De Kinshasa à New York : le mois où la RDC a fait entendre sa voix au sommet de la diplomatie mondiale

Pendant trente-et-un jours, les regards de la communauté internationale se sont tournés vers la République démocratique du Congo. Du 1er au 31 juillet 2026, Kinshasa a occupé la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales. Une responsabilité que le pays n’avait plus exercée depuis plus de trois décennies.

À l’heure de transmettre le marteau de la présidence au Danemark, qui dirigera les travaux du Conseil durant le mois d’août, la RDC laisse derrière elle une empreinte diplomatique marquée par la défense du multilatéralisme, la promotion de la paix et la volonté de replacer les ressources naturelles au cœur des solutions aux conflits contemporains.

Plus qu’une simple rotation protocolaire, cette présidence a incarné le retour d’une diplomatie congolaise qui entend désormais peser davantage dans les grandes décisions internationales.

Une présidence portée par la paix, la justice et le multilatéralisme

Élue membre non permanent du Conseil de sécurité pour le mandat 2026-2027 avec 184 voix sur 187, la RDC retrouvait, en janvier dernier, l’une des plus importantes enceintes diplomatiques du monde, après ses précédents mandats de 1982-1983 et de 1990-1991.

Placée sous la devise « Plus de paix, plus de justice, plus de développement, plus de multilatéralisme », la présidence congolaise s’est construite autour d’une conviction : les crises internationales ne peuvent être durablement résolues sans s’attaquer à leurs causes profondes.

Pays confronté depuis plusieurs décennies aux violences armées dans sa partie orientale, la RDC a mis son expérience au service des débats internationaux. Gouvernance responsable des ressources naturelles, protection des populations civiles, lutte contre l’impunité, justice transitionnelle, participation des femmes et des jeunes à la consolidation de la paix ou encore renforcement des partenariats avec l’Union africaine ont constitué les principaux piliers de son agenda.

Sous la conduite de l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès des Nations unies, le Conseil de sécurité a poursuivi l’examen des grandes crises mondiales, du Moyen-Orient au Soudan, en passant par Haïti, la Syrie, l’Ukraine et plusieurs autres foyers de tension.

Trois rendez-vous qui ont marqué la présidence congolaise

La diplomatie congolaise a surtout imprimé sa marque à travers trois rencontres de haut niveau.

Le 8 juillet, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a présidé un débat consacré aux violences sexuelles liées aux conflits armés. Face au Conseil de sécurité, elle a appelé la communauté internationale à renforcer la protection des survivantes, à combattre l’impunité et à faire de la participation des femmes une réalité dans les processus de paix.

« La participation des femmes ne peut pas être symbolique. Elle doit leur donner un pouvoir réel d’influencer les décisions », avait-elle déclaré devant les membres du Conseil.

Quelques jours plus tard, le 13 juillet, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a présidé une réunion selon la formule Arria consacrée aux liens entre ressources naturelles, conflits et paix. Cette réflexion a préparé le grand débat public organisé le 22 juillet, consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix, de la sécurité et de la prospérité.

À cette occasion, la cheffe de la diplomatie congolaise a plaidé pour une nouvelle approche internationale.

« Le XXIᵉ siècle est celui des minerais critiques, de l’eau, des forêts, de l’énergie et de la biodiversité. La question est de savoir si ces ressources serviront la prospérité ou continueront d’alimenter les conflits », a-t-elle affirmé.

La RDC y a défendu le renforcement des mécanismes de traçabilité des minerais stratégiques et une gouvernance mondiale plus responsable des ressources naturelles.

Une voix africaine portée au cœur des grandes décisions internationales

Au-delà de ces initiatives, la présidence congolaise s’est attachée à promouvoir une diplomatie préventive fondée sur le dialogue, la médiation et le règlement pacifique des différends.

Lors d’un débat consacré à la prévention des conflits, Thérèse Kayikwamba Wagner a rappelé que la crédibilité du Conseil de sécurité dépend avant tout de la mise en œuvre effective de ses résolutions. Prenant l’exemple de la résolution 2773 sur la RDC, elle a insisté sur la nécessité de faire respecter les engagements relatifs au retrait des forces étrangères, à la fin du soutien aux groupes armés et au respect de la souveraineté des États.

Tout au long du mois, Kinshasa a également fait entendre la voix de l’Afrique au sein du groupe des A3, aux côtés du Libéria et de la Somalie, en plaidant pour une approche plus équilibrée des crises internationales, fondée sur le droit international, la coopération et la responsabilité collective.

Parallèlement, la ministre des Affaires étrangères a rencontré plusieurs candidats à la succession d’António Guterres au poste de secrétaire général des Nations unies, tandis que le président du Conseil de sécurité, Zénon Mukongo Ngay, a supervisé le premier vote indicatif (straw poll) de ce processus de désignation.

Le mois où la RDC a changé de stature diplomatique

En refermant ce chapitre, la République démocratique du Congo ne se contente pas d’avoir assuré la présidence tournante d’une institution internationale. Elle aura utilisé cette tribune pour porter ses priorités, défendre les intérêts du continent africain et proposer une lecture nouvelle des défis sécuritaires mondiaux, fondée sur la prévention, la justice et la gouvernance responsable des ressources naturelles.

Le passage du relais au Danemark marque ainsi la fin d’un mois de présidence, mais non celle de l’engagement congolais. Membre non permanent jusqu’en décembre 2027, la RDC continuera de siéger au Conseil de sécurité avant d’en reprendre la présidence en novembre 2027. D’ici là, ce mois de juillet 2026 restera comme celui où Kinshasa a démontré que son expérience des crises pouvait aussi devenir une force de proposition au service de la paix internationale.

RDC-Rwanda : la MONUSCO se désolidarise du retour de 39 personnes expulsées par Kigali

Le retour de 39 personnes en République démocratique du Congo, mercredi 29 juillet, n’aura pas seulement marqué un nouveau mouvement à la frontière entre Goma et Gisenyi. En quelques heures, cette opération est devenue un nouvel épisode de la guerre des récits qui oppose Kinshasa, Kigali et les acteurs du conflit dans l’Est congolais.

Alors que les personnes rapatriées contestent avoir appartenu aux Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a tenu à prendre publiquement ses distances. Dans un communiqué publié jeudi, la mission onusienne affirme n’avoir été associée « à aucun titre » à cette opération, tout en rappelant les règles qui encadrent son programme de rapatriement des ex-combattants étrangers.

La MONUSCO clarifie son rôle et défend son programme de rapatriement

Face aux nombreuses interrogations suscitées par cette opération, la MONUSCO insiste sur un point : si les 39 personnes avaient bien été, par le passé, rapatriées au Rwanda dans le cadre de son programme de Désarmement, Démobilisation, Rapatriement, Réintégration et Réinstallation (DDRRR), elle n’a en revanche participé ni à leur transfert vers la RDC, ni à leur remise aux autorités congolaises.

La mission rappelle que son mandat, confié par le Conseil de sécurité des Nations unies, repose sur le principe du désarmement volontaire des combattants étrangers présents en RDC. Chaque rapatriement fait l’objet d’un processus de vérification rigoureux, au terme duquel les dossiers sont transmis à la Commission rwandaise de démobilisation et de réintégration (RDRC), seule habilitée à donner son approbation avant le départ vers le Rwanda.

Par cette mise au point, la MONUSCO affirme vouloir préserver « l’indépendance, l’intégrité et la transparence » de son programme, dans un contexte où chaque opération liée aux groupes armés fait désormais l’objet d’une forte bataille politique et diplomatique.

Des rapatriés qui contestent leur identité de combattants FDLR

Les 39 personnes ont franchi la frontière au poste de la Grande Barrière, entre Goma et Gisenyi, après plusieurs mois passés au centre de Mutobo, au Rwanda. À leur arrivée, elles ont été accueillies par le maire de Goma installé par l’AFC/M23, Désiré Ngabo Kisuba.

Interrogés après leur retour, plusieurs rapatriés affirment être des citoyens congolais, principalement originaires des territoires de Masisi et de Rutshuru. Tous rejettent leur présentation comme membres des FDLR, soutenant qu’ils auraient été convaincus d’accepter cette qualification avant leur transfert vers le Rwanda.

Ces déclarations ont rapidement alimenté la controverse.

Le porte-parole adjoint de l’AFC/M23, Oscar Balinda, accuse la MONUSCO et le gouvernement congolais d’avoir présenté ces personnes comme des combattants FDLR alors qu’elles seraient, selon lui, exclusivement des ressortissants congolais. Il affirme que les autorités rwandaises auraient elles-mêmes vérifié leur identité avant de conclure qu’elles ne relevaient pas du processus de rapatriement réservé aux anciens combattants rwandais.

Une nouvelle polémique au cœur des tensions entre Kinshasa et Kigali

Cette affaire intervient dans un climat diplomatique déjà extrêmement tendu. Quelques jours plus tôt, Kinshasa annonçait avoir conclu un protocole portant sur le désarmement et la démobilisation des FDLR, une initiative immédiatement rejetée par Kigali, qui estime qu’elle s’écarte des engagements prévus dans les accords de Washington signés le 4 décembre 2025.

La présence des FDLR demeure l’un des principaux points de friction entre les deux pays. Pour le Rwanda, ce groupe armé, composé à l’origine d’anciens responsables du génocide de 1994, constitue une menace sécuritaire majeure. De son côté, la RDC accuse régulièrement Kigali de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, qui contrôlent plusieurs zones dans l’est du pays.

Dans ce contexte explosif, le retour de ces 39 personnes dépasse largement le simple cadre d’une opération de rapatriement. Il ravive les accusations croisées, nourrit les soupçons entre les différentes parties et rappelle combien chaque dossier lié aux FDLR est devenu un enjeu diplomatique de premier ordre. Pendant que les versions s’opposent et que les responsabilités se renvoient d’une capitale à l’autre, la recherche d’une solution durable au conflit continue, elle, de se heurter aux profondes fractures qui minent encore la région des Grands Lacs.

Accord avec les FDLR : Kigali dénonce une « manipulation » de Kinshasa et ravive les tensions autour des accords de Washington

À peine annoncé par Kinshasa, le protocole d’engagement en faveur du désarmement des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) fait déjà voler en éclats l’élan diplomatique né des accords de Washington. Présentée par le gouvernement congolais comme une avancée majeure dans la mise en œuvre de ses engagements sécuritaires, cette initiative est catégoriquement rejetée par Kigali, qui y voit une entorse aux accords de paix conclus sous la médiation des États-Unis.

Derrière cette nouvelle passe d’armes diplomatique se dessine une réalité plus complexe : un processus de paix toujours fragile, des interprétations opposées des engagements signés et une crise sécuritaire qui continue d’embraser l’est de la République démocratique du Congo.

Kinshasa mise sur le désarmement, Kigali exige la neutralisation des FDLR

Selon les autorités congolaises, les FDLR ont signé un protocole portant sur leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement. Le document prévoit, en principe, que les combattants rejoignent des sites dédiés dans le cadre d’un processus encadré, à condition de bénéficier de garanties sécuritaires et de ne pas être extradés de force vers le Rwanda.

Toutefois, plusieurs zones d’ombre subsistent. Le protocole ne précise ni le nombre de combattants concernés, ni les lieux de cantonnement, ni le calendrier de mise en œuvre, pas plus qu’il n’indique si certains membres du groupe armé ont déjà déposé les armes.

Pour Kinshasa, cette démarche s’inscrit pleinement dans les engagements pris dans le cadre du Concept des opérations (CONOPS), élaboré en application des accords de Washington. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, estime qu’elle constitue une étape importante vers le rétablissement de la sécurité dans l’est du pays.

Les FDLR occupent en effet une place centrale dans l’accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda. Celui-ci prévoit la neutralisation du mouvement armé en contrepartie du désengagement des forces rwandaises déployées sur le territoire congolais.

Le Rwanda rejette le protocole et accuse Kinshasa de contourner ses obligations

À Kigali, la réaction n’a pas tardé. Sur son compte X, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a rejeté le protocole avec fermeté, estimant qu’il n’a aucun fondement juridique dans les accords de Washington.

« La signature de ce prétendu protocole entre le père (le gouvernement congolais), le fils (les FDLR) et le mauvais esprit (l’idéologie du génocide) n’est en rien conforme aux accords de Washington », a-t-il déclaré.

Pour le chef de la diplomatie rwandaise, les FDLR ne sont pas signataires de l’accord de paix mais en constituent l’objet principal. Selon lui, le texte conclu sous médiation américaine prévoit leur neutralisation, et non l’ouverture de négociations avec ce groupe armé.

Olivier Nduhungirehe accuse également Kinshasa de chercher à gagner du temps afin d’échapper aux obligations prévues par le CONOPS et son Ordre opérationnel (OPORD), qui devaient, selon lui, être exécutées dans un délai de 90 jours.

Le ministre rwandais va plus loin en affirmant que, depuis la signature des accords de Washington en décembre 2025, les autorités congolaises auraient renforcé leur soutien militaire aux FDLR et facilité leur structuration politique en s’appuyant sur plusieurs personnalités rwandaises vivant en Europe. Des accusations que la RDC rejette régulièrement.

Une paix encore fragile malgré les engagements internationaux

Cette nouvelle controverse intervient alors que l’accord de Washington peine toujours à produire les effets attendus sur le terrain. Malgré les engagements pris par Kinshasa et Kigali, les affrontements persistent dans l’est de la RDC, tandis que les accusations de soutien aux groupes armés continuent d’alimenter la méfiance entre les deux voisins.

Le Rwanda accuse depuis plusieurs années la RDC de collaborer avec les FDLR, un groupe créé par des combattants hutus, dont certains sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994. À l’inverse, Kinshasa continue d’accuser Kigali de soutenir les rebelles de l’AFC/M23, présents dans plusieurs territoires de l’est du pays.

Face à cette impasse, les efforts diplomatiques se poursuivent. Au nom de l’Union africaine, le président du Conseil du Togo, Faure Gnassingbé, mène une mission de médiation destinée à rapprocher les positions des deux États. De son côté, Washington, par l’intermédiaire de Massad Boulos, continue d’exhorter les deux parties à respecter les engagements souscrits dans le cadre des accords de paix.

Mais sur le terrain, les populations civiles restent les premières victimes d’un conflit qui ne cesse de se prolonger, tandis que la situation humanitaire demeure alarmante.

Le protocole signé avec les FDLR ouvrira-t-il réellement la voie au désarmement du groupe armé et au retrait des forces rwandaises, ou ne fera-t-il qu’accentuer les divergences entre Kinshasa et Kigali, au risque de compromettre davantage la mise en œuvre des accords de Washington ?

