Francophonie : Tshisekedi défie Kagame à Paris, la bataille des chefs pour le trône de l’OIF

Paris, 25 février 2026 – Le salon doré du Palais de l’Élysée a accueilli, ce mercredi, un huis clos chargé de tension. Non pas celle des armes dans l’Est de la RDC, mais celle d’une bataille diplomatique plus feutrée.

Autour de la table, deux présidents : Emmanuel Macron et Félix Tshisekedi. Si la situation sécuritaire au Nord-Kivu figurait à l’ordre du jour, un autre dossier a dominé les échanges. Dans la valise du chef de l’État congolais, une ambition claire : briguer la tête de la Francophonie. Or, ce poste suscite déjà l’appétit du Rwanda.

Certes, les deux dirigeants ont évoqué l’urgence sécuritaire à l’Est. Ils ont parlé des violences persistantes et des processus de paix fragiles. Cependant, le cœur de la rencontre battait ailleurs. Il se projetait vers le Sommet de la Francophonie prévu les 15 et 16 novembre au Cambodge.

La RDC défie Kigali pour la tête de l’OIF

Kinshasa a officiellement annoncé sa candidature au poste de secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Cette décision change la donne.

Actuellement, Louise Mushikiwabo, ancienne ministre rwandaise des Affaires étrangères, occupe ce fauteuil stratégique. Elle vise un troisième mandat. Ainsi, la candidature congolaise constitue un défi direct à Kigali.

Ce qui se joue dépasse donc une simple succession. En réalité, la rivalité entre la RDC et le Rwanda s’invite désormais sur le terrain diplomatique. Après les tensions militaires dans l’Est, place à la bataille des voix et des alliances.

Pour Félix Tshisekedi, l’objectif est clair : repositionner la RDC comme acteur central du monde francophone. Et dans cette équation, la France reste un partenaire clé.

Le rôle décisif de Paris

Début février, Paris a déjà envoyé un signal. Éléonore Caroit, ministre déléguée à la Francophonie, s’est rendue à Kinshasa. Elle a alors affirmé que « la France est ouverte à toutes les candidatures ». En parallèle, elle a reconnu à la RDC le droit de jouer un rôle majeur au sein de l’OIF.

Ce discours ouvre une porte. Toutefois, il ne garantit aucun soutien automatique. Félix Tshisekedi doit convaincre. Il peut s’appuyer sur un argument de poids : la RDC demeure le premier pays francophone du monde en nombre de locuteurs. De plus, son positionnement africain lui confère une légitimité stratégique.

Face à lui, Louise Mushikiwabo dispose d’un réseau solide et d’une expérience reconnue. Elle incarne la continuité. Par conséquent, la bataille s’annonce intense.

Dans les prochains mois, les deux camps multiplieront les initiatives. Des missions diplomatiques parcourront l’espace francophone. Des alliances se construiront. D’autres se fragiliseront.

Au sortir de l’Élysée, les sourires protocolaires masquaient mal l’enjeu réel. Cette élection ne concerne pas seulement un poste. Elle touche à l’influence, à l’image et au leadership de deux puissances africaines.

Le prochain round se jouera au Cambodge. Et, d’ici là, la guerre diplomatique ne fera que s’intensifier.

Goma pleure, Genève accuse : La RDC brandit l’arme des droits de l’homme à l’ONU

Genève, 24 février 2026 – Du haut de la tribune du Palais des Nations, la voix de la République démocratique du Congo s’est élevée avec force. Elle a traversé les frontières pour atteindre les collines ensanglantées du Nord-Kivu, où la violence persiste. Ce mardi, la RDC n’est pas venue à Genève pour quémander. Elle est venue pour avertir.

Un cri d’alarme de Thérèse Kayikwamba Wagner

Sous les ors du Conseil des droits de l’homme, la ministre d’État, Thérèse Kayikwamba Wagner, chef de la diplomatie congolaise, a pris la parole. Son discours, solennel et grave, ne relevait pas d’un simple exercice diplomatique. Il s’agissait d’un cri d’alerte adressé à une communauté internationale parfois sourde et souvent distraite.

« Fragiliser ces mécanismes de protection, c’est compromettre la paix et l’avenir collectif », a-t-elle martelé. Ses mots ont résonné comme un glas. Derrière cette mise en garde, il y a les violences dans l’Est du pays : villages incendiés, femmes victimes d’atrocités, enfants déracinés par les groupes armés. Pour Kinshasa, le lien est clair : affaiblir le droit international nourrit l’impunité des bourreaux.

La RDC, vigie de la justice internationale

La ministre a décrit un système multilatéral fragilisé, dont l’érosion serait catastrophique. « Sans responsabilité, il ne peut y avoir ni justice ni paix durable », a-t-elle insisté. Elle a opposé la rigidité des principes à la souplesse coupable de la realpolitik. Dans un monde marqué par les conflits, la RDC se pose en vigie. Elle rappelle que les droits humains ne sont pas une variable d’ajustement, mais le socle de la stabilité.

Alerte sur les menaces de demain

L’intervention congolaise ne s’est pas limitée à l’analyse du passé et du présent. Elle a également mis en lumière les menaces futures. Avec clairvoyance, Thérèse Kayikwamba Wagner a alerté les États membres sur les nouveaux visages de la barbarie : intelligence artificielle, cybercriminalité et cyberviolence.

Kinshasa appelle à un sursaut face à ces frontières numériques. Ces nouveaux théâtres d’opérations peuvent violer les droits humains en un clic, à l’abri des cadres juridiques traditionnels. La RDC plaide pour la création de remparts normatifs afin que la révolution technologique ne devienne pas un cauchemar liberticide.

Ce plaidoyer pour la modernisation du Haut-Commissariat aux droits de l’homme n’est pas un vœu pieux. Il prolonge l’engagement de la RDC à coopérer avec les mécanismes onusiens, notamment la commission d’enquête sur les violations dans l’Est. Kinshasa exige de la transparence envers elle-même et envers la communauté internationale.

Un ultimatum lancé à la conscience du monde

Lorsque la ministre a regagné sa place, un silence pesant a envahi la salle. Celui qui suit les grandes déclarations. Ce mardi 24 février, à Genève, la RDC a posé un ultimatum : renforcer l’arsenal de la justice, ou laisser l’impunité gagner du terrain. De Goma à New York, le message est clair et sans équivoque.

L’armée Congolaise frappe fort et Willy Ngoma ne survit pas à l’offensive

Un coup de tonnerre a éclaté dans le ciel déjà chargé du Nord-Kivu. Ce mardi 24 février 2026, à l’aube, le destin de la rébellion AFC/M23 a brutalement basculé. Une frappe de drone, d’une précision redoutable, a visé son bastion.

Willy Ngoma, visage médiatique et porte-parole du mouvement, a été tué sur le coup. Avec lui, plusieurs de ses proches collaborateurs ont péri. En quelques secondes, la voix officielle de la rébellion s’est tue.

Une cible stratégique près de Rubaya

L’attaque s’est produite près de Rubaya, dans le territoire de Masisi. Cette zone minière constitue un poumon économique essentiel pour les rebelles.

Selon des sources internes au mouvement, confirmées à l’agence Reuters, les Forces armées de la RDC (FARDC) ne visaient pas un combattant ordinaire. Au contraire, elles ciblaient le cœur du commandement.

L’opération, préparée avec minutie, a détruit le quartier général rebelle. Le bilan provisoire fait état d’au moins neuf combattants tués, dont plusieurs cadres importants.

Par ailleurs, Sultani Makenga, chef militaire du M23, se trouvait sur les lieux. Son sort reste incertain. Toutefois, si sa mort se confirmait, l’état-major rebelle subirait une décapitation presque totale.

Willy Ngoma, une figure controversée

La disparition de Ngoma dépasse le simple cadre militaire. En effet, il ne se limitait pas à son rôle de porte-parole. Les États-Unis l’avaient sanctionné en 2023 pour son implication présumée dans de graves violations des droits humains.

Meurtres. Violences sexuelles. Intimidations. Derrière l’image du communicant se cachait un acteur central du système rebelle. Ainsi, son élimination représente à la fois une victoire stratégique et symbolique pour Kinshasa.

Une frappe qui s’inscrit dans une escalade

Cependant, cette opération ne surgit pas sans contexte. Elle intervient après la rupture d’une trêve fragile. L’Angola avait proposé une médiation. Un cessez-le-feu semblait possible.

Pourtant, la signature à Washington d’un accord stratégique sur les minerais entre la RDC et les États-Unis a changé la donne. Depuis, les tensions ont grimpé.

Sur son compte X, Bertrand Bisimwa, numéro deux de l’AFC/M23, a dénoncé « l’arrogance » de Kinshasa et accusé le gouvernement de saboter le processus de paix. Ses déclarations traduisent une colère manifeste. Elles révèlent aussi un moment de fragilité.

Un tournant militaire dans l’Est

Pendant ce temps, sur le terrain, les FARDC intensifient leurs opérations. Elles bénéficient de l’appui des miliciens Wazalendo. Selon l’ONU, le groupe rebelle continue de recevoir un soutien du Rwanda, ce que Kigali conteste régulièrement.

Dès lors, la mort de Willy Ngoma marque un tournant. Le message envoyé est clair. L’état-major rebelle n’est plus intouchable.

La guerre, pourtant, ne s’arrête pas. Elle change de rythme. Et désormais, le silence du porte-parole résonne comme un signal fort dans un conflit qui reste loin d’être terminé.

Macron-Tshisekedi, le tête-à-tête de tous les espoirs : cessez-le-feu, humanitaire et deals au menu de l’Élysée

Les dorures de l’Élysée s’apprêtent à accueillir, pour la deuxième fois en un mois, le président Félix Tshisekedi. Ce mercredi 25 février 2026, le chef de l’État congolais s’entretiendra avec son homologue français Emmanuel Macron, dans un contexte où la diplomatie s’active sur tous les fronts pour tenter d’éteindre l’incendie qui ravage l’Est de la RDC .

La rencontre, confirmée par les autorités des deux pays, intervient à un moment charnière. Le 23 janvier déjà, les deux présidents s’étaient parlé à Paris, autour d’un déjeuner de travail qui avait suivi le Forum de Davos . Mais entre-temps, l’urgence s’est accentuée.

Le cessez-le-feu au cœur des discussions

Depuis le 14 février, une nouvelle donne est sur la table. La France a officiellement salué l’accord de Félix Tshisekedi pour mettre en œuvre un cessez-le-feu proposé par l’Angola à l’ensemble des parties belligérantes . Un geste que Paris veut voir se concrétiser sur le terrain.

Le Quai d’Orsay a été clair : il faut que l’accord de Washington du 4 décembre 2025 soit appliqué « dans toutes ses dimensions ». Un appel à toutes les parties, y compris celles qui, sur le terrain, continuent de faire parler les armes .

Goma, fenêtre ouverte sur l’humanitaire

La France ne se contente pas de paroles. Elle suit de près les évolutions sur le terrain, notamment à Goma. Le déplacement de Vivian van de Perre, cheffe par intérim de la MONUSCO, du 12 au 14 février, a été salué par Paris comme une avancée .

L’objectif ? Préparer le terrain pour un suivi efficace du cessez-le-feu, conformément à la résolution 2808 (2025) du Conseil de sécurité .

Mais il y a plus concret encore. Un premier vol humanitaire a réussi à se poser à Goma. Pour la France, c’est « un pas important » vers la concrétisation des engagements pris lors de la Conférence de Paris du 30 octobre 2025 . À l’époque, la communauté internationale avait promis de rétablir des vols humanitaires de jour vers la capitale du Nord-Kivu. Aujourd’hui, on passe des promesses aux actes.

Ce que Tshisekedi vient chercher à Paris

Au-delà des déclarations de principe, le président congolais a des attentes précises. Il vient s’assurer que la pression française ne faiblisse pas sur ses partenaires régionaux. Il vient aussi plaider pour que l’aide humanitaire annoncée se débloque vraiment, et que les 850 millions d’euros déjà décaissés sur les 1,5 milliard promis en octobre parviennent jusqu’aux populations qui meurent dans l’indifférence .

