C’est une requête qui a tout d’une menace déguisée. Selon les informations révélées ce mercredi 10 juin par De Morgen et Het Laatste Nieuws, l’ambassadeur américain en poste à Bruxelles, Bill White, a formellement demandé à la Belgique d’interdire l’entrée sur son territoire aux ressortissants congolais.
Motif invoqué ? La lutte contre l’épidémie d’Ebola, qui sévit toujours en Afrique centrale. Mais derrière l’écran de la santé publique, c’est un tout autre calendrier qui inquiète Washington : la Coupe du monde de football, organisée cet été aux États-Unis. Avec des millions de supporters attendus, l’administration américaine craint que le ballon rond ne devienne un vecteur inattendu du virus.
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Des diplomates américains en poste en Europe ont confirmé avoir reçu pour instruction de presser leurs pays hôtes d’adopter, sans délai, les mêmes restrictions de voyage ultra-strictes que celles imposées par Washington. La consigne est limpide : appliquez nos règles… ou nous frapperons.
Car l’Amérique ne plaisante pas. En l’absence de mesures jugées satisfaisantes, elle envisagerait tout simplement d’interdire l’accès de son propre territoire aux Européens. Une menace de rétorsion qui transforme une demande sanitaire en véritable bras de fer diplomatique.
« Bruxelles résiste, Vandenbroucke joue la montre »
Face à cette pression venue de l’autre côté de l’Atlantique, le gouvernement fédéral belge a accusé le choc. L’ambassadeur Bill White a officiellement transmis la requête, précisant que même les Belges revenant de zones touchées par Ebola devraient se soumettre à une quarantaine obligatoire.
Mais le ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke (Vooruit), refuse pour l’instant de céder. Aucune réponse n’a été donnée à Washington. Pas d’interdiction massive, pas de confinement aux frontières. Vandenbroucke s’accroche aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), bien plus mesurées que la ligne dure américaine.
Jusqu’ici, aucun cas d’Ebola n’a été signalé sur le sol américain. Mais la Maison-Blanche joue la prévention maximale : depuis la mi-mai, tout voyageur non américain et non résident permanent revenant de République démocratique du Congo ou d’Ouganda est déjà interdit d’entrée aux États-Unis. Un cordon sanitaire sévère que Washington voudrait voir étendu… à l’Europe entière, via la Belgique.
Reste à savoir combien de temps Bruxelles pourra résister à l’étau américain. Car derrière l’Ebola, c’est aussi une question de souveraineté qui se joue : fermer ses portes sur injonction étrangère, ou défier la première puissance mondiale à l’approche du plus grand rassemblement sportif de la planète ?



