Ce mercredi 3 juin 2026 restera gravé dans les annales des infrastructures congolaises. Au cœur de Kinshasa, sous les projecteurs d’une salle bondée, le Ministre des Infrastructures et Travaux Publics, John Banza Lunda, a posé sa plume sur trois contrats historiques. En face de lui : trois géants chinois du BTP. Sur le papier : une autoroute moderne à 2×2 voies, un pont de 714 mètres enjambant le Lualaba, et la promesse d’une connectivité totale entre l’Est et l’Ouest de la RDC. La fièvre du bitume gagne le pays.
Ce n’est pas un simple ruban coupé. C’est une artère qui s’ouvre. Une promesse de désenclavement pour des millions de Congolais coincés entre des pistes impraticables et l’absence d’infrastructures. Le projet s’inscrit sous la haute vision du Chef de l’État, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo : faire de la RDC un espace sans rupture, où les routes ne s’arrêtent plus à la boue et aux saisons des pluies.
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« La RN2 est l’exemple parfait de notre nouvelle approche : bâtir des routes modernes qui intègrent dès la conception des dispositifs innovants », a martelé le Ministre, le regard tourné vers l’horizon.
Une autoroute ultra-moderne pour matérialiser la « connectivité totale »
Imaginez une ligne droite de bitume, large, lisse, capable d’absorber les flux de camions, de bus et de véhicules légers sans s’essouffler. Une véritable autoroute, la première du genre en RDC. Reliant à terme Mbuji-Mayi, le cœur diamantifère du pays, à Bukavu, porte orientale des Grands Lacs.
Ce rêve est en train de devenir béton.
Les trois contrats signés ce mercredi concernent le bitumage de 206 kilomètres supplémentaires sur la RN2, de Mbanga jusqu’à la rivière Lualaba. Ces 206 kilomètres sont divisés en deux lots d’environ 100 kilomètres chacun, confiés aux mastodontes chinois China First Highway Engineering Company Limited et Sinohydro Bureau 14, associés au Groupement China Jiangxi International Economic.
Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. Car ces 206 kilomètres viennent s’ajouter aux 280 kilomètres déjà en cours entre Mbuji-Mayi, Kabinda et Mbanga. Au total, ce sont 480 kilomètres de route modernisée qui vont mailler l’espace entre le Kasaï-Oriental et le Maniema.
480 kilomètres. L’équivalent d’une traversée de la Belgique du nord au sud. Une distance qui, aujourd’hui, se compte en jours de souffrance sur des pistes défoncées. Demain, en heures de roulage confortable.
Le troisième plus grand pont sur le fleuve Congo : un colosse d’acier sur le Lualaba
Mais le clou du spectacle, l’élément qui a fait lever les sourcils et écarquiller les yeux, c’est l’annonce d’un pont de 714 mètres linéaires sur la rivière Lualaba. Une structure massive, impressionnante, qui viendra se poser en travers du deuxième plus long fleuve d’Afrique.
Avec ses 714 mètres, ce pont deviendra le troisième plus long jamais jeté sur le fleuve Congo. Seuls les ponts de Matadi et de Kinshasa le dépasseront. Une prouesse technique signée par les mêmes entreprises qui bâtissent les plus grands ouvrages d’art du monde.
Et là encore, le Ministre a tenu à marquer le coup : « Cet ouvrage aura l’avantage d’intégrer 2×2 voies de circulation. » Pas de rétrécissement, pas de goulot d’étranglement. Une fluidité totale d’un bout à l’autre de l’axe.
Des routes qui pensent à demain : fibre optique et énergie électrique
L’une des grandes forces de ce projet, c’est sa vision à long terme. Les routes ne seront pas de simples rubans de bitume. Elles intégreront dès leur conception des réservations pour le déploiement de la fibre optique et le transport de l’énergie électrique.
Traduction : à terme, ces corridors routiers deviendront également des autoroutes numériques et énergétiques. Les villages isolés pourront être connectés à Internet haut débit. Les villes étapes pourront être raccordées au réseau électrique national. La route devient alors bien plus qu’une route : un vecteur de développement global.
John Banza Lunda ne s’y est pas trompé. Devant les caméras, il a insisté sur cette dimension : « Nous ne construisons pas seulement pour aujourd’hui. Nous construisons pour les générations futures. »
Transparence et rigueur : un appel d’offres exemplaire
Ce projet, financé par la Banque mondiale dans le cadre du Projet d’appui à la connectivité et au transport (PACT), a été soumis à une procédure d’une rigueur exemplaire. Dès le début de l’année 2025, les études techniques ont été lancées. Puis est venu le temps de l’appel d’offres international, ouvert à tous, sans favoritisme.
Les offres ont été évaluées d’abord sur le plan technique, puis financièrement. Résultat : un coût extrêmement compétitif, autour de 150 millions USD pour les 206 kilomètres de route, et 37 millions USD pour le pont.
Des chiffres qui, selon le Ministre, sont « exceptionnels au vu des normes exigées ». Une preuve que la concurrence internationale, bien menée, profite au contribuable congolais.
Calendrier : mobilisation immédiate, premiers coups de pioche en octobre
L’enthousiasme retombé, place au pragmatisme. Les contrats signés, une période de mobilisation de quatre mois s’ouvre désormais. Le temps pour les entreprises chinoises d’acheminer leurs engins, d’installer leurs bases de vie, de recruter la main-d’œuvre locale.
Le démarrage effectif des travaux est fixé au mois d’octobre 2026. D’ici là, une réunion de cadrage technique est prévue dès la semaine prochaine. Une présentation officielle du projet aura également lieu en présence des gouverneurs et des députés des provinces concernées : Kasaï-Oriental, Lomami, Maniema et Sud-Kivu.
Ces élus locaux attendent cette route comme le Messie. Car le tracé stratégique de la RN2 va désenclaver leurs territoires, ouvrir des débouchés agricoles, faciliter le commerce, désengorger des villes étouffées par l’absence d’alternative.
Une page se tourne, une nouvelle s’écrit
La RDC a longtemps traîné le boulet de ses infrastructures délabrées. Les routes, quand elles existent, ressemblent plus à des champ de mines qu’à des voies de circulation. Les ponts, souvent vétustes, s’effondrent régulièrement sous le poids des camions surchargés.
Avec ce projet porté par la Banque mondiale et exécuté par des entreprises de premier rang, Kinshasa envoie un signal fort : le temps du rattrapage a commencé. L’autoroute Mbuji-Mayi – Bukavu deviendra le symbole d’une renaissance, la première pierre d’un réseau moderne qui, demain, maillera tout le pays.
Alors, certes, le chantier sera titanesque. Certes, il faudra surmonter les obstacles logistiques, les pluies diluviennes, les terrains instables. Mais l’engagement est là. Les signatures sont fraîches. Et l’espoir, immense.
Dans quelques années, quand les premiers véhicules emprunteront cette autoroute flambant neuve, que les camions franchiront le pont de 714 mètres sans broncher, on se souviendra de ce 3 juin 2026. Ce jour où la RDC a cessé de rêver ses routes pour enfin les construire.