La France, de son côté, veut continuer à jouer les bons offices. Elle a multiplié les signaux : visite de la ministre déléguée à la Francophonie Éléonore Caroit à Kinshasa début février , soutien affiché à la candidature congolaise au sein de l’OIF , et aujourd’hui ce nouveau tête-à-tête au sommet.

Un contexte qui s’invite à la table

Pendant que les diplomaties s’activent, la réalité, elle, continue de saigner. Ce mardi 24 février, treize ans après la signature de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, le ministre Julien Paluku dressait un bilan critique : la paix promise reste un objectif lointain, et les ingérences persistent .

Dans le même temps, à Masisi, des milliers de familles fuient à nouveau les affrontements entre les wazalendo et le M23, se dirigeant vers Ngungu, Mushaki, ou tentant de rejoindre Goma et le Sud-Kivu . La boucle infernale continue.

L’Élysée, dernier round avant l’action ?

Alors, que peut vraiment obtenir Félix Tshisekedi de cet entretien ? Peut-être une clarification : jusqu’où la France est-elle prête à aller pour faire respecter les accords ? Peut-elle peser sur ses partenaires européens pour durcir le ton face aux soutiens des groupes armés ?

Mercredi, les caméras du monde entier braqueront leurs objectifs sur la sortie du palais présidentiel. Les visages des deux présidents en diront long sur l’état d’une relation qui, aujourd’hui, porte sur ses épaules une partie des espoirs de paix de tout un peuple.

D’ici là, les populations de l’Est, elles, continuent d’attendre. Des accords, des promesses, et surtout, que les armes se taisent enfin.

Uvira-Gatumba : le pont de la vie reconnecté, les petits commerces reprennent leur souffle

Elles étaient là, toutes les deux, à scruter l’horizon de l’autre côté de la rivière. Ce lundi 23 février 2026, au petit matin, un silence inhabituel planait encore sur le poste frontalier de Kavimvira, côté congolais. Très vite cependant, les premiers murmures, puis les premiers pas, ont annoncé la nouvelle tant attendue : la frontière entre Uvira (RDC) et Gatumba (Burundi) venait de rouvrir.

Aucune fanfare. Aucun discours officiel. Aucun ruban tricolore à couper. Seulement une décision discrète, presque technique, mais au retentissement humain immense. Les deux parties se sont entendues pour laisser libre passage aux usagers. Un simple communiqué des services migratoires, suivi d’un entretien entre le chef des services migratoires de Kavimvira et le Commissaire Général des Migrations du Burundi, Maurice Mbonimpa, et la machine de la vie quotidienne pouvait enfin se remettre en marche.

Le bruit des formalités, une musique pour les oreilles

Les consignes sont claires, presque banales dans leur formulation administrative : « Les formalités migratoires d’usage sont obligatoires comme d’ordinaire, visa des documents nécessaires. La frontière sera ouverte tous les jours de 8h00 à 17h00. »

Et surtout, cette phrase que beaucoup attendaient : « Ceux qui sont au Burundi peuvent traverser aujourd’hui en toute quiétude. »

Derrière ces mots aseptisés, un monde bascule à nouveau dans la normalité. Celui des petits commerçants, des mères de famille, des étudiants, des malades qui doivent rejoindre l’hôpital de l’autre côté. Celui aussi des amoureux séparés par une ligne imaginaire devenue infranchissable pendant soixante-quatorze longs jours.

« Je vais enfin retourner comme d’habitude »

Sur le bord de la route, côté congolais, une femme charge ses ballots avec une énergie retrouvée. Elle s’appelle Marie, commerçante à Uvira. Ses yeux brillent comme en décembre on ne les voyait plus briller.

« Je fais le petit commerce à Uvira. Je pars acheter mes marchandises à Luvumera, dans la capitale Bujumbura. Après, je vais retourner aujourd’hui, comme d’habitude », raconte-t-elle, essoufflée par l’émotion plus que par l’effort.
« La frontière est ouverte. Nous remercions nos autorités et celles du Burundi d’avoir écouté notre cri d’alarme. »

Son cri, c’était celui de milliers de petits commerçants dont l’économie repose sur ce va-et-vient quotidien. Des produits frais pourrissaient côté burundais. Les étals restaient vides côté congolais. Des familles ne savaient plus comment joindre les deux bouts.

De l’autre côté de la barrière, l’émotion est identique. Un jeune Burundais, le sourire large comme le lac Tanganyika, confie :

« La réouverture de la frontière est un ouf de soulagement pour la plupart de nous Burundais. Notre vie dépend de nos pays frères et amis. »

Une fermeture née de la guerre

Pour mesurer ce soulagement, il faut revenir deux mois en arrière. Le 10 décembre 2025, le Burundi prenait une décision radicale : fermer sa frontière de Gatumba. La raison était sécuritaire. Les rebelles de l’AFC/M23 venaient de s’emparer d’Uvira, grande ville congolaise située à quelques encablures.

La crainte d’un débordement, d’infiltrations ou d’un chaos franchissant la limite naturelle entre les deux pays était réelle. Depuis ce jour, les populations des deux rives vivaient en apnée. Séparées par une décision politique et militaire, elles n’avaient plus que leurs souvenirs pour traverser.

Une réouverture sous le signe de la confiance

La réouverture, annoncée dès dimanche par le gouverneur du Sud-Kivu, Jean-Jacques Purusi Sadiki, depuis Uvira, a agi comme un baume sur des plaies déjà profondes.

Rouvrir une frontière est d’abord un acte de confiance. Confiance dans la capacité des autorités congolaises à stabiliser leur territoire. Confiance dans les services de sécurité pour filtrer et protéger. Confiance aussi dans la résilience des populations, qui savent distinguer le commerçant du combattant.

Pour l’instant, la reprise reste encadrée. Les horaires sont stricts. Les formalités sont maintenues. Pourtant, le symbole est puissant : la vie reprend ses droits.

Dans cette région des Grands Lacs souvent marquée par les conflits, les frontières sont parfois des cicatrices. La réouverture du poste d’Uvira-Gatumba rappelle une évidence : les peuples ont besoin de circuler. Pour commercer, se soigner, s’aimer, simplement vivre.

Aujourd’hui, commerçants, familles et enfants qui retrouvent le chemin de l’école disent la même chose : une frontière ouverte est un pont. Un pont que la guerre avait coupé, mais que la volonté de vivre ensemble reconstruit peu à peu.

Reste à espérer que cette décision, discrète dans sa forme, soit durable dans son fond. Que les accords entre responsables migratoires résistent aux soubresauts sécuritaires. Que les « comme d’habitude » de Marie deviennent enfin une réalité quotidienne.

Pour l’heure, à Uvira comme à Gatumba, on savoure. Le souffle de la vie transfrontalière revient. Et avec lui, cette phrase simple, presque intime :

« Aujourd’hui, je rentre chez moi. »

Goma : Hadja Lahbib serre la main du M23, Nangaa libère des prisonniers, l’Europe joue-t-elle la médiation ou la provocation ?

Goma, ce vendredi 20 février 2026. La ville bouillonnante au pied du Nyiragongo n’a pas l’habitude des visages officiels venus d’Europe. Pourtant, ce jour-là, c’est une femme qui incarne l’Union européenne qui foule le sol volcanique du Nord-Kivu. Hadja Lahbib, commissaire européenne à la préparation et à la gestion des crises et à l’égalité, achève sa mission humanitaire dans les Grands Lacs par une étape aussi symbolique que controversée : un tête-à-tête avec les dirigeants de la rébellion de l’AFC/M23, menés par leur coordonnateur politique, Corneille Nangaa.

L’image a de quoi surprendre. Celle qui fut la cheffe de la diplomatie belge, aujourd’hui représentante des 27 États membres de l’UE, serrant la main de celui que Kinshasa qualifie de « criminel de guerre » et de « putschiste ». Une image qui, à elle seule, résume la complexité d’une crise où l’humanitaire et le politique dansent un tango dangereux.

Le mandat : un rapport pour 27 capitals

Hadja Lahbib ne se dérobe pas. Devant la presse, elle rappelle le cadre strict de sa mission. Elle a été mandatée par les ministres des Affaires étrangères des 27 pour établir un rapport sur la situation humanitaire dans la région des Grands Lacs. Une situation qui, dit-elle sans détour, est « catastrophique ».

Son périple l’a menée à Kinshasa, Bujumbura, Kigali, et désormais Goma. Partout, le même message : le respect du droit international humanitaire doit primer. Partout, les mêmes constats : des camps de réfugiés saturés, des femmes et des enfants en première ligne des souffrances, des humanitaires qui travaillent dans des conditions impossibles.

« Je me suis moi-même rendue dans les camps de transit et j’ai recueilli les témoignages des personnes affectées » , confie-t-elle, la voix grave. « En tant que commissaire à l’égalité, je souligne que les premières victimes de cette guerre sont avant tout les femmes et les enfants. »

Nangaa sort le carnet de chèques humanitaire

Face à elle, Corneille Nangaa a compris l’enjeu médiatique. L’ancien président de la CENI, devenu la bête noire de Kinshasa, veut montrer un visage différent. Celui d’un homme qui écoute, qui comprend, qui agit.

À l’issue des échanges, il annonce une série de « mesures de décrispation ». La litanie des libérations tombe comme un cadeau soigneusement emballé pour la presse internationale :

  • 41 jeunes mineurs arrêtés à Goma, relâchés.

  • Une centaine de femmes associées aux Wazalendo et aux FARDC, détenues à Rumangabo, libérées.

  • 230 militaires des FARDC, pris en charge par l’AFC/M23 et soignés au camp Katindo, remis en liberté.

« C’est pour montrer que nous voulons la paix, nous ne sommes pas des va-t-en-guerre » , justifie Nangaa, conscient de l’effet produit. « Ce sont des signes de bonne foi pour permettre que les choses avancent. »

La menace derrière la main tendue

Mais l’homme qui parle de paix n’oublie pas de rappeler qu’il a aussi des muscles. Derrière le masque du négociateur, le stratège pointe le bout du nez.

« Nous croyons à une solution politique et nous tenons à la solution politique » , prévient-il. « Mais si on nous impose une solution autre que politique, nous nous défendrons. »

La menace est à peine voilée. Si Kinshasa ou ses alliés optent pour l’option militaire, le M23 répondra. La main tendue pour les caméras n’est pas une reddition.

La catastrophe humanitaire en chiffres

Pendant que les caméras tournent à Goma, la réalité, elle, continue de saigner. Les chiffres donnent le vertige :

Plus de 21 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire en RDC. La violence dans l’Est continue de chasser les familles de leurs terres, les jetant dans des abris de fortune ou des camps surpeuplés où les épidémies rodent. Près de 28 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire alarmante. Les violences sexuelles liées au conflit restent une arme de guerre systématique.

Et la crise déborde les frontières. Depuis fin 2025, des dizaines de milliers de réfugiés congolais ont fui vers le Burundi voisin, mettant une pression insoutenable sur des ressources déjà faméliques. Le Burundi lui-même compte ses propres déplacés, victimes des inondations et glissements de terrain qui ravagent régulièrement ses collines.

L’Europe, pompier ou complice ?

L’Union européenne, rappelle le communiqué officiel, reste l’un des principaux pourvoyeurs d’aide humanitaire dans la région. En 2025, elle a débloqué 129,5 millions d’euros, majoritairement destinés à la RDC. De l’argent qui sauve des vies, qui nourrit des enfants, qui soigne des blessés.

Mais la visite de Hadja Lahbib à Goma, dans l’antre du M23, pose une question plus large : jusqu’où l’humanitaire peut-il cohabiter avec le politique ? En rencontrant Nangaa, en obtenant des « engagements » de sa part, la commissaire légitime-t-elle, même involontairement, une rébellion que Kinshasa combat ? Ou ouvre-t-elle, au contraire, une fenêtre diplomatique précieuse pour alléger les souffrances des civils ?

