Angola – Russie : un procès pour ingérence politique à la veille de la présidentielle

Luanda s’apprête à ouvrir un procès qui pourrait révéler les rouages d’une opération d’influence étrangère inédite. Deux ressortissants russes, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov, sont accusés d’avoir mené une campagne clandestine visant à déstabiliser l’Angola avant l’élection présidentielle de 2027. Propagande, financements occultes et liens présumés avec l’héritage du groupe Wagner : le dossier, qui comporte onze chefs d’accusation, promet de faire grand bruit.

Les autorités angolaises ont arrêté les deux hommes en août 2025. L’un travaillait comme consultant politique, l’autre comme traducteur. Aujourd’hui, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov font face à la justice angolaise pour avoir tenté d’infléchir le cours politique du pays avant le scrutin présidentiel prévu l’année prochaine.

L’accusation est lourde. Les Russes doivent répondre de terrorisme, d’espionnage et de trafic d’influence. Leurs avocats contestent ces chefs, dénonçant un dossier « dépourvu de faits concrets et objectifs ».

Les ombres de Wagner et d’Africa Politology

Cette affaire devient particulièrement sensible à cause de l’organisation à laquelle les accusés seraient liés. Selon l’accusation, Igor Ratchin et Lev Lakshtanov auraient agi pour le compte d’Africa Politology, un réseau né des cendres du groupe Wagner après la mort de son fondateur Evgueni Prigojine en 2023.

L’empire de Prigojine s’était étendu sur plusieurs pays africains à travers des opérations militaires privées et des entreprises d’influence. Jusqu’ici, l’Angola n’avait pas été une cible prioritaire. Le pays, riche en pétrole, entretient des relations historiques avec Moscou. Cependant, Luanda s’est récemment rapprochée des partenaires occidentaux.

Ce changement d’alliance expliquerait, selon les analystes, les inquiétudes russes. Le départ d’entreprises comme Alrosa (diamantaire) et VTB (banque), suite aux sanctions liées à la guerre en Ukraine, a fragilisé la présence économique russe en Angola. Le rapprochement du président João Lourenço avec Washington a, lui, achevé de convaincre Moscou de la nécessité d’agir.

Un réseau de désinformation à 24 000 dollars

L’acte d’accusation détaille le mode opératoire présumé. Tout aurait commencé en 2024, quand un premier groupe d’agents russes est arrivé à Luanda sous une couverture anodine : l’ouverture d’un centre culturel.

Entre 2024 et 2025, les prévenus auraient versé plus de 24 000 dollars à des journalistes et commentateurs angolais pour diffuser de la propagande. Leur objectif : provoquer un changement politique, selon l’accusation.

Deux Angolais sont également poursuivis : Amor Carlos Tomé, journaliste sportif, et Francisco Oliveira, militant politique. Ils auraient servi d’intermédiaires et relayé la propagande, tout en collectant des renseignements politiques.

Fausses pages Facebook et désinformation

Le parquet a identifié plusieurs opérations d’influence. Parmi elles, une page Facebook imitait le site d’information Angola 24 Horas. Sur cette fausse plateforme, des publications alarmistes avertissaient que l’Angola risquait d’être entraîné dans la guerre en Ukraine.

Autre cible : le corridor de Lobito, projet ferroviaire stratégique soutenu par les États-Unis pour acheminer les minerais congolais et zambiens vers l’océan Atlantique. Des articles diffusaient des critiques virulentes. L’un d’eux allait jusqu’à demander si l’Angola n’avait pas « signé un pacte avec le diable » en rejoignant ce projet.

Un procès sous haute tension

L’ouverture du procès, prévue dans les prochains jours, survient dans un contexte politique tendu. À un an de l’élection présidentielle, le gouvernement angolais veut montrer sa fermeté face à toute ingérence étrangère.

Les avocats des Russes plaideront l’absence de preuves. Selon eux, leurs clients n’ont fait que de la simple consultation politique, sans franchir la ligne rouge de l’illégalité.

Pour le gouvernement de Luanda, cette affaire rappelle qu’il ne tolérera aucune ingérence. La présence de deux accusés angolais montre que la justice cible à la fois les agents étrangers et leurs relais locaux.

Une nouvelle forme de guerre d’influence

Au-delà du procès, cette affaire illustre une nouvelle réalité des relations internationales en Afrique. L’influence russe, jusqu’ici exercée par des mercenaires et des contrats militaires, se manifeste désormais par des opérations discrètes. Désinformation, financements clandestins et manipulation des médias deviennent des armes stratégiques.

Le procès de Luanda sera suivi par les capitales africaines, Moscou et Washington. Pour l’Angola, l’enjeu est double : protéger sa souveraineté politique et confirmer son ancrage occidental, sans rompre définitivement avec son partenaire historique russe.

Une chose est sûre : dans les prétoires de Luanda, les prochaines semaines pourraient révéler des pans entiers de cette guerre d’influence jusque-là restés dans l’ombre. Elles pourraient aussi éclairer d’un jour nouveau les relations entre la Russie et ses partenaires africains.

CAN 2025 : Patrice Motsepe brise le silence et défend la CAF face à la colère du Sénégal

La tempête fait rage au sommet du football africain. Deux jours après la décision choc de la commission d’appel de la CAF de retirer son titre de champion d’Afrique au Sénégal pour l’attribuer au Maroc, le président de l’instance, Patrice Motsepe, a finalement pris la parole. Dans une vidéo de plus de six minutes, le dirigeant sud-africain tente d’éteindre l’incendie, alors que Dakar crie au complot et réclame une enquête internationale.

Depuis mardi, la Confédération africaine de football est sous pression. La décision de sa commission d’appel, qui a privé les Lions de la Teranga de leur sacre au profit du pays-hôte marocain, a déclenché une onde de choc sur le continent. Accusations de corruption, soupçons de favoritisme, menaces de recours : la CAF fait face à l’une des crises les plus graves de son histoire.

Patrice Motsepe a choisi la vidéo pour répondre, point par point, aux griefs formulés par Dakar.

Un héritage empoisonné

Le président de la CAF n’élude pas la gravité des événements survenus lors de cette finale chaotique. Il reconnaît que l’image de l’institution a été écornée.

« L’élément le plus important concernant ce qui s’est produit lors de ce match est que cela compromet le travail considérable accompli par la CAF pendant de nombreuses années pour garantir l’intégrité, le respect, l’éthique, la bonne gouvernance ainsi que la crédibilité des résultats de nos matches de football », a-t-il déclaré.

Mais Motsepe va plus loin. Il parle d’un « héritage du passé », évoquant les « soupçons et le manque de confiance » qui persistent. Une manière de dire que les maux dont souffre le football africain ne datent pas de son mandat, mais qu’il doit désormais les affronter.

L’indépendance des juges, argument clé

Sur le fond, le patron du football africain défend la légitimité du processus. Il voit même dans la contradiction entre les deux décisions rendues une preuve d’indépendance.

« Leur indépendance se reflète dans les décisions prises par les deux instances. La commission de discipline de la CAF, une seule instance, a pris une seule décision. La commission d’appel de la CAF a adopté une position totalement différente », s’est-il félicité.

Un argumentaire rodé : si les deux commissions avaient rendu le même verdict, on aurait pu parler de copinage. Le fait qu’elles divergent prouverait, selon Motsepe, que chacune a travaillé en toute autonomie.

Il insiste sur la composition de ces organes, réunissant « certains des juristes et magistrats les plus respectés du continent ». Et rappelle que la commission d’appel, présidée par un juge, est « complètement indépendante » de la Confédération.

Le Sénégal peut aller au TAS

Le message le plus important, peut-être, est celui adressé directement aux Sénégalais. Alors que Dakar a annoncé sa volonté de saisir le Tribunal arbitral du sport (TAS), Motsepe ouvre la porte.

« Chacune des 54 nations africaines a le droit d’exercer les recours nécessaires pour défendre ses intérêts. Nous nous conformerons et respecterons la décision qui sera prise au plus haut niveau », a-t-il assuré.

Une déclaration qui vise à apaiser les tensions, tout en rappelant un principe fondamental : « Aucun pays africain ne sera traité d’une manière plus privilégiée, plus avantageuse ou plus favorable qu’un autre pays du continent africain. »

L’ombre de la corruption

Reste que les autorités sénégalaises ne se contenteront pas d’une simple promesse de neutralité. Mercredi, elles ont réclamé une enquête internationale face à des « soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes de la CAF ».

Pour l’instant, Patrice Motsepe n’a pas répondu directement à ces accusations. Il se retranche derrière les procédures et l’indépendance des juges. Mais le malaise persiste.

Comment expliquer que deux instances distinctes, examinant les mêmes faits, puissent arriver à des conclusions aussi radicalement opposées ? La commission de discipline avait sanctionné les deux fédérations par des amendes, sans toucher au résultat sportif. La commission d’appel a, elle, carrément inversé le score et attribué le trophée au Maroc.

Un feuilleton loin d’être terminé

Pour l’heure, le Sénégal a perdu son titre sur tapis vert. Mais le combat judiciaire ne fait que commencer. La saisine du TAS pourrait durer des mois, et personne ne peut prédire l’issue de la bataille.

Une certitude : cette crise révèle les fractures profondes du football africain. Entre suspicions de favoritisme, héritage d’une gouvernance opaque et exigence de transparence, la CAF devra naviguer en eaux troubles.

Patrice Motsepe, lui, joue son va-tout. En défendant l’intégrité de ses institutions, en appelant au respect des procédures, il tente de préserver ce qui reste de la crédilité de son mandat. Mais le mal est profond, et la colère du Sénégal ne s’éteindra pas avec une simple vidéo de six minutes.

Le véritable arbitre de cette affaire s’appelle désormais le TAS. À Lausanne, les juges du sport planchent déjà sur ce qui pourrait devenir l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire du football africain.

Washington resserre l’étau : nouveaux visas interdits pour les hauts gradés Rwandais

Washington – Kinshasa – Kigali, 6 mars 2026 – La pression monte d’un cran. Ce vendredi 6 mars, le département d’État américain a dégainé une nouvelle arme dans l’escalade diplomatique contre le Rwanda. Cette fois, ce ne sont pas les avoirs qui sont gelés, mais les visas. Plusieurs hauts responsables rwandais, dont les noms n’ont pas encore été dévoilés, sont désormais persona non grata sur le sol américain.

Le communiqué est clair, presque martial. Washington accuse ces responsables de « continuer à soutenir la rébellion du M23 » et de « violer les accords de Washington ». Des actions qui, selon les États-Unis, « alimentent la violence et sapent la stabilité de toute la région des Grands Lacs ».

Une loi imparable

Ces restrictions de visas s’appuient sur un levier juridique imparable : la section de la loi américaine sur l’immigration et la nationalité qui permet au secrétaire d’État de déclarer inadmissible toute personne dont l’entrée pourrait avoir des « conséquences potentiellement graves pour la politique étrangère des États-Unis ». Une formulation suffisamment large pour englober à peu près n’importe quel responsable gênant. Cerise sur le gâteau : certains membres de leur famille peuvent également être visés.

