un moment particulièrement sensible, alors que les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame viennent tout juste de signer l’accord de paix et de prospérité sous les auspices du président américain Donald Trump.

Le paradoxe du double processus : Washington et Doha

Cette sortie médiatique souligne le paradoxe majeur du processus de paix : tandis qu’un accord est signé à Washington entre les États, un autre doit l’être à Doha entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 dans le cadre de la médiation qatarie. Comment expliquer cette double négociation ?

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La réponse réside peut-être dans la nature même du conflit. L’accord de Washington règle les relations interétatiques entre la RDC et le Rwanda, mais n’aborde pas directement le sort du M23, considéré officiellement comme un problème interne congolais. C’est à Doha que doit se décider l’issue pacifique de la guerre menée dans l’Est de la RDC par la rébellion.

Les défis de la mise en œuvre

L’avertissement de la ministre Kaikwamba révèle les défis immenses qui attendent la mise en œuvre des accords. Plusieurs questions cruciales restent en suspens :

  1. Comment le Rwanda utilisera-t-il son influence sur le M23 pour garantir sa participation au processus de Doha ?

  2. Quels mécanismes de vérification seront mis en place pour s’assurer que Kigali cesse tout soutien à la rébellion ?

  3. Comment harmoniser les processus de Washington et de Doha pour éviter les contradictions ?

La ministre congolaise place ainsi Kigali face à ses responsabilités. En signant l’accord de Washington, Paul Kagame s’est engagé à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Or, tant que le M23 – dont les ramifications et ressources sont, selon Kinshasa, liées au Rwanda – continuera ses activités, cet engagement restera théorique.

L’heure de vérité pour la paix dans les Grands Lacs

La conférence de presse de Washington marque un tournant dans la diplomatie congolaise. Plutôt que de célébrer prématurément la signature de l’accord, Thérèse Kaikwamba choisit de pointer du doigt les obstacles concrets à sa mise en œuvre. Son message est clair : la signature n’est qu’une première étape, la véritable paix se mesurera à la capacité du Rwanda à faire pression sur le M23 pour qu’il participe sincèrement au processus de Doha.

Les prochaines semaines seront déterminantes. Si le M23, malgré les pressions supposées de Kigali, refuse de collaborer ou continue ses opérations militaires, l’accord de Washington risque de rejoindre la longue liste des initiatives diplomatiques avortées dans la région. La ministre congolaise a posé les cartes sur la table : désormais, c’est au Rwanda de montrer, par des actes concrets, qu’il respecte ses engagements de Washington.

Washington : La RDC et Rwanda tournent la page des tensions

Jeudi 4 décembre 2025 restera gravé dans l’histoire de la région des Grands Lacs. À Washington, sous le regard du président américain Donald Trump, les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame ont scellé un accord qui, espèrent-ils, mettra fin à trois décennies de conflits et de méfiance entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.

La cérémonie a rassemblé plusieurs dirigeants africains, dont Faure Gnassingbé (Togo), João Lourenço (Angola), William Ruto (Kenya), Évariste Ndayishimiye (Burundi) et Jessica Alupo (Ouganda), aux côtés des deux principaux signataires.

Paul Kagame : la fin d’un cycle de 30 ans

Dans son allocution, le président rwandais a d’abord rendu hommage à la médiation américaine et au rôle du Qatar dans ce processus.

« Personne ne demandait au président Trump de se saisir de cette tâche. Notre région est loin des gros titres. Mais lorsqu’il a vu l’opportunité de contribuer à la paix, il l’a immédiatement saisie », a-t-il déclaré.

Kagame a rappelé la longue histoire de conflits et de médiations infructueuses, avant de saluer l’approche pragmatique et impartiale des États-Unis. Les accords, selon lui, constituent « la feuille de route la plus claire et la plus précieuse que nous ayons jamais eue », offrant des perspectives concrètes pour la prospérité et l’investissement régional.

Félix Tshisekedi : un engagement solennel pour la paix

De son côté, le président congolais a qualifié les Accords de Washington de tournant historique.

« Ces accords ne sont pas un document de plus. Ils réunissent une déclaration de principes, un accord de paix et un cadre d’intégration économique régionale », a-t-il expliqué, insistant sur l’importance de mettre fin aux violences et aux déplacements forcés.