La réponse, sans doute, se trouve dans les camps de déplacés. Dans le regard des femmes violées, des enfants malnutris, des vieillards démunis. Eux, ce qu’ils veulent, c’est que les armes se taisent. Peu importe qui parle à qui.

Des engagements sur du sable ?

Hadja Lahbib repart de Goma avec des promesses. Nangaa a libéré des prisonniers. Les caméras ont filmé. Les dépêches ont tourné. Mais dans l’Est congolais, les promesses ont souvent la durée de vie d’un papillon. Les engagements de bonne foi peuvent s’évaporer au premier accrochage militaire, à la première offensive.

La commissaire européenne le sait. Elle espère que sa mission portera ses fruits. Mais le chemin de la paix dans les Grands Lacs est pavé de rapports, de résolutions et de missions humanitaires oubliées.

Reste une certitude : ce vendredi 20 février 2026, à Goma, une ligne rouge a peut-être été franchie. Celle d’une Europe qui accepte de discuter avec ceux que Kinshasa qualifie d’« ennemis de la République ». Pour le meilleur ou pour le pire, l’histoire le dira.

Le grand rendez-vous des gouverneurs se dérobe encore : que se passe-t-il vraiment à Bandundu ?

Le calendrier officiel en a pris un coup. La 13e Conférence des gouverneurs, tant attendue, tant préparée, vient de subir un second report en l’espace de quelques semaines. Initialement fixée du 3 au 7 mars, la voici renvoyée aux calendes de la fin du mois, précisément du 24 au 28 mars. L’information, tombée d’un message officiel du Vice-premier ministre, ministre de l’Intérieur et Sécurité, Jacquemain Shabani, a eu l’effet d’une douche froide dans les 26 provinces concernées.

Aucun motif n’accompagne la décision. Le communiqué est sec, administratif, presque mystérieux. Alors, pourquoi ce nouveau contretemps ?

Bandundu, laboratoire à ciel ouvert des promesses non tenues

Pour comprendre, il faut quitter Kinshasa et ses ors de la république. Il faut prendre la direction de Bandundu, chef-lieu de la province du Kwilu, officiellement désignée pour abriter ces assises. La ville, paresseusement installée au bord de la rivière Kwilu, devait être le théâtre de ce grand raout des exécutifs provinciaux. Mais sur place, le décor contredit l’ambition.

Les raisons du premier report, officieusement attribuées au « parachèvement des infrastructures », n’ont pas été gommées. Pire, elles se sont invitées dans le paysage comme des verrues que le temps n’efface pas.

Commençons par l’aéroport. Point névralgique pour l’accueil des personnalités, il devait faire l’objet d’une réhabilitation express. Le marché a bien été attribué à la société Safrimex. Mais près d’un mois plus tard, c’est le désert. Aucun engin, aucun matériau, aucun ouvrier sur le tarmac. La piste, avec ses fissures et ses herbes folles, attend toujours. Selon des sources proches du gouvernement provincial, les fameux matériaux promis ne sont tout simplement jamais arrivés à Bandundu.

Seule la RVA (Régie des Voies Aériennes) tente de sauver les apparences. Ses locaux arborent une nouvelle couche de peinture fraîche, et les mesures de sécurité ont été renforcées. Mais un pot de peinture ne fait pas un aéroport international.

Les artères de la ville, entre espoir et résignation

Descendons maintenant sur l’avenue Kwango. Une artère stratégique, dont le bétonnage sur 12 kilomètres devait moderniser le visage de la ville. À ce jour, à peine un kilomètre est réalisable. Les caniveaux, eux, poursuivent leur construction au ralenti, comme un chantier qui aurait perdu son âme. Les ouvriers travaillent, mais le temps, lui, court plus vite qu’eux.

À la résidence du chef de l’État, le tableau est plus flatteur. Les travaux affichent 90 % d’exécution. Seuls les aménagements de la cour restent à finaliser. Un coin de paradis en chantier, mais un coin seulement.

Au gouvernement provincial, l’effervescence est palpable, presque dérisoire. Un immense chapiteau a été monté. Il abritera, promet-on, le restaurant des participants. La salle des conférences de l’exécutif a été refaite à neuf, les meubles flambant neufs sont en place. C’est ici que se tiendra la réunion du Conseil des ministres, si tant est qu’elle ait lieu.

Quand la lumière luit, mais que les questions restent entières

Il y a pourtant une note positive dans ce tableau en clair-obscur. Le réseau d’éclairage public a été réhabilité. La lumière, financée par le gouvernement provincial, baigne désormais plusieurs artères principales de Bandundu. La nuit, la ville a presque des allures de capitale. Une fierté locale, une promesse tenue.

Mais cela suffira-t-il ? La question taraude les esprits. Les autorités provinciales, les opérateurs économiques, les simples citoyens : tous se demandent si ce nouveau report sera le dernier. Ou si, dans l’ombre, d’autres obstacles se dressent.

L’ombre d’un troisième report

À Bandundu, personne ne se hasarde à faire de pronostic. Les travaux avancent trop lentement pour garantir une fin de mois glorieuse. Les matériaux n’arrivent pas, la piste de l’aéroport reste muette, le bétonnage piétine.

Alors, la question qui fédère toutes les inquiétudes est sur toutes les lèvres : la Conférence des gouverneurs aura-t-elle vraiment lieu du 24 au 28 mars ? Ou faut-il s’attendre à un énième report, glissant les assises vers des horizons plus lointains ?

Le Vice-premier ministre n’a pas motivé sa décision. Peut-être parce que les motifs, justement, se lisent à ciel ouvert, sur les routes de Bandundu, dans le silence des chantiers à l’arrêt, dans l’attente des populations qui regardent passer les jours sans voir venir les travaux.

La 13e Conférence des gouverneurs est devenue, malgré elle, le symbole des défis de la décentralisation : organiser un événement national dans une province aux moyens limités, c’est d’abord construire ce qui manque. Et construire, à Bandundu, prend décidément plus de temps que prévu.

Rendez-vous donc fin mars. Ou peut-être plus tard.

20 ans de la Constitution : le peuple congolais au cœur du débat, les experts appellent à une révision

Kinshasa, le 18 février 2026. Ce jour-là, le Palais du Peuple ne résonne pas des débats houleux des parlementaires, mais du murmure grave et studieux des universitaires. Un quart de siècle après le soleil de 2006, la Loi fondamentale de la RDC souffle ses vingt bougies. Mais dans cette enceinte, ce n’est pas un anniversaire que l’on célèbre ; c’est un bilan que l’on dresse, et peut-être, un adieu que l’on prépare.

L’Institut pour la Démocratie, la Gouvernance, la Paix et le Développement en Afrique (IDGPA), en complicité avec la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, a choisi ce symbole pour lancer un pavé dans la mare politique. Alors que les réseaux sociaux bouillonnent de postures et d’invectives, l’académie a voulu reprendre le flambeau du débat. Avec une question qui taraude la nation : cette Constitution, vingt ans après, est-elle à l’aube d’une mort programmée ou au commencement d’une nouvelle vie ?

Le professeur André Mbata, directeur exécutif de l’IDGPA, ouvre le bal avec une communication dont le titre, à lui seul, est une ode à la réflexion : « Le peuple et la Constitution du 18 février 2006 : eschatologie ; fin ou migration du pèlerinage constitutionnel en République démocratique du Congo ? »

Devant un parterre d’éminences grises, sa voix porte. Il appelle à « dédramatiser ». Le constat est simple, presque philosophique : « Si les hommes, qui sont la base des Constitutions, sont imparfaits et mortels, comment une Constitution pourrait-elle être parfaite et immortelle ? »

Mais le professeur Mbata ne s’arrête pas là. Il tisse un lien direct, presque sacré, entre le texte et le citoyen. Non, martèle-t-il, ce n’est ni aux états-majors des partis, ni aux influenceurs, ni même aux chefs spirituels autoproclamés constitutionnalistes de trancher. La réponse au grand « pèlerinage constitutionnel » ne peut venir que d’un seul acteur : le peuple congolais, souverain.

Lui qui avait jadis qualifié cette Constitution de « meilleure », il prend soin de dissiper tout malentendu. « Meilleure », oui, mais pas « intouchable ». Meilleure que la Loi fondamentale provisoire, meilleure que celle de 1964 balayée par le vent de l’histoire, meilleure que celle de 1967. Une supériorité relative, jamais absolue. Pour preuve, il sort des archives une pépite historique qui fait mouche : dès le 14 mars 2006, deux semaines après la promulgation, la CENCO, s’inspirant du prophète Néhémie, écrivait déjà « Levons-nous et bâtissons », appelant à une révision.

La salle murmure. L’histoire est têtue. Il rappelle aussi que l’UDPS, aujourd’hui au pouvoir, a longtemps critiqué ce texte, et que le président Félix Tshisekedi lui-même s’y est attaqué durant sa campagne. Sa réélection massive, selon Mbata, pourrait être interprétée comme un assentiment populaire implicite à ces critiques.

Puis, c’est au tour d’autres sommités de prendre le relais. Par visioconférence, depuis l’étranger, le professeur Evariste Boshab pose la question cruciale : « Faut-il modifier ou changer la Constitution ? ». Le professeur Jacques Djoli, lui, ausculte l’architecture politico-administrative, diagnostiquant une « hybridation institutionnelle » qui, en vingt ans, n’a jamais vraiment fonctionné.

Les analyses se croisent et s’enrichissent. Paul-Gaspard Ngondankoy appelle de ses vœux une loi pour encadrer un futur référendum. Le sociologue Emile Bongeli, avec la verve qu’on lui connaît, dresse un portrait sans complaisance de la RDC en « État sorcier », où la population a dû développer des « stratégies de survie ». Enfin, le politologue Eugène Banyaku rappelle, par la mémoire des faits, les faiblesses récurrentes du leadership congolais.

À l’issue de cette journée d’intenses échanges, le professeur Mandefu, dans son rapport général, capte l’esprit des travaux. La tendance est claire : la perspective d’un changement constitutionnel n’est pas perçue comme une menace, mais comme une opportunité.

Une opportunité, pour la première fois peut-être, de ne pas subir l’histoire, mais de l’écrire. De sortir des sentiers battus des compromis de chapelle pour forger, ensemble, un texte qui soit le reflet fidèle des aspirations profondes du peuple, de sa réalité sociologique et de sa culture politique. Le débat est désormais lancé, et il a quitté les amphithéâtres pour s’inviter dans l’esprit de chaque Congolais. La balle est désormais dans le camp du souverain primaire.

Crise humanitaire en RDC : l’UE envoie Hadja Lahbib en urgence dans l’Est

Dans le ciel de Kinshasa, l’avion de la commissaire européenne a fendu les nuages ce mardi. À son bord, Hadja Lahbib, ancienne cheffe de la diplomatie belge, aujourd’hui chargée de la Préparation et de la Gestion des crises pour l’UE. Son agenda est clair : rencontrer toutes les parties au conflit. Pas de discussions en vase clos, mais un dialogue direct avec les belligérants.

« J’entends leur porter des messages clairs », a-t-elle confié à l’Agence de presse Belge avant son départ. Ces messages, ils sont au nombre de trois. D’abord, améliorer l’accès humanitaire dans l’Est. Ensuite, obtenir l’ouverture de couloirs sécurisés. Enfin, arracher des engagements pour poursuivre les services de santé, même dans les zones sous contrôle des groupes armés.

La mission s’annonce périlleuse. Sur le terrain, la rébellion de l’ADF/M23, soutenue par le Rwanda, continue sa progression. Des milliers de familles fuient les combats qui opposent ces rebelles aux forces gouvernementales. Le Sud-Kivu saigne, et les pays voisins aussi.

Des camps saturés et un million de vies en suspens

Au Burundi, le plus grand camp de réfugiés congolais, à Bujumbura, affiche complet. Plus de 70 000 personnes s’y entassent dans des conditions précaires. Hadja Lahbib s’y rendra. Elle visitera également d’autres sites au Rwanda, pour mesurer l’ampleur du désastre.