Un ultimatum en deux points

Dans la foulée, les États-Unis ont rappelé les termes des accords de Washington à leurs deux signataires. À la RDC, il est demandé la « neutralisation immédiate du groupe armé FDLR et de ses affiliés ». Au Rwanda, le « retrait de ses troupes et de son matériel militaire du territoire congolais ». Deux exigences symétriques, mais dont le non-respect, côté rwandais, est désormais sanctionné.

Le département d’État prévient : « Les individus soupçonnés d’être responsables, complices ou directement ou indirectement engagés dans des actions visant à compromettre une paix durable dans la région des Grands Lacs feront face à des conséquences. » Une menace à peine voilée d’élargir encore la liste des personnes frappées.

Une escalade en deux temps

Cette annonce n’est pas un coup d’essai. Elle intervient quatre jours après une première salve de sanctions, le 2 mars, lorsque le département du Trésor avait inscrit la Rwanda Defence Force (RDF) elle-même, ainsi que quatre hauts gradés rwandais, sur la liste noire des personnes et entités sanctionnées.

Stanislas Gashugi, Ruki Karusisi, Mubarakh Muganga (alias « MK MUBARKH ») et Vincent Nyakarundi avaient vu leurs avoirs gelés et toute transaction avec des citoyens ou entreprises américaines interdite. Une mise à l’index financière qui complique sérieusement la vie de l’état-major rwandais.

Une porte de sortie temporaire

Le Trésor avait toutefois laissé une porte entrouverte, avec une licence générale autorisant jusqu’au 1er avril 2026 certaines opérations nécessaires à la cessation progressive des transactions impliquant la RDF. Un délai de grâce qui expire dans moins d’un mois.

Quelle issue ?

En cumulant sanctions financières et restrictions de visas, les États-Unis envoient un message sans ambiguïté à Paul Kagame : la communauté internationale, ou du moins son membre le plus puissant, ne tolérera pas éternellement le double jeu rwandais.

Reste à savoir si cette pression produira l’effet escompté. Kigali a jusqu’ici fait preuve d’une solide capacité de résistance aux critiques. Mais l’étau qui se resserre, combiné à l’isolement diplomatique croissant, pourrait finir par peser.

Dans l’Est de la RDC, les armes continuent de parler. À Washington, on espère que le langage des sanctions sera plus fort.

Kush, Captagon, métamphétamines : l’Afrique de l’Ouest, nouveau laboratoire à ciel ouvert des drogues synthétiques

Dakar – Abuja – Freetown, 4 mars 2026 – Elles sont blanches, roses, parfois brunes. Elles se sniffent, s’avalent ou se fument. Leur point commun ? Elles tuent à petit feu. Ce 3 mars, l’Initiative mondiale contre le crime organisé (GI-TOC) a publié une cartographie terrifiante du marché des drogues synthétiques en Afrique de l’Ouest. Le constat est sans appel : en cinq ans, la région est devenue un vaste laboratoire de production et de consommation de substances aussi diverses que dévastatrices.

Pendant des années, le tramadol régnait en maître. Cet opioïde bon marché, avalé par les chauffeurs routiers pour tenir les longues distances ou par les jeunes pour oublier le chômage, était le fléau numéro un. Mais le rapport de la GI-TOC montre que l’époque du tramadol seul est révolue. Aujourd’hui, c’est une avalanche chimique qui s’abat sur l’Afrique de l’Ouest.

Au Nigeria, les « Yahoo Boys », ces jeunes cybercriminels spécialisés dans les arnaques en ligne, ont trouvé leur carburant : la métamphétamine. Autrefois cantonnée au sud-est du pays, elle a désormais conquis le nord et s’infiltre dans toutes les grandes villes. Elle est là, partout, prête à griller les neurones de ceux qui la consomment pour rester éveillés devant leurs écrans.

En Sierra Leone, le kush fait des ravages. Une drogue de synthèse, cheap, ultra-addictive, qui plonge des milliers de jeunes dans une torpeur mortifère. Dans les ruelles de Freetown, les « kush addicts » sont devenus un spectacle quotidien, silhouettes fantomatiques errant à la recherche de leur dose.

Au Sénégal et en Gambie, l’ecstasy domine, emportant dans ses tourbillons une jeunesse en quête d’oubli. Partout, le marché explose.

Des laboratoires clandestins à portée de clic

Ce qui rend cette nouvelle vague de drogues si terrifiante, c’est sa facilité de production. Fini le temps où il fallait importer la drogue toute prête. Désormais, les « précurseurs » – ces produits chimiques nécessaires à la synthèse – arrivent d’Asie ou d’Europe, commandés sur Internet, livrés par des services de courrier classique, en petites quantités pour ne pas éveiller les soupçons. Une fois réceptionnés, ils sont assemblés sur place, dans des laboratoires clandestins qui poussent comme des champignons après la pluie.

Cette décentralisation de la production a permis l’entrée d’une myriade de petits trafiquants, rendant le marché « diffus et complexe », selon les termes du rapport. Pour les forces de l’ordre, c’est un cauchemar : comment détecter, identifier et saisir des substances dont la composition chimique varie sans cesse ?

Le Captagon, nouvelle menace à l’horizon

Mais le plus inquiétant est peut-être à venir. Depuis 2021, un nouveau venu a fait son apparition : le Captagon. Ce psychostimulant, de la famille des amphétamines, était jusqu’ici produit principalement en Syrie et destiné aux marchés arabes. Mais les producteurs syriens, confrontés à une saturation de leurs débouchés traditionnels, diversifient leurs routes. Et l’Afrique de l’Ouest est dans leur viseur.

Lucia Bird, Directrice de l’Observatoire des économies illicites en Afrique de l’Ouest et co-autrice du rapport, met en garde : « Notre enquête a mis en évidence des saisies répétées de Captagon, en Afrique de l’Ouest et au Moyen-Orient, mais à destination du continent. Cela montre bien qu’une nouvelle drogue synthétique s’apprête sans doute, encore une fois, à envahir le marché. »

Pour l’instant, la consommation de Captagon reste limitée, notamment en Sierra Leone. Mais les experts redoutent que les groupes armés sahéliens, toujours à la recherche de nouvelles sources de financement, ne s’emparent de ce trafic. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, ajouterait une couche supplémentaire à l’instabilité chronique de la région.

L’Afrique de l’Ouest est à la croisée des chemins. D’un côté, des produits chimiques qui arrivent par flux tendus. De l’autre, des armées de jeunes désœuvrés, prêts à tout pour oublier leur quotidien. Entre les deux, des trafiquants sans foi ni loi. Le cocktail est explosif. Et il n’a pas fini de faire des victimes.

Puerto Vallarta en enfer : 23 détenus s’évadent après la mort du parrain « El Mencho »

Mexique, 25 février 2026 – Le soleil de plomb de Puerto Vallarta a cédé la place à une chape de plomb. Dimanche 22 février, une nouvelle a frappé le pays comme un ouragan : Nemesio Oseguera Cervantes, le redoutable « El Mencho », a été abattu. L’homme, chef du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), laisse derrière lui un chaos immédiat.

L’élimination du parrain n’était pas une simple opération de police. Au contraire, elle a servi d’étincelle, embrasant un pays entier. Alors que les forces spéciales célébraient sa mort, ses sbires, assoiffés de vengeance, ont déclenché l’enfer.

Évasion massive et terreur à Puerto Vallarta

Le premier acte de cette vendetta s’est déroulé aux portes de la prison locale. Des commandos lourdement armés ont attaqué l’établissement dans un assaut digne d’un film d’action. Leur objectif : libérer les détenus.

Ils ont réussi. Vingt-trois prisonniers, dont l’identité reste partiellement secrète, ont disparu dans la nuit. Cette évasion massive constitue un pied de nez monumental aux autorités et une démonstration de force glaçante.

« Nous collaborons avec d’autres États pour les appréhender », a déclaré Juan Pablo Hernández, secrétaire à la Sécurité de l’État de Jalisco. Cependant, les fugitifs courent toujours, avec le spectre de nouveaux crimes qui plane sur la région.

Pendant ce temps, Puerto Vallarta est devenue un véritable champ de bataille. Des barrages routiers enflammés bloquent les artères principales. Des commerces sont vandalisés et pillés. L’armée mexicaine a ordonné aux habitants et aux touristes : « Confinez-vous. Ne sortez pas. » Les terrasses ensoleillées se sont vidées, remplacées par le ronronnement sinistre des hélicoptères.

La terreur s’est intensifiée. Plusieurs compagnies aériennes ont suspendu leurs vols. Les géants des croisières ont annulé leurs escales, laissant les quais désertés. Ce paradis mexicain est devenu un no man’s land.

Mais la rage du CJNG ne s’est pas arrêtée à Jalisco. Elle a traversé les frontières jusqu’au Michoacán, terre natale d’ »El Mencho ». Lundi, les hommes du cartel y ont incendié des voitures et saccagé des bâtiments publics. Leur message est clair : le monstre n’est pas mort avec son chef.

Qui était « El Mencho » ?

Nemesio Oseguera Cervantes n’était pas un simple trafiquant. Sous son règne, le CJNG est devenu une pieuvre transnationale, étendant ses tentacules de Jalisco à de nombreux États, régnant par la terreur et le sang. Il était le visage du narcotrafic moderne et le roi du fentanyl, responsable de milliers de décès aux États-Unis.

L’administration Trump l’avait désigné cible prioritaire, offrant 15 millions de dollars pour sa capture. Sa mort est survenue dimanche à Tapalpa, après un traque suivie d’un échange de tirs. Pourtant, le goût de cette victoire reste amer : plus de 70 morts, dont 25 membres de la Garde nationale.

Le Mexique a peut-être gagné une bataille en abattant le chef, mais la guerre, elle, ne fait que commencer. Les 23 évadés de Puerto Vallarta pourraient déjà préparer le prochain cauchemar.

« Le Rwanda, bénéficiaire de l’insécurité » : le coup de gueule de Kinshasa

KINSHASA/PARIS – Le ton est monté d’un cran dans la guerre médiatique et diplomatique qui entoure la crise dans l’Est de la RDC. Dans un entretien accordé à TV5 Monde, le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a livré une charge virulente contre le Rwanda, l’accusant sans détour d’être « le principal bénéficiaire de cette insécurité organisée ».

Son diagnostic est sans appel : la paix est impossible tant que les intérêts stratégiques et économiques de Kigali, qu’il désigne comme l’acteur central de l’instabilité, restent servis par la guerre. « Toute initiative sérieuse visant le retour durable de la paix dans l’Est de la RDC entre en contradiction frontale avec les intérêts du Rwanda », a-t-il martelé.

L’exploitation des ressources, cœur du conflit

Pour le porte-parole, le mobile du conflit est avant tout économique. Il a réaffirmé que l’exploitation illégale des ressources naturelles congolaises demeure le carburant de la crise, permettant au Rwanda, qu’il qualifie de « pays périphérique », de se financer et d’exister sur la scène internationale.

