« Allez en enfer » : le défi rageur de Kagame à l’Amérique

KIGALI – Les mots ont résonné comme un coup de canon dans le silence feutré du dialogue national. « Allez…

KIGALI – Les mots ont résonné comme un coup de canon dans le silence feutré du dialogue national. « Allez en enfer. » La phrase, crue et violente, visait les sénateurs américains. Ces élus menacent désormais son régime de sanctions. Le président rwandais Paul Kagame a choisi l’insulte comme arme de dissuasion. C’est un acte de rupture historique.

« Au lieu d’être étouffé par ces menaces, je serai étouffé en étant provocateur », a-t-il tonné. Ce message politique était délibéré. Il visait à marquer les esprits. Par ce geste, Kigali signifie qu’il ne pliera pas. Jamais un dirigeant en exercice n’avait usé d’un tel vocabulaire envers Washington.

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Un ras-le-bol face aux accusations

Cette explosion de rage résume l’impasse de Paul Kagame. Des rapports de l’ONU accusent son armée de soutenir la rébellion du M23 en RDC. Face à cela, le monde se ligue contre sa version des faits. Pourtant, son récit reste immuable. Du haut de la tribune, il a ressassé la menace unique à ses yeux : les rebelles hutus des FDLR. Ces héritiers des génocidaires de 1994 sont toujours présents au Congo. « Le problème concerne principalement les FDLR et l’idéologie génocidaire », a-t-il répété. Il a rejeté les accusations de pillage des minerais. Face aux diplomates qui évoquent le grand âge de ces combattants, son sarcasme est glacial : « s’ils ont 90 ans, cela signifie qu’ils sont là ». Leur idéologie, elle, se transmet. Dans cette logique, toute action du Rwanda ne peut être que de la « légitime défense ».

Le durcissement de Washington

Mais à Washington, personne n’est plus dupe. L’ère des avertissements discrets est révolue. Le Congrès américain exige désormais des actes. Des sénateurs influents poussent à imposer des sanctions. Ces sanctions pourraient viser le cercle proche du pouvoir, voire Kagame lui-même. La provocation de Kigali n’a fait qu’attiser cette détermination. En insultant les gardiens de l’aide internationale, Kagame joue un jeu périlleux. Il mise sur la fermeté pour intimider. C’est un pari risqué, alors que les preuves de l’implication rwandaise s’accumulent.

Le contre-récit de Kinshasa

Pendant ce temps, Kinshasa démonte pièce par pièce le narratif de Kigali. Lors d’une commémoration, le ministre Julien Paluku a livré une interprétation cinglante. Selon lui, l’acronyme « FDLR » ne désigne pas une milice, mais un butin. Il signifierait les « récoltes » et les « minérales » que convoite le Rwanda. « De 70 millions de dollars de revenus miniers en 2007, le Rwanda est passé à 2 milliards en 2025 », a-t-il asséné. Il dépeint ainsi une stratégie délibérée de prédation économique et de déstabilisation.

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En lançant son « Allez en enfer », Paul Kagame a peut-être cru incarner la résistance d’un petit pays. Mais il a aussi scellé son isolement. On ne provoque pas impunément l’ordre international et ses sanctions. L’histoire retient rarement la provocation verbale comme une stratégie gagnante. En revanche, elle enregistre le destin des dirigeants qui, par entêtement, précipitent leur pays dans la crise. La colère de Kagame est un coup de poker. Les prochains mois diront si c’était celui d’un stratège ou le réflexe désespéré d’un homme acculé.

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