Référendum en RDC : la Cour constitutionnelle valide la loi, mais impose des réserves sur 13 articles

Après plusieurs semaines d’attente, l’heure de vérité a enfin sonné. Dans une atmosphère politique particulièrement tendue, la Cour constitutionnelle a rendu, ce mardi, sa décision sur la loi portant modalités d’organisation du référendum en République démocratique du Congo. Dans la salle d’audience, l’attention était entièrement tournée vers le président de la Haute Cour, Dieudonné Kamuleta, dont la prise de parole allait enfin lever le voile sur le sort réservé à ce texte au cœur de toutes les controverses.

La réponse est tombée : la loi référendaire est conforme à la Constitution.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/referendum-en-rdc-la-cour-constitutionnelle-au-coeur-dun-bras-de-fer-politique-autour-de-tshisekedi/

Mais le feu vert de la Cour n’est pas sans conditions. La Haute juridiction a assorti sa décision de 13 réserves d’interprétation concernant plusieurs dispositions du texte. Des garde-fous qui devront impérativement être pris en compte lors de l’application de la loi.

La décision ouvre ainsi la voie à la promulgation du texte par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, tout en maintenant une vigilance particulière sur la manière dont certaines de ses dispositions devront être interprétées.

La Cour constitutionnelle tranche : « La loi est conforme à la Constitution »

L’audience publique présidée par Dieudonné Kamuleta aura finalement livré son verdict.

« La Cour déclare conforme à la Constitution la loi référendaire adoptée par les deux chambres du Parlement », a déclaré le président de la Cour constitutionnelle.

La Haute Cour a ainsi jugé recevable la requête introduite par le chef de l’État et s’est déclarée compétente pour examiner le texte adopté par l’Assemblée nationale et le Sénat.

Dans son arrêt, la juridiction constitutionnelle précise toutefois que la conformité de la loi est assortie de réserves portant sur les articles 3, 4, 5, 7, 8, 9, 10, 12, 14, 19, 21, 23 et 43.

Ces dispositions ne pourront donc être appliquées indépendamment de l’interprétation donnée par la Cour.

La décision ordonne par ailleurs que la loi soit publiée au Journal officiel, accompagnée de l’arrêt de la Haute Cour. L’objectif est clair : permettre à tous les acteurs chargés de son application de tenir compte des réserves formulées par les juges constitutionnels.

Autrement dit, la Cour valide la loi dans son ensemble, mais encadre l’application de certaines de ses dispositions.

Le feu vert attendu après la saisine de Félix Tshisekedi

Cette décision intervient après une procédure engagée directement par le président de la République.

Le 30 juin dernier, dans son adresse à la Nation à l’occasion de la commémoration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la RDC, Félix Tshisekedi avait annoncé avoir transmis la loi à la Cour constitutionnelle.

Le chef de l’État avait choisi de saisir la Haute Cour avant toute promulgation, conformément à l’article 160, alinéa 3, de la Constitution.

À l’époque, Félix Tshisekedi avait défendu la régularité du processus législatif, rappelant que le Parlement exerce ses prérogatives constitutionnelles en « débattant, délibérant et légiférant ».

La saisine de la Cour avait alors placé le texte au centre d’une attente particulièrement forte.

D’un côté, le camp présidentiel défend la légitimité de la démarche et présente le référendum comme un mécanisme de consultation populaire prévu par la Constitution.

De l’autre, une partie de l’opposition et de la société civile redoute que cette initiative ne constitue le prélude à une réforme institutionnelle plus profonde, notamment à une modification de certaines dispositions de la Constitution.

Les opposants au projet craignent notamment que le processus ne soit utilisé, à terme, pour permettre à Félix Tshisekedi de prolonger son maintien au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle des deux mandats.

Le camp présidentiel rejette ces accusations et affirme que la réforme envisagée répond avant tout à la nécessité d’améliorer le fonctionnement des institutions de la République.

Un feu vert, mais des réserves qui pourraient peser lourd

Avec cette décision, une nouvelle étape vient donc d’être franchie.

La conformité de la loi à la Constitution étant désormais reconnue par la Haute Cour, le président de la République peut poursuivre la procédure de promulgation.

Mais les 13 réserves d’interprétation pourraient rapidement devenir un point central du débat.

Les motivations détaillées de l’arrêt sont particulièrement attendues. Elles permettront de comprendre précisément les limites posées par la Cour et la manière dont les articles concernés devront être appliqués.

Dans un contexte politique où chaque disposition du texte est scrutée avec attention, ces précisions pourraient avoir une importance considérable.

La Cour constitutionnelle rappelle ainsi que la possibilité d’organiser un référendum ne peut s’exercer en dehors du cadre constitutionnel. Même lorsqu’une loi est déclarée conforme, son application doit respecter les principes et garanties consacrés par la Constitution.

Le verdict de ce mardi marque donc une double avancée.

Il met fin au suspense sur la conformité de la loi référendaire et ouvre la voie à sa promulgation. Mais il rappelle également que le référendum, s’il doit être organisé, devra se dérouler dans les limites strictes fixées par la Loi fondamentale.

La prochaine bataille pourrait désormais se déplacer du prétoire vers le terrain politique. Car si la Cour constitutionnelle a donné son feu vert à la loi, le débat sur son opportunité et sur les conséquences politiques d’un éventuel référendum est, lui, loin d’être terminé.

 

 

 

Référendum en RDC : la Cour constitutionnelle au cœur d’un bras de fer politique autour de Tshisekedi

Kinshasa, 28 juillet 2026. Tous les regards se tournent ce mardi vers la Cour constitutionnelle. Dans les couloirs de la Haute Cour, une question juridique prend des allures de véritable bataille politique : la loi portant modalités d’organisation du référendum en République démocratique du Congo respecte-t-elle la Constitution ?

Saisie par le président Félix-Antoine Tshisekedi, la Cour doit examiner la conformité du texte adopté successivement par l’Assemblée nationale et le Sénat. Une étape institutionnelle préalable à toute promulgation, mais dont la portée dépasse largement le cadre juridique.

Car derrière cette procédure se joue un débat qui divise profondément la classe politique congolaise. Pour l’opposition, cette loi pourrait ouvrir la voie à une réforme constitutionnelle susceptible de permettre au chef de l’État de prolonger son maintien au pouvoir. Dans le camp présidentiel, cette lecture est catégoriquement rejetée. La réforme, assure-t-on, viserait plutôt à améliorer le fonctionnement des institutions.

À la Cour constitutionnelle revient désormais la lourde responsabilité de trancher sur la conformité du texte à la Loi fondamentale.

Une loi sous haute tension politique

Le processus a pris une nouvelle dimension le 30 juin dernier.

À l’occasion de la commémoration du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la RDC, Félix Tshisekedi avait annoncé avoir saisi la Cour constitutionnelle afin que celle-ci examine la conformité de la loi avant toute éventuelle promulgation.

Le chef de l’État s’était alors inscrit dans le cadre de l’article 160, alinéa 3, de la Constitution, qui prévoit le contrôle préalable de constitutionnalité de certaines lois avant leur promulgation.

Sans se prononcer sur le fond du texte, Félix Tshisekedi avait défendu la légitimité du processus institutionnel. Pour lui, le Parlement exerce simplement ses prérogatives constitutionnelles lorsqu’il « débat, délibère et légifère ».

Le président de la République avait également présenté sa démarche comme une manifestation de la « coopération interinstitutionnelle » et du respect de l’État de droit.

Mais dans l’opposition, la méfiance demeure.

La coalition C64 et plusieurs autres composantes de l’opposition contestent ouvertement cette initiative. Elles accusent le pouvoir de vouloir utiliser la réforme constitutionnelle comme un moyen détourné de permettre à Félix Tshisekedi de rester au pouvoir au-delà de la limite constitutionnelle de deux mandats présidentiels.

Une accusation que le camp présidentiel rejette fermement.

Selon les soutiens du chef de l’État, l’objectif de la réforme serait avant tout de revoir le fonctionnement des institutions et de renforcer leur efficacité, et non de permettre au président de prolonger son règne.

La décision de la Haute Cour très attendue

Dans ce climat de tension, la décision de la Cour constitutionnelle est particulièrement scrutée.

La Haute Cour devra se prononcer sur la conformité à la Constitution d’un texte qui, depuis son adoption par les deux chambres du Parlement, nourrit de nombreuses interrogations dans l’opinion publique.

Son examen intervient également alors que le pays traverse une période politique délicate.

L’opposition avait notamment appelé à une mobilisation à Kinshasa pour dénoncer, entre autres, la gouvernance du chef de l’État et réclamer sa démission.

Mais les lignes semblent désormais évoluer.

La coalition C64 et plusieurs autres forces de l’opposition ont décidé de suspendre leurs actions de terrain pour privilégier la voie du dialogue national annoncé dans les prochains jours.

La tenue de ce dialogue pourrait ainsi offrir un nouvel espace de discussion entre les différentes forces politiques et sociales du pays.

Pour l’heure, aucune date officielle n’a encore été communiquée. Mais l’annonce de cette initiative, intervenue après une rencontre entre Félix Tshisekedi et les responsables des principales confessions religieuses, continue de susciter des réactions favorables.

Entre référendum et dialogue national, la RDC à un tournant

L’examen de la loi sur le référendum intervient donc à un moment particulièrement sensible pour la République démocratique du Congo.

D’un côté, la Cour constitutionnelle doit se prononcer sur un texte dont la portée juridique pourrait avoir des conséquences importantes sur l’évolution institutionnelle du pays.

De l’autre, le dialogue national annoncé par le président de la République apparaît comme une tentative de renouer le fil du consensus dans une société profondément divisée.

Cette initiative est d’ailleurs saluée au-delà des frontières congolaises.

Après la Belgique, la France a également exprimé son soutien à cette démarche, présentée comme un moyen de renforcer la cohésion nationale dans un contexte marqué par la guerre d’agression à l’Est du pays et par plusieurs autres crises sociopolitiques.

Le calendrier politique congolais s’annonce donc particulièrement chargé.

Alors que les acteurs politiques attendent le verdict de la Cour constitutionnelle, une autre question demeure en suspens : la décision de la Haute Cour permettra-t-elle d’apaiser les tensions autour du projet de référendum ou risque-t-elle, au contraire, de raviver le bras de fer entre le pouvoir et l’opposition ?

Pour l’heure, une seule certitude se dégage : le dossier du référendum est désormais entre les mains de la justice constitutionnelle, mais son véritable enjeu se joue sur le terrain politique.

Session extraordinaire : 18 textes adoptés, sécurité et grands projets… le Sénat livre son bilan

Après près d’un mois de travaux, de débats et de décisions, le Sénat congolais a refermé les portes de sa session extraordinaire. Ce samedi, dans l’hémicycle de la Chambre haute du Parlement, la 11ᵉ séance plénière a marqué la fin de cette séquence parlementaire convoquée à la demande de la Première ministre Judith Suminwa.

Présidée par le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, cette session aura été rythmée par l’examen de plusieurs dossiers jugés prioritaires pour le pays. Sur les 25 matières inscrites à l’ordre du jour, 18 textes de loi ont finalement été examinés et adoptés.

Derrière ce bilan se dessine une session placée sous le signe de l’urgence, entre finances publiques, sécurité nationale, réformes économiques et grands projets structurants.

18 textes adoptés sur 25 matières inscrites à l’ordre du jour

Ouverte officiellement le samedi 27 juin 2026, la session extraordinaire avait été convoquée pour permettre à la Chambre haute d’examiner plusieurs dossiers considérés comme prioritaires pour l’action gouvernementale.

Au terme des travaux, 18 textes ont été adoptés sur les 25 matières inscrites au programme.

Parmi les dossiers majeurs figuraient notamment le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, un texte destiné à ajuster les prévisions budgétaires de l’État en fonction de l’évolution de la situation économique et des nouvelles priorités nationales.

Les sénateurs ont ainsi consacré une partie importante de leurs travaux à des textes directement liés aux besoins et aux engagements du gouvernement.

Une session extraordinaire qui, au fil des séances, a donc pris des allures de véritable rendez-vous législatif pour accélérer l’examen de plusieurs réformes jugées essentielles.

Sécurité, Grand Inga et zones économiques spéciales au cœur des débats

Sur le front sécuritaire, le Sénat a autorisé la prorogation de l’état de siège dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri.

Une décision qui intervient dans un contexte où l’Est de la République démocratique du Congo reste confronté à une situation sécuritaire particulièrement préoccupante.

Mais les discussions de la Chambre haute ne se sont pas limitées aux questions sécuritaires.

Les sénateurs ont également examiné plusieurs dossiers à forte portée économique et stratégique. Parmi eux figurent le projet de loi relatif au Grand Inga, la programmation militaire pour la période 2027-2030 ainsi que les textes concernant les Zones économiques spéciales (ZES).

Autant de dossiers qui touchent directement aux ambitions de développement, à la sécurité nationale et à la transformation économique du pays.

Le Grand Inga, notamment, représente depuis plusieurs années un projet stratégique pour la RDC, avec l’ambition de renforcer considérablement la production énergétique du pays.

De leur côté, les Zones économiques spéciales sont présentées comme des instruments susceptibles de stimuler les investissements, l’industrialisation et la création d’emplois.

Sama Lukonde appelle les sénateurs à porter la voix de l’État

Au moment de refermer officiellement cette session extraordinaire, Jean-Michel Sama Lukonde a livré un message qui dépassait le simple bilan des travaux parlementaires.

Dans son discours de clôture, le président du Sénat a insisté sur l’importance du dialogue national engagé par le président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi.

Pour le speaker de la Chambre haute, cette démarche constitue un élément essentiel pour consolider la paix et renforcer la cohésion nationale.

Jean-Michel Sama Lukonde a également salué la mobilisation autour du recensement général, qu’il considère comme un acte de souveraineté indispensable à la planification et au développement de la République démocratique du Congo.

Le président du Sénat a enfin exhorté les sénateurs à profiter de leurs vacances parlementaires pour rester au contact de leurs bases.

Dans leurs circonscriptions respectives, les élus de la Chambre haute sont appelés à continuer d’incarner la voix de l’État et à demeurer attentifs aux préoccupations de la population.

C’est sur cette note que Jean-Michel Sama Lukonde a officiellement déclaré closes les assises de la session extraordinaire.

Après plusieurs semaines de travaux, le Sénat prend donc ses vacances parlementaires avec un bilan marqué par 18 textes adoptés, des décisions importantes sur le plan sécuritaire et plusieurs réformes économiques et stratégiques désormais au cœur de l’agenda national.

La prochaine étape sera désormais de voir comment ces décisions se traduiront concrètement sur le terrain, dans un pays confronté à la fois aux défis sécuritaires, économiques et sociaux.