Tshisekedi a pris un engagement ferme :

« La RDC mettra en œuvre toutes ses obligations avec sérieux, rigueur et souci constant de la paix et de la sécurité. Nous appelons le Rwanda à respecter pleinement la lettre et l’esprit de ces engagements. »

Il a également souligné la nécessité de mettre fin au soutien aux groupes armés et de bâtir une prospérité équitable au bénéfice des populations.

« Aujourd’hui marque le début d’un nouveau chemin, exigeant mais nécessaire, où la paix ne sera plus seulement un vœu », a-t-il ajouté.

Donald Trump : médiation et ouverture économique

Le président américain, fidèle à son style direct, a salué l’accord comme un succès inédit :

« Aujourd’hui, nous réussissons là où les autres ont échoué. Ces messieurs sont prêts à signer, et cela débloquera de nouvelles opportunités économiques pour la région et pour les États-Unis. »

Trump a insisté sur la rapidité du processus : moins d’un an a suffi pour parvenir à un accord, avec un accent sur la stabilité et l’investissement futur dans la région.

Une nouvelle ère pour la région des Grands Lacs

L’accord signé ce jeudi constitue bien plus qu’un document officiel. C’est un symbole d’espoir pour la RDC, le Rwanda et l’ensemble des pays des Grands Lacs, confrontés à des décennies de conflits.

Pour que cette paix soit durable, les engagements doivent être respectés, la coopération renforcée, et la lutte contre les forces négatives poursuivie avec vigilance.

La signature par Tshisekedi et Kagame, en présence de Donald Trump, marque ainsi le début d’une dynamique nouvelle, orientée vers la stabilité, la coopération économique et la prospérité partagée.

« Il s’agit d’un engagement irréversible pour tourner la page des affrontements et ouvrir une nouvelle ère de paix durable », a conclu Félix Tshisekedi.

RDC-Rwanda : Les détails du texte qui doit sceller la paix à Washington

Ce jeudi 4 décembre 2025, à Washington, les présidents Félix Tshisekedi de la RDC et Paul Kagame du Rwanda signent un ensemble d’accords historiques baptisé « Washington accords for peace and stability ». Ce dispositif, dont RFI a pu consulter les documents, représente une refonte complète du processus diplomatique engagé depuis le printemps, unifiant déclarations de principe, accords de paix et cadre économique dans une architecture unique.

Les trois piliers d’un accord fondateur

L’accord repose sur trois piliers interdépendants. Le premier concerne la neutralisation des FDLR, groupe armé d’origine hutu rwandaise que Kigali considère comme une menace existentielle. Le texte prévoit une approche graduelle, bien qu’aucune reddition n’ait été enregistrée lors de la phase de sensibilisation initiale.

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Le deuxième pilier, le plus sensible, traite du désengagement militaire et de la levée des mesures défensives du Rwanda. Kigali conditionne tout retrait à une neutralisation effective des FDLR, une position qui pourrait retarder les avancées concrètes sur le terrain.

Le troisième pilier, présenté comme « le cœur du processus », instaure une intégration économique régionale ambitieuse, avec les minerais stratégiques au centre des préoccupations.

Les minerais au cœur de la nouvelle architecture économique

Le cadre d’intégration économique régionale, signé ce jeudi, constitue l’ossature économique du processus de Washington. Son objectif : réorganiser de manière transparente et contrôlée les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques (étain, tantale, tungstène, niobium, or, lithium) qui alimentent depuis des décennies les économies informelles et les groupes armés dans la région.

Le dispositif prévoit la création de centres de « tolling » publics-privés aux postes-frontières ou dans des zones économiques spéciales, chargés de vérifier la traçabilité des minerais, certifier les flux, appliquer automatiquement taxes et droits, et sécuriser les cargaisons destinées au commerce international.

Des projets concrets dans le secteur minier et énergétique

Le cadre finalise des initiatives détaillées incluant des systèmes d’inspection des sites miniers, le suivi complet de la chaîne de custody, la certification des exportations et l’harmonisation des politiques fiscales. S’y ajoutent des propositions de zones économiques spéciales transfrontalières et de mécanismes d’investissement conjoints destinés à attirer les grands groupes miniers internationaux.

Sur le plan énergétique, Kinshasa et Kigali réactivent des projets structurants comme Ruzizi III et prévoient une exploitation coordonnée du méthane du lac Kivu, avec la perspective de constituer un véritable pool énergétique régional.

Deux accords bilatéraux parallèles

Ce dispositif régional sera doublé de deux accords bilatéraux distincts avec les États-Unis. Le premier, entre Kigali et Washington, formalise une coopération minière déjà avancée, avec la société Trinity Metals au centre des échanges. En septembre, une première cargaison de tungstène rwandais est arrivée aux États-Unis.

