Ce jeudi 28 mai, Kinshasa a retrouvé des airs de front. Dans la commune populaire de Masina, à l’est de la capitale congolaise, la contestation politique est descendue des salons climatisés pour enfler le bitume – littéralement.
Dès l’avant-midi, une centaine de jeunes se réclamant de l’Engagement pour la Citoyenneté et le Développement (Ecide) – le parti de l’opposant Martin Fayulu – ont investi le boulevard Lumumba. Leur point de départ : le quartier 3. Leur objectif : rejoindre la permanence du parti située près du saut-de-mouton Pascal.
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Mais avant d’y parvenir, ils ont décidé de marquer les esprits.
Pneus enflammés et barricades : le boulevard Lumumba paralysé
En quelques minutes, la circulation a été lourdement perturbée. Les manifestants ont érigé des barricades de fortune avec des branchages, des tôles et tout ce qui leur tombait sous la main. Sur la chaussée, des pneus ont été incendiés, crachant une fumée noire dans le ciel de Kinshasa.
Motards, conducteurs de taxis, commerçants : tout le quartier a retenu son souffle.
Pendant de longues minutes, aucun véhicule ne pouvait passer. Les klaxons se mêlaient aux cris des protestataires, donnant à cette matinée une ambiance électrique, presque théâtrale, mais terriblement réelle.
« Pas de troisième mandat à Félix Tshisekedi ! Pas de changement de Constitution ! »
Les slogans, scandés en lingala, ont résonné le long du boulevard. Une langue que tout Kinshasa comprend. Un message que personne ne peut ignorer.
L’opposition sonne la révolte : « ville morte » annoncée le 3 juin
Ces barricades ne sont peut-être qu’un apéritif. L’opposition a déjà programmé un acte plus fort : une journée « ville morte » prévue le 3 juin prochain à Kinshasa.
L’objectif est clair : dire non à toute révision constitutionnelle qui permettrait au président Félix Tshisekedi de briguer un troisième mandat. Son deuxième mandat, légal, s’achève en 2028. Mais l’opposition est convaincue que le chef de l’État veut changer les règles du jeu en cours de route.
Dans leur ligne de mire également : la gestion de la crise sécuritaire avec le Rwanda et le président Paul Kagame. Certains responsables politiques parlent désormais sans détour de « rébellion contre la Constitution ».
Au Parlement aussi, le bras de fer s’intensifie
La tension ne se limite pas aux artères de Kinshasa. Elle a gagné l’hémicycle.
La veille, mercredi 27 mai, les députés du groupe « Ensemble » – seule force d’opposition à l’Assemblée nationale – ont boycotté l’examen d’une proposition de loi portée par le député Paul Gaspard Ngondankoy.
Ce texte, jugé recevable sous réserve d’amendements par la Commission politique, administrative et juridique (PAJ), porte sur les modalités d’organisation d’un référendum. Pour l’opposition, c’est une manœuvre de plus pour ouvrir la voie à un changement constitutionnel.
Le boycott est clair : pas de débat, pas de légitimité.
Une rue qui gronde, un régime sous pression
À Masina, les pneus ont fini par s’éteindre. La circulation a repris. Mais l’onde de choc, elle, ne retombe pas.
L’opposition joue son va-tout. Entre la rue, le Parlement et l’appel à la paralysie de Kinshasa, le message est limpide : toute tentative de révision constitutionnelle se heurtera à une résistance populaire.
Reste à savoir si le pouvoir répondra par la fermeté, le dialogue… ou le silence.
Une certitude : le climat politique congolais n’a jamais été aussi électrique depuis l’alternance de 2019.
Entre les barricades de Masina et le boycott à l’Assemblée nationale, la contestation du changement constitutionnel reprend des couleurs – et des flammes. Avec l’appel à une « ville morte » le 3 juin, l’opposition met la pression maximale. Kinshasa retient son souffle. Et les prochains jours diront si la rue parvient à dicter son tempo au pouvoir.



