PolitiqueSécurité, Société




Nord-Kivu : 80 jeunes détenus dans des conditions « dégradantes » à Rutshuru, 8 morts signalés

Plus de 80 jeunes croupissent dans la prison centrale de Kanyangavi, à Rutshuru, selon un rapport publié mardi 28 avril…

Plus de 80 jeunes croupissent dans la prison centrale de Kanyangavi, à Rutshuru, selon un rapport publié mardi 28 avril 2026 par l’ONG « Badilika » (Changer en français) à Beni. L’organisation dénonce des actes de torture, une insalubrité extrême, la privation de nourriture, l’interdiction des visites familiales et l’absence de soins médicaux appropriés. Au moins huit décès en détention ont déjà été recensés. « Badilika » met directement en cause l’administration mise en place par la rébellion AFC-M23, qui contrôle ce territoire du Nord-Kivu depuis plusieurs mois.

Kanyangavi : diarrhées aiguës, infections et soins inexistants

Le rapport dresse un état des lieux sanitaires alarmant. Plusieurs détenus souffrent de diarrhées sévères et d’affections dermatologiques sans accès aux traitements. L’établissement pénitentiaire ne disposerait ni de personnel médical qualifié, ni de médicaments de base. Cette situation viole l’ensemble de règles minima des Nations-Unies pour le traitement des détenus, dites « Règles Nelson Mandela », qui imposent aux autorités détentrices de garantir la santé des prisonniers.

LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ



Une administration rebelle pointée du doigt

Badilika vise nommément l’administration territoriale dirigée par Ephrem Izabayo Kabasha. Installé le 16 mars 2026 par l’AFC/M23, ce responsable est accusé d’avoir aggravé l’insécurité et la crise humanitaire.

L’ONG recense des atteintes répétées aux droits fondamentaux : droit à la vie, à l’intégrité physique, à la liberté d’expression et de circulation. Des cas d’enlèvements, d’intimidations et de menaces ciblant jeunes, membres de la société civile et humanitaires sont documentés. Ces derniers seraient régulièrement soupçonnés, sans preuve, de liens avec des groupes armés.

20 arrestations en 40 jours dans le groupement de Bukoma

Le rapport table sur 20 jeunes au moins, interpellés, notamment du 16 mars au 26 avril 2026, dans le groupement de Bukoma. Les autorités locales les accusent d’appartenir à des groupes armés actifs dans le Parc national des Virunga, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pour l’ONG, « certains civils n’ont d’autre choix que d’intégrer les rangs de l’AFC-M23 pour échapper aux exactions ». Ils seraient ensuite transférés vers les centres de formation de Runyonyi et Chanzu. Des exécutions sommaires de recrues qualifiées « indisciplinées » y auraient été commises, poursuit-elle.

Pression fiscale et musellement des humanitaires

Dans la foulée, « Badilika » fustige un alourdissement de la fiscalité locale imposée par le même mouvement rebelle. Cette pression, renchérit la structure, aggrave la précarité des ménages déjà éprouvés par le conflit. Les acteurs humanitaires et de la société civile subissent eux aussi des entraves : interrogatoires répétés, menaces et saisie de leur matériel de travail. Ces restrictions compliquent l’acheminement de l’aide et la documentation des abus.

Les exigences de Badilika : soins urgents et observateurs indépendants

L’ONG formule en effet quatre demandes immédiates à l’AFC-M23 :

– Arrêt des arrestations arbitraires, des tortures et des exécutions extrajudiciaires.
– Accès urgent aux soins pour tous les détenus de Kanyangavi.
– Ouverture des lieux de détention aux observateurs indépendants et aux organisations humanitaires.
– Levée des restrictions imposées aux ONG et à la société civile.

« Badilika » exhorte également Kinshasa à intensifier ses actions diplomatiques, politiques et sécuritaires pour restaurer l’autorité de l’État à Rutshuru. Elle demande à la Communauté Internationale de renforcer la surveillance des violations des droits humains dans ce territoire.

Le territoire de Rutshuru est sous contrôle de la rébellion AFC-M23 depuis fin 2022. Plusieurs rapports de l’ONU et d’ONG internationales ont déjà documenté des exactions contre les civils dans cette zone. Le Parc des Virunga, frontalier de l’Ouganda et du Rwanda, reste un épicentre des tensions armées au Nord-Kivu.

Suivez l'information en direct sur notre chaîne WHATSAPP