Le second, le Partenariat stratégique RDC-États-Unis en 17 articles, récapitule les projets de coopération engagés depuis l’élection de Donald Trump, incluant le barrage d’Inga, le Corridor de Lobito et, surtout, un programme d’exploration minérale à grande échelle en RDC. La société KoBold Metals, active dans le lithium, figure au centre de ce dispositif, avec le soutien américain pour développer le gisement de Roche Dure à Manono.

Une gouvernance complexe pour la mise en œuvre

La mise en œuvre reposera sur une architecture institutionnelle sophistiquée : un sommet annuel de haut niveau, un comité de pilotage (REIF Steering Committee) et plusieurs groupes de travail sectoriels chargés de traduire ces engagements en programmes opérationnels.

Cet accord, présenté comme une avancée symbolique majeure, laisse toutefois en suspens la transformation de ces engagements en faits concrets sur le terrain. La réussite dépendra autant de la volonté politique de Kinshasa et Kigali que de la capacité des États-Unis à maintenir une pression diplomatique constante sur les deux capitales, dans une région où les minerais stratégiques demeurent à la fois une malédiction et une promesse de développement.

Accord RDC-Rwanda : Kinshasa pose ses conditions, Kigali maintient son discours

À la veille de la signature historique de l’accord de paix entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, les deux gouvernements ont tenu des briefings séparés à Washington, exposant des positions qui, malgré le processus diplomatique, restent marquées par des divergences fondamentales.

Kinshasa : « La paix d’abord, l’économie après »

Lors d’un briefing de presse tenu mercredi 3 décembre, la porte-parole du président Tshisekedi, Tina Salama, et le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, ont présenté ce qu’ils ont appelé un « paquet cohérent » d’accords. Leur message central : « La paix est le prérequis absolu. »

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« Nous sommes dans un processus de transparence. Le président vient entériner l’accord qui avait été signé en juin et non parapher un nouvel accord », a précisé Patrick Muyaya. Les lignes rouges congolaises sont claires : « la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC, la souveraineté de nos minéraux, pas de brassage et de mixage. »

Tina Salama a détaillé les trois objectifs des accords : mettre fin à une guerre de 30 ans, reprendre le contrôle territorial du pays avec toutes ses ressources naturelles, et transformer ces richesses pour qu’elles profitent aux Congolais. « Pour la RDC, seule la paix peut garantir le business », a-t-elle insisté, soulignant que le pays supporte « un coût humain inestimable » avec la destruction des infrastructures, les déplacements de populations et le pillage des richesses.

Sur le plan sécuritaire, les responsables congolais ont été catégoriques : « L’accord de paix ne légitime aucune présence des troupes étrangères. » Aucune cession territoriale, aucun brassage ou mixage collectif des forces n’est prévu. Toute réintégration d’anciens combattants sera « individuelle, conditionnelle et rigoureusement contrôlée », tirant les leçons des échecs de 2009 et 2013.

Concernant les ressources minières, Tina Salama a assuré que les accords « réaffirment la pleine souveraineté de la RDC sur son sol et son sous-sol« , avec un contrôle exclusif de l’exploitation et de la transformation des minerais. « Les partenaires apportent des technologies, des investissements, des accès, des marchés stratégiques, mais la décision stratégique reste congolaise », a-t-elle précisé.

Kigali : maintien du discours sur les FDLR

De son côté, la porte-parole du gouvernement rwandais, Yolande Makolo, a maintenu le discours traditionnel de Kigali lors d’une intervention sur la chaîne américaine NewsMax. Elle a affirmé que le Rwanda « reste contraint de prendre des mesures défensives » face à ce qu’il considère comme une collaboration persistante entre Kinshasa et les FDLR, qu’elle décrit comme « un problème majeur pour la sécurité du Rwanda ».

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« Le gouvernement de la RDC doit faire ce qu’il s’est engagé à faire : neutraliser ce groupe qui a commis un génocide au Rwanda. Ensuite, nous pourrons alléger nos mesures défensives à la frontière », a déclaré Makolo. Elle a ajouté que « l’administration Trump a abordé ce dossier de manière appropriée« , car sa médiation se concentre « sur les causes profondes, sur les véritables problèmes qui entravent la paix ».