Car les chiffres donnent le vertige. Selon les dernières estimations, près de 15 millions de Congolais ont des besoins vitaux en assistance et en protection. Pourtant, les caisses sont vides. La communauté humanitaire, contrainte de prioriser, ne pourra secourir que 7,3 millions de personnes cette année.

Face à cette impasse, le gouvernement congolais et ses partenaires ont lancé un appel urgent le 28 janvier dernier. La somme demandée ? 1,4 milliard de dollars. Sans cette injection massive, des vies basculeront dans l’oubli.

De Kinshasa à X : la commissaire hausse le ton

Dès son arrivée, Hadja Lahbib a utilisé les réseaux sociaux pour marteler son message. « Priorité absolue : négocier un accès et des livrables humanitaires », a-t-elle posté sur son compte X. Un ton direct, presque martial, qui contraste avec la langueur habituelle des diplomates.

« À l’Est, l’urgence est absolue. Une crise humanitaire dramatique. Des vies qu’il faut sauver. » Les mots choisis ne doivent rien au hasard. L’Union européenne, avec ses États membres, figure parmi les premiers donateurs mondiaux. Mais donner ne suffit pas. Encore faut-il que l’aide parvienne aux destinataires.

Un anneau de feu autour des Grands Lacs

Pendant que la commissaire s’envole pour Kinshasa, la réalité du terrain reste brutale. La chute récente de la ville stratégique d’Uvira a sonné comme un avertissement. D’autres agglomérations du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont tombées, renforçant l’emprise du M23 sur l’Est.

Dans ce chaos, la ministre d’État Ève Bazaiba Masudi a pris les devants. Elle a conduit une mission humanitaire au Burundi et en Tanzanie, ces deux pays voisins qui accueillent des centaines, voire des milliers de réfugiés. Son objectif ? Apporter un message de réconfort, coordonner l’aide et évaluer la situation avec le HCR.

Entre urgence et éternité : le paradoxe de l’aide

Cette double mission, celle de Lahbib et celle de Bazaiba, illustre un paradoxe cruel. D’un côté, l’urgence absolue de sauver des vies. De l’autre, la lenteur des processus diplomatiques. La commissaire européenne incarne cette tension. Elle vient négocier, certes, mais aussi annoncer l’allocation de l’aide humanitaire pour 2026. Une bouffée d’oxygène dans un océan de besoins.

Reste à savoir si les promesses se transformeront en actes. Car dans l’Est congolais, le temps joue contre les vivants. Chaque jour qui passe, des familles s’enfoncent un peu plus dans l’errance. Des enfants perdent l’accès aux soins. Des femmes et des hommes meurent, loin des caméras et des conférences de presse.

Hadja Lahbib le sait mieux que personne. Son mandat, forgé dans les crises précédentes, lui a appris une leçon simple : l’aide humanitaire est une course contre la montre. À Kinshasa, puis à Bujumbura, elle tentera de gagner quelques longueurs. Pour que les couloirs humanitaires s’ouvrent enfin. Pour que la dignité, cette denrée si rare dans les camps, retrouve un peu de sa superbe.

Francine Muyumba appelle à une « diplomatie de puissance » pour la RDC

KINSHASA – Alors que la RDC multiplie les initiatives diplomatiques à Luanda, Nairobi, Washington et Doha pour contrer l’agression du M23 dans l’Est, certaines voix questionnent leur efficacité réelle. L’ancienne sénatrice Francine Muyumba publie un essai percutant : « Pour une diplomatie congolaise source de prospérité nationale et de rayonnement international ». Elle y critique ce qu’elle appelle la « diplomatie du spectacle » et plaide pour un changement radical de paradigme.

« Rien ne change sur le terrain »

Accompagnant la sortie de son ouvrage, Francine Muyumba pointe un constat sévère : « Malgré les discours officiels et les communiqués de presse de la communauté internationale, rien ne change concrètement sur le terrain ».

Selon elle, la diplomatie ne se limite pas à des photos de sommet ou à des coups de communication. Elle se construit avec puissance et vision stratégique. « La RDC ne doit plus se contenter de postures émotionnelles, mais agir avec force », insiste-t-elle.

Cinq années d’observation au Sénat

Ancienne présidente de la Commission des Relations extérieures du Sénat, élue du Haut-Katanga, Francine Muyumba a observé de l’intérieur « les limites d’un système qui s’essouffle à réagir plutôt qu’à agir ».

Son constat est clair : la RDC a trop souvent confondu agitation et influence réelle. Cette situation, selon elle, freine le rayonnement et la souveraineté du pays.

Un manifeste pour une diplomatie de puissance

Préfacé par le professeur Emmanuel Caulier, l’ouvrage se veut un « outil de rupture ». Francine Muyumba propose une refonte complète de la diplomatie congolaise pour qu’elle :

  • cesse d’être « une charge pour l’État » et devienne « le levier de notre économie » ;

  • devienne « le bouclier de notre intégrité territoriale » ;

  • devienne « le moteur de notre influence réelle ».

Son mot d’ordre : passer « d’une diplomatie de sollicitation à une diplomatie de puissance ». « La RDC ne doit plus subir les agendas extérieurs ; elle doit imposer les siens », insiste-t-elle.

Un contexte de blocages persistants

Cette critique arrive alors que les processus diplomatiques patinent. Malgré l’implication de l’administration Trump et les accords de Washington entre Tshisekedi et Kagame, les tensions persistent.

À Doha, les discussions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 peinent à produire des résultats concrets. Plusieurs mesures convenues — mécanisme de cessez-le-feu, déclaration de principes, accord-cadre — n’ont toujours pas été mises en œuvre.

Un appel à la responsabilité collective

En offrant son essai « à chaque Congolais de bonne volonté », Francine Muyumba lance un appel : « Ensemble, cessons d’être les spectateurs de notre propre destin ».

Reste la question : ce manifeste trouvera-t-il un écho au sein des institutions et de la communauté internationale, alors que la RDC cherche désespérément une issue à une crise qui mine sa souveraineté ?

Dialogue national en RDC : le bras de fer s’intensifie entre le pouvoir et les Églises

Ils veulent tous la paix. Pourtant, chacun rejette celle de l’autre. Voilà toute la tragédie congolaise.

Autour de la table du dialogue, le décor existe. Mais la table, elle, reste bancale. Le mot « dialogue » circule partout. Il rassure les chancelleries et inspire les Églises. Toutefois, derrière ce consensus apparent, les fractures s’élargissent.

D’un côté, le président Félix Tshisekedi affiche une main tendue, mais impose ses règles. En face, les Églises prônent l’ouverture, puis butent sur la raison d’État. Entre les deux, une jeunesse impatiente refuse de servir de figurante.

Cette « nouvelle génération » ne veut plus attendre son tour. Elle réclame sa place.

Dans un communiqué ferme, des représentants des jeunes aux assises nationales rejettent tout rôle décoratif. Leur message est clair : ils ne cautionneront plus les arrangements politiques. Ces jeunes revendiquent un rôle d’acteurs. Ils promettent une contribution « patriotique et technique ».

Selon eux, les dialogues passés ont surtout enrichi les acteurs traditionnels. Les jeunes, eux, n’ont reçu que des promesses. Désormais, ils disent stop. Finie l’instrumentalisation. Ils appellent la jeunesse de RDC et de la diaspora à défendre l’intégrité territoriale et à parler d’une seule voix.

Une question demeure : dans un paysage saturé d’ego, cette voix percera-t-elle ?

Kinshasa fixe ses lignes rouges

À Kinshasa, le pouvoir observe cette agitation avec prudence. Le dialogue ne pose pas problème en soi. Le cadre, en revanche, reste non négociable.

D’abord, les discussions doivent se tenir sur le sol national. Ensuite, seules les institutions issues des urnes peuvent les conduire. Enfin, certaines limites ne bougent pas : pas de groupes armés autour de la table.

Donc, pas de M23. Ni de Corneille Nangaa. Ni de Bertrand Bisimwa. L’ombre de Joseph Kabila plane aussi sur ces exclusions.

Pour le pouvoir, dialoguer avec des rebelles revient à récompenser la violence. Cela fragilise l’État. Dans un contexte de guerre persistante, céder semble impensable.

Les Églises plaident pour l’inclusivité

Les responsables religieux adoptent une autre lecture. Mardi 10 février, sur Actualité.cd, Mgr Donatien Nshole de la CENCO a livré un constat simple : tout le monde vise la souveraineté et l’unité. Le désaccord porte sur la méthode.

Pour lui, aucune réunification ne tient sans dialogue inclusif. Exclure certains acteurs risque d’ancrer durablement les conflits. Plus le temps passe, plus les positions se durcissent.

Même son de cloche du côté de la Église du Christ au Congo. Son porte-parole, le pasteur Éric Senga, nuance toutefois : le dialogue n’est qu’une étape. Sans justice ni réconciliation, les accords resteront creux.

Deux légitimités face à face

Le dilemme reste entier. Le pouvoir défend la légitimité des urnes. Les Églises invoquent leur autorité morale. Aucune ne surclasse l’autre. Les deux s’imposent dans le débat national.

Dans ce contexte, Angola tente une médiation. Depuis Luanda, le président João Lourenço multiplie les consultations. Sa mission consiste à rapprocher des positions presque inconciliables.

Pendant ce temps, l’Est souffre

Alors que les élites débattent, l’Est brûle toujours. Les déplacés s’entassent. Les écoles ferment. Les violences sexuelles augmentent. Le quotidien, lui, ne connaît pas de pause diplomatique.

Plusieurs inconnues subsistent :
Le dialogue verra-t-il le jour ?
Sera-t-il inclusif ?
Les jeunes y participeront-ils vraiment ?

Une chose reste sûre : le temps file. Lorsque les positions se figent, un vide apparaît. Et trop souvent, ce vide se remplit par les armes.

Dialogue intercongolais : Kinshasa pose ses conditions, pas d’impunité pour le M23

Depuis la capitale congolaise, une voix s’est élevée pour remettre les pendules à l’heure. Ce n’est pas un refus. Ce n’est pas une fin de non-recevoir. C’est, plus subtilement, une main tendue… mais qui n’acceptera pas n’importe quoi.

Patrick Muyaya Katembwe, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, s’est confié ce mercredi aux micros de RFI. Et ses mots, choisis avec soin, dessinent une ligne rouge que Kinshasa n’entend pas franchir.

« Le dialogue se tiendra chez nous »

D’abord, clarifions le décor. Luanda sera bien le théâtre des pré-consultations. L’Angola, désigné médiateur principal, s’est vu confier une mission précise : sonder toutes les composantes politiques et sociales congolaises, préparer le terrain, aplanir les aspérités. Une phase préparatoire, en somme.

Mais le dialogue national, lui, le vrai, celui qui devra recoudre une nation déchirée par trois décennies de crises à répétition, se tiendra en RDC. C’est un préalable, presque un symbole. Comme pour rappeler que si la médiation est étrangère, la souveraineté, elle, ne se négocie pas.

« L’impunité, c’est fini »

Puis vint l’autre condition. Celle qui, à Kinshasa, porte un nom qui fâche : le M23.

Patrick Muyaya n’a pas éludé. Il a même appuyé là où ça fait mal. « Ce dialogue ne devra pas consacrer l’impunité pour les acteurs impliqués dans les conflits à l’est du pays. » Phrase pesée, phrase lourde. Traduction : on ne négocie pas avec des bourreaux pour les blanchir ensuite.

Le ministre a rappelé ce que beaucoup, dans les couloirs de la diplomatie, préfèrent parfois oublier : les violences armées se répètent, à l’est, parce que l’impunité, elle, ne meurt jamais. Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Kinshasa dit vouloir casser le cycle. Et pour ça, il faudra que la justice passe. Avant, pendant ou après le dialogue. Mais elle passera.

Et Joseph Kabila dans tout ça ?

