L’ombre de Bozizé sur le banc des accusés : la Centrafrique juge son ex-président par contumace

Le moment était attendu depuis des années par de nombreuses victimes et organisations de défense des droits humains. Ce mardi…

Le moment était attendu depuis des années par de nombreuses victimes et organisations de défense des droits humains. Ce mardi 16 juin 2026, la République centrafricaine ouvre l’un des procès les plus sensibles de son histoire récente : celui de l’ancien président François Bozizé, poursuivi pour crimes contre l’humanité devant la Cour pénale spéciale (CPS).

Mais ce rendez-vous judiciaire historique s’ouvre dans une atmosphère particulière. L’ancien chef de l’État, aujourd’hui âgé de 79 ans, ne sera pas présent dans le box des accusés. Réfugié en Guinée-Bissau depuis 2023, il est jugé par contumace, une absence qui alimente déjà les débats sur la portée et l’efficacité de cette procédure.

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Bossembélé, au cœur d’un dossier explosif

Au centre de ce procès se trouvent des faits présumés commis entre 2009 et 2013 dans la ville de Bossembélé, à une centaine de kilomètres de Bangui.

Selon les magistrats de la Cour pénale spéciale, des éléments de la garde présidentielle ainsi que d’autres services de sécurité auraient été impliqués dans une série de violations graves des droits humains. Les accusations sont particulièrement lourdes : meurtres, tortures, disparitions forcées, détentions arbitraires, viols et autres traitements inhumains.

Les juges estiment disposer d’indices suffisamment solides pour engager la responsabilité pénale de François Bozizé en sa qualité de commandant suprême et de supérieur hiérarchique des forces concernées.

Trois anciens responsables militaires comparaissent également dans cette affaire : Eugène Barret Ngaïkosset, Vianney Semndiro et Firmin Junior Danboy, tous détenus en République centrafricaine depuis plusieurs années dans l’attente de leur procès.

Du palais présidentiel à l’exil

L’ouverture du procès replonge également le pays dans une période particulièrement sombre de son histoire.

Ancien chef d’état-major des armées, François Bozizé avait pris le pouvoir en 2003 à la suite d’un coup d’État contre Ange-Félix Patassé. Élu président en 2005 puis réélu en 2011, il dirige la Centrafrique pendant près d’une décennie marquée par des rébellions armées et une instabilité chronique.

Sa chute en 2013, provoquée par l’offensive de la coalition rebelle Séléka, déclenche une guerre civile meurtrière qui plonge le pays dans le chaos. En réaction, des milices anti-balakas se structurent et affrontent les groupes rebelles dans un conflit qui fera des milliers de victimes civiles.

Au fil des années, les Nations unies ont documenté de nombreux crimes de guerre et crimes contre l’humanité imputés aussi bien à la Séléka qu’aux anti-balakas.

Après avoir tenté un retour sur la scène politique à travers la Coalition des patriotes pour le changement (CPC), François Bozizé est finalement contraint à l’exil. Il vit aujourd’hui en Guinée-Bissau alors qu’un mandat d’arrêt international continue de peser contre lui.

Un procès historique, mais fragilisé par l’absence de l’accusé

Pour les défenseurs des droits humains, l’ouverture du procès François Bozizé constitue une avancée majeure dans la lutte contre l’impunité en République centrafricaine.

Toutefois, plusieurs organisations, dont Amnesty International, regrettent que l’ancien président ne soit pas physiquement présent devant ses juges.

Selon l’organisation, l’arrestation et l’extradition de François Bozizé demeurent essentielles afin de garantir un procès pleinement équitable, permettant aux victimes de confronter directement l’accusé et à ce dernier d’assurer sa défense.

L’affaire met également en lumière les difficultés auxquelles fait face la Cour pénale spéciale. Malgré plusieurs condamnations déjà prononcées, plus de trente suspects visés par des mandats d’arrêt restent toujours en fuite.

Créée avec le soutien des Nations unies pour juger les crimes les plus graves commis en Centrafrique depuis 2003, la CPS est confrontée à d’importants défis financiers et institutionnels. Son mandat court jusqu’en 2028, mais son avenir dépendra largement du soutien de l’État centrafricain et de ses partenaires internationaux.

Pour de nombreuses victimes, ce procès représente néanmoins une étape cruciale. Plus de dix ans après les faits présumés de Bossembélé, la justice tente enfin de répondre à une question qui hante encore le pays : les responsables des crimes les plus graves commis durant cette période rendront-ils réellement des comptes ?

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