La porte-parole rwandaise a également minimisé le rôle de son pays dans les violences à l’Est de la RDC, affirmant que ces problématiques « relèvent d’abord de problématiques strictement congolaises » et « n’engagent en rien la responsabilité de Kigali ».

Un processus sous supervision internationale

Malgré ces positions contrastées, les deux parties reconnaissent l’importance du cadre international. Un calendrier opérationnel (CONOPS) doit définir le retrait des troupes et les engagements de transition économique, sous la supervision d’un comité conjoint, avec l’implication des États-Unis et du Qatar.

« Les américains suivent la situation sur le terrain. Cette fois-ci nous venons parce que le président Trump aura l’occasion d’écouter le président Tshisekedi », a déclaré Patrick Muyaya, soulignant le rôle clé de la médiation américaine.

Alors que les présidents Tshisekedi et Kagame se préparent à se rencontrer jeudi sous les auspices de Donald Trump, les briefings de mercredi ont révélé que la route vers la paix reste semée d’embûches. La réussite de l’accord dépendra de la capacité des deux parties à concilier des exigences parfois contradictoires : le retrait inconditionnel des troupes étrangères pour Kinshasa, et la neutralisation préalable des FDLR pour Kigali.

Trump réunit Kagame et Tshisekedi : la paix à l’épreuve des faits

Jeudi, la Maison Blanche se transformera en arène diplomatique. Le président américain Donald Trump y accueillera ses homologues Paul Kagame du Rwanda et Félix Tshisekedi de République démocratique du Congo, pour une tentative historique de sceller la paix dans la région des Grands Lacs. Objectif affiché : signer un accord global qui s’appuierait sur le texte négocié en juin et sur le cadre économique de novembre. Mais à sept jours de l’échéance, le fossé entre les deux capitales semble plus large que jamais.

Une médiation américaine sous tension

Washington joue gros. En organisant ce sommet, les États-Unis cherchent à stabiliser une région stratégique pour leurs chaînes d’approvisionnement en minerais critiques (cobalt, cuivre, lithium, tantale). La Maison Blanche évoque même la possibilité de faciliter des investissements de plusieurs milliards de dollars en contrepartie d’une paix durable.

Mais le décor est miné. Aucun progrès notable n’a été enregistré depuis septembre sur les engagements clés : la neutralisation des FDLR (rebelles hutus rwandais basés en RDC) et, surtout, le retrait des troupes rwandaises du territoire congolais. Des points pourtant considérés comme préalables indispensables par Kinshasa.

Le face-à-face des récits

À Kigali, Paul Kagame affirme que « les blocages ne viennent pas du Rwanda ». Il accuse Kinshasa d’avoir renié des séquencements convenus et dénonce une position « fluctuante » des autorités congolaises. Le président rwandais, habitué des jeux d’influence, maintient son déni de tout soutien au M23, malgré un rapport accablant du groupe d’experts de l’ONU en juillet affirmant que le Rwanda exerce un « commandement et contrôle » sur cette rébellion.

À l’inverse, Kinshasa campe sur ses positions. Aucun déplacement de Tshisekedi à Washington ne serait possible sans un début de retrait des forces rwandaises, a répété le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya. Vendredi, depuis la Serbie, le président congolais a lui-même réitéré l’exigence, parlant de respect de la souveraineté et de rétablissement de la confiance.

Sur le terrain, la guerre continue

Pendant ce temps, dans l’est de la RDC, la réalité est immuable. Le M23 contrôle toujours Goma, Bukavu et plusieurs axes vitaux du Nord et Sud-Kivu. La médiation parallèle menée au Qatar entre Kinshasa et la rébellion, bien qu’ayant abouti à un accord-cadre, n’a produit aucun changement sur le terrain.

La coexistence des processus de Washington (entre États) et de Doha (avec le M23) illustre la complexité du conflit, tiraillé entre logique interétatique et dynamique politico-militaire.

Jeudi, sommet ou show ?

La rencontre du 4 décembre s’annonce donc comme un exercice d’équilibre périlleux. Washington mise sur une fenêtre diplomatique pour forcer un breakthrough. Mais les positions restent si éloignées que le sommet risque de mettre en lumière les contradictions plutôt que de les résoudre.

Entre la pression américaine, l’intransigeance affichée de Tshisekedi et la stratégie de déni de Kagame, l’issue est incertaine. Une signature serait une victoire pour la diplomatie de Trump. Un échec ouvrirait une période encore plus instable, avec le risque de voir la guerre s’enkyster, malgré l’urgence de la paix pour des millions de civis pris au piège. Jeudi, à Washington, ce n’est pas seulement un accord qui se joue, mais la crédibilité même de la médiation internationale dans les Grands Lacs.