Forcément, la question est venue. L’ancien président séjourne à Luanda. Il y a rencontré des acteurs politiques congolais. Alors, que fait-il là-bas ? Prépare-t-il un retour ? Négocie-t-il en marge du processus officiel ?

Patrick Muyaya, prudent, a renvoyé la balle au médiateur angolais. C’est à João Lourenço d’en rendre compte. Lui seul sait ce qui s’est dit. Lui seul pourra, dans ses conclusions, éclairer ce que Kinshasa observe, pour l’instant, d’un œil attentif mais silencieux.

Ce n’est ni un désaveu, ni une bénédiction. C’est une posture d’attente, celle d’un gouvernement qui ne veut pas paraître dicter sa loi à la médiation, mais qui, dans l’ombre, garde la main sur son calendrier et sur ses principes.

La feuille de route, enfin

Au bout du chemin, Kinshasa veut une feuille de route claire. Pas de flou. Pas d’atermoiements. Les consultations de Luanda doivent déboucher sur du concret : qui parlera à qui ? Où ? Quand ? Et surtout, sur quelles bases ?

Le gouvernement congolais sait que le monde le regarde. Que les chancelleries, l’Union africaine, les Nations unies suivent chaque déclaration, chaque communiqué. Mais ce qu’il attend, avant d’applaudir, c’est un engagement tangible du M23.

Accepter le cessez-le-feu, d’abord. Accepter de dialoguer, ensuite. Et accepter, enfin, que les crimes ne s’effacent pas d’un trait de plume diplomatique.

Alors, le 18 février, les armes se tairont-elles ? Peut-être. Mais le vrai test ne sera pas militaire. Il sera politique. Il sera judiciaire. Il sera, pour la RDC, celui de sa capacité à transformer une trêve fragile en paix juste.

Les mots de Patrick Muyaya, en ce sens, ne sont pas une entrave. Ils sont un garde-fou. Une manière de dire à Luanda, à l’UA, au M23 et au reste du monde : la paix, oui. Mais pas à n’importe quel prix.

La RDC réélue au Conseil de paix et sécurité de l’UA avec 44 voix

ADDIS-ABEBA – La République démocratique du Congo a obtenu un score sans appel ce mercredi 11 février 2026. Réélue au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine (CPS) avec 44 voix sur 48 lors du scrutin organisé dans la capitale éthiopienne, Kinshasa entame un deuxième mandat consécutif au sein de cette instance stratégique.

Le ministère congolais des Affaires étrangères, qui a annoncé la nouvelle, rappelle que ce nouveau mandat fait suite à celui entamé le 1er avril 2024. La RDC avait déjà exercé la présidence tournante du CPS à deux reprises : en novembre 2024 et en janvier 2026.

Un organe au cœur de l’architecture sécuritaire africaine

Le Conseil de paix et de sécurité est l’organe décisionnel permanent de l’Union africaine. Véritable colonne vertébrale de l’architecture de paix continentale, il est chargé de la prévention, de la gestion et du règlement des conflits en Afrique. Sa composition restreinte – quinze membres élus selon une répartition géographique – en fait une instance particulièrement influente.

Une marque de confiance et un outil stratégique

Cette réélection avec un score de 91,6 % des suffrages constitue un signal politique fort. Elle témoigne de la crédibilité diplomatique acquise par Kinshasa auprès des capitales africaines, malgré les tensions régionales persistantes.

Pour la RDC, directement engagée dans plusieurs crises sécuritaires – notamment l’agression rwandaise dans sa partie orientale et le processus de pacification du Grand Bandundu –, siéger au CPS offre une position stratégique. Kinshasa pourra peser davantage sur les décisions continentales concernant son propre dossier, mais aussi contribuer à la stabilisation d’autres foyers de tension sur le continent.

Une présence renforcée dans l’agenda africain

Cette réélection s’inscrit dans une dynamique diplomatique plus large pour la RDC, qui accueille par ailleurs le Médiateur de l’UA pour la crise des Grands Lacs (Faure Gnassingbé) et travaille en étroite coordination avec la présidence angolaise de l’UA.

Alors que se prépare le 39e Sommet des chefs d’État prévu dans les prochains jours à Addis-Abeba, ce mandat renouvelé offre à Kinshasa une tribune supplémentaire pour défendre sa vision de la paix et de la sécurité sur le continent. Le message est clair : la RDC entend jouer un rôle de premier plan dans les affaires africaines.

Dialogue national en RDC : l’ONU salue la médiation Angolaise

KINSHASA – L’ONU met un pied dans l’effort de médiation intra-congolaise. À l’issue de consultations avec les forces politiques et sociales de la RDC et les autorités nationales, le secrétaire général adjoint aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, a salué ce mardi 11 février la disponibilité de l’Angola à contribuer à l’organisation d’un dialogue national inclusif.

« Nous avons pris note avec beaucoup d’intérêt de la disponibilité de l’Angola à aider à l’organisation d’un dialogue inclusif », a déclaré le haut responsable onusien, soulignant qu’« un grand nombre de formations politiques ont des attentes en ce sens ».

Une tierce partie jugée « essentielle »

Pour Jean-Pierre Lacroix, la clé de la réussite d’un tel dialogue réside dans l’implication d’un médiateur extérieur crédible. « L’apport d’une tierce partie, et l’Angola peut effectivement jouer ce rôle, est essentiel pour atteindre cet objectif », a-t-il affirmé.

Cette déclaration constitue un soutien explicite des Nations unies à la diplomatie angolaise dans le dossier congolais, renforçant le rôle déjà central joué par Luanda, via le président João Lourenço, à la tête de l’Union africaine.

La MONUSCO en appui technique

Au-delà du dialogue, le responsable onusien a réaffirmé le rôle de la MONUSCO dans l’accompagnement des progrès sécuritaires. « L’importance cruciale est que les efforts diplomatiques s’intensifient pour concrétiser les engagements, en particulier sur le cessez-le-feu », a-t-il insisté.

Il a précisé que la Mission onusienne se tient « prête, disponible et proactive » pour appuyer ces avancées, notamment en matière de vérification du respect des trêves, conformément à son mandat.

Un signal envoyé à Kinshasa et aux acteurs politiques

Cette prise de position intervient à un moment où les appels à un dialogue intercongolais se multiplient, alors que les processus de paix externes (Washington, Doha) peinent à produire des résultats concrets sur le terrain. En validant la piste angolaise, l’ONU envoie un signal clair à Kinshasa : la communauté internationale est prête à soutenir une solution endogène, pourvu qu’elle soit inclusive et sincère.

Reste désormais à transformer cette « disponibilité » angolaise en une feuille de route concrète, acceptée par le pouvoir et les différentes forces politiques. Jean-Pierre Lacroix achève sa visite sur cette note d’espoir, mais aussi d’exigence.

L’ONU prête à soutenir les processus de paix dans l’Est de la RDC

KINSHASA – Le secrétaire général adjoint de l’ONU aux opérations de paix, Jean-Pierre Lacroix, affiche une position ferme. Ce lundi 9 février, il a réaffirmé la détermination des Nations unies à soutenir les efforts diplomatiques pour ramener la paix dans l’Est de la RDC.

Après sa rencontre avec le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, le responsable onusien a présenté l’état des initiatives en cours. Il a aussi rappelé le rôle d’appui de la MONUSCO.

Un appui à tous les processus de paix

Jean-Pierre Lacroix a évoqué plusieurs pistes diplomatiques. Il a cité les processus de Washington et de Doha. Il a également mentionné l’implication de l’Union africaine et le projet de conférence internationale pour le PANAC.

Il a ensuite clarifié sa mission. Selon lui, la MONUSCO veut soutenir activement les engagements pris. Elle compte surtout appuyer le respect du cessez-le-feu. D’ailleurs, la mission onusienne avait déjà salué, le 4 février, les avancées des pourparlers de Doha. Elle avait aussi affiché sa volonté d’agir rapidement.

Un cessez-le-feu qui dépend des acteurs

Cependant, Jean-Pierre Lacroix a posé une limite claire. Pour lui, les acteurs du conflit doivent appliquer eux-mêmes le cessez-le-feu. Personne ne peut imposer la paix de l’extérieur. Il appelle donc toutes les parties à s’impliquer pleinement.

En parallèle, il rappelle l’existence d’un mandat du Conseil de sécurité. La résolution 2808 (2025) autorise la MONUSCO à fournir un appui technique et logistique. Cet appui passe notamment par le Mécanisme conjoint de vérification élargi Plus de la CIRGL.

Coopération renforcée avec Kinshasa

Cette visite intervient dans un contexte diplomatique actif. À l’approche du sommet de l’Union africaine, les consultations se multiplient. L’ONU veut donc resserrer sa coopération avec les institutions congolaises.

Par ailleurs, la MONUSCO poursuit son retrait progressif de certaines provinces. En revanche, elle concentre désormais ses efforts sur l’appui politique et sécuritaire. La présence de Jean-Pierre Lacroix à Kinshasa s’inscrit dans cette logique. Au même moment, les présidents Tshisekedi et Lourenço échangent à Luanda avec le médiateur de l’UA. Tous cherchent une meilleure coordination régionale.

En conclusion, l’ONU se dit prête à soutenir le processus. Toutefois, elle attend un engagement réel des belligérants. L’émissaire onusien insiste : seule une volonté politique commune peut mettre fin aux hostilités.

Tshisekedi à Luanda pour une médiation cruciale sur la crise à l’Est

LUANDA/KINSHASA – Dans un dernier effort diplomatique avant le sommet de l’Union africaine, le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu ce lundi 9 février à Luanda, sur invitation de son homologue angolais João Lourenço, qui assure également la présidence en exercice de l’UA. Cette visite de travail, annoncée par la porte-parole Tina Salama, a pour cœur un entretien en tête-à-tête centré sur la recherche de solutions à la crise sécuritaire qui frappe l’Est de la RDC.

Les deux dirigeants doivent passer en revue les initiatives régionales et internationales de médiation en cours, avec un objectif clair : « ramener la paix et la stabilité » et mieux coordonner les efforts diplomatiques dispersés. Cette rencontre s’inscrit dans un timing particulièrement serré, à quelques jours seulement de l’ouverture du 39e Sommet des chefs d’État et de gouvernement de l’UA, prévu les 14 et 15 février à Addis-Abeba.

Une triangulation diplomatique de haut niveau

La visite de Tshisekedi à Luanda n’est pas isolée. Elle coïncide avec la présence dans la capitale angolaise du médiateur principal de l’UA pour la région des Grands Lacs, Faure Essozimna Gnassingbé. Le président togolais, qui achève une tournée régionale l’ayant conduit au Rwanda, au Burundi et en Ouganda, vient consulter le président Lourenço pour aligner les stratégies continentales.

Cette convergence à Luanda forme une triangulation diplomatique cruciale : le pays directement concerné (RDC), la présidence en exercice de l’UA (Angola) et le médiateur mandaté (Togo) unissent leurs voix dans un ultime round de consultations. L’enjeu est de parvenir à une position africaine commune et ferme à présenter lors du sommet.

La course contre la montre avant Addis-Abeba

Ce ballet diplomatique intensif fait suite à plusieurs mois de préparations. Après une réunion fondatrice à Lomé le 17 janvier, qui a défini une nouvelle architecture de médiation placée sous l’autorité de Gnassingbé, le médiateur a multiplié les shuttles entre les capitales de la région.

Avant de rencontrer les présidents Kagame, Ndayishimiye et Museveni, il s’était entretenu avec Tshisekedi à Kinshasa. Les discussions avaient alors porté sur la coordination des efforts de médiation régionaux et continentaux, et sur la nécessité d’harmoniser les initiatives parallèles, comme celles menées par les États-Unis (accords de Washington) et le Qatar (pourparlers de Doha).

Un test pour la crédibilité de la médiation africaine

Les rencontres de Luanda représentent donc le dernier coup d’accélérateur avant le rendez-vous d’Addis-Abeba. Pour l’Union africaine, le défi est de taille : prouver qu’elle peut porter une solution endogène, cohérente et crédible face à une crise qui mine la stabilité de toute la région des Grands Lacs.