Un dialogue national conditionné au retrait rwandais

Sur la question sensible d’un dialogue national incluant toutes les communautés, dont les Banyamulenge, Patrick Muyaya a posé des conditions préalables inflexibles. Aucun dialogue interne n’est possible, selon lui, « dans un contexte d’occupation et d’agression ».

Il a conditionné toute discussion à un cessez-le-feu vérifiable, au retrait total et inconditionnel des forces rwandaises du sol congolais, et au respect strict des accords de Washington et de Doha. « Ce n’est pas un dialogue entre Congolais qui mettra fin à l’agression rwandaise », a-t-il tranché, identifiant clairement l’origine externe du mal.

Appel à l’unité et rappel de la souveraineté congolaise

Le ministre a profité de cette tribune internationale pour lancer un appel solennel à l’unité nationale. Il a rappelé que les Banyamulenge sont des Congolais à part entière, appelés à vivre en RDC et non à servir de « prétexte à une ingérence étrangère ».

Il a également mis en avant le poids stratégique de la RDC, géant de la Francophonie et détenteur des minerais critiques pour la transition énergétique mondiale, contrastant avec ce qu’il présente comme la posture déstabilisatrice d’un voisin.

Un récit destiné à l’opinion internationale

Cet entretien musclé sur une chaîne internationale s’inscrit dans une stratégie de communication offensive de Kinshasa. Il vise à « déconstruire le récit mensonger du Rwanda » sur la scène mondiale, à forcer les partenaires internationaux à prendre parti, et à raffermir le front interne à la veille du sommet de l’Union africaine.

Le message est clair : pour Kinshasa, la clé de la paix ne se trouve pas dans de nouvelles négociations entre Congolais, mais dans une pression internationale suffisante pour contraindre Kigali à cesser son « agression ». La balle est désormais dans le camp des capitales occidentales et africaines, sommées de choisir entre deux récits irréconciliables.

SADC : une réunion cruciale pour relancer le tourisme régional

JOHANNESBOURG – Face à la nécessité d’une action coordonnée et d’un regain de compétitivité, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) convoque une réunion extraordinaire de ses ministres du tourisme ce mardi 10 février 2026. Présidée par l’Afrique du Sud, cette rencontre virtuelle de haut niveau vise à donner un nouvel élan à deux dossiers stratégiques majeurs : la mise en œuvre effective du visa unique touristique (UNIVISA) et la réforme en profondeur de l’Organisation régionale du tourisme (RETOSA).

L’objectif est clair : « renforcer l’intégration régionale et améliorer la compétitivité du secteur touristique » face à une concurrence mondiale de plus en plus vive. La réunion, préparée par une session de hauts fonctionnaires le matin même, s’inscrit dans le cadre du Protocole SADC sur le développement du tourisme et doit soutenir la feuille de route Tourisme 2020-2030.

L’UNIVISA, un projet à concrétiser d’urgence

Au cœur des discussions, le SADC UNIVISA. Ce visa régional, permettant aux touristes de circuler librement entre plusieurs pays membres, représente un levier puissant pour attirer les voyageurs internationaux en simplifiant radicalement les démarches administratives. Pourtant, son déploiement complet et harmonisé traîne en longueur. Les ministres devront examiner les avancées réelles et débloquer les obstacles persistants pour transformer cette ambition en réalité opérationnelle.

La refonte de RETOSA, une nécessité pour une promotion efficace

Le second point brûlant à l’agenda est l’avenir de RETOSA. Cet organe, chargé de la promotion touristique de la région, fait face à des défis de gouvernance, de financement et d’efficacité. La réunion extraordinaire doit statuer sur le processus de liquidation ou de restructuration profonde de l’institution. L’enjeu est de taille : doter la SADC d’un outil de marketing régional moderne, agile et capable de vendre la destination « Afrique australe » sur la scène mondiale.

Une course contre la montre pour la compétitivité

Cette réunion ministérielle d’urgence n’est pas anodine. Elle témoigne d’une prise de conscience aiguë : dans un secteur touristique mondialisé, la fragmentation et la lourdeur administrative sont des handicaps majeurs. Les pays de la SADC, riches d’atouts naturels et culturels exceptionnels – des chutes Victoria aux déserts de Namibie en passant par les côtes du Mozambique –, doivent impérativement unir leurs forces pour rivaliser avec d’autres grandes destinations.

Les orientations politiques qui sortiront de cette journée du 10 février seront donc décisives. Elles détermineront si la région peut passer de la coopération théorique à l’intégration pratique, et ainsi saisir pleinement le potentiel de son secteur touristique, véritable pilier de croissance et de création d’emplois pour des millions de citoyens.

« Allez en enfer » : le défi rageur de Kagame à l’Amérique

KIGALI – Les mots ont résonné comme un coup de canon dans le silence feutré du dialogue national. « Allez en enfer. » La phrase, crue et violente, visait les sénateurs américains. Ces élus menacent désormais son régime de sanctions. Le président rwandais Paul Kagame a choisi l’insulte comme arme de dissuasion. C’est un acte de rupture historique.

« Au lieu d’être étouffé par ces menaces, je serai étouffé en étant provocateur », a-t-il tonné. Ce message politique était délibéré. Il visait à marquer les esprits. Par ce geste, Kigali signifie qu’il ne pliera pas. Jamais un dirigeant en exercice n’avait usé d’un tel vocabulaire envers Washington.

Un ras-le-bol face aux accusations

Cette explosion de rage résume l’impasse de Paul Kagame. Des rapports de l’ONU accusent son armée de soutenir la rébellion du M23 en RDC. Face à cela, le monde se ligue contre sa version des faits. Pourtant, son récit reste immuable. Du haut de la tribune, il a ressassé la menace unique à ses yeux : les rebelles hutus des FDLR. Ces héritiers des génocidaires de 1994 sont toujours présents au Congo. « Le problème concerne principalement les FDLR et l’idéologie génocidaire », a-t-il répété. Il a rejeté les accusations de pillage des minerais. Face aux diplomates qui évoquent le grand âge de ces combattants, son sarcasme est glacial : « s’ils ont 90 ans, cela signifie qu’ils sont là ». Leur idéologie, elle, se transmet. Dans cette logique, toute action du Rwanda ne peut être que de la « légitime défense ».

Le durcissement de Washington

Mais à Washington, personne n’est plus dupe. L’ère des avertissements discrets est révolue. Le Congrès américain exige désormais des actes. Des sénateurs influents poussent à imposer des sanctions. Ces sanctions pourraient viser le cercle proche du pouvoir, voire Kagame lui-même. La provocation de Kigali n’a fait qu’attiser cette détermination. En insultant les gardiens de l’aide internationale, Kagame joue un jeu périlleux. Il mise sur la fermeté pour intimider. C’est un pari risqué, alors que les preuves de l’implication rwandaise s’accumulent.

Le contre-récit de Kinshasa

Pendant ce temps, Kinshasa démonte pièce par pièce le narratif de Kigali. Lors d’une commémoration, le ministre Julien Paluku a livré une interprétation cinglante. Selon lui, l’acronyme « FDLR » ne désigne pas une milice, mais un butin. Il signifierait les « récoltes » et les « minérales » que convoite le Rwanda. « De 70 millions de dollars de revenus miniers en 2007, le Rwanda est passé à 2 milliards en 2025 », a-t-il asséné. Il dépeint ainsi une stratégie délibérée de prédation économique et de déstabilisation.

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En lançant son « Allez en enfer », Paul Kagame a peut-être cru incarner la résistance d’un petit pays. Mais il a aussi scellé son isolement. On ne provoque pas impunément l’ordre international et ses sanctions. L’histoire retient rarement la provocation verbale comme une stratégie gagnante. En revanche, elle enregistre le destin des dirigeants qui, par entêtement, précipitent leur pays dans la crise. La colère de Kagame est un coup de poker. Les prochains mois diront si c’était celui d’un stratège ou le réflexe désespéré d’un homme acculé.

Kagame et les FDLR : Le Rwanda face à ses démons sécuritaires

KIGALI – L’atmosphère était lourde dans l’enceinte du dialogue national « Umushyikirano ». Ce jeudi, le président rwandais Paul Kagame s’est adressé à son peuple. En réalité, son discours visait également un monde de plus en plus suspicieux. De fait, il a tracé une ligne claire et ferme. Selon lui, l’origine des tensions dans l’Est de la RDC porte un nom unique : les FDLR.

« Le problème que le Rwanda a avec la RDC concerne principalement les FDLR », a déclaré le chef de l’État. Il a en outre pointé « l’idéologie génocidaire »En effet, ces combattants hutus sont les héritiers des forces du génocide de 1994. Aujourd’hui, Kigali les présente comme une menace existentielle. Kagame a par conséquent rejeté les accusations de convoitise minière ou territoriale, les qualifiant simplement de « prétentions ».

Son récit reste celui de la légitime défense. Une nouvelle fois, il renvoie inlassablement à 1994. « La guerre en RDC n’a pas été déclenchée par le Rwanda », a-t-il martelé. Pour étayer son propos, il a évoqué des « mesures défensives » déconnectées de tout intérêt économique. « Si nous étions vraiment en RDC pour les minerais, le Rwanda serait cent fois plus riche », a-t-il ainsi lancé, sur un ton de défi.

Cependant, Kagame ne s’est pas contenté de se défendre, passant résolument à la contre-attaque. Il a notamment accusé Kinshasa d’avoir « hébergé et armé » les FDLR, affirmant même que certains combattants ont rejoint l’armée congolaise. Dans sa logique, l’idéologie génocidaire ne vieillit pas puisqu’elle se transmet. C’est pourquoi, selon lui, la menace reste bien réelle.

Le déni face aux preuves accablantes

Pourtant, ce discours se heurte à des preuves internationales solides. Par exemple, les rapports d’experts de l’ONU et les renseignements américains dépeignent une autre réalité. Selon ces sources, le Rwanda soutient activement le groupe rebelle M23. Ce soutien comprendrait des instructions, des troupes, de l’entraînement et des armes, ce qui attiserait le conflit au Nord-Kivu.

Face à cette situation, le Conseil de sécurité a exigé le retrait des troupes rwandaises. De son côté, Washington, pourtant allié historique, a durci le ton en accusant le Rwanda de « conduire la région vers la guerre ». En réponse, des sanctions ciblées ont frappé certains responsables. Néanmoins, Kagame semble défier cette pression frontalement, déclarant qu’il ne se laisserait pas « étouffer ».

Finalement, deux récits irréconciliables s’affrontent. Le premier, celui de Kigali, campe sur une posture de victime sécuritaire hantée par le spectre génocidaire. Le second, porté par la communauté internationale, dénonce un jeu géopolitique complexe où la sécurité sert parfois de paravent à d’autres intérêts.

