Bunia, 28 avril – Dans l’Ituri déchirée par les armes, une autre guerre, plus sourde, ne cesse de s’écrire : celle de l’or sale.
Ce mardi, devant le gouverneur militaire, le lieutenant-général Luboya Nkashama Johnny, quatorze hommes avancent, encadrés par des soldats. Onze visages asiatiques. Trois visages congolais. Tous les mains liées. Tous accusés d’un même crime : exploiter illicitement les minerais du territoire de Djugu depuis près de deux ans.
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Le porte-parole de l’armée en Ituri, le lieutenant Jules Ngongo, assène les faits sans fioritures : « Ils exploitaient illégalement les minerais depuis 2024. C’est un manque à gagner pour la RDC. »
Mais l’affaire, déjà grave en soi, prend une dimension bien plus sombre à mesure que le gouverneur ouvre la bouche.
Nizi, SOKIMO et l’ombre des groupes armés.
Les sites en question ne sont pas n’importe quelles cavités dans la terre. Ils appartiennent à SOKIMO, la Société minière et industrielle du Kivu, ancienne fierté de l’État congolais. Or, depuis des années, cette zone de Nizi, dans le territoire de Djugu, est une poudrière. Groupes armés, milices communautaires, trafiquants : tout le monde veut sa part du gisement.
Selon le gouverneur Luboya, ces exploitations illégales prospèrent précisément là où l’État vacille. « Ces pratiques prospèrent dans les zones fragilisées par l’insécurité et contribuent à l’instabilité », a-t-il martelé.
Un militaire ivre et une attaque imminente.
Puis vient la révélation qui transforme l’arrestation en scandale d’État. Alors que les services de sécurité pénètrent sur le site, ils tombent sur un militaire congolais en état d’ébriété. Présent sur place. Sans mission officielle. Le gouverneur, furieux, exige des sanctions : « Il devra être identifié et sanctionné avec son commandant. »
Ce n’est pas tout. Dans la foulée de l’interpellation, une délégation officielle a failli être prise pour cible. « La délégation n’était plus en sécurité, car un groupe armé s’était déjà organisé pour attaquer. C’est très grave », a dénoncé le lieutenant-général.
L’enquête, promise, ne s’arrêtera pas à ces quatorze arrestations. Luboya a réclamé des investigations « jusqu’au bout » sur les dossiers de Nizi et d’Aru, une autre zone sensible.
Le cercle vicieux : insécurité nourrit or sale, or sale nourrit insécurité.
Ce mardi 28 avril, devant la presse, le gouverneur militaire a voulu frapper un grand coup. Il a félicité ses services. Mais il a aussi prévenu les habitants : dénoncez, abstenez-vous des activités illégales.
Car le schéma est connu, documenté, tragique : les groupes armés protègent les exploitations illégales, perçoivent des taxes parallèles, achètent des armes, recrutent des enfants. Et l’or, transformé en lingots, quitte la RDC sans un centime pour le trésor public.
Ces onze Chinois et trois Congolais ne sont peut-être que la partie émergée de l’iceberg. Derrière eux, c’est tout un système qu’il faudra démanteler.
La justice congolaise, saisie, va devoir montrer les dents. L’Ituri, elle, attend autre chose que des promesses : elle attend que l’État reprenne ses mines, chasse les milices, et fasse vraiment respecter la loi.