La présence conjointe de Tshisekedi et de Gnassingbé aux côtés de Lourenço symbolise la volonté de placer ce dossier au sommet de l’agenda continental. Les conclusions de ces échanges détermineront le ton et les attentes du sommet, où la communauté internationale attendra des actes concrets pour mettre fin à un conflit dont le coût humain ne cesse de croître.

L’UA condamne une attaque « terroriste » du M23 sur l’aéroport de Kisangani

KISANGANI / ADDIS-ABEBA – L’attaque a propulsé la guerre dans une nouvelle dimension, plus sombre et plus dangereuse. Ce vendredi 6 février, la Commission de l’Union africaine (UA) a franchi un cap dans sa condamnation de la rébellion AFC/M23, dénonçant l’attaque par drone contre l’aéroport de Kisangani comme un acte qui pourrait relever du « terrorisme ».

Dans un communiqué sans équivoque, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a lancé un avertissement sévère : en visant une grande infrastructure civile en plein cœur urbain, loin des lignes de front du Nord-Kivu, le M23 a commis une « violation grave du droit international humanitaire » et joue avec l’escalade.

Un signal d’alarme continental

L’UA ne s’est pas contentée d’une condamnation de routine. Elle a brandi la menace juridique maximale. En invoquant la Convention de l’OUA de 1999 pour la prévention et la lutte contre le terrorisme, l’organe continental souligne que de tels actes « peuvent engager la responsabilité pénale individuelle de leurs auteurs et commanditaires ». Un langage rare, qui place l’attaque sous un jour criminel nouveau et pourrait ouvrir la voie à des poursuites internationales.

« Le président de la Commission met en garde contre l’extension des hostilités à des villes éloignées (…) ce qui constitue un facteur majeur d’escalade », a insisté le communiqué, exprimant une « plus profonde préoccupation » pour la stabilité régionale et la situation humanitaire déjà catastrophique.

Kisangani, cible symbolique et stratégique

La cible n’a pas été choisie au hasard. Kisangani, capitale de la vaste province de la Tshopo, est une ville majeure de l’est congolais, éloignée de plusieurs centaines de kilomètres des bastions du M23. En revendiquant une frappe sur son aéroport – que Kinshasa affirme être une base aérienne militaire –, la rébellion envoie un message de puissance et de capacité de nuisance à longue portée.

Elle démontre aussi, de façon spectaculaire, l’échec cuisant des processus de paix censés endiguer le conflit.

L’enterrement des accords de Washington et de Doha ?

L’attaque survient en effet comme un crachat sur la table des négociations. Elle intervient des mois après la solennelle signature des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda, sous l’œil de l’ancien président américain Donald Trump, et au moment même où les pourparlers de Doha, sous médiation qatarienne, viennent péniblement de reprendre.

Le constat de l’UA est accablant : « la situation sur le terrain demeure inchangée ». Les combats font rage, les accusations mutuelles entre Kinshasa et Kigali pleuvent, et les mesures convenues – cessez-le-feu, désescalade, réintégration – restent lettre morte. L’attaque sur Kisangani est le symptôme le plus violent de cette paralysie diplomatique.

Un appel à l’action qui sonne comme un ultimatum

Face à cette fuite en avant, l’Union africaine lance un triple appel :

  1. Au M23 : cesser immédiatement les hostilités et renoncer aux méthodes de guerre « aveugles ».

  2. À toutes les parties : mettre en œuvre « sans délai et de bonne foi » l’Accord de Doha.

  3. À la communauté internationale : l’UA réaffirme son soutien à la souveraineté de la RDC et se dit prête à coordonner les efforts pour une paix crédible.

En qualifiant l’acte de potentiel terrorisme, l’UA place la barre très haut. Elle transforme ce qui était perçu comme une rébellion locale en une menace contre la sécurité et les principes continentaux. Ce changement de narratif pourrait justifier, à l’avenir, des mesures de pression bien plus fortes. Pour les populations de l’Est, prises entre les combats et désormais sous la menace de drones, ce durcissement verbal doit rapidement se traduire en actes concrets sur le terrain, sous peine de n’être qu’une condamnation de plus dans un conflit qui n’en finit pas.

Washington envoie un message fort : Les sénateurs américains à Tshisekedi sur le M23, les minerais critiques et la paix

Le président congolais Félix Tshisekedi a reçu, mercredi 4 février à Washington, un message à la fois de soutien et d’exigences de la part du Congrès américain. Il a été reçu par les sénateurs Jim Risch (Républicain) et Jeanne Shaheen (Démocrate), respectivement président et vice-présidente de la puissante Commission des relations étrangères du Sénat.

Dans un communiqué publié à l’issue de la rencontre, les deux élus ont affirmé que les États-Unis étaient prêts à devenir « un partenaire plus fort » de la RDC, mais ont conditionné ce soutien bipartisan à des « efforts sérieux de toutes les parties » pour respecter leurs engagements.

Une pression accrue sur Kigali et Kinshasa

Le ton était particulièrement ferme concernant la sécurité à l’Est. Les sénateurs ont exprimé leur profonde préoccupation face à « l’occupation persistante de certaines parties de l’est du Congo par le groupe M23 soutenu par le Rwanda ». Ils ont appelé à un retrait complet des forces rwandaises du territoire congolais, présenté comme la condition sine qua non pour une « chance réelle de paix durable ».

Le communiqué qualifie la situation dans l’Est de « catastrophe humanitaire », avec 26 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, et souligne que « les femmes, les enfants et les communautés minoritaires ne peuvent rester des dommages collatéraux ».

Des attentes également envers le gouvernement congolais

Fait notable, les sénateurs américains n’ont pas épargné Kinshasa. Ils estiment que la stabilité à long terme exige que la RDC « prenne des mesures décisives contre les FDLR et les milices Wazalendo violentes ». Ils appellent le gouvernement à s’engager dans un dialogue national crédible ou des solutions politiques pour renforcer la cohésion nationale, condition essentielle, selon eux, à « l’avenir du partenariat bilatéral ». Ce lien explicite entre action interne et soutien externe marque une évolution significative.

Le partenariat économique en ligne de mire

Au-delà de la sécurité, les discussions ont porté sur les piliers économiques de la coopération. Les sénateurs ont abordé le partenariat stratégique sur les minerais critiques et la poursuite des investissements pour revitaliser le corridor de Lobito, présenté comme un levier de croissance mutuelle et de commerce régional.

Ce rendez-vous au Capitole envoie donc un signal politique fort : l’aide et les investissements américains sont directement liés aux progrès concrets sur le terrain, tant en matière de désescalade militaire avec le Rwanda que de gouvernance et d’action contre tous les groupes armés par Kinshasa. Pour Tshisekedi, le soutien de Washington se mérite désormais au prix d’actions tangibles.

Dialogue national en RDC : Tshisekedi pose ses conditions, l’opposition crie au « simulacre »

Le président Félix Tshisekedi a enfin répondu aux appels pressants pour un dialogue national, mais sous des conditions qui divisent déjà profondément la classe politique. Lors d’un échange de vœux avec le corps diplomatique, le chef de l’État a reconnu la nécessité de l’unité, tout en posant un cadre strict : le dialogue doit se tenir sur le territoire national, sous la conduite des institutions de la République et ne peut remettre en cause les institutions issues des élections.

Cette annonce, loin de calmer les esprits, a déclenché une vague de rejets et de critiques de la part de l’opposition et de la société civile.

L’opposition unie dans le rejet, mais divisée sur les motifs

  • Ensemble pour la République (Moïse Katumbi) a qualifié la proposition de « simulacre », exigeant que le dialogue soit placé sous l’égide des Églises (CENCO-ECC), comme le veut la tradition.

  • Envol (Delly Sesanga) a mis en garde contre les « dialogues de circonstance » utilisés pour renforcer le pouvoir en place sans réelle volonté de réforme.

  • Sauvons la RDC (camp Kabila) a accusé Tshisekedi d’avoir « choisi délibérément l’escalade », engageant sa « responsabilité devant l’histoire ».

  • Le Cadre de concertation des forces politiques estime qu’il « n’appartient pas au président de décider unilatéralement » des modalités.

Même la société civile, par la voix de Jean-Claude Katende (ASADHO), déplore des conditions « difficilement acceptables » et rappelle que le « dialogue n’est pas une blanchisserie ».

Le cœur du différend : la médiation des Églises

Le point de crispation majeur est le refus de Tshisekedi de confier la médiation au duo CENCO-ECC, pourtant largement consensuel dans l’opposition. Le pouvoir leur reproche un « manque de neutralité », notamment sur la question de l’agression rwandaise.

Une convergence sur le besoin, une divergence totale sur la méthode

Malgré ce tumulte, les analystes relèvent un point de convergence : tout le monde reconnaît l’importance d’un dialogue face à l’agression. Mais les approches sont irréconciliables. Tshisekedi veut un dialogue institutionnel et souverain ; l’opposition exige un dialogue inclusif et indépendant, facilité par des médiateurs extérieurs au pouvoir.

Alors que les processus de paix de Washington et Doha piétinent, et que les violences s’intensifient à l’Est, le pays semble plus que jamais polarisé, incapable de s’entendre sur la manière même de se parler. Le dialogue, présenté comme une solution, devient lui-même un nouveau champ de bataille politique.

Jean-Marc Kabund officiellement investi candidat à la présidentielle 2028 par l’UDC

 La course à la présidentielle de 2028 prend forme. L’Union des Démocrates Congolais (UDC) a désigné, dimanche 1er février, Jean-Marc Kabund comme son candidat à la magistrature suprême, lors du premier congrès du parti tenu à Kinshasa. Une décision présentée par le leader de l’UDC, Jhollyno Kasanga, comme un « choix démocratique et souverain » et une « force de rupture » face au régime Tshisekedi.

Le tribun, ancien premier vice-président de l’Assemblée nationale, a donné une portée collective à cette investiture. « Mon investiture n’est pas une consécration individuelle, c’est une mission collective », a-t-il déclaré, affirmant la recevoir « avec humilité, gravité et responsabilité » au nom des « jeunes sans avenir, des femmes sans protection, des travailleurs sans salaire digne ».

Une campagne sous le signe de la « rupture radicale »

Kabund, dont le parti l’Alliance pour le Changement (A.ch) fait partie de la Coalition de la Gauche Congolaise (CGC) qui le dirige, a tracé les contours d’un projet en opposition frontale avec l’actuel pouvoir. « Notre pouvoir ne sera pas celui de la vengeance mais du pardon, de la réconciliation et de la refondation. (…) Il ne sera pas non plus celui de la continuité du système actuel, mais celui de la rupture radicale », a-t-il promis.

Jhollyno Kasanga a, quant à lui, martelé la nécessité d’offrir une « alternative politique crédible et courageuse » face à la « mauvaise gouvernance, l’injustice sociale, l’impunité et la corruption ». Il a aussi lancé un avertissement : « La Constitution est ferme. 2028 est une année électorale, elle doit être respectée et sera respectée. L’UDC ne permettra ni glissement politique ni confiscation de la souveraineté populaire ».

Des consultations discrètes en Europe

Rentré à Kinshasa le 30 janvier après plusieurs semaines en Europe, Jean-Marc Kabund aurait mené des consultations discrètes avec des figures de l’opposition congolaise et des responsables de l’Union européenne, selon son entourage. Il annonce l’organisation prochaine d’une « matinée politique » pour clarifier sa démarche.

Cette désignation, intervenue deux ans avant le scrutin, marque le premier mouvement structuré de l’opposition congolaise en vue de 2028 et place d’emblée Jean-Marc Kabund comme un prétendant sérieux à la succession de Félix Tshisekedi.

Tshisekedi et Fayulu à Washington pour le National Prayer Breakfast 2026

Cette semaine, la capitale américaine accueille deux figures politiques congolaises majeures. Le président Félix Tshisekedi et l’opposant Martin Fayulu participent au National Prayer Breakfast 2026. Ce traditionnel « petit-déjeuner de prière » mêle foi, politique et affaires.

