Moins de morts, plus de rigueur : vingt jours après la déclaration, l’étau se resserre autour du virus
C’est un bilan qui aurait pu être terrible. Il ne l’est pas. Pas encore, du moins. Vingt jours jour pour jour après la déclaration officielle de l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, a livré un état des lieux que beaucoup, dans les couloirs de l’OMS, qualifient déjà de « encourageant ».
Face à la presse, entouré de son collègue de la Communication, Patrick Muyaya, le ministre a coupé court aux rumeurs. Non, on n’est pas à 900 ou 1 000 cas. Les chiffres sont là, précis, froids mais porteurs d’espoir :
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381 cas confirmés
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63 décès
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Taux de létalité : moins de 17 %
« Vous vous rappelez qu’au début, je disais qu’Ebola Bundibugyo était moins létal qu’Ebola Zaïre – entre 30 % et 50 % contre 80 %. Aujourd’hui, nous sommes à moins de 17 %. »
Un chiffre qui dit une chose simple, presque révolutionnaire pour une région meurtrie par les épidémies : on apprend à vivre avec le virus, mais surtout à le tuer avant qu’il ne tue.
Des laboratoires au plus près du terrain : la guerre des 24 heures
L’une des clés de cette performance, c’est la rapidité. À Mongbwalu, épicentre de l’épidémie en Ituri, un laboratoire de proximité a été installé. Résultat : tous les échantillons sont testés et analysés dans un délai de 24 heures. Fini les jours d’attente, les faux négatifs qui glissent entre les mailles du filet.
Le ministre l’assure : le taux de faux négatifs est désormais inférieur à 2 %.
« Cela signifie que lorsqu’un test est négatif, il est réellement négatif. Notre capacité de testing est proche de 100 %. »
Derrière cette prouesse technique, il y a des partenaires : Africa CDC a fourni plus de 4 000 kits, la Banque mondiale et d’autres soutiens techniques ont permis d’équiper les laboratoires, de former les équipes, d’acheminer les intrants jusqu’au cœur des zones rouges.
55 % de traçage, objectif 90 % : remonter la piste du virus
Mais tester ne suffit pas. Il faut retrouver les contacts, ces ombres silencieuses qui pourraient bien propager la maladie sans le savoir. Au début de l’épidémie, à peine 9 % des contacts étaient tracés. Aujourd’hui, ce taux a grimpé à 55,5 %.
« Une épouse qui a assisté son mari malade, un mari qui a pris soin de son épouse malade, une mère qui s’est occupée de son enfant malade : ces personnes sont considérées comme des contacts à très haut risque et font l’objet d’une surveillance particulière. »
L’objectif affiché par le gouvernement est clair : atteindre 90 % de couverture du traçage. À ce niveau, promet le ministre, on saura avec précision où de nouveaux cas pourraient émerger, et on pourra frapper avant le virus.
Aujourd’hui, 233 patients sont hospitalisés – certains suspects, d’autres confirmés. Tous sont pris en charge, isolés, surveillés.
25 zones de santé, trois provinces, une région sous tension
L’épidémie, officiellement déclarée le 15 mai 2026, n’a cessé de s’étendre, mais lentement, comme un incendie que l’on contient. Elle touche désormais 25 zones de santé :
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17 en Ituri
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7 au Nord-Kivu
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1 au Sud-Kivu
Trois provinces de l’Est, une région que l’on croyait habituée au pire, mais que l’on découvre résiliente. Pourtant, le contexte est dramatique. Plus de 26 millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire aiguë dans cette partie du pays. La malnutrition, les déplacements massifs de populations, la fragilité des systèmes de santé – tout concourt à un risque élevé d’infection et de mortalité.
Et comme si la nature ne suffisait pas, les hommes ajoutent leur violence. Groupes armés locaux et étrangers, opérations militaires, rébellion de l’AFC/M23 soutenue par le Rwanda – le tout dans un statu quo diplomatique entre les États-Unis et le Qatar.
Une 17e épidémie, une souche sans vaccin, mais une riposte qui apprend
Cette épidémie d’Ebola est la 17e de l’histoire sanitaire de la RDC. Une triste litanie. Mais pour la première fois, on entend les autorités parler moins d’impuissance que de progrès.
Car il y a un défi de taille : il s’agit d’une souche rare, Bundibugyo, pour laquelle il n’existe ni vaccin homologué, ni traitement spécifique. Alors tout repose sur la prévention, le dépistage, l’isolement, le traçage. Des gestes simples, mais d’une efficacité redoutable quand ils sont appliqués avec rigueur.
L’OMS a déclaré cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale. Un signal d’alarme que la RDC a choisi de transformer en levier d’action.
Patrick Muyaya : « La population doit rester aux aguets »
À ses côtés, le ministre de la Communication, Patrick Muyaya, a lancé un appel à la population, sobre mais ferme : continuer à respecter les mesures barrières. Se laver les mains. Éviter les contacts. Signaler tout cas suspect. Ne pas baisser la garde.
Car si les chiffres rassurent, le virus, lui, ne connaît pas la trêve.
« Nous pouvons aujourd’hui communiquer des chiffres précis, a conclu Samuel Roger Kamba, parce que nous utilisons une méthode de diagnostic performante. »
Précis. Performante. Humaine. La RDC est en train d’écrire une page inédite de sa longue guerre contre Ebola. Reste à tenir la distance. Et à espérer que la diplomatie, elle aussi, finisse par rattraper la rigueur des laboratoires.