Certes, la parole de Kagame résonne comme un plaidoyer destiné aux Rwandais. Mais au-delà des collines de Kigali, elle peine à dissiper la défiance, d’autant que les preuves continuent de s’accumuler sur les bureaux de l’ONU à New York. En définitive, l’histoire de cette région est loin d’être terminée.

CAN 2025 : le Sénégal et le Maroc lourdement sanctionnés par la CAF

Le Caire – L’épilogue est tombé, et il est sévère. La Confédération Africaine de Football (CAF) a rendu publiques, ce jeudi, les sanctions disciplinaires après la finale houleuse de la Coupe d’Afrique des Nations 2025. Le Sénégal, champion, et le Maroc, pays hôte, écopent de lourdes amendes et suspensions pour les violents incidents qui avaient entaché le sacre des Lions de la Teranga.

Dans un communiqué, la CAF évoque des « violations avérées du Code disciplinaire », sanctionnant les deux fédérations ainsi que plusieurs joueurs et membres du staff.

Le Sénégal, champion mais très lourdement pénalisé

Le sélectionneur sénégalais Pape Bouna Thiaw est frappé de la sanction la plus lourde : cinq matchs de suspension et une amende de 100 000 dollars pour « comportement antisportif et atteinte à l’image du football ». Deux de ses joueurs, Iliman Ndiaye et Ismaïla Sarr, sont suspendus pour deux matchs chacun.

Sur le plan financier, la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) doit payer la somme colossale de 615 000 dollars d’amendes cumulées, en raison du comportement de ses supporters, joueurs et staff.

Le Maroc aussi sanctionné

Côté marocain, la star Achraf Hakimi est suspendue pour deux matchs (dont un avec sursis). Son coéquipier Ismaël Saibari écope de trois matchs de suspension et d’une amende de 100 000 dollars. La Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) est aussi pénalisée financièrement pour plusieurs faits, dont l’envahissement de la zone VAR et l’utilisation de lasers par des supporters.

La CAF a par ailleurs rejeté la réclamation déposée par le Maroc contre le Sénégal, mettant ainsi un point final au contentieux disciplinaire de cette CAN 2025.

Ces sanctions historiques par leur ampleur envoient un message fort de la CAF : les débordements, qu’ils viennent du terrain ou des tribunes, ne seront plus tolérés dans ses compétitions phares. Un verdict qui assombrit quelque peu le titre sénégalais et ternit l’image du tournoi organisé par le Maroc.

Le Rwanda lance un arbitrage contre le Royaume-Uni après l’annulation de l’accord sur les migrants

Kigali / Londres – L’accord migratoire qui avait défrayé la chronique est désormais au cœur d’une bataille juridique internationale. Le gouvernement rwandais a annoncé mardi avoir engagé une procédure d’arbitrage contre le Royaume-Uni devant la Cour permanente d’arbitrage, après l’annulation unilatérale par Londres du controversé Partenariat pour la migration et le développement économique (MEDP).

Ce traité, entré en vigueur en avril 2024 sous l’impulsion du précédent gouvernement britannique, prévoyait le transfert de demandeurs d’asile du Royaume-Uni vers le Rwanda, en échange d’un soutien financier. Mais l’arrivée au pouvoir du nouveau Premier ministre britannique a sonné le glas du projet. Dès juillet 2024, il a déclaré l’accord « mort et enterré », une annonce faite sans consultation préalable selon Kigali, qui dénonce une violation de « l’esprit de partenariat ».

Un contentieux sur trois fronts

Le Rwanda soumet trois griefs majeurs à l’arbitre :

  1. La violation des accords financiers : Londres aurait demandé au Rwanda de renoncer à deux paiements de 50 millions de livres sterling chacun, dus en 2025 et 2026. Les discussions pour de nouvelles modalités ayant échoué, Kigali estime que ces montants restent dus.

  2. Le refus d’effectuer d’autres paiements prévus par le traité.

  3. Le non-respect de l’engagement de réinstaller au Royaume-Uni une partie des réfugiés les plus vulnérables déjà accueillis par le Rwanda.

Le Royaume-Uni a formellement notifié la résiliation du traité, qui prendra effet le 16 mars 2026. Mais pour Kigali, cela n’efface pas les obligations contractées jusque-là.

Le Rwanda se pose en partenaire lésé et responsable

Dans son communiqué, le gouvernement rwandais se présente comme la partie lésée d’un partenariat qu’il avait accepté dans le cadre de sa tradition d’accueil de réfugiés. Il « regrette » d’en être réduit à l’arbitrage, mais affirme n’avoir eu « d’autre choix » face à « l’intransigeance » britannique.

Malgré cette rupture, Kigali réaffirme son engagement à « rechercher des solutions à la crise migratoire mondiale », offrant « sécurité, dignité et perspectives » aux personnes sur son territoire.

Cet arbitrage marque l’épilogue judiciaire d’un accord qui a profondément divisé la classe politique britannique et suscité de vives critiques des organisations de défense des droits humains. Il place désormais un tribunal international en position d’arbitrer non seulement un différend contractuel, mais aussi les conséquences d’une des politiques migratoires les plus controversées de l’Europe.

Kagame : « Le Rwanda n’est pas le problème, il veut la paix »

Kigali, Rwanda — Devant les nouveaux membres de son gouvernement prêtant serment ce jeudi, le président rwandais Paul Kagame a livré une défense vigoureuse et inhabituellement personnelle face aux accusations internationales. Il a rejeté en bloc la narration selon laquelle le Rwanda serait responsable de la reprise des combats dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) après la signature des accords de paix du 4 décembre.

Rejet des accusations et contre-offensive diplomatique

« Lorsque j’entends des discussions laissant entendre que le problème actuel serait né après la signature des accords […] et que tous les problèmes seraient imputés au Rwanda, je ne comprends pas cela », a-t-il déclaré, la voix empreinte d’une frustration palpable. Pour Kagame, cette lecture des événements est un « mensonge ». « Comme si, quand nous avions signé, tout était au beau fixe et qu’à notre retour il y avait eu ces combats. Ce n’est pas vrai. »

Le président a retourné l’accusation, pointant du doigt la présence massive, selon lui, de troupes burundaises en RDC. Il a affirmé que « des milliers de militaires burundais » avaient traversé la frontière et se trouvaient à Minembwe, Kalemie, Kindu, Walikale et jusqu’à Kisangani. « Ils ont plus de 20 000 militaires. Nous nous demandons pourquoi tous ces militaires burundais sont partis en RDC. […] Ils sont en train de tuer des gens à Minembwe en bombardant la population avec des armes et des drones. »

La paix comme argument et la légitimité de la défense

Cette offensive rhétorique sert de justification indirecte à la prise d’Uvira par le M23, un groupe soutenu par Kigali selon les experts internationaux. Kagame a laissé entendre que cette action était une réponse à un vide sécuritaire et à une crise humanitaire ignorée. « Les gens ont crié au secours, mais personne n’est venu les aider », a-t-il répété, évoquant notamment la situation des Banyamulenge.

Le cœur de son plaidoyer a tourné autour de la notion de paix et de la légitimité de la défense. « Je ne sais pas s’il y a des personnes qui désirent la paix autant que nous au Rwanda […] Nous connaissons ce que signifie ne pas avoir la paix. Nous avons vécu de nombreux moments sans paix et nous avons perdu des gens. »

Il s’en est aussi pris à un argument qu’il dit entendre souvent de la part de partenaires internationaux : celui que le Rwanda, parce qu’il est « fort », devrait « rester les bras croisés ». « Notre force est modeste, si ce n’est notre capacité à nous défendre. […] Dire qu’être « fort » signifie ne pas se défendre, je ne comprends pas. C’est illogique. »

Enfin, Paul Kagame a réfuté l’idée que son pays doive endosser les fardeaux régionaux. « Je ne comprends pas […] avons-nous été créés pour porter nos problèmes et ceux des autres ? Je ne suis pas d’accord. »

Ce discours constitue la réponse la plus directe et la plus élaborée de Kagame depuis la chute d’Uvira. Il déplace habilement le débat de la violation d’un accord vers un récit complexe d’insécurité régionale, de légitime défense et de défaillances congolaises et internationales, tout en présentant le Rwanda comme une nation martyr aspirant uniquement à la paix qu’on lui refuse.

Kagame dévoile sa vérité : « C’est la RDC qui a initié Washington, pas le Rwanda »

Dans une interview exclusive accordée à Al Jazeera, le président rwandais Paul Kagame a livré sa version des événements qui ont conduit aux accords de paix signés le 4 décembre à Washington. Loin des déclarations diplomatiques habituelles, Kagame a dévoilé une vision tranchée des négociations, affirmant que c’est la RDC qui a initié les processus de Doha et Washington, et non son pays.

« La RDC a tout initié, pas nous »

Le chef de l’État rwandais a balayé une critique récurrente : « Les autres dirigeants et pays africains nous reprochaient, à nous le Rwanda, d’avoir quitté les processus et initiatives africains pour aller à Qatar ou venir ici à Washington. Or c’est lui-même, Tshisekedi, le président de la RDC, qui avait pris l’initiative de tout cela ».

Selon Kagame, Tshisekedi aurait cru pouvoir « manipuler, soit le processus au Qatar, soit le processus ici à Washington, en sa faveur », profitant selon lui de l’image de la RDC comme « trop grande, trop importante » et convoitée par le monde entier.

Une préférence pour la diplomatie « transactionnelle » de Trump

Kagame a exprimé son adhésion à la méthode diplomatique du président américain Donald Trump, qu’il décrit comme fondée sur des « accords transactionnels » visant des résultats immédiats et concrets. Cette approche, selon lui, offre « davantage de chances de réussite » que les discours occidentaux traditionnels sur la démocratie et les droits humains.

« Je n’ai jamais vu un niveau de concentration, d’attention, d’énergie et de pression comparable à celui exercé par Washington dans ce dossier », a-t-il affirmé, saluant l’implication américaine comme un signe encourageant pour la stabilité régionale.

Le Rwanda riche en minerais : « Nous avons du tungstène de qualité supérieure »

L’une des déclarations les plus marquantes concerne les ressources minières. Kagame a fermement rejeté les accusations selon lesquelles le Rwanda tirerait profit des minerais de la RDC : « Nous avons du tungstène, de l’étain, du tantale, et d’une qualité supérieure à celle d’autres régions ».

Le président rwandais a dénoncé un préjugé persistant : « On a longtemps cru, à tort, que toutes les richesses de la RDC ne se trouvaient qu’en RDC, nulle part ailleurs. Alors, quand nous avons parlé des minéraux du Rwanda — et ils existent bel et bien —, nous avons immédiatement entendu : « Non, ça ne vient pas de chez vous, ça vient de la RDC » ».

Scepticisme envers Tshisekedi et engagement maintenu

Malgré son optimisme affiché sur les accords de Washington, Kagame a émis des réserves quant à la fiabilité du président congolais. Il a rappelé l’histoire de la RDC qui « signe des accords puis dit le contraire », tout en affirmant que le Rwanda a toujours répondu présent aux invitations à négocier.