Martin Fayulu est arrivé à Washington lundi 2 février. Il prend part à l’événement prévu jeudi 5 février. De son côté, Félix Tshisekedi devrait le rejoindre pour cette 74e édition. Chaque premier jeudi de février, cette rencontre rassemble des personnalités chrétiennes, des élus et des entrepreneurs. Tous partagent des temps de prière et des échanges informels.

Des responsables religieux congolais aussi présents

Plusieurs figures religieuses composent également la délégation congolaise. Parmi elles figurent le pasteur Éric Senga, secrétaire général de l’ECC, ainsi que Mgr Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO. Ainsi, leur participation montre l’intérêt des communautés chrétiennes pour ce rendez-vous.

Un événement à portée historique

Créé en 1953, le National Prayer Breakfast réunit chaque année des décideurs autour de la foi. Le réseau chrétien The Fellowship coordonne l’organisation. Par ailleurs, des parlementaires américains soutiennent l’événement. Depuis Eisenhower, tous les présidents américains ont participé à cette rencontre. Cette année, les sénateurs Kirsten Gillibrand et Roger Marshall assurent la coprésidence honorifique.

Officiellement, les organisateurs veulent encourager la prière collective, le dialogue et la réconciliation. Dans ce contexte, la présence de Tshisekedi et Fayulu attire l’attention. Leur déplacement pourrait donc favoriser des échanges informels en marge des cérémonies.

L’UE interdit toutes les compagnies aériennes congolaises pour raisons de sécurité

Bruxelles / Kinshasa – C’est un coup dur pour la mobilité et le tourisme. Alors que les vacances d’hiver approchent, la Commission européenne a actualisé sa liste noire des compagnies aériennes, et le constat est implacable pour la République démocratique du Congo : la totalité de ses 23 compagnies aériennes certifiées sont désormais interdites de vol dans l’espace aérien de l’Union européenne.

Cette mesure radicale, qui touche près de 170 compagnies dans le monde depuis janvier 2026, s’explique par un manquement aux normes de sécurité. Selon Bruxelles, l’autorité nationale de sécurité aérienne congolaise ne remplirait pas les standards internationaux établis par l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI).

« La sécurité est notre priorité absolue », a justifié la Commission, précisant que cette interdiction vise à protéger les passagers circulant dans le ciel européen. Concrètement, aucun avion opéré par une compagnie congolaise ne peut plus atterrir ou survoler un pays de l’UE.

Un défi logistique et économique majeur

Cette décision plonge dans l’embarras les voyageurs congolais qui prévoyaient de se rendre en Europe. Ils devront désormais trouver des itinéraires alternatifs, souvent plus longs et coûteux, via des compagnies étrangères depuis des pays tiers.

C’est aussi un revers économique sévère pour les compagnies aériennes congolaises, privées d’un marché vital et d’une source de revenus importante. Cette interdiction générale souligne les carences persistantes dans la supervision et le contrôle de l’aviation civile en RDC.

Pour que les liaisons soient rétablies, les autorités congolaises devront mener d’importantes réformes pour relever les standards de sécurité et convaincre les inspecteurs européens de leur fiabilité. En attendant, le pont aérien entre la RDC et l’Europe est rompu.

États-Unis : des élus débattent de sanctions contre le Rwanda pour la crise en RDC

Washington D.C. – L’impatience gagne le Congrès américain.
Alors que le processus de paix parrainé par Washington piétine dans l’Est de la RDC, des élus américains ouvrent désormais un débat sensible. Ils envisagent l’imposition de sanctions contre le Rwanda, rapporte The Africa Report.

Selon des sources parlementaires citées par le média, plusieurs membres du Congrès estiment que Kigali porte une part de responsabilité directe dans la lenteur de la mise en œuvre des accords de Washington, signés en 2025. Ils pointent aussi la persistance des violences sur le terrain.
Pour ces élus, les sanctions constitueraient un outil de pression politique, destiné à forcer des résultats concrets. Le message se veut clair : le soutien à la paix doit produire des effets mesurables.

Des sanctions envisagées comme levier politique

Pour les législateurs américains, la patience atteint ses limites.
Ils considèrent que les engagements pris dans le cadre des accords de Washington tardent à se traduire par des avancées réelles. Dans ce contexte, l’option coercitive gagne du terrain au Capitole.

L’objectif affiché reste toutefois politique. Les élus veulent pousser Kigali à respecter pleinement ses engagements, notamment en matière de sécurité et de désescalade régionale. Ils estiment que la diplomatie seule ne suffit plus.

Une implication américaine de plus en plus visible

Ce débat intervient alors que les États-Unis renforcent leur implication dans le dossier congolais.
La médiation américaine connaît un nouvel élan, marqué par l’engagement personnel du vice-président J.D. Vance. Cette implication vise à relancer un processus de paix largement critiqué pour son manque d’impact sur le terrain.

The Africa Report souligne que ces discussions traduisent une fracture croissante entre les attentes de Washington et la conduite de Kigali. La tension s’accentue d’autant plus que le groupe rebelle M23, perçu comme soutenu par le Rwanda, a enregistré des avancées territoriales significatives ces derniers mois.

Des accords de Washington sous pression

Les accords de Washington prévoyaient notamment le retrait des troupes rwandaises de l’Est congolais et la mise en place d’un mécanisme de sécurité conjoint.
Cependant, leur application progresse lentement. De nombreux observateurs jugent le processus trop axé sur des intérêts économiques, au détriment de la sécurité des civils.

À ce stade, aucune décision officielle sur des sanctions n’a encore été annoncée.
Des réactions du gouvernement rwandais et du Département d’État américain restent attendues. Toutefois, l’ouverture de ce débat au Congrès marque un tournant potentiel. Washington pourrait passer d’une diplomatie incitative à une approche plus coercitive si Kigali ne démontre pas davantage de bonne foi.

ONUSIDA nomme Marie-Margarète Molnár nouvelle directrice pays pour la RDC

Kinshasa – Le Programme des Nations Unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) a désigné une nouvelle cheffe pour piloter sa stratégie en République démocratique du Congo. Marie-Margarète Molnár prend officiellement les rênes de l’institution onusienne dans le pays, avec pour mission de renforcer l’appui à la réponse nationale contre l’épidémie.

Cette nomination intervient dans le cadre de l’objectif mondial d’éliminer le sida comme problème de santé publique d’ici 2030. Pour y parvenir en RDC, la nouvelle directrice pays devra coordonner l’assistance technique et financière autour des priorités nationales : réduire les nouvelles infections, améliorer l’accès aux traitements antirétroviraux et consolider les systèmes de santé.

Une expérience forgée sur le terrain africain

Marie-Margarète Molnár n’est pas une novice. Elle arrive à Kinshasa après avoir occupé le même poste de Directrice pays de l’ONUSIDA au Burundi, où elle a contribué à la mise en œuvre de stratégies nationales en collaboration avec les autorités, les partenaires techniques et la société civile.

Son parcours au sein du système des Nations Unies lui a conféré une connaissance approfondie des enjeux liés à la prévention, la prise en charge et le suivi du VIH/sida à l’échelle internationale.

« Travailler aux côtés des autorités congolaises »

À l’occasion de sa prise de fonction, la nouvelle directrice a affirmé son engagement : « Je me réjouis de travailler aux côtés des autorités congolaises et de l’ensemble des partenaires engagés dans la lutte contre le VIH/sida, afin de renforcer les interventions existantes et d’élargir leur impact au bénéfice des populations. »

Sa tâche sera de taille dans un pays aussi vaste et complexe que la RDC, où l’accès aux soins reste un défi majeur pour des millions de personnes. Son leadership sera crucial pour harmoniser les efforts des multiples acteurs – gouvernement, agences onusiennes, ONG et communautés – dans la course contre la montre vers 2030.

États-Unis : un élu dénonce l’échec des accords de paix en RDC malgré la signature à Washington

Washington D.C. – Plus d’un mois après la signature solennelle à la Maison Blanche, les accords de paix censés mettre fin à la guerre dans l’Est de la RDC restent lettre morte. Jeudi 22 janvier, devant la Commission des affaires étrangères du Congrès américain, l’administration Trump a tenté de rassurer. Pourtant, sur le terrain, la violence progresse.

Face aux élus, la secrétaire adjointe pour l’Afrique centrale, Sarah Troutman, a réaffirmé l’engagement de Washington. Selon elle, les États-Unis, garants des accords signés fin 2025 par Félix Tshisekedi, Paul Kagame et Donald Trump, feront respecter les engagements pris. Elle a promis des mesures contre tout acteur qui menacerait la paix, reprenant la ligne du secrétaire d’État Marco Rubio.

Au Congrès, un élu dénonce l’aggravation de la violence

Cependant, cet optimisme officiel n’a pas résisté longtemps. Lors de la même audition, un membre du Congrès a livré un constat sévère. Pour lui, il existe un fossé profond entre les discours diplomatiques et la réalité vécue par les Congolais.

« Les Congolais n’ont pas vu la paix. Au contraire, ils ont vu la violence s’aggraver », a-t-il affirmé. Selon l’élu, la population n’a plus le luxe d’attendre. Il a donc appelé à des actions rapides et visibles.

Il a directement mis en cause le M23 et son soutien rwandais. À ses yeux, les États-Unis doivent agir sans délai pour les tenir responsables de l’offensive sur Uvira et de l’occupation de plusieurs zones congolaises. « Il est cruel d’affirmer que la guerre est terminée alors que des civils ont été exécutés pendant les fêtes », a-t-il dénoncé.

Accords bloqués et médiations en panne

Cette audition intervient dans un contexte de paralysie diplomatique. D’une part, les accords de Washington restent inappliqués. D’autre part, le processus de Doha entre Kinshasa et le M23 piétine, malgré la signature d’un accord-cadre. Pendant ce temps, les combats se poursuivent.

Face à cette impasse, certains acteurs tentent de relancer la médiation. L’Angola, retiré du processus en 2025, effectue un retour discret par des consultations élargies. De son côté, le Togo a organisé une réunion de haut niveau le 17 janvier afin de coordonner les initiatives.

Ainsi, le message adressé au Département d’État est clair. La crédibilité de la diplomatie américaine se joue maintenant. Washington ne pourra pas multiplier les promesses sans résultats concrets. Pendant ce temps, pour les populations du Kivu, la guerre ne ralentit pas. Le compte à rebours, lui, a déjà commencé.

L’opposant congolais Seth Kikuni a quitté le pays pour un « lieu sûr »

Seth Kikuni n’est plus sur le territoire congolais. Ce lundi 19 janvier, le Cadre de concertation des forces politiques et sociales a confirmé son départ. L’opposant, ancien candidat à la présidentielle de 2023, se trouve désormais en lieu sûr.

Selon cette plateforme politique, il a quitté le pays grâce à une opération discrète et coordonnée. Ses proches parlent d’une action courageuse. Ils affirment surtout que ce départ répond à des menaces récentes.

En effet, l’opposition évoque une lettre datée du 15 décembre 2025. Elle émane de l’Auditeur général près la Haute Cour militaire. Le document aurait été adressé au Procureur général. Selon le Cadre de concertation, cette démarche préparait une nouvelle procédure jugée arbitraire et politique contre Seth Kikuni.

Par ailleurs, le communiqué remercie les personnes et organisations impliquées. Elles auraient facilité cette opération délicate. Le texte décrit un contexte marqué par de fortes pressions et des atteintes aux libertés fondamentales. Enfin, l’opposant prévoit de s’exprimer bientôt. Il souhaite expliquer les circonstances exactes de son départ.

Un parcours judiciaire lourd et une opposition toujours active

Ce départ s’inscrit dans une longue série d’épreuves. Seth Kikuni a multiplié les démêlés judiciaires ces dernières années. En mars 2025, il est sorti de la prison de Makala. Il y avait passé six mois.

Quelques mois plus tôt, en septembre 2024, la justice l’avait condamné à un an de prison. Les charges portaient sur l’incitation à la désobéissance civile et la propagation de faux bruits. Depuis, la pression ne s’est jamais relâchée.