Minerais de la RDC : le plaidoyer de Guterres relance la colère contre l’inaction internationale

À New York, les mots d’Antonio Guterres ont résonné avec une intensité particulière à des milliers de kilomètres de là, en République démocratique du Congo. Alors que l’Est du pays continue de vivre au rythme des violences armées et des trafics de minerais, le secrétaire général des Nations unies a une nouvelle fois pointé du doigt un mal qui ronge les zones de conflit : l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Son message est clair. Il faut couper les groupes armés et les réseaux criminels de leurs sources de financement. Mais en RDC, ce nouvel appel soulève une question devenue presque incontournable : combien de fois la communauté internationale dénoncera-t-elle le problème avant de passer réellement à l’action ?

Car depuis des années, Kinshasa alerte sur le pillage de ses richesses minières. Des alertes répétées, des rapports, des condamnations diplomatiques… mais sur le terrain, la violence persiste et les minerais continuent d’alimenter un commerce opaque.

À New York, Guterres pointe le lien entre minerais et conflits

Mercredi 22 juillet 2026, lors de la 10 200ᵉ séance du Conseil de sécurité des Nations unies, Antonio Guterres a placé la question des ressources naturelles au cœur de son intervention.

Le secrétaire général de l’ONU a appelé la communauté internationale à s’attaquer directement aux circuits qui permettent aux groupes armés et aux réseaux criminels de tirer profit des richesses naturelles.

Pour lui, le constat ne souffre plus de débat : tant que ces réseaux continueront à générer des revenus grâce à l’exploitation clandestine des ressources, les conflits risqueront de se prolonger.

« Nous devons priver les groupes armés et les réseaux criminels des revenus qui attisent des conflits qui n’ont que trop duré », a déclaré Antonio Guterres.

Le chef de l’ONU a également souligné que le contrôle des ressources naturelles transforme profondément les conflits, depuis leurs origines jusqu’à leur déroulement et leur issue.

Un discours qui, forcément, trouve un écho particulier en RDC. Le pays possède certaines des ressources minières les plus convoitées au monde. Pourtant, dans plusieurs régions, cette richesse reste paradoxalement associée à l’instabilité, à la pauvreté et aux violences.

Dans l’Est congolais, les minerais au cœur d’une guerre qui s’éternise

Au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri, la terre ne livre pas seulement ses minerais. Elle nourrit aussi les rivalités, les trafics et les convoitises.

Depuis des années, l’exploitation artisanale de certaines zones minières échappe en partie au contrôle de l’État. Des groupes armés et des réseaux économiques sont régulièrement accusés de tirer profit de cette situation.

Pour les autorités congolaises, une partie des minerais extraits clandestinement quitte ensuite le pays par des circuits de contrebande. Kinshasa accuse notamment le Rwanda de soutenir des mouvements armés actifs dans l’Est et de profiter du trafic des minerais provenant de cette région.

Kigali rejette fermement ces accusations et soutient que les minerais exportés par le Rwanda proviennent d’une exploitation légale et contrôlée.

Au-delà de cette bataille d’accusations, une réalité demeure : le lien entre exploitation des ressources naturelles et conflits reste l’un des dossiers les plus sensibles de la région des Grands Lacs.

Face à cette situation, la RDC n’a cessé de multiplier les appels à l’aide auprès de la communauté internationale. Dans les enceintes diplomatiques, Kinshasa réclame depuis plusieurs années des mesures plus fermes contre ceux qui, selon les autorités congolaises, contribuent à alimenter l’insécurité.

Pour le gouvernement congolais, le temps des simples condamnations semble révolu.

De la parole aux actes : le grand test pour la communauté internationale

C’est ici que le discours d’Antonio Guterres prend une dimension particulière.

Son appel remet indirectement sur la table une vieille interrogation congolaise : à quoi servent les alertes internationales si elles ne débouchent pas sur des décisions capables de changer la réalité sur le terrain ?

À Kinshasa, certains observateurs estiment que la multiplication des déclarations sans conséquences concrètes risque d’éroder progressivement la confiance envers les institutions multilatérales.

La question est donc désormais de savoir si les appels de l’ONU peuvent se transformer en mesures concrètes. Cela pourrait passer par des sanctions ciblées, un renforcement de la traçabilité des minerais, une lutte plus efficace contre les réseaux financiers des groupes armés ou encore une responsabilisation accrue des acteurs impliqués dans les circuits commerciaux illicites.

Mais le défi est immense. Le commerce des minerais dépasse largement les frontières de la RDC. Il implique des groupes armés, des réseaux criminels, des négociants, des entreprises et des chaînes internationales d’approvisionnement.

Et alors que le monde se lance dans une course effrénée aux minerais stratégiques nécessaires aux technologies numériques et à la transition énergétique, les richesses congolaises attirent plus que jamais les convoitises.

La RDC se retrouve ainsi au centre d’un paradoxe : ses minerais sont indispensables à l’économie mondiale de demain, mais leur exploitation peut aussi contribuer à financer les conflits d’aujourd’hui.

Le plaidoyer d’Antonio Guterres vient donc raviver un débat que Kinshasa porte depuis longtemps. Mais pour les autorités congolaises, l’heure n’est plus aux promesses.

Car derrière les discours prononcés dans les grandes salles de New York, une question continue de hanter la RDC : quand ses richesses naturelles cesseront-elles d’être le carburant des conflits pour devenir enfin le moteur de son développement ?

Corneille Nangaa ferme la porte au dialogue avec Kinshasa

Alors que les initiatives se multiplient pour tenter de trouver une issue à la crise congolaise, Corneille Nangaa choisit de durcir le ton. L’ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) et coordonnateur de l’AFC/M23 rejette toute perspective de dialogue avec le pouvoir de Kinshasa, estimant que de nouveaux compromis politiques ne permettraient pas, à eux seuls, de régler les problèmes auxquels le pays est confronté.

Dans une vidéo diffusée par ses équipes, Corneille Nangaa s’en est vivement pris aux autorités congolaises, qu’il accuse de ne pas respecter leurs engagements. Une sortie qui intervient au moment où Kinshasa cherche à mettre en place un nouveau cadre de discussions nationales avec l’appui des confessions religieuses.

Un refus catégorique du processus de dialogue

Pour Corneille Nangaa, la solution à la crise ne passe pas par ce qu’il qualifie de « compromis hypocrites », mais par une transformation profonde de l’État.

Sa position intervient alors que le président Félix Tshisekedi a donné son accord à l’organisation d’un dialogue, à la suite des démarches entreprises par les responsables des confessions religieuses.

Mais la perspective de ces nouvelles discussions semble déjà se heurter à plusieurs obstacles. Le refus affiché par Corneille Nangaa constitue un signal fort pour un processus qui ambitionne de réunir différentes composantes de la scène politique congolaise.

La question de la représentativité du futur dialogue se pose ainsi avec insistance, alors que certains acteurs contestent la crédibilité du pouvoir de Kinshasa comme interlocuteur.

Une « refondation de l’État » plutôt qu’un nouvel accord politique

L’ancien responsable de la CENI défend une approche qui dépasse le cadre d’un simple arrangement entre acteurs politiques.

Il plaide pour une « refondation de l’État » articulée autour de quatre priorités : une armée qu’il souhaite « dissuasive », une police « protectrice », une justice « indépendante » et une administration « fonctionnelle ».

À travers ces propositions, Corneille Nangaa estime que la crise congolaise exige des réformes structurelles et une transformation en profondeur des institutions. Une vision qui l’éloigne davantage du processus de dialogue actuellement envisagé par Kinshasa.

Un dialogue déjà confronté à de nombreux obstacles

Le rejet de Corneille Nangaa intervient dans un contexte politique particulièrement tendu. Après plusieurs cycles de discussions, Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23 restent éloignés sur plusieurs questions majeures.

Par ailleurs, le gouvernement congolais a déjà laissé entendre que le futur forum ne serait pas nécessairement ouvert sans condition à toutes les parties. La participation pourrait notamment dépendre de la position des différents acteurs sur la question de l’agression rwandaise dans l’Est du pays.

Entre refus de négocier, critères de participation et profondes divergences sur les conditions d’un éventuel accord, le chemin vers un dialogue véritablement inclusif s’annonce donc semé d’embûches.

Reste désormais à savoir si les initiatives portées par les confessions religieuses parviendront à rapprocher les positions et à convaincre les acteurs qui, comme Corneille Nangaa, refusent pour l’heure de s’asseoir à la table des discussions.

La C64 suspend sa marche contre Tshisekedi et lance un ultimatum jusqu’au 15 août

C’est un geste qui a suspendu le souffle de la classe politique congolaise. Ce lundi 20 juillet, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a annoncé le report de la marche pacifique prévue mercredi 22 juillet devant le Palais de la Nation. Une décision inattendue, arrachée par l’appel pressant des confessions religieuses, qui ouvre une fenêtre de tir pour un dialogue national. Mais derrière ce geste de responsabilité, la C64 pose ses jalons, fixe ses conditions et brandit un ultimatum : le 15 août 2026 comme date butoir.

La nouvelle est tombée en fin de journée, dans un communiqué signé par les cinq ténors de l’opposition : Martin Fayulu (ECiDé), Jean-Marc Kabund (A.Ch), Moïse Katumbi (Ensemble), Augustin Matata (LGD) et Delly Sesanga (Envol). Tous ont accepté de renoncer, pour l’instant, à la rue. Mais à quel prix ?

La pression des religieux et l’ouverture présidentielle

Le 18 juillet, le Cardinal Fridolin Ambongo et le Révérend Président André Bokundoa, au nom de la CENCO et de l’ECC, ont tendu une perche à la C64 : laissez une chance au dialogue. Dans la foulée, la Présidence de la République a annoncé, après une audience accordée aux représentants religieux, la volonté du Chef de l’État d’organiser un « dialogue inclusif, apaisé et résolument républicain, dans le respect des institutions et de la Constitution ».

Pour la Coalition, ce double signal a suffi à justifier un geste d’apaisement. Mais il ne s’agit pas d’une reddition. Dans son communiqué, la C64 insiste : ce report est un « geste de responsabilité », pas un renoncement. La détermination à défendre l’ordre constitutionnel reste intacte. Et sur le fond, les lignes rouges demeurent.

Les conditions de la C64 : Un dialogue, mais pas à n’importe quel prix

La Coalition ne lâche rien sur le fond. Elle réaffirme son opposition farouche à toute révision de la Constitution, rappelant les articles 70 et 220 qui limitent à deux le nombre de mandats présidentiels. Pour la C64, le dialogue doit impérativement aborder les « causes profondes » de la crise :

  • L’agression extérieure et l’insécurité dans l’Est du pays ;

  • La crise de gouvernance, les difficultés économiques et sociales ;

  • Les réformes nécessaires à la réunification du territoire et à la consolidation de la paix.

La Coalition exige également des « mesures de confiance et de décrispation » pour créer un climat propice aux échanges. Sans cela, elle prévient : le dialogue restera un vœu pieux.

Un ultimatum au pouvoir

Le message le plus ferme du communiqué est sans doute l’ultimatum lancé à Félix Tshisekedi. La C64 met le régime en garde contre tout acte de provocation, notamment la poursuite du processus de changement constitutionnel et l’éventuelle promulgation d’une loi sur le référendum.

La date du 15 août 2026 est désormais gravée dans le marbre : si le dialogue national inclusif n’est pas officiellement convoqué d’ici là, ou si les engagements annoncés ne sont pas suivis d’effets concrets, la Coalition dit se réserver le droit d’en tirer « toutes les conséquences politiques » et d’appeler le peuple congolais à reprendre les actions citoyennes pacifiques.

Une mobilisation maintenue

En attendant, la C64 ne baisse pas la garde. Elle affirme maintenir l’ensemble de ses structures, au pays comme dans la diaspora, en « état de mobilisation et d’alerte maximale ». Un message adressé autant au pouvoir qu’à ses propres soutiens : la trêve est fragile et les nerfs restent à vif.

Le feuilleton politique congolais entre dans une phase décisive. La balle est désormais dans le camp de Félix Tshisekedi. Le Président saisira-t-il cette opportunité pour désamorcer la crise, ou la rue reprendra-t-elle ses droits après le 15 août ? Kinshasa retient son souffle.

Le gouvernement dévoile sa stratégie pour recenser les populations des zones sous contrôle du M23

La République démocratique du Congo veut tourner une page de son histoire statistique. Alors que l’insécurité continue de bouleverser une partie de l’Est du pays, le gouvernement refuse de laisser des millions de Congolais en marge du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH-2).

Face aux sénateurs puis aux députés nationaux, jeudi 16 juillet, le ministre du Plan, Guylain Nyembo, a dévoilé une stratégie qui mise sur les nouvelles technologies pour relever ce défi. Satellites, cartographie numérique et intelligence démographique seront mis à contribution afin de produire des données fiables, y compris dans les territoires où les équipes de terrain ne peuvent pas circuler librement.

Des satellites pour compter les Congolais jusque dans les zones sous occupation

Interpellé sur la faisabilité du recensement dans les territoires affectés par les combats et l’occupation du M23, Guylain Nyembo s’est voulu rassurant. Selon lui, aucune province ne sera écartée de cette vaste opération nationale.

Le ministre a expliqué que le gouvernement adoptera une approche hybride. Dans les zones sécurisées, les agents recenseurs travailleront selon les méthodes classiques. En revanche, dans les régions où persistent des poches d’insécurité, les autorités s’appuieront sur l’intelligence informatique et l’imagerie satellitaire afin d’obtenir des données aussi précises que possible.

Cette méthode, qualifiée d’« intelligence démographique », permettra de compléter les informations recueillies sur le terrain grâce à des technologies déjà utilisées dans plusieurs pays confrontés à des conflits, notamment l’Irak et l’Afghanistan.

Une cartographie numérique au cœur du projet

Pour le ministre du Plan, la réussite du RGPH-2 repose avant tout sur la cartographie censitaire actuellement en cours de réalisation.

Cette étape doit permettre de disposer d’une représentation actualisée du territoire national et d’identifier avec précision les ménages, y compris dans les zones difficiles d’accès. Les informations collectées serviront ensuite de base aux opérations d’identification menées par l’Office national d’identification de la population (ONIP).

L’objectif est de bâtir une base de données moderne et fiable, indispensable pour accompagner les politiques publiques et améliorer la connaissance de la population congolaise.

Un investissement de 192 millions de dollars pour préparer l’avenir

Au-delà de son aspect statistique, le gouvernement présente ce recensement comme un levier stratégique pour le développement de la RDC.

Les données qui seront collectées permettront d’orienter les décisions publiques dans des secteurs essentiels tels que la santé, l’éducation, les infrastructures ou encore l’aménagement du territoire.

Sur le plan financier, Kinshasa a déjà mobilisé une première enveloppe nationale de 30 millions de dollars sur un budget global estimé à 192 millions de dollars, avec l’appui attendu des partenaires techniques et financiers.

