Société




Kisangani-Kinshasa par le fleuve : la France aux côtés de la RDC pour ressusciter le « Couloir vert »

Imaginez un axe fluvial long de près de 2 000 kilomètres. Une artère d'eau douce qui traverse la forêt équatoriale,…

Imaginez un axe fluvial long de près de 2 000 kilomètres. Une artère d’eau douce qui traverse la forêt équatoriale, relie l’Est à la capitale, et porte en elle le rêve d’un désenclavement. Cet axe existe. C’est le fleuve Congo, de Kisangani à Kinshasa. Et il va revivre. Mercredi 22 avril 2026, Jean-Pierre Bemba, vice-Premier ministre en charge des Transports, a reçu l’ambassadeur de France, Rémi Maréchaux, pour sceller une ambition commune : faire renaître le « Couloir vert Kivu–Kinshasa ».

Autour de la table, une délégation française de poids. L’Agence française de développement (AFD), moteur financier des grands projets. Et Haropa Port, le géant qui fédère les ports du Havre, de Rouen et de Paris. Le message est clair : Paris ne vient pas les mains vides. Elle apporte son savoir-faire, son expérience du transport multimodal, sa vision de la logistique.

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Un pilier essentiel pour l’économie congolaise

Pourquoi ce projet est-il si crucial ? Parce que les routes de l’Est sont piégées. Parce que les camions se font attaquer. Parce que le coût du transport explose. Et parce que le fleuve, lui, reste une voie naturelle, massive, potentiellement révolutionnaire.

Le tronçon Kisangani–Kinshasa, c’est l’épine dorsale du Couloir vert. Une fois réhabilité, il permettra d’acheminer des marchandises du Kivu jusqu’à la capitale, en contournant les zones de combat. Des produits agricoles, des minerais, des médicaments, du carburant. Tout ce qui fait tourner un pays.

La vision du président Félix Tshisekedi est claire : moderniser les infrastructures de transport pour désenclaver les provinces, dynamiser l’économie nationale et faciliter les échanges internes. Le fleuve, trop longtemps négligé, redevient une priorité.

L’expertise française au service du Congo

Haropa Port n’est pas venu par hasard. Le groupe français gère l’un des premiers complexes portuaires d’Europe. Sa spécialité : le transport multimodal – l’art de faire dialoguer fleuve, rail et route.

Dans les discussions, les experts français ont partagé leur expérience sur la réhabilitation d’infrastructures fluviales, l’organisation de chaînes logistiques, et la gestion de ports intérieurs.

L’AFD, elle, regarde les aspects financiers et techniques. Combien coûtera la remise en état ? Quels sont les priorités ? Comment éviter les dérives et les gaspillages ?

L’ambassadeur Rémi Maréchaux a salué « l’évolution positive des échanges ». Selon lui, ces concertations permettent d’aligner les propositions françaises avec les attentes du gouvernement congolais, notamment sur la connexion entre le Kivu et Kinshasa.

Le fleuve, parent pauvre des transports congolais

Il faut rappeler un paradoxe : la RDC possède le deuxième plus grand réseau fluvial navigable au monde, après l’Amazonie. Le fleuve Congo et ses affluents pourraient être des autoroutes d’eau douce. Mais les bateaux sont vieux, les ports délabrés, les voies non balisées.

Naviguer de Kisangani à Kinshasa prend aujourd’hui des semaines, quand ce n’est pas impossible. Les embarcations de fortune, les pannes, les risques de naufrage… Le fleuve est devenu un parent pauvre, alors qu’il pourrait être une colonne vertébrale.

Le projet « Couloir vert Kivu–Kinshasa » veut inverser cette tendance. Remettre en état les barges, sécuriser les voies, équiper les ports, former les personnels. Un chantier colossal.

Un signal fort pour l’Est

Au-delà de l’aspect économique, ce projet a une dimension politique et symbolique. Relier Kinshasa à Kisangani par le fleuve, c’est rappeler que l’Est n’est pas une terre oubliée. C’est montrer que l’État congolais peut projeter sa présence, sa puissance, son développement jusqu’aux confins du territoire.

Pour les populations du Kivu, lassées de l’insécurité et du sentiment d’abandon, ce Couloir vert est une promesse. Celle de voir arriver des marchandises à moindre coût. Celle d’exporter leurs produits sans se ruiner. Celle, enfin, d’être reliées au reste du pays par autre chose que des routes minées ou des pistes impraticables.

Les défis à relever

Le chemin est long. Réhabiliter un axe fluvial de cette ampleur demande du temps, de l’argent, et une volonté politique constante. Il faudra sécuriser les tronçons traversant des zones instables. Il faudra former des capitaines, des mécaniciens, des gestionnaires portuaires. Il faudra entretenir ce qui sera construit.

Mais la RDC et la France ont lancé une dynamique. L’AFD est engagée. Haropa Port partage son expertise. Et Jean-Pierre Bemba, avec son énergie coutumière, pilote le dossier.

L’ambassadeur a insisté : la relance du transport fluvial est une priorité.

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