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Ouganda dicte sa loi à Kinshasa : un général congolais limogé sur injonction de Muhoozi

Kampala a exigé sa tête. Kinshasa a obtempéré. En Ituri, le général Luboya Nkashama laisse place à Kasongo Mulumba. Une…

Kampala a exigé sa tête. Kinshasa a obtempéré. En Ituri, le général Luboya Nkashama laisse place à Kasongo Mulumba. Une nomination qui en dit long sur les rapports de force secrets qui régissent la traque des ADF

C’est un coup de théâtre militaire qui en dit long sur les coulisses de la guerre dans l’Est. Ce vendredi 5 juin 2026, sans tambour ni trompette, Kinshasa a annoncé le remplacement du gouverneur militaire de l’Ituri. Le Général-Major Luboya Nkashama quitte ses fonctions. Officiellement, aucune raison n’est avancée. Officieusement, son départ était réclamé depuis des mois par un homme qui ne porte pas d’uniforme congolais : le Général Muhoozi Kainerugaba, chef des Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) et fils du président Yoweri Museveni.

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Son successeur ? Le Général-Major Kasongo Mulumba Batoka Gaby, un stratège du renseignement et des opérations, jusqu’ici en appui à la 31e région militaire. Un profil technique, discret, mais rompu aux arcanes de la guerre secrète.

Derrière ce changement de nom, une question brûlante : la RDC cède-t-elle à la pression ougandaise, ou pose-t-elle un acte de realpolitik assumé ?

Un limogeage qui sent la poudre : Luboya avait fermé la porte aux Ougandais

Pour comprendre ce qui vient de se jouer, il faut remonter quelques mois en arrière, dans les maquis infranchissables de l’Ituri. Les troupes ougandaises et congolaises y mènent des opérations conjointes contre les ADF (Forces démocratiques alliées), cette nébuleuse rebelle responsable de milliers de morts civils.

Mais sur le terrain, tout ne se passait pas comme prévu. Selon des rapports concordants, le Général Luboya Nkashama aurait interdit aux soldats ougandais l’accès à certains points stratégiques de sa province. Motif officieux : protéger la souveraineté nationale. Motif réel : une méfiance viscérale entre armées qui se soupçonnent mutuellement de vouloir étendre leur influence.

Sauf que Kampala n’a pas apprécié.

Le Général Muhoozi Kainerugaba, homme fort de l’UPDF et figure aussi controversée que charismatique, est monté au créneau. Il a menacé ouvertement de retirer les troupes ougandaises de la région de Lubero si le gouverneur de l’Ituri n’était pas remplacé. Un ultimatum à peine voilé, adressé directement à Kinshasa.

« Nous ne combattons pas pour que nos soldats soient traités comme des intrus », aurait-il soufflé dans un cercle proche.

Kinshasa a visiblement compris le message.

Kasongo Mulumba : un homme de l’ombre pour une mission de feu

Le nouveau patron de l’Ituri n’est pas un inconnu pour les initiés. Le Général-Major Kasongo Mulumba Batoka Gaby avait déjà été désigné en juillet 2025 comme responsable des opérations et du renseignement au sein de la 31e région militaire, travaillant en étroite collaboration avec le Général-Major Nyembo Abdallah.

Son profil est celui d’un technocrate de la guerre, plus à l’aise dans l’analyse du renseignement que dans les déclarations fracassantes. Un atout dans une province où les groupes armés – ADF en tête, mais aussi milices communautaires – brouillent sans cesse les pistes.

Sa nomination est un signal. Kinshasa mise sur la coordination, la discrétion et l’efficacité opérationnelle, là où Luboya incarnait peut-être une ligne plus souverainiste. L’objectif : apaiser Kampala, relancer les patrouilles conjointes, et surtout, pacifier une Ituri qui ne demande qu’à exploser.

Une province martyre, un équilibre régional fragile

L’Ituri n’est pas une province comme les autres. C’est un laboratoire de la violence congolaise, déchirée depuis des années entre conflits ethniques, rébellions importées et ingérences étrangères. Les ADF y sévissent aux côtés d’autres milices locales, et les populations civiles paient le prix fort – déplacements massifs, massacres, enlèvements.

Dans ce chaos, les opérations conjointes avec l’Ouganda sont à la fois une nécessité militaire et une pomme de discorde diplomatique. Kinshasa a besoin des troupes de Muhoozi pour traquer les ADF, mais redoute que Kampala ne profite de sa présence pour étendre son emprise économique et stratégique sur la région.

Le limogeage de Luboya rééquilibre provisoirement la balance. Mais à quel prix ?

Muhoozi, l’homme qui fait trembler Kinshasa

Impossible de clore ce récit sans s’arrêter un instant sur celui qui a provoqué cette crise. Le Général Muhoozi Kainerugaba n’est pas un officier ordinaire. Fils du président ougandais Yoweri Museveni, commandant de l’UPDF, il est aussi un influenceur impétueux, capable de tweeter des menaces le matin et des déclarations d’amitié le soir.

Son poids sur la scène régionale est tel que Kinshasa ne peut se permettre de l’ignorer. En exigeant le départ de Luboya, il a envoyé un message clair : l’Ouganda ne se contentera pas d’être un simple auxiliaire des FARDC. Il entend peser sur les décisions, y compris celles qui touchent à la hiérarchie militaire congolaise.

Cette ingérence, aussi brutale soit-elle, est le prix à payer pour une coopération militaire sans laquelle la traque des ADF serait quasiment impossible.

Une nouvelle ère pour l’Ituri ?

Reste à savoir si le Général Kasongo Mulumba parviendra là où son prédécesseur a échoué : concilier l’inconciliable. Protéger la souveraineté congolaise sans froisser Kampala. Traquer les ADF sans nourrir les rancœurs locales. Pacifier l’Ituri sans tomber dans les pièges des milices.

Sa feuille de route est vertigineuse. Et le temps, lui, presse. Les populations civiles, prises en étau entre les balles des rebelles et les tractations diplomatiques, attendent un seul signe : la paix.

Ce changement de commandement est peut-être le début d’une nouvelle stratégie. Ou peut-être simplement une reddition de plus face aux diktats régionaux. L’avenir de l’Ituri se jouera sur le terrain, loin des décrets de nomination.

Mais une chose est sûre : à Kampala, on a déjà gagné une bataille. Reste à savoir si Kinshasa saura en gagner la guerre.

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