« Nous n’avons pas abandonné les processus africains. Nous nous sommes présentés, avons exposé les faits et nous nous sommes concentrés sur les véritables causes profondes », a-t-il insisté, défendant la participation rwandaise à la fois au processus de Doha et à celui de Washington.

Un tournant pour la région des Grands Lacs ?

Cette interview intervient à un moment crucial, alors que les premiers signes de mise en œuvre des accords de Washington commencent à apparaître. Kagame y exprime l’espoir d’« un tournant de paix durable pour la région », tout en maintenant une position ferme sur les responsabilités et les enjeux économiques.

Les révélations de Kagame — notamment sur l’initiative congolaise des pourparlers et sur les ressources minières rwandaises — apportent un éclairage nouveau sur la dynamique des négociations. Elles risquent de raviver les tensions diplomatiques même après la signature des accords, alors que la confiance entre les deux capitales reste fragile et que la mise en œuvre sur le terrain constitue le véritable défi à venir.

Kagame dénonce l’« incohérence » diplomatique sur la RDC

KIGALI – Le président rwandais Paul Kagame a livré une analyse sans concession de la crise dans l’Est de la République Démocratique du Congo lors d’une conférence de presse tenue ce jeudi 27 novembre. Fustigeant l’« incohérence » des acteurs internationaux, il a néanmoins salué la perspective d’une rencontre à Washington comme un « progrès », tout en réaffirmant fermement la position de Kigali.

« Vous dites une chose dans la salle, puis, une fois dehors, devant les médias, vous dites complètement autre chose ou vous revenez sur vos engagements », a déploré le chef de l’État rwandais, pointant du doigt le double langage qu’il perçoit dans la gestion diplomatique du conflit.

Washington et Doha : un espoir de progrès concret

Malgré ce constat sévère, M. Kagame a exprimé un optimisme mesuré concernant les processus de paix en cours. « Le simple fait qu’il y ait une possibilité de se rencontrer à Washington est déjà un progrès », a-t-il estimé, tout en rappelant que les initiatives passées n’avaient produit « rien de tangible ».

Le président a évoqué les deux processus parallèles de Washington et de Doha, laissant entendre que ces discussions pourraient enfin déboucher sur des engagements concrets, à condition que les parties prenantes fassent preuve d’une réelle volonté politique.

Une défense ferme de la position rwandaise

Sur la forme comme sur le fond, le ton est resté ferme. Répondant aux menaces de sanctions, M. Kagame a lancé : « Si vous sanctionnez le Rwanda, en quoi cela résout-il vos problèmes ? En quoi cela remédie-t-il à la mauvaise gestion des affaires de votre pays ? »

Il est également revenu sur plusieurs points de friction :

  • Sur les FDLR : « Certains membres des FDLR exploitent des mines dans l’est de la RDC. Où vont leurs minéraux ? »

  • Sur l’aéroport de Goma : « Vous voulez maintenant ouvrir un aéroport dans un espace aérien fermé ? »

  • Sur les causes profondes : « On a toujours évité d’aborder les causes profondes du problème car, au final, cela expose les gens. »

Un appel à la responsabilité africaine

Dans une réflexion plus large, le président Kagame s’est interrogé sur le paradoxe africain : « En réalité, l’Afrique possède tout. Ces lacunes me surprennent et je me demande pourquoi. Pourquoi sommes-nous toujours en deçà de nos capacités, y compris en matière de sécurité de nos populations ? »

Cette intervention, diffusée sur les médias de la RBA, montre un leader déterminé à porter son diagnostic sur la crise régionale, tout en maintenant la porte ouverte à une solution diplomatique, sous réserve que les engagements soient cette fois respectés.

Guinée-Bissau : le Général Horta N’Tam Investi président de la transition

BISSAU – Le putsch de la veille a désormais son chef. Ce jeudi 27 novembre, le général Horta N’Tam, jusqu’alors chef d’état-major de l’armée de terre, a été investi président de la transition. Il prend aussi la tête du Haut commandement militaire pour diriger la Guinée-Bissau pendant les douze prochains mois. Une cérémonie sobre, organisée au siège de l’état-major des armées, a officialisé cette transition placée sous contrôle militaire.

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Devant les cadres de l’armée réunis dans une salle de conférence, le général N’Tam a prêté serment. « Je viens d’être investi pour assurer la direction du Haut commandement », a-t-il déclaré. La cérémonie s’est déroulée sous un important dispositif sécuritaire et sans hymne national, signe d’une légitimité encore fragile.

Une prise de pouvoir justifiée par la « menace » des narcotrafiquants

Dans une allocution d’une dizaine de minutes, le nouveau strongman a expliqué la prise du pouvoir par l’armée. Il a évoqué un « effort commun » et affirmé que les militaires avaient agi face à une « menace de déstabilisation du pays menée par des narcotrafiquants ». Ce discours vise à légitimer l’opération de la veille, présentée comme une nécessité pour sauver l’État.

Peu après l’investiture, les militaires au pouvoir ont annoncé la réouverture des frontières. Ce geste se veut apaisant. La capitale Bissau reste toutefois silencieuse et fortement contrôlée par les forces de l’ordre. La tension pourrait augmenter car le principal parti d’opposition, le PAIGC, a appelé à un rassemblement.

Un pouvoir qui muselle les médias et s’attire les foudres de la CEDEAO

Le nouveau régime a déjà imposé des restrictions sévères à la liberté de la presse. Il interdit aux médias de diffuser « des commentaires politiques et des reportages sur la situation ». Cette décision vise surtout les radios, très influentes dans le pays.

La réaction internationale a été immédiate. La CEDEAO a qualifié la prise de pouvoir de « coup d’État ». Elle y voit « une grave violation de l’ordre constitutionnel » et « une menace directe pour la stabilité du pays et de la région ». Le général N’Tam…

Guinée-Bissau : l’armée prend le pouvoir et gèle le processus électoral

BISSAU – La Guinée-Bissau a basculé. Ce mercredi 26 novembre 2025, un groupe d’officiers se présentant sous le nom de « Haut commandement militaire pour la restauration de l’ordre » a annoncé prendre le « contrôle total du pays », suspendre le processus électoral en cours et fermer les frontières. Cette prise de pouvoir par la force intervient à la veille de la publication des résultats de l’élection présidentielle de dimanche dernier, plongeant le pays dans une nouvelle crise institutionnelle.

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La déclaration, lue par le général Denis N’Canha, chef de la maison militaire de la présidence, depuis le siège de l’état-major des armées, acte un coup d’État. Les militaires ont décrété la suspension des programmes dans les médias et appelé la population au calme, alors que le président Umaro Sissoco Embalo et ses deux principaux rivaux, Domingos Simoes Pereira et Fernando Dias da Costa, seraient aux arrêts.

Un putsch après une élection contestée

La prise de pouvoir militaire met un terme brutal à l’attente des résultats des scrutins présidentiel et législatif du 23 novembre. Dès mardi, le président sortant et son concurrent Fernando Dias da Costa avaient tous deux revendiqué la victoire, créant un climat de tension prévisible dans un pays où la crise post-électorale de 2019 avait duré plusieurs mois.

Plus tôt dans la journée, des tirs nourris avaient retenti près du palais présidentiel et de la Commission électorale. Selon Jeune Afrique, le président Embalo avait alors contacté le média pour annoncer son arrestation et celle de son ministre de l’Intérieur et des plus hauts gradés de l’armée, dénonçant un coup d’État.

Un pays coutumier des crises politiques

La Guinée-Bissau, indépendante depuis 1974, a connu quatre coups d’État réussis et de nombreuses tentatives, faisant de l’instabilité politique une triste constante. La dernière tentative de putsch remonte à 2023 et visait déjà le président Embalo.

Alors que les rues de Bissau sont désormais calmes et que la Garde présidentielle occupe les artères stratégiques, l’avenir politique immédiat du pays repose entre les mains d’un haut commandement militaire qui promet de rétablir l’ordre, sans préciser pour l’instant la durée de cette transition ni les prochaines étapes.

Bissau sous tension : le Président Embalo annonce son arrestation

BISSAU – La Guinée-Bissau replonge dans l’incertitude. Ce mercredi 26 novembre 2025, des tirs nourris ont retenti près du palais présidentiel de Bissau, annonçant un nouveau coup de force dans un pays coutumier des putschs. Selon le média Jeune Afrique, le président Umaro Sissoco Embalo lui-même a confirmé son arrestation, ainsi que celle de ses plus proches collaborateurs militaires et civils.

Dans un récit direct au média panafricain, le chef de l’État sortant a indiqué avoir été appréhendé vers midi dans son bureau. Il affirme que le ministre de l’Intérieur, Botché Candé, le chef d’état-major général des armées, le général Biague Na Ntan, et son adjoint, le général Mamadou Touré, ont subi le même sort. Le président Embalo dénonce un « coup d’État » orchestré, selon lui, par le chef d’état-major de l’armée de terre.

Une capitale sous tension

Plus tôt dans la journée, des hommes en tenue militaire avaient pris position sur l’axe principal menant au palais présidentiel. Des coups de feu ont également visé les ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères, selon des témoins sur place. Si les tirs se sont arrêtés en milieu d’après-midi, la situation reste extrêmement confuse. Des éléments de la Garde présidentielle occupent désormais les artères stratégiques, et le président Embalo serait toujours introuvable.

Un putsch dans l’attente des résultats électoraux

Ce coup de force survient dans un contexte politique hautement inflammable. Trois jours après l’élection présidentielle de dimanche dernier, le président sortant et son principal rival, Fernando Dias da Costa, ont tous deux revendiqué la victoire. Les résultats officiels provisoires n’étaient attendus que le jeudi 27 novembre.

Selon un porte-parole du président, cité par Reuters, des hommes armés non identifiés auraient attaqué la commission électorale pour empêcher l’annonce des résultats. Ce scénario rappelle la crise post-électorale de 2019, qui avait durablement paralysé le pays.

Avec neuf coups d’État ou tentatives depuis son indépendance, la Guinée-Bissau semble une fois de plus succomber à ses vieux démons, alors même que le pays tentait de tourner la page des crises institutionnelles à répétition.

Mali : l’ombre de la prison tombe sur Moussa Mara

BAMAKO – Il est entré impassible, il ressort condamné. Moussa Mara, ancien Premier ministre du Mali, a été frappé ce lundi 27 octobre par la justice de son pays. Deux ans de prison, dont un an ferme, pour avoir osé sur les réseaux sociaux une déclaration de solidarité envers les « détenus d’opinion ».

Le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité de Bamako a rendu son verdict après des semaines de suspens. Les juges n’ont que partiellement suivi les réquisitions du parquet, mais la sanction reste lourde pour celui qui dirigea le gouvernement malien de 2014 à 2015.

Tout est parti d’une publication datée du 4 juillet. « Solidarité indéfectible avec les détenus d’opinion », avait écrit l’ancien chef de gouvernement, ajoutant : « Aussi longtemps que dure la nuit, le soleil finira évidemment par apparaître ! » Des mots poétiques, mais perçus comme subversifs par les autorités en place.