En parallèle, plus de 15 000 agents recenseurs sont en cours de recrutement à travers le pays. Après leur formation, ils seront progressivement déployés sur l’ensemble du territoire national.

Au-delà du comptage de la population, le RGPH-2 ambitionne également de renforcer durablement les capacités de la RDC dans les domaines de la statistique, de la cartographie et des technologies numériques, avec l’espoir de disposer enfin d’un portrait démographique fiable pour mieux planifier le développement du pays.

Forum africain de l’eau : à N’Djamena, Félix Tshisekedi dévoile sa vision pour transformer les ressources hydriques en moteur de développement

C’est un discours qui a marqué les esprits, ce mercredi 15 juillet 2026, à N’Djamena. Devant un parterre de dirigeants et d’experts réunis pour le Forum africain de l’eau, le Président de la République démocratique du Congo, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, n’a pas seulement parlé de canalisations et de robinets. Il a esquissé une véritable révolution hydrique pour le continent, avec des objectifs chiffrés, une vision industrielle et un appel vibrant à repenser la gouvernance de l’or bleu.

LIRE AUSSI : https://www.journaldekinshasa.com/felix-tshisekedi-a-ndjamena-la-rdc-porte-ses-ambitions-hydriques-au-forum-africain-de-leau/

Le Tchad, pays sahélien où l’eau est une denrée rare et précieuse, offrait un cadre plus que symbolique pour ces assises. En prononçant son allocution, le Chef de l’État congolais a rappelé une évidence trop souvent oubliée : l’eau n’est pas un sujet isolé, mais le fil rouge du développement durable.

Cinq orientations pour sortir de l’impasse

Face à la crise hydrique qui menace une partie croissante du continent africain, Félix Tshisekedi a posé cinq piliers pour une gestion renouvelée des ressources en eau. Il a d’abord appelé à une intégration des politiques publiques, martelant que l’on ne peut plus concevoir séparément l’eau, l’agriculture, l’énergie, la santé, l’urbanisme et l’environnement.

« Nos politiques doivent être pensées à l’échelle des bassins, des territoires, des villes et des systèmes économiques », a-t-il lancé, invitant ses pairs à dépasser les silos administratifs pour adopter une approche systémique.

Le second pilier, tout aussi crucial, est celui de la gouvernance et de la transparence. Le président congolais a plaidé pour des institutions plus performantes, une meilleure redevabilité et une gestion transparente des infrastructures hydriques, gage de confiance pour les citoyens et les investisseurs.

L’industrialisation au service de l’eau

Mais la proposition la plus audacieuse du Chef de l’État a sans doute été celle de faire de l’eau un véritable levier d’industrialisation. « Nous devons développer sur notre continent la production de tuyaux, de pompes, de compteurs, d’équipements de traitement, de systèmes d’irrigation et de solutions numériques », a-t-il déclaré, balayant l’idée d’une Afrique condamnée à n’être qu’importatrice de technologies hydriques.

Pour concrétiser cette vision, Tshisekedi a appelé à une mobilisation massive des ressources publiques, privées et internationales, tout en insistant sur la nécessité de préparer des projets « techniquement mûrs et financièrement structurés » pour attirer les financements.

Les objectifs ambitieux de la RDC pour 2035

Fort de l’immense potentiel hydrique de son pays – qui abrite le plus grand réservoir d’eau douce d’Afrique –, le Président Tshisekedi a annoncé des objectifs nationaux qui font date :

60 % de la population congolaise aura accès à l’eau potable d’ici 2035 ;

50 % bénéficiera de services d’assainissement et d’hygiène adéquats ;

80 % des écoles et établissements de santé disposeront d’infrastructures hydriques et sanitaires.

Des chiffres ambitieux qui contrastent avec la situation actuelle, marquée par un accès encore très limité dans les zones rurales et péri-urbaines. Mais le Chef de l’État a affiché sa détermination : l’eau est une priorité stratégique pour la RDC.

Un appel à la conscience collective

L’événement a été ouvert par le Président tchadien, le Maréchal Idriss Deby Itno, hôte du Forum. Ce dernier a souhaité que ces assises soient « le momentum d’une Afrique qui reprend en main la maîtrise de son destin hydrique, qui réalise son potentiel en transformant ses contraintes en opportunités ».

Le message est passé : l’eau n’est plus une simple question humanitaire ou environnementale. C’est un enjeu de souveraineté, de développement économique et de paix sociale. En proposant cette feuille de route, Félix Tshisekedi a placé la RDC en locomotive d’une ambition continentale. Reste à transformer les paroles en actes, et les projets en réalité, pour que l’or bleu irrigue enfin durablement l’avenir de l’Afrique.

Félix Tshisekedi à N’Djamena : la RDC porte ses ambitions hydriques au Forum africain de l’eau

La République démocratique du Congo veut faire entendre sa voix sur l’un des défis les plus cruciaux du continent : l’accès à l’eau. Invité par son homologue tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, le président Félix-Antoine Tshisekedi est arrivé ce mercredi 15 juillet à N’Djamena pour prendre part au Forum africain de l’eau, organisé jusqu’au 16 juillet.

Ce rendez-vous continental réunit plusieurs dirigeants africains, experts et partenaires internationaux autour d’un objectif commun : accélérer le développement des infrastructures hydrauliques et trouver des solutions durables face aux défis croissants de la sécurité hydrique et du changement climatique.

La RDC veut valoriser son immense potentiel en eau

À travers cette participation, Félix Tshisekedi entend mettre en avant les atouts de la République démocratique du Congo, considérée comme l’un des pays les plus riches en ressources en eau douce sur le continent.

Face à une demande croissante en eau potable et aux effets du changement climatique, Kinshasa souhaite partager son expérience tout en contribuant aux réflexions sur une gestion plus durable des ressources hydriques en Afrique.

Le Chef de l’État devrait également plaider pour des investissements renforcés dans les infrastructures hydrauliques, afin d’améliorer durablement l’accès à l’eau pour les populations africaines.

Un forum stratégique pour relever les défis climatiques

Le Forum africain de l’eau se veut une plateforme de concertation destinée à mobiliser des engagements concrets en faveur de la sécurité hydrique.

Les échanges porteront notamment sur le financement des infrastructures, la gestion durable des ressources en eau, l’adaptation aux effets du changement climatique et le renforcement de la coopération entre les États africains.

Pour la RDC, cette rencontre constitue aussi une opportunité de valoriser son potentiel hydraulique comme levier de développement économique, de production énergétique et d’intégration régionale.

Kinshasa et N’Djamena veulent renforcer leur coopération

Au-delà des travaux du Forum, la visite de Félix Tshisekedi revêt également une dimension diplomatique.

À l’issue de la cérémonie d’ouverture, le président congolais doit s’entretenir en tête-à-tête avec son homologue tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno. Les discussions devraient porter sur le renforcement des relations bilatérales ainsi que sur plusieurs dossiers d’intérêt commun, notamment dans les domaines de l’eau, de l’énergie et du développement.

Pour cette visite de travail, le Chef de l’État est accompagné du ministre des Ressources hydrauliques et Électricité, Aimé Molendo Sakombi, ainsi que du directeur général de la Regideso, signe de l’importance accordée aux questions liées à l’approvisionnement en eau et à la modernisation des infrastructures hydrauliques.

En participant à ce forum, la RDC ambitionne de conforter son rôle d’acteur incontournable dans les discussions africaines sur la gestion durable de l’eau, un enjeu devenu stratégique pour le développement économique, la résilience climatique et le bien-être des populations du continent.

À l’ONU, la RDC dénonce le pillage de ses minerais et interpelle la communauté internationale sur le rôle du Rwanda

Alors que les minerais critiques sont devenus l’un des piliers de la transition énergétique mondiale, la République démocratique du Congo a choisi la tribune des Nations unies pour lancer un message fort. Devant les États membres réunis à New York, la ministre d’État en charge des Affaires étrangères, Thérèse Kayikwamba Wagner, a affirmé que, pour la RDC, l’exploitation des minerais stratégiques ne relève plus uniquement de l’économie, mais constitue désormais un enjeu majeur de souveraineté, de sécurité et de paix.

À l’occasion de la réunion de haut niveau consacrée aux minéraux critiques, organisée à l’initiative du secrétaire général de l’ONU, Kinshasa a dénoncé le lien entre l’exploitation illégale des ressources naturelles et la poursuite du conflit dans l’est du pays.

Rubaya, symbole du lien entre minerais et conflit armé

Dans son intervention, la cheffe de la diplomatie congolaise a pris l’exemple de Rubaya, dans le Nord-Kivu, l’un des plus importants gisements mondiaux de coltan.

Selon elle, cette zone illustre parfaitement la manière dont l’exploitation illicite des minerais finance les groupes armés et affaiblit l’autorité de l’État congolais.

« Pour des pays comme le mien, il ne s’agit plus seulement d’une question de développement. L’exploitation illicite affaiblit l’autorité de l’État, érode la souveraineté et peut s’accompagner d’une violation de l’intégrité territoriale », a déclaré Thérèse Kayikwamba Wagner.

La ministre a rappelé que les mines de Rubaya représenteraient environ 15 % de la demande mondiale de tantale. S’appuyant sur les conclusions du Groupe d’experts des Nations unies, elle a indiqué qu’au moins 1 400 tonnes de coltan auraient été introduites clandestinement au Rwanda après la prise de contrôle de la zone par le M23, générant près de 800 000 dollars par mois au profit du mouvement rebelle.

Kinshasa dénonce l’absence de sanctions contre les forces rwandaises

La RDC a également critiqué ce qu’elle considère comme une réponse insuffisante de la communauté internationale face aux accusations visant le Rwanda.

Thérèse Kayikwamba Wagner a regretté que les Forces de défense rwandaises (RDF) ne fassent toujours pas l’objet de sanctions des Nations unies, malgré les éléments documentés par les experts onusiens.

« Malgré ces preuves accablantes, les Forces de défense rwandaises ne sont toujours pas soumises aux sanctions des Nations unies », a dénoncé la ministre.

Pour Kinshasa, cette situation révèle les limites du système international actuel, qui traite encore trop souvent les ressources naturelles comme un simple enjeu de développement, alors qu’elles alimentent directement les conflits armés dans certaines régions du monde.

Une gouvernance mondiale plus équitable des minerais critiques

Profitant de la présidence congolaise du Conseil de sécurité des Nations unies, la ministre a plaidé pour un nouveau cadre international reliant plus étroitement la gouvernance des ressources naturelles à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix.

La RDC estime que les pays producteurs doivent bénéficier davantage de la valeur créée autour des minerais stratégiques indispensables aux batteries, aux véhicules électriques et aux technologies de la transition énergétique.

Kinshasa appelle notamment à des partenariats intégrant le développement des infrastructures, le transfert de technologies, la transformation locale des minerais, la formation des compétences et un meilleur accès aux financements internationaux.

La cheffe de la diplomatie congolaise a également insisté sur une responsabilité partagée de tous les acteurs de la chaîne de valeur, des exploitants miniers jusqu’aux industriels et aux pays consommateurs.

Concernant la traçabilité des minerais, elle a estimé que celle-ci devait permettre de combattre efficacement la fraude, la contrebande et le financement des groupes armés, sans pénaliser les exploitants artisanaux légitimes.

Entre avancées diplomatiques et blocage sur le terrain

Cette prise de position intervient alors que la RDC poursuit plusieurs initiatives diplomatiques autour de la crise dans l’est du pays.

Le partenariat stratégique conclu avec les États-Unis sur les minerais critiques et l’accord de Washington signé entre Kinshasa et Kigali avaient nourri l’espoir d’une désescalade militaire. Le texte prévoit notamment le retrait progressif des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des FDLR par la RDC.

Pourtant, ces engagements peinent encore à produire des résultats concrets.

Le 4 juin, le secrétaire d’État américain Marco Rubio avait indiqué espérer un retrait des troupes rwandaises avant la mi-juillet. Mais au 15 juillet 2026, aucun désengagement officiel des Forces de défense rwandaises n’avait été constaté dans les zones sous contrôle de l’AFC/M23.

Pendant ce temps, les rebelles continuent de contrôler Goma, Bukavu et plusieurs localités du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que les affrontements se poursuivent. Les discussions menées à Doha sous la médiation du Qatar restent dans l’impasse, illustrant le fossé qui persiste entre les engagements diplomatiques et la réalité sécuritaire sur le terrain.

Pour Kinshasa, la réussite de la transition énergétique mondiale ne pourra être pleinement reconnue que si elle profite également aux pays qui fournissent les minerais indispensables à cette révolution industrielle. Comme l’a rappelé Thérèse Kayikwamba Wagner devant les Nations unies, le véritable succès ne se mesurera pas uniquement au nombre de batteries ou de véhicules électriques produits, mais aussi à la capacité de garantir davantage de paix, de souveraineté et de prospérité aux populations vivant sur les terres qui rendent cette transition possible.

Christophe Lecourtier à Kinshasa : L’AFD pose ses valises et ses ambitions pour la RDC

Ce déplacement ne laisse personne indifférent à Kinshasa. Pour la première fois depuis sa prise de fonctions en mai 2026, le directeur général du Groupe Agence française de développement (AFD), Christophe Lecourtier, a foulé le sol congolais ce lundi 13 juillet. Cette visite de trois jours marque une nouvelle étape dans la coopération entre la France et la République démocratique du Congo. Entre la lutte contre Ebola, les projets urbains et une enveloppe de près d’un demi-milliard d’euros, l’AFD confirme sa volonté d’accompagner durablement le développement du pays.

Dans le monde feutré des diplomates et des institutions financières, certaines visites revêtent une portée particulière. Celle de Christophe Lecourtier en fait partie. À peine entré en fonction, il a choisi la République démocratique du Congo pour sa première mission bilatérale. Ce choix envoie un signal fort aux autorités congolaises. En effet, la France veut accélérer ses projets et renforcer son action sur le terrain par l’intermédiaire de l’AFD.

Une arrivée sous le signe de la santé et de la mémoire

Le programme du directeur général de l’AFD s’annonce chargé. Il prévoit des rencontres avec les autorités ainsi que plusieurs inaugurations. Toutefois, sa visite à l’Institut national de recherche biomédicale (INRB) a immédiatement donné le ton.

Mardi matin, Christophe Lecourtier s’est rendu dans cette institution de référence. Le professeur Jean-Jacques Muyembe, figure mondiale de la virologie, l’y a accueilli.

« C’est vraiment pour moi un honneur de rencontrer le professeur Jean-Jacques Muyembe, qui est très célèbre sur tous les continents », a déclaré Christophe Lecourtier.

