WASHINGTON – Le choc a traversé la sphère politique américaine jeudi soir. Sur son réseau social Truth Social, l’ancien et peut-être futur président Donald Trump a partagé une vidéo conspirationniste d’une minute sur les élections de 2020. Mais c’est la séquence finale, d’une brutalité symbolique inouïe, qui a déclenché l’indignation : un montage montrant Barack et Michelle Obama affublés de corps de primates, le visage hilare sur fond de jungle.
Cette image, tirée d’un site d’extrême droite et republiée deux fois par Trump, n’est pas un accident. Elle s’inscrit dans une longue lignée d’attaques racistes et de théories du complot (« birtherism ») que l’ancien président a utilisées depuis son entrée en politique contre le premier président noir des États-Unis. L’an dernier, il avait déjà diffusé une vidéo d’intelligence artificielle montrant Barack Obama en prison, en tenue orange de détenu.
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Un silence républicain assourdissant face aux condamnations démocrates
La réaction du camp démocrate a été immédiate et cinglante. Le gouverneur de Californie Gavin Newsom, potentiel candidat pour 2028, a qualifié l’acte de « comportement ignoble » et exigé que « chaque républicain le dénonce. Maintenant. » Ben Rhodes, ancien conseiller d’Obama, a fustigé les « partisans racistes » de Trump, affirmant que l’histoire retiendra les Obama comme des figures « adorées » et Trump comme une « tache ».
Pourtant, à l’heure où ces lignes sont écrites, le silence des élus républicains est presque total. Aucune figure majeure du parti n’a publiquement condamné le montage, illustrant l’emprise toujours forte de Trump sur sa base et la peur des représailles politiques en interne.
Une stratégie de la provocation raciste décomplexée
Pour les observateurs, cette publication n’est pas un dérapage. C’est un acte politique calculé. À quelques mois d’une élection présidentielle cruciale, Trump réactive les clivages les plus toxiques et s’adresse directement à son électorat le plus radical. L’image du singe, symbole raciste historique de la déshumanisation des Noirs, est un langage codé mais parfaitement clair pour les franges suprémacistes qui le soutiennent.
« Il ne faut pas oublier que Donald Trump a fait irruption sur la scène politique en propageant la théorie selon laquelle Barack Obama n’était pas né aux États-Unis », rappelle un éditorialiste. Pour Ta-Nehisi Coates, intellectuel de renom, Trump était déjà le « premier président blanc » de l’histoire américaine, élu en réaction à l’ère Obama. Avec ce montage, il franchit un nouveau palier dans la « décomplexion raciste ».
Les risques d’une normalisation de la haine
Au-delà du scandale immédiat, cette affaire pose une question cruciale : jusqu’où peut aller la rhétorique d’un candidat à la présidence sans conséquences politiques ? En refusant de condamner, le Parti républicain normalise un discours qui était jusqu’alors confiné aux marges les plus extrêmes.
La vidéo, qui avait déjà recueilli plus de 3 500 « J’aime » sur Truth Social vendredi matin, montre aussi la puissance des réseaux sociaux comme caisse de résonance pour la désinformation et les messages haineux, amplifiés par la stature même de l’ancien président.
Alors que la campagne bat son plein, ce nouvel épisode marque un tournant. Il ne s’agit plus seulement de politique, mais d’une atteinte fondamentale à la dignité humaine utilisée comme arme de campagne. Le silence qui l’entoure est peut-être, dans l’histoire américaine, aussi révélateur que l’outrage lui-même.



