Le président Félix Tshisekedi a enfin répondu aux appels pressants pour un dialogue national, mais sous des conditions qui divisent déjà profondément la classe politique. Lors d’un échange de vœux avec le corps diplomatique, le chef de l’État a reconnu la nécessité de l’unité, tout en posant un cadre strict : le dialogue doit se tenir sur le territoire national, sous la conduite des institutions de la République et ne peut remettre en cause les institutions issues des élections.
Cette annonce, loin de calmer les esprits, a déclenché une vague de rejets et de critiques de la part de l’opposition et de la société civile.
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L’opposition unie dans le rejet, mais divisée sur les motifs
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Ensemble pour la République (Moïse Katumbi) a qualifié la proposition de « simulacre », exigeant que le dialogue soit placé sous l’égide des Églises (CENCO-ECC), comme le veut la tradition.
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Envol (Delly Sesanga) a mis en garde contre les « dialogues de circonstance » utilisés pour renforcer le pouvoir en place sans réelle volonté de réforme.
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Sauvons la RDC (camp Kabila) a accusé Tshisekedi d’avoir « choisi délibérément l’escalade », engageant sa « responsabilité devant l’histoire ».
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Le Cadre de concertation des forces politiques estime qu’il « n’appartient pas au président de décider unilatéralement » des modalités.
Même la société civile, par la voix de Jean-Claude Katende (ASADHO), déplore des conditions « difficilement acceptables » et rappelle que le « dialogue n’est pas une blanchisserie ».
Le cœur du différend : la médiation des Églises
Le point de crispation majeur est le refus de Tshisekedi de confier la médiation au duo CENCO-ECC, pourtant largement consensuel dans l’opposition. Le pouvoir leur reproche un « manque de neutralité », notamment sur la question de l’agression rwandaise.
Une convergence sur le besoin, une divergence totale sur la méthode
Malgré ce tumulte, les analystes relèvent un point de convergence : tout le monde reconnaît l’importance d’un dialogue face à l’agression. Mais les approches sont irréconciliables. Tshisekedi veut un dialogue institutionnel et souverain ; l’opposition exige un dialogue inclusif et indépendant, facilité par des médiateurs extérieurs au pouvoir.
Alors que les processus de paix de Washington et Doha piétinent, et que les violences s’intensifient à l’Est, le pays semble plus que jamais polarisé, incapable de s’entendre sur la manière même de se parler. Le dialogue, présenté comme une solution, devient lui-même un nouveau champ de bataille politique.