Il s’est également rendu dans ce centre où les chercheurs combattent la 17ᵉ épidémie d’Ebola. L’INRB joue un rôle majeur pour la RDC. De plus, il protège l’Afrique, l’Europe et le reste du monde. « Ce rôle de sentinelle, vous le jouez finalement pour nous tous », a insisté le directeur général. Il a aussi salué le travail de séquençage et de prévention réalisé par les équipes congolaises.

500 millions d’euros et un nouveau bâtiment pour l’INRB

Cette visite ne s’est pas limitée à une séquence protocolaire. Au contraire, elle a mis en valeur plus de quarante ans de coopération entre la France et l’INRB.

Christophe Lecourtier a également confirmé la construction prochaine d’un nouveau bâtiment administratif. Les plans de ce projet sont déjà prêts. « J’espère que l’année prochaine, il sera construit », a-t-il déclaré. Il a ainsi réaffirmé la volonté de poursuivre cette coopération.

Par ailleurs, l’engagement financier de l’AFD en RDC atteint un niveau important. Le groupe prévoit jusqu’à 500 millions d’euros pour la période 2022-2025. Ces financements concernent notamment l’aménagement urbain, la voirie, le développement territorial, l’eau et l’assainissement.

En outre, l’AFD a mobilisé près de 80 millions d’euros pour le secteur de la santé au cours de la dernière période.

Une coopération qui dépasse la simple relation bilatérale

Le professeur Jean-Jacques Muyembe a salué cette visite. « C’est un grand honneur que Christophe Lecourtier commence sa mission par la visite de l’INRB. Cela veut dire qu’il y a vraiment des liens très forts », a-t-il affirmé.

Il a ensuite appelé au renforcement du réseau de laboratoires sur l’ensemble du territoire congolais.

Pour Christophe Lecourtier, cette mission porte également un message destiné à la communauté internationale. « Dans ce monde d’aujourd’hui, qu’il s’agisse des enjeux climatiques ou des enjeux de santé, nous sommes tous les citoyens d’une même planète, confrontés aux mêmes risques et avec l’exigence absolue de travailler ensemble. »

Enfin, la rencontre s’est achevée sur une note symbolique. Le directeur général de l’AFD a reçu les vœux de l’INRB à l’occasion de la fête nationale française du 14 juillet. Ce geste illustre la solidité des relations entre les deux partenaires. Pendant trois jours, Kinshasa devient ainsi le cœur d’une coopération qui entend construire l’avenir.

RDC : Ebuteli met en place Landila pour évaluer les engagements de l’exécutif

Comment mesurer les engagements du gouvernement au-delà des discours ? Comment permettre aux citoyens de savoir si les promesses faites se traduisent réellement en actions ? C’est à ces questions qu’Ebuteli, institut congolais de recherche sur la politique, la gouvernance et la violence, entend désormais répondre avec Landila, une nouvelle plateforme officiellement lancée ce jeudi 9 juillet 2026 à Kinshasa.

Son nom, qui signifie « suivre » en kikongo, résume toute son ambition : placer l’action gouvernementale sous le regard permanent des citoyens.

Longtemps, le suivi de l’exécutif était intégré à Talatala, l’outil d’Ebuteli consacré au contrôle de l’activité parlementaire. Mais face à l’intérêt grandissant du public pour les travaux de l’Assemblée nationale, cette dimension avait progressivement été reléguée au second plan. Avec Landila, Ebuteli remet désormais le gouvernement au cœur de son dispositif de veille citoyenne.

55 engagements déjà passés au crible

Bien plus qu’une simple plateforme numérique, Landila se présente comme un véritable tableau de bord de l’action gouvernementale.

Le baromètre identifie les engagements inscrits dans les documents officiels, suit leur niveau de mise en œuvre à travers les décrets adoptés, les projets lancés, les budgets exécutés et évalue les résultats obtenus dans les différents secteurs concernés.

Pour cette première phase pilote, six ministères stratégiques sont passés sous surveillance : les Mines, l’Économie nationale, le Genre, Famille et Enfant, la Justice, l’Intérieur, Sécurité, Décentralisation et Affaires coutumières, ainsi que la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale. Au total, 55 engagements gouvernementaux feront l’objet d’un suivi régulier.

« Landila est le dernier-né de nos instruments de contrôle de l’action publique. Il s’inscrit dans la continuité de notre travail visant à éclairer le débat public grâce à des recherches rigoureuses, des données vérifiées et un dialogue informé entre les citoyens et les dirigeants », a expliqué le directeur exécutif d’Ebuteli, Fred Bauma.

Créer un pont entre les citoyens et les institutions

Au-delà des chiffres, Landila poursuit une ambition démocratique : renforcer la transparence et la redevabilité des institutions publiques.

Pour Ebuteli, l’objectif est de permettre aux Congolais de suivre concrètement les performances du gouvernement, de disposer d’informations fiables pour nourrir le débat public et d’encourager une culture d’évaluation permanente de l’action publique.

Fred Bauma rappelle que Landila complète désormais une série de quatre outils développés par l’organisation pour rapprocher les institutions des citoyens.

« Ces plateformes ne sont pas de simples outils numériques. Elles alimentent le débat public, favorisent le dialogue avec les institutions et contribuent à rapprocher les citoyens de ceux qui les gouvernent », a-t-il souligné.

Le lancement de Landila a également été marqué par la présentation d’une note d’analyse consacrée aux réformes législatives en RDC, avec l’ambition d’ouvrir un dialogue entre les membres du gouvernement, les parlementaires, les chercheurs et les acteurs de la société civile sur les moyens d’améliorer la mise en œuvre des politiques publiques.

Un projet soutenu par les partenaires internationaux et salué par le gouvernement

Le développement de Landila bénéficie du soutien de la Commission européenne et de la coopération suédoise, à travers l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (Sida).

Présente lors de la cérémonie, Joëlle Riziki, chargée des programmes Démocratie, Droits humains et État de droit à l’ambassade de Suède en RDC, a salué une initiative qui, selon elle, renforce les valeurs démocratiques, la transparence et la participation citoyenne.

Le gouvernement congolais a lui aussi apporté son soutien à cette nouvelle plateforme. Représentant l’exécutif, la vice-ministre de l’Intérieur Eugénie Tshela Kamba a estimé que Landila constitue un outil important pour améliorer la gouvernance et accompagner les ambitions de la RDC en matière de paix, de sécurité et de développement institutionnel.

La cérémonie s’est conclue par un panel consacré à une question centrale : « Comment accélérer la mise en œuvre des réformes législatives ? ». Autour de la table figuraient notamment le ministre d’État Guy Loando Mboyo, le porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, le conseiller politique de la Première ministre Kayamba Tshitshi, le politologue Christian Moleka et le chercheur Ithiel Batumike.

Avec Landila, Ebuteli entend désormais transformer le suivi de l’action gouvernementale en un véritable exercice de citoyenneté. En rendant les engagements de l’exécutif plus lisibles et plus mesurables, l’institut espère contribuer à instaurer une culture de responsabilité publique où chaque promesse pourra être confrontée aux résultats obtenus.

Dialogue politique en RDC : la Coalition C64 pose ses conditions et durcit le ton face au pouvoir

À Kinshasa, le ton est monté d’un cran. Réunie ce jeudi 9 juillet devant la presse, la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a envoyé un message sans ambiguïté au pouvoir : il n’y aura aucun dialogue politique tant que le projet de révision de la Constitution ne sera pas définitivement abandonné.

Face aux journalistes, les responsables de la plateforme ont également tenu à lever toute équivoque sur leur récente rencontre avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, médiateur dans le dossier congolais en sa qualité de président en exercice de l’Union africaine. Contrairement aux informations ayant circulé ces derniers jours, ils assurent ne pas avoir sollicité cette entrevue.

Selon eux, c’est le chef de l’État burundais qui a souhaité les consulter dans le cadre des discussions engagées avec les différentes forces politiques congolaises afin d’explorer les voies d’une sortie de crise.

Une crise qui dépasse la guerre dans l’Est

Devant leur interlocuteur, les dirigeants de la C64 disent avoir dressé un tableau préoccupant de la situation que traverse la République démocratique du Congo.

À leurs yeux, la crise actuelle ne peut être réduite aux affrontements armés qui secouent l’est du pays. Ils évoquent une crise politique, institutionnelle et sécuritaire beaucoup plus profonde, estimant que les différents processus de paix engagés jusqu’à présent n’ont pas produit les résultats espérés.

Selon la coalition, les initiatives diplomatiques successives ont échoué parce qu’elles se sont concentrées sur les conséquences de la crise sans s’attaquer, selon leur analyse, à ses causes institutionnelles et constitutionnelles.

Des préalables jugés incontournables avant tout dialogue

Pour la C64, un véritable dialogue national ne pourra voir le jour que si plusieurs conditions sont réunies.

La plateforme exige notamment un renoncement public et définitif au projet de révision de la Constitution, la libération des prisonniers politiques, la fin des poursuites qu’elle considère comme politiquement motivées ainsi que le rétablissement des libertés publiques.

Les responsables de la coalition affirment que le président Évariste Ndayishimiye s’est engagé à transmettre fidèlement ces revendications aux autorités congolaises dans le cadre de la médiation conduite sous l’égide de l’Union africaine.

Cap sur la mobilisation du 22 juillet

En attendant une éventuelle évolution des discussions, la Coalition Article 64 ne compte pas relâcher la pression.

Elle confirme le maintien de la marche pacifique prévue le 22 juillet à Kinshasa et dans plusieurs villes du pays. Présentée comme une mobilisation citoyenne, cette manifestation entend défendre l’ordre constitutionnel, dénoncer le projet de révision de la Constitution et porter les revendications de la plateforme auprès des autorités.

À travers cette double stratégie — dialogue sous conditions et mobilisation populaire — la C64 cherche désormais à peser davantage dans le débat politique national, au moment où les initiatives de médiation se multiplient pour tenter de sortir la RDC d’une crise qui continue d’alimenter les tensions sur les plans politique, institutionnel et sécuritaire.

ONU : Judith Suminwa sonne l’alarme, « les violences sexuelles sont une arme de guerre, il est temps d’agir »

Sous les lumières du siège des Nations unies à New York, la République démocratique du Congo a porté, ce mercredi 8 juillet 2026, un message empreint de gravité et d’urgence. À la tribune de la 10190ᵉ séance du Conseil de sécurité, consacrée aux violences sexuelles liées aux conflits, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka a exhorté la communauté internationale à dépasser le temps des déclarations pour entrer dans celui de l’action.

Présidant cette réunion de haut niveau dans le cadre de la présidence congolaise du Conseil de sécurité, la cheffe du Gouvernement a rappelé que les violences sexuelles ne sont pas des dommages collatéraux de la guerre, mais une stratégie délibérée utilisée pour terroriser les populations, provoquer des déplacements forcés et briser durablement le tissu social.

« Notre ambition ne peut plus être seulement de documenter l’horreur après qu’elle a eu lieu. Elle doit être de prévenir les conditions qui la rendent possible », a-t-elle lancé devant les membres du Conseil de sécurité.

De la résolution 1325 aux actes : Judith Suminwa réclame un changement de cap

Plus de vingt-cinq ans après l’adoption de la résolution 1325 sur les femmes, la paix et la sécurité, Judith Suminwa estime que l’heure est venue de mesurer les engagements à l’aune des résultats obtenus sur le terrain.

Si cette résolution historique a permis de reconnaître les femmes comme des actrices essentielles de la prévention des conflits, de la médiation, de la gouvernance et de la reconstruction, elle juge que sa mise en œuvre demeure largement insuffisante.

Pour la Première ministre, la participation des femmes ne peut se limiter à une présence symbolique autour des tables de négociation. Elle doit leur garantir un véritable pouvoir d’influence. De la même manière, la protection des survivantes ne peut être dissociée de leur droit à la justice, tandis que les résolutions du Conseil de sécurité doivent se traduire par des mandats opérationnels, des budgets adaptés, des mécanismes de sanctions efficaces et des politiques nationales ambitieuses.

S’attaquer aux racines des conflits pour mettre fin aux violences

S’appuyant sur le rapport présenté par Pramila Patten, représentante spéciale du Secrétaire général des Nations unies chargée des violences sexuelles en période de conflit, Judith Suminwa a mis en lumière la progression inquiétante des cas recensés dans plusieurs régions du monde.

Elle a souligné que, dans l’est de la RDC, ces crimes prospèrent sur fond de présence de groupes armés, de forces étrangères – notamment le Rwanda selon les autorités congolaises – et d’économies illicites alimentées par l’exploitation illégale des ressources naturelles.

Pour mettre fin à cette spirale, la cheffe du Gouvernement a appelé la communauté internationale à frapper les réseaux qui financent les conflits : exploitation illégale des minerais, trafic d’armes, criminalité transnationale et impunité. Selon elle, démanteler ces systèmes constitue la condition indispensable pour prévenir durablement les violences sexuelles.

Judith Suminwa a également salué le travail du Groupe informel d’experts sur les femmes, la paix et la sécurité ainsi que celui de la PSVI Alliance, réaffirmant l’engagement de la RDC à faire de la lutte contre les violences sexuelles un pilier de son agenda de paix.

Les enfants nés du viol et le FONAREV au cœur du plaidoyer congolais

L’un des moments les plus marquants de son intervention a concerné les enfants nés des violences sexuelles commises pendant les conflits.

Pour Judith Suminwa, ces enfants ne doivent plus être considérés comme une conséquence secondaire de la guerre, mais comme des citoyens titulaires de droits fondamentaux. Leur accès à une identité juridique, à la nationalité, à l’éducation, aux soins de santé, aux réparations et à une protection contre la stigmatisation constitue, selon elle, un impératif de justice.

La Première ministre a également présenté les efforts entrepris par la RDC pour accompagner les victimes, notamment à travers le Fonds national de réparation des victimes de violences sexuelles liées aux conflits et des crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité (FONAREV), mis en place sous l’impulsion du président Félix Tshisekedi.

Alors que les initiatives diplomatiques peinent encore à ramener une paix durable dans l’est du pays, où les affrontements entre groupes armés persistent, le plaidoyer porté par Judith Suminwa à New York réaffirme la volonté de la RDC de replacer les survivantes au centre des politiques internationales. Pour Kinshasa, protéger les femmes, rendre justice aux victimes et prévenir ces crimes ne relèvent plus seulement d’une obligation morale, mais d’une condition indispensable à une paix durable.

Sénat RDC : Kinshasa et Ankara scellent un pacte sécuritaire historique

Ce jeudi 9 juillet 2026, le Palais du Peuple accueille une séance qui pourrait marquer une nouvelle étape dans la politique sécuritaire de la République démocratique du Congo. Les sénateurs sont appelés à se prononcer sur le projet de loi autorisant la ratification de l’accord de coopération sécuritaire conclu entre Kinshasa et Ankara, un texte qui traduit l’ambition du gouvernement de consolider ses alliances face à des menaces devenues aussi bien régionales que mondiales.

