Ce jeudi 23 avril 2026, la maison communale de Barumbu a changé de visage. Plus de mariages, plus de déclarations de naissance. À la place : des militaires en treillis, des magistrats en toge, et trois hommes menottés. L’opération « Ndobo » – « l’hameçon » en lingala – continue de débusquer les criminels des bas-fonds de Kinshasa. Trois présumés braqueurs, arrêtés le 9 avril dernier, ont comparu devant le tribunal militaire de Kinshasa/Gombe, siégeant en audience foraine. Dans la salle, un invité de marque : le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani.
L’affaire a débuté il y a deux semaines. Le 9 avril, à la faveur d’une opération coup de poing, la Police nationale congolaise (PNC) interpellait trois individus soupçonnés d’appartenir à un réseau de braquage actif dans la capitale. Des armes de guerre, selon les premiers éléments de l’enquête, auraient été saisies.
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Aujourd’hui, le tribunal militaire leur ouvre ses portes. Les poursuites sont lourdes : association de malfaiteurs, détention illégale d’armes de guerre, vol à main armée. Trois chefs d’accusation qui, en RDC, peuvent conduire loin.
Shabani en première ligne
La présence du VPM Jacquemain Shabani à cette audience n’est pas un hasard. Depuis sa prise de fonctions, le ministre de l’Intérieur a fait de la lutte contre la criminalité urbaine une priorité absolue. L’opération « Ndobo » est son bébé. Un hameçon lancé dans les eaux troubles de Kinshasa pour en remonter les poissons les plus dangereux.
En assistant à cette audience foraine, Shabani envoie un triple message.
Aux criminels : la traque continue et la justice passera.
À la police : le politique soutient vos actions.
À la population : regardez, nous agissons.
L’audience d’instruction se poursuivra ce vendredi 24 avril. Le temps de confronter les témoignages, d’examiner les preuves, de décider d’un éventuel renvoi devant le tribunal de grande instance.
L’opération Ndobo, une réponse à l’insécurité chronique
Kinshasa, ville de près de 20 millions d’habitants, est aussi une capitale de la débrouille, de l’économie informelle, et parfois de la violence. Les braquages à mains armées, les gangs qui sèment la terreur dans les quartiers populaires, les règlements de comptes : autant de fléaux que l’opération Ndobo entend réduire.
Lancée il y a plusieurs semaines, elle a déjà permis de nombreuses interpellations. Mais les critiques aussi se font entendre : certains dénoncent des bavures, des arrestations arbitraires, une justice expéditive. Le gouvernement répond en montrant des prévenus, des armes saisies, des procès en bonne et due forme.
Un test pour la justice militaire
La tenue d’une audience foraine à Barumbu – en plein cœur d’un quartier populaire – n’est pas anodine. Elle permet à la justice de se déplacer vers les justiciables, de rendre le processus plus visible, plus pédagogique. Mais elle souligne aussi l’engorgement des juridictions ordinaires, contraintes de céder la place aux tribunaux militaires pour des affaires qui, en théorie, relèvent du droit commun.
Les prévenus, eux, ont droit à une défense. Le procès ne fait que commencer. Mais le symbole, lui, est déjà là : à Kinshasa, les braqueurs ne dormiront plus tranquilles.



