KISANGANI / ADDIS-ABEBA – L’attaque a propulsé la guerre dans une nouvelle dimension, plus sombre et plus dangereuse. Ce vendredi 6 février, la Commission de l’Union africaine (UA) a franchi un cap dans sa condamnation de la rébellion AFC/M23, dénonçant l’attaque par drone contre l’aéroport de Kisangani comme un acte qui pourrait relever du « terrorisme ».
Dans un communiqué sans équivoque, le président de la Commission, Mahmoud Ali Youssouf, a lancé un avertissement sévère : en visant une grande infrastructure civile en plein cœur urbain, loin des lignes de front du Nord-Kivu, le M23 a commis une « violation grave du droit international humanitaire » et joue avec l’escalade.
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Un signal d’alarme continental
L’UA ne s’est pas contentée d’une condamnation de routine. Elle a brandi la menace juridique maximale. En invoquant la Convention de l’OUA de 1999 pour la prévention et la lutte contre le terrorisme, l’organe continental souligne que de tels actes « peuvent engager la responsabilité pénale individuelle de leurs auteurs et commanditaires ». Un langage rare, qui place l’attaque sous un jour criminel nouveau et pourrait ouvrir la voie à des poursuites internationales.
« Le président de la Commission met en garde contre l’extension des hostilités à des villes éloignées (…) ce qui constitue un facteur majeur d’escalade », a insisté le communiqué, exprimant une « plus profonde préoccupation » pour la stabilité régionale et la situation humanitaire déjà catastrophique.
Kisangani, cible symbolique et stratégique
La cible n’a pas été choisie au hasard. Kisangani, capitale de la vaste province de la Tshopo, est une ville majeure de l’est congolais, éloignée de plusieurs centaines de kilomètres des bastions du M23. En revendiquant une frappe sur son aéroport – que Kinshasa affirme être une base aérienne militaire –, la rébellion envoie un message de puissance et de capacité de nuisance à longue portée.
Elle démontre aussi, de façon spectaculaire, l’échec cuisant des processus de paix censés endiguer le conflit.
L’enterrement des accords de Washington et de Doha ?
L’attaque survient en effet comme un crachat sur la table des négociations. Elle intervient des mois après la solennelle signature des accords de Washington entre la RDC et le Rwanda, sous l’œil de l’ancien président américain Donald Trump, et au moment même où les pourparlers de Doha, sous médiation qatarienne, viennent péniblement de reprendre.
Le constat de l’UA est accablant : « la situation sur le terrain demeure inchangée ». Les combats font rage, les accusations mutuelles entre Kinshasa et Kigali pleuvent, et les mesures convenues – cessez-le-feu, désescalade, réintégration – restent lettre morte. L’attaque sur Kisangani est le symptôme le plus violent de cette paralysie diplomatique.
Un appel à l’action qui sonne comme un ultimatum
Face à cette fuite en avant, l’Union africaine lance un triple appel :
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Au M23 : cesser immédiatement les hostilités et renoncer aux méthodes de guerre « aveugles ».
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À toutes les parties : mettre en œuvre « sans délai et de bonne foi » l’Accord de Doha.
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À la communauté internationale : l’UA réaffirme son soutien à la souveraineté de la RDC et se dit prête à coordonner les efforts pour une paix crédible.
En qualifiant l’acte de potentiel terrorisme, l’UA place la barre très haut. Elle transforme ce qui était perçu comme une rébellion locale en une menace contre la sécurité et les principes continentaux. Ce changement de narratif pourrait justifier, à l’avenir, des mesures de pression bien plus fortes. Pour les populations de l’Est, prises entre les combats et désormais sous la menace de drones, ce durcissement verbal doit rapidement se traduire en actes concrets sur le terrain, sous peine de n’être qu’une condamnation de plus dans un conflit qui n’en finit pas.