Face aux élus de la Chambre haute, le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, de la Sécurité, de la Décentralisation et des Affaires coutumières, Jacquemain Shabani, défendra un partenariat présenté comme un levier essentiel pour renforcer les capacités de la RDC dans la lutte contre la criminalité organisée et les défis sécuritaires du XXIᵉ siècle.

Déjà adopté en première lecture par l’Assemblée nationale, le texte franchit désormais l’avant-dernière étape de son parcours législatif avant son adoption définitive et sa ratification.

Un partenariat pour faire face aux nouvelles menaces

Dans un monde où les frontières ne suffisent plus à contenir les réseaux criminels, Kinshasa et Ankara veulent désormais parler d’une même voix.

L’accord prévoit une coopération renforcée dans plusieurs domaines sensibles. Au premier rang figurent la lutte contre le terrorisme, la cybercriminalité et les réseaux criminels internationaux, mais également le blanchiment de capitaux, la traite des êtres humains ainsi que les trafics de stupéfiants et d’armes.

L’objectif affiché est clair : intensifier les échanges d’informations, renforcer les mécanismes de coopération entre les deux États et améliorer la capacité de réponse face à des organisations criminelles dont les activités dépassent largement les frontières nationales.

Pour les autorités congolaises, ce rapprochement avec la Turquie s’inscrit dans une stratégie plus large visant à moderniser les outils de sécurité et à développer des partenariats internationaux capables d’accompagner les efforts du pays dans la préservation de sa stabilité.

Les Zones économiques spéciales également au cœur des débats

La sécurité ne sera toutefois pas le seul sujet majeur de cette plénière.

Les sénateurs examineront également le projet de loi portant révision du régime des Zones économiques spéciales (ZES), défendu par le ministre de l’Entrepreneuriat et des Petites et moyennes entreprises, Justin Kalumba.

Cette réforme ambitionne d’adapter le cadre juridique des ZES afin de renforcer leur attractivité auprès des investisseurs et d’accélérer l’industrialisation de la RDC. Son examen, aux côtés de l’accord sécuritaire avec la Turquie, illustre la volonté du gouvernement d’avancer simultanément sur deux priorités : renforcer la sécurité nationale tout en créant un environnement plus favorable au développement économique.

À travers cette double séquence législative, le Sénat se retrouve au cœur de deux dossiers stratégiques qui pourraient influencer durablement la trajectoire sécuritaire et économique du pays.

L’Assemblée nationale valide en bloc six accords majeurs avec la Turquie, sécurité et grands chantiers en ligne de mire

C’est un vote qui n’a laissé aucune place au doute. Lundi 6 juillet 2026, les 372 députés présents à l’Assemblée nationale ont approuvé à l’unanimité six projets de loi de ratification, ouvrant grand la voie à un rapprochement stratégique avec la Turquie. Sécurité, développement, infrastructures : les textes couvrent des secteurs clés pour l’avenir du pays, et ont été adoptés sans abstention ni voix discordante.

Le Président Aimé Boji Sangara a dirigé cette séance historique, qui marque une accélération spectaculaire de la coopération entre Kinshasa et Ankara.

Lutte contre le terrorisme et criminalité transnationale : l’accord qui change la donne

Premier projet examiné, et sans doute le plus sensible : la ratification de l’accord de coopération sécuritaire avec la Turquie. Défendu par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, ce texte engage les deux pays à mutualiser leurs efforts face aux menaces qui dépassent les frontières.

Terrorisme, criminalité organisée, cybercriminalité, blanchiment de capitaux, traite des êtres humains, trafic de stupéfiants et d’armes : le champ d’action est large. Adopté article par article, ce traité est désormais transmis au Sénat pour une seconde lecture décisive. Sa validation définitive pourrait faire de la RDC un partenaire privilégié d’Ankara en Afrique centrale.

Cinq projets pour des chantiers qui vont transformer le quotidien des Congolais

Mais la session ne s’est pas arrêtée à la sécurité. Dans la foulée, l’Assemblée a donné son feu vert à cinq autres projets de loi de ratification, portant sur des accords de financement massifs. Ces investissements visent des secteurs aussi vitaux que la santé, l’énergie, les infrastructures et le monde rural.

Leur adoption, là aussi à l’unanimité, permet désormais de les transmettre directement au Président de la République pour promulgation.

Parmi les projets phares :

  • Santé : la construction de complexes hospitaliers dans la nouvelle ville de Kinshasa, pour désengorger les structures existantes et offrir des soins de qualité à une population en pleine croissance ;

  • Électrification rurale et périurbaine : l’installation de mini-réseaux photovoltaïques et hydroélectriques pour éclairer les zones jusque-là oubliées des circuits énergétiques ;

  • Développement agricole : le lancement du Programme d’appui au développement rural inclusif et résilient, adossé à des incubateurs pour les PME agricoles ;

  • Grands travaux dans le Katanga : la construction, la réhabilitation et l’extension de l’aéroport international de Luano à Lubumbashi, véritable porte d’entrée sur le sud du pays.

Des engagements internationaux qui prennent corps

Ces votes massifs lèvent les derniers obstacles juridiques et permettent au gouvernement de concrétiser des engagements internationaux dont l’impact sera mesurable dès les prochaines années. L’unanimité affichée par les députés traduit un large consensus sur l’urgence d’investir et de sécuriser les grands chantiers du pays.

Reste désormais à connaître l’avis du Sénat sur le volet sécuritaire, puis à voir comment ces projets de financement se traduiront sur le terrain. Une page se tourne pour les relations entre la RDC et la Turquie, désormais appelées à s’approfondir bien au-delà des simples accords de partenariat.

RDC : la C64, la CENCO et l’ECC reçues par Évariste Ndayishimiye à Bujumbura pour des consultations sur la crise politique

À quelques jours de la date initialement retenue pour la grande marche de la coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64), plusieurs figures de l’opposition congolaise et des responsables des principales confessions religieuses ont pris la direction de Bujumbura. Dans la capitale burundaise, ils participent à des consultations politiques convoquées par le président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, autour de la crise politique, sécuritaire et institutionnelle que traverse la République démocratique du Congo.

Cette initiative diplomatique intervient dans un contexte de fortes tensions politiques en RDC et explique le report de la marche de la C64, désormais programmée pour le 22 juillet.

La C64, la CENCO et l’ECC autour d’une même table à Bujumbura

Les consultations réunissent les principaux leaders de la coalition C64, mais aussi des représentants de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), de l’Église du Christ au Congo (ECC) ainsi que de la Plateforme des confessions religieuses, dont les Églises de Réveil.

Selon un participant interrogé par ACTUALITE.CD, plusieurs séquences de travail sont prévues.

« Il y a les prêtres, les pasteurs qui sont là. Ejiba Yamampia est également présent ; il représente les Églises de Réveil. Et puis, il y a la coalition C64 au complet. »

Le programme prévoit d’abord des rencontres distinctes avec les responsables religieux, avant une audience avec les dirigeants de la C64. Une réunion élargie réunissant l’ensemble des participants devrait ensuite se tenir autour du président burundais.

La coalition d’opposition a toutefois posé une condition claire : être reçue collectivement.

« Quand je parle des apartés, cela ne signifie pas que les membres de la C64 seront reçus séparément. Au contraire, ils seront reçus tous ensemble. C’était l’une de nos exigences et elle a été acceptée », a précisé cette source.

Le report de la marche du 8 au 22 juillet

Ces consultations C64 Bujumbura ont conduit les leaders de l’opposition à reporter leur manifestation initialement prévue le 8 juillet.

Dans leur communiqué, Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Delly Sesanga et Augustin Matata Ponyo ont expliqué avoir accepté l’invitation d’Évariste Ndayishimiye « dans un esprit de responsabilité », estimant que toute initiative susceptible de favoriser la préservation de l’ordre constitutionnel mérite d’être examinée.

La coalition affirme vouloir profiter de ces échanges pour exposer « avec clarté et fermeté » les préoccupations de la population congolaise ainsi que les risques qu’elle estime peser sur la démocratie et les institutions du pays.

L’Union africaine mise sur le dialogue politique en RDC

Cette médiation s’inscrit dans la continuité de la récente visite d’État d’Évariste Ndayishimiye à Kinshasa. Aux côtés du président Félix Tshisekedi, le chef de l’État burundais avait insisté sur la nécessité de préserver la stabilité institutionnelle et l’unité nationale face aux défis sécuritaires persistants dans l’est de la RDC.

Le président en exercice de l’Union africaine avait également appelé les différentes forces politiques et sociales congolaises à privilégier le dialogue plutôt que la confrontation, tout en saluant l’ouverture affichée par les autorités congolaises.

À l’issue des consultations de Bujumbura, les regards se tourneront désormais vers le 22 juillet, nouvelle date retenue par la coalition C64 pour sa marche nationale, dont l’objectif demeure la défense de l’ordre constitutionnel et la remise d’un mémorandum au président Félix Tshisekedi.

Marche de la Coalition Article 64 : le gouvernement promet un encadrement « républicain » à Kinshasa

Alors que la Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) a reporté au 22 juillet 2026 sa grande manifestation à Kinshasa, les autorités congolaises commencent à préparer le dispositif qui entourera cet événement politique attendu. Réuni autour du vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur et de la Sécurité, Jacquemain Shabani, le gouvernement affirme vouloir garantir le bon déroulement de la marche, tout en prévenant qu’aucun acte de subversion ne sera toléré.

Ce rassemblement, organisé à l’initiative de plusieurs figures de l’opposition, intervient dans un contexte politique marqué par des tensions autour du respect de la Constitution et par des démarches de médiation engagées au niveau régional.

Le gouvernement assure vouloir garantir une manifestation pacifique

À l’issue d’une réunion tenue dimanche avec les responsables des services de sécurité et les autorités de la ville de Kinshasa, le gouvernement a réaffirmé sa volonté d’encadrer la manifestation « dans un esprit républicain et démocratique ».

Le gouverneur de Kinshasa, Daniel Bumba, a assuré que les forces de défense et de sécurité seront mobilisées afin de préserver l’ordre public tout en garantissant le droit de manifester.

« Les forces de défense et de sécurité seront là pour préserver la quiétude dans la ville de Kinshasa. Nous profitons de l’occasion pour rassurer l’opinion tant nationale qu’internationale que, tout en accompagnant, dans un esprit républicain et démocratique, les manifestations, nous voulons aussi rassurer que tout doit se faire dans les normes établies, selon les lois et les règlements de la République, en assurant également la liberté aux paisibles citoyens qui veulent vaquer à leurs occupations », a déclaré le gouverneur.

Les autorités ont toutefois averti qu’elles prohiberaient « tout acte portant les germes de la subversion », insistant sur le respect strict du cadre légal.

Une mobilisation nationale sous haute surveillance

Initialement annoncée pour le début du mois de juillet, la marche a été reportée après que les principaux dirigeants de la Coalition Article 64 ont accepté une invitation du président burundais Évariste Ndayishimiye, également président en exercice de l’Union africaine, pour des consultations consacrées à la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la RDC.

Malgré ce report, la coalition maintient son objectif. Le 22 juillet, les manifestants prévoient de converger vers le Palais de la Nation, où un sit-in est programmé avant la remise d’un mémorandum destiné au président Félix Tshisekedi. Les organisateurs expliquent vouloir rappeler leur attachement au respect de la Constitution de 2006.

Parallèlement, la mobilisation rencontre déjà des obstacles dans certaines provinces. Les autorités de Kolwezi et de Lubumbashi ont annoncé l’interdiction de la manifestation sur leurs territoires, illustrant les tensions qui entourent cette initiative de l’opposition.

À moins de trois semaines de l’échéance, tous les regards sont désormais tournés vers Kinshasa, où cette marche pourrait constituer l’un des principaux rendez-vous politiques de ce mois de juillet.

C64 : Fayulu, Katumbi, Kabund, Matata et Sesanga reportent leur marche après une invitation du président de l’Union africaine

La Coalition Article 64 pour la défense de l’ordre constitutionnel (C64) revoit son calendrier. Alors qu’elle préparait une grande manifestation devant le Palais de la Nation, la plateforme de l’opposition a annoncé, ce vendredi 3 juillet, le report de cette mobilisation au 22 juillet 2026, privilégiant une initiative diplomatique portée par le président burundais Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l’Union africaine.

Dans un communiqué signé par Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga, les cinq principales figures de la coalition expliquent avoir été invitées à participer à des consultations consacrées à la situation politique, sécuritaire et institutionnelle de la République démocratique du Congo.

La C64 privilégie le dialogue avant la mobilisation

La coalition affirme avoir accepté cette invitation « dans un esprit de responsabilité », estimant que cette démarche peut contribuer à la préservation de l’ordre constitutionnel.

Selon le communiqué, les dirigeants de la C64 entendent exposer devant le président de l’Union africaine « avec clarté et fermeté » leurs préoccupations concernant l’évolution de la situation politique en RDC ainsi que les risques qu’ils estiment peser sur la démocratie et les institutions du pays.

Ce choix marque une pause dans la stratégie de mobilisation engagée par l’opposition, qui avait laissé entendre ces derniers jours qu’un report de la manifestation initialement envisagée au début du mois de juillet restait possible afin de tenir compte des initiatives diplomatiques en cours.

Une manifestation maintenue pour le 22 juillet

Si la marche est reportée, elle n’est pas annulée. La Coalition Article 64 confirme qu’elle se tiendra finalement le mercredi 22 juillet 2026 devant le Palais de la Nation.

La plateforme invite également ses structures implantées dans les provinces ainsi que les communautés congolaises de la diaspora à organiser, à la même date, des marches pacifiques de solidarité, dans le respect des législations en vigueur dans leurs pays ou provinces respectifs.

En conclusion, la coalition appelle les Congolais à rester « mobilisés, vigilants et unis », réaffirmant que la défense de la Constitution demeure, selon elle, « une responsabilité collective ».

Ce report intervient quelques jours après la visite à Kinshasa du président burundais Évariste Ndayishimiye, qui avait rencontré le président Félix Tshisekedi dans le cadre des efforts régionaux visant à favoriser un dialogue autour de la situation politique et sécuritaire en République démocratique du Congo.

Kinshasa : Cyril Ramaphosa esquive la question xénophobe

Les violences xénophobes qui secouent l’Afrique du Sud se sont invitées au cœur de la rencontre entre Félix Tshisekedi et Cyril Ramaphosa, ce jeudi 2 juillet à Kinshasa. Face aux inquiétudes exprimées par son homologue congolais au sujet des attaques visant plusieurs ressortissants africains, le président sud-africain a défendu une approche fondée sur la coopération continentale, tout en reconnaissant les défis auxquels son pays est confronté.