Arrêté le 1er août et placé en détention préventive, Moussa Mara a vu son procès s’ouvrir fin septembre dans une atmosphère tendue. Son avocat, Me Mountaga Tall, avait alors plaidé la modération, invoquant « la sagesse de la cour ». En vain.

À l’annonce du verdict, le principal concerné est resté de marbre. « Serein », selon son défenseur, qui a immédiatement annoncé le dépôt d’un appel. Le combat judiciaire continue donc, mais l’heure est désormais à la prison pour l’ancien Premier ministre.

Cette condamnation intervient dans un contexte politique malien particulièrement sensible, où la liberté d’expression semble se contracter comme peau de chagrin. Le message de Moussa Mara, perçu comme une métaphore de l’espoir démocratique, lui vaut aujourd’hui de partager le sort de ceux qu’il défendait.

Le soleil se lèvera-t-il un jour sur une justice apaisée ? Pour l’ancien Premier ministre, la nuit institutionnelle vient de tomber, plus épaisse que jamais.

De l’Élysée à la Santé : la chute historique de Nicolas Sarkozy

Ce n’était pas un départ comme les autres. Ce mardi matin, devant sa demeure de l’ouest parisien, l’air était lourd d’une histoire en train de s’écrire. Une centaine de fidèles, drapeaux tricolores agités comme des oriflammes de défi, scandaient son prénom en une litanie désespérée : « Nicolas ! Nicolas ! ». Accompagné de son épouse, Carla Bruni, dont le visage fermé trahissait l’émotion, l’ancien président de la République a salué une dernière fois ces partisans venus lui offrir un rempart de sympathie avant la chute.

Puis, la voiture a franchi les grilles. Direction : la prison de la Santé. Le voyage vers l’inédit, vers l’impensable.

9h40 : l’entrée de Nicolas Sarkozy dans l’histoire judiciaire

À 9h40, le véhicule s’est engouffré dans l’enceinte de la prison parisienne. Derrière les hauts murs, la nouvelle de son arrivée a électrisé l’atmosphère carcérale. Des détenus, aux aguets derrière leurs barreaux, ont lancé des cris qui résonnaient comme un accueil surréaliste : « Oh bienvenue Sarkozy ! », « Y a Sarkozy ! ». Une scène presque shakespearienne, où le puissant d’hier affronte les échos du monde qu’il a contribué à régir.

Quelques instants plus tôt, dans un ultime message sur les réseaux sociaux, l’homme d’État déchu s’était présenté en victime. « C’est un innocent que l’on enferme », avait-il martelé, promettant que « la vérité triomphera ». Mais, dans un souffle poignant, il concédait : « le prix à payer aura été écrasant ». Il évoquait alors sa « peine profonde pour la France », qu’il estime « humiliée par la vengeance » et la « haine portée à un niveau inégalé ».

L’instant est lourd de symbole : l’incarcération de Nicolas Sarkozy marque une première dans l’histoire de la Ve République. Condamné à cinq ans de prison, dont deux avec sursis, le 25 septembre 2025, pour « association de malfaiteurs » dans l’affaire des financements libyens de 2007, il rejoint les murs qu’aucun chef d’État n’avait franchis avant lui. Bien qu’il ait fait appel, la justice a ordonné son incarcération immédiate, invoquant « l’exceptionnelle gravité des faits ». La chute, cette fois, est définitive.

La contre-offensive et les secousses politiques

À peine la porte de sa cellule refermée, la machine judiciaire s’est remise en marche. Son avocat, Me Christophe Ingrain, a annoncé le dépôt d’une demande de mise en liberté. Devant les micros, il a dénoncé « une honte », jugeant ce placement sous écrou comme une injustice insupportable.

Cette requête, accompagnée d’une éventuelle proposition de bracelet électronique ou de contrôle judiciaire strict, sera examinée dans les semaines à venir. La bataille judiciaire ne fait donc que commencer.

Pendant ce temps, l’exécutif avance sur une ligne de crête. La visite annoncée du Garde des Sceaux à l’ancien président a suscité une vive polémique. Le ministre a évoqué un « devoir de vigilance », mais le procureur général Rémy Heitz a rappelé la nécessité d’une justice « rendue en toute sérénité ». Un avertissement à peine voilé dans une affaire où chaque geste, chaque mot, pèse lourd.

Ce matin du 21 octobre, ce n’est pas seulement un homme qui a perdu sa liberté, mais une République qui s’est confrontée à sa propre histoire. Entre les cris de soutien et les échos des cellules, Nicolas Sarkozy, devenu symbole d’une justice implacable, a basculé dans la légende noire du pouvoir.

Michael Randrianirina, du cachot au palais : l’étonnant destin du « colonel de la refondation »

ANTANANARIVO – Il y a un an, il cuisinait et jouait au football en résidence surveillée, accusé de complot contre l’État. Ce vendredi 17 octobre 2025, le colonel Michael Randrianirina, 51 ans, devient le « président de la refondation » de Madagascar. Originaire de l’aride région d’Androy, son parcours épouse les soubresauts de l’histoire récente de la Grande Île.

Né en 1974 à Sevohipoty, Randrianirina s’engage d’abord comme gouverneur de l’Androy entre 2016 et 2018. Cette expérience lui permet de connaître intimement les difficultés d’une des régions les plus pauvres du pays.

En novembre 2023, son destin bascule. Le général Richard Ravalomanana, alors allié du président Rajoelina et président du Sénat, ordonne son arrestation pour complot avant les élections controversées. Randrianirina reste en résidence surveillée dans un hôpital militaire avec son complice présumé, Thierry Rampanarivo. Début 2024, la justice le condamne à un an de prison avec sursis pour atteinte à la sûreté de l’État.

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Libéré en février 2024, le colonel décrit une vie d’officier « dans l’ombre » : il travaille à la maison, cuisine et joue au football. Cette période ne freine pas son ambition. Selon l’analyste Velomahanina Razakamaharavo, son « attitude courageuse » et son image d’homme de foi issu de l’Église luthérienne renforcent sa légitimité.

Le ralliement populaire et la refondation

Le tournant survient en octobre 2025. Quand le collectif Gen Z descend dans les rues d’Antananarivo, Randrianirina refuse de réprimer les manifestants. Le 12 octobre, il demande même à ses troupes : « Ne tirez pas sur nos amis, nos frères, nos sœurs ».

En trois jours, le président Rajoelina s’exile. L’Assemblée nationale le destitue et l’armée prend le contrôle du pays. Investi devant la Haute Cour Constitutionnelle et décoré de la Grand Croix de première classe de l’Ordre national, Randrianirina promet d’organiser des élections dans « 18 à 24 mois maximum ».

Cependant, la communauté internationale reste prudente. L’ONU condamne un changement inconstitutionnel de pouvoir, tandis que l’Union africaine suspend Madagascar de ses instances. La France appelle à entendre les « aspirations profondes du peuple malgache ».

Homme de foi et de terrain, Randrianirina incarne désormais les espoirs d’une jeunesse lasse des coupures d’eau et d’électricité et du pillage des ressources. De sa cellule d’hôpital militaire au palais de la refondation, il a connu une ascension fulgurante et improbable. Le pays observe maintenant s’il saura transformer l’essai et écrire un nouveau chapitre pour Madagascar.

Madagascar : Michael Randrianirina investi « président de la refondation »

ANTANANARIVO – Vendredi 17 octobre 2025, l’histoire de Madagascar a bifurqué. Dans l’enceinte sobre de la Haute Cour Constitutionnelle (HCC), le colonel Michael Randrianirina est devenu le « président de la refondation ». Trois jours après la destitution d’Andry Rajoelina par l’Assemblée nationale et la prise de contrôle par l’armée, un nouveau chapitre s’ouvre sur la Grande Île, né d’un mouvement de protestation inédit et d’un putsch militaire.

Vêtu d’un costume civil mais arrivé juché sur un véhicule blindé, entouré de militaires armés et masqués, le nouvel homme fort a prêté serment. Le contraste était saisissant. Cette première prestation de serment à la HCC, organisée par « souci de sobriété », visait à ancrer dans le marbre de la loi une légitimité née dans la rue.

Un pouvoir né de la rue

Dans son discours inaugural, le colonel Randrianirina a dressé un réquisitoire sévère contre l’ancien régime. Dénonçant un « régime autoritaire » ayant plongé le pays « dans l’obscurité pendant des années », il a promis une « rupture avec le passé ». Son allocution a sonné comme un écho aux griefs de la jeunesse malgache, descendue dans les rues depuis le 25 septembre pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité et réclamer un changement radical.

« Malheureusement, 65 ans après son indépendance, Madagascar figure encore parmi les pays les plus pauvres du monde », a-t-il lancé, dénonçant les « injustices, pillages des ressources et détournements de biens publics ». Le nouveau président a salué cette « jeunesse audacieuse » victime de ces abus, majoritairement issue de la Génération Z, qui a forcé le destin du pays.

Entre légitimité constitutionnelle et soutien militaire

La cérémonie, bien que sobre, n’en était pas moins significative. La présence de diplomates – français, suisse, allemand, ainsi que des représentants britanniques, chinois et de l’Union européenne – et d’anciennes figures politiques comme l’ex-président Marc Ravalomanana, envoyait un signal : la communauté internationale observe.

Pourtant, derrière les apparences constitutionnelles, la réalité du pouvoir reste teintée de militarisme. L’arrivée du colonel en blindé, escorté de soldats, rappelait le soutien crucial de l’armée – celui-là même qui, sous son impulsion, avait refusé de « tirer sur nos amis, nos frères, nos sœurs » manifestants.

Les défis de la refondation

Le nouveau pouvoir promet de « réparer les torts » subis par les victimes de la répression et de garantir les libertés fondamentales. Mais des doutes persistent. Un petit rassemblement s’est formé devant la HCC pour rappeler au régime naissant de « continuer à écouter la voix du peuple ».

Madagascar entre ainsi dans une période de transition incertaine, portée par les espoirs d’une génération et la poigne d’un colonel. La « refondation » est annoncée ; son accomplissement reste à écrire.

Transition Madagascar : les promesses du colonel Randrianirina

ANTANANARIVO – Le colonel Mikaël Randrianirina se prépare à prêter serment ce vendredi devant la Haute Cour constitutionnelle. À la veille de cette étape décisive, il s’efforce de justifier son ascension au sommet de l’État. Selon lui, le changement de régime « s’inscrit dans un cadre légal et constitutionnel », loin de toute idée de coup d’État.

« Aucune violence n’a été commise, aucun palais n’a été attaqué », répète-t-il, comme pour dissiper les doutes. Cette communication maîtrisée contraste avec la vitesse des événements qui l’ont propulsé sur le devant de la scène politique malgache.

