Santé




Nord-Kivu : 56 cas suspects, 6 morts à Walikale – le choléra progresse, la riposte piétine

Ils ont fui les balles du Masisi. Ils pensaient trouver la paix à Walikale. Ils ont trouvé le choléra. Depuis…

Ils ont fui les balles du Masisi. Ils pensaient trouver la paix à Walikale. Ils ont trouvé le choléra. Depuis mars 2026, la zone de santé de Kibua, dans le territoire enclavé de Walikale au Nord-Kivu, comptabilise 56 cas suspects de la maladie hydrique. Et déjà 6 morts. Derrière ces chiffres, il y a des enfants qui se vident de leur eau en quelques heures. Des mères qui regardent, impuissantes. Et des soignants qui n’ont plus rien pour sauver.

Ntoto, Langira, Kilungu. Trois noms de secteurs qui résonnent désormais comme un glas. C’est là que l’épidémie frappe le plus fort. Le médecin chef de la zone de santé de Kibua, le Dr Yves Tsongo Bikunde, ne mâche pas ses mots : la cause, c’est la guerre. Les familles qui arrivent du territoire voisin de Masisi, où les affrontements entre l’AFC-M23 et les FARDC ne faiblissent pas, s’entassent dans des sites de fortune. Promiscuité. Absence de latrines. Pas d’eau potable. Le cocktail parfait pour que le vibrion cholérique se propage à la vitesse d’un feu de brousse.

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« Nous avons pris en charge certains cas, mais avec des moyens insuffisants », lance le médecin. Un cri d’alarme à peine voilé. Car sur le terrain, la réalité est cruelle : il manque des intrants pour la réhydratation, du Ringer lactate, des cathéters, des antibiotiques. Des basiques. Du matériel qui ne devrait jamais manquer dans une zone à risque.

Des enfants de plus de cinq ans en première ligne

Les données locales sont glaçantes : les enfants de plus de cinq ans figurent parmi les principales victimes. Le choléra ne fait pas de détail. Une diarrhée explosive, des vomissements, et la déshydratation guette. En quelques heures, sans soins, l’enfant bascule. La létalité dépasse alors 10 %. Avec une prise en charge rapide, elle tombe sous 1 %. Mais à Kibua, rien n’est rapide. Les routes sont mauvaises. L’insécurité rôde. Et les ambulances manquent de carburant.

Les équipes de la Croix-Rouge, elles, sont sur le pont. Elles désinfectent les habitations, sensibilisent porte à porte. Mais sans eau propre, sans savon, sans latrines d’urgence, leur travail est un pansement sur une hémorragie.

Walikale, le territoire oublié

Walikale est l’un des territoires les plus vastes et les plus inaccessibles du Nord-Kivu. À l’ouest de Goma, ses routes sont des pièges. L’insécurité y est chronique. Et depuis janvier 2026, les vagues de déplacés venus du Masisi et de Rutshuru n’ont cessé de grossir, saturant des capacités locales déjà exsangues.

Aujourd’hui, à Kibua, les sites de Ntoto, Langira et Kilungu sont des bombes à retardement. Des milliers de personnes vivent sans latrines, sans eau courante, sans rien. Chaque pluie charrie les excréments vers les sources. Chaque poignée de main peut être mortelle.

Les besoins urgents listés par Kibua

Pour stopper l’hécatombe, la zone de santé a dressé une liste. Elle attend les partenaires humanitaires. Voici ce dont elle a besoin, immédiatement :

  • Intrants médicaux : sels de réhydratation orale, Ringer lactate, cathéters, antibiotiques (selon protocole OMS).

  • Eau et assainissement : chlore en poudre et comprimés, jerricans, bladders, kits de chloration domiciliaire.

  • Hygiène : savon, seaux avec robinet, kits WASH pour les ménages et les sites de déplacés.

  • Latrines d’urgence : construction et vidange dans les trois secteurs touchés.

  • Logistique : carburant pour les ambulances et les chaînes de froid, transport des échantillons vers le laboratoire.

  • Sensibilisation : mégaphones, affiches, relais communautaires.

Sans cette aide, prévient le Dr Tsongo, les 56 cas suspects ne seront que le début.

Le choléra, vieux démon du Nord-Kivu

La province du Nord-Kivu connaît des épidémies récurrentes de choléra, surtout autour des lacs Kivu et Édouard. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) le répète inlassablement : eau potable, assainissement et vaccination réactive sont les trois piliers. Mais à Walikale, aucun de ces piliers ne tient debout.

Les autorités sanitaires locales rappellent les gestes barrières : boire de l’eau traitée, se laver les mains au savon, cuire les aliments, et courir au centre de santé dès les premiers signes de diarrhée. Des conseils de bon sens. Mais quand on n’a pas de savon, quand l’eau vient d’une mare, quand le centre de santé est à trois heures de marche et qu’il n’a plus de médicaments… le bon sens devient un luxe.

Montreux, la paix au ralenti

Cette flambée de choléra survient alors que Kinshasa et l’AFC-M23 négocient à Montreux, en Suisse, sous médiation qatarie. L’objectif affiché : un cessez-le-feu durable et la réouverture des axes humanitaires vers les zones enclavées comme Walikale. La résolution 2808 du Conseil de sécurité de l’ONU, elle, réclame toujours le retrait de « toutes les forces étrangères non invitées » du sol congolais.

Le lien entre sécurité et santé n’a jamais été aussi visible. Tant que les combats déplacent des populations et bloquent les routes, le choléra trouvera à Kibua, Ntoto, Langira et Kilungu un terrain fertile. Les diplomates discutent. Les médecins, eux, enterrent des enfants.

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