En octobre 2025, son retour de Nairobi a marqué un nouveau tournant. À l’aéroport de Ndjili, des agents se présentant comme membres de l’ANR l’ont interpellé. La Direction générale de migration a confisqué son passeport. Elle ne le lui a jamais restitué.

Depuis l’étranger, Seth Kikuni reste actif. Dès ce lundi, il a critiqué la participation de Félix Tshisekedi au Forum économique mondial de Davos. Selon lui, ce déplacement ne correspond pas aux priorités internes du pays.

Ainsi, son départ relance le débat politique. Il accentue aussi les tensions. De nombreux observateurs s’interrogent désormais sur l’espace laissé à l’opposition et sur l’état des libertés fondamentales en République démocratique du Congo.

Assassinat Laurent-Désiré Kabila : 25 ans de blessures et de souvenirs

Kinshasa, 16 janvier 2026 – L’assassinat de Laurent-Désiré Kabila demeure l’un des événements les plus marquants de l’histoire politique de la RDC. Il y a vingt-cinq ans, un coup de feu retentissait dans le bureau du Palais de Marbre. Le président s’effondrait, frappé par un de ses gardes du corps. Aujourd’hui encore, cette tragédie traverse la mémoire nationale et soulève des questions toujours sans réponse.

Ce jour-là, l’après-midi bascule dans le chaos. Rashidi Mizele, un garde du corps, tire sur Kabila avant d’être abattu. Le ministre Mashako Mamba, présent sur place, tente de le ranimer en vain. Dans les heures qui suivent, le pouvoir tangue. Un « comité de crise » se forme. D’abord, on annonce que le président est vivant. Puis la vérité s’impose : le président est mort.

Succession et procès après l’assassinat Laurent-Désiré Kabila

Dans le vide, le colonel Eddy Kapend, aide de camp de Kabila, prend le contrôle. Un couvre-feu est décrété. Derrière des portes closes, Joseph-Désiré Kabila, son fils, est choisi comme successeur. Dix jours plus tard, il devient président. La transition est rapide, mais l’énigme reste entière.

Un procès militaire condamne à mort Kapend et vingt-cinq autres personnes, tous clament leur innocence. Une grâce présidentielle récente a fermé le dossier judiciaire. Les commanditaires, eux, restent inconnus.

L’héritage politique après l’assassinat Laurent-Désiré Kabila

Pour comprendre l’impact de l’assassinat Laurent-Désiré Kabila, il faut revenir à sa vie. De chef de maquis dans l’Est à libérateur de Kinshasa en 1997, Kabila incarne la revanche des vaincus. Son mantra, « Prenez-vous en charge », défie les anciennes puissances et les voisins prédateurs. Mais il devient un dirigeant solitaire, rompt avec le Rwanda et plonge le pays dans une guerre régionale dévastatrice.

Aujourd’hui, son héritage divise : pour certains, il reste le bouclier souverainiste. Pour d’autres, il incarne l’autorité et le verrouillage du système. Chaque crise à l’Est, chaque débat sur l’ingérence étrangère, fait resurgir son spectre et son avertissement.

La commémoration officielle de ce jour active une mémoire vive. Le coup de feu de 2001 n’était pas une fin, mais le début d’une longue résonance. Dans la trajectoire tourmentée du Congo, la mort d’un président reste un événement politique et géopolitique, dont l’impact se fait sentir des décennies plus tard.

Le temps a passé, les régimes ont changé, mais la balle continue son voyage. Elle interroge encore : qui a vraiment tué Mzee ? Et qu’a-t-on tué ce jour-là ? Un homme, sûrement. Une idée de souveraineté congolaise, peut-être. Vingt-cinq ans après, la résonance de l’assassinat Laurent-Désiré Kabila reste assourdissante.

Judith Suminwa inaugure l’ambassade de la RDC aux Émirats

Entre deux sessions du sommet mondial sur le climat, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a marqué les esprits, mercredi, par un geste symbolique. Loin des caméras, elle a inauguré le nouveau siège de l’ambassade de la RDC aux Émirats arabes unis. Plus qu’un simple bâtiment, il représente une nouvelle ère diplomatique, moderne et ambitieuse.

Le siège, entièrement rénové, s’impose comme une silhouette fonctionnelle au cœur d’Abou Dhabi. Il reflète la volonté du président Félix Tshisekedi et du gouvernement Suminwa de doter le pays d’outils diplomatiques à la hauteur de ses ambitions. Ici, plus de locaux vétustes rappelant un passé en demi-teinte. L’architecture moderne illustre rigueur, projection et accueil.

« Cet édifice se veut un outil au service de nos relations et un levier pour l’attractivité de notre pays », a déclaré la cheffe du gouvernement. Les couloirs du siège incarnent une philosophie : une diplomatie agissante et crédible, tournée vers l’action économique, et non seulement vers la représentation protocolaire.

Une diplomatie tournée vers l’investissement et la prospérité

L’enjeu est clair. Dans une région stratégique, carrefour des investissements mondiaux et des technologies vertes, la RDC souhaite jouer un rôle plus affirmé. Ce nouvel ambassade est la base avancée de cette offensive. Elle doit promouvoir les investissements, nouer des partenariats stratégiques autour des minerais critiques, de l’hydroélectricité ou de la gestion forestière. Elle sert également à vendre l’image d’un pays-solution, riche de son potentiel.

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L’inauguration marque un commencement, pas une fin. Elle signale que la diplomatie congolaise se muscle et qu’elle veut devenir un instrument de prospérité. Les diplomates disposeront désormais, à l’image du siège, des moyens pour concrétiser leurs ambitions. À Abou Dhabi, une porte s’est ouverte, plus grande et lumineuse. La RDC compte y faire entrer le monde.

Crise en RDC : le retour calculé de l’Angola dans le jeu diplomatique

Après avoir claqué la porte de la médiation en mars 2025, l’Angola revient aujourd’hui dans la crise congolaise. Ce retour, à la fois discret et stratégique, suscite des interrogations. Pourquoi maintenant ? Avec quelles intentions ?

Depuis le début de l’année 2026, le président João Lourenço a repris langue avec Kinshasa. Deux rencontres avec le président congolais ont eu lieu. Des propositions sécuritaires ont été mises sur la table, mais aucune décision immédiate n’a été prise. Le message est clair : Luanda avance prudemment, consciente de la complexité d’un conflit où les initiatives se superposent sans toujours produire d’effets sur le terrain.

Une médiation qui s’élargit

La médiation angolaise ne se limite plus aux canaux officiels. En recevant discrètement l’ancien président Joseph Kabila et son entourage, l’Angola rouvre une porte longtemps verrouillée. Celle d’un dialogue politique plus large, où la question sensible de la condamnation à mort de l’ex-chef de l’État reste un obstacle majeur à toute réconciliation nationale. C’est un signal fort, dans un contexte où les lignes internes congolaises demeurent profondément fracturées.

Plus surprenant encore, Luanda a également engagé des contacts avec l’AFC/M23. Une démarche risquée mais révélatrice : aucune solution durable ne semble possible sans inclure les acteurs armés qui contrôlent une partie du territoire. La lettre adressée par Corneille Nangaa au président angolais illustre cette ambiguïté. Le M23 veut savoir : nouveau processus ou simple ajustement ? Et surtout, quelle place pour Doha dans ce jeu diplomatique déjà saturé ?

Diplomatie tous azimuts et urgence sur le terrain

Parallèlement, l’Angola consulte les Églises congolaises, acteurs moraux et sociaux incontournables. Elle rassure également le Qatar, dont le processus peine à s’imposer sur le terrain. Cette diplomatie tous azimuts traduit une ambition claire : reprendre une position centrale dans la médiation régionale, sans entrer en concurrence frontale avec Washington ou Doha.

Mais le temps presse. À l’est de la RDC, les armes parlent plus fort que les communiqués. Malgré les accords et les cessez-le-feu proclamés, les violences continuent, nourries par des décennies d’instabilité et par l’échec répété des solutions partielles.

Le retour de l’Angola pose une question essentielle : assiste-t-on à une véritable relance diplomatique ou à une énième tentative de repositionnement régional ? Dans une crise où les processus se multiplient mais se neutralisent, seule une médiation capable d’articuler sécurité, politique et souveraineté pourra espérer rompre le cycle de l’échec.

RDC-Togo : Tshisekedi et Gnassingbé relancent la paix à l’Est

Ce lundi matin à Lomé, l’air était chargé de plus que de l’habituelle chaleur togolaise. Sur le tarmac, deux présidents se serraient la main, unissant bien plus que deux nations : ils scellaient, peut-être, une nouvelle chance pour la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.

Antoine Tshisekedi Tshilombo, le président congolais, était en visite éclair à l’invitation de son homologue togolais, Faure Essozimna Gnassingbé. Leur objectif ? Relancer une dynamique diplomatique qui semblait s’essouffler, à l’heure où la crise sécuritaire dans la région des Grands Lacs continue de faire rage.

Les deux dirigeants se sont immédiatement enfermés pour des entretiens en tête-à-tête, loin des caméras et des discours protocolaires. Au cœur de leurs discussions : la redoutable équation de l’Est congolais, mais aussi la consolidation d’un partenariat bilatéral que les deux capitales entendent désormais porter à un niveau supérieur.

« Le président Tshisekedi a salué les efforts de médiation du président Gnassingbé », rapporte la présidence togolaise. Un remerciement qui n’est pas anodin. Depuis avril 2025, Faure Gnassingbé est le médiateur désigné par l’Union africaine pour cette crise, succédant à l’Angola. Pourtant, son rôle était resté jusqu’ici relativement en retrait, laissant la vedette aux initiatives américaines et qataries.

Mais aujourd’hui, Lomé semble décidé à « faire bouger les lignes », selon les termes d’un diplomate en poste dans la sous-région. La preuve : dès le 17 janvier prochain, le Togo organisera une réunion de haut niveau pour tenter de donner une nouvelle cohérence aux multiples processus de paix qui s’entrecroisent.

Une toile diplomatique qui se tisse

Cette visite s’inscrit dans une séquence diplomatique frénétique, presque haletante. Elle n’est pas un acte isolé, mais une pièce maîtresse dans un jeu d’échecs continental.

Ces dernières semaines, le président Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda, rencontrant son homologue angolais João Lourenço. Un rythme inhabituel, signe de l’urgence. Officiellement retiré de la médiation depuis mars 2025, l’Angola opère en réalité un retour discret mais déterminé dans le dossier, multipliant les contacts avec toutes les parties, y compris l’ancien président congolais Joseph Kabila et le groupe politico-militaire M23.

Parallèlement, le Qatar et l’Angola ont engagé des discussions, tandis que la France avait mobilisé, fin octobre 2025, plus de 1,5 milliard d’euros lors d’une conférence à Paris en soutien à la région.

Dans ce maelström d’initiatives, le risque de cacophonie est réel. C’est précisément ce que la réunion de Lomé du 17 janvier entend éviter : « renforcer la confiance et faire progresser le dialogue » en assurant une coordination entre tous les acteurs.

La médiation togolaise, dernier espoir ?

Le défi de Faure Gnassingbé est de taille. Il doit faire vivre l’accord de paix signé entre la RDC et le Rwanda sous son égide, tout en relançant des négociations directes avec le M23, actuellement au point mort sur six protocoles cruciaux.

La tâche est ardue, mais le médiateur togolais possède un atout : la confiance des parties. Et le timing est crucial. Alors que les combats persistent et que la souffrance des populations s’accroît, la fenêtre pour une solution politique se réduit.

En quittant Lomé après cette brève mais intense séance de travail, le président Tshisekedi emporte avec lui l’assurance d’un partenaire déterminé. Reste à savoir si cette détermination, couplée à la réunion de la semaine prochaine, suffira à insuffler un nouvel élan à la paix. La réponse se jouera dans les prochains jours, sur les collines du Kivu et dans les couloirs feutrés de la diplomatie.