Le futur président de la transition annonce déjà la composition de son gouvernement. Il promet une équipe « à majorité civile », tout en assurant une représentation équilibrée entre civils et militaires. Une manière de répondre aux accusations de prise de contrôle de l’armée. « Nous voulons restaurer la confiance entre les institutions et le peuple. C’est une refondation, pas une confiscation du pouvoir », insiste-t-il.

Une transition sous surveillance internationale

Aucune élection n’est prévue pour l’instant. Le colonel justifie ce report par la nécessité de réformer la CENI et de nettoyer les listes électorales. Cette période de transition lui permettra de consolider son autorité, tout en préparant de nouvelles règles du jeu politique.

Sur la scène internationale, il tente de calmer les inquiétudes. La suspension de Madagascar par l’Union africaine ? « Une réaction normale », tranche-t-il, tout en évoquant des discussions en cours avec la SADC. Une mission de cette organisation est attendue autour du 20 octobre pour évaluer la situation sur le terrain.

Ancien élève de l’Académie militaire d’Antsirabe, originaire d’Androy, Randrianirina s’est longtemps présenté comme un simple officier exécutant. Mais depuis la chute du président Andry Rajoelina, il s’impose comme l’homme fort du pays. Sa déclaration du 15 octobre – « La crise a assez duré » – a marqué le tournant. Le lendemain, la Haute Cour a confirmé la vacance du pouvoir, légitimant ainsi son contrôle.

Ce vendredi, en prêtant serment, le colonel Randrianirina deviendra officiellement le chef de la transition. Reste à savoir si ses promesses de refondation tiendront face aux réalités du pouvoi

Madagascar : le coup de force de Rajoelina

ANTANANARIVO – La scène a quelque chose de surréaliste. Un président qui gouverne son pays depuis l’étranger, une Assemblée nationale dissoute par décret, une armée qui se divise entre loyalistes et putschistes. Ce lundi 14 octobre, Madagascar a basculé dans une crise politique d’une ampleur historique, tandis qu’Andry Rajoelina, exfiltré vers La Réunion par les soins de l’armée française, tentait depuis l’étranger de reprendre la main sur un pouvoir qui lui échappe.

Dans la nuit, le président a signé un décret de dissolution de l’Assemblée nationale, invoquant l’article 60 de la Constitution. Une décision radicale, prise à des milliers de kilomètres de la capitale, alors que la Grande Île connaît sa plus grave secousse politique depuis la chute de Marc Ravalomanana.

L’étrange exfiltration

Le récit officiel – une « mission à l’étranger pour assurer sa sécurité » – cache une réalité plus trouble. Selon RFI, l’exfiltration de Rajoelina aurait été orchestrée par la France dans le cadre d’un accord direct avec Emmanuel Macron. Le président malgache aurait transité par La Réunion avant de gagner une destination inconnue.

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Pendant ce temps, à Antananarivo, la situation échappait à tout contrôle. Un groupe de militaires a tenté de prendre le contrôle des médias publics, dans ce que la présidence a qualifié d’« acte grave portant atteinte à l’ordre constitutionnel ». Le chef d’état-major des armées, le général Démosthène Pikulas, a dû intervenir personnellement pour « rétablir la situation ».

Le peuple et l’armée en mouvement

La veille, sur la place du 13 Mai, des milliers de Malgaches s’étaient rassemblés pour réclamer le départ de Rajoelina. Une mobilisation historique, portée par la Génération Z Madagascar et rejointe par d’anciens présidents et des figures de l’opposition. Plus significatif encore : des membres des forces armées avaient fait cause commune avec les manifestants.

Le colonel Mikaël Randrianirina, l’un des officiers impliqués dans la tentative de prise des médias, a nié toute intention putschiste. « L’armée a simplement répondu à l’appel du peuple malgache », a-t-il déclaré à la presse, se présentant comme un simple « officier exécutant ».

Un pouvoir en exil

Depuis son refuge extérieur, Rajoelina a tenté de reprendre l’initiative. Dans une allocution retardée de plus de deux heures, il a catégoriquement rejeté toute idée de démission, tout en reconnaissant avoir quitté le territoire national. « Je n’abandonnerai jamais Madagascar », a-t-il assuré, dénonçant un « complot préparé depuis plusieurs semaines pour attenter à sa vie ».

Sa décision de dissoudre l’Assemblée s’accompagne d’un message adressé à la jeunesse : « Place aux jeunes ». Un slogan qui sonne comme une tentative de récupération, alors que ce sont précisément les jeunes de la Génération Z qui réclament son départ dans la rue.

L’ombre de la France

L’implication française dans cette crise complique encore la donne. L’exfiltration de Rajoelina par Paris place l’ancienne puissance coloniale au cœur d’un conflit politique dont elle se défend pourtant de vouloir être actrice. La France devra maintenant naviguer entre son soutien historique à Rajoelina et la réalité d’un pays où la légitimité du pouvoir en place est ouvertement contestée.

Alors que Madagascar s’enfonce dans l’incertitude, une question demeure : comment un président peut-il gouverner un pays qu’il a fui, face à un peuple descendu dans la rue et une armée qui semble hésiter entre obéissance et rébellion ? La crise malgache vient peut-être de trouver sa réponse : le pouvoir n’est plus à Antananarivo, mais quelque part entre Paris, La Réunion et l’inconnu.

Madagascar : Le président Andry Rajoelina exfiltré vers l’étranger

Le 12 octobre 2025, Madagascar a connu un tournant spectaculaire. Selon RFI, le président Andry Rajoelina a été exfiltré par un avion militaire français, dans le cadre d’un accord avec Emmanuel Macron. Sa destination finale reste incertaine : certaines sources évoquent l’Île Maurice, d’autres Dubaï, après un passage à La Réunion.

La séquence de ce départ illustre l’ampleur de la crise. Un hélicoptère l’a d’abord transporté sur l’Île Sainte-Marie, sur la côte est. Ensuite, il a embarqué sur l’avion militaire français. RFI confirme qu’il n’est plus sur le territoire malgache. Sa famille l’accompagne dans ce périple, renforçant le caractère officiel de l’opération.

France prudente et crise sociale persistante

Paris insiste sur la prudence. Les autorités françaises rappellent que les forces militaires n’interviendront pas directement à Madagascar. Selon elles, l’exfiltration visait uniquement à faciliter une transition pacifique, sans aucune opération offensive. Les troupes stationnées à La Réunion ne franchiront pas la frontière de l’île.

La crise sociale reste vive depuis le 25 septembre 2025. Les manifestations contre les coupures d’eau et d’électricité se sont rapidement transformées en contestation politique. Les appels à la démission du chef de l’État se multiplient, accentuant la pression sur Andry Rajoelina.

Face à cette situation, la Présidence malgache annonce que le président prononcera un discours à la nation le 13 octobre à 19h (16h TU). L’objectif est de calmer les esprits et de rassurer la population.

La Grande Île reste plongée dans une incertitude politique majeure. Le départ d’Andry Rajoelina marque une étape clé dans une crise dont les prochaines heures pourraient être décisives pour l’avenir du pays.

Le Nobel en clandestinité : Maria Corina Machado, voix d’un Venezuela bâillonné

OSLO/CARACAS – Ce vendredi 10 octobre, la nouvelle est tombée dans un silence de cathédrale avant de se répandre comme une traînée de poudre. Le prix Nobel de la Paix 2025 ne récompense pas un traité ni un cessez-le-feu, mais une femme. Une femme traquée, contrainte à la clandestinité, dont la voix porte pourtant plus loin que les verrous du pouvoir.
Son nom : Maria Corina Machado. Le Comité Nobel norvégien a sacré la cheffe de l’opposition vénézuélienne, offrant à sa lutte un écho planétaire.

Dans son annonce, le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, a salué ses efforts « en faveur d’une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie ». Il a décrit une « figure clé » capable d’unir une opposition morcelée autour d’une exigence simple : des élections libres.
« Maria Corina Machado est l’un des exemples les plus extraordinaires de courage civique en Amérique latine », a-t-il déclaré. Son discours a résonné dans un monde qui regarde le Venezuela sombrer.

La « libératrice » et l’émotion de Caracas

À Caracas, la nouvelle a d’abord suscité l’incrédulité. Dans une vidéo partagée par son équipe, on voit la leader de 58 ans apprendre la décision. « Je suis sous le choc ! », lance-t-elle à Edmundo González Urrutia, le candidat qu’elle soutenait à la présidentielle. Son visage est bouleversé. « C’est quoi ce truc ? Je n’arrive pas à y croire », souffle-t-elle, entre émotion et surprise.
Cette réaction sincère contraste avec l’image de « libertadora » – la libératrice – que lui ont forgée des millions de Vénézuéliens. Lors des primaires de 2023, elle avait recueilli plus de 90 % des voix.

Un prix, un symbole, un message

Ce Nobel dépasse la récompense individuelle. Il devient un symbole politique puissant. L’Union européenne, les États-Unis et une grande partie de la communauté internationale y voient la légitimation d’un combat. Pour eux, Nicolás Maduro a usurpé sa réélection, et Edmundo González Urrutia reste le véritable vainqueur. Depuis son exil en Espagne, ce dernier a salué un prix « mérité ».

Le comité Nobel a rappelé la part d’ombre derrière la gloire : une année de clandestinité, des menaces constantes, et le choix de rester au pays. « Un choix qui a inspiré des millions de personnes », a-t-il souligné.
Le porte-parole du Haut-Commissariat de l’ONU, Thameen Al-Kheetan, a salué « une reconnaissance qui reflète les aspirations claires du peuple vénézuélien ».

L’annonce du Nobel a provoqué un choc bien au-delà du Venezuela. Elle a éclipsé d’autres prétendants, dont Donald Trump, qui espérait ce titre. Ses déclarations sur son rôle de pacificateur mondial paraissent désormais dérisoires face au combat de Maria Corina Machado.

Dans les rues de Caracas, comme au sein de la diaspora, son nom est devenu un étendard de liberté. Son Nobel éclaire les fissures d’un régime autoritaire. C’est l’histoire d’une femme qui, en refusant le silence et l’exil, a offert à son peuple une victoire dont l’écho ne s’éteindra plus.

Gaza respire enfin : cessez-le-feu, aide humanitaire et retour des otages

Gaza – Après deux ans d’horreur et de privations, la bande de Gaza semble enfin respirer. L’annonce d’un cessez-le-feu historique entre Israël et le Hamas, rendue publique ce jeudi par le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, marque une pause cruciale dans un conflit meurtrier.

La première phase du plan de paix américain de Donald Trump prévoit la libération simultanée des otages détenus par le Hamas contre près de 2 000 prisonniers palestiniens, le retrait partiel des troupes israéliennes, et surtout l’entrée massive de 400 camions d’aide humanitaire par jour pour soulager une population éprouvée.