Cette séquence diplomatique intervient alors que les tensions autour de la question migratoire continuent de susciter l’émotion dans plusieurs pays africains, notamment en République démocratique du Congo.

Tshisekedi appelle à une gestion plus humaine de la crise

Devant son invité, Félix Tshisekedi a rappelé que chaque État est libre de définir sa politique migratoire. Mais, selon lui, cette souveraineté ne doit jamais se faire au détriment de la dignité humaine.

Le président congolais a plaidé pour une gestion « avec humanité, responsabilité et retenue », appelant à protéger les droits fondamentaux des personnes concernées tout en préservant les valeurs de solidarité qui fondent les relations entre les peuples africains.

Son intervention intervient dans un contexte marqué par les actions du mouvement Operation Dudula, qui réclame le départ des étrangers en situation irrégulière et dont les campagnes ont été suivies de nombreux actes de violences, de pillages et d’agressions contre des migrants.

Ramaphosa mise sur une coopération entre États africains

En réponse, Cyril Ramaphosa a estimé que la question migratoire dépasse les frontières nationales.

« La question de la migration ne peut pas être gérée par un seul pays. Nous devons travailler ensemble en tant que pays africains pour résoudre cette question », a déclaré le président sud-africain.

Reconnaissant les difficultés rencontrées par son pays, il a également insisté sur la nécessité de garantir le respect des droits des ressortissants étrangers vivant en Afrique du Sud.

Le chef de l’État sud-africain a évoqué plusieurs pistes de travail, notamment un dialogue renforcé entre les pays concernés, des campagnes de sensibilisation ainsi qu’une meilleure gestion des documents d’identité afin de concilier sécurité et protection des droits des migrants.

En revanche, aucune annonce concrète n’a été faite concernant de nouvelles mesures destinées à renforcer immédiatement la protection des étrangers ou à accélérer les poursuites contre les auteurs des violences.

Une question migratoire qui pèse sur les relations régionales

La RDC suit avec une attention particulière l’évolution de la situation en Afrique du Sud, où réside une importante communauté congolaise.

Ces dernières semaines, plusieurs ressortissants africains, notamment originaires de la région des Grands Lacs, ont été victimes d’agressions et d’expulsions forcées dans certains townships, ravivant les inquiétudes sur la sécurité des migrants.

Si la rencontre de Kinshasa a permis aux deux chefs d’État d’afficher leur volonté de poursuivre le dialogue, elle rappelle également que la gestion des migrations et la lutte contre la xénophobie demeurent parmi les défis les plus sensibles auxquels le continent africain est aujourd’hui confronté.

30 juin 1960 : quand Lumumba flinguait le colonialisme en direct devant le roi Baudouin

Ce 30 juin 1960, le protocole avait tout prévu. La cérémonie devait suivre un déroulement parfaitement maîtrisé. Les autorités avaient programmé des discours convenus, des poignées de main solennelles et des échanges protocolaires.

Patrice Lumumba en décida autrement. Premier ministre du Congo tout juste indépendant, il bouleversa le scénario. Devant le roi Baudouin, les dignitaires belges et les représentants du jeune État, il déchira le voile des convenances. Il rappela la violence de la colonisation. Sa voix grave porta un réquisitoire implacable. La salle applaudit longuement. En revanche, le souverain belge et son entourage restèrent figés.

« Nul Congolais digne de ce nom ne pourra jamais oublier que c’est par la lutte que l’indépendance a été conquise », lança-t-il. Pour lui, personne n’avait offert cette indépendance. Le peuple congolais l’avait conquise au prix de lourds sacrifices. Dès les premiers mots, Lumumba donna le ton. Cette journée marquait la fin d’un monde et le début d’une revanche historique.

« Nous avons souffert, mais tout cela est désormais fini »

Le Premier ministre ménagea rarement son auditoire. Il rappela le long calvaire du peuple congolais sous la domination belge. Il évoqua le travail forcé, les salaires de misère, les insultes, les coups, le tutoiement imposé, les terres spoliées, la justice inégalitaire, les fusillades et les cachots.

« Tout cela, mes frères, nous en avons profondément souffert. Mais tout cela aussi, nous vous le disons tout haut, tout cela est désormais fini. »

Un profond souffle de libération parcourut alors l’assistance.

Lumumba ne se limita pas à dénoncer le passé. Il dessina aussi l’avenir. Il promit une justice sociale, des lois plus justes, la garantie des libertés fondamentales et la fin des discriminations.

« Nous allons montrer au monde ce que peut faire l’homme noir quand il travaille dans la liberté », affirma-t-il. Il rêvait d’un Congo fort, capable de devenir le « centre de l’Afrique tout entière ».

Une souveraineté sans concession

Sur le plan international, Lumumba adopta une ligne claire. Il salua la décision de la Belgique de ne pas empêcher l’indépendance. Cependant, il fixa immédiatement les limites de la coopération.

Le Congo accepterait les partenariats étrangers uniquement lorsqu’ils respecteraient sa souveraineté. Aucun pays ne pourrait lui imposer sa politique. Il souhaitait bâtir une relation fondée sur un traité entre États libres, égaux et indépendants.

À l’intérieur du pays, il appela également à l’unité nationale. Il dénonça les divisions tribales qui affaiblissaient le Congo et nuisaient à son image à l’étranger.

Dans le même temps, il tendit la main à l’opposition. Il demanda aussi le respect des étrangers. Toutefois, il avertit que les autorités expulseraient ceux dont le comportement porterait atteinte aux intérêts du pays.

Son message tenait en une conviction forte : « Un gouvernement fort, national, populaire, sera le salut de ce pays. »

Un discours devenu un symbole de l’indépendance

Lumumba conclut son intervention par un hommage aux combattants de la liberté nationale.

« Hommage aux combattants de la liberté nationale ! Vive le Congo indépendant et souverain ! »

La salle lui réserva une longue ovation. Pourtant, son destin bascula quelques mois plus tard. Des adversaires l’assassinèrent avec la complicité présumée de la Belgique et des États-Unis.

Depuis, ce discours dépasse le simple cadre de l’indépendance. Il symbolise la naissance d’une nation. Il nourrit aussi une mémoire où se mêlent fierté, douleur et résistance.

Aujourd’hui encore, alors que la RDC célèbre ses 66 ans d’indépendance, les paroles de Lumumba continuent de résonner. Elles rappellent l’importance de la dignité, de l’unité nationale et d’une souveraineté pleinement assumée. Ce combat reste plus actuel que jamais.

Francophonie : quatre candidats, un fauteuil, et des tensions diplomatiques en toile de fond

Ce mardi 30 juin, les salons du ministère français des Affaires étrangères à Paris accueillent une première dans l’histoire de la Francophonie. Pour la première fois depuis la création de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), il y a 56 ans, les ministres des 53 États membres de plein droit auditionnent publiquement les quatre candidats au poste de secrétaire général.

Cette évolution découle de la réforme institutionnelle adoptée en mars 2022. Désormais, chaque candidat doit répondre à un appel à candidatures, déposer un programme six mois avant le sommet électif et présenter sa vision stratégique lors d’une audition publique.

Chaque postulant dispose de 45 minutes. Il consacre 20 minutes à son projet, échange ensuite pendant 20 minutes avec les délégations, puis bénéficie de cinq minutes de transition. L’ordre alphabétique rythme cette journée, présidée par le vice-Premier ministre cambodgien Prak Sokhonn. Son pays accueillera le Sommet de Phnom Penh le 16 novembre prochain. Derrière le protocole, les États membres arbitrent pourtant des enjeux géopolitiques majeurs.

Louise Mushikiwabo défend son bilan

Arrivée en 2019, la Rwandaise Louise Mushikiwabo brigue un troisième mandat. Elle met en avant la modernisation de l’institution, le virage numérique, le soutien à l’entrepreneuriat francophone et une présence renforcée dans les économies émergentes.

Elle défend une Francophonie « réformée mais stable ». Selon elle, l’organisation a traversé les crises sans perdre son identité. Toutefois, son mandat reste marqué par les tensions entre le Rwanda et la RDC. Kinshasa lui reproche régulièrement sa proximité avec Kigali, accusé de soutenir la rébellion du M23 dans l’Est du Congo. Ce contexte pourrait influencer les délibérations.

Juliana Lumumba veut refonder la Francophonie

L’ancienne ministre congolaise Juliana Lumumba incarne une rupture. Elle place sa campagne sous le signe de la « refondation profonde ». Son projet vise une Francophonie plus proche des peuples, des sociétés civiles et des jeunes. Ces derniers représentent aujourd’hui la majorité des 396 millions de francophones.

Elle souhaite également rééquilibrer la gouvernance de l’organisation en faveur de l’Afrique. En effet, le continent concentre désormais le plus grand nombre de locuteurs francophones. Son message trouve donc un écho dans un contexte où l’Afrique revendique davantage de reconnaissance sur les plans démographique, culturel et politique.

Coumba Ba et Dacian Cioloș proposent deux approches différentes

La Mauritanienne Coumba Ba mise sur son expérience diplomatique et sa connaissance des dossiers africains. Elle privilégie le consensus et le dialogue. Son ambition consiste à faire de la Mauritanie un trait d’union entre les différentes sensibilités de l’espace francophone.

De son côté, l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș est le seul candidat non africain. Il apporte un profil européen et technique. Fort de son expérience à la Commission européenne, il défend une Francophonie tournée vers l’innovation économique, les partenariats internationaux et le renforcement du français comme langue d’affaires.

Une élection sous l’ombre des tensions entre la RDC et le Rwanda

La compétition se déroule dans un climat diplomatique particulièrement tendu. La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC continue d’alimenter les débats. Plusieurs États accusent le Rwanda de soutenir la rébellion du M23. Cette situation plane sur les auditions.

Plusieurs capitales francophones appellent à un choix capable de préserver l’unité de l’organisation. Elles espèrent également que l’élection contribuera à apaiser les rivalités régionales.

Le 16 novembre, les chefs d’État et de gouvernement réunis à Phnom Penh désigneront le ou la future secrétaire générale pour le mandat 2027-2030. Cette personnalité devra incarner une Francophonie en pleine mutation. Elle devra aussi concilier héritage diplomatique, modernité et nouvelles ambitions. En attendant, cette journée parisienne fait déjà entrer l’OIF dans une nouvelle ère. Elle marque l’avènement d’une compétition plus transparente et plus ouverte.

Lettre de Denis Mukwege à Félix Tshisekedi : un réquisitoire sans concession contre sa gouvernance

À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, Denis Mukwege a choisi de s’adresser directement au président Félix Tshisekedi. Dans une lettre au ton particulièrement ferme, le Prix Nobel de la Paix passe au crible près de sept années de gouvernance et dénonce une série de choix politiques, diplomatiques et sécuritaires qui, selon lui, ont conduit le pays dans une impasse.

S’il rappelle avoir accueilli avec espoir l’alternance politique après le départ de Joseph Kabila, le gynécologue congolais estime aujourd’hui que ces attentes ont été profondément déçues.

Mukwege énumère les promesses non tenues de Félix Tshisekedi

Dès les premières lignes de sa lettre, Denis Mukwege revient sur les engagements pris par Félix Tshisekedi au début de son mandat. Il cite notamment la création d’un Tribunal pénal spécial chargé de juger les crimes documentés dans le Rapport Mapping des Nations unies, un projet qui, selon lui, n’a jamais vu le jour malgré les promesses présidentielles.

Le Prix Nobel critique également l’instauration de l’état de siège en Ituri et au Nord-Kivu. À ses yeux, le choix de confier ces provinces à des gouverneurs militaires dont certains sont mentionnés dans le Rapport Mapping ne pouvait produire les résultats espérés.

Il reproche aussi au chef de l’État d’avoir privilégié des accords sécuritaires avec des pays voisins, notamment le Burundi et l’Ouganda, estimant que cette stratégie d’externalisation de la sécurité nationale s’est révélée contre-productive.

Le M23, l’EAC et les processus de paix au cœur des critiques

Pour Denis Mukwege, les erreurs de gouvernance ont favorisé le retour du M23 et compliqué davantage la recherche d’une solution durable à la crise dans l’est du pays.

Il accuse le pouvoir d’avoir multiplié les initiatives diplomatiques sans véritable coordination, évoquant les processus de l’EAC, de la SADC, de l’Union africaine, de Luanda, de Doha et de Washington. Selon lui, cette succession de cadres de négociation a davantage entretenu la confusion qu’elle n’a permis de rétablir la paix.

Le Prix Nobel critique également l’adhésion de la RDC à la Communauté des États de l’Afrique de l’Est (EAC), estimant que plusieurs États membres défendent avant tout leurs intérêts économiques et géostratégiques plutôt que la protection des populations civiles congolaises.

Il estime en outre que le processus de Nairobi, puis celui de Doha, ont contribué à présenter la crise dans l’Est comme un conflit interne, alors qu’il considère qu’il s’agit avant tout d’une agression extérieure.

« Une impasse politique, diplomatique et sécuritaire »

Denis Mukwege revient aussi sur la pression exercée contre la MONUSCO pour accélérer son retrait de l’est de la RDC. Une position qu’il juge préoccupante et qui l’amène à s’interroger sur les intérêts réellement défendus par les autorités congolaises.

Enfin, il regrette l’abandon des réformes prévues dans le cadre de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, notamment la restructuration des FARDC. Selon lui, l’absence de réforme profonde de l’appareil sécuritaire a considérablement aggravé la crise.

« Votre incapacité à restructurer les FARDC et l’échec de votre gouvernance sécuritaire ont en grande partie contribué au pourrissement de la situation, plongeant le pays dans une crise sécuritaire et humanitaire sans précédent et conduisant largement la RDC dans une impasse politique et diplomatique », écrit-il.

Par cette lettre, Denis Mukwege livre l’une des critiques les plus sévères formulées contre le pouvoir de Félix Tshisekedi depuis le début de son mandat. Un texte qui relance le débat sur le bilan du chef de l’État en matière de gouvernance, de sécurité et de diplomatie, alors que la situation dans l’est du pays demeure particulièrement préoccupante.

66 ans d’indépendance : Tshisekedi tend la main à l’opposition mais prévient – « La Constitution n’est pas un objet de convenance »

Ce 30 juin 2026, la République démocratique du Congo souffle ses 66 bougies. Et pour la première fois depuis longtemps, le discours présidentiel n’a pas été qu’une litanie commémorative. Devant une Nation marquée par les guerres à l’Est, les tensions politiques et les débats enflammés sur l’avenir de la Loi fondamentale, Félix Tshisekedi a choisi la double posture : celle du père rassembleur et du gardien inflexible du temple institutionnel.

