Ce mardi 5 mai 2026, la République démocratique du Congo change de braquet sur l’un de ses dossiers les plus sensibles : le prix de l’essence et du carburant d’aviation dans sa partie Est. Pénuries chroniques, tensions logistiques, menace sur le pouvoir d’achat… Face à la fragilité de la région, le gouvernement riposte par une mesure forte, technique et politique.
Par un arrêté ministériel signé la veille, le Vice-premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, a annoncé ce mardi une nouvelle structure des prix des carburants terrestres et du Jet A1 (carburant d’aviation domestique). Texte officiel : l’arrêté n°010/CAB/VPM/MIN-ECONAT/DMS/TNM/2026, daté du 4 mai 2026, applicable immédiatement dans six provinces de la Zone Est.
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Les provinces concernées : Haut-Uele, Bas-Uele, Ituri, Maniema, Nord-Kivu et Sud-Kivu.
À combien l’essence est-elle désormais vendue ?
Le nouveau prix à la pompe repose sur un taux de change fixé à 2 300 francs congolais (FC) pour un dollar américain. L’administration l’assure : ce taux n’est pas anodin. Il vise à lisser l’impact des fluctuations monétaires sur un marché régional déjà sous tension.
Si les montants unitaires par litre varient selon les zones et les types de carburant (super, gasoil, pétrole lampant, Jet A1), l’arrêté précise que chaque prix intègre désormais l’intégralité des composantes de la chaîne :
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prix moyen frontière,
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charges logistiques (transport terrestre souvent long et risqué),
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marges des distributeurs,
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taxes fiscales et parafiscales (TVA, droits de douane),
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contribution au Fonds national d’entretien routier (FONER).
Une transparence comptable que les opérateurs pétroliers réclamaient depuis des mois.
Sous pression, la Première ministre avait préparé le terrain
Ces nouvelles dispositions ne tombent pas du ciel. Le 23 mars 2026, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka avait anticipé la crise en préconisant des mesures dérogatoires : suspension des frais CGW (redevance sur les hydrocarbures) et réduction de moitié des frais perçus par l’Office congolais de contrôle (OCC).
Objectif ? Alléger les coûts fixes pour les importateurs et distributeurs, et ainsi fluidifier l’approvisionnement sans répercuter la facture sur le consommateur final.
C’est sur cette base que le Comité de suivi des prix des produits pétroliers (CSPPP) – réuni à Kinshasa le 16 avril 2026 – a formulé ses recommandations. Le nouvel arrêté d’application remplace ainsi un précédent texte (n°009 du 16 avril 2026) jugé insuffisant face à l’urgence sécuritaire et logistique dans l’Est.
Pourquoi l’Est, toujours l’Est ?
La région orientale de la RDC concentre des défis exceptionnels : axes routiers dégradés, insécurité persistante, éloignement des ports d’approvisionnement (Dar-es-Salaam, Mombasa). Résultat : les prix à la pompe y ont longtemps flirté avec des sommets rendant la vie quotidienne hors de prix – du transport de marchandises à la mobilité des ménages, en passant par les évacuations sanitaires par avion.
Avec cette réforme, le gouvernement affiche un objectif clair : améliorer la desserte du marché, redonner de l’air aux activités économiques, et surtout protéger le pouvoir d’achat des populations. Derrière le jargon technique des « charges logistiques » et de la « TVA », il y a le prix d’un trajet en moto-taxi à Bunia, d’une pirogue à essence sur le lac Kivu, ou d’un vol humanitaire vers Goma.
Qui va appliquer ces mesures sur le terrain ?
L’exécution de l’arrêté est confiée à deux fers de lance de l’administration congolaise :
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le Secrétaire général à l’Économie nationale, chargé de la coordination des prix et du suivi des marges des distributeurs,
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le Directeur général des Douanes et accises (DGDA), qui veillera à l’application correcte des droits de douane révisés.
Le ton est ferme : pas de décision « cosmétique ». Le gouvernement entend sanctionner les déviations. Une cellule de contrôle mobile pourrait être déployée dans les zones frontalières sensibles, où les trafics de carburant faussent parfois le marché local.
Économie, sécurité et quotidien : un réglage sous haute tension
Cette annonce intervient dans un contexte où la région des Grands Lacs reste sous tension. Stabiliser le prix du carburant, c’est aussi stabiliser une variable stratégique pour les forces armées, les missions de l’ONU, les ONG internationales et les flottes locales de transport.
Reste une inconnue : les opérateurs pétroliers du Nord-Kivu et de l’Ituri, longtemps en discussion avec Kinshasa, joueront-ils le jeu ? Le gouvernement mise sur la confiance retrouvée. Les premiers retours, ce mardi matin, semblent positifs. Mais dans l’Est congolais, une mesure économique ne vaut que par sa capacité à résister aux chocs du réel.



