Ce mercredi 22 avril 2026, les bureaux de l’administration provinciale de Kinshasa sont restés obstinément fermés. Aucun agent n’a pointé. Aucun service n’a tourné. Les portes sont closes. Les ordinateurs, éteints. La raison ? Une colère qui couvait depuis des mois, et qui a finalement explosé. L’intersyndicale de l’administration publique urbaine a décrété une grève « sèche et illimitée ». Motif : des salaires impayés qui s’accumulent, des promesses non tenues, et une lassitude qui n’en peut plus.
L’annonce n’a rien d’une surprise pour ceux qui suivent la situation sociale de la capitale congolaise. Mais l’ampleur du mouvement, lui, prend tout le monde de court. Toutes les divisions et régies financières de la ville sont à l’arrêt. Pas un papier ne sort. Pas une taxe n’est perçue.
LA SUITE APRÈS LA PUBLICITÉ
Treize mois d’arriérés, quinze pour les politiques
Les chiffres donnent le vertige. Selon les syndicalistes, les agents administratifs cumulent désormais 13 mois d’impayés : huit mois de l’année 2025, plus le premier trimestre de 2026.
Mais certains personnels sont encore plus mal lotis. Le personnel politique, lui, totalise 15 mois d’arriérés de rémunération. Quinze mois sans salaire. Un temps où l’on se demande comment on nourrit ses enfants, comment on paie son loyer, comment on garde la dignité.
« On paralyse la vie pour trouver des solutions aux problèmes du personnel. La grève est illimitée, donc on ne sait pas quand est-ce qu’elle va se terminer », a prévenu David Ngengite, président de l’intersyndicale.
Des promesses non tenues
Le déclic a eu lieu le 15 avril. Ce jour-là, une réunion était organisée entre l’exécutif provincial et les représentants du personnel. Les autorités avaient pourtant donné des gages. Elles avaient assuré qu’aucun retard de paiement ne serait enregistré pour l’année 2026.
Visiblement, l’engagement n’a pas été respecté.
Les syndicalistes parlent de « mauvaise foi des autorités urbaines ». Un terme lourd, qui trahit une confiance définitivement rompue. Les négociations ont échoué. Les agents ont alors décidé de passer à la vitesse supérieure : fermer l’accès à tous les niveaux de l’administration urbaine.
Portes closes. Rideaux baissés. Silence dans les couloirs.
Une paralysie aux conséquences lourdes
Cette grève n’est pas un simple mouvement social. C’est une paralysie de la gestion quotidienne de la ville-province. Les régies financières, chargées de collecter les taxes et les impôts, sont à l’arrêt. Résultat : plus de rentrées d’argent. Cercle vicieux.
Les services d’état civil, les divisions administratives, les guichets qui délivrent les autorisations : tout est bloqué. Le Kinois lambda, déjà habitué à la débrouille, risque de découvrir ce qu’une capitale sans administration veut dire.
Les syndicalistes le savent. Et ils assument. « On paralyse la vie pour trouver des solutions », répète David Ngengite.
Une situation explosive en attendant la suite
Pour l’instant, aucun dialogue n’est en vue. L’intersyndicale n’a fixé aucune date de reprise. La grève est illimitée. Tant que les salaires ne seront pas payés, tant que les promesses ne seront pas tenues, les bureaux resteront fermés.
Le gouvernement provincial, lui, n’a pas encore réagi officiellement. Mais la pression monte. Car une capitale paralysée, c’est une image désastreuse. Et des agents qui ne touchent plus leur salaire depuis plus d’un an, c’est une bombe sociale à retardement.