« Mes très chers compatriotes, soixante-six ans après l’indépendance, la République démocratique du Congo demeure debout. Debout malgré les guerres, les convoitises, les blessures de l’histoire », a-t-il lancé, saluant la résilience d’un peuple qui, selon lui, n’a jamais renoncé à sa dignité. Mais très vite, le ton s’est durci : l’indépendance politique, a-t-il rappelé, n’est qu’une étape. « Notre devoir, désormais, est d’en faire une souveraineté pleinement vécue, concrète et irréversible », a-t-il martelé.

Sécurité à l’Est : « Votre douleur est celle de toute la République »

Le Chef de l’État n’a pas éludé le drame qui ensanglante les provinces orientales. Il a adressé un message personnel aux familles endeuillées du Nord-Kivu, du Sud-Kivu, de l’Ituri, du Tanganyika, du Maniema. « Vous n’êtes pas oubliés. Votre douleur est celle de toute la République, et votre sécurité demeure une priorité absolue de mon action », a-t-il promis, alors que les affrontements avec l’AFC/M23 – soutenu par le Rwanda – et les ADF continuent de faire des milliers de déplacés. Une déclaration qui sonne comme un engagement, mais que les observateurs attendent désormais de voir se concrétiser sur le terrain, alors que les initiatives diplomatiques peinent à produire des effets tangibles.

Constitution : le débat est ouvert, mais pas à n’importe quel prix

C’est sur le terrain politique que le discours a pris toute sa saveur. Alors que le pays est coupé en deux camps : la Coalition Article 64 (C64), qui défend l’ordre constitutionnel actuel, et la Coalition pour le Changement de la Constitution (C4), qui réclame des réformes, Tshisekedi a joué l’équilibriste. Il a reconnu la légitimité du débat – « le désaccord est naturel, la contradiction est utile » – mais a immédiatement posé ses limites.

« Aucune ambition personnelle ou partisane ne vaut plus que la paix de tous ; aucune divergence politique ne doit être plus forte que l’unité de la République », a-t-il averti. Et d’ajouter, en écho aux rumeurs de révision constitutionnelle : « La Constitution n’est ni un instrument de circonstance, ni un objet de convenance. En débattre exige sérénité, rigueur, transparence et un sens élevé de l’intérêt général. »

Une manière de calmer les ardeurs des uns sans braquer les autres, tout en rappelant son rôle de « garant de la Nation », chargé d’écouter, d’apaiser, mais aussi de clarifier quand cela s’impose.

« Pays solutions » : le pari des ressources critiques

Sur le plan économique, le Président a esquissé une vision ambitieuse. Fort de ses gisements de cobalt, de cuivre, de coltan ou de lithium, la RDC n’est plus, selon lui, perçue comme un « territoire de crises », mais comme un « pays solutions » sur la scène internationale. Une repositionnement stratégique qui, espère-t-il, permettra de transformer les richesses du sous-sol en levier de développement durable – à condition, a-t-il sous-entendu, que l’unité nationale et la culture du travail remplacent la résignation et la division.

« Ce Congo ne se construira ni par la résignation, ni par la division, ni par l’attente passive. Il se construira par le travail, la discipline, l’unité, la probité et le sursaut patriotique », a-t-il conclu, sur un ton solennel, avant de souhaiter une bonne fête à tous les Congolais. Reste à savoir si ce message de fermeté et d’ouverture parviendra à apaiser les esprits, ou si la bataille autour de la Constitution ne fait que commencer. Une chose est sûre : le chef de l’État a posé ses marqueurs, et la balle est désormais dans le camp des forces politiques.

Passeport confisqué à Delly Sesanga : Jean-Marc Kabund dénonce une « grave violation des droits fondamentaux »

La confiscation du passeport de Delly Sesanga continue de provoquer une vague d’indignation au sein de l’opposition congolaise. Dans une déclaration publiée sur son compte X ce lundi 29 juin, Jean-Marc Kabund est monté au créneau pour dénoncer ce qu’il considère comme une nouvelle dérive des autorités congolaises à l’encontre des opposants politiques.

Le haut cadre de la coalition C64 estime que cette décision porte gravement atteinte aux libertés fondamentales et s’inscrit dans une stratégie de répression visant les voix critiques du régime.

Jean-Marc Kabund dénonce une entrave à la liberté de mouvement

Pour l’ancien président de l’UDPS, empêcher Delly Sesanga de quitter le territoire afin de recevoir des soins médicaux constitue une violation inacceptable de ses droits.

« Empêcher Delly Sesanga d’exercer sa liberté de mouvement et de se rendre à l’étranger pour recevoir les soins nécessités par les blessures par balles qu’il a subies lors de la répression sanglante du sit-in constitue une grave violation des droits fondamentaux. Après l’avoir grièvement blessé, le priver de soins appropriés est inhumain et inacceptable », a-t-il déclaré.

Selon Jean-Marc Kabund, cette affaire dépasse le seul cas de Delly Sesanga et illustre une dégradation inquiétante de l’État de droit en République démocratique du Congo.

« Le combat contre la tyrannie est un devoir patriotique »

Dans son message, le leader politique affirme que cette situation confirme, selon lui, une dérive autoritaire du pouvoir.

« Cette dérive confirme que le combat contre la tyrannie dans notre pays n’est plus une option, mais un devoir patriotique pour sauver notre démocratie et l’État de droit », a-t-il ajouté.

À travers cette prise de position, Jean-Marc Kabund invite les forces politiques, les organisations de la société civile et les citoyens à rester mobilisés face à ce qu’il qualifie de violations répétées des libertés publiques.

Un appel lancé aux partenaires internationaux de la RDC

L’opposant congolais s’adresse également aux partenaires internationaux de la République démocratique du Congo. Il exhorte notamment les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine ainsi que les organisations engagées dans la défense de la démocratie et des droits humains à réagir.

« Nous appelons les partenaires de la RDC – les États-Unis, l’Union européenne, l’Union africaine, ainsi que toutes les organisations attachées à la démocratie et aux droits humains – à prendre la pleine mesure de ces violations répétées et à en tirer toutes les conséquences », a-t-il déclaré.

Cette nouvelle sortie de Jean-Marc Kabund intervient alors que la confiscation du passeport de Delly Sesanga alimente un vif débat politique et ravive les inquiétudes sur le respect des libertés fondamentales en RDC.

Sénat RDC : Sama Lukonde convoque une session extraordinaire, 25 dossiers stratégiques au programme

Le Parlement congolais s’apprête à entrer dans une séquence législative particulièrement intense. À la demande du Gouvernement, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, a signé, le 25 juin 2026, la décision convoquant une session extraordinaire à partir de ce vendredi 26 juin. Une initiative qui intervient dans un contexte marqué par l’urgence d’examiner plusieurs réformes économiques, sécuritaires et institutionnelles considérées comme prioritaires pour le pays.

Au total, vingt-cinq matières figurent à l’ordre du jour de cette session exceptionnelle. Derrière ces textes se dessinent des enjeux majeurs : relance économique, modernisation des infrastructures, sécurité nationale, création d’emplois, attractivité des investissements et financement de grands projets structurants.

Des réformes stratégiques pour accélérer la transformation du pays

Cette session extraordinaire sera dominée par l’examen de plusieurs projets de loi jugés essentiels pour la mise en œuvre du programme gouvernemental.

Les parlementaires devront notamment se prononcer sur le projet de loi de finances rectificative pour l’exercice 2026, le régime fiscal et pénal applicable aux jeux d’argent et de hasard, le projet de loi sur le contenu local ainsi que la révision de la législation sur la sous-traitance dans le secteur privé.

Les débats porteront également sur le développement du site hydroélectrique de Grand Inga, la programmation militaire pour la période 2027-2030, le financement du programme présidentiel « Debout – Jeunes Congolais », le statut des anciens combattants et la prorogation de l’état de siège dans certaines provinces de l’est du pays.

À ces réformes s’ajoutent plusieurs textes relatifs à la recherche scientifique, aux marchés boursiers, à la pêche, à l’aquaculture, aux zones économiques spéciales ainsi qu’à la création d’un fonds souverain.

Des accords internationaux au cœur des débats

Au-delà des réformes internes, cette session sera également consacrée à l’examen de plusieurs accords de coopération et de financement conclus avec des partenaires internationaux.

Les élus devront notamment autoriser la ratification d’un accord de coopération sécuritaire avec la Turquie, la création de la Banque de développement Shelter Afrique, ainsi que plusieurs conventions de prêts destinées au financement de projets d’infrastructures.

Parmi les dossiers les plus attendus figurent le financement de la modernisation de l’aéroport de Luano à Lubumbashi, des programmes d’électrification rurale et périurbaine, la construction d’un complexe hospitalier dans la ville nouvelle de Kinshasa ainsi que des projets de développement agricole soutenus par la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA).

Le Parlement examinera également l’accord de partenariat économique global conclu avec les Émirats arabes unis ainsi que le nouvel accord international sur le cacao signé à Abidjan.

Première plénière dès le 27 juin

Les travaux débuteront véritablement ce samedi 27 juin avec une première séance plénière déjà chargée.

Trois dossiers ouvriront les débats : le projet de loi autorisant la prorogation de l’état de siège, le rapport de la Commission économique, financière et de la bonne gouvernance sur le projet de loi relatif au contenu local ainsi que celui portant modification de la loi encadrant la sous-traitance dans le secteur privé.

Par l’ampleur des réformes annoncées, cette session extraordinaire s’annonce comme l’une des plus importantes de l’année parlementaire. Les décisions qui en découleront pourraient avoir un impact durable sur la gouvernance économique, les investissements, la sécurité et le développement de la République démocratique du Congo.

Kinshasa : Tshisekedi et Ndayishimiye scellent un nouveau pacte de coopération

Il est des rendez-vous diplomatiques qui dépassent le simple protocole. La visite d’État de 48 heures du président burundais Evariste Ndayishimiye à Kinshasa en est un parfait exemple. Accueilli à bras ouverts par son homologue Félix-Antoine Tshisekedi à la Cité de l’Union africaine, le chef d’État burundais, également président en exercice de l’Union africaine, n’a pas caché son émotion.

« J’exprime ma profonde gratitude au peuple et aux autorités congolaises pour l’accueil chaleureux et fraternel qui m’a été réservé ainsi qu’à ma délégation », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Cette visite m’a permis de renforcer les liens historiques et d’ouvrir de nouvelles perspectives de coopération entre nos deux nations. »

Un message qui résonne comme une promesse, alors que les deux pays entendent donner un nouvel élan à leur relation, dans tous les domaines : politique, diplomatique, sécuritaire, économique, culturel, humanitaire et social.

Sécurité dans l’Est : Ndayishimiye s’engage personnellement

Au cœur des discussions, la question sécuritaire dans l’Est de la RDC a occupé une place centrale. Face aux menaces récurrentes des groupes armés étrangers et des forces négatives qui ensanglantent la région, le président burundais a appelé à une mutualisation accrue des efforts entre les États de la région.

« J’ai réaffirmé mon engagement personnel en faveur de la médiation africaine. J’ai également eu l’occasion de réitérer mon soutien constant aux institutions de la RDC dans leur mission essentielle de restauration de la paix », a martelé Ndayishimiye.

Un engagement d’autant plus significatif qu’il intervient dans un contexte régional complexe, où les processus de paix peinent à produire des résultats tangibles. Le président burundais a insisté sur la nécessité de renforcer les mécanismes de suivi existants, gage d’une stabilisation durable.

Commission mixte permanente : le rendez-vous de septembre à Bujumbura

Dans le sillage de cette visite, les deux chefs d’État ont convenu d’un calendrier concret pour matérialiser leurs ambitions communes. Le président Tshisekedi a ainsi annoncé la tenue, au mois de septembre 2026 à Bujumbura, de la session de la Commission mixte permanente de coopération entre les deux pays.

« Nous avons réaffirmé notre volonté commune de donner une nouvelle impulsion à la coopération entre la RDC et le Burundi », a déclaré le président congolais.

Cette commission, qui sera la première du genre depuis plusieurs années, doit permettre de décliner opérationnellement les accords conclus lors de cette visite historique et de poser les jalons d’une coopération renouvelée, au service des populations des deux rives du lac Tanganyika.

Épidémie d’Ebola : Tshisekedi annonce une descente en Ituri

Autre sujet brûlant abordé lors du point de presse conjoint : la riposte contre l’épidémie de maladie à virus Ebola qui sévit actuellement en RDC. Le ministre de la Santé, Roger Kamba, a d’ailleurs dressé un bilan encourageant des efforts déployés : « Plus de 500 lits ont été déployés en un mois, 5 laboratoires installés, et en termes de dépistage, on est arrivé à 2 000 cas dépistés par mois. La riposte atteint un nouveau niveau élevé. »

Un optimisme mesuré, mais qui a convaincu le chef de l’État congolais de se rendre personnellement sur le terrain. Félix Tshisekedi a ainsi annoncé sa descente prochaine dans la province de l’Ituri, dans le nord-est du pays, pour s’imprégner de l’évolution de l’épidémie et superviser les opérations.

« La protection de la santé de nos populations demeure un impératif collectif ainsi qu’un pilier essentiel de la stabilité, de la résilience et du développement durable de notre continent », a-t-il souligné.

Le porte-parole du gouvernement a également salué cette initiative présidentielle, qui témoigne de la mobilisation au plus haut niveau de l’État face à cette crise sanitaire. Une mobilisation qui, espèrent les autorités, contribuera à endiguer l’épidémie et à rassurer les populations locales.

Une coopération sanitaire régionale en perspective

Au-delà de l’engagement national, la visite du président burundais a également permis d’aborder les défis sanitaires sous un angle continental. Les deux chefs d’État ont réaffirmé que ces enjeux exigent une solidarité accrue entre les États, une coopération renforcée et une mobilisation permanente des mécanismes de prévention et d’alerte précoce.

Un message fort, à l’heure où les épidémies ne connaissent pas de frontières et où la mutualisation des moyens apparaît comme la seule réponse efficace pour faire face aux menaces sanitaires qui pèsent sur la région des Grands Lacs.

 Une visite qui ouvre une nouvelle ère

En 48 heures, Evariste Ndayishimiye et Félix Tshisekedi ont posé les bases d’une relation bilatérale revitalisée, tournée vers l’action et la résolution concrète des défis communs. Sécurité, coopération économique, lutte contre les épidémies : les chantiers sont vastes, mais la volonté politique affichée par les deux dirigeants laisse entrevoir des perspectives prometteuses.

Rendez-vous est pris pour septembre à Bujumbura, où la Commission mixte permanente devra transformer ces belles déclarations en réalisations tangibles. En attendant, le président Tshisekedi s’apprête à fouler le sol d’Ituri, une terre meurtrie mais résiliente, pour y porter un message d’espoir et de mobilisation.