RDC-Rwanda : le dialogue des sourds

KINSHASA/KIGALI – Le scénario se répète inlassablement. Chaque camp reste ferme sur ses positions. La région espérait une avancée après l’accord de Washington du 27 juin. Pourtant, le Rwanda et la République démocratique du Congo s’enferment dans un dialogue de sourds. Les deux pays s’accusent mutuellement de bloquer le processus de paix.

Sur RFI, le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, dresse un constat dur. Il affirme que la paix signée reste ignorée sur le terrain. Il accuse l’aviation congolaise de mener des « bombardements quotidiens », non seulement contre le M23, mais aussi, de façon plus grave, « contre les villages banyamulenge » du Sud-Kivu. Selon Kigali, Kinshasa joue double jeu : signer un accord tout en poursuivant les attaques.

Les FDLR, le point de rupture central

Le cœur du désaccord reste le sort des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Le ministre rwandais se montre catégorique : « Il n’y aura la paix dans l’est du Congo que si les génocidaires FDLR sont neutralisés. » Il rejette les déclarations de Kinshasa qui affirme avoir commencé cette neutralisation. Pour lui, ces propos relèvent du mensonge. Il accuse le gouvernement congolais de « soutenir » les FDLR.

En face, la ministre congolaise des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba, soutient que la RDC respecte ses engagements. Elle rappelle les appels adressés aux FDLR pour qu’ils déposent les armes. Elle renvoie Kigali à ses responsabilités : « Si le Rwanda veut vraiment en finir avec les FDLR, il doit aussi créer des conditions favorables. » Elle fait référence à la demande des rebelles qui réclament un dialogue direct avec Kigali, une option que le Rwanda exclut totalement.

Une rencontre Tshisekedi–Kagame qui patine

Dans ce climat de méfiance, une rencontre entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, annoncée « dans quelques jours », semble désormais incertaine. Le ministre Nduhungirehe minimise son importance immédiate. Il rappelle que la paix est déjà signée et qu’il faut d’abord l’appliquer.

Cette nouvelle confrontation verbale, dans les médias internationaux , montre l’impasse actuelle. Chaque camp cherche à gagner la bataille du récit. Pendant ce temps, les combats continuent et les civils paient le prix fort, loin des discours diplomatiques.

Kabila, l’ombre qui plane sur Goma

KINSHASA/GOMA – L’Est de la République Démocratique du Congo fait face à une nouvelle équation politique et sécuritaire. Joseph Kabila, condamné à mort par contumace fin septembre, pourrait revenir à Goma, la capitale du Nord-Kivu. Cette perspective inquiète, car elle pourrait aggraver la tension déjà intense dans une région au bord du précipice.

La situation sur le terrain reste volatile. L’armée congolaise et la rébellion du M23 s’affrontent régulièrement, provoquant des déplacements massifs de population et une crise humanitaire aiguë. Dans ce contexte, le retour possible de Kabila constitue un geste hautement provocateur.

Un verdict historique et ses conséquences

Le 30 septembre 2025, la cour militaire de Kinshasa a condamné Joseph Kabila à la peine de mort pour trahison, crimes de guerre, insurrection, torture, viol et meurtre. Le tribunal l’accuse également de soutenir le M23. La justice exige, en plus de la peine capitale, des dommages et intérêts évalués à plusieurs dizaines de milliards de dollars au profit de l’État et des provinces du Kivu.

Cette sentence a choqué l’opinion publique. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) l’a qualifiée d’« incompatible avec la dignité humaine » et a appelé au dialogue national. De nombreux observateurs estiment que ce verdict pourrait fragiliser la cohésion nationale et radicaliser certaines positions, tant Kabila conserve une influence considérable dans le pays.

Goma, déjà instable, deviendrait le point focal de toutes les tensions si Kabila y revenait. Sa présence pourrait accentuer les clivages politiques et renforcer l’instabilité. Certains analystes y voient une manœuvre stratégique pour contester la légitimité du pouvoir depuis une région où l’autorité de l’État reste fragile face aux rebelles.

Alors que la RDC s’efforce de protéger sa souveraineté dans l’Est, l’ombre de Joseph Kabila plane. Son retour éventuel à Goma n’est pas seulement un enjeu politique : il constitue une étincelle potentielle dans une poudrière déjà surchauffée.