Goma, 18 juin 2026 – Alors que les Léopards de la RDC faisaient vibrer le NRG Stadium de Houston, c’est une tout autre onde de choc qui a traversé l’Atlantique en sens inverse. À des milliers de kilomètres du Texas, dans la ville martyre de Goma, une voix s’est élevée pour dénoncer ce qui serait une « déclaration de guerre » en provenance directe de la bouche du président congolais. Corneille Nangaa, coordinateur politique de l’AFC/M23, a pris la parole ce jeudi pour accuser Félix Tshisekedi de torpiller les efforts de paix internationaux, au moment même où les médiateurs américains et qataris tentent de sauver un cessez-le-feu déjà fragile. La tension est à son comble, et le spectre d’une escalade militaire plane de nouveau sur l’Est de la République Démocratique du Congo.
Houston-Goma : la guerre des mots s’intensifie
C’est un discours prononcé depuis la tribune du mondial de football qui a mis le feu aux poudres. À Houston, en marge de la rencontre historique entre les Léopards et le Portugal, Félix Tshisekedi s’est exprimé devant ses partisans, évoquant avec optimisme les opérations militaires en cours dans l’Est du pays. Le président congolais a notamment annoncé la « récupération prochaine » des villes de Goma et de Bukavu, actuellement sous le contrôle de l’AFC/M23, une déclaration qui n’a pas tardé à provoquer une réaction virulente.
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Dans une communication tenue à Goma ce jeudi 18 juin, Corneille Nangaa, ancien président de la CENI devenu figure de proue de la rébellion, a dénoncé avec véhémence ce qu’il perçoit comme un revirement dangereux. Selon lui, les propos du chef de l’État congolais constituent une rupture des engagements pris dans le cadre des négociations de paix.
« Cette nuit à Houston, sur le sol du médiateur américain et devant ses partisans, Monsieur Tshisekedi a de nouveau fait une déclaration de guerre ; alors qu’un processus de négociation est en cours et qu’un protocole sur le cessez-le-feu a été signé entre son régime et l’AFC/M23 », a martelé Nangaa, le visage fermé. Et de poursuivre : « Monsieur Tshisekedi affirme que son armée est en train d’écraser l’ennemi en ce moment même et annonce la récupération prochaine des villes stabilisées de Goma et de Bukavu. Un discours irresponsable et va-t-en-guerre qui assume officiellement l’option militaire au plus haut niveau de l’État. »
La médiation internationale prise en otage ?
Au-delà de la charge personnelle contre le président congolais, c’est tout le processus de paix qui est pointé du doigt par l’AFC/M23. Corneille Nangaa a estimé que les déclarations de Félix Tshisekedi risquent de compromettre gravement les discussions engagées sous l’égide des États-Unis et du Qatar, deux médiateurs qui s’efforcent de maintenir un dialogue entre les parties.
« Ce discours met en cause le processus de paix en cours ainsi que les efforts de la médiation. L’AFC/M23 en prend acte », a-t-il déclaré, soulignant que la confiance nécessaire à la poursuite des négociations était sérieusement ébranlée.
Cette accusation survient dans un contexte déjà tendu. Malgré la signature d’un protocole de cessez-le-feu, les hostilités n’ont jamais réellement cessé sur le terrain. Chaque camp accuse l’autre de violations, et les médiateurs peinent à transformer les engagements papier en réalités tangibles. Les accords de Washington et le processus de Doha, censés jeter les bases d’une paix durable, peinent à produire des résultats concrets.
L’AFC/M23 menace de riposter : « Nous nous réservons le droit de nous défendre »
Corneille Nangaa ne s’est pas contenté de dénoncer. Il a également adressé un avertissement sans équivoque à Kinshasa. Face à ce qu’il qualifie de « posture militariste du régime », le coordinateur politique de l’AFC/M23 a prévenu que son mouvement n’hésiterait pas à répondre par la force.
« Cette posture militariste du régime de Kinshasa ne nous laisse d’autres choix que de nous défendre afin d’éliminer systématiquement cette menace ouvertement proclamée par Kinshasa », a-t-il lancé, laissant planer la menace d’une riposte militaire qui pourrait plonger la région dans une nouvelle spirale de violence.
Ces déclarations interviennent alors que les combats se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où les forces gouvernementales et la rébellion s’affrontent dans une guerre d’usure qui a déjà fait des milliers de victimes civiles. La perspective d’une offensive annoncée sur Goma et Bukavu, si elle se concrétisait, provoquerait un désastre humanitaire supplémentaire dans une région déjà exsangue.
Un conflit régional aux ramifications internationales
Au-delà du face-à-face entre Kinshasa et l’AFC/M23, c’est toute l’architecture sécuritaire de la région des Grands Lacs qui est en jeu. Le Rwanda, accusé par Kinshasa de soutenir la rébellion, est au cœur de cette crise aux multiples facettes. Les tensions diplomatiques entre les deux pays sont à leur comble, et chaque déclaration publique risque d’envenimer un peu plus une situation déjà explosive.
Les appels au calme se multiplient, mais peinent à trouver un écho. À l’ONU, à l’Union Africaine, comme dans les capitales occidentales, on s’inquiète de la dégradation rapide de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la RDC. Les voix s’élèvent pour demander aux parties prenantes de respecter leurs engagements, mais jusqu’à présent, ces appels sont restés lettre morte.
Le cessez-le-feu vacille, la paix s’éloigne
Le conflit dans l’Est de la RDC, qui dure depuis plusieurs années, semble entrer dans une phase critique. Alors que les médiateurs américains et qataris tentent de sauver ce qui peut encore l’être du processus de paix, les déclarations belliqueuses de part et d’autre réduisent à néant les espoirs d’une solution négociée.
Les accords de Washington et de Doha, censés instaurer un cessez-le-feu durable, n’ont pas encore produit d’effets concrets sur le terrain. Les hostilités se poursuivent, les populations civiles continuent de payer le prix fort, et la confiance entre les parties semble plus que jamais compromise.
La sortie de Corneille Nangaa, accusant directement Félix Tshisekedi de « déclaration de guerre », illustre à quel point le dialogue est devenu impossible. Chaque camp campe sur ses positions, interprétant les accords à sa manière, tandis que les appels à la raison se heurtent à la logique implacable du conflit armé.
L’Est de la RDC, otage d’une guerre sans fin ?
Alors que la nuit tombe sur Goma, la ville retient son souffle. Les habitants, déjà marqués par des années de violence, savent que les mots prononcés ce jour pourraient bien annoncer de nouveaux jours sombres. La perspective d’une reprise des combats à grande échelle, avec pour objectif annoncé la « récupération » de Goma et de Bukavu, plonge la population dans une angoisse palpable.
Les organisations humanitaires, déjà présentes en nombre dans la région, se préparent au pire. Les camps de déplacés, qui abritent déjà des centaines de milliers de personnes, pourraient voir leurs effectifs gonfler considérablement si les hostilités s’intensifient.
Dans ce contexte tendu, une seule certitude subsiste : le chemin vers la paix est plus long et plus tortueux que jamais. Et les déclarations de Houston comme celles de Goma ne font qu’éloigner un peu plus l’horizon d’une solution négociée. La communauté internationale, les médiateurs, les acteurs régionaux : tous sont désormais devant un défi colossal : empêcher que les mots ne se transforment en nouvelles larmes et en nouveaux sanglots pour les populations de l’Est de la RDC.