À Khan Younès et Deir el-Balah, les habitants ont exprimé leur soulagement par des chants et des prières. « Dieu merci ! Malgré tous les morts et les souffrances, nous sommes heureux aujourd’hui », confie Ayman al-Najjar, tandis qu’Oum Fadi Shounnar ajoute : « Nous espérons que cette fois, la guerre est terminée. »

La signature officielle, prévue à Sharm El-Sheikh avec la participation de Donald Trump, devrait mettre en route le retour des déplacés et l’accès à l’aide humanitaire. Les défis restent nombreux : l’armée israélienne contrôle encore 75 % du territoire, et le Hamas exige la mise en œuvre complète des engagements.

Malgré ces obstacles, cet accord représente un moment de répit et d’espoir, offrant une chance unique aux habitants de Gaza de reconstruire leurs vies et à la communauté internationale d’initier une paix durable.

Pogačar entre dans la légende à Kigali : un Mondial historique pour le cyclisme africain

KIGALI – Ils étaient venus du monde entier, mais c’est un Slovène qui a écrit l’histoire, et un pays africain qui l’a accueillie. Du 21 au 28 septembre, Kigali a vibré au rythme des Championnats du Monde Route UCI, organisés pour la première fois sur le continent. Huit jours de compétition intense, couronnés par un final d’anthologie : Tadej Pogačar a remporté le titre mondial pour la deuxième année consécutive, après une échappée solitaire de 77 kilomètres qui restera dans les annales.

Face aux pentes abruptes du Mont Kigali et du Mur de Kigali, le favori a livré une démonstration de force pure. Lâchant tous ses adversaires à moins de 80 km de l’arrivée, il a survolé la course, confirmant son statut de phénomène du cyclisme mondial. Derrière lui, le Belge Remco Evenepoel a décroché l’argent, tandis que l’Irlandais Ben Healy offrait à son pays sa première médaille sur course en ligne depuis 1989.

L’Afrique en lumière

Si Pogačar a volé la vedette, cette édition restera comme celle de la consécration du cyclisme africain. Organisée pour la première fois en terre africaine, elle a offert une vitrine exceptionnelle à des coureurs jusqu’ici souvent relégués au second plan.

Les Rwandais, portés par un public en délire, ont tenu leur rang. Mais la révélation est venue d’ailleurs : l’Éthiopienne Tsige Kiros, seulement septième de la course en ligne juniors femmes, a montré la voie. Sa performance, modeste en apparence, symbolise les progrès accomplis et l’émergence timide mais réelle de nouveaux talents.

Un tremplin pour l’avenir

Cette semaine de compétition intense aura donc rempli sa mission : créer un héritage. En accueillant cet événement planétaire, le Rwanda a prouvé que l’Afrique pouvait organiser, et bien organiser, un rendez-vous d’envergure mondiale.

Les pentes rwandaises, aussi exigeantes soient-elles, sont désormais gravées dans la mémoire collective des cyclistes. Et les jeunes Africains qui ont vu Pogačar franchir la ligne d’arrivée, seul, sous le soleil de Kigali, n’oublieront jamais cette image. Peut-être certains d’entre eux voudront-ils, un jour, lui emboîter le pas.

Le Mondial 2025 s’achève. Mais à Kigali, il ne fait que commencer.

Assemblée générale de l’ONU : Netanyahu hué et sifflé, des diplomates quittent la salle

La scène est rare, et son symbole, plus lourd encore que les mots prononcés. Vendredi, au siège des Nations Unies, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a vu une partie de l’Assemblée générale lui tourner le dos. Au moment où il entamait sa prise de parole, des diplomates de plusieurs délégations – notamment de pays arabes et d’Asie orientale – ont ostensiblement quitté la salle, accompagnant leur départ de huées et de sifflets.

Ce geste de protestation collective, inédit par son ampleur, visait la guerre menée par Israël à Gaza. Il intervient dans un contexte diplomatique déjà extrêmement tendu, où les condamnations des « violations graves du droit international humanitaire » par Israël se multiplient.

Israël de plus en plus isolé

La fracture s’est accentuée ces dernières semaines après l’annonce par plusieurs pays européens – dont la France, le Royaume-Uni et l’Espagne – de leur décision de reconnaître officiellement l’État de Palestine. Une vague de reconnaissances qui isole un peu plus le gouvernement Netanyahu sur la scène internationale.

Lors de leur dernière réunion, les pays arabes avaient réitéré leur appel à un cessez-le-feu immédiat et à la reconnaissance pleine et entière des droits du peuple palestinien. Le départ concerté de l’hémicycle onusien vendredi en était la traduction spectaculaire.

Netanyahu persiste et signe

Face à cette démonstration d’hostilité, le Premier ministre israélien a poursuivi son intervention, fustigeant ce qu’il a décrit comme des « campagnes d’incitation » menées contre Israël. Il a réaffirmé la détermination de son gouvernement à poursuivre ses opérations militaires, sans céder aux pressions internationales.

Mais le message était déjà passé. Dans les couloirs de l’ONU, cet épisode restera comme le symptôme d’une fracture croissante entre Israël et une partie significative de la communauté internationale. La question palestinienne, loin de s’effacer, s’impose plus que jamais comme un sujet central – et profondément clivant – des débats diplomatiques mondiaux.

Alors que les huées résonnaient encore dans la salle à demi-vide, une évidence s’imposait : la légitimité d’Israël, autrefois acquise dans les enceintes internationales, se fissure. Et Netanyahu, en dépit de sa rhétorique combative, n’a jamais paru aussi seul.

Côte d’Ivoire : Le Conseil constitutionnel valide cinq candidats, élimine les poids lourds et ouvre la voie à un quatrième mandat d’Ouattara

Ce lundi 8 septembre 2025, la présidente du Conseil constitutionnel, Mme Chantal Camara Nanaba, a rendu une décision qui bouleverse le paysage politique ivoirien. Sur soixante dossiers examinés, seuls cinq candidats ont été jugés éligibles à l’élection présidentielle du 25 octobre. Ce tri drastique élimine les principales figures de l’opposition et laisse le président sortant, Alassane Ouattara, en position de force pour briguer un quatrième mandat déjà très contesté.

Des exclusions qui secouent l’opposition

Le verdict du Conseil constitutionnel frappe au cœur de l’opposition et provoque un véritable séisme politique. Tidjane Thiam, président du PDCI et ex-CEO de Crédit Suisse, a été disqualifié pour un motif administratif : il ne figure pas sur les listes électorales. Cette condition d’éligibilité essentielle l’a empêché de concourir, malgré les recours de son parti.

Laurent Gbagbo, président de 2000 à 2011, a subi le même sort pour la même raison. Son camp, le PPA-CI, dénonçait pourtant l’irrégularité de sa condamnation dans l’affaire du « braquage de la BCEAO », estimant que seule la Haute Cour de justice pouvait juger un ancien chef d’État. Le Conseil constitutionnel a rejeté cet argument.

Pascal Affi N’Guessan, leader du FPI, a également vu sa candidature invalidée. Ses parrainages présentaient un déficit de plus de 20 000 signatures, un écart jugé rédhibitoire. Ainsi, trois poids lourds de la scène politique ivoirienne disparaissent de la course électorale à cause d’une application stricte du code électoral.

Une liste réduite et inattendue

Les cinq candidats retenus forment un panel contrasté :

  • Henriette Lagou (Groupement des Partenaires Politiques pour la Paix, GP-PAIX)

  • Jean-Louis Billon (Congrès Démocratique, CODE), cadre du PDCI

  • Ehivet Simone Gbagbo (Mouvement des Générations Capables, MGC), ex-Première dame

  • Ahoua Don-Mello Jacob (Indépendant)

  • Alassane Ouattara (RHDP, président sortant)

La candidature d’Alassane Ouattara, validée pour un quatrième mandat, reste la plus polémique. L’opposition la juge « anticonstitutionnelle ». Sa présence sur la liste officielle accentue les critiques et ouvre la voie à une réélection très clivante.

Un processus électoral sous haute tension

Le dépôt des candidatures, organisé du 1er juillet au 26 août 2025, avait déjà suscité de vives polémiques. Désormais, la publication de la liste définitive, limitée à cinq noms, risque d’attiser encore davantage les tensions. Dans un pays marqué par les traumatismes des crises électorales passées, le climat politique demeure fragile.

Le Conseil constitutionnel a également rejeté la demande du PDCI, qui réclamait une révision exceptionnelle des listes électorales pour régulariser la situation de Tidjane Thiam. L’institution a rappelé que ce dossier relevait de la Commission électorale indépendante (CEI).

Ainsi, la campagne officielle s’annonce déséquilibrée : un président sortant omnipotent affrontera une opposition affaiblie et fragmentée. La Côte d’Ivoire s’achemine donc vers une élection dont l’issue paraît écrite d’avance, mais dont l’impact sur la stabilité nationale reste incertain.

Kigali sous silence : l’inquiétante expansion du cimetière militaire de Kanombe

Sous le ciel clair de Kigali, le cimetière militaire de Kanombe s’étend, silencieux et grandissant. Une enquête géospatiale inédite de Human Rights Watch (HRW), appuyée par des images satellites haute résolution, révèle une expansion inquiétante du site. Cette croissance suit étrangement le rythme des offensives menées depuis janvier 2025 par le M23 et les Forces rwandaises de défense (RDF) dans l’est de la République démocratique du Congo.

Entre le 27 janvier 2022 et le 3 juillet 2025, 1 171 nouvelles tombes ont été recensées. La chronologie frappe par sa précision : de 2017 à mi-2021, la moyenne n’était que de 1,7 sépulture par semaine. Après la résurgence du M23 en 2022, elle grimpe à six. Puis, lors des batailles de Goma et Bukavu entre décembre 2024 et avril 2025, le rythme atteint 22 tombes hebdomadaires.

Les preuves satellites, implacables

Les images capturées à quatorze reprises montrent un défrichage rapide, de nouvelles routes et une progression méthodique des rangées de sépultures. La majorité se concentre au sud du cimetière, sur un terrain préparé dès novembre 2024, à la veille de l’escalade militaire.

En février 2025, deux nouvelles zones apparaissent près des casernes et de l’hôpital. Le 3 juillet, l’une d’elles comptait déjà 45 tombes. Cette évolution dessine une réalité que les chiffres officiels contredisent.

Le déni officiel face à la réalité

Kigali reconnaît seulement une dizaine de décès de soldats à l’étranger sur la même période. L’écart avec les images satellites est abyssal. Il soulève une question cruciale : quel est le vrai prix humain de l’implication rwandaise dans le conflit congolais ?

En juin, HRW a franchi une étape majeure. L’ONG a qualifié le Rwanda de « puissance occupante » en RDC, en vertu du droit international humanitaire. Cette désignation l’associe directement aux exactions du M23, qu’il soutiendrait militairement.

Les tombes comme témoignage muet

Chaque sépulture à Kanombe devient une preuve silencieuse. Chaque parcelle défrichée illustre une guerre que Kigali nie livrer. Les satellites, eux, tracent une cartographie funèbre où la mort devient un indicateur stratégique.

La communauté internationale ne peut plus ignorer ces signaux. Les tombes de Kanombe accusent, en silence, une vérité que les discours officiels tentent d’étouffer. Car la terre, elle, ne ment jamais.