Dans une déclaration cinglante publiée ce jeudi 7 mai, le président du parti Envol, Delly Sesanga, a vivement réagi aux récentes déclarations du chef de l’État Félix Tshisekedi. Ce dernier n’a pas exclu, mercredi à Kinshasa, la possibilité d’un nouveau mandat « si le peuple le demande ». Une position que l’opposant qualifie de « manœuvre à découvert » pour un troisième mandat déguisé.
L’onde de choc venue de la cité de l’Union africaine n’a pas tardé à se propager dans la classe politique congolaise. En moins de vingt-quatre heures, les réactions s’enchaînent. La plus virulente est sans doute celle de Delly Sesanga, ancien candidat à la présidentielle de 2023 et figure de l’opposition.
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« Les masques sont tombés », a-t-il martelé dans un communiqué au ton grave. Accusant directement Félix Tshisekedi de vouloir désormais « manœuvrer à découvert pour un troisième mandat par plébiscite », l’élu dénonce ce qu’il perçoit comme une tentative de déstabilisation institutionnelle.
« La RDC ne peut pas se permettre un nouveau cycle de tensions institutionnelles et de personnalisation du pouvoir », a-t-il averti, avant de lancer un appel solennel : « Tous les démocrates doivent faire obstacle à cette dérive. »
L’ombre de Lumumba pour rappeler le devoir d’histoire
Pour donner davantage de poids à son message, Delly Sesanga a convoqué l’une des figures tutélaires du Congo : Patrice Emery Lumumba. « Le Congo est un grand pays, disait Lumumba. Il exige de ses dirigeants grandeur, dignité et responsabilité. »
Une référence qui n’a rien d’anodin. L’opposant y voit un rappel des exigences éthiques et constitutionnelles qui devraient guider tout chef d’État. « Cela se mesure par le respect de la Constitution, des institutions et de la stabilité nationale, non par la recherche frauduleuse d’une prolongation des mandats », a-t-il insisté.
Sesanga met également en garde contre un retour aux « pratiques du passé », celles qui ont conduit le pays au chaos. Sans citer directement l’ère Mobutu, l’allusion est limpide. « Une nation ne se dirige pas par des discours, des promesses ou des plébiscites, mais par le respect de la parole donnée, des institutions et de la démocratie. »
L’UDPS accusée de reniement historique
L’opposant n’a pas hésité à retourner l’arme de l’histoire contre le parti désormais au pouvoir, l’UDPS. « C’est un reniement du combat de son père, qui a combattu Mobutu. Ce dernier s’est éternisé au pouvoir et a exercé un pouvoir personnel », a-t-il déclaré, visant directement Félix Tshisekedi.
Et d’ajouter, dans une formule choc : « Félix Tshisekedi a de nouveau tué les martyrs qui ont donné de leur vie pour protéger la Constitution. » Une charge émotionnellement forte, qui entend rappeler les souffrances endurées par les militants de l’UDPS sous l’ancien régime.
Delly Sesanga rejoint ainsi d’autres voix de l’opposition, comme celle de Claudel André Lubaya, qui a fermement rejeté toute idée de troisième mandat au nom de la « volonté populaire ». Lubaya a notamment invoqué les articles 218, 64 et 220 de la Constitution pour rappeler l’intangibilité de certaines dispositions légales.
Un contexte politique sous tension
Ces passes d’armes surviennent au lendemain d’une conférence de presse très remarquée de Félix Tshisekedi. Devant la presse kinoise, le président congolais a non seulement évoqué la possibilité d’un troisième mandat « si le peuple le demande », mais il a également laissé entendre que la guerre dans l’Est du pays pourrait influencer le calendrier électoral de 2028.
Une déclaration que le pouvoir présente comme une « continuité assumée » d’un projet de longue date porté par l’UDPS. L’opposition, elle, y voit une dérive autoritaire programmée.
Dans ce climat de défiance croissante, Delly Sesanga conclut son message par une mise en garde solennelle : « Le sens de l’Histoire impose aux dirigeants d’éviter un retour aux pratiques politiques du passé. » Reste à savoir si cet appel sera entendu par la rue, par la communauté internationale, ou s’il restera une voix isolée dans le tumulte politique congolais.



