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Goma sous haute tension : la France joue sa carte africaine pour débloquer l’humanitaire

NAIROBI / PARIS – Les projecteurs mondiaux se braquent sur Nairobi. Les 11 et 12 mai 2026, la capitale kényane…

NAIROBI / PARIS – Les projecteurs mondiaux se braquent sur Nairobi. Les 11 et 12 mai 2026, la capitale kényane accueille le sommet Africa Forward, une grande messe économique censée célébrer « les partenariats entre l’Afrique et la France pour l’innovation et la croissance ». Mais dans les coulisses, un dossier brûlant éclipse les contrats et les investissements : la guerre fantôme qui déchire l’Est de la République démocratique du Congo.

Paris ne s’y trompe pas. Invitée aux côtés du Kenya, la France fait du conflit régional l’une de ses priorités diplomatiques. Objectif affiché : renouveler son soutien aux processus de paix, sans chercher à imposer sa propre solution. Mais l’urgence, elle, ne se négocie pas.

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« Rouvrir Goma » : l’impératif humanitaire français

Lors d’un briefing de presse organisé mercredi 6 mai par visioconférence, l’Élysée a été interrogé par Le Potentiel sur les attentes concrètes de ce sommet. Le message a fusé, clair et répété : la réouverture de l’aéroport international de Goma, au Nord-Kivu, n’est plus une option, mais une nécessité absolue.

Pourquoi cet aéroport ? Parce qu’il est la clé de voûte de l’aide humanitaire dans une région exsangue. Sans vols, pas de médicaments, pas de nourriture, pas d’évacuations. Paris dit avoir déjà lancé cet appel sans succès. Quelques discussions sous médiation qatarie ont eu lieu. Mais aucune avancée significative. Jusqu’ici.

« Il faut faire entendre la voix des populations civiles et répondre à leurs besoins les plus urgents », a martelé le délégué de l’Élysée, en plaçant l’humain au centre du jeu diplomatique.

Washington, Doha, Montreux : l’écheveau des médiations

La France affirme soutenir simultanément deux processus parallèles :

  • Le processus de Washington : centré sur les tensions directes entre Kinshasa et Kigali.

  • Le processus de Doha : consacré aux discussions entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.

Sur le papier, les rendez-vous se multiplient. Dans les faits, la roue patine.

Dernier espoir en date : les négociations de Montreux, tenues du 13 au 17 avril 2026. Une médiation sous haute tension réunissant la RDC, l’AFC/M23, les États-Unis, le Qatar et le Togo (pour l’Union africaine). Dix jours avaient été accordés pour un geste fort : la libération de prisonniers symboliques.

Délai expiré. Résultat : aucune libération. Aucune mesure concrète. Le climat de confiance, déjà fragile, s’est encore fissuré.

Cessez-le-feu sur papier, combats sur le terrain

Conséquence immédiate : dans l’Est congolais, les armes continuent de parler. Kinshasa et l’AFC/M23 s’accusent mutuellement de violer le cessez-le-feu. Les affrontements ne faiblissent pas. Les déplacés non plus.

Même diagnostic du côté du processus de Washington : après plusieurs rencontres diplomatiques, les divergences d’interprétation des engagements signés ralentissent dangereusement la mise en œuvre des décisions. Les parties lisent le même texte, mais ne parlent pas la même langue.

L’Afrique d’abord : la ligne rouge de l’Élysée

Face à ce constat, Paris reste prudent. L’Élysée le répète : Africa Forward n’a pas vocation à imposer une « solution miracle ». La France dit vouloir privilégier l’appui aux initiatives africaines, estimant que les solutions durables doivent venir du continent lui-même.

Une position élégante… mais qui ne répond pas à l’urgence. Car à Goma, les populations n’attendent ni sommets ni communiqués. Elles attendent un avion humanitaire.

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