KIGALI – L’atmosphère était lourde dans l’enceinte du dialogue national « Umushyikirano ». Ce jeudi, le président rwandais Paul Kagame s’est adressé à son peuple. En réalité, son discours visait également un monde de plus en plus suspicieux. De fait, il a tracé une ligne claire et ferme. Selon lui, l’origine des tensions dans l’Est de la RDC porte un nom unique : les FDLR.
« Le problème que le Rwanda a avec la RDC concerne principalement les FDLR », a déclaré le chef de l’État. Il a en outre pointé « l’idéologie génocidaire ». En effet, ces combattants hutus sont les héritiers des forces du génocide de 1994. Aujourd’hui, Kigali les présente comme une menace existentielle. Kagame a par conséquent rejeté les accusations de convoitise minière ou territoriale, les qualifiant simplement de « prétentions ».
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Son récit reste celui de la légitime défense. Une nouvelle fois, il renvoie inlassablement à 1994. « La guerre en RDC n’a pas été déclenchée par le Rwanda », a-t-il martelé. Pour étayer son propos, il a évoqué des « mesures défensives » déconnectées de tout intérêt économique. « Si nous étions vraiment en RDC pour les minerais, le Rwanda serait cent fois plus riche », a-t-il ainsi lancé, sur un ton de défi.
Cependant, Kagame ne s’est pas contenté de se défendre, passant résolument à la contre-attaque. Il a notamment accusé Kinshasa d’avoir « hébergé et armé » les FDLR, affirmant même que certains combattants ont rejoint l’armée congolaise. Dans sa logique, l’idéologie génocidaire ne vieillit pas puisqu’elle se transmet. C’est pourquoi, selon lui, la menace reste bien réelle.
Le déni face aux preuves accablantes
Pourtant, ce discours se heurte à des preuves internationales solides. Par exemple, les rapports d’experts de l’ONU et les renseignements américains dépeignent une autre réalité. Selon ces sources, le Rwanda soutient activement le groupe rebelle M23. Ce soutien comprendrait des instructions, des troupes, de l’entraînement et des armes, ce qui attiserait le conflit au Nord-Kivu.
Face à cette situation, le Conseil de sécurité a exigé le retrait des troupes rwandaises. De son côté, Washington, pourtant allié historique, a durci le ton en accusant le Rwanda de « conduire la région vers la guerre ». En réponse, des sanctions ciblées ont frappé certains responsables. Néanmoins, Kagame semble défier cette pression frontalement, déclarant qu’il ne se laisserait pas « étouffer ».
Finalement, deux récits irréconciliables s’affrontent. Le premier, celui de Kigali, campe sur une posture de victime sécuritaire hantée par le spectre génocidaire. Le second, porté par la communauté internationale, dénonce un jeu géopolitique complexe où la sécurité sert parfois de paravent à d’autres intérêts.
Certes, la parole de Kagame résonne comme un plaidoyer destiné aux Rwandais. Mais au-delà des collines de Kigali, elle peine à dissiper la défiance, d’autant que les preuves continuent de s’accumuler sur les bureaux de l’ONU à New York. En définitive, l’histoire de cette région est loin d’être terminée.



